Visite de l'Oratoire du Louvre

1) int√©rieur actuel  -  2) ext√©rieur actuel  -   3) au XVI-XVIIe  -  4) au XVIIIe  -  5) au XIX-XXe  -  6) histoire


plan de l'Oratoire du Louvre

Saccages r√©volutionnaires

Tambour d'entr√©e

Stalles

Les chaires

L√©gion d'honneur

Cr√©ation de tribunes

Bancs des conseillers

Salle du consistoire

Orgues

Sacristie des pasteurs

Mobilier liturgique

Colombe

rue de Rivoli

Monument de Coligny

Autres transformations

Pasteur Marron

Napol√©on 1er

Famille Delessert

Famille Coquerel

Famille Monod

Pasteur A. N. Bertrand

Marcelle Guillemot

 

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  • Saccages r√©volutionnaires
  • Tambour d'entr√©e de St Louis
  • Stalles venant de St Louis
  • Les chaires
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  • Cr√©ation de tribunes
  • Bancs des conseillers
  • Salle du consistoire
  • Orgues
  • Sacristie des pasteurs
  • Mobilier liturgique
  • Colombe
  • La galerie de la rue de Rivoli
  • Monument de Coligny
  • Autres transformations
  • Pasteur Paul-Henri Marron
  • Napol√©on 1er et le concordat
  • Famille Delessert
  • Famille Coquerel
  • Famille Monod
  • Pasteur Andr√©-Numa Bertrand
  • Marcelle Guillemot

 

 

La création des écoles du dimanche à l'Oratoire en 1822
La création des écoles du dimanche à l'Oratoire en 1822

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Les protestants, de Saint-Louis du Louvre √† l’Oratoire

1791-1811 : Les réformés à Saint-Louis du Louvre

Le dimanche de P√Ęques, 22 mai 1791, le pasteur Marron pr√©side la ¬ę premi√®re assembl√©e publique du culte protestant ¬Ľ  dans l’√©glise Saint-Louis du Louvre (plans Thomas Germain 1744), √©difice alors vacant, "presque tout meubl√©", que l’Eglise protestante loue √† la Municipalit√©, avec l’autorisation de la L√©gislative.

Le temple est orn√© de la D√©claration des droits de l’Homme et du Notre P√®re. La chaire provient de l’√©glise des Capucins de la rue St-Honor√© et un orgue est plac√© sur la tribune de musiciens.

Par un courrier du 28 ventose an VII (mars 1799), le secr√©taire g√©n√©ral de la pr√©fecture, M. Frochot met √† la disposition du consistoire une partie de la "maison coll√©giale de St-Louis du Louvre" attenante √† l’√©glise rue St-Thomas, donnant √©galement 44 rue des Orties, alors en cours de d√©molition. Certains b√Ętiments comportent 4 √©tages. Une pi√®ce est utilis√©e comme sacristie. Y habitent sans doute, le concierge, le chantre et l’organiste. Marron habite rue St-Roch. Un "cimeti√®re des protestants situ√© derri√®re l’√©glise St-Louis" est mentionn√© dans une missive  de 1793.

Par arr√™t√© consulaire du 2 d√©cembre 1802, l’√©glise Saint-Louis du Louvre est affect√©e au consistoire protestant.

1811 Napol√©on affecte l’Oratoire aux protestants

En 1811, l’empereur Napol√©on a le projet d’agrandir le Louvre pour le r√©unir aux Tuileries. Les b√Ętiments se situant √† l’int√©rieur du p√©rim√®tre sont vou√©s √† la d√©molition, dont Saint-Louis du Louvre (Les travaux de d√©molition tra√ģneront pendant quelques ann√©es). Les protestants n’ont plus de lieu de r√©union. Un courrier du Conseil d’Etat conserv√© √† la SHPF propose de leur affecter l’√©glise des Th√©atins arguant que l’√©glise de l’Oratoire pourrait √™tre affect√© √† la paroisse de St-Germain l’Auxerrois. {Aucune mention retrouv√©e dans les archives SHPF disant qu’on leur aurait fait choisir entre la Madeleine et l’Oratoire...}

Le pr√©fet de Paris, √† l’√©poque, ¬ę le bon M. Frochot ¬Ľ, favorable aux protestants, pr√©senta habilement la situation √† l’empereur suscitant ¬ęde se faire demander s’il n’y avait pas de local disponible ¬Ľ, et obtint la permission de les √©tablir √† l’Oratoire . On d√©gage les d√©cors de th√©√Ętre de l’Op√©ra, du Vaudeville et avec plus de lenteur du Th√©√Ętre-Fran√ßais qui y √©taient entrepos√©s (il fallut l’intervention tr√®s autoritaire du d√©l√©gu√© du Consistoire, M. Ch√Ętillon que l’on prend pour un commissaire imp√©rial, pour qu’ils s’ex√©cutent, ce qui fut fait entre le 17 f√©vrier et avril 1811).

Aménagements protestants

Nous n’ignorons pas que les R√©form√©s se sont install√©s √† l’Oratoire du Louvre sur un lieu cr√©√© deux si√®cles plus t√īt pour pr√©parer les pr√™tres √† combattre le protestantisme, la congr√©gation de l’Oratoire. N’a-t’on pas dit aux R√©form√©s qu’ils auraient d√Ľ changer le nom de l’√©difice pour prendre leur revanche sur leurs adversaires ? A vrai dire, install√©s dans les lieux qui furent d√©di√©s √† ¬ę l’enfance, la vie et la mort de J√©sus ¬Ľ  par le P√®re de B√©rulle, les protestants n’ont rien √† redire √† une d√©nomination qui leur convient parfaitement, puisque le m√™me mot latin conjugue l’art oratoire ( le De oratore de Cic√©ron), la pri√®re (l’oraison) et la musique religieuse (l’ ¬ę oratorio ¬Ľ).

Auguste Decoppet, pasteur √† l’Oratoire entre 1878 et 1906, disait : ¬ęNotre √©glise porte le plus beau nom qui puisse √™tre donn√© √† une √©glise, celui de l’oratoire, qui signifie maison de pri√®re, maison o√Ļ l’√Ęme et Dieu se rencontrent¬Ľ.

Arrivant √† l’Oratoire du Louvre, le consistoire dut am√©nager l’√©difice ¬†: carrelage, calorif√®re, mise en √©tat des stalles et, en provenance de Saint-Louis, de l’orgue plac√©s d’abord dans le chœur, du portail et du tambour... Les anciens b√Ętiments conventuels avaient √©t√© occup√©s en 1797 par le Bureau des Hypoth√®ques, la Caisse d’Amortissement ne quitta les lieux qu’au moment de la d√©molition d√©finitive du clo√ģtre, lors du percement de la rue de Rivoli en 1854.

M. Mallet avan√ßa 8000 fr. pour les travaux de d√©m√©nagement et d’installation, dont il ne fut rembours√© qu’en 1813, quand la Ville finit par fournir les fonds promis.

Le 1er culte est c√©l√©br√© √† l’Oratoire en avril 1811, le jour de P√Ęques.

Pour en savoir plus :

Cette page concerne l’Oratoire du Louvre sous la R√©volution et au XIXe si√®cle.
Ces autres pages vous permettront de :

 

 

Saccages rťvolutionnaires Saccages rťvolutionnaires Saccages rťvolutionnaires Saccages rťvolutionnaires Saccages rťvolutionnaires Saccages rťvolutionnaires Saccages rťvolutionnaires Saccages rťvolutionnaires

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Saccages révolutionnaires

La beaut√© de l’Oratoire et son d√©pouillement int√©rieur conviennent tr√®s bien aux protestants, mais ce ne sont pas eux qui sont les auteurs de cette √©tat de cet √©tat de fait actuel, ils l’ont seulement conserv√©. Ce sont des r√©volutionnaires qui ont d√©pouill√© l’Oratoire des magnifiques d√©cors du XVIIe et XVIIIe si√®cles mis en place par des familles qui s’honoraient et honoraient l’Oratoire d’œuvres d’art r√©alis√©es par les plus grands ma√ģtres de leur √©poque.

Le 14 d√©cembre 1792, la congr√©gation de l’Oratoire est abolie par la Convention. L’autel est d’abord d√©mont√©, d√®s le d√©but de l’ann√©e suivante, les chapelles pill√©es, les tombeaux furent mis en pi√®ces, les œuvres d’art r√©cup√©rables furent emmen√©es pour √™tre vendues, c’est ainsi que vingt-neuf tableaux furent envoy√©s au d√©p√īt des Petits-Augustins (aujourd’hui l’√©cole des Beaux-Arts rue des Saints-P√®res).

Les quatre fleurs de lys de la vo√Ľte du transept gratt√©es, celles des vitraux furent d√©pos√©es, il ne reste aujourd’hui que les fleurs de lys au sommet des tourelles ext√©rieures pour t√©moigner du statut de chapelle royale qui fut conf√©r√© √† l’Oratoire par Louis XIII...

La fa√ßade fut compl√®tement mutil√©e, ce qui reste tr√®s sensible aujourd’hui. Elle perdit alors toute sa d√©licate parure sculpt√©e, comme Saint-Roch un peu plus loin dans la m√™me rue¬†: anges, ch√©rubins, cœur enflamm√©, profils du Christ et de la Vierge, bas-reliefs, arme de France et croix sommitale disparurent. La croix de la lanterne fut √©galement abattue. A la fin de la p√©riode terroriste, l’√©difice pr√©sentait un √©tat propre √† tous les √©difices religieux fran√ßais, si bien d√©crit par Chateaubriand dans le G√©nie du Christianisme.

Pour se faire une id√©e de la richesse de ces d√©cors, il est possible d’admirer encore de nos jours le beau d√©cor peint et sculpt√© √† la vo√Ľte de la premi√®re chapelle du transept gauche, d√©cor mis au jour lors de travaux de nettoyage en 1906. Il s’agit de la chapelle de la famille de Harlay. Cette d√©couverte d’un reste de d√©cor ancien fut d’ailleurs d’autant mieux accueilli qu’il repr√©sente la conversion de Saint Paul, un √©crivain biblique bien aim√© des protestants. La croix sommitale et la croix du clocheton furent restaur√©es au milieu du XIXe. La riche sculpture de l’imposte de la grande porte a √©t√© retrouv√©e lors de la restauration de la fa√ßade en 2011.

 

 

Tambour d'entrťe de St Louis Tambour d'entrťe de St Louis Tambour d'entrťe de St Louis Tambour d'entrťe de St Louis Tambour d'entrťe de St Louis

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Tambour d’entr√©e venant de Saint Louis

En 1811, lorsque l’Oratoire est attribu√© aux r√©form√©s, l’√©glise avait √©t√© vid√©e de son mobilier et de son d√©cor, ayant √©t√© utilis√©e pour des r√©unions et comme entrep√īt de d√©cors de th√©√Ętre; elle est assez rapidement d√©barrass√©e gr√Ęce √† l’autorit√© d’un conseiller presbyt√©ral, M. Chatillon, que les responsables du Th√©√Ętre Fran√ßais prennent pour un commissaire imp√©rial.

En quittant l’√©glise Saint-Louis-du-Louvre qui devait √™tre d√©molie, plusieurs √©l√©ments vont √™tre r√©cup√©r√©s pour am√©nager l’Oratoire.

Les protestants r√©cup√®rent en particulier la magnifique porte surmont√©e de la tribune de choeur de Saint-Louis-du-Louvre et l’orgue plac√© dessus par les protestants en 1807. Elle est d’abord plac√©e en 1811 au fond du choeur actuel, devant l’arcade ouvrant sur la rotonde (devenue salle du consistoire). D√®s septembre 1813 cette boiserie est d√©plac√©e contre la porte d’entr√©e principale sur la rue Saint-Honor√©, o√Ļ elle s’ins√®re sous la tribune en pierre sur laquelle sera plac√© l’orgue.

L’objectif √©tait d’√©touffer les bruits de la rue et faciliter ainsi l’√©coute lors du culte. Les rues √©taient en effet bien plus bruyantes au XIXe que maintenant, les roues cercl√©es de fer faisant un bruit terrible sur les pav√©s de Paris, sans compter les cris des marchands ambulants¬Ö et la rue Saint-Honor√© √©tait tr√®s passante.

Les initiales S. L. se trouvent encore sur les ferronneries, rappelant que cette boiserie √©tait √† l’origine √† Saint-Louis-du-Louvre.

 

 

Stalles venant de St Louis Stalles venant de St Louis Stalles venant de St Louis Stalles venant de St Louis Stalles venant de St Louis

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Stalles venant de Saint Louis du Louvre

Les stalles sont les rang√©es de fauteuils en bois, li√©s les uns aux autres destin√©s aux religieux, moines ou chanoines catholiques, pour chanter ou psalmodier l’office. Afin de soulager un peu les longues parties de cet office devant √™tre chant√©es debout, les stalles ont une astuce permettant d’√™tre un peu assis tout en ayant l’air debout : l’assise de chaque fauteuil peut se relever, un petit appui appara√ģt alors qui s’appelle une mis√©ricorde, et qui permet de se tenir debout avec moins de fatigue.

En quittant l’√©glise Saint-Louis-du-Louvre qui devait √™tre d√©molie, des stalles vont √™tre r√©cup√©r√©es, avec leurs boiseries et install√©s dans l’arrondi du chœur de l’Oratoire.

 

 

Les chaires

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

La chaire du pasteur et la chaire du chantre

La chaire est utilis√©e par le pr√©dicateur au cours du culte. La disposition de la chaire au centre de l’assembl√©e et sa hauteur ont un int√©r√™t pratique mais aussi symbolique. Du point de vue pratique, la disposition en hauteur permet aux fid√®les de bien entendre et voir le pr√©dicateur. Avant l’installation d’une sonorisation la place de la chaire et l’abat-voix qui le couronne √©taient particuli√®rement indispensables.

L’am√©nagement int√©rieur protestant donne une importance centrale √† la chaire par l’orientation des bancs, des chaises et des stalles qui sont dispos√©es partout dans l’Oratoire y compris dans le chœur et tourn√©es vers la chaire, par la disparition de l’autel (d√©j√† d√©moli pr√©c√©demment sous la Terreur). Cette importance donn√©e √† la chaire est en lien direct avec l’importance centrale donn√©e √† l’interpr√©tation de la Bible dans le protestantisme, et donc √† la pr√©dication lors du culte. Cette importance a √©t√© reprise en partie par la r√©forme catholique du cardinal de B√©rulle. Cette disposition en cercle ou en carr√© autour de la chaire reprend celle des grands temples protestants d’avant leur destruction par Louis XIII et Louis XIV √† l’√©dit de Nantes :

Une assemblée au Temple de Charenton avant sa destruction en 1685
Une assemblée au Temple de Charenton avant sa destruction en 1685

La chaire actuelle est vraisemblablement la chaire des oratoriens qui est rest√©e en la place qu’elle avait prise au XVIIIe si√®cle. Elle √©tait √† l’origine orn√©e de panneaux sculpt√©s repr√©sentant des personnages bibliques qui ont √©t√© saccag√©s sous la Terreur. Une habile restauration l’a rendue op√©rationnelle.

En plus de la chaire du pasteur, les protestants de cette époque utilisait également une chaire pour le prédicateur-chantre qui assurait une partie du culte avant la prédication donnée par le pasteur. Cette deuxième chaire, plus simple et moins haute est visible sur les gravures du XIXe.

En 1889, par mesure d’√©conomie, on supprime le poste de lecteur-chantre lorsqu’il demande son cong√©. Lors de la s√©ance du conseil presbyt√©ral du 22 octobre 1889, "M. le pasteur Decoppet demande le d√©placement imm√©diat de la chaire du lecteur et son remplacement par une table de communion". La chaire du lecteur-chantre servait √©galement pour l’Ecole du dimanche (cat√©chisme des enfants) ou des r√©unions la√Įques.

