La voix des anges

Luc 2:7-21

Culte du 1 janvier 2017
Prédication de pasteur Florence Taubmann

Vidéo de la partie centrale du culte

film réalisé bénévolement par Soo-Hyun Pernot

Culte du dimanche 1er janvier 2017
prédication de la pasteur Florence Taubmann

Frères et sœurs,

Nous voici en compagnie des bergers de Judée, gardant leurs troupeaux sous les étoiles ! Et cette nuit peut très bien nous convenir.

Car, malgré nos fêtes, malgré nos chants, malgré nos sapins illuminés, nos festins, nos réunions de famille joyeuses … nous sommes dans la nuit. Non pas cette nuit devenue étrangère aux cieux de nos villes, mais la nuit de l’âme.

Oui, d’une certaine façon, la nuit est en nous. Un coin de notre conscience est enténébré, une bonne partie de nos pensées, de nos conversations, de nos préoccupations témoigne des angoisses de ce temps que nous vivons.

Menaces terroristes, guerres et réfugiés, misère et corruption dans une grande partie du monde, et dans nos villes, multiplication des sans-abris … au moment même où certains de nos jeunes ne trouvent pas d’emploi et désespèrent de l’avenir, au moment où certains de nos concitoyens désespérèrent du présent et envisagent pour l’avenir des solutions politiques radicales et dangereuses !

Oui nous sommes dans la nuit ! Sans vision, sans perspectives.

Alors le chant des anges peut-il déchirer notre nuit ?

La Bonne Nouvelle reçue par les bergers il y a deux mille ans peut-elle résonner de manière significative ?

Il ne s’agit pas de faire semblant, de s’enfermer dans des discours pieux ou de s’exalter à coups d’Alléluia pour s’assurer une merveilleuse évasion hors de ce monde !

Est-ce que Noël a un sens réel, concret, pour nous aujourd’hui ?

Ruminant ces questions, je suis sortie de chez moi quelques jours avant Noël pour aller au Franprix faire des courses.

A une trentaine de mètres du portail, allongé contre le mur, vaguement emmitouflé dans un sac, un jeune homme dormait … Il avait brûlé de vagues papiers pour se réchauffer et était barbouillé de cendres.

Peu appétissant donc !

Je suis passée, me demandant si après tout il était vivant ou mort, mais n’ayant aucun courage, aucune force pour aller vérifier …. Et nourrissant au fond de moi le triste scepticisme du chrétien honteux, et qui plus pasteur, et qui plus est encore réfléchissant à cette prédication qu’il fallait préparer pour le 1er janvier !

J’ai failli téléphoner pour me décommander. Vraiment ! Car je ne pouvais me duper moi-même en me construisant les mille et une justifications susceptibles de rassurer ma très mauvaise conscience. Ma conscience désespérée. Ma conscience fatiguée, paresseuse.

Raconter Noël, s’émouvoir devant la crèche, critiquer l’excès de bien-être et de richesse …. Faire l’aumône d’une petite pensée pour les pauvres et les enfants des pays en crise …. Donner même un peu de sous !

Et ne pas s’arrêter devant ce jeune homme pour vérifier s’il était en vie !

Heureusement quand je suis repassée il était éveillé, et moi donc rassurée.

Et cet œil ouvert m’a quand même encouragée à lui parler, lui poser des questions, lui demander s’il avait faim, et comme c’était oui j’ai eu la joie de pouvoir lui descendre de la soupe, des sandwiches et des fruits. Plus un nouveau sac de couchage, un pull et des chaussettes.

Parfois frères et sœurs nous sommes quand même sauvés par les œuvres !

Oui mais …. Et après ?

Mon mari a de son côté pris la peine de téléphoner au 115. Les abris étant archi - bondés il n’y avait pratiquement aucune chance pour notre « Christian » de trouver une place. Il en avait bénéficié deux nuits auparavant.

Question suivante : Vous vous la posez, nous nous la sommes posée.

Et alors ?

Alors non ! Non nous n’avons pas invité Christian à venir chez nous. Et ce non n’était pas instinctif mais réfléchi.

Mais bien que réfléchi ce non n’a nullement fermé le dilemme.

Le dilemme de Noël, le dilemme de celui qui se dit chrétien.

Il y a les bergers dans la nuit, la voix des anges, la prière pour les démunis, l’engagement à l’accueil, à l’ouverture des cœurs et des maisons, et tout le bla bla religieux que nous savons très bien psalmodier sur tous les tons….

