Le temps suspendu

Matthieu 24:36-44

Culte du 10 mai 2020
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Vidéo du culte entier

Dimanche 10 mai 2020
55ème jour du confinement
4ème dimanche après Pâques

Culte à destination du site internet  


Liturgie par le Pasteur Agnès Adeline-Schaeffer
Prédication par le Pasteur Béatrice Cléro-Mazire
Musique par David Cassan, organiste titulaire 

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Salutation 
Chers frères et sœurs, où que vous soyez confinés,
La grâce et la paix vous sont données, ici et maintenant, de la part de Dieu notre Père, en Jésus-Christ, son fils, notre frère, mort et ressuscité pour nous donner la vie.

Accueil
Bienvenue pour ce temps de culte, en ce 55ème jour du confinement. Nous sommes en communion les uns avec les autres, par la musique, le chant,  le partage de la Bible et la prière. Nous avons appris qu’un nouvel horizon se dessine, à partir de demain 11 mai, celui de la sortie progressive du confinement, mais il nous faut encore redoubler de prudence, et vivre maintenant avec des craintes nouvelles. Alors que nous ignorons comment ce passera cette étape du dé-confinement, Il nous faut encore tenir dans la durée en maintenant nos liens à distance, que ce soit en famille ou en église.  Nous pensons aux personnes touchées par cette pandémie, dans l’épreuve de la mort de leurs proches, de leurs amis. Nous pensons aux soignants et à toutes les personnes qui par leur travail, aident à maintenir notre quotidien, malgré la fatigue et le découragement.

Louange
Pour manifester cette communion, je vous invite à louer le Dieu de la vie, avec cette prière [Psaume 92 Pour le jour du sabbat] :

Il est bon de célébrer le SEIGNEUR, de chanter pour ton nom, ô Très-Haut !
De dire dès le matin ta fidélité, et ta constance pendant les nuits,
sur l'instrument à dix cordes et sur le luth, au son de la lyre.
Tu me réjouis, SEIGNEUR, par ton action ; je crie de joie devant les œuvres de tes mains.
Que tes œuvres sont grandes, SEIGNEUR ! Comme tes pensées sont profondes !
L'abruti n'en sait rien, l'homme stupide n'en a aucune intelligence.
Quand les méchants fleurissent comme l'herbe,
Quand s'épanouissent tous les malfaisants, c'est pour être détruits à jamais.
Mais toi, là-haut, pour toujours tu es le SEIGNEUR (YHWH) !
Car tes ennemis, SEIGNEUR, tes ennemis disparaissent ; tous les malfaisants sont dispersés.
Tu élèves ma corne comme celle de l'aurochs ; je suis arrosé d'une huile fraîche.
Mes yeux voient mes détracteurs, et mes oreilles entendent
Ceux qui se dressent contre moi pour me faire du mal.
Les justes fleurissent comme le palmier, ils croissent comme le cèdre du Liban.
Plantés dans la maison du SEIGNEUR, ils fleurissent dans les cours du temple de notre Dieu ;
ils sont encore féconds à l'âge des cheveux blancs, ils sont pleins de sève et verdoyants,
Pour dire que le SEIGNEUR est droit : c'est mon rocher, il n'y a pas d'injustice en lui.

Dans le psautier français : psaume 92, strophes 1, 2, 3 et 4 « Oh ! Que c’est chose belle »
[Théodore de Bèze]

1- Oh ! que c’est chose belle
De te louer, Seigneur,
De chanter ta splendeur
Au milieu des fidèles ;
Quand le jour vient de naître,
D’annoncer ta bonté
Et ta fidélité
Quand la nuit va paraître.

2- Tes œuvres surprenantes
Ont réjoui mon cœur
Et je dirai, Seigneur,
Leur sagesse étonnante.
Tes pensées sont profondes ;
Plus il les étudie,
Plus l’homme est interdit :
Ta main garde le monde.

3- Si les méchants fleurissent
Comme l’ivraie des champs
Et si des arrogants
Les projets réussissent,
C’est pour qu’ils disparaissent
Par la mort emportés
Et que soient dévoilés
Les plans de ta sagesse.

