La vocation d’Abram

Genèse 12:1-10 , Genèse 13:14-16

Culte du 17 septembre 2019
Prédication de Agnès Adeline-Schaeffer

Vidéo de la partie centrale du culte

Amis, frères et sœurs, 

Aujourd’hui est un dimanche un peu différent des autres, en ce sens que c’est le dimanche, dit de « l’Education Biblique ». Tous les jeunes de notre Eglise, des tout-petits aux catéchumènes font leur rentrée ! Cette année, le thème retenu pour toutes les rencontres avec les enfants de l’école biblique est celui de la vocation. Nous découvrirons chaque mois, dans la Bible,  un récit de vocation, avec des personnages de référence du Premier Testament, comme Abraham, Moïse, Noé ou Samuel, pour n’en citer que quelques uns.   

Non seulement ces personnages sont des références bibliques,  mais ils sont aussi des points de repère dans le temps. Mais surtout,  ils sont des exemples de croyants. J’aurais envie de dire : des croyants « rassurants », parce que tous ces personnages ne sont pas parfaits, loin de là, mais ce sont des chercheurs de Dieu, qui sont devenus des croyants qui ont « trouvé », chacun à leur manière. C’est leur expérience de Dieu qui est racontée dans la Bible. 

Leur cheminement peut aussi être le nôtre. Chaque comportement de ces hommes,  et du peuple qui les accompagne de génération en génération, ont quelque chose à nous dire pour notre foi, aujourd’hui, qu’elle soit profonde ou vacillante, ancienne ou balbutiante. Ce qui  est raconté dans les pages de la Bible, malgré le temps qui nous sépare du moment où ces récits ont été écrits, est d’une extraordinaire actualité pour nous aujourd’hui. Ce sont des récits de vie et de foi qui peuvent nous rejoindre, là où nous en sommes, tels que nous sommes. 

Nous sommes donc invités à lire le récit de la vocation d’Abram. Invités à le découvrir ou à le redécouvrir.  Avec ce récit, nous nous rappelons que le peuple d’Israël, pas encore constitué comme tel, est un peuple de nomades et de marcheurs. Et le mot de vocation peut impressionner. En effet, chaque fois que nous entendons  ce mot, on a l’impression que la religion n’est jamais très loin. Et c’est vrai, d’une certaine façon, si on s’arrête à la définition première de ce mot, en tant que mouvement intérieur par lequel on se sent appelé par Dieu. Mais il ne faut pas oublier les autres définitions de ce mot.  La vocation, c’est aussi un penchant particulier pour un genre de vie, non religieuse pour autant, un penchant pour un certain type d’activités, comme avoir une vocation pour tel ou tel métier ou avoir une vocation d’artiste. 

Alors, de quelle vocation s’agit-il pour Abram ? 

Dieu lui dit simplement de quitter son pays d’origine. Après  Ur en Chaldée, qui se situe dans le pays de l’Irak d’aujourd’hui, installé à Charan avec toute sa tribu, Abram reçoit un appel, pour se rendre en Canaan, sur une terre nouvelle, dans un pays inconnu. 

L’histoire d’Abram est particulière. Ce personnage est présent dans la tradition juive, la tradition  chrétienne et la tradition musulmane. Et pour ces trois religions monothéistes, cet homme est l’exemple même de la foi absolue, en Dieu, qu’il ne discute pas et qu’il ne remet pas en cause. 

Beaucoup plus tard, dans le Nouveau Testament, dans la lettre aux Hébreux, dont on ignore qui l’a écrite, l’auteur de cette lettre  a bien compris la relation qui existe entre Abraham et Dieu. Il écrit ceci : par la foi, Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait (He 11,8). 

Voilà la vocation d’Abram : il est appelé à la foi. 

C’est un récit important, qui mérite notre attention, parce qu’il raconte le début de l’aventure de la foi. On pourrait dire : au commencement de la relation entre l’homme et Dieu, il y a la foi d’Abram. Nous pouvons remarquer qu’Abram ne dit rien. Il obéit, non pas en parlant, mais en se mettant en route. 

Mais au fond, ce qui est un véritable exemple de foi, c’est qu’Abram accueille le projet de Dieu dans sa vie, au fur et à mesure qu’il avance. 

