L'Esprit du Dieu polyglotte

Actes 2:1-13

Culte du 31 mai 2020
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Video du culte entier

Culte de Pentecôte

Dimanche 31 mai 2020

Jour 21 du dé-confinement progressif
Temple ouvert à un public restreint selon les consignes sanitaires en vigueur


Liturgie par le Pasteur Agnès Adeline-Schaeffer
Prédication par le Pasteur Béatrice Cléro-Mazire
Musique par Sarah Kim, organiste titulaire 

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Musique

Salutation 

En ce jour de Pentecôte,
La grâce et la paix vous sont données de la part de Dieu, notre Père,
De Jésus-Christ, son fils, notre frère,
Et de l’Esprit-Saint, notre joie et notre espérance !

Accueil

Bienvenue pour ce culte ! Nous sommes heureuses de vous retrouver à l’Oratoire du Louvre. Nous saluons celles et ceux qui nous regardent de leur domicile, en France ou l’étranger.  Nous reprenons prudemment les cultes, et aujourd’hui, les conditions d’accueil sont encore particulières, pré-inscriptions, distances…masques…gel….feuille de chants.
Néanmoins,  le temps du confinement touche à sa fin, et nous allons reprendre progressivement nos activités, en tout cas, les cultes, pendant le mois de juin.  Il nous faut encore de la patience.  Beaucoup de changement…. Mais toujours le même esprit….. Chacun a sa place, et il y a une place pour chacun !

 
Louange
Louons Dieu :
 
Éternel, c’est de toi que vient toute vie.
Tu es présent dans chaque créature.
Tu es caché et présent comme la vie au fond de chaque être.
Éternel,  si tu te retires, nous périssons !
Si tu retires ton Esprit, nous ne sommes plus que des cymbales retentissantes et des coques vides !
Si tu te retires, notre vie n’est plus qu’une somme de devoirs, et ça, ce n’est plus vivre !
Mais si tu renouvelles ton amour, nous pouvons aimer à nouveau !
Si tu envoies ton Esprit, nous pouvons te reconnaître en tous nos frères et nos sœurs !
Si , par le Christ, tu es vivant en nous, nous sommes vivants en toi !
Que l’Éternel se réjouisse de ses œuvres !
Je me réjouirai dans le Seigneur !

Chant
Dans le recueil Louange et Prière, nous vous invitons à poursuivre notre louange par le chant du Cantique 163, "Viens ô Créateur", strophes 1, 2 et 3

1 - Viens, ô Créateur de nos âmes,
Esprit saint, Dieu de vérité ;
Remplis nos cœurs des pures flammes
De ton ardente charité ;
Du Très-Haut présent ineffable,
O toi, Consolateur divin,
O foyer, source inépuisable
D'un amour, d'un bonheur sans fin.

2 - Verse en nos esprits tes lumières
Verse ton amour das nos cœurs,
Prête l'oreille à nos prières
Et comble nous de tes faveurs.

O toi qui sais notre faiblesse
Et que, seuls, nous ne pouvons rien,
Viens et, dans le mal qui nous presse,
Sois constamment notre soutien.

3 - Don de Dieu, promesse du Père,
Source de tout bien précieux,
Toi qui fais parler à la terre
La sublime langue des cieux
Saint amour, embrasse nos âmes,
Éclaire-nous, pure splendeur ;
Que la chair infirme en tes flammes
Puise une constante vigueur.

Volonté de Dieu
Écoutons maintenant ce que Dieu veut pour nous aujourd’hui et pour les jours qui viennent :

Ce que Dieu veut, c’est que nous vivions !
Il met devant chacun de nous le bien et le mal. Il nous demande de choisir l’amour, la joie, la patience, la bonté, la douceur, la paix, la bienveillance, la fidélité et la maîtrise de soi. 
Ce sont les fruits de l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu.
Si nous avons envie de vivre ainsi, nous avons, nous aussi, l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu.  Nous nous rappelons ce que Jésus a enseigné. Et ce qu’il a enseigné se résume de cette manière : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le premier et le grand commandement. Et voici celui qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Confession du péché
Prions :

Nous sommes à bout de souffle, Seigneur,
Mais tu nous viens, tout entier,
De toute ta force, de toute ta ferveur,
De tout ton souffle brûlant…

Aide-nous à déchiffrer ta trace incandescente
Sur le visage de l’étranger ou de l’étrangère !
Dis-nous comme accueillir autrui dans sa vérité,
Dans sa langue et son langage,
Dans ses ténèbres ou sa foi,
L’accueillir au cœur de ta silencieuse présence !

