Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Famille Monod (Jean, Frédéric, Gabriel, Adolphe, Wilfred et Théodore...)

La famille Monod est une famille protestante qui a énormément apporté non seulement à l’Oratoire, mais aussi au protestantisme, à la foi chrétienne, à la société civile et à la science...

Jean Monod (1765-1836)
père d’une dynastie bienfaitrice

Jean Monod est né à Genève en 1765 deux ans après le dernier Synode du Désert. Son père, le pasteur Gaspard Monod, remplit les fonctions d’aumônier du gouverneur de la Guadeloupe lorsque l’île est occupée par les Anglais en 1759. Il prêche en français pour les protestants qui y sont établis suite à la Révocation de l’Edit de Nantes. De retour en Suisse lorsque la Guadeloupe est rendue à la France trois ans plus tard, il se fait connaître par plusieurs traductions d’ouvrages anglais.

Sous la direction de son père, Jean Monod fait des études classiques brillantes et entre, à dix-sept ans, à l’Académie de Genève en 1783. Consacré pasteur à vingt et un ans, il reste lié avec divers érudits de son temps, notamment Frédéric Bancillon, de Berlin, l’auteur des " Révolutions du système politique de l’Europe " depuis le XVe siècle (4 volumes). Il épouse en 1793 Louise de Coninck et se fixe à Copenhague en 1794 comme pasteur de l’Eglise française qui existe toujours. Les époux assistent aux attaques anglaises contre le Danemark en 1801 et 1807.

A la mort du pasteur Frédéric Mestrezat, le Consistoire de Paris fait appel en 1808 à Jean Monod, qui va quitter Copenhague pour un ministère de vingt-sept ans. Cet homme modéré, grand admirateur de Samuel Vincent et d’Alexandre Vinet, a su se garder à la fois des hardiesses parfois excessives de la théologie allemande et des étroitesses de l’orthodoxie du Réveil. Il n’a publié qu’un seul de ses sermons, prononcé lors du retour des Bourbons. L’avènement de Louis XVIII est salué avec reconnaissance dans certains milieux protestants car il apporte la paix. Quinze ans plus tard, il se félicite du nouvel ordre instauré par Louis-Philippe. Les sincérités excessives des pasteurs parisiens au début du XIXe siècle nous surprennent quelque peu aujourd’hui !

Jean Monod a collaboré à la Biographie Universelle de Michaud à laquelle il a fourni au moins quinze articles. Il a traduit et préfacé les " Lettres de Reinhard sur ses études et sa carrière de prédicateur " en 1816. Père de douze enfants, il est à l’origine de la branche française des Monod. Quatre de ses enfants deviendront pasteurs. Etranger à la lutte des partis, ce patriarche ne sera pas toujours d’accord avec ses fils sur le plan théologique. Leur affection mutuelle ne sera pas ébranlée pour autant. Son fils Frédéric (17941863) devient pasteur adjoint à Paris en 1819, pasteur en titre en 1832. Son troisième fils Adolphe (1802-1856) sera suffragant à Paris en 1847, pasteur en 1849.

Jean Monod a prêché avec talent et conviction. Tous ses contemporains sont unanimes sur ce point., Il a eu une grande audience en son temps et peut être considéré comme tout à fait représentatif de la tendance pré-libérale qui insiste beaucoup sur la nécessité d’une morale chrétienne, substrat indispensable de la vie spirituelle.

La Bibliothèque de Genève a conservé une importante collection de sermons de Jean Monod, annotés par ses fils Frédéric, Guillaume et Adolphe, qui ont envisagé d’en publier quelques-uns. Ceux-ci, adeptes de la théologie du Réveil, ont fini par y renoncer. Les grandes orientations de la pensée de leur père, qu’ils vénéraient sincèrement, étaient trop éloignées des leurs.

Dans ses " Cinquante Ans de Souvenirs religieux et ecclésiastiques " le professeur de théologie, J. Pedezert, qui ne peut être suspecté de libéralisme, remarque que, si l’ancien pasteur de Copenhague n’était pas un homme du Réveil, les hommes du Réveil l’ont respecté, mais " sa prédication grave et calme comme lui-même était plus propre à fortifier la vertu qu’à nourrir la piété ". Ce n’est sans doute pas ce qu’ont pensé les fidèles de l’Oratoire, qui avaient tout intérêt à arriver à l’heure s’ils voulaient trouver une place assise. Jean Monod a redonné certains de ses sermons plus de vingt fois. Les dames de l’Oratoire, bouleversées par une prédication sur le pouvoir de la charité, sont allées jusqu’à jeter leurs bijoux dans la bourse des pauvres. Il n’est pas surprenant que trois mille personnes aient accompagné Jean Monod jusqu’à sa dernière demeure terrestre le 23,avril 1836.