4- Tu oins d’une huile fraîche
Le front de ton enfant ;
On le voit rayonnant,
Vigoureux comme un cèdre.
Sa gloire et sa richesse
Sont d’orner ta maison ;
Tes fruits chaque saison
Combleront sa vieillesse.

Confession du péché
Prions ensemble :
 
Dieu du temps et de  l’histoire,
Des commencements et des résurrections,
Dieu de la mémoire et de la promesse,
Enseigne-nous à vivre avec le temps,
A l’accueillir comme un cadeau de toi ;
Donne nous de l’aimer dans ses dimensions d’instant et d’éternité.

Donne-nous d’aimer le temps passé :
Qu’il soit pour nous mémoire, plutôt que nostalgie,
Sève et sagesse de vie, plutôt que relique idolâtrée.

Donne-nous d’aimer le temps à venir :
Qu’il soit pour nous destination choisie, plutôt que destin redouté ;
Promesse qui rassemble, plutôt que rétribution qui divise.

Donne-nous d’aimer surtout le temps présent :
Qu’il soit dans nos mains comme pâte à pétrir,
Plutôt que sable fuyant entre nos doigts,
Qu’il soit signe de ton Royaume à suivre sur nos chemins d’humanité,
Plutôt qu’empire à préserver.

Merci, pour hier, et pour les temps passés,
Oui et que ton règne vienne !
Pour demain et pour les temps à venir,
Me voici ! Nous voici ! Pour aujourd’hui, et le temps présent de l’être humain.

[Ion KARAKASH, pasteur en Suisse]

Annonce du pardon 
Dans la seconde lettre de Pierre nous lisons ces mots :
« Il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c'est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour ». (2 Pi 3,8)

Amis, frères et sœurs,
Recevoir le pardon de Dieu,
C’est dire OUI à la vie toute entière,
Avec ses peines et ses joies, ses malheurs et ses bonheurs
Avec ses doutes et ses enthousiasmes.
Hier est passé,
Demain n’est pas encore là.
Aujourd’hui, Dieu nous aide et nous porte.
Dieu pardonne en Jésus-Christ ce qui semble impardonnable dans notre vie.
Que Dieu nous conduise à dire OUI à la vie toute entière, jusqu’à la vie éternelle.
Amen.
 
Confession de foi
 
      Je crois en Dieu, le créateur qui nous a confié ce monde pour que nous y dessinions les traces de son Royaume.
      Je crois qu'il nous veut pour partenaires d'une alliance qu'il renouvelle au cours de l'histoire.
      Je crois qu'il est entré dans cette histoire, par la foi des patriarches, par la parole des prophètes, par son incarnation en un homme, Jésus de Nazareth, qui a vécu comme nous, est mort pour nous et est ressuscité pour nous ouvrir les portes de la vie éternelle.
      Je crois qu'il est entré dans ma vie, comme dans la vie de tous les hommes, pour nous accompagner et nous conduire, dans la liberté.
     Je crois qu'il est la source de l'amour et qu'il souhaite le salut de toute l'humanité.
     Je crois que tous les moyens qu'il se donne concourent à la germination d'un monde nouveau dont nous sommes appelés à discerner les fruits et à en témoigner.
Amen.
[Marie-Odile Miquel, pasteur, « Commencements », textes liturgiques pour le culte,  p 63]

Doxologie : Gloire à Dieu, dans les cieux et sur la terre et d’éternité en éternité

Prière d’illumination 

Je cherche ton visage, Seigneur, ne me le cache point.
Enseigne-moi au plus profond de mon cœur,
où et comment je dois te chercher, où et comment je te trouverai.
Puisque tu es partout présent, d’où vient que je ne te vois pas ?
Tu habites, je le sais, une lumière inaccessible.
Mais où resplendit-elle, cette lumière, et comment parvenir jusqu’à elle ?
Qui me guidera, qui m’introduira pour que je puisse te voir ?

Regarde-moi, Seigneur et exauce-moi.
Donne-moi la lumière, montre-toi.
Aie pitié de mes efforts pour te trouver car je ne peux rien sans toi.
Tu nous invites à te regarder, aide-moi ; apprends-moi à te chercher
car je ne peux le faire si tu ne me l’apprends pas,
ni te trouver si tu ne te montres pas à moi.