Apprends-nous comment laisser brûler
Ce feu du dedans qui nous vient d’en haut
A chaque Pentecôte de nos vies,
Comment laisser éclore cette tendresse des entrailles
Qui pousse aux gestes les plus fous,
Aux intercessions les plus audacieuses !

Dans l’étroitesse de nos demeures,
Entre nos barricades les plus sacrées,
Fais éclater ta Pentecôte, qu’elle nous donne un second souffle !
Viens toi-même, intercéder en nous pour les êtres qui souffrent …
Pour les êtres qui blessent et qui détruisent…
Pour les êtres dont l’humanité est en danger…

O Dieu, donne Souffle à notre prière !
(Lytta Basset, Traces vives).

Annonce du pardon

L’Éternel Dieu vit en nous.
Que son Esprit nous anime ! 
Sa force transforme  notre faiblesse,
Sa miséricorde  nous relève de notre misère,
Sa vérité  confond nos mensonges,
Sa liberté ouvre nos différentes prisons.
C'est pourquoi le dernier mot à notre sujet ne sera pas le nôtre, mais le sien,
Celui de son pardon et de son amour.
Il nous redit ce matin : « Ma grâce te suffit »

Chant spontané : Psaume 92, strophe 2
Combien grande est ta gloire, en tout ce que tu fais,
Et combien tes hauts faits sont dignes de mémoire !
Tes œuvres sans pareilles ont réjoui mon cœur,
Je veux chanter, Seigneur, tes divines merveilles !

Confession de foi
Nous avons choisi de partager avec vous  une des confessions de foi de la Fraternité des Remonstrants, aux Pays-Bas, qui se veut une Église dans laquelle on admet une diversité d’opinions. Pour cette Fraternité, les confessions de foi sont des « poteaux indicateurs » utiles pour le cheminement et la réflexion. A travers les siècles, cette Fraternité, autonome dans son fonctionnement, a été le foyer d’un protestantisme libéral, toujours en activité, qui n’hésite pas à reconsidérer les doctrines traditionnelles. Pour ce courant, la confession de foi permet « avec prudence et amour, d’indiquer une route ».
Voici celle en date de 2006 :

Voilà ce que nous pensons et croyons.
Notre paix ne réside pas dans la certitude de nos formulations mais dans l’émerveillement devant ce qui nous arrive et nous donné.

Notre destinée ne réside pas dans l’indifférence et l’avidité,  mais dans la vigilance et la solidarité à l’égard de tout ce qui vit.

L’accomplissement de notre existence ne vient pas de ce que nos sommes et de ce que nous possédons,  mais de ce qui dépasse infiniment nos capacités de compréhension.

Conduits par ces convictions, nous croyons en l’Esprit de Dieu.
Il surmonte ce qui divise les gens, il les attire vers ce qui est saint et bon,
Pour qu’ils louent et servent Dieu, en chantant et en faisant silence, en priant et en agissant.

Nous croyons en Jésus, un homme empli de l’Esprit.
Il est le visage de Dieu qui nous regarde et nous remue.
Il a aimé les êtres humains et il a été crucifié.
Mais il vit au-delà de sa propre mort et de notre mort.
Il est, pour nous, un exemple béni de sagesse et de courage.
Il rapproche de nous l’amour éternel de Dieu.

Nous croyons en Dieu, l’Éternel,
Il est amour insondable, le fondement de notre existence.
Il nous montre le chemin de la liberté et de la justice, et nous appelle à un avenir de paix.

Bien que faibles et vulnérables, nous nous croyons appelés, solidairement avec le Christ,
Et avec tous ceux qui croient, à former une Église qui soit signe d’espérance.

Car nous croyons dans l’avenir de Dieu et du monde,
La patience divine  nous offre du temps pour vivre, pour mourir
Et pour ressusciter dans le royaume qui est et qui vient.
Dieu y sera pour l’éternité tout en tous.
A Dieu soit la louange et l’honneur,
Dans le temps et l’éternité.
Amen.

