Une grâce indépassable

Luv 23:33-46

Culte du 22 novembre 2020
Prédication de Vincens Hubac

Vidéo du culte complet

Culte à l'Oratoire du Louvre

Dimanche 22 novembre 2020
Jour 24 du re-confinement national
Une grâce indépassable
La grâce, la promesse et la foi
Luc 23 : 33-46

Prédication par le Pasteur Vincens Hubac
Liturgie par les pasteures Agnès Adeline-Schaeffer et Béatrice Cléro-Mazire
Musique : Alexandre Korovitch

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Liturgie 1

Entrée : Musique
« Christus » Félix Mendelssohn (extrait)

Salutation  
La grâce et la paix vous sont données, ici et maintenant, de la part de Dieu notre Père, et de Jésus-Christ, son fis, notre sauveur et notre frère.

Accueil 

Bienvenue pour ce temps de culte, en jour 24 du re-confinement.
Le temple est toujours fermé au public, ainsi que la maison presbytérale, jusqu’à nouvel ordre, mais nous restons en communion par la musique, le partage de la Bible, la prière, relayés le lien Internet et les réseaux sociaux.
Nous continuons à prendre soin les uns des autres, en respectant les consignes sanitaires obligatoires. Nous associons à ce temps de culte les familles éprouvées actuellement par le deuil de leurs proches, en cette période difficile.
Nous saluons particulièrement les amis qui nous rejoignent de divers pays. Merci de votre présence fidèle.
 
A cette date, les délégués des paroisses de la Région Parisienne auraient du se retrouver pour le synode régional annuel, auquel Béatrice et moi devions nous rendre. Pour nous remplacer, nous avions invité un pasteur à présider ce culte. Le synode est reporté au mois de janvier, mais nous avons maintenu notre invitation et c’est avec joie que nous accueillons notre collègue et ami, Vincens Hubac, qui nous apportera la prédication.  Nous saluons et remercions aussi Alexandre Korovitch, organiste suppléant de l’Oratoire, qui nous accompagne ce matin.
 
Prions ensemble :

Dieu notre Père, tu es là, au milieu de nous.
C’est Toi qui nous offres ce temps de culte,
Pour accueillir une Parole
Qui féconde notre existence.
Ce temps de culte, tu nous le donnes
Pour partager avec des frères et des sœurs
Notre adoration et notre prière.   Amen.

Louange : 

Seigneur, notre Dieu, Tu nous connais tous par notre nom, nous sommes importants pour Toi, nous sommes écrits sur la paume de Ta main.
Nous T'en prions : puissions-nous, de notre côté, apprendre Ton nom, le connaître avec notre cœur et en vivre vraiment, Ton nom que Tu as révélé, que Tu as fait aimer en Jésus-Christ.
Nous te louons, nous te bénissons pour ton amour et ta présence dans nos vies. 
Nous te remercions de nous montrer à nous, nous qui te cherchons. 
Aide-nous à découvrir avec les hommes et les femmes de toutes traces et de toutes cultures que tu n’es pas notre propriété privée, mais que nous sommes tous invités à la même table et héritiers d'un même royaume. Amen.

Psaume [cliquer] : Chant du psaume 16, strophes 1, 2, 3 et 4 : « Sois, ô mon Dieu, ma garde et mon appui »

Confession du péché : 
 
Mon Seigneur et mon Dieu,
Me voici à mi-chemin, à mi-course.
Viens redonner à mon cœur le souffle qui  manque.
Mes résolutions s’estompent, le but semble lointain.
Tu le sais, la fatigue me prend parfois,
Et pourquoi ne pas le dire, la lassitude, aussi.

Il est lourd à porter, parfois, le fardeau du quotidien
Celui qui pèse sur mes épaules,
Le poids du jour et la chaleur,
Le poids du froid, du frimas et du gel.
Merci Seigneur pour ta présence,
Ta présence discrète mais réelle.

Tu es là quand les mots ne viennent pas à mes lèvres.
Tu es là quand le silence s’installe.
Tu es là  même quand le désir déserte mon cœur fatigué.

Je t’aime, mon Seigneur et mon Dieu.
Car tu n’es pas seulement avec les plus forts,
Les premiers de cordée, les lutteurs et les athlètes,
Qui se battent pour tes couleurs,
Tu es aussi, et surtout, avec ceux qui accusent le coup,
Avec ceux qui manquent de souffle,
Les traîne-savates, les lanternes rouges.

Je t’aime, mon Seigneur et mon Dieu,
Par ce que tu leur dis, parce que tu nous dis,
Que le meilleur n’est pas toujours celui qui gagne,
Mais celui qui dure, celui qui dure en dépit des coups et des chutes.

