Le baptiste, Paul et Diognète

Luc 3:1-22 , 1 Corinthiens 7:17-31

Culte du 7 décembre 2014
Prédication de pasteur Bertrand de Cazenove

Jean le baptiste est le 1er témoin de l’Evangile de Jésus – Christ. Malgré les siècles qui nous séparent de lui, il reste une figure exemplaire : il appelle à changer de vie, à le montrer, à être cohérent, à vivre sa vie non par procuration mais par conviction. Il ne se prêche pas lui-même, mais annonce un autre comme étant le Christ, l’envoyé de Dieu. Il en payera le prix, en étant exécuté en prison. Mais à ses interlocuteurs, notamment aux employés des impôts et aux militaires à qui l’on reprochait de faire le jeu de la puissance étrangère d’occupation, il répond par une sentence morale conventionnelle : « ne demandez pas plus, contentez-vous de votre salaire ».

Paul, l’apôtre qui a impulsé la plupart des premières communautés chrétiennes, tout en prêchant l’Evangile avec zèle et en payant également le prix, appelle à ne pas changer de situation : quand Dieu vous a appelé, écrit-il, vous viviez dans la situation que le Seigneur vous avait donnée. Donc, à part ce que je viens de vous dire (le cas d’un croyant dont le conjoint n’a pas vécu le même parcours de foi), chacun doit continuer à vivre dans cette situation.

Ce précurseur du Christ et ce fondateur d’Eglises sont déroutants. Ils apparaissent à la fois radicaux et conformistes, à la fois libres et soumis, à la fois évangéliques et libéraux.

Dans cette période de l’Avent, les Eglises invitent tout un chacun à se préparer à accueillir à nouveau la bonne nouvelle de Dieu venu en Jésus-Christ. Pour ceux qui croient que cette bonne nouvelle en est une, et qu’elle est même La Bonne Nouvelle, la question de la condition chrétienne demeure toujours d’actualité. Question de cohérence, de témoignage, de fidélité.

Un troisième témoignage peut nous aider à être ce que nous sommes : un extrait de la Lettre à Diognète. Cette lettre, d’un auteur inconnu, est estimée avoir été écrite dans les années 190 après JC, dans la ville d’Alexandrie. Elle a eu un certain impact dans les années 1950-1960 au moment de la constitution du Conseil œcuménique des Eglises, de Vatican II, du combat de Martin Luther King… Elle n’est pas parole d’Evangile, mais elle questionne et elle peut édifier celles et ceux qui veulent assumer le paradoxe de la condition chrétienne :

(Car) les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Ce n’est pas à l’imagination ou aux rêveries d’esprits agités que leur doctrine doit sa découverte ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine humaine. Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares selon le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle.

Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table mais pas la même couche.

Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois.

Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent. On les méconnaît, on les condamne ; on les tue et par là ils gagnent la vie. Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre. Ils manquent de tout et ils surabondent en toutes choses. On les méprise et dans ce mépris ils trouvent la gloire. On les calomnie et ils sont justifiés. On les insulte et ils bénissent. On les outrages et ils honorent. Ne faisant que le bien, ils sont châtiés comme des scélérats. Châtiés, ils sont dans la joie comme s’ils naissaient à la vie. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers ; ils sont persécutés par les Grecs et ceux qui les détestent ne sauraient dire la cause de leur haine.

Cette épître a eu pour but de convaincre ses destinataires, des personnes cultivées, « païennes », d’embrasser la religion chrétienne, et de calmer les craintes de ceux qui se méfient des religions.

Pour dire à ses destinataires le sel de la condition chrétienne, l’auteur utilise des formules antithétiques. Il ne s’agit pas pour lui de faire de la littérature pour le plaisir esthétique de ses lecteurs-auditeurs, mais d‘interroger la perception spontanée que l’on peut avoir des chrétiens, et d’interpeller existentiellement des étrangers à la foi chrétienne. Les chrétiens, non par choix mais par nécessité vivent dans la tension entre le monde auquel ils habitent et la république spirituelle à laquelle ils aspirent.

On retiendra notamment les reproches fait aux chrétiens, et qui sont réfutés : le sectarisme, la débauche, l’insoumission… les chrétiens ne sont pas une secte, ils sont responsables et loyaux.

Les chrétiens sont soumis aux lois de la cité et en même temps, ils obéissent à des lois extraordinaires. Les chrétiens ne sont pas exemptés des lois civiles. Comme tout un chacun ils y sont soumis… en même temps « leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois ».

La fin de cet extrait n’élude pas le conflit de loyauté possible entre les deux appartenances. C’est un contexte de persécution que nous ne connaissons pas en France, et depuis fort longtemps. Mais outre que c’est la situation de tant de chrétiens et d’hommes et de femmes qui luttent pour la dignité humaine dans le monde, cela met en lumière une hiérarchisation qui peut guider le choix ultime du chrétien. L’influence de l’apôtre Paul est indéniable. L’auteur reprend les tribulations liées au ministère de l’apôtre : « Inconnus et pourtant bien connus, moribonds et pourtant nous vivons, châtiés sans être exécutés, attristés mais toujours joyeux, pauvres et faisant bien des riches, n’ayant rien nous qui possédons tout » ! (2 Co 6, 9-10).