La chaire de l’Oratoire au XVIIIe
La chaire de l’Oratoire au XVIIIe, √† gauche et sur le 4e pilier,
vue perspective de l’Oratoire
Les chaires de l’Oratoire au XIXe
La chaire du prédicateur et en dessous,
la chaire du lecteur-chantre,
gravure du XIXe (comm√©moration de la r√©vocation de l’√©dit de Nantes en 1865)

 

 

Lťgion d'honneur Lťgion d'honneur

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Vitraux et L√©gion d’honneur

En 1814, des travaux sur les vitraux ont √©t√© r√©alis√©s par le ma√ģtre vitrier Flecheux. En effet, L’Oratoire √©tant la chapelle royale du Louvre, les vitraux d’origine √©taient orn√©s de fleurs de lys en leur centre, cette partie des vitraux a √©t√© d√©pos√©e sous la Terreur en 1791-1792 et mis en d√©p√īt aux petits-Augustins.

A cette occasion, le vitrail de la fa√ßade a √©t√© orn√© de la croix de la L√©gion d’honneur, en m√©moire de cette distinction conf√©r√©e en 1811, par Napol√©on 1er, aux pasteurs Marron, Rabaut-pommier et Mestrezat, premiers pasteurs de l’Oratoire :

  • Paul-Henry Marron, qui a assur√© le culte protestant avant m√™me la libert√© de culte en France dans le seul lieu possible alors: dans une ambassade √©trang√®re, puis dans diverses salles quand cela fut permis, √† Saint Louis du Louvre puis √† l’Oratoire. Marron √©tait un po√®te appr√©ci√© par Napol√©on. Il mourut en 1832 emport√© par le chol√©ra et fut enterr√© au cimeti√®re du P√®re Lachaise.
  • Rabaut-Pommier (ancien pasteur du D√©sert devenu conventionnel), il √©tait le fr√®re de Rabaut-Saint-Etienne.
  • et Mestrezat (descendant suisse d’un illustre pasteur du temple de Charenton).

 

 

Crťation de tribunes

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Création de tribunes dans les chapelles

Temple Paradis à Lyon au XVIe siècle
Temple Paradis à Lyon au XVIe siècle

Les chapelles lat√©rales de l’Oratoire avaient √©t√© conc√©d√©es √† de riches personnages pour leur tombeau de famille. Certains pensaient en effet que plus une personne √©tait enterr√©e pr√®s d’un autel ou d’une relique, plus le salut √©tait prompt et assur√©. Cette fa√ßon de voir n’est pas du tout dans la th√©ologie protestante qui affirme que tous sont √©galement aim√©s de Dieu. Par cons√©quent, ces chapelles furent am√©nag√©es pour recevoir du public, comme tous les autres espaces de l’Oratoire, la nef et le chœur compris.

La pr√©sence de tribunes est tr√®s classique dans les grands temples protestants d’avant leur destruction par Louis XIII et Louis XIV √† l’√©dit de Nantes.

Ces nouvelles tribunes cr√©√©es dans les chapelles de l’Oratoire (tribunes basses) s’ajoutent aux tribunes qui existaient d√©j√† auparavant (les tribunes hautes).

Ces chapelles √©taient orn√©es de somptueux d√©cors faits de sculptures et de peintures ex√©cut√©es par les plus grands ma√ģtres de l’√©poque. De ces d√©cors, le saccages faits sous la R√©volution n’ont laiss√© qu’un vestige dans la chapelle qui est √† gauche de la chaire.

 

 

Bancs des conseillers Bancs des conseillers

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Banc des conseillers

Une √©glise r√©form√©e est gouvern√©e par des d√©l√©gu√©s √©lus par les paroissiens ("le consistoire", appel√© maintenant "Conseil Presbyt√©ral"). Dans les temples protestants, comme celui du Paradis √† Lyon au XVIe si√®cle, des bancs bien sp√©cifiques sont dispos√©s pour recevoir ces Conseillers Presbyt√©raux, comme l’√©v√™que catholique s’assied dans un fauteuil particulier dans une cath√©drale catholique.

Dès 1811, le banc du Consistoire est ainsi construit face à la chaire, il est composé de deux rangées de bancs délimités par des panneaux ouverts par des portillons.

Quand Napol√©on 1er reconna√ģt les √©glises r√©form√©es et luth√©riennes en France et d√©finit leur cadre l√©gislatif, il reprend en partie cette disposition de l’√©glise r√©form√©e mais il impose que le Consistoire soit compos√© des pasteurs desservant cette √©glise et d’un groupe de six √† douze la√Įcs ¬ęchoisis parmi les citoyens les plus impos√©s au r√īle des contributions directes¬Ľ. Cela constitue un changement notable puisque jamais jusqu’alors des conditions de fortune n’avaient √©t√© √©dict√©es pour les membres des Consistoires, et cela n’aura plus cour ensuite (fort heureusement). Les ¬ę¬†Anciens¬†¬Ľ sont √©lus pour quatre ans et renouvelables par moiti√© tous les deux ans. Les protestants de Paris nommeront ainsi des conseillers du consistoire qui feront partie de la grande bourgeoisie : un conseiller d’√Čtat, un s√©nateur, deux membres du Tribunat, un membre du Corps L√©gislatif et deux banquiers...

Ces conseillers presbyt√©raux seront rejoints dans le banc par les diacres √† la cr√©ation du conseil de l’entraide.

Pour en savoir plus :

 

 

Salle du consistoire Salle du consistoire Salle du consistoire Salle du consistoire

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Salle du consistoire
et Salle Haute

La rotonde elliptique cr√©√©e par Lemercier au chevet de l’Oratoire servait de chœur √† l’Oratoire, l’autel apparaissant depuis l’√©glise baign√© de la lumi√®re tombant du haut des grandes fen√™tres. Au XVIIIe si√®cle, le ma√ģtre autel a √©t√© d√©plac√© dans le chœur et cette rotonde fut transform√©e en y am√©nageant des stalles pour r√©unir les oratoriens. A la r√©volution, la congr√©gation de l’Oratoire a √©t√© dissoute, l’√©glise a √©t√© saccag√©e et profan√©e, servant √† des usages divers comme entrep√īt pour d√©cors, et lieu de r√©unions diverses. Une section r√©volutionnaire parisienne y √©tait abrit√©e, comportant un comit√© civil, un comit√© r√©volutionnaire et une force arm√©e contr√īlant le district des environs de l’Oratoire. Il est probable qu’une premi√®re s√©paration a √©t√© cr√©√©e entre le chevet et l’√©glise proprement dite √† cette √©poque pour que ces fonctions puissent cohabiter dans l’√©glise et la maison de l’Oratoire.

Cette rotonde est devenue la "salle du consistoire" en 1811, le consistoire √©tant la commission mise en place par Napol√©on 1er dans chaque √©glise r√©form√©e locale pour la gouverner. Mais au moins au d√©but, les autres r√©unions ont continu√© √† se r√©unir √† l’Oratoire quelques temps¬†: la Soci√©t√© des Sciences et des Arts, dite "l’Ath√©n√©e", par la voix du s√©nateur Boissy d’Anglas, la Soci√©t√© de M√©decine, par la voix du docteur Guillotin, obtinrent de continuer leurs assembl√©es "dans l’amphith√©√Ętre derri√®re l’√©glise", la salle du Consistoire.

Les locaux sont rapidement devenus trop petits, pour plusieurs raisons.

1) D’abord parce qu’apr√®s la d√©faite de Napol√©on 1er, de nombreux anglo-saxons vont venir √† Paris, la rotonde servira de salle de culte des presbyt√©riens anglais le dimanche apr√®s-midi, pendant que les anglicans avaient leur service dans la nef. Cette venue n’est pas sans cons√©quence sur le protestantisme, des missionnaires anglais entreprirent de r√©-√©vang√©liser une France et une √©glise protestante trop lib√©rale √† leurs yeux, trop rationaliste, ce qui fut √† l’origine de ce qui fut appel√© le "r√©veil".

2) Les locaux devinrent √©galement trop petit √† cause du dynamisme du protestantisme √† l’√©poque, en partie port√© par l’enthousiasme caritatif port√© par le "r√©veil" qui entra√ģna la cr√©ation de nombreuses œuvres et mouvements :

  • La Soci√©t√© biblique de Paris, fond√©e en 1818, r√©unit Mme de Sta√ęl, Fran√ßois Delessert, de Coulmann, l’amiral Ver-Huel.
  • La Soci√©t√© des trait√©s religieux est fond√©e en 1822, fr√©quent√©e par, entre autres Waddington et Guizot ¬ę¬†professeur d’histoire¬†¬Ľ.
  • Le Comit√© de la Soci√©t√© Biblique auxiliaire de dames
  • La Soci√©t√© protestante de pr√©voyance et de secours mutuel dont la 1√®re s√©ance se tient le 16 janvier 1825, fond√©e par des membres de l’Oratoire pour venir au secours des pauvres.
  • La Soci√©t√© des Missions est cr√©√©e en 1822 par des r√©form√©s et des luth√©riens et se r√©unit r√©guli√®rement √† l’Oratoire, avant que ne soit construite la Maison des Missions au 102 boulevard Arago (o√Ļ elle est toujours).
  • Les √©coles du dimanche, ayant un but d’instruction et d’√©dification spirituelle des enfants vont √™tre cr√©√©es √† l’Oratoire. Le 21 avril 1820, √† la nomination de Fr√©d√©ric Monod comme pasteur-adjoint par ordonnance royale, le consistoire d√©cide d’utiliser ses services pour √©tablir et diriger une √©cole du dimanche √† l’Oratoire. Cela se faisait d√©j√† dans d’autres √©glises protestantes √† l’√©tranger, et cette action est bien dans la pens√©e protestante qui a toujours cherch√© √† promouvoir la lecture et la r√©flexion personnelle de chaque personne, m√™me la plus modeste socialement.

En 1821-1822, la "salle du consistoire" a √©t√© doubl√©e d’une "salle haute" en coupant en deux dans la hauteur la "rotonde de Lemercier" par un plancher pos√© sur la corniche. On acc√®de √† cette salle par un escallier qui a √©t√© am√©nag√© dans l’ancienne sacristie des oratoriens, √† l’angle sud ouest de l’Oratoire.

Les √©coles du dimanche prendront un tel d√©veloppement que la salle du consistoire doubl√©e de la salle haute furent rapidement trop petites. L’√©cole du dimanche envahira alors le temple m√™me, o√Ļ elle occupera d’abord tout le chœur, momentan√©ment s√©par√© de la nef par un vaste rideau tendu dans toute la largueur du temple, puis l’Oratoire tout entier, avec un personnel important pour s’occuper des enfants : pasteurs, ma√ģtres enseignants, surveillants et auxiliaires b√©n√©voles.

Une biblioth√®que et une grande table elliptique ont √©t√© fabriqu√©es sp√©cialement pour meubler la salle du consistoire. Dans l’Oratoire, le tympan au dessus de la porte menant √† la grande sacristie a √©t√© peint d’un verset biblique selon un usage tr√®s fr√©quent dans le protestantisme : ¬ę Le don de Dieu, c’est la vie √©ternelle en J√©sus-Christ notre Seigneur ¬Ľ (verset tir√© de la lettre de l’ap√ītre Paul aux Romains 6:23).

Enfin, la salle du consistoire, appel√©e aujourd’hui "grande sacristie" a √©t√© am√©nag√©e au XIXe si√®cle en lieu de m√©moire du protestantisme parisien avec des bustes et des inscriptions.

Pour en savoir plus :

 

 

Orgues Orgues Orgues Orgues

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Orgues

Un orgue avait √©t√© construit √† Saint-Louis-du-Louvre par les protestants afin d’accompagner l’assembl√©e dans le chant des Psaumes et cantiques. Lors du d√©m√©nagement √† l’Oratoire, cet orgue a suivi et a √©t√© d’abord √©t√© install√© dans le chœur. Puis, quand le tambour d’entr√©e provenant √©galement de Saint-Louis du Louvre a trouv√© sa place adoss√© √† la grande porte de la rue Saint Honor√©, cet orgue est plac√©  au dessus, sur la galerie.

Ce petit instrument n’avait probablement qu’un seul clavier et il √©tait certainement insuffisant pour les dimensions de l’Oratoire. En 1824 la ¬ę commission des b√Ętiments et de l’int√©rieur ¬Ľ d√©cide ¬ę de faire √©tablir dans le temple de la rue St. Honor√© un orgue plus assorti √† l’√©tendue de ce temple et plus propre √† le d√©corer que celui qu’il y a maintenant¬Ö ¬Ľ. Le projet des facteurs Somer et Callinet est retenu, le march√© est sign√© en 1826. Ils mirent presque deux ann√©es pour achever cet instrument de 25 jeux r√©els, r√©partis sur trois claviers et p√©dalier, la console √©tant situ√©e √† l’arri√®re du buffet. Le buffet √©tait √† trois plates-faces, sans tourelles, ressemblant √† celui de l’orgue qui se trouve encore de nos jours dans la chapelle de la Sorbonne. Le petit orgue, devenu inutile, fut c√©d√© en 1835 √† l’Eglise r√©form√©e de Nantes.

En 1852, la maison Cavaill√©-Coll r√©alisa des travaux d’am√©lioration, et en 1898/1899 un nouvel instrument est reconstruit par la ¬ęManufacture de grandes orgues Merklin et Cie¬Ľ. Les 32 jeux, dont 21 jeux de fonds prirent place dans le buffet ancien, la console √©tant dispos√©e sur le devant de la tribune. La soufflerie fut √©lectrifi√©e en 1902.

Cet orgue dura ainsi jusqu’√† la transformation majeure qui fut faite en 1960 avec l’orgue actuel de 67 jeux r√©alis√© par Gonzalez.

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Sacristie des pasteurs Sacristie des pasteurs Sacristie des pasteurs Sacristie des pasteurs Sacristie des pasteurs

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Sacristie des pasteurs

La sacristie est la pi√®ce o√Ļ les pasteurs peuvent se retrouver et se pr√©parer avant de faire le culte. Il contient des placards o√Ļ sont suspendues les robes pastorales. Contrairement √† ce qu’indique l’√©tymologie du nom, cette pi√®ce n’a rien de sacr√© pour les protestants.

A l’Oratoire, la sacristie √©tait √† l’origine derri√®re le chevet. . Dans le r√©am√©nagement de l’Oratoire pour le culte protestant, ce chevet trouvera d’autres usages comme lieu de r√©unions, la sacristie sera transform√©e en cage d’escalier menant √† la "salle haute".

Deux des chapelles lat√©rales ont √©t√© transform√©es en une petite sacristie donnant commod√©ment au pied de la chaire. Une cloison de bois a permis d’am√©nager aussi un couloir permettant aux fid√®les d’entrer directement du 1 rue de l’Oratoire dans le chœur. Cette cloison en bois laisse apercevoir d’un c√īt√© comme de l’autre, les restes du monument fun√©raire dress√© en m√©moire du cardinal Pierre de B√©rulle, fondateur de l’Oratoire de France.

Cette sacristie des pasteurs comporte une première pièce restée dans le style empire, avec ses boiseries, une glace et un poêle.

 

 

Mobilier liturgique Mobilier liturgique Mobilier liturgique Mobilier liturgique Mobilier liturgique

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Mobilier liturgique

En 1889, le pasteur Decoppet innove par rapport aux habitudes protestantes réformées en faisant construire un mobilier liturgique comprenant plusieurs éléments :

  • Une table de communion. L’usage ancien voulait qu’une table soit dress√©e sur des tr√©teaux au centre de l’assembl√©e quand un service de communion √©tait pr√©vu (trimestriellement, et maintenant mensuellement).
  • Un baptist√®re. L’usage voulait plut√īt qu’une aigui√®re soit utilis√©e pour verser un peu d’eau sur la t√™te du baptis√©.