Mon Seigneur et mon Dieu,
Tu es le Dieu des relèvements.
Le Dieu de la main tendue.
Quand je boîte, tu boîtes avec moi,
Jusqu’à ce que mon pas se mette au pas du tien.

Apprends-moi Seigneur, comme toi,
A me mettre au pas des autres,
A ceux qui me semblent étrangers,
A ceux qui portent gros,
A ceux qui portent lourd,
Sans un mot, sans un cri.
Amen.

Annonce du pardon 

“A celui qui a soif, dit Dieu,
je donnerai de l’eau de la source de vie
et je la donnerai gratuitement”.

Dans notre monde où tout s’achète et tout se vend,
où l’homme s’étonne et suspecte
lorsqu’il reçoit gratuitement,
j’annonce aujourd’hui l’Evangile de Jésus-Christ,
qui nous délivre de nos servitudes,
de nos fatalités, de nos craintes
et nous appelle à une vie nouvelle.

Que Dieu mette en nos cœurs l’assurance de son pardon
et qu’Il nous donne de marcher vers son Royaume.

Chantons à Dieu notre reconnaissance

Cantique [cliquer] : Chant du cantique 179, strophes 1, 2 et 3 : « Nous t'invoquons, ô grand Dieu »

Confession de foi :
Dans la reconnaissance je vous invite à partager notre confession de foi :

Seigneur, Dieu vivant, nous confessons Ton nom comme Dieu de la vie, parole vivante, libération, appel, joie, projet.
Par les prophètes et par Jésus Christ, Tu nous montres ce que sont Ta fidélité et Ta grâce qui touchent chaque être vivant ici-bas.
Aujourd'hui comme hier et comme demain, par Ton esprit, Tu affirmes Ta présence dans ce monde que Tu sauves du chaos
Et nous Te rencontrons dans le partage de la parole, dans le regard de l'autre, dans les gestes de la vie, dans un morceau de pain rompu.
Fort dans Ta faiblesse, nous savons qu'en Jésus Christ Tu nous libères de toute peur, que Tu permets le face à face avec Toi.
Nous savons que Tu nous appelles à vivre une vie d’éternité.
En tout cela nous reconnaissons
Avec Jean que Tu es amour,
Avec Paul que Tu es liberté,
Avec l'Apocalypse que Tu es notre espérance.
Amen

Doxologie : Gloire à Dieu, dans les cieux et sur la terre et d’éternité en éternité.

Lectures bibliques [cliquer ici] : Luc 23 : 33-46

Prière d'illumination
Seigneur
Ta parole est vérité et sanctifie-nous par ta vérité,
et que ton esprit soit en nous,
quelle que soit notre appartenance,
quels que soient nos questions, nos doutes ou nos certitudes,
pour que ces paroles du Christ sur la croix soient véritablement
quelque chose qui est de l'ordre de la vraie nourriture, du pain de vie,
quelque chose qui nous ouvre des chemins d'espérance
Amen

Prédication

Chers amis, frères et sœurs auditrices et auditeurs, proches ou lointains, je suis persuadé que ce texte de l'Évangile de Luc vous le connaissez pour l'avoir entendu et réentendu moult fois pendant la période de la Passion, en particulier le Vendredi Saint bien évidemment. Mais si j'ai choisi ce texte aujourd'hui, c'est parce que je pense qu'il est intéressant de le méditer dans la période un petit peu difficile que nous vivons les uns et les autres. Comme disaient mes collègues tout à l'heure nous sommes dans une période de confinement, de menace sourde, de choses qui nous dépassent, que nous maîtrisons peu. Je trouve que ce texte-là vient nous éclairer.
Alors en revenant sur ce texte, que nous dit-il ? Il nous dit que Jésus est crucifié. C'est Jésus de Nazareth qui est là sur la croix. C'est celui qui est le Juste véritablement, celui qui n'a jamais péché. Je discutais il y a quelques années avec le pasteur Pierredon, qui était pasteur ici dans ce temple de l'Oratoire, et qui un jour m'a dit : « si on cherche une preuve de la divinité du Christ, c'est qu'il n'a jamais péché ».  Et c’est une réflexion tout à fait intéressante. Oui, il est le Juste : il n'a jamais péché. Il a prêché l'amour, la justice. Il a toujours relevé les opprimés, comme il a été souligné dans une prière tout à l'heure. Ceux qui sont à terre frappés, ceux qui sont visités par l’approche de la mort, ceux qui sont rejetés, méprisés. Il a redonné à tout un chacun de la dignité, véritablement de la noblesse, finalement de la joie bien sûr, de l'espérance, de la fête aussi. Je suis toujours frappé de voir combien il y a de repas dans le Nouveau Testament. Ils sont tout le temps à table : il y en a plusieurs dizaines.
Et je trouve que c'est tout à fait intéressant de voir ainsi la fraternité partagée, non seulement dans des prédications, dans des histoires, dans des paraboles, mais aussi au quotidien dans des gestes d'une simplicité assez extraordinaire et finalement au cours desquels il peut se passer bien des choses. Il est là le Juste. Il est comme Job auquel il fait un peu écho, le Job de la première alliance. Lui aussi est un Juste et il est frappé. Il est frappé victime du mal, finalement victime de l'absurde, d'un pourquoi sans réponse. Le pourquoi de Job ou le pourquoi du Christ résonnent dans l'histoire et viennent jusqu'à nos oreilles face à l'absurde du mal, de la méchanceté, de la bêtise, face au vide, face au non-sens. Car ce soir-là du vendredi, cette journée du vendredi, moment de la mort du Christ, c'est bien dans du non-sens qu’on se trouve, dans de l'absurde, dans un pourquoi qui reste sans réponse.

