Tout blasphème sera pardonné

Marc 3:28-30

Culte du 25 octobre 2020
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

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Culte à l'Oratoire du Louvre

Dimanche 25 octobre 2020
Tout blasphème sera pardonné.
Marc 3 : 28-30

Culte par la pasteure Béatrice Cléro-Mazire
Musique : Aurélien Peter, organiste suppléant

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Orgue

Annonce de la grâce
La grâce et la paix nous sont données en Dieu notre père.

Que chacun de vous se sente ici comme chez lui,
dans cette maison où nous sommes venus pour, ensemble,
nous ouvrir à la présence de Dieu, 
pour chercher sa Parole dans la lecture de la Bible,
et pour l'adorer, lui, le Dieu de tous et de tout.

Nous nous nous réunissons dans la communion fraternelle avec le 1er chant spontané

Chant spontané : Bénissons Dieu le seul sauveur. (Ps. 134).

Bénissons Dieu le seul Seigneur, nous qu’il choisit pour serviteurs.
Levons nos mains dans sa maison, pour bénir et louer son nom.

Louange

Dieu se fait homme
Je ne peux te penser qu'avec des moyens humains,
lors même que je ne te verrais pas en esprit,
sous une forme mortelle et semblable à celle de mes frères.
Et si tu veux t'approcher de moi,
ne faut-il pas que tu descendes aux sentiers de la terre ?
Pour me parler, ne dois-tu pas employer les termes de ma langue maternelle ?
Autrement qui te comprendrait,
puisque l'homme est un muet et un sourd pour son propre semblable
s'il n'en saisit pas le langage?
C'est pour cela que tu t'es fait homme
et que tu as marché parmi nous sous les traits du Fils de l'homme.

En somme, depuis que tu nous cherches,
tu emploies les mêmes moyens :
Tu viens à nous.

Tu es venu vers nous par les créations matérielles,
les splendeurs et la magnificence des cieux.
Tu es venu à nous dans les aubes où les âmes se dégagent des ombres,
dans les joies et les peines, dans les liens de la vie familiale,
dans la personne des justes qui sont nos guides et nos frères aînés.

Tu as marché, lutté, souffert et chanté parmi nous.
A travers nos jours éphémères
a transparu ton sourire qui demeure
et tu nous as fait boire aux coupes d'ici-bas,
qu'elles soient douces ou amères,
un breuvage où fermente un espoir éternel.

Tout être qui se donne fait un geste divin ;
à travers la poussière des héros et des martyrs,
tombés pour les causes justes,
brillent des rayons d'or ;
dans chaque regard d'enfant tu as mis ta promesse
et les vaincus du droit t'attendent dans leur tombeau.

Sois béni, Dieu qui te fais homme pour être plus près de nous,
comme, dans les épis mûris sous ses caresses,
ton soleil se fait pain afin de nous nourrir.

Charles Wagner , « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Psaume : Dans le recueil « le Psautier Français », nous chanterons au psaume 24 « La terre au Seigneur appartient » les strophes 1, 2, 3 et 4.

1 - La terre au Seigneur appartient,
Dans l'univers son bras soutient
Tout ce qui foisonne et respire.
Sur les abîmes du néant
Il a posé les fondements
Et donné vie à son empire.

2 - Mais qui pourra dans ta cité,
Seigneur, devant ta sainteté,
Se lever pour te rendre grâce ?
C'est l'homme droit qui sans détour
Sert la vérité chaque jour
Et dont les mains restent sans tache.
3 - La main de Dieu le bénira,
L'esprit de Dieu l'affermira,
Dans sa justice et dans sa grâce,
Avec tous ceux dont le désir,
O Dieu d'amour, est de servir,
De chercher tous les jours ta face.

4 - Elevez-vous jusques aux cieux,
Portes de la cité de Dieu,
Laissez entrer le roi de gloire !
Quel est ce roi si glorieux ?
C'est le Messie, le Fils de Dieu ;
Il tient dans ses mains la victoire.

Volonté de Dieu
Ecoutons la loi contenue dans la Bible :

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, 
de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence.

C'est là le premier et le grand principe,
et voici le second, qui lui est semblable :

Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Chant spontané : Parle, parle Seigneur, ton serviteur écoute….
Parle, parle Seigneur, ton serviteur écoute :
Je dis ton serviteur, car enfin je le suis.
Je le suis, je veux l’être, et marcher dans ta route,
Et les jours et les nuits.

Repentance

« Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.

« Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »

Voltaire, Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas, chapitre XXIII,1763

Chant spontané  : « J’aime mon Dieu, car il entend ma voix ».
J’aime mon Dieu car il entend ma voix,
Quand la frayeur ou le tourment m’oppresse,
Quand j’ai prié au jour de ma détresse,
Dans sa bonté, il s’est tourné vers moi.

Annonce du pardon
Mais Dieu renouvelle pour nous sa grâce et il dit :

Mon enfant,
tes péchés sont pardonnés, 
ta foi t'as sauvée, 
Avance en paix.

Chant spontané : « Combien grande est ta gloire (ps 92).
Combien grande est ta gloire, en tout ce que tu fais, 
Et combien tes hauts faits sont dignes de mémoire !
Tes œuvres sans pareilles  ont réjoui mon cœur,
Je veux chanter, Seigneur, tes divines merveilles !

Confession de foi
Confession de foi des Remontrants des Pays Bas

Voilà ce que nous pensons et croyons.
Notre paix ne réside pas dans la certitude de nos formulations mais dans l’émerveillement devant ce qui nous arrive et nous donné. Notre destinée ne réside pas dans l’indifférence et l’avidité,  mais dans la vigilance et la solidarité à l’égard de tout ce qui vit.
L’accomplissement de notre existence ne vient pas de ce que nos sommes et de ce que nous possédons,  mais de ce qui dépasse infiniment nos capacités de compréhension.
Conduits par ces convictions, nous croyons en l’Esprit de Dieu.
Il surmonte ce qui divise les gens, il les attire vers ce qui est saint et bon,
Pour qu’ils louent et servent Dieu, en chantant et en faisant silence, en priant et en agissant.

Nous croyons en Jésus, un homme empli de l’Esprit.
Il est le visage de Dieu qui nous regarde et nous remue.
Il a aimé les êtres humains et il a été crucifié.
Mais il vit au-delà de sa propre mort et de notre mort.
Il est, pour nous, un exemple béni de sagesse et de courage.
Il rapproche de nous l’amour éternel de Dieu.

Nous croyons en Dieu, l’Éternel,
Il est amour insondable, le fondement de notre existence.
Il nous montre le chemin de la liberté et de la justice, et nous appelle à un avenir de paix.
Bien que faibles et vulnérables, nous nous croyons appelés, solidairement avec le Christ,
Et avec tous ceux qui croient, à former une Église qui soit signe d’espérance.

Car nous croyons dans l’avenir de Dieu et du monde,
La patience divine nous offre du temps pour vivre, pour mourir
Et pour ressusciter dans le royaume qui est et qui vient.
Dieu y sera pour l’éternité tout en tous.
A Dieu soit la louange et l’honneur,
Dans le temps et l’éternité.
Amen.

Chant spontané : « Grand Dieu, nous te bénissons »
Grand Dieu, nous te bénissons, nous célébrons tes louanges,
Eternel, nous t’exaltons, de concert avec les anges,
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !

Doxologie : « Gloire à Dieu dans les cieux et sur la terre, et d’éternité en éternité »

Lecture du passage de la Bible médité

28  Amen, je vous le dis, tout sera pardonné aux fils des hommes, péchés et blasphèmes autant qu'ils en auront proférés ;
29  mais quiconque blasphème contre l'Esprit saint n'obtiendra jamais de pardon : il est coupable d'un péché éternel.
30  C'est qu'ils disaient : Il a un esprit impur.

Cantique : dans Louange et Prière n°178 « Qu'aujourd'hui toute la terre » strophes 1, 2, 4 et 6

1 - Qu'aujourd'hui toute la terre
S'égaye au nom du Seigneur,
Qu'à Dieu monte sa prière
Par Jésus le Rédempteur.

2 - Qu'aujourd'hui son Evangile,
En tous lieux soit publié ;
Qu'à porter son joug facile,
Tout pêcheur soit convié !
4 - Qu'aujourd'hui beaucoup d'esclaves
De l'erreur et de la mort,
Soient tirés de leurs entraves
Par la grâce du Dieu fort !.

6 - Qu'aujourd'hui la paix descende,
Seigneur, sur tous tes enfants,
Et que partout l'on entende
Leurs hymnes reconnaissants !

Prière d'illumination

Orgue

Prédication

            L’actualité a déposé un voile d’obscurité sur notre société la plongeant de nouveau dans une nuit de la raison qui nous pousse aujourd’hui à réfléchir à notre propre compréhension du blasphème. D’où le choix de ce texte de l’Évangile de Marc, repris dans Matthieu et dans Luc.
            Assassiné en pleine rue d’une façon on ne peut plus barbare, lors d’un guet-apens fomenté par deux élèves de son propre établissement scolaire, Samuel Paty n’est pas seulement l’homme victime de la haine de quelque terroriste ultra violent, il est le professeur qu’on empêche à jamais d’éclairer les consciences. Il ne s’agit pas d’un fait divers, il s’agit d’une atteinte à la liberté de pensée qui fonde notre République, mais aussi d’une provocation qui vient interpeler le religieux dans notre société sécularisée et laïque en reposant la question : que tenons-nous pour sacré ?

