Méditation 2: Le royame des cieux

Apocalypse 21:1-27

Culte du 27 octobre 2019
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Vidéo de la partie centrale du culte

Le royaume des cieux:   

    On prête à Jésus beaucoup de paraboles qui nous parlent du royaume des cieux. Ces paraboles ont souvent des accents apocalyptiques et évoquent l’accomplissement de la parole de Dieu dans un temps attendu mais inconnu. Personne ne sait ni le jour, ni l’heure de la venue du royaume des cieux. On dit même dans les Évangiles, que le royaume viendra comme un voleur : de nuit. Cette attente où se mêlent espoir et inquiétude, est significative d’une époque de grande fragilité pour ses auteurs. 

    Avant l’époque de Jésus et de ses apôtres, le royaume de David avait été laissé aux Hasmonéens, descendants des Maccabées qui avaient combattu contre le roi séleucide Antiochus IV Epiphane. Ce n’était donc plus la descendance de David qui régnait à Jérusalem, mais la dynastie des Hérodiens, contrôlée par les romains et illégitimes aux yeux des juifs eux-mêmes. 

Au temple, les Hasmonéens s’étaient institués grands prêtres et la religion elle-même était aux mains d’usurpateurs. 

    C’est à cette époque que l’historien juif Flavius Joseph  situe l’apparition des trois grandes sectes qui morcelèrent le judaïsme dans lequel vivra Jésus. Les Pharisiens, Les sadducéens et les Esséniens se partageaient donc les consciences d’une population déboussolée et en recherche d’unité. 

Les apocalypses : 

    Dès lors, on comprend mieux comment la littérature apocalyptique se développa dans un contexte où l’attente d’un règne nouveau devenait l’espérance de tout un peuple. Il fallait que quelque chose de nouveau arrive. 

    Hérode le grand, en grand bâtisseur, construisit un palais qu’il dédia à l’empereur Antoine, et un temple qu’il dédicaça à l’empereur romain. Pour les fidèles juifs, le parallèle avec les prophéties d’Esaïe n’était pas difficile à faire. Jérusalem devenait un lieu de syncrétisme et n’avait plus rien à voir avec la cité sainte où Dieu voulait établir sa demeure. Il fallait qu’un sauveur paraisse et redonne son statut de cité sainte à Jérusalem. 

    Dans la littérature juive, les textes apocalyptiques sont nombreux et présentent souvent une relecture de la Torah qui cherche à redonner un sens à l’histoire du salut. Ces textes interrogent le présent grâce aux textes anciens dans une concentration du temps. L’histoire linéaire n’a plus d’importance, tous les temps s’y confondent grâce à un point de vue pris hors du temps, souvent dans les cieux, dans une expérience mystique qu’on appelle parfois « ascension". Il existe ainsi une Apocalypse d’Abraham, ou une Apocalypse d’Élie, ou encore une autre de Baruch, il existe même une révélation de la vie d’Adam et Ève faite à Moïse par e biais d’un songe. 

    Le ciel, ici, sert à prendre un point de vue surplombant, à mi-chemin entre Dieu et les hommes, et permet de prendre le recul nécessaire sur les soubresauts de l’histoire du peuple de Dieu. 

    Les Apocalypses ne sont donc pas des inventions extravagantes et sans fondements, elles disent l’espérance d’une communauté et modèlent son attente. En anticipant la fin des temps, les écrits apocalyptiques donnent forme à une foi de l’entre-deux, dans laquelle Dieu est déjà à l’oeuvre, mais où sa promesse n’est pas encore accomplie. Dans l’attente de la réalisation de la justice de Dieu, les croyants puisent l’espérance 

que leur situation présente, aussi précaire et difficile soit-elle, trouvera sa récompense. 

Dans le Nouveau Testament

    Sans doute Jésus a-t-il prophétisé sur le royaume des cieux durant tout son ministère public. On en a de nombreux exemples dans les Évangiles. Les paraboles du royaumes sont toutes tournées vers cet accomplissement de la justice de Dieu. Créant une expérience mentale chez l’auditeur, ces paraboles procèdent par analogie pour faire comprendre à quoi est semblable le royaume des cieux, sans jamais pourtant définir en quoi consiste réellement cette justice divine, ce nouveau règne. 