L’histoire d’Abram, qui deviendra  plus tard, Abraham, commence au chapitre 12 du livre de la Genèse. Mais au chapitre 11, il y a l’histoire de la tour de Babel, cette tour que les hommes ont construite dans leur folie des grandeurs pour se faire un nom.  Les hommes veulent devenir les égaux de Dieu et veulent s’assurer l’accès au ciel. C’est une entreprise collective et totalitaire : un seul peuple, une seule langue, une seule race. Les hommes veulent tout niveler et supprimer les différences et  la diversité et par voie de conséquence, la liberté des peuples. 

Mais ce projet ne voit pas le jour. Le texte dit que Dieu descend lui-même mettre le désordre (Gn 11/7).  Il disperse les hommes sur toute la terre, avec un handicap supplémentaire : il les empêche aussi de se comprendre. Les hommes deviennent des nomades à la recherche de ce qu’ils ont perdu.

Mais finalement c’est à Abram que Dieu promet un nom et une descendance. 

C’est, d’une certaine façon, une nouvelle étape de la création du monde. Après les origines de l’humanité, concentrées sur 11 chapitres dans toute la Bible, c’est par un homme et sa famille que Dieu choisit de se faire connaître, de se révéler au monde. C’est un nouveau commencement. 

Ce qui est intéressant de constater, c’est que Dieu ne donne pas tout de suite satisfaction à Abram, en ce sens qu’il lui fait une grande promesse, qui va avoir besoin de temps pour  se réaliser : marcher vers un pays inconnu, dont on ne sait pas si c’est loin ou non, faire d’Abram une grande nation, alors qu’il est tout seul à être appelé, et le vertige d’une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer. Tout cela va prendre du temps, beaucoup de temps, tellement de temps, qu’Abram devra attendre sa propre vieillesse et surtout la vieillesse de sa femme Saraï,  pour voir naître, contre toute espérance, l’enfant de la promesse, Isaac. Mais entre temps, un autre enfant, Ismaël, sera né d’une autre femme, Agar. Mais les deux fils auront chacun leur mission, et leur bénédiction. 

Lorsque nous lisons ce récit de la vocation  d’Abram, c’est de remarquer ce que Dieu dit à Abram, et  d’observer l’attitude d’Abram. 

Sur un appel très sobre de Dieu,  ce que je traduirais volontiers par l’intuition spirituelle, intérieure, intime,  d’Abram, cet homme s’en va, il abandonne sa patrie, mais aussi son clan, ce qui est un geste inouï quand on sait que l’individu à cette époque n’existe que par l’appartenance à sa communauté. Mais il ne part pas entièrement seul, puisque sa femme, son neveu, des serviteurs et des servantes partent avec lui. En partant, il se coupe de son  passé. En quittant le territoire familial, Abram devient solidaire de toutes les nations auxquelles il transmettra la bénédiction que Dieu lui promet, ainsi qu’à sa descendance. Toutes les familles de la terre seront bénies en lui. Sa personne contient une bénédiction pour le monde entier, elle-même contenue quelques chapitres plus loin, dans le nom d’Abraham, Dieu ayant changé son nom, (chapitre 17), Abraham voulant dire « Père d’une multitude ». 

« Quitte ton pays, ta parenté, et la maison de ton père, et va dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation. Je te bénirai. » 

Cela fait mince comme feuille de route ! Abram entre dans l’aventure de la foi, c'est-à-dire de la confiance absolue, en acceptant la promesse absurde d’avoir une descendance alors qu’il est déjà âgé. Le texte nous dit qu’il avait 75 ans, quand il est parti. Ici, la foi, c’est un chemin qui débute par la rupture. Rupture avec ce qui est connu,  avec ce qu’il sait, pour découvrir l’inconnu, la nouveauté et l’inattendu. Il découvrira tout en route. Il faut juste marcher dans la confiance chevillée au corps.

En hébreu, la parole que Dieu adresse à Abram est très exactement celle-ci : « Va lève-toi ! Va,  pour toi-même, hors de ton pays ». 

