La Sagesse et la foi

Proverbes 8:12-36

Culte du 30 juin 2019
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Vidéo de la partie centrale du culte

La Sagesse parle.

Et aujourd’hui elle nous parle à nous qui avons baptisé deux enfants pour lesquels nous espérons le meilleur. Quoi de meilleur que la sagesse dans une vie ? Dans certains passages du livre des Proverbes, il arrive que la sagesse crie. Ici, elle se présente et son portrait est assez flatteur. « Je suis l’intelligence » dit-elle, « Avec moi il y a richesse et gloire, biens durables et justice. »

Dans la Bible, la littérature de sagesse ne prend pas toujours la forme d’une prosopopée comme ici. Elle peut se faire poésie, satire, ou allégorie. On la trouve dans des livres comme celui des Proverbes, aussi appelé : Livre des Maximes de Salomon, ou encore, en hébreu : Mashal. Mais on trouve aussi des écrits de sagesse dans d’autres livres : celui des Psaumes, ou encore Ecclésiaste, bien sûr, mais aussi dans des passages les Évangiles où Jésus s’exprime comme un sage : le sermon sur la montagne dans Matthieu ou le sermon dans la plaine chez Luc. Quelle est donc cette sagesse dont parle la Bible? Le terme Hokma, en hébreu, renvoie davantage à une pratique qu’à un concept. Et c’est là tout l’intérêt de la traduction de ce terme qui renvoie à un art, à un savoir faire. La sagesse serait une pratique comme celle des artisans d’art, ces virtuoses qui ont une pratique exceptionnelle parce qu’ils saisissent intuitivement l’essentiel de l’oeuvre qu’ils accomplissent en travaillant sans relâche. Leur pratique devient ainsi une intelligence du geste et une part d’eux-mêmes.
« Je suis l’intelligence », dit la Sagesse. Cela pourrait passer pour de l’orgueil aux yeux du lecteur, mais ce serait perdre de vue le principe de base de toute sagesse biblique : la crainte de Dieu.

La crainte de Dieu n’est pas une peur qui paralyse ou qui rend esclave, mais plutôt une déférence comme celle d’un apprenti devant son maître qui lui montre la bonne façon de faire. Il s’agit là, non pas de peur, mais d’autorité ; non pas de terreur, mais de foi en celui qui montre la voie. Le texte dit: « la crainte de Dieu, c’est détester le mal ». Ainsi, craindre Dieu, c’est chercher une pratique qui se détourne du mal. Dans ses Confessions, Saint Augustin explique qu’il a cherché l’origine du mal. Il écrit : « Je disais : « Voici Dieu et voilà ce qu’il a créé ; Dieu est bon, il vaut mieux, de beaucoup et de loin, que ses créatures ; mais comme il est bon, il les a créées bonnes ; et voilà comment il les entoure et les remplit. Où est donc le mal ? D’où procède-t-il ? Par où s’est-il glissé jusqu’ici ? Quelle en est la racine ? Quelle en est la semence ? Serait-ce qu’il n’existe point ? Mais pourquoi craignons-nous ce qui n’est pas ? Pourquoi nous en gardons-nous ? Et si notre crainte est vaine, cette crainte elle-même est assurément un mal qui harcèle et tourmente pour rien notre coeur (…) Par conséquent, ou le mal que nous craignons existe, ou c’est notre crainte qui est le mal. »

Pour Augustin, Dieu est bon et sa bonté infinie entoure et s’infiltre dans la création. Il prend l’image de l’éponge dans la mer pour figurer son idée. La mer étant l’infini de Dieu et la création une masse telle une éponge qui, logée dans cette mer infinie et créée par elle est toute imbibée de la bonté de Dieu. Dans cette conception de l’implication de Dieu dans le monde, comment le mal pourrait-il trouver sa place ? Il semble bien que le dévoiement de la crainte de Dieu en peur du mal, soit la racine même du mal. Craindre le mal, serait une négation de la bonté de Dieu et serait source de mal. Alors que : craindre Dieu, au sens des écrits bibliques, serait la source de toute sagesse. Agir selon cette crainte de Dieu, faite de respect et d’exemplarité, serait ainsi la source de la sagesse dans la vie des hommes. Une sagesse infinie et divine, qui imbiberait l’éponge que nous sommes dans la mer infinie de Dieu. Cette image d’une sagesse aux origines de tout est présente dans le livre des proverbes, comme dans les Confessions d’Augustin. Elle est comme une mer infinie qui aurait baigné le monde en train de se faire, de s’ordonner, de s’harmoniser. « Lorsqu’il traça un horizon sur l’abîme (…) J’étais à ses côtés comme un maître d’oeuvre. »

