Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1931 : Exposition coloniale internationale

L'avenue des colonies française vue du temple d'Angkor Wat reconstitué, avec l'église des missions catholiques et le pavillon des missions protestantes. Frédéric Gadmer, musée Albert Kahn

En 1931, s'installe dans le 12e arrondissement de Paris, porte Dorée, à lisière du bois de Vincennes, l'Exposition coloniale internationale. Les protestants français y tiennent un pavillon au côté des catholiques, présentant les efforts d'évangélisation — ce qu'on appelle la Mission.

Notre pasteur Wilfred Monod visite l’exposition et les pavillons en juin et en tire une prédication remarquable (lire en ligne).

Le pavillon des missions protestantes

L’architecte est Henri Chauquet, auteur également du temple-mémorial de Château-Thierry. Il dessine un bâtiment inspiration mauresque. Un double portique supporte une grande croix en fer peinte.

L'intérieur présente des salles d'exposition, avec carte du monde présentant les territoires occupés par les stations missionnaires, Bibles traduites dans diverses langues indigènes, trophées d’armes, peintures, photographies, objets rappelant la vie et l’art indigène, tableaux statistiques…

D'autres sociétés protestantes que les françaises sont présentées, comme la mission suédoise, mission britannique, l’Association des œuvres protestantes de Syrie et du Liban.

Le pavillon est inauguré le 29 mai par Paul Reynaud, Ministre des Colonies, accompagné du Commissaire général, le Maréchal Lyautey. Des conférences y sont données, et chaque dimanche des cultes protestants

Traces de l'histoire coloniale aujourd'hui

De cette exposition coloniale de 1931, il reste des archives, des mentalités mais également des bâtiments à visiter. Le musée de l'histoire de l'immigration est l'ancien musée permanent des colonies et conserve fresques et peintures murales. En face, le monument à la mission marchand. La statue dorée de la place Édouard-Renard (du nom d'un administrateur colonial) est une allégorie de la France victorieuse apportant paix et prospérité aux colonies, sous la forme d'une Athéna avec un casque gaulois.

Les pagodes bouddhiques du lac Daumesnil sont les anciens pavillons du Cameroun et du Togo. Le zoo est un héritage de l'époque. Une salle des fêtes de la mairie du 12e arrondissement et le restaurant Le Train bleu de la Gare de Lyon ont conservé leurs fresques coloniales. Le pavillon des missions catholiques a été remonté à Épinay-sur-Seine, à côté d'Enghien.

Société des missions évangéliques de Paris

La Société des missions évangéliques de Paris (SMEP) est fondé en 1822 à l'Oratoire. Elle y oranise ses premières réunions, avant de prendre son indépendance. Elle est animée par les membres du mouvement du réveil piétiste, qui s'opposent aux libéraux. Elle est indépendante du Consistoire réformée de la Seine.

Le président est Charles Henri Ver-Huell de 1822 à 1845. Le pasteur Jean-Henri Grandpierre est son directeur à partir de 1827, tout en étant pasteur de la chapelle Taitbout sécessionniste. En 1851, il devient suffragant du pasteur Henri-François Juillerat à l'Oratoire, puis est pasteur à l'Oratoire en 1856. Il aménage un appartement à la Maison presbytérale en 1865, où il réside. En 1931, au moment de l'Exposition coloniale, les codirecteurs sont Élie Allégret et Daniel Couve. 

La SMEP appuie son action sur la colonisation française de l'Afrique et de l'Océanie. Elle s'engage en particulier dans les territoires qui avaient été occupé par l'Empire britannique et ses missions d'évangélisation avant la France : Madagascar, Tahiti, îles Loyauté, Nouvelle-Calédonie. Il s'agit officiellement de soutenir les paroisses protestantes indigènes déjà existantes. 

Elle a pâti d'une méfiance des administrateurs coloniaux, qui assimilent protestantisme au monde anglo-saxon, germanique ou scandinave, et favorisent les missions catholiques. Fait original, elle s'emploie à traduire la Bible dans la langue des pays. L'enseignement dans les écoles se fait en langue vernaculaire plutôt qu'en français. 

Au Lesotho, un pays enclavé en Afrique-du-Sud les missionnaires français s'engagent dans un pays sous protectorat britannique. Ils y créent des stations missionnaires. C'est le principal champ de la Mission de Paris, une mission sans projet colonial.

Du Lésotho, le pasteur et explorateur François Coillard s'engage en 1885 dans l'évangélisation du Zambèze. Il est régulièrement cité dans les prédications de l'Oratoire, comme celles d'André-Numa Bertrand en 1939 "Le Maître est là et il t’appelle" et en 1944 "Je t'ai appelé par ton nom".

En 1885, la Conférence africaine de Berlin découpe le continent en zone d'influence. La Mission de Paris remplace des missions presbytériennes américaines qui doivent quitter le Gabon et le Cameroun. En 1887 est inauguré son nouveau siège, la Maison des missions, 102 boulevard Arago, face à la faculté de théologie.

En 1970, la SMEP est transformée en Département évangélique français d'action apostolique, DEFAP. Parallèlement est créé la Communauté évangélique d’action apostolique (CEVAA).

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