Fais qu’en t’aimant je te trouve,
Et que je t’aime en te trouvant.

Anselme de Cantorbéry

Lecture biblique : Évangile de Matthieu 24, 36-44 [pour accéder au texte, cliquer ici]

Musique 

Prédication

                "Personne ne connait ni le jour ni l'heure"

                Alors que nous sommes arrivés à une nouvelle étape de notre drôle de vie confinée, nous sommes dans l’incertitude quant à notre vie future.
                Durant toute la période que nous venons de vivre, des échéances nous étaient données comme repères pour supporter encore les restrictions qui nous étaient imposées. Aujourd’hui, notre temps s’accélère et l’on remarque dans les rues une reprise d’activité discrète derrière les vitrines des commerces ou dans les cours d’écoles. La population se prépare à une nouvelle étape, dans laquelle le rythme change, et où l’avenir reste quand même incertain.
                Confinés, puis "déconfinés", et peut-être "reconfinés", comment envisager cette temporalité étrange ?
                Le texte de l’Évangile de Matthieu est clairement apocalyptique. Quelque chose va advenir. Et la description de cet évènement est inquiétante. Il est question de l’avènement du Fils de l’homme. Ce salut pourrait être attendu comme une bénédiction, un bonheur tant attendu, mais il n’en est rien. Comme le sort aveugle, la venue du Fils de l’homme ressemble à un fléau aussi cruel que le déluge. La vie suit son cours et, subitement, elle s’arrête pour certains et pas pour d’autres, et personne ne peut savoir à l’avance ce qui adviendra de chacun. La venue du Fils de l’homme est comparée à la venue d’un voleur ; c’est une exaction, un attentat, une chose terrible. Et personne ne sait le jour, ni l’heure.
                Le fléau qui s’est abattu sur le monde et qui continue de tuer tel ou tel, sans que l’on sache vraiment pourquoi cette personne plutôt qu’une autre – car les diagnostics des médecins sont parfois démentis par la réalité – nous place dans cette situation où nous ne savons ni le jour ni l’heure.
                Si le fait d'être empêchés dans nos déplacements change évidemment notre rapport à l’espace, notre temporalité, elle aussi, a changé. Que veut dire "prévoir" quand les nouvelles règles de vie sont édictées toutes les trois semaines et changent au gré de l’évolution d’une pandémie contre laquelle on n’a encore aucun remède certain, sauf l’évitement, et donc le confinement ?

                Quel est ce temps dans lequel nous ne savons ni le jour, ni l’heure ?
                D’ailleurs, cette heure et ce jour, pour nous, sont-ils ceux de la reprise de la vie d’avant, ceux d’une éventuelle contamination, ceux d’une éventuelle aggravation, ceux – comme le disent les plus optimistes – d’une vie radicalement nouvelle ? Se projeter dans l’avenir semble bien téméraire aujourd’hui.
                On se rassure en imaginant ce fameux jour d’après, comme si nous étions dans un temps linéaire entre passé et avenir, avec la possibilité de maîtriser l’un et l’autre. Mais ne faut-il pas envisager notre temps autrement, comme un temps toujours suspendu ? N’est-ce pas là notre véritable condition humaine ?
                Avant que le déluge ne survienne, chacun vaquait à ses occupations, écrit l’Évangéliste Matthieu ; les gens se mariaient et mariaient leurs enfants ; ils prévoyaient un avenir à hauteur d’une génération. Mais le cataclysme survient et tout est interrompu, annulé, annihilé. Les rêves et les espoirs pour demain sont frappés de plein fouet et  celui qui survit se retrouve devant une vie à réinventer.
                N’est-ce pas ce que vivent toutes les personnes qui apprennent un jour que la maladie les frappe jusqu’à atteindre leur espérance de vie ? N’est-ce pas la même chose pour toute victime d’accident qui se retrouve à réapprendre les gestes les plus simples après un traumatisme physique ou mental ? N’est-ce pas notre condition à tous, au bout du compte, nous qui croyons pouvoir compter sur demain et qui ne savons jamais ni le jour, ni l’heure où tout s’arrêtera ? La pandémie que nous vivons fait un effet de loupe sur une réalité temporelle que l’on est forcé de regarder alors que nous pouvons, d’habitude, l'ignorer en regardant ailleurs.


