Le signe de la naissance

Ésaïe 7:10-16

Culte du 18 décembre 2016
Prédication de pasteur François Clavairoly

Vidéo de la partie centrale du culte

film réalisé bénévolement par Soo-Hyun Pernot

Culte du dimanche 18 décembre 2016
prédication du Pasteur François Clavairoly

Nous aimerions tant avoir un signe aujourd’hui, qui nous éclaire sur l’avenir des empires, sur l’avenir de notre pays, un avenir qui ne soit pas fait de guerre ou de populisme haineux…

Mais nous ne sommes ni Achaz ni Esaïe.

A l’écoute de la rumeur du monde et des informations effrayantes qui nous parviennent de si loin ou de si près de chez nous, il est difficile de discerner un message qui ait du sens. Il est difficile d’entendre autre chose que le bruit incessant d’un flot de mauvaises nouvelles. Les violences en Egypte, les crimes atroces en Syrie, les tensions vives en Asie du Sud Est, les guerres cruelles en Afrique, les drames terrifiants ici et là qui signent la fragilité et la folie des hommes, tout obscurcit l’horizon de nos recherches et tout rend opaque notre compréhension des choses.

Heureusement, des hommes et des femmes analysent et discernent, des hommes quelque peu avisés, des spécialistes en géostratégie et même quelques philosophes du quotidien nous aident à prendre du champ, à garder la bonne distance.

Heureusement, nous nous pouvons agir. Nous pouvons œuvrer en donnant de l’argent à « Solidarité Protestante », le dispositif que la FPF met en place avec le concours de la Fondation du protestantisme français, et dont Aude Millet, chargée de communication, a présenté tout le détail sur le site protestants.org. Un dispositif nouveau avec des acteurs compétents, des ONG protestantes comme Médair, ADRA et le SEL, et des partenaires comme la FEP ou le Defap.

Nous recevons aussi dans les jours qui viennent le maure d’Alep Est qui nous parlera de la situation de sa ville et nous dira ce que nous pouvons faire concrètement.

Toutefois, très vite, le commentaire effréné du quotidien submerge notre tentative de comprendre les évolutions de fond.

Et au jour le jour, la seule description cathodique des choses remplace le nécessaire effort de recul et de sagesse.

Devant cette réalité contemporaine d’une conscience saturée d’information et d’une intelligence sans cesse sollicitée, sans cesse hystérisée, certains, malheureusement, décrochent, ferment les yeux, éteignent la lumière et coupent le son, reposent le journal avant même de l’ouvrir, et se calfeutrent dans un autisme volontaire qui démissionne du présent.

La tentation est grande en effet, de se dire que tout ce bruit ne nous concerne qu’indirectement et que nous pouvons vivre les fenêtres closes. La tentation est grande aussi de penser que toute parole n’est plus aujourd’hui qu’un commentaire de ce qui advient, une parole de second plan, en quelque sorte, une glose de choses déjà dites, déjà diffusées, une parole périmées avant même d’être prononcée. La crise de notre temps est aussi crise langagière, disait déjà Ricœur, où les mots eux-mêmes sont usés et les discours, y compris le discours politique, sans crédits. Où nous ne nous parlons plus en face mais en aveugle, comme en miroir, sans jamais nous entendre. Où le discours de l’information remplace le discours de la réflexion. Où le discours politique n’a plus vraiment prise sur le réel de la vie. Où le discours religieux ne parle plus aux hommes que s’il se raidit, se radicalise ou se caricature en fondamentalisme, comme aussi le discours catholique, devenu identitaire, sur fond de crise et de perte d’influence.

Mais cette tentation n’est pas la nôtre. Nous ne méprisons pas la parole ni ne dédaignons la force du discours.

Nous restons éveillés et informés.

Car nous savons qu’au milieu de cette immense rumeur du monde se fait entendre malgré tout, à qui sait dresser l’oreille ou à qui sait lire, au fil des siècles et jusqu’à aujourd’hui, une voix, une parole d’espérance qui nous vient de celui qui finalement n’a pas dédaigné, bien au contraire, se mêler au monde, Jésus de Nazareth, lui qui s’est fait l’écho d’un message plus ancien encore, celui de l’antique Israël et du Dieu d’Abraham, du Dieu d’Isaac et du Dieu de Jacob..