Chant spontané : Louange et Prière, Cantique 69, strophe 1
Grand Dieu, nous te bénissons,
Nous célébrons tes louanges,
Éternel, nous t’exaltons,       
De concert avec les anges,
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !

Doxologie
« Gloire à Dieu dans les cieux et sur la terre, et d’éternité en éternité »

Prière d'illumination
Nous prions avant d’ouvrir les Écritures afin qu’elles soient pour nous parole de vie :

Dieu notre Père, nous te rendons grâce pour la vie et le temps qui s'écoule.
Maintiens en nous notre capacité d'émerveillement,
Accorde-nous de rester dans l'intensité de ton amour.
Envoie sur nous nous ton Esprit Saint afin que nous puissions être prêts à vivre dans une totale ouverture à ce que tu veux nous donner.
Amen.

Lecture de la Bible
Actes des Apôtres, chapitre 2, versets 1 à 13
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Prédication

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L’Esprit du Dieu Polyglotte
Actes 2, 1-13

Nous ne pouvons pas encore entendre toutes les langues du monde résonner dans les rues de notre capitale, comme les apôtres le jour de la Pentecôte à Jérusalem, mais nous sommes ensemble, pour entendre une même parole, chacun avec son esprit et sa foi.
        Dé-confinés de nos bulles sanitaires, nous sommes venus nous confiner ensemble dans un même lieu, et pour ceux qui ne sont pas au temple, dans un même temps, dans une même Parole.
        Et pourtant au sein même de la communauté que nous formons ici, chacun recevra l’esprit des mots proclamés, selon une modalité différente de celle de son voisin. Et peut-être que celui qui est ici sera plus en communion de pensée avec celui qui nous écoute au loin, en Australie ou au Québec qu’avec celui qui se trouve assis à quelques chaises de lui.

        Problème de langue ou problème d’esprit ?
        Le récit des Actes des Apôtres nous parle de cette chose fascinante qu’est la diversité des langues, mais aussi de l’unicité spirituelle qui en résulte pourtant.
La période de confinement nous a replacés devant cette question éternelle :
        Peut-on prétendre à comprendre l’autre ?

        Dans ce récit biblique, la rencontre de deux mouvements a lieu. Deux mouvements contraires qui soulèvent la question de la compréhension et de la communion entre les hommes.
        Le premier mouvement est celui de l’unicité de l’Esprit vers la diversité des apôtres.
        Le second mouvement est celui de la diversité des juifs pieux qui se trouvent à Jérusalem et qui accourent vers le bruit que produit l’Esprit. La structure même du récit pointe la difficulté théologique de l’affirmation d’un seul Dieu, d’un seul Esprit, reçu par une multitude. Comment faire église, alors que chacun est différent ? Comment former une communauté à partir de compréhensions différentes?

        Dans la maison où se trouvent les apôtres, un vent violent souffle et semble provoquer l’apparition de langues de feu. Elles se distribuent sur chacun des apôtres. Comme un mythe de Babel à l’envers, une langue est donnée à chacun dans le même Esprit. La cacophonie semble écartée, et chaque apôtre reçoit son lot de feu, symbole qu’on retrouve dans le livre d’Hénoch comme compréhension des choses du divin.
Est-ce le même message de Dieu pour chacun ? Est-ce que chacun l’énoncera selon sa propre compréhension ? Ou bien cette même langue distribuée à chacun est-elle le gage d’une même théologie, d’une même langue de Dieu pour chaque apôtre ?
En d’autres termes, est-ce un dogme que l’on est en train d’instituer ? Ou est-ce un possible qui est confié à chaque apôtre pour qu’il en fasse l’interprétation qu’il veut en faire et en témoigne avec ce qu’il est, ce qu’il vit, ce qu’il en comprend ?

        Le mythe d’une langue originelle qui aurait été perdue ou ruinée par les agissements des hommes et qu’il faudrait retrouver apparaît ici. Avant Babel, tout le monde parle la même langue : Noé, Caïn, Abel, Ève, Adam et même le serpent.
Dieu parle alors la langue unique et s’adresse à ses créatures sans entrave, la Parole est alors créatrice. Dieu nomme et cela existe. L’homme nomme les animaux, et ils existent. La Parole de Dieu donne l’identité aux vivants.

