Les 2 fils de Zébédée et les 10 jaloux

Marc 10:35-40

Culte du 30 avril 2017
Prédication de pasteur Marc Pernot

Vidéo de la partie centrale du culte

film réalisé bénévolement par Soo-Hyun Pernot

Culte du dimanche 30 avril 2017
prédication du pasteur Marc Pernot

Si l’on regarde de près ce qui est raconté ici, on voit que Jacques et Jean ne sont vraiment pas si mauvais que le pensent les autres. Ils prennent courage ensemble, et c’est ainsi qu’ils s’approchent de Jésus, nous dit le texte. Cette mention n’apporte rien du point de vue narratif, sa seule raison d’être est donc symbolique : « s’approcher de Jésus », s’approcher de sa qualité d’être, de sa pensée théologique et philosophique. Qualité de cohérence entre ce qu’il pense et ce qu’il fait, qualité de présence au monde et de relation à Dieu. Si, en sortant de ce culte nous nous étions un peu, comme ces 2 frères, rapproché de Jésus, ce serait génial.

Jacques en Jean reconnaissent en Jésus un maître : comme eux, nous sommes à l’école de cet homme, avec joie et intérêt. Mais ils vont plus loin en lui demandant d’agir dans leurs vies. Au delà de l’enseignement, c’est la confiance dans une action puissante de Dieu. C’est bien. Ils le font avec timidité, sachant que ce n’est pas un droit mais un service qu’ils demandent, une grâce. C’est très bien.

Jésus répond, comme souvent, par une question « Que désirez-vous que je fasse pour vous ? ». Excellente question, mainte fois répétée dans l’évangile : de quoi avons nous soif ? Avons-nous seulement soif de quelque chose ?

De quoi rêvent-ils ces deux frères ? « D 'être assis l'un à la droite et l'autre à la gauche de Jésus dans sa gloire ». A priori, ce n’est pas la première chose à laquelle nous aurions pensé si un génie, sorti par exemple d’une lampe, nous avait proposé de faire un vœu. Et bien nous aurions tort, parce que cette demande est géniale et généreuse. Contrairement à ce que nous pouvons penser à première lecture. Contrairement à ce que les dix autres apôtres ont apparemment pensé, avec leur cœur tordu.

D’ailleurs, Jésus ne va pas critiquer ce but, il va les aider à travailler sur leur demande, sur la juste façon d’y arriver. Par contre, Jésus va gronder très sévèrement les dix autres qui jugent Jacques et Jean. Jésus a horreur de ce type d’attitude. C’est à ces dix que Jésus parle de tyrannie, pas aux deux frères.

Nous, aujourd’hui, aurions des excuses de ne pas bien comprendre ce que Jacques et Jean espèrent parce que notre langue et notre culture sont un peu distantes de celles de l’époque. Mais pour les dix apôtres, non, et ils devraient avoir compris. Il faut vraiment qu’ils aient l’esprit tordu pour mal juger ainsi leurs copains. Les dix ont peut-être compris ce que les deux frères espèrent mais ils sont seulement jaloux de ne pas y avoir pensé les premiers. Ou, ils sont peut-être jaloux de la bonne entente des deux frères, ou de leur proximité avec Jésus ? La jalousie est un incroyable moteur de haine, elle rend facilement stupide, au point que souvent le jaloux ne se sait même pas que sa jalousie l’a rendu injuste. Mais en tout cas, Jésus ne les abandonne pas. « Jésus les appela », nous dit le texte. Ce n’est pas utile du point de vue du récit puisqu’ils étaient présents, cela marque simplement que Jésus parle personnellement, solennellement à ces dix hommes. Sans les accuser directement, il leur tend le miroir de sa parole. Il évoque la tyrannie si fréquente dans le monde dès qu’une once de pouvoir est donnée à quelqu’un. Jésus agit comme le prophète Nathan quand il raconte une petite histoire pour faire prendre conscience à David qu’il a été tyrannique (2 Sam. 2:7). Jésus aide ainsi les dix à y voir clair, puis sa parole tape dur : « hors de question qu’il en soit ainsi parmi nous ! » Et vlan. C’est au dix autres qu’il dit cela, pas à Jacques et Jean. Ils avaient donc tout faux en critiquant les deux frères d’espérer être assis à sa gauche et à sa droite dans toute sa gloire.

