Passeurs d'espérance

Esaie 9:1-6 , Psaume 25:8-14 , Jérémie 33:12-17

Culte du 1 décembre 2019
Prédication de Agnès Adeline-Schaeffer

Vidéo de la partie centrale du culte

Amis, sœurs et frères,

Sur la table de communion, une couronne,  composée de quelques branches de sapin et de quatre bougies, est posée. Une bougie sur quatre est allumée.
Dans nos recueils de cantiques, un nouveau feuillet liturgique, intitulé « temps de l’Avent et de Noël », a été glissé.
Et bien sûr,  trois lectures bibliques : quelques versets chez deux prophètes, Ésaïe et Jérémie,  et quelques versets extraits du psaume 25. Ces petits signes, dans une grande sobriété,  nous invite au changement, et c’est ainsi que nous entrons dans ce temps de l’Avent, qui veut dire « attente ». Être attentif à ce qui va advenir.
Au fait, pourquoi avons-nous ces temps liturgiques ? C’est l’Église, qui, en excellente pédagogue, a instauré petit à petit les temps liturgiques, tels que nous les connaissons et tels que nous les pratiquons, avec des nuances, dans nos églises locales. Nous n’y sommes pas obligés. On peut être pour,  on peut être contre, chacun se positionnera comme il pense, ou comme il croit. C’est la joyeuse liberté des enfants de Dieu. Ici,  nous avons choisi de suivre ces temps liturgiques, pour nous aider dans le cheminement de notre foi, et nous aider à nous positionner comme témoins, dans notre monde actuel. Parce qu’il faut se préparer à ce que nous annonçons. Et peut-être changer de regard sur ce que nous croyons. Avec le temps de l’Avent, nous inaugurons en quelque sorte,  le temps des renversements, qui est le temps de l’incarnation, et qui va de la crèche à la croix.

L’événement de Noël auquel nous nous préparons, est celui de l’inattendu de Dieu. Il ne s’agit plus de monter vers Dieu, parce que le voilà qui arrive lui-même, au cœur de nos existences. Et que cette irruption se fera de la façon la plus humainement normale, que l’on découvrira dans quelques temps : voici le signe qui vous le fera reconnaître : vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une mangeoire. Voilà ce renversement, celui qui bouscule nos idées préconçues, ou entretenues sur Dieu. Il n’est plus à trouver au ciel, mais il vient, se faire petit, fragile, dépendant, comme un enfant. Comme n’importe quel enfant à travers le monde, comme n’importe quel enfant qui a rejoint un jour nos propres familles, qu’il soit le nôtre, ou celui d’un proche, qu’il soit conçu, avec les différentes méthodes accessibles aujourd’hui, ou qu’il soit adopté. Et pour nous relayer cette information, il y a des témoins qui nous livrent les codes, pour faire le lien entre l’homme et Dieu, entre le ciel et la terre, et ce depuis le temps des Prophètes, pour arriver aux Évangiles, qui feront le lien entre le Dieu tout puissant, et sa présence en  Jésus de Nazareth, reconnu comme le Christ, le Messie annoncé par les prophètes. Ce Dieu que Jésus incarne, ce Dieu auquel Jésus veut nous rendre proche, est cette « conviction joyeuse, passionnée, combative aussi, que rien, aucun échec, aucun drame, ni même aucune mort, ne saurait tout réduire à néant » (Raphaël Picon, un Dieu insoumis, page 68).
Jacques Brel, auteur-compositeur-interprète contemporain,  écrivait : «  Il y a deux sortes de temps : il y a le temps qui attend, et le temps qui espère ». Le temps de l’Avent  conjugue les deux. L’attente et l’espérance.  C’est quoi, espérer, sinon de voir plus loin que le visible immédiat ? Espérer, c’est lever son regard un cran plus haut, pour scruter l’horizon, pour  voir s’il n’y aurait pas une lumière qui nous rassurerait et qui pourrait nous guider, une lumière comme celle prophétisée par Ésaïe, qui annonce la paix. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres, a vu une grande lumière ; sur ceux qui vivaient dans l’ombre de la mort, une lumière a resplendi. (Es9/1). Même si cette vision d’Ésaïe commence par l’oppression, la tyrannie, la douleur collective, symbolisées par la nuit, c’est bien dans cette même nuit que le peuple marche et que d’une certaine façon il progresse ; nous pouvons avoir une idée,  ce que représente l’arrivée de la paix, comme une irruption de bien-être et de bonheur, concrétisée dans la prophétie d’Ésaïe par la naissance d’un enfant : « un enfant nous est né, un fils nous a été donné ». Bien sûr le contexte historique du livre d’Ésaïe, n’est pas le même que le nôtre, mais l’histoire de l’humanité se répète de génération en génération. Chaque époque a connu des situations extrêmes qui ont fini par être renversées et notre vingtième siècle en est sans aucun doute, un témoin particulièrement douloureux et ensanglanté. et en début de vingt et unième siècle, se rajoutent d’autres menaces qui pèsent, tant sur le plan écologique que sur les risques de totalitarisme, sans oublier la pauvreté grandissante.

