Serait-ce cela le meilleur des mondes possibles ?

Romains 8:18-27

Culte du 20 mars 2011
Prédication de pasteur James Woody

(Romains 8:18-27)

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Culte du dimanche 20 mars 2011 à l'Oratoire du Louvre
prédication du pasteur James Woody

Chers frères et sœurs, est-ce un cadeau que nous faisons à nos enfants de leur donner la vie ? quand on voit l’état du monde, nous sommes en droit de nous demander si le cadeau de la vie ne serait pas une sorte de cadeau empoisonné. Et chaque baptême avec son lot de promesse d’une vie heureuse, intéressante, marquée du sceau de la bénédiction, pourrait passer pour une manière de fermer les yeux sur la réalité du monde.

Chaque année, chaque mois, chaque semaine, il serait possible de se lamenter sur l’état de ce monde. Chaque jour, il y a de quoi gémir à la suite de Paul. Gémir sur une création qui n’en finit pas de souffrir. Oui, il y a les grandes catastrophes semblables à celle qui frappe l’Asie depuis la semaine dernière. Il y a la terreur qui s’abat sur des populations qui n’aspirent qu’à une chose : qu’on les laisse tranquilles. Il y a les soucis du quotidien qui sont parfois des problèmes de riches, qui sont souvent des problèmes microscopiques à l’échelle du globe, mais qui sont pourtant de véritables épines plantées dans notre chair. La création tout entière soupire, nous ne nous satisfaisons pas du monde tel qu’il est, nous pouvons légitimement râler et rêver d’un monde meilleur.

D’ailleurs, serait-ce cela ce fameux meilleur des mondes possibles dont parle le philosophe Leibniz ? Avec Voltaire qui écrit Candide, il y a de quoi s’interroger sérieusement et railler cet optimisme farouche qui caractérise Pangloss dans l’histoire, qui voulait démontrer que tout était fait pour la meilleure fin (le nez pour porter des lunettes, les pierres pour faire des châteaux, les cochons pour être mangés). Cette histoire que Voltaire a écrite après le terrible séisme qui a dévasté Lisbonne en novembre 1755 nous donne matière à réfléchir, bien évidemment, après un nouveau tsunami. Mais Voltaire ne limite pas l’horreur aux catastrophes naturelles, il y associe la violence guerrière dont les hommes sont capables et, bien malheureusement, cela n’est pas sans trouver un écho puissant dans notre actualité. Et si cela n’était pas assez terrible comme cela, les crimes dont l’actualité judiciaire française nous abreuve, trouvent, eux aussi, leur place dans le conte de Voltaire. Oui, le temps présent est un temps de souffrance, comme l’écrit Paul à la communauté de Rome qui sait ce que signifie être persécuté. Et avec elle, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre.

La création a été soumise à la vanité

La création souffre parce qu’elle a été soumise à la vanité. Par vanité, il faut comprendre tout pouvoir qui se fonde sur du rien, sur de l’illusoire. La création souffre quand elle est exploitée pour rien, quand elle est soumise à des forces de destruction massive qui la vide de son contenu, de sa substance. C’est l’exploitation abusive des ressources naturelles, celle contre laquelle Théodore Monod s’est toujours élevé, comme nous l’a rappelé récemment Jean-Claude Hureau. Il y a une utilisation de la nature qui est non seulement nécessaire mais compréhensible car la nature concourt au bien être de la création, mais il y a aussi une utilisation de la nature pour satisfaire des plaisirs égoïstes, pour satisfaire des intérêts personnels. Cette utilisation n’a rien de louable. Lorsque l’homme se croit autorisé à tirer profit de la nature pour ce qui n’est que vanité, la création tout entière est blessée.

C’est aussi l’exploitation abusive des ressources humaines, lorsque l’homme est devenue quantité négligeable dans les calculs de certains, quand l’homme n’a plus de valeur au regard d’autres considérations très matérielles. L’exploitation de l’homme n’est pas d’abord une affaire de système ou d’idéologie. Du temps où capitalisme et communisme s’affrontaient, il y avait cette question pour amuser la galerie : Savez-vous quelle est la différence entre le capitalisme et le communisme ? Le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme et le communisme, c’est l’inverse !