Selon les époques, en fonction des sensibilités du Conseil Presbytéral, ces deux objets ont été par la suite utilisés ou non. Ils le sont actuellement.

 

 

Colombe Colombe Colombe

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Colombe

Th√©oriquement, il n’y a pas d’autre d√©coration dans un temple protestant que la belle simplicit√© des murs nus, une grande Bible expos√©e et des versets bibliques. N√©anmoins, une colombe monumentale a √©t√© install√©e sur la vo√Ľte de l’Oratoire, √† la crois√©e du transept en 1899. Cette sculpture en pl√Ętre peint et dor√© a √©t√© offerte en 1899 par le baron Arthur de Schickler, secr√©taire du conseil presbyt√©ral .

La colombe est un symbole biblique tr√®s connu. Les √©vangiles racontent qu’au bapt√™me de J√©sus par Jean-Baptiste : ¬ę Le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: Tu es mon Fils bien-aim√©; en toi j’ai mis toute mon affection. ¬Ľ (√Čvangile selon Luc 3:22). La colombe est ainsi le symbole de l’Esprit de Dieu, Esprit qui est comme la pr√©sence vivifiante et cr√©atrice de Dieu.

Cette colombe compl√®te bien la Bible qui est expos√©e juste en dessous, sur la table de communion. En effet, dans la th√©ologie protestante, l’Esprit est promis √† chaque homme, chaque femme, du plus cultiv√© au plus simple, faisant de lui un proph√®te et un pr√™tre, digne de lire lui-m√™me l’√Čcriture, et de l’interpr√©ter avec l’aide du Saint-Esprit .

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La galerie de la rue de Rivoli La galerie de la rue de Rivoli La galerie de la rue de Rivoli La galerie de la rue de Rivoli La galerie de la rue de Rivoli

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

La galerie-terrasse de la rue de Rivoli

Le percement de la rue Rivoli en 1854 entra√ģne une profonde transformation du quartier mais aussi de l’ext√©rieur de l’Oratoire :

  • Les b√Ętiments de l’ancien couvent des Oratoriens vont √™tre d√©molis, laissant uniquement l’√©glise de l’Oratoire.
  • L’Oratoire va √™tre s√©par√© du palais du Louvre par une large avenue alors qu’il √©tait auparavant dans le m√™me ensemble.
  • Pour garder la continuit√© des arcades tout en laissant appara√ģtre le beau chevet de l’Oratoire, l’architecte Baltard a l’id√©e de construire ce balcon unique en son genre.

La premi√®re partie de la rue Rivoli, en partant de la Concorde, est perc√©e sous les ordres de Napol√©on Bonaparte en 1800-1835, bord√©e au nord d’immeubles de Percier et Fontaine, avec cette galerie inspir√©e des villes d’Italie. C’est d’ailleurs d’Italie que lui vient ce nom de Rivoli, lieu d’une victoire de Bonaparte en 1797. Dans le ¬ę grand dessein ¬Ľ de Napol√©on, le Palais du Louvre est agrandi de la partie qui est actuellement occup√©e par le mus√©e des Arts D√©coratifs, ce sera Louis XVIII qui ach√®vera cette construction. Les travaux se poursuivront tout au long du XIXe si√®cle, ils arrivent au niveau de la place du Palais-Royal en 1835, puis au niveau de l’Oratoire vers 1854. Napol√©on III amplifiera encore ces grands travaux dans Paris √† son retour d’exil en 1848, il veut rendre Paris plus salubre en ouvrant de grandes avenues et des parcs.

Pour faire place aux nouvelles rues, les b√Ętiments annexes de l’ancienne congr√©gation de l’Oratoire, c√īt√© Marengo (ex rue du Coq) vont alors √™tre d√©molis, ainsi qu’une galerie couverte d’une terrasse qui restait de l’h√ītel du Bouchage et qui communiquait avec l’√©glise. Les rues du Coq ( future Marengo) et de l’Oratoire qui √©taient des impasses vont √™tre perc√©es sur la nouvelle rue de Rivoli.

La galerie-terrasse de l’Oratoire va √™tre construite entre 1854 et 1856 avec des mat√©riaux provenant de la place de la Concorde. L√† encore, plusieurs projets existaient, et l’on doit au protestant Baltard d’avoir ainsi ce beau d√©gagement de l’Oratoire sur la rue de Rivoli et sur le palais du Louvre.

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Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Monument √† la m√©moire de l’amiral de Coligny

Ce monument √† la m√©moire de l’amiral Gaspard de Coligny a √©t√© inaugur√© le 17 juillet 1889. Cette date n’est pas une co√Įncidence, en effet c’est pour le centenaire de la R√©volution Fran√ßaise que cette œuvre a √©t√© √©rig√©e dans un souci de r√©conciliation des croyants sous l’aile de la R√©publique. En effet, ce monument a √©t√© construit √† l’initiative du pasteur Eug√®ne Bersier, il n’a pas pour autant √©t√© financ√© par les seuls protestants comme une m√©moire d’un h√©ros de son camp, mais il a √©t√© financ√© par souscription nationale, avec la participation tr√®s large, unifiant effectivement protestants et catholiques dans un ¬ę plus jamais √ßa ¬Ľ tr√®s œcum√©nique. Le fait que la IIIe R√©publique se soit associ√©e √† ce projet est √©galement un signe de respect de la R√©publique Fran√ßaise pour les √©glises, apr√®s les saccages commis sous la terreur, c’est un geste de la future la√Įcit√© inscrite dans la loi de 1905.

Le chevet de l’Oratoire rue de Rivoli a √©t√© choisi pour √©riger ce monument :

  • Parce que l’amiral de Coligny √©tait un ministre du roi de France et un chef du parti protestant, sa statue se trouve ainsi entre le palais du Louvre et l’Oratoire qui √©tait le si√®ge du consistoire r√©form√©.
  • Parce que Coligny habitait tout pr√®s, en son h√ītel de la rue de B√©thisy (√† environ 500 m√®tres, au niveau du 136 de l’actuelle rue de Rivoli qui n’existait pas encore). Il y fut assassin√© et d√©fenestr√© lors du massacre de la Saint Barth√©l√©my, le 24 ao√Ľt 1572.
  • Ce massacre eut lieu principalement dans le quartier du Louvre, les cloches de l’√©glise Saint-Germain l’Auxerrois auraient m√™me √©t√© prises comme signal du commencement du massacre.

L’architecte Scellier de Gisors et le sculpteur Gustave Grauck sont les auteurs de cette œuvre monumentale (10 m√®tres de hauteur) en marbre blanc de Carrare.

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Autres transformations Autres transformations Autres transformations Autres transformations

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Autres transformations dans l’Oratoire au XIXe

Croix et clocheton

La croix qui couronnait le portail de l’Oratoire rue Saint Honor√© avait √©t√© abattue lors des saccages r√©volutionnaires, ainsi que les statues et autres d√©cors. Une croix a √©t√© remise en place en 1845 √† l’occasion de travaux de restauration.

Le clocheton que l’on voit sur les gravures anciennes et qui se trouvait au sommet du toit du c√īt√© du portail a √©t√© d√©mont√©, un nouveau clocheton a √©t√© construit au centre du transept. Il est surmont√© d’une croix qui √©tait dor√©e.

Panneaux coupe vent (tribune, tambour entrée)

Malgr√© des "calorif√®res" install√©s pour chauffer l’Oratoire, il devait y avoir de terrible courants d’air dans l’Oratoire, surtout avant la r√©fection des vitraux. Des coupe-vents vont √™tre install√©s au-dessus des grandes tribunes et au fond de la nef, devant le magnifique tambour venant de Saint Louis du Louvre.

Portes d’acc√®s au 1 rue de l’oratoire

Le percement de la rue de Rivoli en 1854 et les importants travaux de restauration de l’Oratoire qui ont √©t√© men√©s dans cette p√©riode ont conduit √† r√©organiser √©galement la distribution des espaces autour de la grande sacristie. L’architecte Baltard, protestant, conduisit ces transformations. Il fit prolonger le couloir qui ceinturait la nef en lui faisant faire le tour de la grande sacristie, et il fit percer une nouvelle porte au n¬į 1, rue de l’Oratoire pour permettre un acc√®s direct depuis la rue de l’Oratoire sur la sacristie et sur le long couloir lat√©ral.

L’√©clairage au gaz puis √† √©lectricit√©

Un √©clairage avec des becs de gaz a √©t√© install√© au XIXe, remplac√© en 1924 par l’√©clairage √©lectrique, les becs de gaz qui √©taient sur les pilastres dans l’Oratoire seront alors remplac√©s par des lustres qui sont des copies de ceux des C√©lestins.

La croix intérieure

Dans des √©glises protestantes de sensibilit√© luth√©rienne ou anglicane, il a toujours sembl√© normal de voir des croix. Mais dans une √©glise de culture calviniste il n’y a habituellement pas d’autre d√©coration que la simplicit√© des murs nus, une grande Bible expos√©e, et des versets bibliques. Il n’y a donc jamais eu de croix dans un temple protestant r√©form√© jusqu’au XXe si√®cle. C’est apr√®s la premi√®re guerre mondiale que les protestants ont commenc√© √† mettre des croix dans les temples. Peut-√™tre parce que cette guerre a √©t√© une telle horreur que les protestants se sont rappel√© les souffrances du Christ sur la croix, et son esp√©rance qu’au del√† de la mort et de la souffrance, toute personne est promise √† la vie. C’est pourquoi les croix qui sont entr√©es ainsi dans les √©glises protestantes n’ont pas de J√©sus-Christ souffrant et mourant repr√©sent√© dessus, mais ce sont de simples croix, √©voquant par l’absence du corps crucifi√© l’√©chec de la mort et la victoire de la vie que donne Dieu en Christ.

C’est en 1930 que le pasteur Wilfred Monod inspire au Conseil Presbyt√©ral l’id√©e de mettre cette croix dans l’Oratoire. Elle rappelle la croix qui √©tait √† l’ext√©rieur sur le fronton de l’Oratoire rue Saint-Honor√©, croix qui avait √©t√© d√©molie par les r√©volutionnaires en 1793, et r√©tablie vers 1850 lors des travaux de restauration de cette fa√ßade.

 

 

Pasteur Paul-Henri Marron Pasteur Paul-Henri Marron Pasteur Paul-Henri Marron Pasteur Paul-Henri Marron

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Pasteur Paul-Henri Marron (1754 - 1832)

Le premier pasteur de l’Eglise Réformée de Paris après la Révocation est né à Leyde en 1754. Paul-Henri Marron, descendant de réfugiés huguenots est consacré fort jeune à l’âge de 20 ans. Nommé pasteur à Dordrecht en 1775, il vient s’établir à Paris en 1782 comme chapelain de l’ambassade de Hollande où un culte a lieu en français depuis le traité d’Utrecht en 1713. Marron est sur le point d’être destitué pour raison politique car il a protesté contre l’invasion du sud des Pays-Bas par une armée prussienne, lorsque Rabaut-Saint-Etienne, le futur président de l’Assemblée Nationale, le fait accepter comme pasteur de l’Eglise Réformée de Paris.

Le 7 juin 1789, il célèbre le culte dans une salle louée à un marchand de vin rue Mondétour, à l’angle de la rue du Cygne. Cette pièce sert d’ordinaire à des repas de noces. Quelques fidèles s’offusquent d’entendre le chant des psaumes dans un lieu où l’on entonne aussi des couplets bachiques.

A partir de février 1790 le culte sera transféré à l’emplacement du 18 rue Dauphine dans l’ancienne salle des Enfants d’Apollon où Court de Gébelin a créé une société savante en 1780, le Musée social, et où s’est installée ensuite la loge maçonnique des Neuf-Soeurs, présidée par le duc d’Orléans.

Le club des Cordeliers remplace pour quelques semaines l’Eglise Réformée de Paris en mai 1791. Celle-ci va alors trouver place dans l’ancienne église Saint-Louis du Louvre, entre le pavillon Mollien et le pavillon Denon, place du Carrousel.

A la demande du maire de Paris, Bailly et de La Fayette, l’église Saint-Louis du Louvre a été louée aux protestants parisiens pour la somme annuelle de 16450 livres. Lors de la dédicace du temple, Marron choisit le verset suivant : " Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans l’affliction, persévérants dans la prière ". Le 13 octobre 1791 Bailly assiste en personne au culte. Marron prend pour texte : " Vous connaissez la vérité et la vérité vous rendra libres ".

Le pasteur de Paris devient vite suspect aux Jacobins. Il est arrêté le 21 septembre 1793, relâché, arrêté une seconde fois. Il fait des concessions : le culte sera célébré le décadi et non le dimanche.

Le Consistoire décide d’offrir à la municipalité les quatre coupes qui servent à la communion et qui seront transformées en pièces de monnaies. Marron prononce à cette occasion un discours emphatique : " Tous les rangs confondus inséparables de la Liberté... " " Honte à tous ces échafaudages de mensonges et de puérilités que l’ignorance et la mauvaise foi ont décoré du nom fastueux de théologie. " Le discours prononcé par Marron ne reflète sans doute pas totalement ses opinions réelles. M√™me si ce n’est pas toute la théologie chr√©tienne qu’il attaque ainsi, mais seulement certaines d√©rives et qu’il continue par ailleurs √† affirmer sa foi de chrétien.

A la suite d’une dénonciation notre pasteur révolutionnaire est à nouveau mis en prison à l’Hôtel Talara, à côté de la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu. Cette détention plus longue que la première ne prend fin qu’avec la chute de Robespierre. On a beaucoup critiqué Marron pour son attitude pendant la Terreur. On a oublié qu’Oberlin a adopté une attitude sensiblement analogue comme il l’a reconnue dans son Journal : "Je fus interdit de toute fonction ministérielle quelconque par le gouvernement révolutionnaire de Robespierre et des Jacobins et j’établis un club à la place du service divin pour, sous ce nom, continuer vos assemblées". Le club est convoqué par l’apôtre du Ban-de-la-Roche "au saint temple de la raison ou de l’Eternel, comme nous appellerons désormais nos Eglises".

En dépit de la tourmente révolutionnaire Marron continue de remplir vaille que vaille sa mission pastorale tout en vivant de ses appointements comme traducteur du ministre des affaires extérieures. Il reprend ostensiblement ses fonctions en mars 1795. Nommé en décembre 1802 pasteur de l’Eglise réformée de Paris par le premier Consul avec Rabaut-Pommier, un ancien pasteur du Désert devenue entre-temps sous-préfet au Vigan, et Mestrezat, un genevois descendant d’un illustre pasteur de Charenton, il a une position très difficile, habite au 2 de la place Vendôme où il donne des réceptions de cent personnes.

Les trois pasteurs du Consistoire de Paris sont décorés de la Légion d’honneur. Le vitrail, derrière l’orgue, au Temple de l’Oratoire rappelle cette triple nomination, On a reproché à Marron d’avoir fait l’éloge de tous les régimes successifs qu’il a traversés en vers latins ou grecs.

C’est aussi un homme qui a su dire non s’il le fallait comme en témoigne son attitude très digne lors du sacre de Charles X. Une lettre de son collègue Mestrezat à sa femme nous permet de mieux saisir la vraie personnalité de Paul-Henri Marron : - Je suis beaucoup plus content de lui que je ne l’aurais cru -, il a de l’esprit, beaucoup de connaissance des hommes et des affaires, des lumières comme savant et homme de lettres en ménageant sa suprématie nous serons très bien ensemble -.