Quelle que soit la manière dont on écrit pourquoi, soit en un mot, soit en deux mots. C'est ce Jésus, fils de Joseph et de Marie, qui est enraciné, vraiment enraciné dans l'humain. Il est dans la finitude de l'être humain et il subit le mal avec toutes les réactions humaines que l’on peut imaginer lorsque le mal est là et qu’il approche et qu'il enserre dans ses tenailles la victime. Quand il est à Gethsémané, quand il prie son père : « Éloigne de moi cette coupe », il n'a pas du tout envie d'aller à Jérusalem pour y être crucifié. Et il est même angoissé jusqu’à transpirer du sang. C’est une maladie très grave qui arrive de temps en temps. Mais Jésus a cette angoisse tellement forte, cette peur tellement forte, qu'il transpire du sang. Jésus n'a jamais voulu mourir. Je ne le crois pas. Il a été celui qui a annoncé la vie, celui qui peut-être aurait donné sa vie. Mais là visiblement, dans les textes des Évangiles auxquels je fais référence, on voit bien que le Jésus de l'Histoire, qui n'est pas le Christ de la foi mais le Jésus de l'Histoire, n'a jamais voulu mourir.
Je ne pense pas non plus que Dieu ait voulu la mort du Christ. Je ne le crois pas. Comment avec Jean, dont je parlais tout à l'heure dans la confession de foi, affirmer que Dieu est amour et affirmer en même temps qu'il envoie au sacrifice de la foi son propre Fils. C’est là quelque chose qui me gêne, une question que je n'ai jamais pu résoudre. Mais surtout je ne crois pas qu'il y ait une volonté de sacrifice. Le sacrifice, c'est une sorte de commerce avec Dieu. Dans l'antiquité, toutes les religions pratiquaient le sacrifice, plus ou moins important. Ça pouvait être de toutes petites choses qu'on sacrifiait, mais ça pouvait aller jusqu'à une vie humaine qu'on pouvait sacrifier pour se mettre du côté de Dieu et pour espérer que le Dieu en conséquence répondrait favorablement aux angoisses qui pesaient sur les individus et qui étaient nombreuses. Nous sommes dans l'antiquité, les famines étaient tous les 7 ans dit-on et je dirais les disettes à peu près tous les trois ou quatre ans, si on en croit les historiens. Donc l’équilibre de la vie était très fragile, très précaire et se tourner vers les dieux pour dire : « Mais faites quelque chose pour nous ; on vous offre ce que vous voulez ; on vous offre les prémices du troupeau ; on vous offre le début de la récolte et ainsi de suite ; sauvez-nous, sauvez-nous, aidez-nous ! ». Et cette théologie sacrificielle fonctionne aussi pour le Christ. Les théologiens de l'époque sont restés dans cette logique du sacrifice qui était leur logique et ils ont vu la mort de Jésus comme étant la mort du Christ voulue par Dieu, projetée dans le plan du salut, pour que les hommes soient sauvés.
Ça a fonctionné à l'époque, j'en suis persuadé, et pour les gens de l'époque c'est la vérité, mais la vérité nous échappe évidemment infiniment. Mais je suis persuadé que Dieu parle le langage des hommes, dans leur langage, à leur époque. A l'époque le langage religieux passait par le sacrifice et Dieu a parlé par le sacrifice. C’était compréhensible, ça a fonctionné comme ça. Je crois qu'aujourd'hui cela ne fonctionne plus ou beaucoup moins bien. Et en particulier lorsqu'on parle de la grâce. Lorsqu’on parle de la grâce à propos de la mort de Jésus, sa résurrection de ce sacrifice, c'est bien, mais c'est incomplet.
C'est incomplet parce qu’on pardonne plus facilement les horreurs si on les a programmées à l'avance, s'il y a  un plan de Dieu qui va dans ce sens. En revanche si Dieu n'a pas voulu la mort de Jésus, s'il a subi la peine et si Jésus n'a pas voulu mourir, s'il a subi les affres de la souffrance et de la mort, alors là le pardon prend une autre valeur. Nous sommes dans l'absolu, parce que l'horreur est absolue. Le pardon, c’est ça qui est tout à fait essentiel. Il y a là le fondement de la grâce.