Nous extrayons du sermon de Jean Monod sur I Thimothée 1/50 (Le but de notre prédication, c’est la charité) le passage suivant qui est toujours d’actualité à une époque où l’on parle de précarité et de nouvelle pauvreté. "Venez donc, bienfaiteurs généreux qui faites la gloire et l’espérance de cette Eglise, venez, elle attend de vous avec confiance de nouveaux efforts et de plus grands sacrifices. Vous tous, mes chers frères, quelle que soit la mesure de vos facultés, que chacun se livre aux mouvement de son cœur; que chacun se taxe, que chacun apporte son offrande; que personne ne se repose sur les autres ou ne se croit dispensé de donner par la modicité du don qu’il peut présenter... Nous n’aurons pas la douleur d’être témoins journaliers de souffrances que nous ne pourrons pas soulager".

Philippe Vassaux

Frédéric Monod (1794-1863)
Un pasteur en constante recherche

Le fils aîné du pasteur Jean Monod, frère d’Adolphe, fait ses études à Genève.

Nommé pasteur à Paris en 1820, il rejoint le Réveil. Sans avoir le talent oratoire de son frère Adolphe, il déploie cependant une activité intense : fondation de la première école du dimanche à Paris, rédaction d’articles aux Archives du christianisme, participation aux diverses sociétés religieuses (Biblique, des Missions, Évangélique).

Il considère que l’Église réformée est trop peu active dans la diffusion de la foi et en matière d’évangélisation.

Il la quitte lors de l’assemblée de 1848, où il fait partie de la petite minorité qui réclame le vote d’une confession de foi, il entre alors en dissidence, fondant avec Agénor de Gasparin, l’« Union des Églises évangéliques libres de France »

Il est à l’origine de la construction de la chapelle du Nord inaugurée en 1849, où Tommy Fallot a exercé par la suite.

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Pour en savoir plus :

Adolphe Monod (1802-1856)
Un grand orateur du Réveil

Le cinquième fils du pasteur Jean Monod, frère du pasteur Frédéric Monod, fit ses études à Genève. Lors d’un premier ministère à Naples pour la colonie de langue française, il se « convertit » aux idées du Réveil.

Nommé en 1828 pasteur à Lyon, il entre en conflit avec la majorité libérale des « anciens » du consistoire qu’il juge non-chrétiens, « incrédules et profanes ». Encouragé par des dames « régénérées » de Paris, il se laissa emporter par son éloquence de tribun, « faisant succéder rapidement à la plus sombre expression de désespoir et d’extase un sourire tendre et expressif ». Jugé fanatique, car il n’accepte de distribuer la Cène qu’à ceux des fidèles qu’il juge dignes, sa révocation est demandée pour « refus de service » (1832). Il devint alors le pasteur d’une église indépendante (cf. le temps des divisions).

En 1836, le ministre - protestant - de l’Instruction publique et des Cultes, Claramond Pelet de la Lozère, le nomme à la faculté de Montauban, où il enseigne la morale, la prédication, l’hébreu, puis l’exégèse.

Il finira sa carrière à Paris comme pasteur à l’Oratoire. Très recherché pour son talent de grand orateur (d’un style romantique), il allait partout où on lui demandait de prêcher. Ses tournées de conférences firent progresser "l’orthodoxie" (l’aile conservatrice de l’église). Il fut un des fondateurs de l’Alliance évangélique. Vers la fin de sa vie, il évolua vers une position plus modérée que celle de son frère Frédéric, affirmant, lors des assemblées protestantes de 1848, vouloir rester dans l’Église établie, et s’en tenant au principe de la confession de foi dite "de La Rochelle".

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Pour en savoir plus :

Gabriel Monod (1844-1912)
Un grand historien

Recevant au sein de sa - déjà célèbre - famille une éducation protestante libérale, ancien élève de l’École Normale supérieure, il est le fondateur de la Revue historique (1876), et illustre le rôle des protestants dans l’enseignement républicain. Directeur d’Études à la IVe section de l’École Pratique des Hautes Études, Maître de Conférence à l’École Normale Supérieure, Professeur au Collège de France, il fut l’ardent défenseur de Dreyfus. Grand lecteur de Michelet, bon connaisseur de l’École historique allemande, il se rendit célèbre par ses débats avec Fustel de Coulanges, dont il contestait les ardeurs nationalistes. Il proposa de fonder la recherche en histoire sur une méthode analytique et critique, ce qui lui attira les foudres de Charles Maurras qui le considérait comme vendu à l’Allemagne ; Maurras citait toujours l’historien pour vilipender le protestantisme. Voici ce que dit Charles Maurras, en guise d’oraison funèbre de Gabriel Monod (Action française, 13 avril 1912) :

«Plus on l’étudiera, mieux on comprendra que, si Gabriel Monod fut d’instinct révolutionnaire, c’est que l’État-Monod avait toujours tiré un utile profit de nos révolutions. Son premier ancêtre connu, Jacques Monod, avait renoncé à la qualité de français sous Henri IV. Et Jean Monod venu à Paris en 1793, puis en 1808, invoqua en 1817 la qualité de descendant (par les femmes) de huguenots exilés sous Louis XIV... Ainsi eut-il le titre et les avantages de «français naturel». La Révolution de 1830 aida les douze fils de Jean Monod à exprimer tous les bénéfices de cette position historique, sociale et morale. Le 4 septembre, puis la Révolution dreyfusarde ont encore multiplié la force de sa position...Tel est en soi le patriotisme métèque... Si les choses n’ont pas changé depuis dix ans, l’État-Monod est loin de se fondre dans la France contemporaine. Raison de plus pour le concevoir à sa place réelle et dans son être vrai. Il est de notre devoir de nous défendre contre les empiétements de cette influence métèque

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Wilfred Monod (1867-1943)
Une figure phare

C’est l’une des grandes figures pastorales réformées de la famille Monod (qui en compte beaucoup).