L’exploitation de l’homme, c’est d’abord une affaire d’hommes, d’intérêts particuliers. C’est d’abord la satisfaction de la vanité d’être humains qui opèrent une distinction de dignité entre eux et les autres. L’apôtre Paul exprime clairement que certains s’emploient à soumettre des populations à leur propre vanité, à la tyrannie de leur envie d’asseoir leur pouvoir, leur supériorité ou simplement leur aisance. La création tout entière est trop souvent le cabinet d’aisance de quelques vaniteux.

Ni naïveté, ni cynisme, mais l’espérance

A la manière de l’apôtre Paul qui ne cache rien de la misère de la condition humaine, Voltaire présente l’homme sensé comme celui qui ne récuse pas le réel, qui ne vit pas dans une sorte de bulle d’optimisme. Paul ne fait pas non plus de nos malheurs la volonté d’une Raison supérieure, d’une Raison divine encore supérieure à la Raison d’Etat. Et, d’ailleurs, Paul ne fait pas de cet état de fait le dernier mot de notre histoire. Oui, il faut être lucide, il ne faut pas se réfugier dans un optimisme naïf, mais il ne s’agit pas non plus de verser dans le cynisme.

Ouvrir les yeux sur le monde tel qu’il est, c’est aussi le regarder avec ce que Dieu injecte dans notre regard : l’espérance. Cette espérance ne va pas de soi. Elle n’a rien d’automatique. Il ne suffit pas de se déclarer croyant ou d’être baptisé pour voir le monde avec l’espérance qui permet d’observer ce que nous n’avons pas sous les yeux. Même lorsque notre foi est active, il n’est pas anormal que nous soyons déboussolés, franchement perdus dans ce monde si brutal. Même lorsque notre foi est active, nous demeurons faibles au regard des situations auxquelles nous sommes confrontés, ce qui fait écrire à Paul que nous ne savons pas ce qu’il convient de demander à Dieu dans nos prières. Que dire dans nos prières au sujet de l’Asie, au sujet de la Lybie, au sujet de ces jeunes filles violées et poignardées, au sujet des enlèvements, au sujet des haines que nous observons ou que nous subissons, au sujet des tricheries qui ont lieu, des incompétences notoires, qui sont parfois les nôtres ? peut-être se taire pour, au moins, éviter de dire des bêtises comme le font les amis de Job dès qu’ils ouvrent la bouche ? Le moins que l’on puisse dire est que nous sommes bien désemparés.

Paul révèle que ce sentiment est déjà un pas en avant. La souffrance est déjà une étape positive car elle atteste que nous sommes sensibles à ce qui arrive et cette sensibilité nous pousse à réagir. Le fait même que nous souffrions est déjà une manière d’exprimer quelque chose. Cette souffrance, Paul laisse entendre que c’est Dieu qui la fait naître en nous. C’est ainsi que je comprends Paul qui écrit que l’Esprit intercède par des soupirs inexprimables. Dieu qui n’est pas impassible, Dieu qui souffre lorsque le monde va mal, nous aide à souffrir pour que nous réagissions au lieu d’être indifférents à ce qui se passe. De même qu’il est important que nous ayons mal lorsque nous mettons la main sur une flamme pour vite la retirer du feu, Dieu nous aide à avoir mal pour que nous réagissions aux situations dangereuses. Car c’est nous, bien entendu, qui pouvons interagir avec le monde pour améliorer ce qui doit l’être, mais encore faut-il prendre conscience qu’il y a des choses à changer.

Dieu ne nous fait pas souffrir pour le plaisir de nous faire souffrir : il nous fait toucher du doigt le feu qui dévore le monde, il nous prie de nous préoccuper de ce qui se passe dans le monde, autour de nous, pour que le monde ne reste pas en l’état. C’est en ce sens que le père de Théodore Monod pouvait dire, ici même, que la prière exauce Dieu.