Le mal est là. Le mal est là et ils sont tous là autour de la croix. Du haut du mont Golgotha, Jésus voit Jérusalem et voit le temple avec la grande prêtrise, avec ses intérêts, ses calculs, et puis sa dogmatique rigide. Qui est là avec sa loi qui juge et qui condamne, qui exclut éventuellement. Qui a voulu garder ses prérogatives et qui a condamné Jésus. Il voit le Sanhédrin qui a laissé tomber. Il y a bien quelques personnes dans le Sanhédrin qui ont essayé de sauver les meubles : Joseph d'Arimathie, Nicodème, quelques autres vous dira-t-on sans doute, mais là non plus ça n'a pas fonctionné. Et pour les autorités militaires, je pense à Pilate, du moment qu'il y a pas de vague, pour lui tout va très bien : il s’en lave les mains. Ça se passe comme ça ; ça lui est égal. Et puis la soldatesque qui est là, la soldatesque qui ricane quasiment au pied de la croix : « Sauve-toi. Tu en as sauvé d'autres. Sauve-toi. Amuse-nous un tout petit peu, qu'on rigole. » Le ricanement c'est le rire du malheur, c'est le rire du diable, véritablement un rire qui grince, qui cherche à enfoncer finalement la victime et non pas un rire de bonne humeur, une bonne blague qu'on fait comme ça. Pas du tout. Ça grince des dents, ça ricane d’un ricanement qui résonne lui aussi de manière sinistre, là, avec ces soldats qui sont là. Et puis il y a cette arrestation avec sa violence, l’oreille coupée qu’il a fallu réparer. Evidemment Jésus va recoller l'oreille du serviteur du grand prêtre. Et puis il y a Judas qui a trahi. Judas, le trésorier du groupe, celui en qui on a confiance, auquel on confie la bourse.  Le tout proche de Jésus qui a trahi. Et puis il y a Pierre qui va renier trois fois et puis les autres qui se dispersent dans la nature : on ne sait pas où ils sont passés ; ils sont partis.
On aurait pu penser que la foule allait sauver Jésus puisqu'elle l’avait accueilli. Mais, non, la foule est versatile. Il suffit d'aller dans son sens, de la flatter, de lui dire : « Voyez, là il y a des puissants ; il y a des gens qui sont intéressants, beaucoup plus : ils sont les hommes forts. ». Il y a la démagogie, il y a les "fake-news" aujourd'hui, ainsi de suite, et toujours des oreilles qui sont là pour écouter, pour se retourner. Et évidemment la flatterie a toujours marché dans le monde et les foules ne sont jamais très sûres. La preuve. Alors sur cette mort qui tombe, avec des souffrances physiques et psychiques totales, sur ce Jésus qui voit tout ce monde du haut de la croix et du Golgotha, on pourrait dire que le mal a vaincu. Que le diable, Satan, celui qui met en accusation et qui fait chuter, a gagné. Parce que tout y est, finalement, toutes les formes de souffrance sont là, agglutinées dans cet homme Jésus.
Pourtant je pense que précisément au moment où le mal est en train de gagner, où les ténèbres envahissent la terre à partir de midi, eh bien c'est là que le mal a perdu. Le mal a perdu parce qu'il y a trois paroles, trois paroles dans cet épisode de la mort de Jésus, de sa crucifixion, trois paroles que Luc nous rapporte : « Père pardonne-les ».  Le pardon, c'est quelque chose de très difficile. Imaginez qu’une faute a été commise à votre encontre, une faute grave, très grave. Comment réagir ? Peut-on pardonner facilement ? C’est difficile : on reste souvent avec une sorte angoisse qui est là. « Il va le payer cher le mal qui m'a fait. On a la vengeance qui est là. Combien de films, de romans, de livres ont été créés pour signifier ces aventures, ces histoires de vengeance après des humiliations subies. Il est dur de pardonner, très dur.
Pourtant le pardon est essentiel, parce qu'il donne une sorte d'apaisement à celui qui pardonne, qui arrive à pardonner, qui arrive à se libérer finalement de ce poids de la vengeance, de ce poids de la honte, peut-être de la souffrance, pour se tourner vers l’autre et le regarder. Parce que le pardon, c'est dire à l'autre : « Oui la faute est là, mais pour moi tu restes un être humain avec lequel j'ai un contact ; tu es l'autre avec un visage, avec une voix, avec une histoire ; alors là, on peut discuter ; je peux te pardonner ». Ça ne veut pas dire qu'on oublie la faute, bien sûr ; ce serait trop facile, bien évidemment. Et d'ailleurs Jésus ne dit pas « pardonne-leur leur faute » ; il dit « pardonne-les », eux. La faute reste là.