Cette voix se fait entendre malgré tout, cette parole de celui qui a refusé de se laisser effrayer par les seuls discours de malheur, et par les seuls messages de désespoir pleins de ressentiment, par la chronique du temps qui passe et décourage tous les contemporains.

Cette parole étonnante, persévérante, insistante, qui nous rappelle du fond des âges avec le prophète que l’Éternel se tient parmi nous, au milieu de nous, auprès de nous, alors même que la rumeur nous ferait croire tout le contraire à force de nous effrayer et de nous engloutir sous le doute.

Oui, un prophète que vous lisez rarement, peut-être, que vous n’avez même jamais lu -66 chapitres), dont vous ne connaissez peut-être même pas le nom ! Un prophète en plein cœur du VIII e siècle avant J.C où rien ne va plus pour son pays qui va être dévasté par la guerre, où les responsables politiques rivalisent dans leur attitude de compromission avec l’ennemi, et se déconsidèrent aux yeux du peuple. Un pays où la souveraineté nationale est mise en cause, où la légitimité du pouvoir est contestée, où la justice est humiliée, où la légitimité de la parole politique est en cause (toute ressemblance avec un pays de notre temps serait fortuite, bien évidemment), le prophète Esaïe parle.

Esaïe, dont le nom signifie « Dieu sauve », parle. Et que dit-il ?

Que l’Éternel n’a pas déserté, qu’il n’a pas abandonné son peuple perdu et qu’il se tient présent devant qui sait le reconnaître.

La parole d’Esaïe est la nôtre, aujourd’hui même. Elle affirme que L ’Éternel est présent, contre toute attente, justement, contre les apparences, il est celui qui tient nos vies et qui nous relève.

Voici, pour première réponse à la rumeur déprimante du monde, la confession de foi de chacun de nous. Cette confession de foi que je nomme aujourd’hui confession de confiance qui fait pièce à tous les discours de défiance et de haine, à tous les discours même les plus polis et les plus politiquement corrects et qui, malgré leur apparente clarté, sentent la méchanceté, défendent des privilèges ou promettent force et violence.

Cette confiance, donc, je veux vous dire aujourd’hui qu’elle se fonde un roc, et ce roc est un texte, et ce texte appelle chacun à sa lecture. L’acte de religion par excellence, pourrais-je dire ici, dans un lieu aussi religieux que l’Oratoire, est donc bien ce religere, ce lire et ce relire sans cesse, cet acte de lire avec intelligence, cet acte de lire aussi, selon l’étymologie, entre les lignes, le message qu’il contient.

Or que nous laisse comprendre cette lecture, que nous dit cette confession de confiance, ce sera la deuxième réponse à la rumeur du monde :

Elle nous dit une présence irréfragable qui fera en sorte que chaque être humain peut être fait mystérieusement citoyen à part entière d’un royaume de paix et de justice pour toujours.

La deuxième réponse à cette atroce rumeur du monde qui décrit une terre défigurée, souffrante et allant à sa perte, est que chaque être humain ayant acquis sa citoyenneté particulière, possède la citoyenneté d’un royaume qui dès ici-bas et en ce moment même, se déploie secrètement, mystérieusement, et je dirais aussi sacramentellement, désignant l’espérance et le salut.

Où voyez-vous cela, demanderez-vous ? A quel signe vous fierez-vous pour affirmer une telle chose ?

En premier lieu au signe le plus humble et le plus commun des signes, le signe le plus naturel et merveilleux qui est celui d’une naissance, la naissance d’un petit d’homme, d’un enfant sur qui l’autorité de Dieu reposera et dans la vie duquel nous discernerons avec confiance le projet de ce royaume et les promesses de salut qu’il réalise.

Le premier signe est l’Emmanuel qui dit cette présence et en même temps une présence royale en plein cœur de notre monde, de nos vies blessées et souffrantes, de nos existences troublées par tant de malheurs et d’injustices. Emmanuel est un mot de la liturgie royale et un cri de reconnaissance avant que d’être un prénom ! Emmanuel c’est un alléluia et amen à la fois, crié par la cour du roi, au moment de la naissance de l’héritier, c’est le cri de confiance que la dynastie royale ne s’éteindra pas.

Ce signe de la présence de l’Eternel parmi nous, donc, autrement dit celle de Jésus-Christ, ce signe, nous le proposons au discernement de tous, dimanche après dimanche, par le baptême ou par la cène, par le sacrement qui atteste de cette présence, sans que nous ayons les mots tout à fait adéquats pour la dire, sans qu’une logique en dise tous les aspects, sans que la raison en maitrise tous les termes.

