Prière du 23 janvier 2016

Ouverture

Par un après-midi de fin de printemps
j’ai fait un rêve semblable à une photographie.
J’ai vu Jésus-Christ descendre sur la terre,
par le versant d’une montagne
et redevenu enfant.
Il courait et se roulait dans l’herbe,
il arrachait les fleurs pour les éparpiller
et son rire éclatait à tous les échos. (…)

Toujours m’accompagne l’Enfant Eternel.
La direction de mon regard,
c’est son doigt qui montre le chemin,
mon ouïe joyeusement attentive à tous les sons,
ce sont les chatouilles qu’il me fait, par jeu,
dans les oreilles.

(…) je lui conte des choses uniquement humaines
et il sourit, parce que tout est incroyable.
Il rit des rois et de ceux qui ne sont pas rois,
il se désole d’entendre parler des guerres
et du négoce, et des navires qui ne laissent que fumée dans l’air des hautes mers.
Parce qu’il sait que tout cela pèche contre cette vérité qu’a la fleur lorsqu’elle fleurit
et qui accompagne la lumière du soleil
lorsqu’elle diversifie les monts et les vallées
et fait mal aux yeux à force de chaux sur les murs.

Ensuite il s’endort et je le couche.
Je le prends dans mes bras jusque dans la maison
et je le couche, le déshabillant lentement
et comme suivant un rituel très net
et tout maternel jusqu’à ce qu’il soit nu.

Il dort alors dans mon âme
et parfois il s’éveille la nuit
et il joue avec mes songes.
Certains, il les retourne jambes en l’air ;
les autres, il les entasse sens dessus dessous
et il bat des mains tout seul
en faisant risette à mon sommeil.

Quand je mourrai, mon tout petit bonhomme,
l’enfant, le plus petit, que ce soit moi…
Prends-moi dans tes bras
et porte-moi dans ta maison.
Déshabille mon être humain et fatigué
et dans ton lit couche-moi.
Puis conte-moi des histoires, si d’aventure je m’éveille,
afin que je m’endorme à nouveau –
et fais-moi jouer avec tes rêves à toi
jusqu’à ce que naisse un jour
de toi seul connu.

Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeaux,
Poésie/Gallimard 1987, pp. 51-56

Silence

N°172 « Célébrons l’Éternel » str. 1,2,3

Lecture du Cantique à la louange de la charité (Tiré de Paul, 1 Cor 13)

(…)

En vain je parlerais le langage des anges
En vain, mon Dieu, de tes louanges
Je remplirais tout l’univers :
Sans amour, ma gloire n’égale
Que la gloire de la cymbale
Qui d’un vain bruit frappe les airs.

Que sert à mon esprit de percer les abîmes
Des mystères les plus sublimes,
Et de lire dans l’avenir ?
Sans amour, ma science est vaine
Comme le songe dont à peine
Il reste un léger souvenir. (…)

Oui, mon Dieu, quand mes mains de tout mon héritage
Aux pauvres feraient le partage
Quand même pour le nom chrétien,
Bravant les croix les plus infâmes
Je livrerais mon corps aux flammes,
Si je n’aime, je ne suis rien. (…)

Un jour Dieu cessera d’inspirer des oracles ;
Le don des langues, les miracles,
La science aura son déclin.
L’Amour, la Charité divine,
Eternelle en son origine,
Ne connaîtra jamais de fin.

Jean Racine, Cantiques spirituels. Poésie/Gallimard, 1999, pp. 15-17

Silence

Lecture de « Quand le fils d’homme... »

Quand le fils d’homme viendra dans toute sa force, il dira aux uns :
J'ai eu faim, vous m’avez nourri. J’ai eu soif, vous m’avez donné à boire.
J’étais étranger, vous m’avez accueilli. J’étais nu, vous m’avez habillé.
J’étais malade, vous m’avez visité. J’étais en prison, vous êtes venus.

Alors les justes lui demanderont : quand avons-nous fait cela ?
Et il dira : chaque fois que vous l’avez fait au dernier de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.

Et il dira aux autres : J’ai eu faim, vous ne m’avez rien donné. J’ai eu soif, vous ne m’avez pas donné à boire.
J’étais un étranger, vous ne m’avez pas accueilli. Nu, vous ne m’avez pas habillé.
Malade, vous ne m’avez pas visité. En prison, vous n’êtes pas venus.

Et eux aussi demanderont : quand t’avons-nous refusé cela ?
Et il leur dira : quand vous l’avez refusé au dernier de mes frères, c'est à moi que vous l’avez refusé.

D. G., X ou le petit mystère de la passion,
Les Cahiers de l’Egaré, 1990, pp. 42-43.

Silence

Capitule (chacun cherche dans le texte précédent une parole qu'il désire particulièrement méditer)

Silence

Cantique 172 « Célébrons l’Éternel » str. 4

Trois poèmes de Maître Eckhart

6 C’est lumineux, c’est transparent
c’est sombre entièrement
c’est innomé
c’est inconnu
libre de commencement, de fin pareillement
cela se tient tranquillement
nu, sans vêtement.
Qui sait sa maison ?
Qu’il en sorte
et nous dise quelle est sa forme.

7 Deviens tel un enfant
deviens sourd, deviens aveugle !
Ton être même
faut que néant devienne,
tout être, tout néant, bannis de là tout sens !
Laisse lieu, laisse temps
et l’image également !
Prends sans chemin
le sentier étroit
ainsi viendras-tu à l’empreinte du désert.

8 Ô mon âme
sors, Dieu entre !
Sombre tout mon être
dans le néant de Dieu,
sombre dans ce flux sans fond !
Que je te fuie
tu viens à moi.
Que je me perde
je te trouve
ô bien suressentiel !

Johann Eckhart Le Poème,
Les Traités et le poème , Albin Michel, pp. 197-198.

Silence

Lectures du Psaume 12

Et alors, Seigneur, c’est pour toujours ?
ça va durer longtemps que Tu m’oublies et que Tu détournes de moi la figure ?

C’est fini que Tu m’abandonnes à mes réflexions et mon cœur à cette pointe incessante ?

Ça va durer toujours qu’on me marche dessus ?
regarde-moi, écoute-moi tout de même un petit peu, Seigneur mon Dieu !

Eclaire-moi que je n’aille pas comme un dort-debout à ma perte !
et que mes bons amis ne disent pas en se frottant les mains : On l’a eu !

Qui est-ce qui sera bien content, si je viens à chopper ?
Mais je n’ai pas perdu espoir dans cette chose qu’on appelle Ta miséricorde.

A l’idée de ton salut mon cœur a comme pris des ailes !
Ce Seigneur Dieu qui m’a fait du bien, vers Lui il est sorti de moi un chant !
il est sorti de moi une espèce de chant et de poème vers le Très Elevé !

Traduction Paul Claudel, 31 janvier 1944
Psaumes, Traductions 1918-1953 (1966), Gallimard, 2008, p. 53..

N°69 « Grand Dieu nous te bénissons» 1,2,3

Lecture Biblique

Notre Père

Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés,
et ne nous laisse pas entrer dans la tentation,
mais délivre-nous du mal.

Car c'est à toi qu'appartiennent :
le règne, la puissance et la gloire,
Pour les siècles des siècles. Amen.

Bénédiction

Que l'Eternel te bénisse, et te garde !

Que l'Eternel fasse briller sa lumière sur toi,
et t'accorde sa grâce !

Que l'Eternel lève son visage vers toi,
et te donne la paix !

Merci à Denis
pour ce choix de prières :-)