Paul, dans la première partie de son ministère, avait la conviction que le Christ allait revenir, physiquement, ce qui accomplira la fin des temps avec l’avènement du Royaume de Dieu. Cette conviction a façonné sa perception de la réalité : la vie quotidienne est marquée par la transformation et la transfiguration du monde par Dieu lui-même. Les chrétiens vivent dans ce monde, mais ils sont appelés à y vivre en Christ. D’où une éthique circonstanciée, cherchant à aller à l’essentiel.

Notre situation est à la fois différente et semblable différente : nous annonçons la venue du Christ non pas à la façon d’un pouvoir terrestre à venir, mais d’une invitation personnelle à chacun à lui ouvrir son cœur, à vivre en communion, et à transmettre sa bénédiction. Mais cette éthique paradoxale de la double appartenance c’est bien ce que nous vivons aussi. La foi chrétienne n’est ni une soumission, ni une évasion, ni une mystification. C’est l’accueil et le dialogue du Dieu de Jésus Christ, avec ce que nous sommes, dans la situation où nous sommes.

Cela peut nous paraître invivable, impossible : conjuguer les réalités du quotidien et la formidable espérance de l’amour et de la foi en Dieu, n’est-ce pas une chimère ? Mais, et l’histoire de l’Eglise nous en fournit bien des signes, si nous faisons de cette double appartenance non un idéal à poursuivre mais une réalité à vivre, alors, se donne à vivre dans notre chair la venue d’un Dieu qui, en Christ, habite et vit avec nous, à part entière. Il est venu à nous, soyons avec lui chaque jour, quelque soient les circonstances.

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Lecture de la Bible

Luc 3:1-22

La quinzième année du règne de Tibère César, -lorsque Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque de l’Iturée et du territoire de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l’Abilène,
2 et du temps des souverains sacrificateurs Anne et Caïphe, -la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert.
3 Et il alla dans tout le pays des environs de Jourdain, prêchant le baptême de repentance, à cause du pardon des péchés,
4 selon ce qui est écrit dans le livre des paroles d’Esaïe, le prophète: C’est la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers.
5 Toute vallée sera comblée, Toute montagne et toute colline seront abaissées; Ce qui est tortueux sera redressé, Et les chemins raboteux seront aplanis.
6 Et toute chair verra le salut de Dieu.
7 Il disait donc à ceux qui venaient en foule pour être baptisés par lui: Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir?
8 Produisez donc des fruits dignes de la repentance, et ne vous mettez pas à dire en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père! Car je vous déclare que de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham.
9 Déjà même la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.
10 La foule l’interrogeait’interrogeait, disant: Que devons-nous donc faire?
11 Il leur répondit: Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même.
12 Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent: Maître, que devons-nous faire?
13 Il leur répondit: N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné.
14 Des soldats aussi lui demandèrent: Et nous, que devons-nous faire? Il leur répondit: Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde.
15 Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en eux-même si Jean n’était pas le Christ,
16 il leur dit à tous: Moi, je vous baptise d’eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu.
17 Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.
18 C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations.
19 Mais Hérode le tétrarque, étant repris par Jean au sujet d’Hérodias, femme de son frère, et pour toutes les mauvaises actions qu’il’il avait commises,
20 ajouta encore à toutes les autres celle d’enfermer Jean dans la prison.
21 Tout le peuple se faisant baptiser, Jésus fut aussi baptisé; et, pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit,
22 et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j’ai mis toute mon affection.

1 Corinthiens 7:17-31

Seulement, que chacun marche selon la part que le Seigneur lui a faite, selon l’appel qu’il a reçu de Dieu. C’est ainsi que je l’ordonne dans toutes les Eglises.
18 Quelqu’un a-t-il été appelé étant circoncis, qu’il demeure circoncis; quelqu’un a-t-il été appelé étant incirconcis, qu’il ne se fasse pas circoncire.
19 La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien, mais l’observation des commandements de Dieu est tout.
20 Que chacun demeure dans l’état où il était lorsqu’il a été appelé.
21 As-tu été appelé étant esclave, ne t’en inquiète pas; mais si tu peux devenir libre, profites-en plutôt.
22 Car l’esclave qui a été appelé dans le Seigneur est un affranchi du Seigneur; de même, l’homme libre qui a été appelé est un esclave de Christ.
23 Vous avez été rachetés à un grand prix; ne devenez pas esclaves des hommes.
24 Que chacun, frères, demeure devant Dieu dans l’état où il était lorsqu’il a été appelé
...
29 Voici ce que je dis, frères, c’est que le temps est court; que désormais ceux qui ont une femme soient comme n’en ayant pas,
30 ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas, ceux qui achètent comme ne possédant pas,
31 et ceux qui usent du monde comme n’en usant pas, car la figure de ce monde passe.

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