        Mais, déjà, les offrandes offertes à Dieu par Abel et Caïn provoqueront le meurtre en instituant la distinction et la compétition entre les deux frères devant le même Dieu. Déjà le nom d’Abel semble plus aimé que celui de Caïn aux yeux de Dieu, à cause des offrandes. Déjà la parole est supplantée par les preuves matérielles de l’amour et l’identité donnée est suspectée d’avoir une valeur différente aux yeux de Dieu.
Mais quand les hommes se mettent en tête de se faire un nom par eux-mêmes, sans Dieu, en utilisant la langue commune pour construire une tour en briques, la Parole court à sa perte. L’unicité de la langue, qui semble aux hommes être une force pour se construire par eux-mêmes une identité commune, se révèle être ce qui ruinera toute communication entre eux. C’est une dictature du même, que les hommes construisent.

        La dispersion des hommes dans la diversité et la multiplicité des langues apparaît comme remède au silence imposé par l’unicité de sens. Si les hommes bâtissent leur nom en œuvre monumentale et patrimoniale, où est la place de la Parole échangée, du dialogue, de la discussion, de la raison, du logos ? Tout est alors figé en dur. 
        Alors est-ce cet Esprit monolithique que reçoivent les apôtres au jour de la Pentecôte ou renouent-ils avec la diversité nécessaire de la Parole ?
        Dehors, des juifs pieux de tous horizons viennent à leur rencontre ; ils sont attirés par le bruit de ce vent violent qui semble tout bousculer de leur compréhension habituelle. Ils sont originaires de toutes les nations qui sont d’habitude montrées comme étrangères ; ils viennent de la langue de l’autre, des contrées barbares, païennes.  Ils viennent de là où l’on adore d’autres Dieu, où l’on prie dans la cacophonie des dieux multiples. D’autres plus loin du judaïsme viennent avec eux.
        Ce qui les relient les uns aux autres, ne peut pas être les us et coutumes de chacune de leur contrée de diaspora ; mais une Parole, donnée à un prophète, qui les guide et les retient dans une identité propre au milieu de l’étrangeté de l’étranger : la Loi de Moïse. Où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent, ils sont Juifs. Ils sont l’incarnation de cette parole qui les fait vivre. La diversité des cultures se résorbe alors pour eux dans l’unité d’une foi en une parole. Tous comprennent ce que ces Galiléens décoiffés par le vent annoncent, car tous sont constitués d’une même Parole. Ils sont à Jérusalem pour la fête des moissons qui est devenue ensuite la fête du don de la loi. C’est leur parole commune qu’ils sont venus fêter.
 
        Entre une unicité de sens qui doit éclater pour sauver la Parole et une multiplicité de langues qui cherche une unicité de sens pour faire communion, la Pentecôte nous place au point de rencontre de ces deux mouvements de l’imagination.
        L’Esprit qui souffle alors comme un grand vent n’est pas la Parole de Dieu toute faite et prête à être dupliquée à des millions d’exemplaires. L’Esprit qui souffle ici est un « Esprit Traducteur », qui fait éclater les sens en une multitude de possibilités de compréhensions humaines.
        Au moment où les apôtres fêtent la Pentecôte, dernier épisode de la résurrection, fête des moissons, Shavouôth, fête marquée du chiffre 7, comme les sept jours de création renouvelée, ils reçoivent et distribuent la profusion des dons de la foi. Dans une extraordinaire diversité de langues, de significations, d’appropriations, la Loi de Moïse devient corne d’abondance, diversité assumée et toujours plus nombreuse. Les contrées énoncées sont au nombre de douze. Nouvelles tribus d’Israël, païennes et pourtant embrassées dans cette générosité divine.
        L’Évangile ne se répète pas, il se traduit, de multiples façons, de façons nouvelles et inédites, de façon libre.
       
        Mais alors, d’où viendra la fidélité, si les sens de la Parole sont multiples ? Que devient l’orthodoxie du texte ? Que deviennent les dogmes ? Comment savoir qui dit vrai ? Où est le pur Évangile ?