Le mal marque des points dans le monde, incontestablement, ce n’est pas la peine de l'oublier. Mais en revanche à ceux qui font le mal dans le monde, à tous ces hommes, à ces soldats à cette foule, à Judas et à tous les êtres humains qui pratiquent le mal, il y a ce pardon qui est là. Le pardon qui est bénéfique pour eux parce que c'est par le pardon qu’ils vont pouvoir se redresser, se dire finalement : « Non je n'ai pas besoin d'avoir peur d'une vengeance éventuelle. C'est vrai que j'ai une culpabilité qui pèse sur moi mais cette culpabilité a sa limite dans le dialogue. Dans le contact avec l’humilié, avec le blessé, je peux rétablir quelque chose, un lien important ». On n'existe que parce que l'autre existe et parce qu'on a des liens avec lui et ça c'est fondamental.
« Père pardonne-les ». Alors que nous sommes au début de la souffrance de Jésus à ce moment-là, il y a une sorte d'inauguration du calvaire qui dit « il y a une chose qui compte d'abord avant tout, c'est le pardon ». Et c'est bien parce que la mort de Jésus était absolue et qu’elle n'a pas été voulu par Jésus ni par Dieu, que le pardon devient là quelque chose d'absolu. C'est à dire que chaque être humain quel qu'il soit, qu'il soit du côté des soldats, des larrons, de la foule, de Judas, de Pierre, des autres, de ceux qui sont partis dans la nature, n'importe qui, n'importe qui peut entendre cette parole de pardon. Il peut repartir dans sa vie, dans sa dignité d'être humain parce que le dialogue est là, parce que le pardon a été prononcé et c'est ça le début de la grâce. S'il n'y a pas de pardon, il ne peut pas y avoir de grâce. Alors cette grâce absolue face au mal absolu ouvre la possibilité de la promesse. Alors que Jésus est face à la tentation : « Sauve-toi, etc.. », tentation qui revient dans le moment le plus difficile, le moment où Jésus est dans l'extrême faiblesse, puisqu'il va mourir dans les minutes qui suivent, « sauve-toi, sauve-nous », eh bien il y a une promesse qui dit : « Ce soir tu seras au Paradis avec moi ».
Donc ce pardon qui s’adresse à tous les hommes, lorsqu'il est entendu, comme c'était le cas pour ce premier larron qui parle avec Jésus, cette grâce est là et elle ouvre la possibilité de la promesse précisément. Qui entend le pardon, qui entend la grâce de dire oui, effectivement, il a de la vie. Oui, c’est tout à fait essentiel. Non, la mort ne va pas triompher. Oui, le non-sens va retrouver du sens si je puis dire, va être effacé, pour qu'il y ait du sens à la place. La vie va éclore à nouveau, via une promesse. On ne sait pas très bien ce que c'est que ce paradis, évidemment, ce jardin. Il y a un imaginaire très fort là-dessus. On ne sait pas très bien ce qu'il y a après la vie, après la mort. On ne sait pas très bien quel est le lendemain d'ailleurs. Même dans l'histoire, on ne sait pas très bien et les futurologues en général se trompent assez souvent. On ne sait pas très bien. Heureusement qu'on ne sait pas, parce que la promesse c'est aussi une aventure : c'est partir comme ça, c'est y aller, dire : « On verra bien ». On verra bien, on se battra s'il faut, mais ça va marcher. Et dire : « Voilà, il y a une promesse ». C’est ce qui nous met en route, la promesse. Si nous savions ce qui nous attend, en bien ou en mal, ce ne serait pas un cadeau intéressant finalement. Ce qui est intéressant, c'est de découvrir, c'est de bâtir, c'est de construire, c'est de chercher finalement, chercher la vérité, tout le temps, tout le temps, chercher à l'approcher. Ne jamais l'atteindre évidemment, parce que ceux qui pensent avoir atteint la vérité, c'est qu'ils l’ont perdue bien évidemment. Alors il y a cette promesse qui est là ; le mal est vaincu à ce moment-là.
Il est vaincu d'autant plus qu'il y a la confiance. Il y a la confiance qui marche avec ce pardon et cette promesse. Je remets mon esprit entre tes mains, j'ai confiance en toi, mon Dieu. C'est vers toi que je me tourne. Là, tout est perdu. Ça y est, tout est fini. C’est la dernière seconde. Vraiment la dernière seconde. Toute la vie s’est écoulée dans les conditions dont je viens de parler et je remets mon esprit entre tes mains. On aurait pu penser à la première lecture, que le mal avait gagné le match du combat cosmique entre le bien et le mal. Et pourtant, par cette parole qui vient clore la Passion, il y a cette victoire du bien. Pour parler comme les sportifs, vous direz que le but de la victoire a été marqué à la dernière seconde du match par le bien et que le mal a été vaincu.
Le mal a été vaincu parce qu'il se présente comme un absolu dans la Passion. J'ai essayé de vous le faire comprendre, de vous le montrer très rapidement – il faudrait développer tout cela bien évidemment. Mais comme il s'est présenté comme un absolu, avec ces trois paroles, le « pardonne-les », le « souviens-toi de moi » et « tu seras avec moi dans le paradis » et puis « je mets mon esprit entre tes mains », avec ces 3 paroles, il y a trois percées de lumière dans les ténèbres du mal, trois paroles qui viennent casser l'absolu du mal. Le mal est vaincu par cette lumière. Cette lumière, c'est une parole d'homme et c'est la parole de Dieu qui s'exprime là. C'est une parole qui a été dite hier, il y a deux mille ans, mais c'est une parole qui est là pour aujourd'hui. C'est une parole d'éternité. Ce sont des paroles qui échappent au temps, qui échappent à la contingence finalement. Ce sont des vérités, ces trois paroles ou la vérité, ou une vérité. Une expression de la vérité qui s'exprime à ce moment-là. Et c'est pour ça que ces trois paroles nous touchent tout particulièrement aujourd'hui et c'est pourquoi j'ai voulu les choisir pour vous, chers auditeurs, pour nourrir notre réflexion et retrouver du goût, du sens à la vie malgré tous les malgré du monde.