L’Esprit divin, dès lors, nous aide à y voir plus clair, à mieux comprendre ce qui arrive, à voir plus loin que ce que nos sens perçoivent. Cela, seule l’espérance peut l’accomplir. L’espérance que l’Esprit divin stimule en nous, nous évite d’interpréter le cours des choses en fonction de nos goûts ou de nos peurs. L’espérance, telle que l’apôtre Paul en rend compte, est ce qui nous permet de voir que toutes ces douleurs qui nous font parfois hurler, sont semblables aux douleurs qui accompagnent l’accouchement. Ces douleurs de l’enfantement expriment que le monde n’est pas encore mis au monde, que l’humanité espérée par Dieu n’est pas encore venue au monde, que le monde, en l’état, n’est que prémices du monde à venir. Cela est vrai à grande échelle, c’est vrai au niveau familial : il ne suffit pas de faire naître un enfant, encore faut-il le faire venir au monde. L’éducation d’un enfant s’étale sur des années pendant lesquelles il faut faire un véritable travail auprès de l’enfant. Le travail fait par la mère le jour de sa naissance ne suffit pas : chaque jour il faut encore accoucher d’un enfant qui grandit, qui mûrit. L’attente du jour de la révélation glorieuse est donc une attente active. Dieu nous exhorte à faire advenir le monde. Oui, le monde est assez chaotique, c’est un tohu-bohu par bien des aspects, au même titre que ce peut-être le bazar, parfois, dans notre tête. Alors Dieu s’ingénie à nous pousser à créer le monde selon ce qui nous est présenté dans le récit de création de Genèse 1. Nous pouvons faire naitre un monde vivable de ce qui n’est apparemment que chaos et désordre. Sur ces vagues incessantes de mauvaises nouvelles qui se fracassent sur le rivage de notre existence, nous pouvons porter un regard chargé de cette espérance qui nous aide à voir les lieux où nous pouvons intervenir pour faire apparaître cette terre où la vie peut prendre chair, cette adamah du récit de la création sur laquelle l’homme peut fonder son existence. Contre le pessimisme qui pourrait nous gagner, cette espérance nous fait voir les solidarités, les entraides possibles, les formidables élans de générosité qui, une fois de plus, peuvent transfigurer le malheur en occasion d’amour. Les situations de crises majeures au même titre que les problèmes personnels, peuvent être l’occasion de développer ces vertus de foi, d’espérance et d’amour que Dieu renouvelle constamment en nous.

Cette ferme espérance constitue un roc sur lequel Dieu nous permet de construire notre histoire, nous permet d’envisager l’avenir de nos enfants sous un jour moins dramatique que la seule lecture des nouvelles pourrait nous y pousser.

De fait, les promesses faites par Dieu et dites au moment d’un baptême, révèlent que nos enfants ne sont pas condamnés à être de la chair à canon, ni du combustible nucléaire, ni même le financement de nos retraites. Cet Esprit divin qui vient au secours de notre faiblesse crée en nous l’esprit de curiosité nécessaire pour s’intéresser à la création tout entière et pour imaginer de nouvelles manières d’être, plus respectueuse de l’environnement, qu’il s’agisse de la nature, des vivants, de l’univers. L’Esprit divin nous aide à ne pas subir mais à nous engager dans une dynamique qui consiste à redonner du corps à notre monde, au monde qui plaît à Dieu, ce que l’apôtre Paul nomme la rédemption. Avec l’image employée dans Candide, disons que l’Esprit divin nous rend capables de cultiver intelligemment notre jardin afin qu’il soit, véritablement, le meilleur des mondes possibles.

Amen

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Lecture de la Bible

Romains 8:18-27

J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous.
19 Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.
20 Car la création a été soumise à la vanité-non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise-
21 avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
22 Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement.
23 Et ce n’est pas elle seulement mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps.
24 Car c’est en espérance que nous sommes sauvés.
Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance: ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore?
25 Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.
26 De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières.
Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables;
27 et celui qui sonde les coeurs connaît la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints.

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