    Mais on peut aussi citer les béatitudes de l’Évangile de Matthieu qui promettent un bonheur à venir à ceux qui font la volonté de Dieu et en payent le prix par les persécutions qu’ils vivent. Il faut aussi citer les malédictions prononcées par Jésus sur ceux qui ne font pas la volonté de Dieu. C’est aussi une façon de dire, a contrario, ce qu’est le règne de Dieu et qui entrera dans le royaume des cieux. 

    Tous ces exemples se déploient dans un contexte difficile pour la foi des disciples de Jésus. Ces textes, écrits après la mort du Messie, sont marqués par le désir d’affirmer, contre la réalité, une espérance dans une vérité à venir. 

    Oui, le Messie est mort, oui, il a été crucifié, mais ce n’est pas pour autant une défaite ni un discrédit. Dieu prépare le retour du Christ et toute la révélation des oeuvres de Dieu est en gestation. 

    Par bien des côtés, la résurrection, elle aussi est une lecture apocalyptique de la réalité. Jésus, même mort, est toujours source d’espérance et c’est en cela qu’il continue à être le sauveur. Les figures de l’Esprit Saint ou du Verbe Divin, le Logos, sont des figures qui marquent ce temps d’attente et d’accomplissement, des remplaçants célestes du Jésus historique. Il faut dire que la période qui suit la mort du Christ est extrêmement troublée pour les disciples de Jésus. Titus détruit le temple de Jérusalem, les disciples de Jésus sont exclus des synagogues, et deux vagues de persécutions romaines à leur encontre sont menées par Néron, puis par Domitien. Où les chrétiens pourraient-ils espérer vivre en sécurité si ce n’est dans le royaume que Dieu leur prépare dans les cieux ? 

   

Le royaume lointain : 

    L’Apocalypse que le Nouveau Testament a gardé comme livre canonique est celle d’un auteur de la diaspora juive. Un certain Yohanan, réfugié sur l’île de Patmos, fuyant la persécution des chrétiens par Domitien. Dans sa vision, Yohanan voit le temps de l’histoire disparaître au profit du kairos, ce temps de l’évènement, où la parole de Dieu s’accomplit. 

    La révélation que raconte l’Apocalypse de Jean est celle de Jésus Christ qui devient lui-même évènement. 

    Reprenant les images des Apocalypses juives, comme par exemple le Fils de l’homme du livre de Daniel, Yohanan dévoile un combat du bien et du le mal et relit l’histoire du peuple de Dieu à travers ses tribulations. 

    Utilisant les symboles liés au temple et à la liturgie juive, ce Juif converti à Jésus garde toute la tradition de son peuple sans rien renier de la foi des Pères. Il affirme sa foi en celui qui peut seul faire du nouveau : l’agneau de Dieu, celui qu’on a sacrifié à cause du péché de tous et pour le pardon de tous. 

    Yohanan est loin de Jérusalem, et dans son exil, il rêve d’une cité idéale, prenant la place des ruines de la cité sainte. Chaque élément de la cité céleste évoque le culte à Jérusalem. Loin d’être un délire esthétique, la cité décrite dans l’Apocalypse est un hymne à une foi restée intacte dans le coeur de ce croyant, malgré l’oppression et la fuite. 

   

La cité céleste :

   

    Que l'espérance de Yohanan prenne la forme d’une cité n’est pas une évidence. Pour les Israélites, dans la tradition scripturaire, la ville est le lieu où l’orgueil des hommes se manifeste le mieux. Il y a même des villes maudites. Babylone ou Rome sont présentées comme les grandes prostituées dans lesquelles tout s’achète et se vend, et où le mélange est partout. Dans les villes édifiées souvent par des empereurs ou des rois mégalomanes, la place de Dieu est restreinte. Au mieux enfermé dans un temple, au pire mis en concurrence avec une multitude d’autres dieux, Le Dieu d’Israël n’a été que très rarement respecté comme l’auraient voulu ses fidèles, dans les villes de Judée et particulièrement à Jérusalem. Même au temps du roi Salomon, des temples pour les dieux étrangers y ont été érigés, reléguant le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob à une place parmi tant d’autres. 

    La cité céleste de l’Apocalypse est un tabernacle aux dimensions extraordinaires. Et ce tabernacle signifie que Dieu n’est pas enfermé dans le Saint des Saints, à part des humains, dans une salle du temple, mais qu’il habite la cité avec eux. Il y est partout chez lui. 