        Les apôtres sont envoyés pour annoncer une Bonne Nouvelle du Salut qui a pris corps. Et c’est là son originalité et sa grandeur. L’incarnation de la parole en un homme singulier, particulier, ordinaire est le gage de la fidélité à cette parole : le critère de fidélité.
        Le croyant, en traducteur d’Évangile, ne cherche plus le seul vrai sens de la Parole de Dieu, la seule lettre de la loi, mais il cherche à incarner une Parole qui fait vivre, avec ce qu’il est, ce qu’il n’est pas, ce qu’il imagine et ce qui le confronte au réel.
        Les deux mouvements de l’unicité vers la multiplicité et de la multiplicité vers l’unicité trouvent leur point d’équilibre là où la traduction de la Parole lui fait prendre corps.
        Le problème n’est plus de trouver un Dieu en soi, un Évangile en soi, mais de traduire du divin dans nos vies humaines grâce à une hospitalité langagière qui permet d’accueillir une parole étrange et étrangère sans la réduire à une compréhension unique.
        Comme Jésus accueille les multiples prophéties messianiques et devient le Christ en incarnant dans ses gestes et dans ses paroles humaines cette quête éternelle, l’apôtre du Christ reçoit la langue de feu qui l’autorise à faire sienne la vie de Jésus-Christ.
        Redonnant à la multitude les témoignages de ce qu’ils ont engrangé à l’écoute du maître, les apôtres vont devenir prémices d’une moisson universelle où l’identité d’un peuple est acquise, non par une langue unique, par une foi unique ou par une terre unique, mais par la capacité à traduire la filiation divine d’un homme, Jésus, en une multitude de filiations toutes vécues différemment et pourtant toutes fidèlement.
        Il faut traduire, frères et sœurs, il faut traduire. C’est ce à quoi nous exhorte ce récit de la Pentecôte.
       
        Mais,  pourrait-on demander, où est la bonne traduction ? Que faut-il comprendre de la parole de Dieu ?
        Les deux plus grands commandements sont, dans le judaïsme comme dans le christianisme, des exhortations à entrer dans un type de relation particulière : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. Ce ne sont pas des paroles à apprendre par cœur pour pouvoir les asséner à un mécréant récalcitrant. D’ailleurs, toute violence qui s’insinue dans ces commandements les frappe instantanément de nullité. Comment forcer à aimer ? C’est deux commandements sont plus éthiques que normatifs.
        Dans une de ses conférences sur la traduction intitulée : le paradigme de la traduction, Paul Ricoeur dit : « Il semble, en effet, que la traduction ne pose pas seulement un travail intellectuel, théorique ou pratique, mais un problème éthique. Amener le lecteur à l’auteur, amener l’auteur au lecteur, au risque de servir et de trahir deux maîtres, c’est pratiquer l’hospitalité langagière. C’est elle qui fait modèle pour d’autres formes d’hospitalité que je lui vois apparentée : les confessions, les religions, ne sont-elles pas comme des langues étrangères les unes aux autres, avec leur lexique, leur grammaire, leur rhétorique, leur stylistique, qu’il faut apprendre afin de les pénétrer ? »
 
        « Comprendre, c’est traduire » écrit Georges Steiner dans son livre Après Babel. Recevoir une parole et la comprendre nécessitent donc de la traduire, c’est-à-dire d’adopter le point de vue de l’autre pour comprendre ce qu’il dit, tout en n’étant pas dupe de ce que nous mettons de nous-mêmes dans cette traduction. N’est-ce pas cela aimer ?
        Quand les dogmaticiens produisent des discours rationnels pour accréditer la thèse d’un message unique et seul vrai et qu’il faudrait retrouver pour être fidèle, la Parole est fermée, l’interprétation finie. Et ce sont des murs de briques qui s’élèvent pour que quelques hommes, qui prétendent savoir Dieu, se fassent un nom.
        Mais, quand les Hommes mettent en récit ce qu’ils imaginent de Dieu et produisent une polysémie qui sied à un Dieu toujours polyglotte, alors le salut opère et la parole est libérée de toute finitude. La raison humaine peut alors conjecturer, inventer, traduire et donc ouvrir l’horizon d’une espérance. Il est alors possible d’aimer Dieu et son prochain, tout en le laissant libre.
       