            Le Conseil Français du Culte Musulman rappelle sans ambiguïté aux imams de France que la laïcité bien comprise est une valeur positive ; je cite : « Les valeurs de notre République laïque, indivisible, démocratique et sociale avec sa devise triptyque : Liberté, égalité, fraternité, nous permettent à nous musulmans de France, comme à tous nos concitoyens, d’exercer librement notre culte ou de n’exercer aucun culte, de construire nos mosquées et de jouir entièrement de nos droits ». Et son Président Mohammed Moussaoui précise à son tour : « La liberté de caricaturer est garantie pour tous, la liberté d'aimer ou de ne pas aimer (ces caricatures) également. » Ce Conseil et son Président cherchent eux aussi à poser sincèrement cette question qui animait déjà les débats au temps de Jésus.
            Car le texte que nous avons lu se trouve dans un contexte d’attaque blasphématoire à l’encontre de Jésus au moment même où il choisit les apôtres afin de « les envoyer proclamer, avec l’autorité pour chasser les démons » (Marc 3, 15).
                Jésus est entouré d’une foule qui, cherchant une libération, une guérison, un salut, lui fait tant de demandes qu’il ne peut plus trouver le temps de manger. Sa famille s’interpose, pense qu’il a perdu la raison, et les scribes l’accusent de chasser le mal par le mal, le démon par le démon, et d’être un lieutenant du diable.
            Jésus est insulté, malmené dans sa conviction qu’il peut faire le bien au nom de sa foi. Et loin de condamner ceux qui l’insultent, il déclare : « tout sera pardonné aux fils des hommes, péchés et blasphèmes autant qu’ils en auront proférés ; mais quiconque blasphème contre l’Esprit Saint, n’obtiendra jamais le pardon ». Il aurait été facile pour nous, lecteurs du vingt et unième siècle, pétris d’une théologie dans laquelle l’amour de Dieu atténue sans cesse la dureté du péché, que le texte s’arrête sur cette affirmation : « tout sera pardonné aux fils des hommes ». Mais voilà qu’il y a de l’impardonnable dans le salut qu’apporte Jésus.
            Dans son article du 9 juillet 2012, intitulé « Insulter le Saint Esprit », le pasteur Philippe Kabongo Mbaya explique : « Quelques siècles avant Jésus, le déclin du mouvement prophétique était interprété avec nostalgie comme l’extinction du Saint-Esprit (Psaume 74,9 ; Lamentations 2,9 ; I Maccabées 4,46…).

            « On attendait avec fébrilité l’apparition d’un nouveau “prophète” qui serait le signe d’une nouvelle ère, marquée par la présence l’Esprit de Dieu. C’est dans cette atmosphère que Jean-Baptiste entre en scène. Il annonce le baptême de l’Esprit Saint (Marc 1,8 et //). Cet Esprit s’est posé sur Jésus lors de son baptême dans le Jourdain, à l’orée de son ministère. Les détracteurs de Jésus ne niaient aucunement ce qu’il réalisait. Mais en attribuant les délivrances et les guérisons au prince des démons, ils en dénaturaient et l’origine et le sens. C’est ce rejet assumé des “temps nouveaux” qui était pour Jésus un péché sans rémission. Le “blasphème contre le Saint-Esprit” se comprend mieux sous cet éclairage. »
            En effet, cela permet de comprendre à quel niveau se place Jésus quand il qualifie d’impardonnable le péché contre le Saint Esprit. Et l’on comprend mieux aussi pourquoi dans l’Évangile de Matthieu, la polémique avec les scribes surgit après la guérison d’un aveugle muet. Les scribes restent dans un fondamentalisme tel qu’ils ne peuvent ni voir, ni proclamer ce que Dieu provoque en celui qui croit : une réforme continuelle et une compréhension du monde qui accueille et comprend Dieu dans sa contemporanéité. Ce Saint Esprit, ce souffle qui dynamise constamment la foi et nous oblige à adapter nos convictions à la nouveauté de Dieu, voilà ce qui est fermé aux scribes qui veulent figer la révélation dans la lettre de la loi.
            Et ils sont légion ceux qui ne veulent pas considérer le changement constant que Dieu produit dans le monde. Ceux-là prétendent connaître Dieu et savoir ce qu’il veut pour l’homme. Enfermés dans la certitude de savoir ce qui est bon ou mauvais, ce qui est juste ou injuste, ce qui est acceptable ou inacceptable, ils vont jusqu’à prendre la vie de ceux qu’ils érigent en ennemis de la foi pour avoir raison contre eux, quitte à avoir raison contre Dieu lui-même.
            Celui qui prend la place de Dieu ne peut être pardonné, tout simplement parce qu’il ne se place plus sous le jugement de Dieu, ni sous sa grâce : il veut usurper le pouvoir de Dieu. Il ne croit plus en Dieu, il croit en lui-même et en sa capacité à défendre les dogmes de sa religion contre les changements que la vie même apporte. Il n’est plus un « Fils des Hommes », il s’érige en maître de Dieu.
            Les rédacteurs de l’Évangile étaient eux-mêmes dans cette certitude que le christianisme naissant était bon pour tous les hommes et que les autres, ceux qui n’accueillaient pas cette nouvelle religion étaient dans l’erreur. Personne n’est à l’abri de vouloir imposer aux autres ses propres certitudes.
           