L’Avent, c’est donc le temps de l’attente conjuguée avec l’espérance,  mais aussi le temps de la conversion, un appel au changement. Gandhi écrivait : « Commence par changer en toi, ce que tu veux changer autour de toi ».
Une femme laïque et théologienne,  de l’Église catholique, Marguerite Hoppenot, qui est à l’origine du mouvement « Sève », et qui, en son temps, avait rencontré le pasteur Marc Boegner, écrivait ceci : « Si tu veux que les choses changent, change d’abord ton regard sur les choses, et les choses changeront ».

C’est bien une conversion que nous devons opérer. Oser un changement de regard, mais aussi oser un changement de direction de tout notre être. Non pas après l’épreuve soit passée,  mais ce changement est à opérer, quand on est au cœur même de l’épreuve, de l’angoisse, de la peur. C’est ce que nous indique  le psaume 25, dans lequel il y a l’appel des pécheurs à être délivrés par Dieu, ou  encore  cet extrait du livre de Jérémie, qui annonce une sorte de bonheur, après la chute de Jérusalem, l’annonce de la naissance d’un vrai descendant de David qui fera appliquer le droit, en rendant la justice.
C'est depuis sa détresse que le psalmiste crie et prie, c'est depuis la ruine de Jérusalem que Jérémie prophétise. 
Alors bien sûr, si on s’en tient strictement à l’histoire antique d’Israël, nous savons  que les prophètes ne  et Jérémie semble s’être trompé ! le roi Sédécias, installé par les Babyloniens ne régnera que dix petites années…. Il trahira ses engagements, et il sera la cause de la ruine définitive du pays, au point que plus jamais aucun descendant de David ne siègera « sur le trône de la maison d'Israël ». Pourtant, par-delà l'échec historique à court terme de cette prophétie, c'est de bien autre chose qu'il s'agit. Il s'agit de nous tous. Le monde ne cesse d’être en gestation.
Actuellement dans notre monde, il y a de nombreux lieux en ruines. La société, l’éducation, la planète, et notre christianisme occidental, toutes confessions confondues.  Mais les textes de la Bible d’aujourd’hui portent une promesse : celle de la réunification entre tout ce qui est éclaté, divisé aujourd'hui.  Il ne s’agit pas d’un rassemblement plus ou moins consensuel,  comme disent d'autres prophéties, mais il s’agit bien d’une unité.  Souvent, on n’aime pas beaucoup ce mot d’unité, parce qu’on y voit une uniformité, une conformité, une ressemblance.  Et pourtant c’est ce vers quoi nous devons tendre, l’unité dans tous les domaines de la vie du monde.
Est-ce un rêve ? Une utopie ?  Comment est ce formulé dans le livre de Jérémie ?
Au verset 13, il est écrit : « Le petit bétail passera encore, à nouveau,  sous la main de celui qui le compte. »
Nous pouvons y  entendre, personnellement et communautairement,  deux promesses : la première,  c’est que nous ne sommes pas seuls, que Dieu est fidèle, qu’il est et qu’il restera encore et toujours le berger qui s’occupe de son troupeau. Cette image peut sembler  archaïque aux oreilles de certains, et pourtant, la Bible ne nous offre pas d’autre parole que celle-ci. La seconde promesse, c’est que,  de génération en génération, malgré les guerres et l’acharnement des uns pour exterminer les autres en tout genre et au nom de n’importe quelle idéologie, il y a aura toujours ce troupeau. Nous sommes aujourd’hui, ce troupeau, ce petit bétail,  que sa main conduit. La vraie parole de bonheur, comme nous dit Jérémie ce matin, c’est d’abord la rencontre avec le Dieu de la vie, ici et maintenant.  Ce que la Bible nous annonce, à nous qui vivons et mourons dans un monde qui meurt aussi,  c'est que Dieu s'offre à nous  il nous offre son compagnonnage, sa présence, son attention, il nous accueille malgré nos tâtonnements, nos erreurs d’aiguillage,  et nos impasses.