Et c'est vrai qu'aujourd'hui la liste des problèmes est lourde à porter. Bien évidemment, il y a cette pandémie qui remet bien des choses en cause. Tout allait bien, ou à peu près, et puis, poum, un petit microbe inconnu, tout ce qui est petit, petit, petit, invisible à l'œil nu, vient tout remettre en cause. On a l'air malin avec notre super science, avec d'autres technologies avancées, la technoscience, avec toutes ces idées du transhumanisme qui pensait faire un superhomme qui échappe à la mort. Mais pas du tout. Là nous sommes mis à nouveau face à cette idée que la mort est présente et qu'elle est là. Ça met bien des pensées en cause.
Mais il y a toujours les guerres qui sont là. Je suis consterné de voir que, à travers des guerres larvées, se propagent des guerres directes. Dans l'est du Congo, vous le savez, il y a des terres
rares, des métaux rares qui servent à fabriquer nos ordinateurs, nos téléphones portables, et cetera, essentiels pour l'économie et la domination du monde aujourd'hui. Et dans cet est du Congo, on entretient des guerres civiles pour pouvoir exploiter ces terres rares, tranquillement, au mépris des populations locales. Je pense aussi à la guerre qui se passe en Erythrée, la corne de l'Afrique, une fois plus. Et je pense aussi à cette Arménie, cette partie du monde assez extraordinaire, l'Arménie, le nord de la Palestine, la Syrie, l'est de la Turquie. Vous savez que c'est une zone pivot pour l'humanité. C'est un lieu extraordinaire : c'est de ce lieu que l'être humain moderne a essaimé dans le monde. Il est sorti d'Afrique, il est passé par là. Et, à partir de là, il est parti vers l'Asie, l'Asie du sud-est, l'Asie du nord, vers l'Europe. Et c'est vraiment un lieu de carrefour extraordinaire, un lieu de civilisation antique, parce que c'est le lieu de ce qu'on appelle le croissant fertile, le lieu des premières cultures, et ainsi de suite. Et pourtant il y a la guerre. La guerre. Et puis je pense à ces trois ou quatre cent mille enfants soldats, les enfants soldats de 10-11 ans qui sont soldats, enrôlés, drogués. Je pense aussi à toutes les filles de joie, qui sont en fait des filles de tristesse finalement, qui sont obligées de faire le trottoir, de vendre leur corps, leur identité pour le plaisir des souteneurs. D'autres formes d'esclavage aussi dans ce monde, il y en a encore.
Et puis il y a les maladies qui sont là, celles qu’on met un petit peu de côté, parce que nous sommes envahis par la Covid. D'abord mes pensées vont au paludisme, 2 à 3 millions de morts par an. Evidemment ça touche des pays qui ne sont pas l'Europe occidentale. Donc on met ça de côté, on oublie. Un peu comme les disciples : là, on est un peu dans la nature face à ces problèmes. Tous les oubliés de l'histoire qui sont là, les SDF, les malades et ainsi de suite.
La liste est longue, tellement longue. Et les incompris et puis les malheureux, ceux qui sont seuls dans la solitude par exemple, ceux qui sont à l'heure actuelle enfermés par un confinement dans des logements exigus, dans des barres d'immeubles monotones et laides et qui payent le prix lourd de cette maladie. Oui, on pourrait se dire que le tableau est bien sombre. Le tableau est bien sombre, alors on cherche parfois des causes. On va pointer du doigt un tel qui aurait dû faire ceci ou qui n'a pas fait cela. Untel qui a laissé partir son microbe de chez lui. On voudrait clouer au pilori un certain nombre de personnes, de boucs émissaires, pour reprendre les idées de René Girard. Ça fonctionne bien. Mais non, ça ne marchera pas, ça ne marchera pas.