Une présence que nous expérimentons aussi dans la foi-confiance de nos louanges et de nos prédications, et qui nous unit les uns aux autres, alors même que nous sommes si différents comme ici, dans ce temple, différents par l’âge, l’origine familiale, l’opinion, les choix de vie, où même la spiritualité…

Devant la rumeur du monde, donc, et les informations effrayantes qui nous parviennent, nous voici promis à une même lecture et à une même relecture, non pas tant de la rumeur, dès lors, que de l’étonnante nouvelle d’un avenir offert, un avenir qui nous relie les uns autres et qui nous rappelle que chacune de nos vies singulières, chacune de nos identités, chacune de nos existences particulières a un prix immense aux yeux de Dieu.

Et que chacun est appelé par son nom, honoré, relevé, aimé, accepté, et, malgré sa vie pourtant impardonnable, pardonné.

De sorte que dans cette immense et anonyme chronique de la vie du monde, personne, jamais, comme le proclame prophète, ne puisse penser que sa vie est sans lendemain.

Le signe de la naissance du Christ nous redit ainsi à sa façon que chaque naissance, la nôtre y compris, chaque vie, la nôtre y compris, participe, contre toute les fureurs du monde, de la promesse d’un royaume, un royaume dont lui seul est le maitre et non un fatum, un destin aveugle ou la folie des hommes.

Je veux ici faire une cotation d’une philosophe, Hannah Arendt, au sujet de la naissance : « Le miracle qui sauve le monde, qui sauve le domaine des affaires humaines de la ruine morale, c’est finalement le fait de la nativité dans lequel s’enracine le fait d’agir. En d’autres termes, c’est la naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau l’action dont ils sont capables par droit de naissance. Seule l’expérience de cette capacité peut octroyer la foi et l’espérance. C’est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte, la plus glorieuse dans la petite phrase des évangiles annonçant leur bonne nouvelle : « un enfant nous est né »

La naissance du Christ signe donc l’attention toute singulière, l’attention toute particulière mais définitive que ce roi porte désormais à chacune de nos naissances. Il est la signature sur nos vies, la signature inscrite dans notre cœur, contre toute fatalité, contre tout destin, contre tout déterminisme, il est la signature d’une destinée qu’il a préparée pour nous depuis toujours et dont le texte témoigne.

Si vous êtes disciples du Christ, chers amis, si vous le désirez, porteurs en vos vies de cette signature et assurés de cette destinée, ne vous laissez pas détourner par les rumeurs du monde ni par les discours séduisants. Lisez et relisez les lignes des prophètes, autrement dit les lignes de nos vies, où l’espérance est imprenable et où la justice est au cœur du message. Et alors Noël qui vient sera une fête, celle de tous les recommencements possibles contre tous les renoncements, la fête intérieure que Dieu a préparée pour nous, contre toutes les horreurs du monde, un Dieu se tenant auprès des plus petits et des plus vulnérables, faisant ce choix-là et non celui du plus fort, au risque de tout perdre, au risque de mourir. Mystère du Dieu d’Abraham, du Dieu d’Isaac, du Dieu de Jacob, et du Dieu de Jésus-Christ, qui croit vraiment en nous au moment même où nous doutons de lui,

Amen

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Lecture de la Bible

Ésaïe 7:10-16

Le SEIGNEUR dit encore à Achaz : 11 Demande un signe au SEIGNEUR, ton Dieu, soit dans les profondeurs du séjour des morts, soit dans les lieux les plus élevés. 12 Achaz répondit : Je ne demanderai rien, je ne provoquerai pas le SEIGNEUR.

13 Esaïe dit alors : Ecoutez, je vous prie, maison de David ! Ne vous suffit-il pas de lasser la patience des hommes, que vous lassiez encore celle de mon Dieu ? 14 C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : la jeune fille est enceinte, elle mettra au monde un fils et l'appellera du nom d'Immanou-El (« Dieu est avec nous ») . 15 Il se nourrira de lait fermenté et de miel quand il saura rejeter ce qui est mauvais et choisir ce qui est bon. 16 Mais avant que l'enfant sache rejeter ce qui est mauvais et choisir ce qui est bon, la terre des deux rois qui t'épouvantent sera abandonnée.

(Cf. Traduction NBS)

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