Marqué par le Siècle des Lumières Marron insiste davantage sur le Christ en tant que modèle et exemple qu’en la nécessité d’une transformation intérieure à la suite de la prise de conscience du péché.

L’idée d’harmonie entre le Divin et l’humain l’emporte chez lui sur l’idée de rupture, mais il n’oublie pas que la sagesse de ce monde est folle pour Dieu et il dénonce avec énergie les principes corrupteurs et le libertinage de son temps.

Sa pensée est optimiste. Elle insiste sur la confiance et la reconnaissance. Sa dernière prédiction a été : " O mort où est ton aiguillon, O sépulcre où est ta victoire ? "

Marron est emporté par le choléra le 31 juillet 1832, fidèle à son poste jusqu’au bout. Sa tombe est au Père Lachaise. Athanase Coquerel père, son suffragant depuis 1830, sera son successeur.

Philippe Vassaux

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Napolťon 1er et le concordat Napolťon 1er et le concordat

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Napoléon 1er et le concordat

Le "Concordat", compl√©t√© par les "Articles organiques", sont des lois d√©cr√©t√©es par l’Empereur Napol√©on 1er pour r√©glementer la vie des √Čglises aussi bien protestantes que catholiques. Il ne contient aucune mesure restrictive, et pour la premi√®re fois les pasteurs seront pay√©s par l’√Čtat. Mais le Concordat ne reconna√ģt que les √Čglises ¬ę¬†consistoriales¬†¬Ľ de 6000 √Ęmes, et non pas les √Čglises ¬ę¬†locales¬†¬Ľ, mieux adapt√©es √† la dispersion des protestants et √† leur th√©ologie. Surtout, le Concordat ne reconna√ģt pas le synode national, autorit√© centrale traditionnelle de l’√Čglise protestante, seule capable d’arbitrer d’√©ventuels conflits.

En organisant un nouveau r√©gime politique apr√®s son coup d’√Čtat du 18¬†brumaire (9¬†novembre 1799), Bonaparte a pour but de r√©tablir la paix civile, et √† ses yeux la politique religieuse est une question importante. Agnostique, il conna√ģt mal le protestantisme, mais tient volontiers des propos aimables √† son √©gard (¬ę¬†Nous voudrions que tout le monde f√Ľt protestant¬†¬Ľ dit-il en 1801...) pour faire contrepoids au catholicisme auquel il refuse le titre de ¬ę¬†religion dominante¬†¬Ľ que r√©clamait le pape, se contentant de le qualifier de ¬ę¬†religion de la grande majorit√© des citoyens fran√ßais¬†¬Ľ.

Le Concordat et ses "articles organiques" concernant l’√©glise protestante
Le Concordat et ses "articles organiques" concernant l’√©glise protestante

Le Concordat, conclu avec le pape Pie¬†VII et sign√© le 8¬†septembre 1801, n’entre pas imm√©diatement en vigueur, il ne devient loi de l’√Čtat que le 8¬†avril 1802¬†(18¬†germinal an¬†X), apr√®s avoir √©t√© compl√©t√© par les articles organiques, ajout√©s par Bonaparte, sans concertation avec le pape, articles qui forment un ensemble de r√®gles r√©glementant la vie de l’√Čglise catholique et organisant les cultes protestants. La question du culte juif est remise √† plus tard, ce d√©lai √©tant alors motiv√© par l’id√©e que les Juifs forment plus un peuple qu’une religion, et leur culte ne sera r√©organis√© qu’en 1808.

Cependant il s’agit non pas d’une loi n√©goci√©e, mais d’une d√©cision du gouvernement¬†: en effet, le ministre responsable (Portalis) a bien consult√© quelques notables protestants luth√©riens ou r√©form√©s, surtout le pasteur Paul-Henri Marron et Pierre-Antoine Rabaut-Dupui membre du Corps L√©gislatif, mais il n’a gu√®re tenu compte de leurs avis. En fait, Bonaparte ne reconstitue pas du tout l’√Čglise protestante -¬†en particulier sa branche r√©form√©e¬†- telle qu’elle existait avant les pers√©cutions, il bouleverse son organisation, d’o√Ļ de nombreuses difficult√©s et des facteurs de division qui verront le jour dans le protestantisme et en particulier √† l’Oratoire qui √©tait le si√®ge de l’√©glise consistoriale pour toute la r√©gion parisienne.

En 1811, l’empereur Napol√©on a le projet d’agrandir le Louvre pour le r√©unir aux Tuileries. Les b√Ętiments se situant √† l’int√©rieur du p√©rim√®tre sont vou√©s √† la d√©molition, dont Saint-Louis du Louvre (Les travaux de d√©molition tra√ģneront pendant quelques ann√©es). Les protestants n’ont plus de lieu de r√©union. Un courrier du Conseil d’Etat conserv√© √† la SHPF propose de leur affecter l’√©glise des Th√©atins arguant que l’√©glise de l’Oratoire pourrait √™tre affect√© √† la paroisse de St-Germain l’Auxerrois. {Aucune mention retrouv√©e dans les archives SHPF disant qu’on leur aurait fait choisir entre la Madeleine et l’Oratoire...}

Le pr√©fet de Paris, √† l’√©poque, ¬ę le bon M. Frochot ¬Ľ, favorable aux protestants, pr√©senta habilement la situation √† l’empereur suscitant ¬ęde se faire demander s’il n’y avait pas de local disponible ¬Ľ, et obtint la permission de les √©tablir √† l’Oratoire . On d√©gage les d√©cors de th√©√Ętre de l’Op√©ra, du Vaudeville et avec plus de lenteur du Th√©√Ętre-Fran√ßais qui y √©taient entrepos√©s (il fallut l’intervention tr√®s autoritaire du d√©l√©gu√© du Consistoire, M. Ch√Ętillon que l’on prend pour un commissaire imp√©rial, pour qu’ils s’ex√©cutent, ce qui fut fait entre le 17 f√©vrier et avril 1811). M. Mallet avan√ßa 8000 francs pour les travaux de d√©m√©nagement et d’installation, dont il ne fut rembours√© qu’en 1813, quand la Ville finit par fournir les fonds promis.

Le 1er culte est c√©l√©br√© √† l’Oratoire en avril 1811, le jour de P√Ęques.

Deux √©v√©nements importants mirent les protestants √† l’honneur :

  • la L√©gion d’honneur est attribu√©e aux trois premiers pasteurs de l’Oratoire -Marron, Mestrezat et Rabaut-Pommier -par Napol√©on en 1811 :, qui reconnait ainsi publiquement les protestants. En m√©moire de ce geste, lors de la restauration des vitraux en 1814, une croix de la L√©gion d’Honneur viendra orner le vitrail de la fa√ßade
  • en 1812, les spectaculaires obs√®ques du Vice-amiral de Winter, enterr√© au Panth√©on, rassembleront les plus hautes personnalit√©s dans l’Oratoire pour un culte d’action de gr√Ęce.

Pour en savoir plus :

Vid√©o d’une conf√©rence de Patrick Cabanel, professeur d’histoire contemporaine √† l’Universit√© de Toulouse-Le Mirail, membre de l’institut universitaire de France. Il d√©voile comment l’Oratoire, comme d’autres anciennes √©glise catholiques, ont √©t√© c√©d√©es aux protestants sous Napol√©on :

 

 

Famille Delessert Famille Delessert Famille Delessert

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Benjamin Delessert (1773 - 1847)

La famille Delessert est une famille protestante et parisienne qui s’est illustr√©e dans le commerce de la soie, la banque, la cr√©ation de la premi√®re filature de coton en France et la fondation de la Caisse d’√Čpargne. Cette famille a marqu√© le protestantisme parisien au XIXe si√®cle par son engangement.

Les premiers Delessert protestants √©migrent de France en Suisse apr√®s la R√©vocation de l’√Čdit de Nantes en 1685. Jean-Jacques na√ģt √† Cossonay en Suisse en 1690, mais revient en France √† Lyon, en 1721 o√Ļ il cr√©e un commerce de soieries. Son fils √Čtienne (1735-1816) s’√©tablit √† Paris o√Ļ il devient banquier et fonde les premi√®res soci√©t√©s d’assurance. C’est un philanthrope soucieux du bien- √™tre du peuple et il fonde juste avant la R√©volution deux √©coles gratuites pour les enfants protestants. Il est arr√™t√© en 1792, et ne devra sa survie qu’√† la chute de Robespierre en 1794, comme le pasteur Marron. Il reprend ses activit√©s sous le Directoire, les √©tend √† l’agronomie et √† la m√©canisation de l’agriculture. Il participe avec d’autres financiers √† la cr√©ation de la Banque de France en 1800.

Etienne Delessert est membre du Consistoire de l’Eglise de l’Oratoire, son fils Benjamin Delessert (1773-1847) lui succ√®dera. A sa mort, il sera remplac√© au Consistoire par son fr√®re (Fran√ßois Delessert, 1780-1868).

C’est Benjamin, un des fils d’√Čtienne, entr√© dans la banque de son p√®re en 1796, qui devient R√©gent de la Banque de France en 1802. Il cr√©e √† Passy en 1801, la premi√®re raffinerie de sucre de betterave et y remet en activit√© une filature de coton. Benjamin Delessert fut par ailleurs un √©minent botaniste ; grand collectionneur d’herbiers, en relation avec les plus grands naturalistes de son √©poque il fut nomm√© membre libre de l’Acad√©mie des Sciences.

A partir de 1815 il s’implique dans la vie politique fran√ßaise ; il est √©lu d√©put√© de Paris puis de Saumur, de 1817 √† 1842 ; il si√®ge au Centre gauche et se bat pour am√©liorer la condition des malades dans les h√īpitaux et pour l’abrogation de la peine de mort.

Il participe en 1818 √† la cr√©ation de la Caisse d’√Čpargne qu’il dirigera jusqu’√† sa mort.

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5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Pasteurs Athanase Coquerel père et fils

Le premier pasteur de l’Oratoire, Paul-Henri Marron √©tait assez lib√©ral, de m√™me que ses coll√®gues lors de la recr√©ation de l’Eglise R√©form√©e √† Paris apr√®s l’√©dit de tol√©rance. Le protestantisme et "les lumi√®res" ont des affinit√©s importantes, mais les protestants d’alors ne sont pas all√©s en g√©n√©ral jusqu’√† r√©duire la foi à un ensemble de préceptes moraux et d’opinions relatives, m√™me si ce lib√©ralisme extr√™me existait chez certains.

Apr√®s 1815, des missionnaires anglais sont venus en France pr√™cher un "r√©veil" dans une √©glise protestante dont ils jugeaient la foi endormie par les lumi√®res. Il est alors apparu un courant "√©vang√©lique" qui va s’opposer fortement aux "lib√©raux".

Le lib√©ralisme sera d’abord opprim√© par le courant "√©vang√©lique" qui √©tait parvenu √† √™tre l√©g√®rement majoritaire dans le consistoire de Paris. Les pasteurs Coquerel p√®re et fils sont des acteurs importants de ces d√©bats au sein du protestantisme du XIXe si√®cle. Ils font partie de ces pasteurs qui pr√™chent l’Evangile et la libert√©. De sorte que parmi les paroissiens de l’Oratoire, les lib√©raux √©taient majoritaires et d√®s que les paroisses purent choisir enfin leurs pasteurs librement, l’Oratoire put devenir un p√īle du christianisme lib√©ral (et social).

Athanase Coquerel (1795-1868)
Athanase Coquerel (1795-1868)

Athanase Coquerel (1795-1868)

N√© √† Paris en 1795, Athanase Coquerel vient d’une famille jans√©niste originaire de Rouen, les du Foss√©. Son p√®re avait √©pous√© la fille d’un officier anglais qui avait secouru les Coquerel pendant leur s√©jour outre-manche. A la mort de sa m√®re Athanase Coquerel est √©lev√© par une tante, miss Williams, une unitarienne cultiv√©e, dont l’influence a √©t√© d√©terminante sur lui et sur son fr√®re Charles.

Apr√®s des √©tudes de th√©ologie √† Montauban, il est nomm√© pasteur √† Guernesey, mais il refuse le poste afin de ne pas avoir √† signer les 39 articles de l’Eglise anglicane. Le 2 novembre 1817 il pr√™che √† l’Oratoire pour le troisi√®me centenaire de la R√©formation. Son sermon, qui a √©t√© publi√©, annonce un grand orateur. Venu en Hollande pour donner quelques pr√©dications dans les √©glises Wallonnes, il va y rester douze ans, En 1830 le baron Cuvier, directeur des cultes non catholiques, le d√©cide √† accepter la suffragance du pasteur Marron, il devient titulaire du poste √† la mort de celui-ci, lors de l’√©pid√©mie de chol√©ra de 1832.

Nouveau pasteur √† Paris, il va d√©ployer une activit√© intense. P√©d√©zert, l’un de ses adversaires th√©ologiques et qui √©tait un pionnier du R√©veil, engag√© en m√™me temps que lui au service de l’Eglise de Paris, a reconnu dans ses m√©moires "Cinquante ans de souvenirs religieux " que Coquerel "a eu pendant de longues ann√©es le plus grand auditoire protestant de la capitale et - qu’il a apport√© dans la chaire des convictions aussi sinc√®res et aussi vives que Fr√©d√©ric Monod ". Coquerel a effectivement rempli les temples de l’Oratoire et de Sainte-Marie etil a cr√©√© le troisi√®me lieu de culte de la ville, le temple des Batignolles en 1835.

"Apr√®s l’avoir entendu, dit l’un de ses d√©tracteurs, on est plus dispos√© √† dire bravo qu’amen". La notori√©t√© exceptionnelle d’A. Coquerel soul√®ve des jalousies. Il est √©lu √† l’Assembl√©e constituante en 1848 et en 1849 √† l’Assembl√©e l√©gislative. Ses derni√®res ann√©es sont attrist√©es par les rivalit√©s eccl√©siastiques entre orthodoxes et lib√©raux. Le consistoire lui refuse l’assistance d’un suffragant de son choix. Il meurt apr√®s une attaque de paralysie en janvier 1868. Son enterrement se fait sans bruit, sans faste, dans le recueillement et l’amiti√©. Son dernier sermon, le 1160 e, a √©t√© donn√© √† l’Oratoire le vendredi-saint 1867.

M√™me ses adversaires ont √©t√© unanimes √† rendre hommage √† ses qualit√©s et √† ses talents. Parmi ses nombreux √©crits mentionnons : L’Orthodoxie moderne, R√©ponse √† Strauss apr√®s sa Vie de J√©sus, Le christianisme exp√©rimental, Une christologie, Un trait√© sur la pr√©dication. Il a fond√© successivement trois journaux : Le Protestant, Le Libre Examen et Le Lien.

Le t√©moignage du tr√®s orthodoxe Jean P√©d√©zert n’est pas sans int√©r√™t : " Fr√©d√©ric Monod et Athanase Coquerel ont fait leurs d√©buts ensemble √† l’Oratoire ; ils ont √©t√© coll√®gues et adversaires d√®s les premiers jours. Ils ont √©t√© des hommes de lutte... Ils √©taient deux causes et deux hommes. Le choix n’est pas difficile entre les deux causes ; on se d√©cide bien vite pour l’une ou pour l’autre ; il n’est pas aussi ais√© entre les deux hommes, car ils agissaient et parlaient selon qu’ils √©taient persuad√©s, et ils l’√©taient pleinement chacun √† sa mani√®re. Au lieu de se prononcer entre les deux consciences, mieux vaut les honorer l’une et l’autre ".

