Pasteur : le ministère de l’union

Esaie 41:10

Culte du 9 septembre 2018
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Vidéo de la partie centrale du culte

 « Ne crains rien car je suis avec toi ».

N’est-ce pas la phrase que tout être humain a besoin d’entendre pour avancer dans la confiance?
Au matin de sa vie, dans l’extrême fragilité du petit enfant qui a peur de se lever pour marcher. Au soir de sa vie, dans la faiblesse de la vieillesse, quand les forces viennent à manquer.

Dans tous les moments où il faut affronter la nouveauté, accepter le changement, s’adapter tant bien que mal. Quand il faut faire face à l’échec, endosser la faute, porter les responsabilités. Quand tout est remis en question par la maladie, par la violence, par la pauvreté, par l’abandon. Combien d’hommes et de femmes et d’enfants auraient besoin d’entendre : « ne crains rien car je suis avec toi » pour être remis debout.

Cette phrase est contenue dans un livre que beaucoup connaissent, mais pas toujours assez pour que la Parole de réconfort de Dieu à son peuple vienne les consoler, les encourager, voire les guérir. Il faut que sur leur route se trouvent des témoins pour transmettre une telle parole. Ces témoins, Dieu les suscite d’âge en âge. Parmi eux les prophètes, comme Esaïe, qui dit à un peuple exilé, humilié par la déportation, éprouvé par la guerre, une parole salutaire mais si fragile face à tant d’adversité. Bien plus tard, un homme appelé Jésus est venu pour dire, lui aussi, à ceux qui avaient peur pour leur propre vie, pour leur propre salut, pour leur propre dignité, que leur foi en Dieu les sauvait, qu’ils n’avaient rien à craindre, que Dieu était avec eux.

Et à la suite de Jésus, d’autres encore, ont baptisé des eunuques, ont nourri des veuves, ont relevé des paralysés, et cela parce que en eux, la peur avait été vaincue par la foi. "Ne crains pas car je suis avec toi ». C’est cette même parole qui prend corps lorsqu’un homme ou une femme, discerné par d’autres croyants, enseigné par des docteurs en théologie, reconnu comme digne de confiance par ses prédécesseurs et mandaté par une église toute entière, devient pasteur dans notre église .

Une parole qui prend corps, voilà peut être une définition possible de ce mandat particulier qu’est le ministère pastoral. Qu’est ce qu’un pasteur à vrai dire ? les mots sont nombreux pour en parler et certains sont plus en vogue que d’autres selon les époques. Ce pourrait être un prêtre, mais comme le sacrement de la cène n’est plus un sacrifice mais un mémorial, nul besoin de prêtre au sens de sacrificateur. Ce pourrait être un berger, bon si possible, qui prenne soin de ses brebis. Mais que penseraient ceux qui le reconnaissent comme leur pasteur s’ils apprenaient qu’ils sont des moutons ?

L’image est intéressante, mais il faudrait être au moins comme Jésus et être capable de donner sa vie pour chacun des fidèles de l’église, comme Jésus l’a fait pour nous, pour pouvoir être vu comme un bon berger par les fidèles. Il n’est pas sûr qu’on en soit capable et si c’était le cas, la mort seule pourrait le révéler. Un bon pasteur serait alors toujours un pasteur mort ! C’est une tendance forte d’ailleurs, de comparer à ceux qui ne sont plus là, les pasteurs qui se démènent dans l’actualité de leur service. Mais il n’est pas sûr que cela aide beaucoup les pasteurs en exercice à garder confiance. Le pasteur pourrait être un guide, comme Moïse qui conduit le peuple vers la Terre Promise, il montrerait la voie à ceux qui se sentent perdus et il userait de puissances extraordinaires pour ouvrir un chemin, pour faire jaillir de l’eau du rocher, pour terrasser les serpents brûlants.

Mais le pasteur est-il capable de guider les autres quand lui-même est si perdu, parfois, dans les choix qu’il doit faire ? N’est-il pas lui-même incapable de respecter tous les commandements des tables de la loi ? Moïse lui-même est resté sur le seuil de la terre promise sans jamais y entrer. Certains disent même que c’est parce qu’il avait fauté… Le pasteur pourrait être un ministre c’est-à-dire un serviteur. Ministre de la parole de Dieu. Mais comment connaître la parole de Dieu pour la servir ? Aller à sa recherche au milieu des Écritures ne lui garantit pas de trouver la parole de Dieu. Ce sont des témoins humains, comme lui, pleins de doute et d’ignorance, qui ont écrit sur un Dieu qu’ils n’avaient jamais vu. Dans les écrits bibliques, ils l’ont fait parler, agir, combattre, punir, pardonner, ce Dieu des livres, comme si c’était un homme, juste un peu plus fort qu’eux, parfois paternel, parfois bienveillant, rarement maternel, souvent en colère et heureusement patient ; mais toujours très humain. Alors, le pasteur pourrait être le ministre, le serviteur, mais cette fois : de l’église. Il deviendrait celui qui fait fonctionner l’église, qui assure les services : cultes, sacrements, catéchèse, réunions en tout genre. Bref, un fonctionnaire de la foi.