Pour apaiser nos consciences, il y a la grâce. Il y a la grâce, il y a la promesse et l'espérance.
Il y a ces trois mots qui claquent dans les pénombres du monde, qui éclairent de leur lumière la nuit du monde pour nous dire qu’il faut relever la tête, qu’on ne peut pas se laisser aller à la lassitude, à la rancœur, qu’on peut pas se laisser aller comme ça à être manipulé par le problème du mal, qu’il faut faire face, véritablement se redresser, retrouver les chemins d'espérance pour se lancer dans la vie avec confiance, en se disant que Dieu est bien à côté de nous, parce qu'il nous pardonne véritablement. Il pardonne nôtre orgueil, nos inconséquences, nos égoïsmes, nos oublis aussi. Ces paroles, elles sont là. Elles résonnent en nous : pardon, promesse et confiance. Appel formidable à la vie et à la dignité et à vivre cette vie dans l'amour des autres, dans l’entraide. C'est une invitation à être debout, à être des ressuscités, véritablement, et être des ressuscités dans la lumière de Dieu pour vivre de cette grâce absolue.
Je devais finir la prédication sur cette phrase et, sur mon papier, j'avais écrit « amen » et puis, en réfléchissant toujours, je suis tombé sur une autre phase de l'apôtre Paul dans l'épître aux Romains, au chapitre 12 verset 21. Je vais vous la lire et je voudrais que vous puissiez la méditer peut-être pour finir cette prédication : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais soit vainqueur du mal par le bien ».
Amen


Liturgie 2

Musique : 1er prélude en do majeur, Jean-Sébastien Bach, le clavier bien tempéré.

Annonces et Offrande 

Prière d'intercession :

Dieu de la vie, Dieu de Jésus-Christ,
nous espérons en toi,
mais quelle place faisons-nous dans nos vies à ta bénédiction
Tant que nous ne déchargeons pas sur toi nos fardeaux,
Tant que nous ne te confions pas nos infirmités,
A toi,  qui es venu les porter ?

S’il est vrai que tu nous prends tels que nous sommes,
S’il est vrai que tu reçois avec tendresse
Tous les paysages de nos vies,
Leurs crevasses et leurs sommets,
Leurs volcans et leurs déserts,
Alors nous te prions pour celles et ceux qui souffrent,
De quelque nom que s’appelle leur souffrance.

S’il est vrai que tu nous ouvres les bras,
Quels que soient nos sentiments d’échec ou de lassitude,
Alors, nous t’en prions, délivre-nous  de nous-mêmes.
Nous te prions pour celles et ceux dont la solitude et la culpabilité
Paralysent tout projet et engourdissent toute initiative.

Renouvelle en  nous l’accueil, la confiance et la bienveillance.
Enracine en nous une force qui vient de toi
Pour recevoir notre prochain tel qu’il est, et non pas comme nous voudrions qu’il soit.
Nous te prions pour celles et ceux qui ont demandé le secours de notre prière,
en cette période troublée, difficile pour certains, à supporter.

Nous te prions pour les pays en guerre, nous pensons particulièrement à l’Arménie,
Aux familles du Haut Karabagh,  et à tous les pays mentionnés par Vincens,
Aux familles endeuillées,
Celles et ceux qui ont en eux ce sentiment démesuré d’injustice et d’abandon.
Mais aussi aux solitaires, aux isolés, aux prisonniers.