Athanase Coquerel n’a jamais vari√© sur le plan th√©ologique. Il appartient au courant pr√©-lib√©ral. Le pasteur A.N. Bertrand place fort judicieusement A. Coquerel parmi les supranaturalistes-rationalistes " qui se distinguent de l’orthodoxie par la m√©thode plus que par leurs conclusions et par leur temp√©rament plus encore que par la m√©thode... Au lieu d’√©tudier l’histoire, ils la reconstruisent ". A. Coquerel conserve une bonne partie de la doctrine orthodoxe. Pour lui la r√©flexion th√©ologique a pour but de reconstruire le plan de Dieu dans la cr√©ation et la r√©demption du monde. Cette d√©marche est supranaturaliste puisqu’il s’agit d’accorder la foi et la raison avec les faits. Cette pens√©e, assez difficile √† cerner pour nous aujourd’hui, n’a subi ni l’influence de Kant, ni celle du R√©veil. Coquerel a dit par exemple : " Je suis s√Ľr de l’existence de mes semblables parce que je les aime ".

Les repr√©sentants de cette tendance ont une ouverture d’esprit et un souffle religieux qui annonce une autre forme du lib√©ralisme : refus de l’argument d’autorit√©, pi√©t√© d√©gag√©e de tout formalisme, distinction entre la croyance et le dogme, doctrine n√©cessaire mais non suffisante. Le tort de cette m√©thode a √©t√© sans doute de vouloir √©tablir rationnellement et une fois pour toutes quels sont les besoins de l’esprit humain et les caract√®res du vrai christianisme.

Avec Athanase Coquerel fils, la pens√©e lib√©rale sortira du cadre √©troit du supranaturalisme rationaliste et trouvera un nouvel √©quilibre qui permettra de mieux rendre compte de l’Evangile. La pens√©e d’Athanase Coquerel p√®re marque une √©tape importante, mais d√©pass√©e, dans le cheminement du lib√©ralisme religieux. Mais n’oublions pas le mot d’A.-N. Bertrand : " Ce que l’on sait et ce que l’on croit d√©pend de ce que l’on vaut ". La dette, que l’√©glise de l’Oratoire a aupr√®s des Coquerel p√®re et fils est, dans ce domaine aussi, immense.

Athanase Coquerel fils (1820-1875)
Athanase Coquerel fils (1820-1875)

Athanase Coquerel fils (1820-1875)

Athanase Josué Coquerel, né à Amsterdam le 16 juin 1820, est le fils aîné du pasteur Athanase Laurent Charles Coquerel. Après des études de théologie à Genève, il est consacré au ministère pastoral en 1843 par son père, en présence de 68 pasteurs, à Nîmes où le Consistoire vient de l’appeler. Il remplace son père comme aumônier au Lycée Henri IV en 1848 et devient en 1850 le suffragant du pasteur Martin Paschoud qui a usé toutes ses forces à porter le flambeau du christianisme libéral à Paris.

Sa vaste culture littéraire et théologique ainsi que des dons oratoires exceptionnels font très vite d’Athanase Coquerel le prédicateur le plus suivi de Paris. En 1863 son sermon sur la solidarité chrétienne entraîne un tel enthousiasme que la collecte en faveur des ouvriers cotonniers de Seine-Maritime dépasse 15 000 francs. Ses prédications sur la tradition protestante, les minorités chrétiennes et l’unité de l’Eglise, abordent des questions fondamentales et plaident la cause d’une plus grande largeur de vues.

Mais l’activit√© incessante et le rayonnement d’Athanase Coquerel ne sont pas du goût de tout le monde. On lui reproche d’avoir dit : " Ma première objection contre les confessions de foi (obligatoires), c’est qu’elles m’éloigne-rit de Jésus-Christ... Il n’y a de sincère et suffisante que la confession de foi qu’on se fait à soi-même. Que chacun se fasse la sienne ". Le professeur de théologie Pedezert qui rapporte ce propos reconnaît qu’il s’agit " d’une parole loyale et sympathique ", mais redoute qu’avec " ce généreux individualisme" il y ait des chrétiens, mais qu’il n’y ait plus d’Eglises chrétiennes.

Etablir l’unité de l’Eglise chrétienne sur une confession de foi obligatoire est l’obsession de l’orthodoxie protestante pendant la seconde moitié du XIXe siècle. Progressivement le parti orthodoxe devient majoritaire dans le consistoire de Paris sous le Second-Empire. A. Coquerel, que ses adversaires saluent eux-mêmes comme un homme modéré, pacifique, bienveillant et chaleureux n’a guère prêté le flanc à la critique. En 1864 le consistoire lui interdit la chaire sous prétexte de rétablir l’unité doctrinale en refusant de renouveler sa suffragance. Il ne s’agit pas, comme on l’a dit à tort, d’une destitution puisqu’A. Coquerel n’est pas titulaire d’un poste. Refuser à une fraction très importante de l’Eglise de Paris un pasteur suffragant de son choix va conduire à une situation d’autant plus invraisemblable que tout le monde va s’en mêler, y compris les pouvoirs publics puisque nos Eglises ne seront séparées de l’Etat qu’en 1905.

Pour les orthodoxes il s’agit de combattre " l’erreur " au nom de la vérité, pour les libéraux il s’agit d’assurer à chaque tendance une juste représentation. Les uns et les autres sont sincères. Comme on ne peut pas reprocher grand-chose à A. Coquerel, on critique surtout ses amitiés.

Son association d’anciens catéchumènes (il y en aura près de cinq cents) fait concurrence au diaconat. Il a écrit dans le Lien un article qu’on trouve trop élogieux à propos de la Vie de Jésus de Renan. Coquerel ne répond pas aux observations du Consistoire qui, à son avis, empiète sur sa conscience de pasteur. Enfin il a cédé la chaire de l’Oratoire aux pasteurs Colani et Réville. Le consistoire qui a manifesté des tendances inquisitoriales ne s’attend probablement pas à déchaîner un tollé quasi-général. Une pétition en faveur d’A. Coquerel regroupe près de 5 000 signatures

Il m’a été donné de la retrouver... au fond d’une cave ! N’hésitez pas à venir consulter ces listes vénérables à mon bureau. Vous trouverez quelques grands noms de l’époque : Eugène Pelletan, Broca, Ferdinand Buisson, Jules Simon, la marquise de La Rochefoucauld-Liancourt. Un formulaire est imprimé : Nous, sous-signés, membres de l’Eglise Réformée, au nom de la liberté de conscience, protestons contre l’exclusion de M. le Pasteur Athanase Coquerel fils. Les signatures autographes sont déposées à l’agence de l’Union libérale, 5 rue des Beaux-Arts. En 1864 une liste des protestataires est publiée. On reprochera aux libéraux d’avoir accepté les signatures des femmes, de quelques luthériens, de membres de l’Eglise n’habitant pas Paris. Pédésert dans ses cinquante ans de souvenirs religieux trouve regrettable que l’on accorde de l’importance à l’opinion " d’un savetier, d’un forgeron, d’un tailleur ou d’un cordonnier ". Ceux-ci avaient cependant autant de bon sens qu’un vieux théologien quelque peu pharisien et ils avaient sans nul doute davantage que lui le sens de l’équité.

Athanase Coquerel va continuer à prêcher en dehors de l’Oratoire. Des salles sont louées rue de Grenelle - Saint-Germain, boulevard Richard-Lenoir, enfin à la Cité d’Antin où la Salle Saint-André accueillera de vastes assemblées. En 1868 il est secondé par les pasteurs Dide et Grawitz. A. Coquerel et les nombreux fidèles qui le suivent affirment toujours qu’ils ne veulent à aucun prix se séparer de l’Eglise Réformée. La Ste Cène n’est jamais célébrée dans les salles qui vont s’ouvrir, aucun baptême ne sera pratiqué, aucun catéchumène ne sera reçu. On retourne pour ces cérémonies à l’Eglise officielle. Le pasteur Martin Paschoud, privé de son suffragant, sera mis à la retraite pour raison de santé. Sur son refus, il est révoqué, puis maintenu en place par le ministre des cultes. Il deviendra même président du consistoire à la mort d’A. Coquerel père, en raison de son ancienneté. La situation devient de plus en plus confuse avec un consistoire orthodoxe présidé par un libéral. La salle St André regroupe des auditoires de plus en plus nombreux. Trois Ecoles du dimanche sont ouvertes. La rivalité entre orthodoxes et libéraux se poursuit pendant le siège de Paris : il y aura des ambulances libérales au nombre de quatre et des ambulances orthodoxes !

Paradoxalement A. Coquerel est plus que jamais pasteur de l’Eglise de Paris à partir du vote funeste du 14 février 1864 qui lui retire toute fonction officielle. Exclu des temples parisiens, il est appelé à occuper la chaire d’un grand nombre d’Eglises et chargé de présider à des consécrations de pasteurs et à des dédicaces de lieux de culte: Nîmes, Le Havre, Montauban, Strasbourg, Dieppe, Nancy, Royan, Clairac, Tonneins, Poitiers. Il parcourt l’Europe et les Etats-Unis.’ Candidat républicain malheureux à la députation, il obtient cependant plus de 67 000 voix.

Tout le temps sur la brèche, A. Coquerel, travailleur acharné, n’arrive plus à se rétablir d’une phlébite. Il meurt d’une embolie, le 24 juillet 1875, alors qu’il séjourne chez sa sœur à Fismes dans la Marne. Son testament précise : " J’interdis absolument pour mes funérailles un service religieux dans un temple quelconque, toute invitation à qui que ce soit et je demande instamment que le pasteur se borne à dire : Dieu est Esprit et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. Nos légères afflictions du temps présent produisent en nous le fruit éternel d’une gloire infiniment excellente. Amen. Après quoi il récitera l’oraison dominicale seule ".

Il est difficile de présenter l’ensemble des écrits d’A. Coquerel, dont la production littéraire est considérable. Indépendamment d’une contribution à divers journaux et de nombreux recueil de sermons, ses meilleurs volumes sont : Catholicisme et protestantisme, La Conscience et la Foi, l’Histoire du Credo. De ses nombreuses publications historiques, signalons Jean Calas, son Précis de l’histoire de l’Eglise Réformée de Paris, les Forçats par la foi. Auteur d’un recueil de cantiques intitulé Solennités chrétiennes, il a écrit tout aussi bien sur la topographie de Jérusalem que sur l’affranchissement des esclaves aux Etats-Unis. Critique d’art, il a publié : "des Beaux-Arts en Italie", " Rembrandt et l’Individualisme dans l’Art".

Voyageur, artiste, théologien, prédicateur, écrivain, polémiste, un homme de cette stature ne peut laisser indifférent ni ses contemporains, ni les hommes de notre temps. Ernest Renan a écrit à son sujet dans le journal des Débats : "Ce que M. Athanase Coquerel fils déploya dans son œuvre excellente de zèle, de bonne volonté, de loyauté, de talent, est au-dessus de tout éloge... Son instruction était extrêmement étendue, son goût littéraire fort exercé. L’histoire de l’art en particulier lui était familière; il connaissait l’Italie dans la perfection et il en a écrit dignement. Mais ce qu’il était éminemment, c’était pasteur. Il semblait né pour le soin des âmes ; il tenait cet art d’une longue tradition et le maniait avec dextérité et tact admirables. C’est là une aptitude toute spéciale, qui ne saurait s’acquérir. Le talent, la bonne volonté, le génie même n’y suppléent pas. Il faut en faire son œuvre, s’y dépenser tout entier, négliger le reste... Beaucoup le suivaient parce qu’ils voyaient bien qu’il avait raison; d’autres parce que la règle de sa vie et le don de séduction par la bonté qu’il possédait à un si haut degré les entraînaient... Son christianisme était le vrai, c’était celui du Sermon sur la Montagne, la doctrine de l’adoration en esprit et en vérité... Peut-être son attitude militante ne lui permettait-elle pas cette patience, à laquelle les spéculatifs se résignent facilement sans qu’il y ait à cela grand mérite de leur part ".

Philippe Vassaux

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5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Famille Monod (Jean, Frédéric, Gabriel, Adolphe, Wilfred et Théodore...)

La famille Monod est une famille protestante qui a √©norm√©ment apport√© non seulement √† l’Oratoire, mais aussi au protestantisme, √† la foi chr√©tienne, √† la soci√©t√© civile et √† la science...

pasteur Jean Monod
pasteur Jean Monod

Jean Monod (1765-1836)
p√®re d’une dynastie bienfaitrice

Jean Monod est né à Genève en 1765 deux ans après le dernier Synode du Désert. Son père, le pasteur Gaspard Monod, remplit les fonctions d’aumônier du gouverneur de la Guadeloupe lorsque l’île est occupée par les Anglais en 1759. Il prêche en français pour les protestants qui y sont établis suite √† la Révocation de l’Edit de Nantes. De retour en Suisse lorsque la Guadeloupe est rendue à la France trois ans plus tard, il se fait connaître par plusieurs traductions d’ouvrages anglais.

Sous la direction de son père, Jean Monod fait des études classiques brillantes et entre, à dix-sept ans, à l’Académie de Genève en 1783. Consacré pasteur à vingt et un ans, il reste lié avec divers érudits de son temps, notamment Frédéric Bancillon, de Berlin, l’auteur des " Révolutions du système politique de l’Europe " depuis le XVe siècle (4 volumes). Il épouse en 1793 Louise de Coninck et se fixe à Copenhague en 1794 comme pasteur de l’Eglise française qui existe toujours. Les époux assistent aux attaques anglaises contre le Danemark en 1801 et 1807.

A la mort du pasteur Frédéric Mestrezat, le Consistoire de Paris fait appel en 1808 à Jean Monod, qui va quitter Copenhague pour un ministère de vingt-sept ans. Cet homme modéré, grand admirateur de Samuel Vincent et d’Alexandre Vinet, a su se garder à la fois des hardiesses parfois excessives de la théologie allemande et des étroitesses de l’orthodoxie du Réveil. Il n’a publié qu’un seul de ses sermons, prononcé lors du retour des Bourbons. L’avènement de Louis XVIII est salué avec reconnaissance dans certains milieux protestants car il apporte la paix. Quinze ans plus tard, il se félicite du nouvel ordre instauré par Louis-Philippe. Les sincérités excessives des pasteurs parisiens au début du XIXe siècle nous surprennent quelque peu aujourd’hui !

Jean Monod a collaboré à la Biographie Universelle de Michaud à laquelle il a fourni au moins quinze articles. Il a traduit et préfacé les " Lettres de Reinhard sur ses études et sa carrière de prédicateur " en 1816. Père de douze enfants, il est à l’origine de la branche française des Monod. Quatre de ses enfants deviendront pasteurs. Etranger à la lutte des partis, ce patriarche ne sera pas toujours d’accord avec ses fils sur le plan théologique. Leur affection mutuelle ne sera pas ébranlée pour autant. Son fils Frédéric (17941863) devient pasteur adjoint à Paris en 1819, pasteur en titre en 1832. Son troisième fils Adolphe (1802-1856) sera suffragant à Paris en 1847, pasteur en 1849.

Jean Monod a prêché avec talent et conviction. Tous ses contemporains sont unanimes sur ce point., Il a eu une grande audience en son temps et peut être considéré comme tout à fait représentatif de la tendance pré-libérale qui insiste beaucoup sur la nécessité d’une morale chrétienne, substrat indispensable de la vie spirituelle.

La Bibliothèque de Genève a conservé une importante collection de sermons de Jean Monod, annotés par ses fils Frédéric, Guillaume et Adolphe, qui ont envisagé d’en publier quelques-uns. Ceux-ci, adeptes de la théologie du Réveil, ont fini par y renoncer. Les grandes orientations de la pensée de leur père, qu’ils vénéraient sincèrement, étaient trop éloignées des leurs.