                Quelle est la réalité de ce que nous appelons : « le temps » ? Le texte de Matthieu nous parle d’une possibilité de se tenir prêt, tout en sachant que nous ne connaissons ni le jour ni l’heure de la venue du Fils de l’Homme. Mais comment se tenir dans une attente sans date, sans fin ? Quel type de vie nous propose l’Évangile ?
                Les disciples de Jésus et Paul, le premier sans doute, ont cru que Jésus reviendrait après avoir été crucifié. Sur cette tragédie de la mort qui est venue faucher tous les espoirs de ceux qui voyaient en lui une nouvelle ère, les témoins qui ont écrit dans les années suivantes, ont formulé une théorie du retour du Christ, dans la gloire, et dans un but de changement radical du monde. La temporalité historique se trouvait alors remise en question par des courants apocalyptiques qui faisaient de l’accident, de la rupture, de la crise, une apocalypse, un dévoilement de vérités dernières. Les idées de jugement dernier, habituellement reléguées à la fin du monde, devenaient celles d’un évènement imminent. Le temps long de l’histoire du salut et de l’accomplissement du royaume de Dieu dans l’éternité, se trouvait alors accéléré par la "parousie", l’avènement dans ce monde, du Fils de l’homme, entité divine qui jugerait le monde et sanctionnerait ses agissements.


                Quel est ce temps dans lequel nous devons vivre ? Est-ce le temps du qui-vive ? Est-ce le temps de la survie ? Ou y a-t-il une place pour le temps long de l'espérance et de la promesse ? Que veut dire veiller, se tenir prêt quand l’avènement d’un autre temps attendu n’a jamais lieu ?
                Dans Les Confessions, Augustin d’Hippone développe une conception du temps tout intérieure à l’âme humaine. Le temps, d’après lui, n’est pas mesurable de l’extérieur, il n’est pas une durée en soi, mais il est toujours appréhendé comme une tension (ou "distension" selon certains traducteurs) de l’âme humaine. Ce que l’homme appelle passé est la mémoire d’un présent révolu et ce qu’il appelle futur, est une attente, dans le présent, de ce que son âme prévoit. Mais l’expérience humaine du temps n’est toujours que l’expérience du présent tendu entre mémoire et attente. Le temps n’existe donc que comme temps pour moi, tension de mon âme. Ce qui ne veut pas dire, pour Augustin d’Hippone, que l’homme crée seul la mesure de ce temps. C’est ce qu’il appelle "le Maître intérieur", le Verbe de Dieu qui est la mesure de notre rapport au temps. Ainsi, l’éternité peut être la mesure de mon présent, à condition de m’en remettre à ce "Maître intérieur".
                Les Églises primitives elles-mêmes ont douté de ce "Maître intérieur" que chaque croyant pourrait consulter en lui-même pour mesurer son propre présent, pour puiser dans le trésor de sa mémoire et espérer son avenir. Comme le Christ ne revenait pas, les Églises ont rajouté aux dires du Christ leurs propres dires, leurs propres règles, leurs propres compréhensions du temps ; et de là est née toute la violence cléricale qui ne voulait pas comprendre que, si le retour du Christ n’avait pas lieu comme les Églises se l’imaginaient, c’était peut-être qu’elles s’étaient trompées sur le sens de ce retour. Alors, refusant de s’avouer vaincues, elles ont inventé les peurs et les imagiers infernaux pour brandir la menace d’un retour du Christ en juge impitoyable. Manquant de foi dans cette parole d’un Christ qui disait qu’il serait avec nous jusqu’à la fin du monde, les Églises ont hâté cette fin du monde, ce qui leur donnait la possibilité de tenir en respect les foules qui auraient pu tirer du message Évangélique une trop grande liberté dans leur présent.