        La multiplicité des récits évangéliques nous montre combien l’interprétation est la norme quand le dogme est l’exception.

        Il faut traduire, frères et sœurs, sans crainte de trahir. C’est à cette condition que l’amour fraternel peut exister, non seulement la tolérance de l’Étranger et du différent dont le récit est autre, mais l’amour fraternel, qui nous rappelle sans cesse que l’Évangile de l’autre est : bonne nouvelle pour moi.
        L’Esprit de Pentecôte nous offre les prémices d’une Église dans laquelle on annonce un Dieu polyglotte. Qui parle au cœur de chacun dans la langue de sa vie et de son identité. Où la diversité des interprétations est une condition vitale.
        Nous avons vécu ces dernières semaines repliés sur nous-mêmes, et contraints à une atomisation de nos vies qui nous a fait réfléchir sur nos liens avec notre prochain.
        La peur de la contagion, les gestes barrières, les discours polémiques sur la façon de gérer une crise dans laquelle seul le probable était sûr nous ont donné des habitudes de distanciation sanitaire, mais pas toujours salutaires.
        Aujourd’hui, un grand vent souffle sur ce confinement qui fut aussi nécessaire que révélateur de la fragilité de nos certitudes. Continuons à traduire l’Évangile de Jésus-Christ dans nos vies, en transformant les contraintes en défis, en imaginant un monde où l’hospitalité langagière serait toujours possible, en réinterprétant sans cesse nos vies par un esprit de traduction. Traduite la pensée de l’autre, c’est chercher à le comprendre et à l’aimer, comme Dieu nous aime.
Il faut traduire, mes frères et sœurs, pour mieux aimer !             AMEN.

Chant
Dans le recueil Louange et Prière, nous vous invitons à vous unir par le chant du
Cantique 170, "Viens habiter dans nos âmes", strophes 1, 2, 3 et 4

1 - Viens habiter dans nos âmes,
Dieu de lumière et de foi ;
Remplis de tes saintes flammes,
Ceux qui n'espèrent qu'en toi ;
Fais sentir à notre cœur
Ta présence et ta faveur.

2 - Viens répandre ta lumière
Sur l'esprit de tes enfants ;
Que ta grâce salutaire
Veille sur nous en tous temps ;
Garde à jamais notre cœur
Des surprises de l'erreur.

3 - Nous n'avons rien en nous-mêmes,
Pour attirer ta faveur ;
Mais en ton  Fils tu nous aimes
Et tu répondras, Seigneur,
A la voix de Jésus-Christ,
Aux soupirs de son Esprit.

4 - Remplis-nous, dans la détresse,
De tes consolations ;
Soutiens-nous dans la faiblesse,
Contre les tentations.
Assurés de ton secours,
Nous triompherons toujours.


Annonces

Voici quelques indications. A la fin du culte, merci de rester à votre place. Pour la sortie, les bénévoles viendront vous chercher à votre rang. Nous vous serons reconnaissants de ne pas rester groupés sur le parvis du temple, mais de vous disperser dans la rue.
Vous pouvez retrouver et partager ce culte qui sera retransmis sur notre site internet.
La maison presbytérale est encore fermée jusqu’à nouvel ordre.
Pour le culte de dimanche prochain, il vous sera envoyé des instructions par la newsletter ou par le site internet.
Nous tenons à remercier les personnes sans qui les cultes n’auraient pas pu être retransmis sur le site internet pendant la période de confinement, en particulier,  Mö et Gérard Deulin,  Jean-Daniel Philippe et Jean-Luc Buisson, qui ont permis que techniquement ce soit possible.  Merci à tous ceux qui ont favorisé l’information sur les réseaux sociaux, en particulier Juliette Lauvergeat et Gustave Dodart.
Merci à l’équipe des catéchètes qui a gardé le lien avec les familles et les enfants.
Merci aux membres du Conseil presbytéral sortant,  et en particulier à son bureau, ainsi qu’au futur Conseil presbytéral, qui ont permis le bon fonctionnement de l’Église en ce temps de confinement.