Dans ses " Cinquante Ans de Souvenirs religieux et ecclésiastiques " le professeur de théologie, J. Pedezert, qui ne peut être suspecté de libéralisme, remarque que, si l’ancien pasteur de Copenhague n’était pas un homme du Réveil, les hommes du Réveil l’ont respecté, mais " sa prédication grave et calme comme lui-même était plus propre à fortifier la vertu qu’à nourrir la piété ". Ce n’est sans doute pas ce qu’ont pensé les fidèles de l’Oratoire, qui avaient tout intérêt à arriver à l’heure s’ils voulaient trouver une place assise. Jean Monod a redonné certains de ses sermons plus de vingt fois. Les dames de l’Oratoire, bouleversées par une prédication sur le pouvoir de la charité, sont allées jusqu’à jeter leurs bijoux dans la bourse des pauvres. Il n’est pas surprenant que trois mille personnes aient accompagné Jean Monod jusqu’à sa dernière demeure terrestre le 23,avril 1836.

Nous extrayons du sermon de Jean Monod sur I Thimothée 1/50 (Le but de notre prédication, c’est la charité) le passage suivant qui est toujours d’actualité à une époque où l’on parle de précarité et de nouvelle pauvreté. "Venez donc, bienfaiteurs généreux qui faites la gloire et l’espérance de cette Eglise, venez, elle attend de vous avec confiance de nouveaux efforts et de plus grands sacrifices. Vous tous, mes chers frères, quelle que soit la mesure de vos facultés, que chacun se livre aux mouvement de son cœur; que chacun se taxe, que chacun apporte son offrande; que personne ne se repose sur les autres ou ne se croit dispensé de donner par la modicité du don qu’il peut présenter... Nous n’aurons pas la douleur d’être témoins journaliers de souffrances que nous ne pourrons pas soulager".

Philippe Vassaux

Pasteur Frédéric Monod
Pasteur Frédéric Monod

Frédéric Monod (1794-1863)
Un pasteur en constante recherche

Le fils a√ģn√© du pasteur Jean Monod, fr√®re d’Adolphe, fait ses √©tudes √† Gen√®ve.

Nomm√© pasteur √† Paris en 1820, il rejoint le R√©veil. Sans avoir le talent oratoire de son fr√®re Adolphe, il d√©ploie cependant une activit√© intense : fondation de la premi√®re √©cole du dimanche √† Paris, r√©daction d’articles aux Archives du christianisme, participation aux diverses soci√©t√©s religieuses (Biblique, des Missions, √Čvang√©lique).

Il consid√®re que l’√Čglise r√©form√©e est trop peu active dans la diffusion de la foi et en mati√®re d’√©vang√©lisation.

Il la quitte lors de l’assembl√©e de 1848, o√Ļ il fait partie de la petite minorit√© qui r√©clame le vote d’une confession de foi, il entre alors en dissidence, fondant avec Ag√©nor de Gasparin, l’¬ę Union des √Čglises √©vang√©liques libres de France ¬Ľ

Il est √† l’origine de la construction de la chapelle du Nord inaugur√©e en 1849, o√Ļ Tommy Fallot a exerc√© par la suite.

site du Musée Virtuel du protestantisme

Pour en savoir plus :

pasteur Adolphe Monod
pasteur Adolphe Monod

Adolphe Monod (1802-1856)
Un grand orateur du Réveil

Le cinqui√®me fils du pasteur Jean Monod, fr√®re du pasteur Fr√©d√©ric Monod, fit ses √©tudes √† Gen√®ve. Lors d’un premier minist√®re √† Naples pour la colonie de langue fran√ßaise, il se ¬ę convertit ¬Ľ aux id√©es du R√©veil.

Nomm√© en 1828 pasteur √† Lyon, il entre en conflit avec la majorit√© lib√©rale des ¬ę anciens ¬Ľ du consistoire qu’il juge non-chr√©tiens, ¬ę incr√©dules et profanes ¬Ľ. Encourag√© par des dames ¬ę r√©g√©n√©r√©es ¬Ľ de Paris, il se laissa emporter par son √©loquence de tribun, ¬ę faisant succ√©der rapidement √† la plus sombre expression de d√©sespoir et d’extase un sourire tendre et expressif ¬Ľ. Jug√© fanatique, car il n’accepte de distribuer la C√®ne qu’√† ceux des fid√®les qu’il juge dignes, sa r√©vocation est demand√©e pour ¬ę refus de service ¬Ľ (1832). Il devint alors le pasteur d’une √©glise ind√©pendante (cf. le temps des divisions).

En 1836, le ministre - protestant - de l’Instruction publique et des Cultes, Claramond Pelet de la Loz√®re, le nomme √† la facult√© de Montauban, o√Ļ il enseigne la morale, la pr√©dication, l’h√©breu, puis l’ex√©g√®se.

Il finira sa carri√®re √† Paris comme pasteur √† l’Oratoire. Tr√®s recherch√© pour son talent de grand orateur (d’un style romantique), il allait partout o√Ļ on lui demandait de pr√™cher. Ses tourn√©es de conf√©rences firent progresser "l’orthodoxie" (l’aile conservatrice de l’√©glise). Il fut un des fondateurs de l’Alliance √©vang√©lique. Vers la fin de sa vie, il √©volua vers une position plus mod√©r√©e que celle de son fr√®re Fr√©d√©ric, affirmant, lors des assembl√©es protestantes de 1848, vouloir rester dans l’√Čglise √©tablie, et s’en tenant au principe de la confession de foi dite "de La Rochelle".

site du Musée Virtuel du protestantisme

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Gabriel Monod
Gabriel Monod

Gabriel Monod (1844-1912)
Un grand historien

Recevant au sein de sa - d√©j√† c√©l√®bre - famille une √©ducation protestante lib√©rale, ancien √©l√®ve de l’√Čcole Normale sup√©rieure, il est le fondateur de la Revue historique (1876), et illustre le r√īle des protestants dans l’enseignement r√©publicain. Directeur d’√Čtudes √† la IVe section de l’√Čcole Pratique des Hautes √Čtudes, Ma√ģtre de Conf√©rence √† l’√Čcole Normale Sup√©rieure, Professeur au Coll√®ge de France, il fut l’ardent d√©fenseur de Dreyfus. Grand lecteur de Michelet, bon connaisseur de l’√Čcole historique allemande, il se rendit c√©l√®bre par ses d√©bats avec Fustel de Coulanges, dont il contestait les ardeurs nationalistes. Il proposa de fonder la recherche en histoire sur une m√©thode analytique et critique, ce qui lui attira les foudres de Charles Maurras qui le consid√©rait comme vendu √† l’Allemagne ; Maurras citait toujours l’historien pour vilipender le protestantisme. Voici ce que dit Charles Maurras, en guise d’oraison fun√®bre de Gabriel Monod (Action fran√ßaise, 13 avril 1912) :

¬ęPlus on l’√©tudiera, mieux on comprendra que, si Gabriel Monod fut d’instinct r√©volutionnaire, c’est que l’√Čtat-Monod avait toujours tir√© un utile profit de nos r√©volutions. Son premier anc√™tre connu, Jacques Monod, avait renonc√© √† la qualit√© de fran√ßais sous Henri IV. Et Jean Monod venu √† Paris en 1793, puis en 1808, invoqua en 1817 la qualit√© de descendant (par les femmes) de huguenots exil√©s sous Louis XIV... Ainsi eut-il le titre et les avantages de ¬ęfran√ßais naturel¬Ľ. La R√©volution de 1830 aida les douze fils de Jean Monod √† exprimer tous les b√©n√©fices de cette position historique, sociale et morale. Le 4 septembre, puis la R√©volution dreyfusarde ont encore multipli√© la force de sa position...Tel est en soi le patriotisme m√©t√®que... Si les choses n’ont pas chang√© depuis dix ans, l’√Čtat-Monod est loin de se fondre dans la France contemporaine. Raison de plus pour le concevoir √† sa place r√©elle et dans son √™tre vrai. Il est de notre devoir de nous d√©fendre contre les empi√©tements de cette influence m√©t√®que.¬Ľ

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pasteur Wilfred Monod
pasteur Wilfred Monod

Wilfred Monod (1867-1943)
Une figure phare

C’est l’une des grandes figures pastorales r√©form√©es de la famille Monod (qui en compte beaucoup).

N√© √† la fin du Second Empire, il exerce un Minist√®re pastoral, d’abord √† Rouen, puis √† Paris (√† l’Oratoire) de type revivaliste. Mais il a surtout pris conscience des probl√®mes sociaux qui sont li√©s au d√©veloppement industriel et il a √©t√© imm√©diatement frapp√© par l’influence du socialisme en milieu ouvrier, influence dont il redoute le caract√®re irr√©ligieux.

Selon sa formule, l’√Čglise tend √† pr√™cher un Messie sans messianisme, tandis que le socialisme pr√™che un messianisme sans Messie. Son exigence est de trouver cette voie √©troite qui ne s√©pare plus le Messie du Messianisme, c’est-√†-dire celle qui permet de renforcer l’action sociale de l’√Čglise, d’en faire sa vocation cr√©dible pour le temps pr√©sent. Il s’engage alors dans deux voies compl√©mentaires que sont le mouvement du Christianisme social d’une part, le mouvement œcum√©nique de rassemblement des √Čglises d’autre part.

Le Christianisme social, dot√© d’une revue brillante, maintenant remplac√©e par Autres Temps, vise √† proposer un programme social que les √Čglises protestantes devraient s’efforcer de r√©aliser. Pour ce faire, elles doivent au moins para√ģtre agir ensemble dans le monde de plus en plus la√Įc. La r√©alisation la plus visible en a √©t√© la cr√©ation de la F√©d√©ration Protestante de France en 1905. Mais la F√©d√©ration ne regroupe √† ses d√©buts que peu d’√Čglises. C’est pourquoi Wilfred Monod s’est engag√© activement dans le mouvement de rassemblement des √Čglises protestantes qu’avait cr√©√© en 1908 l’√©v√™que Su√©dois luth√©rien Nathan S√∂derblom sous le nom de Christianisme pratique, lequel tentait d’oublier les querelles th√©ologiques pour se concentrer sur la question sociale. Dans ce contexte, Wilfred Monod s’est aussi efforc√© de construire concr√®tement, localement, le souci œcum√©nique. C’est la mise en œuvre de la Communaut√© des Veilleurs en 1923 dont la liturgie a pour fondement les B√©atitudes et s’inspire des liturgies de diff√©rentes confessions. Parce qu’il ne faisait pas de la rigueur de la probl√©matique th√©ologique sa pr√©occupation premi√®re, Wilfred fut √©cart√© de la Facult√© de Th√©ologie de Paris en 1929, ce qu’il ressentit tr√®s douloureusement.

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Théodore Monod
Théodore Monod

Théodore Monod (1902-2000)

Scientifique renomm√© embrassant plusieurs sp√©cialit√©s, Th√©odore Monod est connu du grand public par ses multiples exp√©ditions √† travers le d√©sert saharien. Homme de foi, attach√© √† l’Eglise r√©form√©e, il noue des dialogues interreligieux et milite pour le respect de la vie.

Le scientifique

N√© √† Rouen le 9 avril 1902, Th√©odore Monod est le fils de Wilfred et de Dorina Monod. En 1909, la famille arrive √† Paris, o√Ļ Wilfred Monod a √©t√© nomm√© pasteur au temple de l’Oratoire. Th√©odore fr√©quente l’Ecole Alsacienne, puis se dirige vers les sciences : titulaire d’une licence et d’une ma√ģtrise, il entre comme assistant au Mus√©um d’Histoire naturelle √† Paris, en ichtyologie (√©tude des poissons), en 1921. D√®s lors, des missions m√®neront Th√©odore Monod dans le d√©sert, le plus souvent en Mauritanie. Sa carri√®re, riche de recherches et de d√©couvertes, sera reconnue par le monde scientifique √† sa juste et haute valeur.

L’homme de Dieu

La science n’emp√™che en rien Th√©odore Monod de poursuivre sa qu√™te spirituelle. Attach√© √† la th√©ologie de son p√®re, Wilfred Monod, le jeune homme participe √† la fondation d’un Tiers-ordre protestant qui accepte une discipline de pri√®res : les Veilleurs ; pour ce groupe, il r√©dige en 1925 Le livre de pri√®re. Ses m√©har√©es, de 1921 √† 1997, le font approfondir le sens de la r√©flexion, dans le silence et la contemplation, dans la lecture de la Bible, dans la recherche d’un ressourcement sans cesse renouvel√©.

Théodore Monod épouse Olga Pickova en 1930 et le couple aura trois enfants.

Les voyages de Th√©odore comme le travail s√©dentaire √† Dakar (o√Ļ il est directeur de l’Institut Fran√ßais d’Afrique Noire (IFAN) de 1938 √† 1965), ou √† Paris, (o√Ļ il est √©lu membre de l’Acad√©mie des Sciences en 1963), lui offrent l’occasion de rencontres ou d’√©changes √©pistolaires avec d’autres chercheurs de Dieu, tant musulmans que chr√©tien,, notamment, Amadou Hampat√© B√Ę, Louis Massignon ou le P√®re Teilhard de Chardin.

Le militant pacifique

C’est de son retour √† Paris que datent ¬ę les combats civils ¬Ľ que m√®ne le professeur (lutte contre la violence, contre l’arme atomique, je√Ľnes d’interpellation, fid√©lit√© aux Veilleurs, etc.).

Th√©odore Monod n’aura cess√© de pr√īner la responsabilit√© de l’homme, cherchant √† vivre en conformit√© avec sa foi, dans le respect et l’amour de toute forme de vie.

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Pour en savoir plus :

 

 

Pasteur Andrť-Numa Bertrand Pasteur Andrť-Numa Bertrand Pasteur Andrť-Numa Bertrand

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Pasteur André-Numa Bertrand (1876-1946)

Pasteur André-Numa Bertrand
Pasteur André-Numa Bertrand

De vieille famille lib√©rale et pastorale, Andr√©-Numa Bertrand, apr√®s avoir fait ses √©tudes √† Gen√®ve et √† Paris, a envisag√© de partir en mission √† Madagascar, mais on lui en refuse l’autorisation en raison de ses conceptions dogmatiques lib√©rales.

Protestant lib√©ral, il l’est certainement, d’une fa√ßon intelligente et pleine de spiritualit√©. Il prend ses distances avec certaines tendances qui limitent parfois la foi chr√©tienne √† une bonne conduite morale, d√©daignant la question th√©ologique et la pratique religieuse.

Apr√®s la guerre de 1914, Bertrand devient pr√©sident de l’Union des Eglises r√©form√©es. Il va jouer un tr√®s grand r√īle dans la naissance de l’√Čglise r√©form√©e de France gr√Ęce √† un esprit de paix et de compromis. Depuis le milieu du XIX, deux courants s’opposaient radicalement dans le protestantisme r√©form√©. Un courant issu du r√©veil et dit ¬ę orthodoxe ¬Ľ (au sens de personnes tr√®s attach√©es √† la lettre de la doctrine) tenait fermement √† ce qu’un socle de croyances th√©ologiques soit d√©fini et impos√© comme unissant l’√Čglise. Le courant lib√©ral trouvait cette contrainte contraire √† l’essentiel qui est l’√Čvangile et la libert√© de chacun de penser et de croire.

Andr√©-Numa Bertrand propose de d√©finir effectivement une confession de foi, mais de la faire pr√©c√©der par un pr√©ambule permettant aux lib√©raux de bonne volont√© d’adh√©rer √† ce texte ¬ę Vous lui donnerez votre adh√©sion joyeusement, comme une libre et personnelle affirmation de votre foi. Sans vous attacher √† la lettre de ses formules, vous proclamerez le message de salut qu’elles expriment ¬Ľ. S’attacher √† l’esprit plus qu’√† la lettre √©tant une id√©e forte de l’√Čvangile la grande majorit√© des ¬ę orthodoxes ¬Ľ accepta ce compromis, suffisamment rassur√©s sur le lib√©ralisme mod√©r√© de ceux qui accepteraient de signer ce texte.