Le temps de l’Avent, c’est donc ce temps de l’attente et l’espérance, marquée par cette conversion du cœur : ce Oui de Dieu à notre humanité, même en lambeaux, même injuste, même violent et effroyable.
Ce Oui de Dieu sans condition, pour nous tous, est pour le moment, symboliquement, aussi discret que la flamme de cette petite bougie, mais qui prétend éclairer au-delà de ce que nous sommes,  au-delà de ce que nous  voyons, au-delà même,  de ce que nous vivons.

Amen.

Lecture de la Bible

Esaïe 9/1-6

1 Le peuple qui marche dans les ténèbres Voit une grande lumière ;
Sur ceux qui habitent le pays de l'ombre de la mort

Une lumière resplendit.

2 Tu rends la nation nombreuse, Tu lui dispenses la joie.

Elle se réjouit devant toi de la joie des moissons,
Comme on pousse des cris d'allégresse au partage du butin.

3 Car le joug qui pesait sur elle, Le bâton qui frappait son dos,
La massue de celui qui l'opprime,
Tu les brises comme à la journée de Madian.

4 Car toute chaussure qu'on porte dans la mêlée, Et tout manteau roulé dans le sang

Seront livrés aux flammes,
Pour être dévorés par le feu.

5 Car un enfant nous est né, Un fils nous est donné,
Et la souveraineté (reposera) sur son épaule ;
On l'appellera Admirable,
Conseiller, Dieu puissant,
Père éternel, Prince de la paix.

6 Renforcer la souveraineté
Et donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume,
L'affermir et le soutenir par le droit et par la justice

Dès maintenant et à toujours ;
Voilà ce que fera le zèle de l'Éternel des armées.


Psaume 25/8-14

8 L'Éternel est bon et droit : C'est pourquoi il montre aux pécheurs le chemin.

9 Il fait cheminer les humbles dans la justice, Il enseigne aux humbles son chemin.

10 Tous les sentiers de l'Éternel sont bienveillance et fidélité, Pour ceux qui gardent son alliance et ses préceptes.

11 C'est à cause de ton nom, Éternel ! Que tu pardonneras ma faute, car elle est grave.

12 Quel est l'homme qui craint l'Éternel ? L'Éternel lui montre le chemin qu'il doit choisir.

13 Son âme reposera dans le bonheur, Et sa descendance possédera le pays.

14 La pensée secrète de l'Éternel est pour ceux qui le craignent,
Et (cela) pour leur faire connaître son alliance.


Jérémie 33/12-17

12 Ainsi parle l'Éternel des armées : Il y aura encore dans ce lieu en ruines,
Sans hommes ni bêtes,
Et dans toutes ses villes,
Il y aura des enclos pour les bergers

Qui feront gîter leurs troupeaux.

13 Dans les villes de la montagne, Dans les villes de la Chephéla

Dans les villes du Négueb,
Dans le pays de Benjamin

Et aux environs de Jérusalem,
Et dans les villes de Juda ;
Le petit bétail passera encore

Sous la main de celui qui le compte,
Dit l'Éternel.

14 Voici que les jours viennent, — Oracle de l'Éternel —,
Où j'accomplirai la parole de bonheur

Que j'ai dite sur la maison d'Israël

Et sur la maison de Juda.

15 En ces jours-là, en ce temps-là, Je ferai germer à David un germe de justice ;
Il pratiquera le droit et la justice dans le pays.

16 En ces jours-là, Juda sera sauvé, Jérusalem aura la sécurité dans sa demeure ;
Et voici comment on l'appellera :
L'Éternel notre justice.

17 Car ainsi parle l'Éternel :
David ne manquera jamais d'un successeur

Assis sur le trône de la maison d'Israël ;

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