Né à la fin du Second Empire, il exerce un Ministère pastoral, d’abord à Rouen, puis à Paris (à l’Oratoire) de type revivaliste. Mais il a surtout pris conscience des problèmes sociaux qui sont liés au développement industriel et il a été immédiatement frappé par l’influence du socialisme en milieu ouvrier, influence dont il redoute le caractère irréligieux.

Selon sa formule, l’Église tend à prêcher un Messie sans messianisme, tandis que le socialisme prêche un messianisme sans Messie. Son exigence est de trouver cette voie étroite qui ne sépare plus le Messie du Messianisme, c’est-à-dire celle qui permet de renforcer l’action sociale de l’Église, d’en faire sa vocation crédible pour le temps présent. Il s’engage alors dans deux voies complémentaires que sont le mouvement du Christianisme social d’une part, le mouvement œcuménique de rassemblement des Églises d’autre part.

Le Christianisme social, doté d’une revue brillante, maintenant remplacée par Autres Temps, vise à proposer un programme social que les Églises protestantes devraient s’efforcer de réaliser. Pour ce faire, elles doivent au moins paraître agir ensemble dans le monde de plus en plus laïc. La réalisation la plus visible en a été la création de la Fédération Protestante de France en 1905. Mais la Fédération ne regroupe à ses débuts que peu d’Églises. C’est pourquoi Wilfred Monod s’est engagé activement dans le mouvement de rassemblement des Églises protestantes qu’avait créé en 1908 l’évêque Suédois luthérien Nathan Söderblom sous le nom de Christianisme pratique, lequel tentait d’oublier les querelles théologiques pour se concentrer sur la question sociale. Dans ce contexte, Wilfred Monod s’est aussi efforcé de construire concrètement, localement, le souci œcuménique. C’est la mise en œuvre de la Communauté des Veilleurs en 1923 dont la liturgie a pour fondement les Béatitudes et s’inspire des liturgies de différentes confessions. Parce qu’il ne faisait pas de la rigueur de la problématique théologique sa préoccupation première, Wilfred fut écarté de la Faculté de Théologie de Paris en 1929, ce qu’il ressentit très douloureusement.

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Théodore Monod (1902-2000)

Scientifique renommé embrassant plusieurs spécialités, Théodore Monod est connu du grand public par ses multiples expéditions à travers le désert saharien. Homme de foi, attaché à l’Eglise réformée, il noue des dialogues interreligieux et milite pour le respect de la vie.

Le scientifique

Né à Rouen le 9 avril 1902, Théodore Monod est le fils de Wilfred et de Dorina Monod. En 1909, la famille arrive à Paris, où Wilfred Monod a été nommé pasteur au temple de l’Oratoire. Théodore fréquente l’Ecole Alsacienne, puis se dirige vers les sciences : titulaire d’une licence et d’une maîtrise, il entre comme assistant au Muséum d’Histoire naturelle à Paris, en ichtyologie (étude des poissons), en 1921. Dès lors, des missions mèneront Théodore Monod dans le désert, le plus souvent en Mauritanie. Sa carrière, riche de recherches et de découvertes, sera reconnue par le monde scientifique à sa juste et haute valeur.

L’homme de Dieu

La science n’empêche en rien Théodore Monod de poursuivre sa quête spirituelle. Attaché à la théologie de son père, Wilfred Monod, le jeune homme participe à la fondation d’un Tiers-ordre protestant qui accepte une discipline de prières : les Veilleurs ; pour ce groupe, il rédige en 1925 Le livre de prière. Ses méharées, de 1921 à 1997, le font approfondir le sens de la réflexion, dans le silence et la contemplation, dans la lecture de la Bible, dans la recherche d’un ressourcement sans cesse renouvelé.

Théodore Monod épouse Olga Pickova en 1930 et le couple aura trois enfants.

Les voyages de Théodore comme le travail sédentaire à Dakar (où il est directeur de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN) de 1938 à 1965), ou à Paris, (où il est élu membre de l’Académie des Sciences en 1963), lui offrent l’occasion de rencontres ou d’échanges épistolaires avec d’autres chercheurs de Dieu, tant musulmans que chrétien,, notamment, Amadou Hampaté Bâ, Louis Massignon ou le Père Teilhard de Chardin.

Le militant pacifique

C’est de son retour à Paris que datent « les combats civils » que mène le professeur (lutte contre la violence, contre l’arme atomique, jeûnes d’interpellation, fidélité aux Veilleurs, etc.).

Théodore Monod n’aura cessé de prôner la responsabilité de l’homme, cherchant à vivre en conformité avec sa foi, dans le respect et l’amour de toute forme de vie.

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