La vocation de Jérémie

Jérémie 1:4-19 , Ephésiens 1:1-14 , Matthieu 2:13-21

Culte du 24 mars 2019
Prédication de Bernard Cottret

Vidéo de la partie centrale du culte

« Avant que je t’eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t’avais consacré »,

Frères et sœurs, je voudrais vous parler de ce dont on ne parle pas, Je voudrais vous parler de ce dont on ne parle plus,
Je voudrais vous parler de la grâce et du salut,
Je voudrais vous parler de la violence et de l’insolence de la grâce,
De son caractère irrémissible,
Du caractère inadmissible de ce mystère de l’élection dont je ne sais quel gilet jaune me disait l’autre jour qu’il était profondément injuste.
Et pour aggraver encore ma faute envers vous, je voudrais vous parler de la prédestination, cet animal étrange, ce schibboleth des huguenots d’autrefois.
Je vous parlerai ici en historien et en universitaire, et non pas en théologien ou en exégète spécialiste des textes sacrés. Dès lors, ce texte de Jérémie, je m’interrogerai sur lui d’abord aval et non pas en amont, en terme d’échos et de réception. Quel sens peut revêtir la littérature prophétique juive dans la conscience chrétienne ? Quelle a été sa place dans la Réforme protestante ?
Quoi de plus troublant, quoi de plus injuste, quoi de plus inacceptable que cette idée d’un Dieu qui librement élit et qui sauve, qui sauve sans qu’il faille invoquer quelque juste rétribution, quelque mérite, quelque récompense. Ce message, qui fut celui de la Réforme, ce message ponctue l’annonce libératrice de Martin Luther, lorsqu’il annonce que le fidèle est à la fois juste et pécheur, simul justus et peccator, et donc aucune Eglise, fût-elle sainte, fût-elle parfaite, fût-elle vraiment l’Eglise, fût-elle unique, catholique, universelle, sainte et inspirée, aucune Eglise donc ne saurait garantir à quiconque l’accès du royaume. L’humanité parvint idéalement ainsi à se libérer de cet au-delà peuplé d’âmes souffrante, d’âmes en peine, d’âmes torturée par des diables que la riche imagination médiévale nous décrit avec force détails, cette Eglise de la peur, cette Eglise de la crainte, cette Eglise impitoyable qui condamne et qui foudroie, a-t-elle pour autant totalement disparu ?
Ouvrons nos bibles : le prophète Jérémie est présenté comme l’auteur de trois textes distincts ; le livre de Jérémie, les remarquables Lamentations, qui se sont prêtées à d’extraordinaires élaborations musicales chez Thomas Tallis, Marc-Antoine Charpentier, et Couperin (Leçons des ténèbres). Il existe enfin un troisième texte, une Lettre de Jérémie, l’un des livres deutérocanoniques présent dans la Septante et non pas dans la Bible hébraïque. Il se trouve à ce titre dans la TOB mais pas dans la version Segond, la plus commune dans nos églises de la Réforme de langue française.
Le texte de Jérémie s’inscrit dans un temps trouble marqué par la dévastation de Jérusalem en 587 avant notre ère. On y trouve une référence explicite à la déportation du peuple et à son retour, avant la conversion des nations. Mais je souhaiterais me concentrer sur le début.
L’Alsacien André Néher a écrit sur Jérémie de belles et fortes pages il y a une soixantaine d’années : au premier contact avec le Livre de Jérémie : « on a l'impression de tenir entre les mains non pas un livre, c'est-à-dire le produit d'une réflexion mûre et concertée, mais un document qui fait partie encore de l'histoire qu'il raconte et qui porte les traces des circonstances dramatiques dans lesquelles il a été rédigé ». (André Neher, Jérémie). Il poursuivait : « Le Livre de Jérémie est ainsi doublement inachevé : inachevé dans son inventaire des paroles de Jérémie ; inachevé dans le sens qu'il voulait donner à cet inventaire ».
L’inachèvement tel fut pour moi l’une des grilles de lecture que j’utilisai pour rédiger mon livre sur Calvin, en parlant de portrait inachevé. Je me demanderai maintenant si l’inachèvement n’est pas l’une des clés de l’expérience réformatrice. Si Dieu s’est bien retiré du monde, comme y insiste la mystique juive, l’expérience religieuse est d’abord celle d’un vide, ou mieux encore d’une béance. Face au trop-plein de l’attente messianique ou eschatologique il faut poser le « trop-vide » de notre époque.
L’apôtre Paul inlassablement nous accompagne, il nous accompagne nous protestants plus qu’aucun autre depuis cinq siècles,
Il nous accompagne pour le meilleur, et souvent pour le pire, il faut bien le dire. Et du reste, ce Paul n’est souvent pas l’apôtre lui-même mais celui du paulinisme. L’épître aux Ephésiens n’est probablement pas de Paul lui-même mais de son entourage. Loin de le déplorer l’historien s’en félicitera car il pourra ainsi saisir, dans la variation même une pensée ou mieux encore une doxa qui se cherche et qui s’élabore.
Quelle est cette doxa ? Je reprends le texte en le paraphrasant :
« En / Christ / Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de la gloire de sa grâce qu’il nous a accordée en son bien-aimé. « En lui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce, que Dieu a répandue abondamment sur nous par toute espèce de sagesse et d’intelligence, nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu’il avait formé en lui-même, pour le mettre à exécution lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre.
« En lui nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté, afin que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d’avance avons espéré en Christ ».
Nous sommes maintenant mieux en mesure de comprendre ce qu’est la prédestination. La prédestination est d’abord un discours de refondation. Il s’agit pour l’apôtre Paul et ceux qui le suivent et s’en inspirent de fonder un nouvel Israël en créant l’Eglise.
Il s’agira pareillement pour Luther, Calvin et les autres de refonder l’Eglise sur les débris du christianisme historique, du christianisme médiéval, de cette Eglise en laquelle ils ne croient plus. C’est toujours, comme la dissuasion nucléaire, un défi du faible au fort. Il faut bien être prédestiné quand on est minoritaire pour avoir l’arrogance de croire que seul contre tous on a encore raison. C’est pour cela et non par quelque odieuse perversité mentale que la doctrine de la prédestination a un tel écho dans les milieux réformés ou un peu plus tard portroyalistes, au tournant des XVIe-XVIIe siècles.
La prédestination est en fait la révolution copernicienne de la théologie.
C’est dans l’Institution de la religion chrétienne que l’on trouvera la meilleure illustration du terrible décret d'élection qui sauve ou qui condamne sans rémission ». Le Dieu de Calvin nous est devenu en partie incompréhensible, parce qu’il éprouve pour ses enfants une passion exclusive, jalouse, à la limite insensée. Dieu réprouve parce qu'il aime. Aimerait-il autant s'il ne réprouvait pas? Le sobre Calvin, Calvin le docte, le discret, le vénérable, aurait-il été un passionné ? La biographie que j’avais consacrée au Réformateur il y a vingt-cinq ans tente de répondre à sa façon à cette question existentielle …