« Va pour toi-même », ou encore « va vers toi » ! Le départ vers une terre inconnue n’est pas que géographique. C’est aussi l’occasion d’un voyage intérieur. Va vers la terre que je te montrerai, mais va à la découverte de toi-même.  Tu cherches à donner un sens à ta vie ? Alors, c’est en marchant que tu le trouveras, et que tu te trouveras toi-même. C’est en avançant que tu trouveras ta vraie personnalité, tu découvriras qui tu es vraiment. 

Abram quitte sa famille, autrement dit, sa mère, le lieu de sa naissance, son père, le lieu de son enfance, où il a grandi. Au fur et à mesure qu’il avance, alors qu’il pourrait se perdre, en fait, il se trouve. Dans son voyage, il comprend que son identité ne se trouve pas derrière lui dans sa naissance, sa nationalité ou son territoire, mais qu’elle est devant lui, un pas après l’autre, en marchant dans le désert, c’est à dire, vers l’inconnu, voire l’inquiétant. 

D’ailleurs, tout de suite après son départ,  Abram s’arrête à Sichem. Mais il y trouve la famine.  Il ne peut pas s’installer et il poursuit sa marche jusqu’en Egypte.

Si on peut comprendre la marche d’Abram comme une quête de soi-même, un chemin pour se découvrir lui-même, le texte biblique nous indique que le chemin sera plus long que prévu. Il devra encore attendre 25 ans pour que s’accomplisse la promesse d’une postérité. Sa patience est mise à l’épreuve. Un peuple doit naître de sa foi. Mais il n’en verra pas les fruits. Ce sont ses descendants qui finalement seront les propriétaires en droit du pays de Canaan.

Si parfois notre route nous paraît longue, difficile, nous pouvons toujours nous dire que Abram nous a déjà précédé sur ce chemin. C’est la route de la vie, de la liberté, de l’autonomie, et au fond,  on ne finit jamais de la parcourir. 

Lorsque nous lisons ce récit de la vocation d’Abram,  on a l’impression que la réponse d’Abram est immédiate.  Il fait confiance, et il part. Il ne sait pas où il va, mais la confiance qu’il fait à Dieu lui permet de découvrir les signes de sa présence tout au long de la route. Et Il avance. 

Malgré sa confiance absolue, cela n’empêchera pas Abraham d’avoir ses épreuves.

Alors, qu’est ce que promet Dieu à Abram : un pays alors qu’il quitte le sien et une descendance aussi nombreuse que les étoiles du  ciel, et que les grains de sable de la mer, alors que sa femme, Saraï ne peut pas avoir d’enfants et d’être une bénédiction pour tous les peuples. Comment se réalisera cette promesse ? Par la confiance et par l’alliance. 

De la confiance,  impatiente, naîtra d’abord Ismaël  ayant pour maman, Agar, puis de la confiance réitérée  naitra Isaac, ayant pour maman Sarah. 

Ismaël deviendra l’ancêtre des musulmans,  et plus tard, Mahomet sera le prophète de la révélation du  Coran.

Isaac deviendra l’ancêtre des juifs, et  encore plus tard, Jésus naîtra de cette descendance. Certains le reconnaîtront comme étant le Messie, le Christ.  Sa parole mettra en route des millions d’hommes et sera à l’origine de nombreuses vocations. C’est pourquoi Abraham sera appelé plus tard le père des croyants, juifs, chrétiens et musulmans. C’est pourquoi aujourd’hui, grâce à Abraham, nous sommes invités au  dialogue interreligieux, avec les juifs et les musulmans, parce que l’humanité est diverse et plurielle, et que nous sommes appelés à vivre ensemble, les uns avec les autres. 

Mais cette promesse se réalise aussi avec un  autre mot : c’est le mot « alliance », fondamental pour décrire la relation de Dieu avec son peuple. C’est en cela que cette notion de  Dieu dans la Bible, se différencie des autres notions de dieux. Le Dieu du début de la Genèse aurait pu tout diriger du ciel ou rester indifférent au  sort de la terre. En devenant le Dieu d’Abraham, il choisit une autre solution, celle de l’alliance qui induit la notion de collaboration entre Dieu et l’être humain. Dans la Bible, Dieu choisit de faire de l’être humain un partenaire pour construire une histoire. Dieu sera le Dieu d’Abraham, puis d’Isaac, puis de Jacob, puis de Moïse, puis des  prophètes. Chaque génération fera la découverte de Dieu, dont elle parlera avec ses mots personnels, suscité par la nouvelle relation, qui s’instaure. Plus on avancera dans le temps, et dans l’histoire spirituelle des hommes, selon la Bible, plus la part de l’être humain deviendra importante. 