                Dans Les frères Karamazov, Dostoïevski développe le thème du retour du Christ dans une discussion entre Ivan et Aliocha. Ivan imagine un mystère médiéval, dans lequel il met en scène le Christ, poussé par son infinie miséricorde, revenant dans le monde et ressuscitant une petite fille de sept ans, ou guérissant un vieil aveugle.
                L’histoire a pour cadre Séville au temps de l’Inquisition, et le grand Inquisiteur fait arrêter Jésus en personne et en toute connaissance de cause. Puis venant le voir dans sa cellule, de nuit, l’Inquisiteur explique au Christ qu’il a eu tort de revenir et que, refusant les propositions du diable lorsqu’il était quarante jours au désert, il n’avait pas compris que ce que l’homme voulait, ce n’était pas la parole de Dieu, mais qu’on lui donne du pain, que ce que l’homme voulait croire ce n’était pas Dieu, mais le merveilleux des miracles, que ce que l’homme voulait, ce n’était pas la liberté, mais un chef auquel se soumettre. Ainsi, Jésus-Christ revient-il, dans cette fiction imaginée par Ivan, mais il n’est pas le bienvenu car, depuis son départ, l’Église du Pape a accepté les trois tentations du Diable que le Christ avait refusées au nom de la foi, de l’espérance et de l’amour. Que venait-il troubler, ce Christ, dans ce jeu de pouvoir bien rôdé ? Le grand Inquisiteur intime l’ordre à Jésus de repartir là d’où il est venu.
                Cette fiction de Dostoïevski montre avec lucidité le cynisme des hommes de pouvoir qui se sont servis de Dieu pour manipuler le rapport des hommes à leur propre temps. Et combien il est plus confortable de laisser à un pouvoir en place l’organisation de notre temps plutôt que de vivre en acceptant cette réalité du temps suspendu.

                Pourtant, nous n’avons aucune raison de nous soumettre à un temps qui nous serait imposé par la peur, les dogmes ou les récits apocalyptiques. La mesure de notre temps ne serait-elle au bout du compte, que celle de notre culpabilité ? La mesure de notre vie ne serait-elle que le bilan calamiteux, brandi par Dieu devant nous ?
                Oui, nous sommes sans cesse dans cette attente du salut de Dieu. Mais cela ne veut pas dire que ce salut est une sanction. Le temps de Dieu présent dans notre âme par la foi n’est pas ce temps terrifiant qui nous laisserait comme alternative : l’enfer ou la béatitude.
                Ne pourrait-il y avoir une temporalité du veilleur, sans terreur de ce que nous ignorons du futur ? Sommes-nous condamnés à toujours vivre dans la peur parce que nous ne connaissons que notre présent ? Pourquoi ne pas comprendre cette tension constitutive de notre rapport au temps, comme une modalité d’existence humaine sans menace ? N’est-ce pas la foi même que de découvrir le futur que crée Dieu pour nous ?

                Vincent Van Gogh écrit : « À une époque, on croyait que la terre était plate. Eh bien, elle l’est, même aujourd’hui, de Paris à Asnières. Mais ce fait n’empêche pas la science de prouver que la terre, dans son ensemble, est ronde. Nul ne le nie aujourd’hui. Eh bien nous sommes encore au stade où nous croyons que la vie elle-même est plate, la distance de la vie à la mort. Mais il est probable que la vie elle aussi est sphérique, et beaucoup plus étendue et vaste que l’hémisphère que nous connaissons. La question est de savoir s’il nous est possible de voir la vie dans sa totalité, ou si nous n’en connaissons, avant de mourir, qu’un seul hémisphère. » (Lettres de Vincent Van Gogh à Émile Bernard, Vollard, Paris, 1911).

                Nous est-il possible de voir la vie dans sa totalité comme le suggère Van Gogh ? Sans doute, ce temps d’incertitude nous montre que non. Nos limites humaines nous obligent à accepter que nous ne connaissons pas demain et encore moins l’autre hémisphère visible au-delà de la mort. Pourtant, il nous est possible de vivre en gardant à l’esprit que la vie est sphérique, que toute un hémisphère manque à notre champ de vision, que toute une partie du temps est impossible à connaître mais qu’il existe bien, ce temps.
                Vivre dans l’éternité de Dieu, s’y installer, c’est habiter le temps que Dieu nous donne à découvrir, à vivre. C’est quitter ce sentiment que nous sommes coincés dans le présent, seul temps possible pour nous, et inventer l’avenir, le rêver, le créer, comme les peintres créent l’invisible dans les couleurs d’un sujet rendu présent.
                Courber le temps, l’imaginer toujours plus vaste qu’il n’est dans le présent, c'est s’autoriser à penser à demain, à convoquer hier, pour créer des possibles. Voilà notre salut.