OFFRANDE ET PRIÈRE D'OFFRANDE
C’est le moment de l’offrande. Comme vous le savez, l’Église ne vit que de dons.
Si vous souhaitez faire votre don par carte bancaire, Francine Braunstein se tient à votre disposition avec le sabot de carte bancaire, au stand librairie, même si le stand est temporairement fermé au public.
Pour celles et ceux qui ne sont pas physiquement avec nous, vous pouvez effectuer votre don en ligne, en toute sécurité, sur le site de l’Oratoire, oratoiredulouvre.fr
Merci à celles et ceux qui ont été fidèles dans leur soutien financier, pendant ce temps de confinement.

Prière :
Éternel, tu nous combles de tes bénédictions, jour après jour et notre geste d’offrande d’aujourd’hui en est un modeste témoignage. Inspire-nous d’autres gestes d’offrande, qui ne soient pas  que des gestes matériels mais aussi des gestes d’amitié et des marques de tendresse. AMEN

Prière d'intercession et Notre-Père :

Toi le Dieu polyglotte, tu parles à chacun dans le secret du coeur et tu nous réunis par ton Esprit de fraternité. Aide-nous à vivre cette fraternité en parole et en acte dans notre société.

Toi le Dieu polyglotte, tu parles à tes enfants de diverses façons et pas un ne croit en toi comme son frère.
Aide-nous à comprendre cette relation de foi de chacun avec toi et garde-nous de toute intolérance.

Toi le Dieu polyglotte, tu nous ouvres l’esprit à ce qui nous est inconnu, « impensé », et parfois impensable.
Aide-nous à ne pas refuser d’entendre le récit d’autres réalités qui nous paraissent impossibles à accepter ou à comprendre, rends-nous hospitaliers pour la Parole de notre prochain.

Toi le Dieu polyglotte, tu te tais dans nos silences et tu veilles sur nos doutes.
Aide-nous à traverser les moments de jachère où la terre de notre esprit doit se reposer de tout jugement. Accorde-nous la patience et la sagesse.

Toi le Dieu polyglotte, tu accueilles toute prière et toute révolte avec le même amour.
Aide-nous à t’aimer et à aimer notre prochain avec la même constance.
Ne permets pas de condition à notre amour, apprends-nous la grâce.
 
Ensemble, liés les uns aux autres, présents et absents, malgré les distances qui nous séparent, nous te disons d’un même cœur la prière que Jésus nous a enseignée :

Notre Père qui es aux cieux,

que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Ne nous soumets pas à la tentation
Mais délivre-nous du mal,
car c’est à toi qu’appartiennent
Le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles.
Amen.


Exhortation et Bénédiction
En ce jour de Pentecôte,
Que l’Esprit Saint répandu sur l’immensité du monde
Trouve le chemin de notre cœur.
Avec chacun et chacune de nous,
Que l’Esprit Saint nous offre de trouver de nouvelles langues, pour traduire l’amour de Dieu dans ce monde !
Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit
Soient avec vous tous !
Amen !  (2 Co 13/13).

Chant spontané : Louange et Prière, Cantique 308, strophe 5 
Bénis, ô Dieu, nos routes, nous les suivrons heureux,
Car toi qui nous écoutes, tu les sais, tu le s veux.
Chemins riants ou sombres, j’y marche par la foi,
Même au travers des ombres, ils conduisent à toi.

Musique

Actes 2:1-13

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Lecture de la Bible

Actes 2/1-13

1 Lorsque le jour de la Pentecôte arriva, ils étaient tous ensemble dans le même lieu.
2 Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d'un souffle violent qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
3 Des langues qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres leur apparurent ; elles se posèrent sur chacun d'eux.
4 Ils furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
5 Or il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
6 Au bruit qui se produisit, la multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
7 Ils étaient hors d'eux-mêmes et dans l'admiration, et disaient : Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?
8 Comment les entendons-nous chacun dans notre propre langue maternelle ?
9 Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l'Asie,
10 la Phrygie, la Pamphylie, l'Égypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes,
11 nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu !
12 Tous étaient hors d'eux-mêmes et perplexes et se disaient les uns aux autres : Que veut dire ceci ?
13 Mais d'autres se moquaient et disaient : Ils sont pleins de vin doux.

Audio

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À Voir également