Et il y a la réalité dont on va juste dire qu’elle est plus compliquée que cela …. Qu’elle n’oublie jamais personne et qu’elle nous attend avec ses exigences y compris aux lendemains de nos grands coups de cœur ….

Noël est le début d’une histoire mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Et il en va de même pour Pâques et Pentecôte.

Mais alors quoi ? L’exigence biblique de traiter le prochain en frère, en autre soi-même ne retentit-elle pas avec encore plus de force et d’exigence à Noël à Pâques, à Pentecôte ?

Couvrir l’homme nu qui a froid, nourrir celui qui a faim, accueillir le sans-abri, consoler le malheureux !

Nous n’avons pas accueilli dans notre maison le malheureux Christian qui a repris son chemin dans les rues de Paris, d’abri de fortune en abri de fortune … Tout au plus l’avons-nous nourri et réchauffé un moment …

Il n’y a pas eu de miracle de Noël ….

Pourtant la question est restée ouverte, avec une certaine dose de mauvaise conscience.

Le soir même je partageai cette histoire et cette perplexité avec un ami chez qui nous dinions.

Il réagit tout de suite en me racontant le choc qu’avait été pour lui, quand il avait 15 ans, le film de Bunuel : Nazarin, où il est question d’un prêtre dont la générosité sans limites le conduit à la misère et finalement à une forme de mort.

A partir de là notre ami était devenu fort sceptique et avait converti sa foi religieuse en action politique.

La question est donc : jusqu’où l’imitation de Jésus-Christ » ?

Jusqu’où la passion ?

Quelle est la bonne mesure ? Est-ce la démesure de celui qui donne tout et même sa vie jusqu’à en mourir ?

Mais voulons-nous mourir ? Est-ce cela qui nous est demandé ? Nous ne sommes pas tous Mère Teresa ou le Père Pedro.

Ou alors nos demi-mesures peuvent -elles être considérées comme la bonne mesure ?

Ceci ne paraît-il pas bien petit, bien mesquin pour la grande nouvelle de Noël, celle de Pâques et celle de Pentecôte ?

Bonjour la mauvaise conscience.

C’est peut-être cette conscience-là, cette mauvaise conscience qui fait de nous des chrétiens un peu fatigués au bout de 20 siècles et malgré la grande chaine des magnifiques témoins qui ont éclairés les siècles de l’histoire humaine.

Voici donc la teneur des propos échangés lors de ce diner avec notre ami. Mais nous ne nous sommes pas arrêtés là dans notre conversation.

Et croyants et athées nous avons, presque en même temps, avec des mots légèrement différents, affirmé avec une sorte de ferveur et beaucoup de conviction que…

Noël reste cependant une nouvelle extraordinaire ….

Le chant des messagers dans le ciel a porté jusqu’à nous une annonce qui a véritablement bouleversé l’histoire des hommes, l’histoire des nations :

Le Divin, le Transcendant, Celui qui s’est révélé à Moïse comme, à la fois le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, et l’existant de toute éternité … le 3je suis qui serai » .... ce Dieu s’est incarné, s’est fait connaitre, s’est donné en ce petit juif né dans l’étable de Bethléem…. Yehoshuah, le Sauveur !

Et la nouvelle inouïe, au cœur de cette nuit de Judée, c’est qu’à partir de ce moment-là, où l’incommensurable, l’Eternel se rend présent en un seul petit être, à l’aube de sa vie et même avant sa naissance …. Cela signifie qu’il est présent en tout être, en chacun. Nous ne sommes plus une foule, une horde, une espèce, un ensemble de races, un sexe fort un sexe faible, ou je ne sais quoi … Nous sommes des personnes uniques, précieuses aux yeux de l’Eternel.

Voilà ce que l’humanité reçoit, dans la nuit de Noël.

Elle reçoit, dans l’enfant Jésus, la confirmation, étendue à tous, de ce que le peuple hébreu a déjà reçu dans la première alliance, à savoir la connaissance et la promesse que tout être humain est créé à la ressemblance et à l’image de Dieu.

C’est sur la base de cette affirmation et de cette confirmation que s’est construit, à travers les siècles et non sans heurts, sans retour en arrière, sans difficultés, sans trahisons, sans polémiques … l’humanisme dont nous sommes les héritiers.