Toi, la source de cette grâce indépassable,
Renouvelle en nous la bénédiction du fond de l’âme,
L’accueil et la bénédiction d’autrui en cette profondeur de l’intercession
Qui se passe tout au fond de nos cœurs.

Nous te prions pour celles et ceux que tu nous fais rencontrer au sein de notre église
Et qui nous rappelle que c’est ensemble que nous sommes les témoins de ton Evangile.
Donne-nous assez de foi, d’espérance et d’amour
Pour croire encore à la fraternité entre les hommes, et que, malgré les apparences,
Ton Esprit Saint conduit l’Eglise et le monde.
 
Ensemble, nous rassemblons notre prière imparfaite dans celle de Jésus le Christ :
 
NOTRE PÈRE

Notre Père,  qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ;
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Ne nous laisse pas dans la tentation
mais délivre-nous du mal,
car c’est à toi qu’appartiennent
le règne, la puissance et la gloire,
aux siècles des siècles. Amen.

Bénédiction 

Que l’amour de Dieu qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer garde vos cœurs et vos pensées, en Jésus-Christ, à la lumière du Saint-Esprit.
Allez dans l’amour et la paix de votre Seigneur,  amen.

Sortie – Musique : La Nef sacrée, Cécile Chaminade (extrait)

Textes des chants

Psaume : Le Psautier français n°16 "Sois, ô mon Dieu, ma garde et mon appui", Strophes 1, 2, 3 et 4

Sois, ô mon Dieu, ma garde et mon appui ;
En toi Seigneur, je mets mon espérance.
Je ne connais sur la terre où je vis
Plus grand bonheur d’être en ta présence :
Et ces faux dieux que partout l’on adore,
Ces dieux de sang, mon âme les abhorre.
 
Tu es, Seigneur, mon bonheur et ma part ;
Tu m’as remis la coupe de ta grâce,
Je resterai toujours sous ton regard,
Nul ne pourra me ravir cette place.
Loué sois-tu pour ta bonté qui donne
Ton héritage à ceux que tu couronnes.
 
Béni sois-tu, vigilant conseiller,
Même la nuit,  mon cœur inquiet t’appelle.
Tu viens Seigneur, ordonner mes pensées,
Tu fais briller une clarté nouvelle.
Alors mon âme exulte d’allégresse,
Mon corps repose et plus rien ne l’oppresse.
 
Tu ne veux pas que, livré à la mort,
Ton bien-aimé demeure sous la terre ;
Tu ouvriras de tes mains, ô Dieu fort,
Pour tes élus un chemin de lumière ;
Ils connaîtront cette joie éternelle
Que ta présence à jamais renouvelle.


Cantique : Louange et Prière n°179 "Nous t'invoquons, ô grand Dieu", Strophes 1, 2 et 3

Nous t’invoquons, ô grand Dieu,
Nous cherchons ta face.
Fais sur nous, dans ce saint lieu,
Descendre ta grâce.
Prête l’oreille à nos chants,
Reçois nos prières,
Et répands sur tes enfants
Tes dons salutaires.
 
Que ta parole, Seigneur,
Remplisse  de zèle,
De piété, de ferveur,
Ton peuple fidèle !
Fais qu’éprouvant de la foi
La sainte influence,
Il fonde à jamais sur toi,
Sa ferme espérance.
 
Ouvre nos cœurs à la voix
De ton Evangile,
Rends à tes divines lois
Notre âme docile.
Fais qu’avec humilité,
Tout mortel t’honore,
Qu’en esprit, en vérité,
L’univers t’adore

Lecture de la Bible

Luc 23 : 33-46

33  Lorsqu'ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l'un à droite, l'autre à gauche.
34  Jésus dit: Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort.
35  Le peuple se tenait là, et regardait. Les magistrats se moquaient de Jésus, disant: Il a sauvé les autres; qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ, l'élu de Dieu!
36  Les soldats aussi se moquaient de lui; s'approchant et lui présentant du vinaigre,
37  ils disaient: Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même!
38  Il y avait au-dessus de lui cette inscription: Celui-ci est le roi des Juifs.
39  L'un des malfaiteurs crucifiés l'injuriait, disant: N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous!
40  Mais l'autre le reprenait, et disait: Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation?
41  Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes; mais celui-ci n'a rien fait de mal.
42  Et il dit à Jésus: Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne.
43  Jésus lui répondit: Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis.
44  Il était déjà environ la sixième heure, et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure.
45  Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu.
46  Jésus s'écria d'une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira.

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