Mais quel serait le but de cette fonction. Assurer l’existence d’une institution humaine ? pérenniser la tradition ? Pour quoi faire ? De quoi témoignerait-il alors sinon de la nécessité de transmettre du même ? Aucun vocable ne semble, à lui seul, pouvoir exprimer ce qu’est réellement un pasteur et à quoi il sert vraiment. Il est en effet un peu prêtre, au moins dans l’imaginaire de ceux qui transposent la fonction d’une confession à l’autre. Il est un peu guide puisqu’on vient lui demander conseil, il est un peu berger, quand on lui reconnaît une attention toute particulière à chacun de ceux qui lui sont confiés. Il est un peu ministre, puisqu’on organise avec lui la vie des communautés locales. Mais au final, il n’est pas facile de parler de cette vocation composite qu’est celle de pasteur. Dans notre société, sa place est ambiguë. On ne sait pas où le classer.

Philippe Gaudin, dans son article : Pasteur, quelle reconnaissance pour un métier spécifique non spécialisé ? notait parmi beaucoup d’autres éléments fort intéressants, que INSE classait les pasteurs dans la catégorie socio professionnelle du clergé séculier, c’est-à-dire celle: des personnes exerçant un ministère au sein d’une confession religieuse reconnue, chargées d’instruire les fidèles dans une religion, d’en célébrer le culte. Si seulement j’avais eu cette définition en tête quand je disais à un guichet de telle ou telle administration que j’étais pasteur et que retentissait la question : « vous travaillez chez Pasteur ! » J’aurais eu au moins un début de définition de mon activité. Cela n’aurait pas empêché la deuxième question : « mais, en dehors du dimanche, quel métier faite vous ? » La vraie difficulté d’un tel engagement, note très justement Philippe Gaudin, c’est qu’il est spécifique, et en même temps non spécialisé. On peut ajouter à tous les autres essais de vocable pour parler de cette fonction, celui d’enseignant.

Et pourtant, même quand nous enseignons à l’école biblique ou au catéchisme, nous ne sommes pas tenus à la réserve demandée aux enseignants puisque, nous témoignons de notre foi. Les réformateurs, en inventant une nouvelle sorte de clercs, n’ont pas seulement inventé des prédicateurs capables de commenter la Bible pour l’expliquer à ceux qui venaient les écouter. Ils ont inventé un nouveau contexte à ce clergé lettré : « le sacerdoce universel ». Alors que la réforme grégorienne du XIème siècle avait institué le sacerdoce des prêtres, c’est-à -dire la mise à part des prêtres qui, seuls, peuvent réitérer le sacrifice quotidiennement dans la messe, en les obligeant au célibat, au port constant d’un habit spécifique, à un ascétisme presque monastique, la réforme luthérienne, elle, pose la base d’une égalité entre tous les croyants, tous membres du corps du Christ qu’est l’église. Dans ce nouveau contexte, le prêtre est prêtre au milieu des prêtres. C’est peut-être là la clé d’une définition.

La hiérarchie entre clercs et laïcs tombe d’elle même et la spécificité des clercs devient celle de prêcher la parole de Dieu, mais au milieu d’autres qui lui sont égaux. Avec Calvin, les ministères deviennent pluriels : les docteurs doivent enseigner la théologie, les douze anciens exercent avec le pasteur la discipline, les diacres s’occupent de l’argent, des pauvres et des malades et les pasteurs prêchent la parole de Dieu. Mais, au bout du compte, en reconnaissant une autorité inégalée au ministère de la prédication, Calvin réintroduit une sorte de hiérarchie entre ces ministères.

A bien y regarder, même si nous sommes appelés individuellement à un ministère, aucun ne s’exerce seul. Les diacres sont plusieurs, les anciens aussi, les docteurs n’enseignent pas seuls dans leur coin leur doctrine. Et le pasteur est avec tous les autres. Si seul soit on devant Dieu, dans l’église on n’est jamais seul. « Ne crains rien car je suis avec toi ». Cette parole retentit au coeur de tout ministère exercé au nom du Dieu de Jésus Christ. Et la communauté en est son illustration. Ne crains rien quand tu reçois le dément qui dort sous un pont et que ta foi te commande de l’aider malgré son agitation et sa violence, tu seras aidé par un autre diacre. Ne crains rien quand tu te rends au chevet du mourant et que tu ignores comment sa fin se passera, demande à un fidèle de prier pour toi.