Humanisme religieux, humanisme philosophique, humanisme laïque, humanisme politique …… quel qu’il soit, il est universel, il est pour tous.

Mais sa source profonde vient de ce lieu-là, vient de cette nuit-là, où le chant des anges a ravi les bergers de Judée.

Frères et sœurs, nous avons, avec notre ami, poursuivi notre conversation sur ce thème, allant jusqu’à affirmer qu’un seul et même humanisme unit les hommes de bonne volonté, qu’ils soient croyants ou non, et de quelque religion que ce soit. Mais ensemble nous sommes convenus que sa source est vraiment judéo-chrétienne.

Puis notre ami nous a donné un exemple de cet humanisme partagé : dans le village où il vit maintenant avec son épouse, le maire socialiste a décidé avec son conseil d’accueillir des familles de réfugiés syriens. Ce sont principalement des paroissiens catholiques qui ont organisé cet accueil, mais non sans l’aide de bénévoles non chrétiens et non-croyants. Et tous travaillent ensemble pour humaniser cet accueil, le rendre chaleureux et positif du point de vue de l’intégration.

Alors nous retrouvons notre question de départ : que signifie accueillir 5 ou 6 familles quand ce sont des milliers qui ont dû fuir leur pays et qu’une majorité vit dans des camps ?

Que signifie donner une soupe et un sandwich à ce jeune homme qui va encore errer d’abri de fortune en abri de fortune ?

Frères et sœurs, tant que nous ne sommes pas dans le Royaume de Dieu, nous devons accepter que notre mesure ne soit bien souvent qu’une demi-mesure et que l’autre moitié reste notre mauvaise conscience. Nous pouvons un peu, nous ne pouvons pas tout, mais nous devons faire toujours un peu plus, et jamais ne nous consoler de ne pouvoir faire davantage.

Ce terrible inconfort est le signe de notre humanisme.

C’est le signe que nous sommes encore dans la condition historique des enfants de Dieu, « simul pecator, simul justus, semper penitans » comme disait Luther ( à la fois pécheur, à la fois pardonné, toujours pénitant).

Frères et sœurs réjouissons-nous, en ce début d’année 2017, de ce trésor humaniste porté jusqu’à nous à travers les siècles. Qui nous vient de ce que Dieu a choisi d’être « Emmanuel », Dieu avec l’humain, pour l’humain, en l’humain.

Gardons cet humanisme contre tous ceux qui veulent l’attaquer et le remettre en cause : les fanatiques et extrémistes de tous bords qui eux, prêchent un Dieu contre l’homme, un Dieu pour la mort et non pour la vie.

Nous avons le devoir et la responsabilité de transmettre à nos enfants et aux générations qui viendront cette vérité : en s’incarnant en ce petit enfant que fut Jésus de Nazareth, Dieu a inscrit sa divinité en chaque être humain, en tout être humain, pour la vie, la liberté, et pour les siècles des siècles. Amen !

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Lecture de la Bible

Luc 2:7-21

Elle mit au monde un fils, son premier-né. Elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'abri destiné aux voyageurs.

Dans cette même région, il y avait des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les entoura de lumière. Ils eurent alors très peur. Mais l'ange leur dit : « N'ayez pas peur, car je vous apporte une bonne nouvelle qui réjouira beaucoup tout le peuple : cette nuit, dans la ville de David, est né, pour vous, un Sauveur ; c'est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous le fera reconnaître : vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. »

Tout à coup, il y eut avec l'ange une troupe nombreuse d'anges du ciel, qui louaient Dieu en disant : « Gloire à Dieu dans les cieux très hauts, et paix sur la terre pour ceux qu'il aime ! »

Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : « Allons donc jusqu'à Bethléem : il faut que nous voyions ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se dépêchèrent d'y aller et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche. Quand ils le virent, ils racontèrent ce que l'ange leur avait dit au sujet de ce petit enfant. Tous ceux qui entendirent les bergers furent étonnés u de ce qu'ils leur disaient. Quant à Marie, elle gardait tout cela dans sa mémoire et y réfléchissait profondément. Puis les bergers prirent le chemin du retour. Ils célébraient la grandeur de Dieu et le louaient pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, car tout s'était passé comme l'ange le leur avait annoncé.

Le huitième jour après la naissance, le moment vint de circoncire l'enfant ; on lui donna le nom de Jésus, nom que l'ange avait indiqué avant que sa mère devienne enceinte.

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