√Ä la d√©claration de la guerre, en septembre 1939, le pasteur A.N. Bertrand n’est donc pas un inconnu. Il a atteint, en 1938, cet exploit de restaurer l’unit√© de l’√Čglise R√©form√©e de France, dont il est devenu vice-pr√©sident du Conseil National. Il est, par ailleurs vice-pr√©sident de la F√©d√©ration Protestante de France et pr√©sident du Consistoire de Paris. Il vient aussi d’√™tre √©lu pr√©sident des √Čclaireurs Unionistes de France. Mais surtout, depuis 1926, il est pasteur de l’√©glise de l’Oratoire du Louvre.

Il a un temp√©rament de chef. Ses remarquables dons intellectuels et ses qualit√©s de cœur lui conf√®rent une autorit√© spirituelle et morale que tous admirent et acceptent. Son premier souci sera toujours ce qu’il consid√®re comme la priorit√© des priorit√©s du minist√®re pastoral : le souci des √Ęmes. On ne saura jamais le nombre de ceux qui trouv√®rent aupr√®s de lui un guide spirituel, une √©coute fraternelle.

La ¬ę dr√īle de guerre ¬Ľ (39-40) ne va pas changer grand-chose √† la vie quotidienne. Une fausse s√©curit√© s’installe. La France n’est pas pr√™te √† supporter le choc de mai 1940. Un mois suffit pour que tout s’√©croule.

Le 21 mai 1940, le conseil de la F√©d√©ration souhaite que son pr√©sident, le pasteur Marc Bœgner reste en contact avec le gouvernement, m√™me si celui-ci doit s¬Ď√©loigner de Paris, et que le pasteur Bertrand reste √† Paris pour assurer la pr√©sidence par int√©rim. Le 10 juin le gouvernement quitte Paris et M. Bœgner le suit √† Bordeaux. A.N. Bertrand assure seul la responsabilit√© du protestantisme parisien. Il a ordonn√© √† tous ses coll√®gues qui le peuvent de partir. Lui-m√™me a fait partir sa famille √† Castres. Il se r√©jouit que Dartigue √† Pentemont, Puech √† Bois-Colombes, Picard √† l’√Čtoile et Pfender √† Saint-Maur soient rest√©s et puissent le seconder. Panier va s’occuper des prisonniers. Ses coll√®gues √† l’Oratoire, Vidal et Vergara sont partis. Vidal reviendra le 16 ao√Ľt. Vergara sera l√† pour pr√™cher le 17 novembre.

Le 14 juin, les Allemands entrent dans Paris. Le 16 juin, A. N. Bertrand pr√™che √† l’Oratoire sur ¬ę l’√Čpreuve ¬Ľ ; il termine ainsi : ¬ę C’est aujourd’hui l’heure de la croix, mais un jour viendra l’heure de la r√©surrection. ¬Ľ Tout au long de cette p√©riode douloureuse, sa pr√©dication courageuse, lucide, explicite, r√©conforte ses auditeurs qui viendront - m√™me de tr√®s loin - l’√©couter avec reconnaissance et √©motion. Ils trouveront toujours l√† ¬ę Lumi√®re, nourriture et Vie ¬Ľ.

Enfant portant l’√©toile jaune
Enfant portant l’√©toile jaune

Arrive le 29 mai 1942 et l’ordonnance allemande contraignant tous les juifs √Ęg√©s de six ans r√©volus et plus √† porter, √† partir du 7 juin, une √©toile jaune. Affaire de zone occup√©e, en quelque sorte. Cette fois-ci, Bertrand d√©cide de passer outre l’habituelle circonspection du pr√©sident de la FPF : il r√©unit le Conseil, le 5 juin, et r√©dige une lettre √† l’adresse du mar√©chal P√©tain ; il la confie √† Boegner qui, le 27 juin, la lit au chef de l’√Čtat avant de la lui remettre. C’est la protestation officielle d’une √Čglise, la seule √† ma connaissance contre le port de l’√©toile jaune. Cette lettre n’est pas une protestation publique, du haut de la chaire. Une telle protestation a pourtant exist√©, les 7 puis 14 juin, toujours √† l’initiative de Bertrand ; si nous connaissons bien la premi√®re, l’ampleur et m√™me la r√©alit√© de la seconde n’ont √©t√© d√©couvertes que r√©cemment. Le dimanche 7 juin, premier jour o√Ļ le port de l’√©toile devient obligatoire, Bertrand pr√™che sur la premi√®re Ep√ģtre de Pierre : ¬ę Si quelqu’un parle, que ce soit comme il convient √† la Parole de Dieu ¬Ľ. Pour le pasteur, la vie int√©rieure du chr√©tien doit le garder libre √† l’√©gard des pressions du monde ext√©rieur ; mais non pas indiff√©rent : le politique ne peut √™tre pr√©tendu imperm√©able au spirituel. D’o√Ļ, dans un troisi√®me temps du sermon, la prise de position, au nom de l’amour pour les hommes, sur le port de l’√©toile jaune :

¬ę C’est dans cet esprit qu’il convient de parler des √©v√©nements du jour, sur lesquels l’√Čglise de J√©sus-Christ ne saurait garder le silence. Depuis ce matin, nos compatriotes isra√©lites sont assujettis √† une l√©gislation qui froisse dans leur personne et dans celle de leurs enfants, les principes les plus √©l√©mentaires de la dignit√© humaine. Nous ne sommes pas ici pour protester ou pour r√©criminer, encore bien moins pour condamner et pour maudire ; nous sommes ici pour aimer, pour prier et pour b√©nir. Ce sont des droits que personne sans doute ne nous contestera, et dont personne, dans tous les cas, ne peut nous d√©pouiller sans notre propre consentement. Nous sommes ici pour demander √† Dieu qu’il fortifie le cœur de ces hommes et de ces femmes, afin que ce dont on a voulu faire pour eux un signe d’humiliation, ils soient rendus capables d’en faire un signe d’honneur. - L√† o√Ļ des hommes souffrent, quels qu’ils soient, le cœur innombrable du Christ est √©mu de mis√©ricorde et l’√Čglise a le devoir de dire : Moi aussi je souffre avec eux. - L√† o√Ļ des chr√©tiens, des hommes et des femmes qui ont √©t√© baptis√©s au nom de J√©sus-Christ, sont contraints de porter un signe qui n’est pas celui de leur Ma√ģtre et de leur Sauveur, l’√Čglise de J√©sus-Christ a le devoir de dire : Ceux-l√† sont √† moi, et je suis avec eux. - Et l√† o√Ļ sont frapp√©s des enfants de six ans, l’√Čglise de J√©sus-Christ a le devoir de dire : Ceux-l√† sont √† Dieu, les innocents, et je les b√©nis.

Ces paroles sont pratiquement inop√©rantes ? Nous ne le savons que trop ; d’aucuns les trouveront m√™me plus qu’inutiles, dangereuses. L’√Čglise de J√©sus-Christ ne saurait se laisser guider par ces consid√©rations subalternes ; il y a des choses qui doivent √™tre dites ; elle les dit. Il y va de quelque chose de plus que son honneur, il y va de l’honneur de Dieu. "Jamais les saints ne se sont tus", disait Pascal, et il prenait ce mot "saints" dans son sens biblique, qui d√©signe ceux qui sont consacr√©s √† Dieu. Le Pasteur aussi, lorsqu’il est dans la chaire de J√©sus-Christ et se souvient de sa cons√©cration, ne saurait recevoir d’ordres de personne, si ce n’est de son Chef ; il n’accueille aucune inspiration, si ce n’est celle de sa foi. Sans cela - qu’il y prenne garde - sans cela il ne parlerait pas comme il convient √† la Parole de Dieu. ¬Ľ

THEIR BROTHERS’ KEEPERS
Plaque attribu√©e √† l’Oratoire en 1957 par la Andi-Defamation League of B’Nai B’rith

Quel a pu √™tre l’effet d’une telle pr√©dication sur l’auditoire ? On poss√®de un √©l√©ment de r√©ponse directe : √† la sortie du culte, la belle-m√®re du pasteur Jean M√©dard croise sous les arcades de la rue de Rivoli un ¬ę m√©nage √† l’air modeste et distingu√© qui portait l’√©toile jaune. Alors je me suis avanc√©e, leur ai tendu la main en leur disant : "Je suis chr√©tienne, je sors de l’Oratoire, permettez-moi de vous t√©moigner ma sympathie. Nous sommes tous des enfants de Dieu". Le monsieur a port√© ma main √† ses l√®vres, il √©tait tout √©mu et moi j’avais les larmes aux yeux ¬Ľ. Le m√™me jour, des √©tudiants, dont plusieurs protestants, comme Marie M√©dard, fille du pasteur de Rouen, ou Henri Plard, ancien cat√©chum√®ne du m√™me pasteur, arborent dans Paris de fausses √©toiles jaunes. On ne sait si l’un ou l’autre sortait de l’Oratoire. Plard, imm√©diatement arr√™t√©, est intern√© √† Drancy le lendemain, comme ¬ę Ami des Juifs ¬Ľ, et travaille au bureau administratif du camp, avant d’√™tre lib√©r√© le 31 ao√Ľt. Il a expliqu√©, √† la fin de sa vie, les affinit√©s spirituelles et sociologiques qui, selon lui, liaient les protestants fran√ßais aux juifs.

De cette p√©riode, nous poss√©dons le ¬ęJournal intime¬Ľ d’ A.N. Bertrand, publi√© dans le bulletin de la Soci√©t√© d’histoire du protestantisme fran√ßais de juillet-ao√Ľt-septembre 1981, tome 127. Ce texte offre un tr√®s grand int√©r√™t. On y d√©couvre quelqu’un de tr√®s humain, on p√©n√®tre dans son intimit√©. Il nous livre ses doutes, ses craintes, ses col√®res, ses d√©go√Ľts pour la veulerie ; il nous dit sa lassitude, ses h√©sitations devant certains choix qui furent peut-√™tre des erreurs ; mais √©clatent aussi sa rectitude, son sens aigu de l’honneur et de la fid√©lit√©. Il termine ainsi : ¬ę Ceux qui auront √©t√© dans la fournaise, qui auront vu la veulerie g√©n√©rale, et qui auront subi la pression des circonstances, et de l’atmosph√®re comprendront qu’il fallait se raidir si on ne voulait pas √™tre courb√© ; et il ne faut jamais se courber que devant Dieu. C’est le mot d’ordre que j’ai voulu garder. ¬Ľ

Il organise la desserte des paroisses avec des effectifs tr√®s r√©duits. Les pasteurs ne reviendront pas tous √† Paris. Les finances sont inexistantes. Pendant plusieurs mois A. N. Bertrand pr√©side trois cultes par dimanche - Ste Marie, Oratoire et Belleville. Il parcourt Paris et la banlieue √† bicyclette ou en m√©tro, il monte les √©tages sans ascenseurs ; la tension nerveuse et la fatigue physique l’√©puisent.

On ne peut tout rapporter de son inlassable activit√© au service du protestantisme fran√ßais en zone occup√©e, de juin 40 √† mars 43. Il a toujours agi en accord avec le Conseil de la F√©d√©ration Protestante de France et celui de l’√Čglise R√©form√©e, mais sans pouvoir consulter le pasteur Bœgner qui se trouvait en zone libre, s√Ľr cependant de son accord tant l’amiti√© qui les liait √©tait profonde. On trouve le d√©tail de cette activit√© dans le rapport lu √† l’assembl√©e g√©n√©rale du Protestantisme fran√ßais, √† N√ģmes en octobre 1945, et √† laquelle sa sant√© ne lui avait pas permis d’assister. On ne citera ici que quelques √©l√©ments marquants.

 Le 20 ao√Ľt 1940, les mouvements de jeunesse sont interdits. Pr√©sident des √Čclaireurs Unionistes, il refuse que ceux-ci entrent dans la clandestinit√© : trop de risques pour les chefs et cheftaines. Il cr√©e alors une jeunesse confessionnelle rattach√©e √† chaque √©glise.

  •  Il proteste contre la fermeture des salles d’√©vang√©lisation de l’Arm√©e du Salut.
  •  Puis contre la fermeture des oeuvres sociales de l’Arm√©e du Salut. Finalement, Laval dissoudra l’Arm√©e du Salut.
  •  Il proteste contre le serment de fid√©lit√© au chef de l’√Čtat pour les fonctionnaires.
  •  Il proteste contre les r√©quisitions et le S.T.0, et r√©dige le 14 avril 1943 un message de la F.P.F qu’il fait lire en chaire le 2 mai.
  •  Il entreprend de nombreuses d√©marches en faveur des juifs pers√©cut√©s, pour protester contre le port de l’√©toile jaune.
  •  Il intervient √©nergiquement au moment de l’arrestation de milliers de juifs au Vel d’hiv. par la police fran√ßaise
  •  Il exprime sa solidarit√© au grand Rabbin de Paris.

 Mais surtout, il √©crit en 1942 trois lettres, plus douloureuses que r√©volt√©es, le 16 f√©vrier au Commissaire G√©n√©ral aux affaires juives, le 27 juin au Mar√©chal P√©tain (celui-ci se d√©clare √©mu, mais ne pouvait rien faire), demandant √† M. Bœgner de la remettre en mains propres, et le 3 ao√Ľt √† M. de Brinon, chef de la D√©l√©gation du Gouvernement Fran√ßais √† Paris, qui ne r√©pond pas.

Il termine son rapport en regrettant l’attitude de la hi√©rarchie catholique qui refusa d’entreprendre une d√©marche commune aupr√®s des autorit√©s d’occupation : ¬ę J’ai toujours re√ßu aupr√®s de ces pr√©lats une parfaite courtoisie et bienveillance, mais aussi un refus tr√®s net de s’opposer en quoi que ce soit aux interventions des ma√ģtres de l’heure. ¬Ľ

A partir d’octobre 1942 une autre forme d’intervention prends corps. Celle-l√† exige silence et clandestinit√©, c’est l’aide physique aux juifs, adultes et enfants, qu’il s’agit de cacher, et tout d’abord de faire √©chapper des sourici√®res urbaines, dont celle de Paris. Dans une Lettre pastorale qui remplace la Feuille rose, le 30 septembre 1942,  les trois pasteurs de l’Oratoire, sans dire un mot des juifs, appellent chaque chr√©tien √† porter dans son cœur la souffrance du monde et √† ne pas la laisser effacer en lui-m√™me par la r√©alit√© ou l’appr√©hension de ses propres souffrances : ¬ę Il ne faut pas dire : "√Ä chacun suffit sa peine ! J’ai bien assez √† faire √† porter la mienne ; pourquoi vouloir m’√©craser sous celle du monde ?  Je ne suis pas de force ; j’aime mieux l’oublier ¬Ľ.

Et ce sera des appels, du haut de la chaire de l’Oratoire, au moment des annonces diverses concernant les activit√©s de la paroisses, que souvent √©tait lanc√© l’appel en direction de familles qui pourraient emmener quelques enfants pauvres ayant besoin de prendre l’air. Les familles comprenaient qu’un ou plusieurs enfants juifs avaient besoin de trouver refuge pour quelques jours ou quelques semaines dans une famille parmi d’autres enfants le temps que l’on trouve le moyen de les √©vacuer. Cet appel √©tait lanc√© alors que dans les rangs des fid√®les se trouvaient des allemands parmi les plus hauts plac√©s, venant de l’h√ītel Meurice, un peu plus bas dans la rue de Rivoli qui avait √©t√© r√©quisitionn√© par les autorit√©s allemandes pour la Kommandantur du Grand Paris !