            Combien de violences arrivent par cet orgueil de la foi ? Combien de guerres de religions, d’assassinats, d’attentats trouvent leurs racines dans les certitudes des croyants et le zèle qu’ils mettent à les asséner aux autres. Et cette violence est présente dans toutes les religions : aucune n’en est exemptée, même celle qui se réclame d’un homme qui dit : « tout sera pardonné aux fils des hommes, péchés et blasphèmes autant qu’ils en auront proférés ». 
 
            La question n’est donc pas tant : que tenons-nous pour sacré, que : ai-je le droit d’imposer ce qui est sacré pour moi aux autres ?

            Mes convictions, mes certitudes, mes vérités le sont pour moi-même et je peux les défendre, mais sans exiger des autres qu’ils y adhèrent. Les choses se compliquent quand on arrive à la dimension collective d’une telle pensée. Comment se donner des règles communes quand chacun défend ce qui est sacré pour lui-même ? En outre, ce croyant est-il un individu ou un collectif ? L’individualisme n’est pas toujours la norme en religion et le religieux se pense souvent dans la catégorie collective de « peuple », plutôt que dans celle d’un individu ayant un libre arbitre.
            Le « peuple » juif, la « Uma » musulmane ou « l’Église » du Christ, sont des paradigmes qui incitent à des comportements communautaires plus qu’à l’individualisme, et si cet aspect communautaire a des vertus incontestables de fraternité et de découverte de nos interdépendances, il présente aussi le risque d’un communautarisme qui exclut la foi de l’autre par-delà les frontières de nos dogmes. Cette compréhension communautaire et donc identitaire raidit les positions religieuses et empêche bien souvent de dialoguer sincèrement avec les membres d’autres communautés religieuses, par peur d’infidélité, de contaminations des idées ou tout simplement, de la révélation de Dieu qui pourrait venir bouleverser nos habitudes, nos postures et nos certitudes.
            Un homme est mort dans l’exercice de ce qui peut nous sauver de tout fanatisme : celui qui consiste à développer l’esprit critique pour pouvoir se mettre sous l’autorité des règles de la République, alors même qu’on n’a pas les mêmes valeurs religieuses et qu’on ne place tous pas le sacré au même endroit.
            Pour le croyant, Dieu est sacré et ce que cette foi implique a plus d’autorité que tout autre instance séculière. Mais paradoxalement, dans un État multiculturel comme le nôtre, pour pouvoir continuer à être libre de penser et de régler sa vie sur ce principe religieux, il lui faut accepter que ce qui est sacré pour soi passe après les lois que la République se donne afin que nous vivions ensemble dans la paix. Accepter le blasphème comme une composante inévitable de notre société, c’est accepter le paradoxe - la contradiction, peut-être - que nos principes religieux soient sacrés pour nous, sans pour autant l’être pour tous les autres

