Le doute et la grâce

Luc 1 :26-38

Culte du 18 décembre 2011
Prédication de professeur Didier Sicard

( Luc 1 : 26-38 )

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Culte du dimanche 18 décembre 2011 à l'Oratoire du Louvre
prédication du professeur Didier Sicard
Professeur en Médecine, président d'honneur dué consultatif national d'éthique(CCNE)

Comment ne pas être intimidé par cette demande insolite des pasteurs de l’Oratoire s’adressant à un paroissien pétri de doute et plus à l’aise dans l’expression de données scientifiques et médicales que dans une méditation à voix haute sans savants fondements théologiques. Même si, comme l’écrit Oscar Wilde, « c’est très ennuyeux de croire et très passionnant de douter, être en état d’alerte, c’est vivre, se laisser bercer par un sentiment de sécurité, c’est mourir », autrement dit se sentir libéré du doute peut conduire à s’enfermer dans un ghetto de certitude.

Je vous propose de méditer le texte de ce jour dans Luc, chapitre 1, quotes 26 à 38……

Comment entendre ce message d’Annonciation comme un des témoignages les plus riches d’une grâce divine et pas seulement comme une belle histoire venue au secours de l’inspiration des peintres ou comme une aventure humaine qui serait impossible au nom d’une rationalité triviale, ou au contraire possible au nom du progrès scientifique ! désormais, il est vrai, une vierge peut concevoir par insémination artificielle et mettre au monde grâce à une césarienne. Notre société, si fascinée par le progrès scientifique, peut ainsi confier son origine et son destin au big bang, à l’homme neuronal, à l’enfantement virginal, avec ce mélange de désenchantement et d’espérance. Plus ou moins consciemment, plus le monde voit se déchirer le voile de l’ignorance, plus il s’interroge sur le sens de cet affranchissement des limites.

Nous avançons en effet avec notre machette dans la jungle ou notre lampe frontale dans l’obscurité, en nous réjouissant de l’ouverture et de la lumière, tout en nous effrayant de ce que le chemin ouvert par la machette et la lumière, se soit refermé à notre insu derrière nous.

L’Homme cherche alors à retrouver ses traces et la Bible lui devient alors de plus en plus précieuse, non pas comme une boussole qui lui montrerait le Nord, mais comme une confiance dans ce qui nous dépassera toujours, une ouverture vers « l’ailleurs »de la pensée. À mesure que l’infini des galaxies interroge l’astronome, l’humilité le saisit en lui révélant justement que l’inconnu s’accroît à mesure que le connu se dévoile.

Le choix n’est donc pas entre une sorte de bioreligion incarcérant Dieu dans nos pauvres synapses neuronales, sans cesse tentées par des preuves aussi pathétiques que vaines et une religion aux références théologiques fixées une fois pour toutes par nos dérisoires normes anthropologiques.

On se souvient avec étonnement de ces débats, il y a quelques années, en Israël au moment de la découverte annoncée de la tombe de Jacques, le frère du Christ, suscités par l’analyse moléculaire des ossements retrouvés qui tendaient à apporter des preuves matérielles de son existence et du lieu de son inhumation.On ne peut qu’être surpris par ces discussions sans fin à propos du Suaire de Turin, non pas par son existence mais sur l’importance spirituelle accordée à sa datation comme si le carbone 14 lui conférait une crédibilité définitive en le situant chronologiquement au premier siècle. La recherche d’une preuve matérielle d’une transcendance reste bien étrange. Une religion ancrée sur des preuves scientifiques se dissout d’elle même par sa volonté de chercher sans cesse dans cet arrimage à échapper à l’inconnu. Une religion figée dans ses représentations ne permet plus d’accéder à l’essentiel c’est à dire le mystère de ce qu’il y a, avant les mots, avant les images.Dieu qui a fait l’homme à son image ne signifie pas, bien sûr, que cette image est celle de son corps, mais celle de son esprit, c’est-à-dire une image qui ne soit pas prisonnière de nos représentations, mais au contraire antérieure à celles ci. Si la science ne nous dira jamais rien de Dieu, sinon en nous offrant des métaphores plus aveuglantes qu’éclairantes, la religion doit éviter les mêmes chemins métaphoriques. Plus que des conduites rationnelles de pédagogie primaire plus rassurante qu’enseignante, les paraboles ont en effet pour finalité de remettre en question nos certitudes laissant place pour l’éternité à un questionnement sans fin.Les Evangiles lorsque qu’ils racontent l’Annonciation ou la multiplication des pains, ouvrent toujours sur l’impasse de la volonté de maîtrise humaine, son illusion de puissance au profit de la fragilité d’un message fondé avant tout sur la confiance et l’espérance.Il n’y a guère de différence entre une science qui confectionne ou invalide Dieu et une religion qui le met en scène théâtralement hors champ au lieu de le mettre au cœur de chaque être. La foi n’a guère à être intimidée par la science qui ne dit rien d’autre de l’humain qu’une description sans fin, qu’un inventaire toujours plus complexe. Mais il y a un risque de compromission à demander des preuves historiques, génétiques, moléculaires, de la révélation divine ou des miracles.