Pour comprendre quel est leur projet, il faut se replonger un instant dans la culture de l’époque de Jésus et dans le sens des idiomes bibliques. Car ce n’est que ce n’est pas tant le sens du mot en grec classique qui permet de comprendre de quoi ils parlent, mais plutôt ce à quoi ces mots renvoient dans la Bible hébraïque. C’est ce qui fait que nous pouvons être troublé par le sens premier dans nos traductions.

À commencer par le sens de ce que c’est que la gloire ?

Cela n’a rien à voir avec les honneurs de ce monde, ce n’est pas un titre de duc ni un trône en bois doré & velours rouge dans la vie future. Nous ne sommes pas dans la légende du Roi Arthur. Dans la Bible, la « gloire de Dieu » est une expression idiomatique, c’est de libérer ceux qu’il aime, les arracher des griffes du tyran qui les opprime, les arracher aussi à leurs propres chaînes, intérieures. C’est ce que Jésus rappelle ici aux 10 qui n’ont rien compris.

La gloire, ce n’est donc pas ici la course aux honneurs mais rendre un service efficace. Un service qui a du poids sur le cours de l’histoire, en l’occurrence c’est un service qui donne la vie, qui embellit la vie de ceux que l’on aime, qui ressuscite la vie et qui la rend belle... puisque c’est ainsi qu’est Dieu, et le Christ à sa suite.

Par conséquent, quand Jacques et Jean espèrent être associés à la gloire du Christ c’est le désir d’entrer dans son équipe pour se rendre utiles. Pour eux qui voient vivre Jésus, c’est plus dans son srtyle que la chasse aux honneurs et la démagogie.

Les 2 frères espèrent être assis à sa droite ou à sa gauche ?

Là encore, c’est assez clair dans le contexte de la Bible. Un combattant portait une épée à sa main droite et un bouclier à son bras gauche. C’est vrai que dans la vie, il nous faut à la fois de l’énergie pour avancer et de l’énergie pour encaisser les coups. C’est ô combien vrai pour Jésus et c’est vrai aussi pour Dieu. Il encaisse dur, il est aux côtés de ceux qui souffrent pour les soutenir face aux coups. Mais par ailleurs Dieu ne se lasse pas d’ensemencer le monde de plein de bonnes choses pour nous libérer et nous faire vivre...

Jaques et Jean se portent volontaires pour entrer au service actif. Même si tout combattant porte à la fois l’épée et le bouclier, l’un se sent peut-être plus porté vers la compassion et le soin de ceux qui souffrent, il se voit donc plutôt à gauche (j’aurais dû dire plutôt qu’il se voit dans l’équipe « bouclier », pour que cela ne passe pas pour une propagande politique de ma part). L’autre se voit peut-être plus dans l’action, à la manière de Jésus, dans la mission vers les marges, les païens, les intégristes, les étrangers, les personnes de mauvaise vie... et cette équipe c’est celle de droite, avec l’image classique dans la Bible de l’épée de la Parole, Parole acérée qui permet à Dieu de créer en faisant la différence entre la lumière et les ténèbres, entre l’amour et la haine, entre la vie et la mort.

Ces places à droite et à gauche du Christ ne sont pas comme un jeu des chaises musicales avec seulement un trône de chaque côté. D’abord parce que gauches et droites sont ici au pluriel, comme pour bien marquer qu’il y a une multitude de places et de façons d’y prendre place. Mais de toute façon, la demeure du Christ est une façon d’être, ce n’est pas comme une pièce qui ne pourrait contenir qu’un nombre limité de personnes. C’est comme de demeurer en paix. Il y a de la place pour tout le monde là dedans, car la paix s’étend à mesure que d’autres nous y rejoignent, on s’y sent même d’autant moins à l’étroit que nous sommes nombreux à être dans cette paix. Les dix n’ont donc rien compris en étant jaloux de l’ambition des deux frères.