    Dans ce ciel nouveau et cette terre nouvelle, où l’abime, et donc la mer, n’existe plus, car la mer, pour les hébreux, est le lieu de toutes les menaces et aussi peut-être le lieu d’arrivée des envahisseurs ; la cité céleste descend du ciel, comme un don de Dieu, comme une nouvelle alliance avec les hommes : 

« Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront son peuple et lui, le Dieu avec eux, sera leur Dieu. » (Ap 21, 3)

    Par cette cité, le ciel rejoint la terre et Dieu habite avec les hommes, comme promis dans le prophète Esaïe : la jeune fille est enceinte, elle mettra au monde un fils et l’appellera du nom d’Immanou-El ( Dieu est avec nous). (Es 7, 14)

    Loin de se compromettre en habitant dans la ville, Dieu offre une ville pure comme du cristal, exempte de toute souillure. Il divinise l’espace urbain par sa présence. 

    Les fondations de la Jérusalem céleste, sont faites des douze pierres semi précieuses du pectoral du prêtre du temple de Jérusalem, chacune représentant une tribu d’Israël. Ainsi, la cité fondée sur les douze tribus peut accueillir les nations du monde entier pour qu’elles s’éclairent à la lumière du Christ, celui qui rend proches la terre et le ciel, celui qui unifie le divin et l’humain. Dans la cité céleste, l’homme rendu juste vit selon Dieu et Dieu rendu proche, vit avec l’homme. Chaque homme peut devenir prêtre et rendre gloire à Dieu par sa vie. 

    Voilà l’accomplissement que révèle cette cité.


L’espérance d’une cité céleste : 

   

    Ce monde idéal pourrait paraître dérisoire. Qui pourrait croire qu’une telle cité existe un jour ? Doit-on même espérer une telle vie ? 

    Dans la cité idéale, aucun mal ne se fait, ce qui est très agréable à imaginer. Les méchants sont exclus, il ne reste que le bon, le mauvais est anéanti. 

    Une telle vision s’adresse à ceux qui se croient du coté du bien. De plus, l’Apocalypse se termine sur la vision d’un nouveau paradis avec un arbre de la connaissance du bien et du mal en libre service. Ceci permet à l’homme de choisir facilement de bien agir. Le bien devient accessible à tous. 

    Alors quelle espérance représente le royaume des cieux pour celui qui croit ? 

Le royaume des cieux toujours devant soi :

    Maître Eckart, philosophe et théologien du Moyen Âge, écrit dans ses Entretiens spirituels : « Tout ce que l’on ose espérer découvrir en Dieu, on l’y trouve réellement, et mille fois plus. » Ainsi pour Maître Eckart, la confiance en Dieu ne peut jamais être déçue. Tout est contenu en lui et la confiance peut-être source d’un vrai savoir exempte de doute. 

    Pourtant, comment garder espoir quand tout semble s’effondrer autour de soi ? Comment avoir le courage d’attendre le royaume là où règne la violence, l’oppression, l’injustice, la souffrance et la mort ? 

   

    Comme une source inépuisable d’images consolatrices, la foi en un royaume des cieux est peut-être la confiance  dans le fait qu’il existe une justice quelque part. 

    Inaccessible, sauf à de rares exceptions, cette justice, cette vérité sur le monde, ce jugement juste sont un réconfort qui permet de continuer à tendre vers le bien. Car après tout, si « Dieu fait pleuvoir sur le bons comme sur les méchants », à quoi bon chercher à vivre une vie meilleure, à construire un monde meilleur ? Il serait plus facile de le laisser faire. 

    Le royaume des cieux advient dans notre monde profane quand ce qui est juste et bon se révèle. Quand les efforts pour son prochain se révèlent fructueux, quand le combat pour la justice réussit, quand la vérité émerge au milieu du mensonge, quand l’amour du prochain vient à bout de la haine. 