Bien au contraire la lecture de la Bible nous invite à une autre lecture du monde, celle de l’attente de l’Annonciation, une attente qui s’oppose au présent obsessionnel de la science. C’est cette attente pleine d’espérance qui nous fonde et non cette relation réflexe d’un vivant tétanisé par une actualité paralysante ! c’est l’attente qui donne sens au texte de Beckett « en attendant Godot » et permet la relation à l’autre et dénonce la vanité du sentiment de maîtrise, qu’il s’agisse par exemple de celle du début ou de la fin de la vie l’homme qui croit s ‘affranchir de son destin en le provoquant ou en pensant le maîtriser perd cette étrange richesse d’une attente porteuse d’espérance.C’est l’attente d’un enfant qui donne sens à la vie, pas l’échographie qui renvoie l’image de Narcisse à sa vanité…Notre société qui attend tout du présent ne supporte plus l’attente.Tout savoir tout de suite, la sécurité pour maintenant… « Se laisser bercer par un sentiment de sécurité, c’est mourir…. »

D’où la prudence avec laquelle la religion doit déclarer que telle ou telle procédure scientifique est, ou non, indigne. Au nom de quelle légitimité ? celle de la science du présent ou du sens d’une espérance ? qui rappelle que venir en aide à celui qui est le plus vulnérable la fondera toujours plus que notre certitude de bonne conscience immédiate, l’attente d’un futur ouvert ou d’une prothèse immédiate ?

La science par sa puissance enivrante de déchiffrement de l’inconnu désenchante le monde. La religion peut alors éprouver la tentation de fuir la recherche et le déchiffrement justement en se recroquevillant dans une tradition immobile figée dans des rites ou en s ‘aventurant dans une modernité qui peut aller du créationnisme américain à Teilhard de Chardin, c’est à dire l’ obsession d’un syncrétisme rassurant. Le créationnisme qui fige la création selon des modèles archaïques, est une vision matérialiste en miroir, contribuant justement à ce désenchantement. Teilhard de Chardin, qu’il faut bien sûr éviter de réduire à cette vision simpliste, est obsédé par le souci de ne pas laisser la foi à l’écart de la science, qui rejoindra un jour le message religieux dans une réconciliation d’une fin commune. L’un et l’autre, malgré des finalités opposées, oublient que la vérité est toujours définie par son incapacité à user d’instruments de médiation autres que ceux venant de nos sens. Nos sens sont des barrières dont il faut sans cesse se méfier….nous en sommes bien sûr dépendants, mais au moins devons nous le savoir !

Dieu n’est pas au bout de notre lunette astronomique. Il est là tout simplement au fond de nous-mêmes, attendant notre disponibilité. Dieu est là où justement on ne l’attend pas.Il n’est pas au fond d’un tube comme un génie enfermé. Il est là attendant simplement qu’on lui ouvre la porte.

L’avenir spirituel de l’homme est plus dans ce message de l’Annonciation peint par Fra Angelico touché par la grâce que dans nos vains bavardages qui cherchent dans le présent la preuve d’une histoire qui serait désormais close. Il est dans cette humilité reconnaissante de se savoir aimé avec la liberté d’accepter ou de refuser cet amour.

L’Annonciation est attente de notre espérance comme Marie a accepté d’attendre plutôt que chercher une explication sans réponse autre que « je suis là pour accomplir le dessein de Dieu ».

Amen.

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Lecture de la Bible

Luc 1 : 26-38

Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, 27 auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.

28 L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi.

29 Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.

30 L’ange lui dit : Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu. 31 Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. 32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. 33 Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura point de fin.

34 Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme?

35 L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. 36 Voici, Elisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. 37 Car rien n’est impossible à Dieu.

38 Marie dit : Je suis la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta parole! Et l’ange la quitta.

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