            L’homme qui déclarait que : « tout sera pardonné aux fils des hommes, péchés et blasphèmes autant qu’ils en auront proférés » est mort sur une croix où un Romain avait noté la mention : roi des Juifs. Pour certains il l’était ; pour d’autres, écrire cela était un blasphème.
            Il fut crucifié pour avoir critiqué la sacralisation de lois religieuses au détriment de la vie des hommes. Pour avoir révélé le scandale d’une lapidation, le contre-sens d’un sabbat devenu interdiction du salut, le contre-témoignage d’un pardon qu’on monnaye. Et, sans doute aussi, pour avoir agité des foules en mal de justice et de liberté.
            De lui aussi, on a dit qu’il blasphémait, mais son blasphème, bien qu’impardonnable aux yeux de ceux qui voulaient que rien ne change, révélait que tout était en train de changer et qu’aucune croix n’empêcherait l’Esprit Saint de faire son œuvre pour la liberté des hommes.
            Que cette liberté ne nous abandonne jamais frères et sœurs ; ne cédons jamais à la peur de l’autre, à la violence de l’autre, à l’insulte de l’autre. Rejoignons ceux qui croient à la paix et fabriquons-la avec eux, pour que la laïcité ne soit pas une tolérance du bout des lèvres, à contre cœur, mais une pratique positive de la fraternité dans notre pays.
            Dans l’Évangile de Luc on prête au Christ ces mots : « Je vous le dis à vous mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus. » (Luc 12, 4)
            L’Esprit que Dieu nous donne peut faire infiniment plus que ceux qui tuent le corps.

Amen  

Orgue

Psaume : dans Le Psautier Français, psaume n°72 « Revêts, Seigneur, de ta justice » strophes 1, 2, 3 et 4

1 - Revêts, Seigneur, de ta justice
Le Prince de la paix
Et parmi nous qu’il établisse
Son royaume à jamais.
En lui, les plus humbles du peuple
Trouvent un défenseur,
Délivrant les fils de la veuve
Et brisant l’oppresseur.

2 - Qu’il règne sur toute la terre,
Sur tous les océans,
Tant que le soleil les éclaire
Jusqu’à la fin des temps.
Des sommets qu’il fasse descendre
La paix et la bonté,
Sur les coteaux qu’il vienne étendre
Le droit et l’équité.
3 - Comme l’ondée il renouvelle,
Il reverdit nos prés.
Il donne au droit vigueur nouvelle ;
Le monde en est paré.
Dans son royaume sans frontières
Les grands s‘inclineront ;
Et tous les peuples qu’il libère
En paix le serviront.

4 - Il est l’appui dans leur détresse
Des plus abandonnés.
Sa main guérit, son bras redresse
Le faible méprisé.
Il vient sauver dans son épreuve
L’esprit du malheureux ;
Plus que le sien, le sang du pauvre
A du prix à ses yeux.

Annonces

Collecte pour l'Entraide

Prière d'intercession

Dieu le miséricordieux, si nous t’appelons, Adonaî, tu es là,
si nous t’appelons Père, tu es là,
si nous t’appelons Seigneur, tu es là,
si nous t’appelons Allah, tu es là
et si nous te cherchons dans les ténèbres, tu nous rejoins.
Que notre foi  en toi nous garde de toute arrogance religieuse
et que nous soyons capables, en ton nom,
de devenir frères et soeurs les uns pour les autres dans ce monde,
car ce monde a besoin de notre fraternité.

Dieu de tous les hommes, fais de nous des artisans de paix.
Fais de nos institutions religieuses des structures assez fortes
pour garantir à tous la liberté d’exprimer sa foi
et assez souples pour se réformer sans cesse
afin de garantir une annonce fidèle de ta Parole pour ce monde.

Pardonne-nous enfin, de te demander ce que tu sais mieux que nous.
Donne-nous l’humilité dans la foi.

Et ensemble, nous pouvons dire et entendre la prière que Jésus le prophète, appelé fils de Dieu dans la foi, a apprise à ses disciples

Notre Père
Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ; pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Ne nous laisse pas succomber à la tentation mais délivre-nous du mal, car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles. Amen.

Bénédiction

Frères et soeurs, allez annoncer l’Evangile dans ce monde, allez proclamer sa grâce.

Recevons la bénédiction de Dieu
Le Seigneur de nous bénit et nous garde.
Le Seigneur qui fait grâce nous bénit et nous garde.

Chant spontané : Bénis ô Dieu nos routes
Bénis ô Dieu nos routes, nous les suivrons heureux,
Car toi qui nous écoutes, tu les sais, tu les veux.
Chemins riants ou sombres, j’y marche par la foi,
Même au travers des ombres, ils conduisent à toi. 

Orgue

Marc 3 : 28-30

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Lecture de la Bible

28  Amen, je vous le dis, tout sera pardonné aux fils des hommes, péchés et blasphèmes autant qu'ils en auront proférés ;
29  mais quiconque blasphème contre l'Esprit saint n'obtiendra jamais de pardon : il est coupable d'un péché éternel.
30  C'est qu'ils disaient : Il a un esprit impur.

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