    Le royaume des cieux, se révèle quand le ciel touche la terre et que la lumière se fait sur la noirceur de nos compromissions. Quand l’homme est heureux, quand le malheur est écarté. Et, au vu de la condition humaine, c’est une vraie nouveauté. Le prophète Esaïe l’annonçait déjà : « Car je crée un ciel nouveau et une terre nouvelle ; on ne se souviendra plus du passé, il ne viendra plus au coeur. Egayez-vous plutôt et soyez pour toujours dans l’allégresse à cause de ce que je crée ; car je crée Jérusalem pour l’allégresse et son peuple pour la gaieté ; on n’y entendra plus de pleurs ni de cris. Il n’y aura plus là de nourrisson vivant quelques jours seulement, ni de vieillard qui n’accomplisse pas ses jours ; car le plus jeune mourra à cent ans. » (Es 65, 17-20)

    C’est impossible, me direz-vous, nous ne pourrons jamais arrêter le mal inhérent à notre condition. Sans doute la raison nous le dit. Mais la foi nous offre un horizon et libère notre action du désespoir en nous permettant d’agir pour ces bribes de royaume qui se révèlent parfois. Chacun, dans le lieu où il agit, peut espérer voir advenir un morceau de ciel au milieu du monde ancien. Sans l’espérance, que serait notre vie ? 

   

    Le royaume des cieux existe, pas comme un endroit précis, mais comme un instant où nos vies révèlent le divin.  L’Apocalypse nous dit qu’il est Dieu avec nous. Dans nos actions profanes, du divin s’est glissé par la foi. Laissons-le agir avec nous. 

Amen

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

                   

   

       

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

     

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

     

   

   

   

                                                                    

                       

   

   

   

   

   

                   

                   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

Lecture de la Bible

Apocalypse 21/1-27

1 Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus.

2 Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, prête comme une épouse qui s'est parée pour son époux.
3 J'entendis du trône une forte voix qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux.

4 Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.

5 Celui qui était assis sur le trône dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il dit : Écris, car ces paroles sont certaines et vraies.
6 Il me dit : C'est fait ! Je suis l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin. A celui qui a soif, je donnerai de la source de l'eau de la vie, gratuitement.
7 Tel sera l'héritage du vainqueur ; je serai son Dieu, et il sera mon fils.
8 Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les débauchés, les magiciens, les idolâtres et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang brûlant de feu et de soufre : cela, c'est la seconde mort.
9 Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes remplies des sept dernières plaies vint et me parla, en disant : Viens, je te montrerai l'épouse, la femme de l'Agneau.
10 Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne. Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu.

11 Elle avait la gloire de Dieu ; son éclat était semblable à celui d'une pierre très précieuse, d'une pierre de jaspe transparente comme du cristal.
12 Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges. Des noms y étaient inscrits, ceux des douze tribus des fils d'Israël :
13 à l'orient trois portes, au nord trois portes, au midi trois portes et à l'occident trois portes.
14 La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l'Agneau.
15 Celui qui me parlait avait pour mesure un roseau d'or, afin de mesurer la ville, ses portes et sa muraille.
16 La ville avait la forme d'un carré, sa longueur était égale à sa largeur. Il mesura la ville avec le roseau : 12 000 stades ; la longueur, la largeur et la hauteur en étaient égales.
17 Il mesura la muraille : 144 coudées, mesure d'homme qui était celle de l'ange.
18 La muraille était construite en jaspe, et la ville était d'or pur, semblable à du verre pur.
19 Les fondements de la muraille de la ville étaient ornés de pierres précieuses de toute espèce : le premier fondement était de jaspe, le deuxième de saphir, le troisième de chalcédoine, le quatrième d'émeraude,
20 le cinquième de sardonyx, le sixième de sardoine, le septième de chrysolithe, le huitième de béryl, le neuvième de topaze, le dixième de chrysoprase, le onzième d'hyacinthe, le douzième d'améthyste.
21 Les douze portes étaient douze perles ; chacune des portes était d'une seule perle. La place de la ville était d'or pur, comme du verre transparent.
22 Je n'y vis pas de temple, car le Seigneur Dieu Tout-Puissant est son temple, ainsi que l'Agneau.
23 La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour y briller, car la gloire de Dieu l'éclaire, et l'Agneau est son flambeau.
24 Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire.

25 Ses portes ne se fermeront point pendant le jour, car là il n'y aura pas de nuit.
26 On y apportera la gloire et l'honneur des nations.
27 Il n'y entrera rien de souillé, ni personne qui se livre à l'abomination et au mensonge, mais ceux-là seuls qui sont inscrits dans le livre de vie de l'Agneau.

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