                Aujourd’hui comme hier, nous sommes dans un temps suspendu. Pourrons-nous cesser de nous soucier des virus qui peuvent paralyser le monde entier ? Devrons-nous vivre sans cesse dans la crainte de nouvelles pandémies ? Nous n’en savons rien, mais notre temporalité ne doit pas capituler, car notre rapport au temps est celui que nous inventons avec ce qui nous est donné.
                Tout prévoir comme si on maîtrisait le futur se révèle-t-il être une illusion ? Eh bien, imaginons des futurs multiples et hypothétiques dont certains, sans doute, ne verront pas le jour. Les fragilités de nos vies ne sont-elles plus celles que nous imaginions ? Eh bien, déplaçons nos solidarités pour répondre à ces nouvelles données. La vulnérabilité est-elle maintenant une évidence ? Eh bien, acceptons enfin que notre but ultime ne doive plus être la puissance, mais l’adaptabilité.
                Quand Van Gogh imaginait une vie sphérique dont les deux hémisphères se trouvaient de part et d’autre de la mort, l’un humain et l’autre divin, nous autres humains du vingt et unième siècle, nous devons imaginer une vie polymorphe, dans laquelle les limites d’hier se déplacent constamment, nous obligeant à repenser les rapports entre l’humanité et le divin.
                Nous ne connaissons ni le jour, ni l’heure : ce n’est pas une sanction qui nous est annoncée dans l’Évangile, ni une menace qui nous est faite. C’est la révélation de notre condition d’enfants de Dieu, porteurs d’humanité et d’éternité, unis à un Dieu hérité et toujours devant nous.
                Notre vie est dans cette temporalité de la relation, tendue entre les promesses du passé et les créations de demain. À nous d’en faire un présent éternel dans la foi.
                                                                               AMEN.

Annonces

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Car le confinement ne doit pas nous priver de la joie de donner et de faire communauté.
Pour terminer ce culte, je vous invite à la prière.

Prière d’intercession 
Prions ensemble :

Seigneur, ôte de notre esprit l’idée terrible que nous n’avons pas le temps.
Le temps de vivre, le temps d’aimer, le temps de créer.
Élargis notre présent par ta grâce

Seigneur, enrichis notre temps des nuances de la vie,
Celle du calme, de la joie, de la tendresse et de l’amour,
Celle du courage, de la force ou du repos.
Élargis la palette de notre temporalité.

Seigneur, reprend le temps perdu,
Celui dont nous n’aurons pas fait ta gloire.
Celui dont nous n’aurons pas compris la valeur,
Élargis l’espace de ta grâce sur notre temps.

Seigneur, rythme nos heures de vie,
du matin jusqu’au soir,
de l’enfance au grand âge,
Élargis notre vie à l’éternité.
 
Ensemble, liés les uns aux autres, malgré les distances qui nous séparent, nous te disons d’un même cœur la prière que Jésus nous a enseignée :
 
Notre Père, qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour
Pardonne-nous nos offenses,
Comme nous pardonnons aussi
A ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
Mais délivre-nous du mal
Car c’est à toi qu’appartiennent
Le Règne, la Puissance et la Gloire,
Pour les siècles des siècles,
Amen.

Bénédiction :
Amis, frères et sœurs,
Recevez la bénédiction de la part de Dieu :
Le seigneur de toute grâce, vous bénit et vous garde.
 
Musique 

Matthieu 24:36-44

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Lecture de la Bible

36  Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul.
37  En effet, comme ont été les jours de Noé, ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme.
38  En effet, aux jours qui précédèrent le déluge, les gens mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ;
39  et ils ne se doutèrent de rien jusqu'à ce que le déluge vienne et les emporte tous ; il en sera de même à l'avènement du Fils de l'homme.
40  Alors, de deux hommes qui seront aux champs, l'un sera pris et l'autre laissé ;
41  de deux femmes qui moudront à la meule, l'une sera prise et l'autre laissée.
42  Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra.
43  Sachez-le bien, si le maître de maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne permettrait pas qu'on fracture sa maison.
44  C'est pourquoi, vous aussi, soyez prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas.

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