Apr√®s guerre, il continua avec joie et s√©r√©nit√© son minist√®re jusqu’au bout. Nous avons les notes inachev√©es de sa derni√®re pr√©dication (29 septembre 1946) : ¬ę √Čternel je n’ai ni un cœur qui s’enfle, ni des regards hautains, je ne m’occupe pas de choses trop grandes et trop relev√©es pour moi, loin de l√†. J’ai l’√Ęme calme et tranquille comme un enfant sevr√© qui est aupr√®s de sa m√®re. ¬Ľ (Ps 131,1-2)

Son dernier message parut dans le bulletin de l’√©glise de l’Oratoire d’octobre 1946 : ¬ę La paix de Dieu qui d√©passe toute compr√©hension gardera vos cœurs et vos esprits. ¬Ľ (Ph 4,7)

Il mourut le mercredi 9 octobre 1946. Dans son testament il avait laiss√© un court message destin√© √† la paroisse : ¬ę Je voudrais que l’on dise seulement aux fid√®les de l’Oratoire que je sais combien j’ai √©t√© inf√©rieur √† ma t√Ęche. Mais que je les ai aim√©s autant qu’il √©tait en moi et que je remercie ceux qui m’ont aim√©. ¬Ľ

Pour en savoir plus :

Vid√©o d’une conf√©rence de Patrick Cabanel, professeur d’histoire contemporaine √† l’Universit√© de Toulouse-Le Mirail, membre de l’institut universitaire de France. Il nous d√©voile comment la communaut√© protestante de Paris a aid√© les juifs sous l’occupation allemande :

 

 

Marcelle Guillemot Marcelle Guillemot Marcelle Guillemot Marcelle Guillemot

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Marcelle Guillemot (1907-1960),
le pasteur Paul Vergara et Marcelle Vergara

La ¬ę Clairi√®re ¬Ľ, oeuvre sociale de l’Oratoire fond√©e en 1910 par Wilfred Monod, dont le pasteur Vergara √©tait le directeur et Mlle Guillemot l’assistante sociale, aida au sauvetage d’enfants juifs en f√©vrier 1943 et servit de ¬ę bo√ģte aux lettres ¬Ľ √† la R√©sistance. Paul Vergara et Marcelle Guillemot durent fuir la Gestapo en juillet 1943.

Si la direction de La Clairi√®re entrait dans les attributions statutaires du pasteur Vergara, la direction effective, sur place, √©tait assur√©e par l’assistante sociale Marcelle Guillemot (1907-1960), une femme seule et forte dont le portrait, tel qu’il a √©t√© dress√© au lendemain de sa disparition, n’est pas sans √©voquer celui d’autres femmes protestantes pareillement engag√©es aux c√īt√©s des juifs, une Ad√©la√Įde Hautval, une Madeleine Barot, une Jeanne Merle d’Aubign√©, une Alice Ferri√®res¬Ö 

√Ä La Clairi√®re comme partout en ces ann√©es, le sauvetage des juifs a √©t√© rendu possible par la conjonction de personnalit√©s d’exception qui se sont r√©v√©l√©es dans l’√©preuve (sous la forme d’un h√©ro√Įsme au quotidien, que la formule en v√©rit√© oxymorique de ¬ę banalit√© du bien ¬Ľ √©voque assez justement), et de divers r√©seaux √† l’une des intersections desquels s’est trouv√©e La Clairi√®re - personnalit√©s et r√©seaux √©tant juifs aussi bien que protestants, catholiques et la√Įques. Qui voudrait reconstituer l’exfiltration depuis Paris de dizaines et m√™me de centaines d’enfants juifs, laiss√©s seuls par la d√©portation de leurs parents, confi√©s provisoirement √† des maisons administr√©es par l’Union g√©n√©rale des isra√©lites de France (UGIF), devrait passer par ces associations clandestines, l’Entraide temporaire, cr√©√©e et dirig√©e par Lucie Chevalley-Sabatier (la fille du grand th√©ologien Auguste Sabatier), le comit√© de la rue Amelot, le Mouvement national contre le racisme, o√Ļ s’est illustr√©e Suzanne Spaak, etc. Outre Vergara et Mlle Guillemot, l’Oratoire est fortement repr√©sent√© dans cette conjonction d’efforts : ce sont une vingtaine ou une trentaine de paroissiennes, dont L. Chevalley-Sabatier et Odette B√©chard (Juste, en compagnie de son √©poux Fernand), un diacre, Maurice-William Girardot (qui devait tomber dans une sourici√®re de la Gestapo en octobre 1943, mais √™tre lib√©r√© √† la veille de No√ęl), et des √Čclaireuses unionistes.

L’op√©ration dont La Clairi√®re a √©t√© le centre a permis de sauver 63 enfants dans la semaine du 16 f√©vrier 1943. L’√©pisode a √©t√© souvent rapport√©, avec un certain nombre de variations sur la chronologie et le d√©tail des √©v√©nements, variations √† propos desquelles  il m’est impossible de trancher. Persuad√©e que des enfants accueillis dans deux foyers de la rue Lamarck et de la rue Guy-Patin, dans les 18e et 10e arrondissements, sont menac√©s de d√©portation, Suzanne Spaak alerte les responsables de La Clairi√®re, et un sc√©nario de sauvetage est mis au point.

Les enfants √©tant autoris√©s √† une sortie hebdomadaire, le jeudi, d√®s lors que les accompagnent des adultes ayant d√Ľment rempli un formulaire sp√©cial, il s’agit de trouver des volontaires pour venir prendre ces enfants et les ramener, √† la fin de l’apr√®s-midi, non pas dans les foyers de l’UGIF mais, le temps d’une nuit, √† La Clairi√®re, d’o√Ļ ils seront dispers√©s le lendemain.

Le dimanche 12 f√©vrier, Vergara lance un appel en chaire pour recruter des volontaires ; √† la sortie du culte, Mlle Guillemot remet √† chacune des quelque 25 ou 30 femmes ou familles qui se pr√©sentent une note d’information et/ou une fiche √† remplir ; une quinzaine d’autres femmes, des militantes juives semble-t-il, se joignent √† elles les jours suivants.

Le jeudi 16 f√©vrier selon certains t√©moignages, √† partir du 13 selon d’autres, 63 enfants et adolescents, √Ęg√©s de 3 √† 18 ans, sortent des deux foyers pour une promenade tout √† fait officielle ; mais leurs accompagnateurs, qui avaient eu pour consigne de ne pas laisser relever leur propre identit√© par √©crit, les laissent, comme pr√©vu, √† La Clairi√®re, o√Ļ tout est en place pour les nourrir et leur faire passer la nuit. Le lendemain, munis de faux papiers, les enfants et adolescents quittent La Clairi√®re en compagnie d’√Čclaireuses a√ģn√©es qui les convoient en banlieue (notamment dans une pension de Clamart) et en province (notamment en Normandie). L’argent n√©cessaire au paiement des pensions dans les familles d’accueil allait √™tre r√©colt√© au moins en partie au sein de la paroisse de l’Oratoire. D’autres enfants ont b√©n√©fici√© par la suite du m√™me processus de mise en s√Ľret√© ; des listes, indiquant leurs lieux de placement, ont √©t√© constitu√©es, dont l’une avait √©t√© confi√©e √† une √©pici√®re de la rue Greneta, mais elles ont disparu aujourd’hui ; le jeune polytechnicien Maurice Nosley (paroissien, lui, de Paris-Luxembourg) a t√©moign√© pour sa part avoir conduit des enfants dans quatre familles d’accueil situ√©es en Sa√īne-et-Loire : il oeuvrait en liaison avec l’Entraide temporaire. √Ä la fin, Mlle Guillemot a d√Ľ cacher plusieurs jeunes employ√©es de l’UGIF dans des familles de l’Oratoire. 

Rendant compte de ce sauvetage dans sa plaquette en hommage √† Marcelle Guillemot, Paul Vergara a eu cette analyse, en 1961, qui sonne encore comme ses sermons des ann√©es 1940, surtout au moment de fustiger ¬ę des √©ditions att√©nu√©es de l’√Čvangile ¬Ľ (je souligne) : ¬ę L’Occupation et les monstrueuses doctrines hitl√©riennes pla√ßaient sous nos yeux, √† la port√©e de nos mains, des pers√©cut√©s innocents et sans d√©fense, des pers√©cut√©s qui √©taient les fr√®res de race de Celui que nous appelions notre Ma√ģtre. Leur ouvrir des bras fraternels, les secourir, les sauver, √©tait notre devoir pr√©sent ; un devoir dangereux, nous le savions, mais ce devoir n’√©tait pas √† √©luder parce qu’il √©tait dangereux. Il est des moments o√Ļ des √©ditions att√©nu√©es de l’√Čvangile ne sauraient r√©pondre aux besoins imm√©diats de ceux qui sont tomb√©s entre les mains des brigands. Jouer de la fl√Ľte, quand le clairon convie au combat, n’est rien d’autre qu’une d√©sertion. Nous avons r√©pondu √† l’appel du clairon et nous sommes entr√©s dans la lutte avec un groupe de femmes h√©ro√Įques √† la t√™te desquelles se trouvait Mme S. Spaak ¬Ľ.

Quelques mois plus tard, Marcelle Guillemot et Paul Vergara acceptaient de faire de La Clairi√®re le point d’attache du secr√©tariat de la Zone nord de la D√©l√©gation G√©n√©rale, alors dirig√© par Daniel Cordier (tandis que Jean Moulin dirigeait le secr√©tariat de la Zone sud). La sœur de l’un des adjoints de Cordier, Hugues Limonti, √©tait l’amie de Mlle Guillemot, ce qui explique le choix du patronage pour en faire une boite aux lettres de premier ordre, recevant postes √©metteurs et r√©cepteurs, journaux clandestins, courriers, armes, r√©unions de dirigeants du Conseil national de la R√©sistance (CNR).

Le gendre de Vergara ayant √©t√© arr√™t√© le 23 juillet 1943 apr√®s avoir r√©ceptionn√© un parachutage, la Gestapo tente le lendemain de prendre au pi√®ge Limonti, Mlle Guillemot, Vergara, mais tous trois parviennent √† lui √©chapper, l’assistante sociale apr√®s s’√™tre enferm√©e dans La Clairi√®re pour d√©truire les pi√®ces compromettantes et avoir eu l’id√©e, au dernier moment, de s’enfuir par une verri√®re.

La clandestinit√© pour les uns, la prison ou la d√©portation, parfois la mort, pour d’autres : ainsi s’√©crit la fin de l’Occupation pour les principaux acteurs de La Clairi√®re, tandis que les pasteurs Bertrand et Vidal continuent √† assurer les pr√©dications √† l’Oratoire.

La reconnaissance √† l’√©gard des acteurs de l’Oratoire vient de l’ext√©rieur : Marcelle Guillemot et le pasteur Vergara sont r√©compens√©s par la m√©daille de la R√©sistance. En 1947, une exposition organis√©e par l’Union des Juifs pour la r√©sistance et l’entraide rend hommage dans un panneau √† ¬ę Quelques nobles figures du peuple fran√ßais qui ont brav√© tous les dangers pour sauver des enfants juifs de la d√©portation ¬Ľ : on trouve parmi les huit portraits align√©s ceux de Marcelle Guillemot, de Suzanne Spaak, du pasteur Vergara (ou encore du m√©decin et maire de Beaune-la-Rolande, Paul Cabanis, un protestant c√©venol n√© √† Sum√®ne). La m√™me ann√©e, tr√®s probablement, Mme Gaudelette, une enqu√™trice du Comit√© d’histoire de la Deuxi√®me Guerre mondiale recueille les d√©positions de Vergara et de Mlle Guillemot.

Dipl√īme de "juste parmi les nations" attibu√© √† Marcelle Guillemot
Dipl√īme de "juste parmi les nations" attribu√© √† Marcelle Guillemot

Bien plus tard sont venus les titres de Justes : en 1985 pour S. Spaak, 1988 pour les couples Vergara et B√©chard, 1989 pour Mlle Guillemot, 1993 pour L. Chevalley-Sabatier .

Un apr√®s-guerre ne s’√©puise pas en reconnaissance : il est des engagements qui se poursuivent ou s’infl√©chissent. Le pasteur Vergara et Mlle Guillemot sont invit√©s, par un vote du congr√®s, √† si√©ger au Comit√© central de la Ligue Internationale contre l’antis√©mitisme (LICA). Vergara fait √©galement partie du Comit√© central de l’Alliance antiraciste, une √©ph√©m√®re union entre la LICA et le MRAP. Il participe aux congr√®s de la LICA, dont il est l’un des vice-pr√©sidents en 1962 ; Emmanuel Debono, l’historien de la LICA, a pu rep√©rer sa pr√©sence au cours de plusieurs r√©unions et meetings dans les dix derni√®res ann√©es de sa vie.

Mlle Guillemot si√®ge, pour sa part, dans le Comit√© de Direction et d’Action d’une jeune Ligue pour la Palestine libre, laquelle, contrairement √† ce que ce nom √©voque aujourd’hui pour la plupart d’entre nous, renvoie aux efforts des sionistes pour cr√©er un √Čtat pour les juifs. L’historien se doit, √† ce propos, de citer la mani√®re dont, en 1961, Vergara rendait compte de cette histoire r√©cente : ¬ę En 1947 √©clata en Palestine une guerre de lib√©ration. Les juifs √©tablis sur cette terre et les rescap√©s des camps de la mort qui s’y √©taient rendus d√©siraient constituer une nation ind√©pendante. Ils le proclam√®rent solennellement et furent imm√©diatement assaillis de toutes parts. Ce fut une guerre f√©roce o√Ļ les Juifs de Palestine eurent √† combattre √† dix contre un et o√Ļ ils l’emport√®rent cependant sur leurs l√Ęches adversaires¬Ľ

En contact √©troit avec l’un des chefs du soul√®vement en Palestine, continue le pasteur, Mlle Guillemot a pris en charge la collecte des m√©dicaments dont avait besoin le jeune √Čtat d’Isra√ęl. Ici encore, je m’en tiens √† citer ces lignes qui √©tonneront peut-√™tre plus d’un lecteur, et qui cependant doivent nous rappeler avec quelle sympathie tant de Fran√ßais ont observ√© les d√©buts d’Isra√ęl : ¬ę Elle frappa √† toutes les portes, elle demanda audience au Cardinal Suhard qui la re√ßut et lui promit l’aide du Secours catholique. Elle se rendit √† Gen√®ve, au si√®ge de la Croix Rouge internationale, elle fit para√ģtre des appels dans les journaux (o√Ļ figurait R√©forme). Elle √©crivit √† plus de 50 laboratoires. Au comit√© central de la L.I.C.A., elle sugg√©ra l’organisation d’un grand meeting pour les bless√©s d’Isra√ęl. Ce meeting eut lieu au Cirque d’Hiver et, entre autres concours, on enregistra pr√®s de mille noms de volontaires donneurs de sang. √Ä l’Assembl√©e g√©n√©rale de la Ligue pour la Palestine libre, ce fut elle qui fut charg√©e de la lecture du rapport sur la campagne des m√©dicaments. Pendant que cette campagne se poursuivait, elle √©crivain au Colonel J. √† J√©rusalem : "Je vous dis tout cela, afin que vous vous sentiez soutenu et encourag√© par la pens√©e qu’on vous aide √† soulager les immenses souffrances qui vous entourent". Elle re√ßut du quartier g√©n√©ral en Isra√ęl une lettre dont voici quelques lignes : "Nos soldats bless√©s √† qui vous avez donn√© des m√©dicaments, les H√©breux lib√©r√©s et tous ceux qui retrouvent une patrie, vous expriment leur gratitude. Votre r√©ponse √† notre appel restera inoubliable ¬Ľ.

Patrick Cabanel

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