Alors, est-ce arrogant d’espérer être à droite ou à gauche de Jésus dans sa gloire ? C’est ambitieux, certes, mais ce n’est pas arrogant. Car tout dans les paroles de Jésus nous dit que nous en sommes dignes. Chacune et chacun.

Cela se retrouve encore une fois dans ce que Jésus dit ici. Il dit « le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie afin d’affranchir une multitude ». De qui parle Jésus quand il parle de « Fils de l’Homme » ? Il parle de lui mais il parle tout autant de chacun de nous. Car « fils de l’homme », c’est littéralement en hébreu un descendant d’Adam, un terrien, et si quelques fois cette expression sert à désigner le Messie, la plupart du temps cette expression veut dire dans la Bible « quelqu’un comme vous et moi ». Nous sommes donc, selon Jésus, nous tous, nous toutes et Jésus aussi, appelés à servir et donner notre vie pour d’autres.

Donner sa vie en rançon, nous disent nos traductions ?

Aïe. Décidemment, ce texte est plein de pièges pour nous alors qu’il était si clair quand Jésus parlait en langue hébraïque à ses disciples. Dans nos traductions, il est marqué « donner sa vie en rançon pur une multitude ». Cette traduction est à l’origine d’un des plus grands malentendus sur ce que le Christ nous a apporté, comme si avec sa mort il avait payé pour nous la note, payé à Dieu ou payé au diable ? Qu’importe, cette traduction du mot grec lutron ou du verbe lutroo en payer une rançon serait exacte en grec classique mais pas en grec biblique. Car dans la Bible ce verbe veut dire simplement libérer un esclave, sans qu’il soit question de rançon. Par exemple, la Pâque rappelle que Dieu a libéré les hébreux hors d’Égypte, il n’y a pas été question de rançon, Dieu les a faits s’échapper, il les a nourris et mis en chemin vers la vie en abondance. C’est très précieux et inspirant. Il est si facile d’aliéner quelqu’un en lui rendant service. Jésus, lui, nous appelle à servir en libérant l’autre. En lui permettant de s’épanouir et d’être un lui-même plus en forme, avec ce qu’il peut apporter au monde d’authentique.

Pour faire cela, oui, cela demande de se décarcasser un petit peu, peut-être pas de « donner sa vie » au sens de donner sa mort, car alors nous ne serons pas avancé et le monde non plus en étant privé de nous, mais nous pouvons intégrer dans notre notre vie le sens du service.

Donc, Jacques et Jean ont parfaitement raison dans leur soif de servir utilement dans cette Pâque nouvelle qui s’ouvre.

Ce que Jésus les amène à reconsidérer, c’est leur façon d’atteindre ce but, et en particulier le fait qu’ils demandent à Jésus de le faire pour eux. Car alors cela reviendrait à faire du Christ un tyran qui façonne et manipule ses hommes comme des pions. Mais de toute façon, Jésus ne peut pas faire ce qu’ils demandent, c’est à eux-mêmes de le faire. Ce qu’ils demandent, c’est aussi ridicule que de dire à quelqu’un : Excuse-moi, tu peux me rendre service ? Volontiers, mais quoi ? Voilà, j’ai soif, est-ce que tu voudrais bien aller boire à ma place ? Jésus leur répond donc évidemment qu’il ne peut ni boire ni prendre une douche à leur place.

Leur but est bon. Ils ont bien saisi cette juste ambition que Dieu a pour eux en particulier.