Lecture de la Bible

Jérémie 1, 4-19

La parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots :

Avant que je t’eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t’avais consacré, je t’avais établi prophète des nations.

Je répondis : Ah ! Seigneur Éternel ! voici, je ne sais point parler, car je suis un enfant.

Et l’Éternel me dit : Ne dis pas : Je suis un enfant. Car tu iras vers tous ceux auprès de qui je t’enverrai, et tu diras tout ce que je t’ordonnerai.

Ne les crains point, car je suis avec toi pour te délivrer, dit l’Éternel.

Puis l’Éternel étendit sa main, et toucha ma bouche ; et l’Éternel me dit : Voici, je mets mes paroles dans ta bouche.

Regarde, je t’établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes, pour que tu arraches et que tu abattes, pour que tu ruines et que tu détruises, pour que tu bâtisses et que tu plantes.

La parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots : Que vois-tu, Jérémie ? Je répondis : Je vois une branche d’amandier.

Et l’Éternel me dit : Tu as bien vu ; car je veille sur ma parole, pour l’exécuter.

La parole de l’Éternel me fut adressée une seconde fois, en ces mots : Que vois-tu ? Je répondis : Je vois une chaudière bouillante, du côté du septentrion.

Et l’Éternel me dit : C’est du septentrion que la calamité se répandra sur tous les habitants du pays.

Car voici, je vais appeler tous les peuples des royaumes du septentrion, dit l’Éternel ; ils viendront, et placeront chacun leur siège à l’entrée des portes de Jérusalem, contre ses murailles tout alentour, et contre toutes les villes de Juda.

Je prononcerai mes jugements contre eux, à cause de toute leur méchanceté, parce qu’ils m’ont abandonné et ont offert de l’encens à d’autres dieux, et parce qu’ils se sont prosternés devant l’ouvrage de leurs mains.

Et toi, ceins tes reins, lève-toi, et dis-leur tout ce que je t’ordonnerai. Ne tremble pas en leur présence, de peur que je ne te fasse trembler devant eux.

Voici, je t’établis en ce jour sur tout le pays comme une ville forte, une colonne de fer et un mur d’airain, contre les rois de Juda, contre ses chefs, contre ses sacrificateurs, et contre le peuple du pays.

Ils te feront la guerre, mais ils ne te vaincront pas ; car je suis avec toi pour te délivrer, dit l’Éternel.

Ephésiens 1, 1-14

Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, aux saints qui sont à Éphèse et aux fidèles en Jésus-Christ

Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ !

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ !

En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté,à la louange de la gloire de sa grâce qu’il nous a accordée en son bien-aimé. En lui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce, que Dieu a répandue abondamment sur nous par toute espèce de sagesse et d’intelligence,nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu’il avait formé en lui-même, pour le mettre à exécution lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre.

En lui nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté, afin que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d’avance avons espéré en Christ.

 En lui vous aussi, après avoir entendu la parole de la vérité, l’Évangile de votre salut, en lui vous avez cru et vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis,

lequel est un gage de notre héritage, pour la rédemption de ceux que Dieu s’est acquis, à la louange de sa gloire.

Evangile

Matthieu 2, 13-21

Lorsqu'ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu'à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr.

Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Egypte.

15 Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: J'ai appelé mon fils hors d'Egypte.

Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages.

17 Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète: On a entendu des cris à Rama, Des pleurs et de grandes lamentations: Rachel pleure ses enfants, Et n'a pas voulu être consolée, Parce qu'ils ne sont plus.

Quand Hérode fut mort, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Egypte,

20 et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et va dans le pays d'Israël, car ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant sont morts. Joseph se leva, prit le petit enfant et sa mère, et alla dans le pays d'Israël. Mais, ayant appris qu'Archélaüs régnait sur la Judée à la place d'Hérode, son père, il craignit de s'y rendre; et, divinement averti en songe, il se retira dans le territoire de la Galilée,

23 et vint demeurer dans une ville appelée Nazareth, afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par les prophètes: Il sera appelé Nazaréen.

Confession de foi Matthieu 16, 13-20

Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples: Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l'homme? Ils répondirent: Les uns disent que tu es Jean-Baptiste; les autres, Elie; les autres, Jérémie, ou l'un des prophètes. Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis?
Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.  Jésus, reprenant la parole, lui dit: Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ.

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