Ne crains rien quand tu prêches la résurrection à des parents qui ont perdu leur enfant, un ancien est là qui te soutient. Ne crains rien quand tu vas entre dans une prison pour bénir au nom de Dieu la mère infanticide, la communauté te soutient. Ne crains rien quand tu vas visiter le malade et qu’il te demande : « pourquoi moi ? » ; l’Esprit Saint t’inspire. Ne crains rien quand tu t’engages au nom de l’Évangile pour la cause de ceux que ta société juge, condamne, réprouve, parce qu’ils aiment une personne du même sexe qu’eux, parce qu’ils ont un mode de vie inhabituel, parce qu’ils apparaissent comme marginaux, la communauté les accueille avec toi. Ne crains rien quand tu tends la main dans le dialogue avec la religion qui attire toutes les critiques à cause d’idées générales sur une foi mal connue, un docteur organise la rencontre, tu n’est pas seul.

Ne crains rien quand tu enseignes sans certitude, d’autres ont écrit avant toi. Ne crains rien quand tes frères et soeurs te juge parce que tu as choisi de faire de ta vie un service pour l’Evangile et que malgré tout tu défends ton point de vue avec vigueur, tu as beaucoup de frères et de soeurs dans l’église et ils te connaissent. Ne crains rien quand on te reproche d’être une femme, d’être divorcée, d’être mariée à un non croyant, d’être maman avant le mariage et non pas après, d’être d’une famille catholique et même pas huguenote et d’aller quand même défiler sous les châtaigners au musée du désert, toute une église t’as accueillie. Combien de raisons d’avoir peur avons-nous tous quand nous nous engageons pour le royaume de Dieu !

Mais c’est parce que nous sommes ensemble dans ce service, que nous nous reconnaissons tous indignes, mais sauvés que nous pouvons oser nous lancer, sans nous laisser impressionner lorsqu’il faut aller à contre courant. Sans doute notre ministère de croyants, et je dis à dessein de croyants et non pas de chrétiens, est-il, de croire et d’aider les autres à croire que, dans les moments où il faut avoir du courage pour traverser l’adversité, nous ne sommes pas seuls. Nous avons avec nous, pour nous, un bon berger qui veille, qui nous guide, qui nous enseigne, qui nous protège et nous soutient. Et cela, c’est le même ministère pour tous les croyants, qu’ils soient pasteurs, docteurs, diacres ou anciens d’église.

Nous sommes appelés, à croire ensemble qu’une parole qui relève peut être propagée dans ce monde. La vocation des serviteurs du royaume de Dieu, fait peur, parce qu’elle nous engage et qu’elle engage notre vie dans ce qu’elle a de plus profond. Mais cette vocation est celle qui suscite la crainte autant qu’elle la dépasse. C’est le paradoxe de la vocation : Être appelé, et du même coup suscité, dans une fonction pour laquelle on n’avait, au départ, aucune aptitude particulière et se découvrir capable de faire des choses qui excèdent nos capacités propres, à condition de pouvoir compter les uns sur les autres. La parole de Dieu nous suscite, et quand l’adversité nous abat, elle est capable de nous ressusciter. La peur est sans doute le fléau le plus terrible dont nous devions être sauvés, au niveau d’une société, comme au niveau individuel, mais la peur est fille de la solitude.

Elle nous empêche de vivre en paix les uns avec les autres, de nous entraider, d’échanger sur nos idées, nos convictions, de nous respecter, d’être curieux, de changer de comportement. Quand Jésus dit: celui qui perdra sa vie la gagnera, il renverse la peur, mais en même temps il promet d’être avec nous jusqu’à la fin des temps. J’émets le voeu que notre ministère commun se déroule sous le signe de la foi, pas celle des « bondieuseries » qui recouvrent nos peurs sous une couche de superstition, mais la foi en Dieu et en notre prochain, celle qui nous rendra audacieux, pour aller témoigner et dire à ceux qui en ont besoin : ne crains rien car je suis avec toi.

Et pour commencer tout de suite, je vous invite à la méditation de ce poème contre la peur, appris et répété d’âge en âge: Le Seigneur est mon berger Je ne manquerai de rien il me fait reposer sur des prés d’herbe fraîche il me conduit près des eaux paisibles il restaure ma vie il me conduit sur les sentiers de la justice à cause de son nom même si je marche dans la vallée de l’ombre de la mort je ne crains aucun mal, ta houlette et ton bâton, voilà mon réconfort tu dresses devant moi une table face à mes adversaires tu oins d’huile ma tête et ma coupe déborde. Le bonheur et la fidélité m’accompagnent chaque jour Et je reviendrai à la maison de mon Père pour la longueur des jours.

Amen

Lecture de la Bible

Ésaïe 41:10
N'aie pas peur, car je suis avec toi ; ne jette pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu ; je te rends fort, je viens à ton secours, je te soutiens de ma main droite victorieuse.

Audio

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