Jésus nous montre que c’est une bonne chose d’aimer ainsi un bon but mais que ce que l’on peut demander à Dieu, ce n’est pas le but mais le chemin. On peut espérer la paix, c’est excellent de l’aimer. Mais on ne peut pas la demander à Dieu, ce serait comme de lui demander de boire à notre place pour calmer notre soif. Oui, il est bon d’aimer la paix, alors demandons-en à Dieu son chemin, et demandons lui la sagesse et la force d’avancer.

Les disciples veulent, enfin, être au service actif des autres. Ils en en soif. Très bien, mais alors pourquoi ne pas boire à la source ? De cela aussi, Jésus montre le chemin : Il suffit de boire la coupe qu’il boit, et être baptisé du baptême dont il est baptisé.

Bon, désolé. En ce point essentiel aussi (décidément) bien des traductions sont fautives mais là ce n’est pas à cause de l’hébreu ou du grec, c’est juste la tradition qui romance furieusement, toujours à cause de cette épouvantable invention de rançon qui aurait été versée par Jésus sur la croix. Dans les traductions anciennes il est dit que Jésus parle « de la coupe qu’il va boire et du baptême dont il va être baptisé », sous entendu sa mort sur la croix. Mais le texte de l’Évangile est au présent, Jésus parle d’une coupe qu’il boit et d’une douche qu’il reçoit dans la vie quotidienne, il ne s’agit donc ni du baptême de Jean-Baptiste, ni de sa plongée dramatique dans le martyr. Jacques et Jean savent très bien de quoi parle Jésus. Et apparemment ce n’est pas la mort en martyr puisque Jean serait mort sereinement à Éphèse en l’an 101, à l'âge d'environ 90 ans, et donc qu’il était en forme olympique à l’époque où l’Évangile selon Marc est écrit.

Mais s’abreuver là où boit Jésus, eux qui le voyaient vivre au jour le jour savent de quoi il parle. Comment est-ce que Jésus se ressource ? Il se retire régulièrement dans la solitude un moment pour prier et réfléchir devant Dieu, avec Dieu, grâce à Dieu. Il discute aussi avec les gens de toutes sortes, il interroge, il regarde, rencontre, il mange avec eux.

Et « être baptisé du baptême dont il est baptisé » dans le quotidien, dans l’ordinaire de ses jours, qu’est-ce que cela peut-être ? Ce n’est pas une tebilah, ce bain de purification dans lequel on se plonge pour guérir comme Naaman le lépreux (2Rois 5:14), car alors Jésus nous inviterait à nous plonger et non à être plongé. Ce qui nous baigne ainsi c’est la grâce de Dieu, et être plongé dedans c’est sentir son amour. Et de cela nous avons le pouvoir. C’est en prendre conscience, le méditer. Et c’est extraordinairement libérant.

Pour le reste, nous dit Jésus, en ce qui concerne notre place dans le dispositif, cela n’est pas à demander puisque Dieu compte évidemment sur chacun (évidemment pour Dieu, dans son amour).

Amen

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Lecture de la Bible

Marc 10:35-40

Les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, s'approchèrent de Jésus et lui dirent : Maître, nous désirons que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons.

36 Il leur dit : Que désirez-vous que je fasse pour vous ?

37 Donne-nous, lui dirent-ils, d'être assis l'un à tes droites et l'autre à tes gauches dans ta gloire.

38 Jésus leur dit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je bois, ou être baptisés du baptême dont je suis baptisé ?

Ils lui dirent : Nous le pouvons.

39 Et Jésus leur répondit : Il est vrai que vous boirez la coupe que je bois, et que vous serez baptisés du baptême dont je suis baptisé ; 40 mais pour ce qui est d'être assis à mes droites ou à mes gauches, ce n'est pas à moi de le donner, mais c’est à ceux pour qui cela a été préparé.

41 Les dix, qui avaient entendu, commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean.

42 Jésus les appela et leur dit : Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands abusent de leur pouvoir sur elles. 43Il n'en est pas de même parmi vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, sera votre serviteur ; 44 et quiconque veut être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous. 45Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie afin d’affranchir une multitude.

(Cf. Traduction Colombe)

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