Je partage avec vous une question qu’un enfant de l’école biblique m’a posée un jour : 

Qu’est ce qui se serait passé si Abram n’était pas parti ? Est-ce qu’il était libre ? Si Abram n’était pas parti, sa vie n’aurait jamais changé, et il n’y aurait pas eu cette histoire. Et peut-être même pas d’histoire de Dieu avec les hommes. 

Pour ma part, je pense qu’Abram était libre,  soit de rester, soit de partir. Ici, Dieu ouvre un avenir à Abram. D’ailleurs, l’appel qu’il lance à Abram de partir, n’est accompagnée ni de remontrances, ni de menaces,  si Abram ne partait pas. 

Abram fait donc le choix, librement, de partir.  Il fait le choix de la confiance absolue de partir vers cet avenir, à première vue irréalisable. Et c’est cela qui en fait sa vocation. 

Cette vocation continue aujourd’hui, parce que des hommes et des femmes quittent leurs sécurités non seulement pour s’aventurer sur le chemin de la foi, mais aussi pour changer de vie, surtout pour partir à la découverte de leur vie à eux,  et à la découverte d’eux-mêmes. 

Ils reçoivent leur vocation qui leur est lancée par une parole d’un autre, qui  les rejoint là où ils en sont, tels qu’ils sont. Ils prennent pour eux une parole certes, d’autrefois, mais qui n’a pas pris une ride,  qui donne sens à leur vie et qui oriente leur marche. A travers cette parole, ils découvrent une présence qui ne les quitte plus. Cette parole est aujourd’hui à portée de chacune de nos vies.  

Quitte ton pays et va vers toi-même.  Tu n’es pas seul, le Seigneur part avec toi. A nous de la saisir, cette parole,  parce qu’aujourd’hui, c’est le premier jour de ce qui nous reste à vivre. Autrement  dit c’est aujourd’hui que tout commence ! Alors, joyeuse rentrée à chacune et à chacun !

Amen

Lecture de la Bible

Genèse 12/1-10 1 L'Éternel dit à Abram : Va-t'en de ton pays, de ta patrie et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. 2 Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand. Deviens donc (une source) de bénédiction. 3 Je bénirai ceux qui te béniront, Je maudirai celui qui te maudira. Toutes les familles de la terre Seront bénies en toi. 4 Abram partit, comme l'Éternel le lui avait dit, et Loth partit avec lui. 5 Abram était âgé de 75 ans, lorsqu'il sortit de Harân. Abram prit sa femme Saraï et son neveu Loth, avec tous les biens qu'ils possédaient et le personnel qu'ils avaient acquis à Harân. Ils sortirent pour se rendre dans le pays de Canaan. Ils arrivèrent donc au pays de Canaan. 6 Abram traversa le pays jusqu'à l'endroit (nommé) Sichem, jusqu'au chêne de Moré. Les Cananéens (habitaient) alors dans le pays. 7 L'Éternel apparut à Abram et dit : Je donnerai ce pays à ta descendance. Abram bâtit là un autel à l'Éternel qui lui était apparu. 8 Puis il leva son camp de là pour se rendre dans les montagnes, à l'est de Béthel ; il dressa sa tente (entre) Béthel à l'ouest, et Aï à l'est. Il bâtit là un autel à l'Éternel et invoqua le nom de l'Éternel. 9 Abram repartit, en se rendant par étapes vers le Négueb. 10 Il y eut une famine dans le pays, et Abram descendit en Égypte pour y séjourner, car la famine s'appesantissait sur le pays. Genèse 13/14-15 14 L'Éternel dit à Abram, après que Loth se fut séparé de lui : Lève donc les yeux et, de l'endroit où tu es, regarde vers le nord et le midi, vers l'est et l'ouest ; 15 car tout le pays que tu vois, je te le donnerai, à toi et à ta descendance, pour toujours.

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