Avoir en soi l’intelligence du monde, voilà ce qui pourrait repousser toute peur. Car que craignons-nous, sinon ce qui viendrait rompre l’harmonie que nous tentons de construire dans nos vies ? La maladie, la violence, la mort, sont autant de chocs qui viennent mettre à mal l’oeuvre de création de tout être humain. Et ces chocs surgissent sans que nous ne puissions les intégrer dans une harmonie du monde, de notre monde. Les hommes se trouvent le plus souvent sans explication, sans intelligence devant les évènements qui traversent leur vie et cette conscience de leur propre ignorance les incite à la peur. Avoir peur n’est sans doute pas mauvais en soi, on dit même que c’est nécessaire pour notre survie. Mais de la peur naissent des comportements, des attitudes, des façons d’être et de faire, qui produisent du mal. Pour nous préserver nous-mêmes devant l’inconnu, l’étrange, l’incompréhensible, nous déployons des stratégies qui nous éloignent des autres et les créent comme ennemis à nos yeux.

Le livre des Proverbes entend instruire celui qu’il appelle le naïf. C’est-à-dire celui qui est sans intelligence devant les évènements. Ecoutez l’instruction et devenez sages, n’en faites pas peu de cas , dit la Sagesse. Mais celui qui me rate, se fait du tort à lui-même, tous mes ennemis aiment la mort. Ici, refuser de devenir sage, c’est refuser la faveur de Dieu, c’est refuser le bonheur offert par la foi. On arrive ici à un paradoxe dans lequel la foi et le savoir occupent le même terrain. Pourtant, croire et savoir ne relèvent pas des mêmes ressorts. Croire nécessite une confiance, et savoir nécessite une connaissance. Mais la sagesse ne s’y trompe pas, il est nécessaire d’entretenir un jeu avec le croire, même quand on apprend rationnellement, et la foi fait appel à une rationalité. Vérifie-t-on tout ce que l’on apprend ? Que la terre soit ronde, nous le croyons de ceux qui ont autorité sur nous pour nous l’apprendre, mais comment chacun pourrait le vérifier ? De même, pourrait-on croire des choses totalement irrationnelles ?

Les discours de foi s’agencent selon une logique pour pouvoir être entendus et s’habillent de vraisemblance et d’éléments qui relèvent du savoir. Dire qu’il faut croire à Dieu le Père, c’est en appeler à ce que nous connaissons d’un père pour dire notre relation à un Dieu inconnu. Le point commun de ces deux activités, c’est la capacité à accéder à un langage symbolique pour dire et comprendre ce dont nous parlons. C’est donc le langage qui unit la foi et le savoir. Le Dieu des Ecritures commande : tu aimeras Dieu de toute ton intelligence. La Sagesse ne rejette donc ni la foi ni le savoir, elle est l’intelligence qui reste ouverte aux deux. Admettant qu’il est impossible de tout savoir, elle croit, même temporairement, à ce qu’elle ne peut encore savoir. Cette attitude souple à l’égard du monde est source de bonheur, c’est ce que nous affirme l’Écriture. Elle nous invite à apprendre sans cesse des autres, à remettre en question nos savoir, à oser la rencontre et la découverte et à nous prémunir contre nos a priori.

Dietrich Bonhoeffer disait : contre la bêtise, on ne peut rien. Ce théologien engagé contre le nazisme savait ce qu’il disait. Mais il ne parlait pas exclusivement de cette idéologie particulière ; il parlait plus généralement de la bêtise en tant que refus du bonheur proposé par Dieu. Cette bêtise qui nous guette tous quand nous refusons la vie que Dieu nous promet. Quand nous préférons la calomnie à la vérité, quand nous jugeons ce que nous ne connaissons pas, quand nous refusons de comprendre la situation inédite, et que nous préférons condamner selon nos propres dogmes, nos propres morales préfabriquées. Alors, nous risquons de produire beaucoup de mal en refusant l’intelligence en repoussant la Sagesse. Au bout du compte, quel mal est pire que la bêtise ? N’est-elle pas l’ennemie de la sagesse ? son antithèse ? Racisme, sexisme, homophobie et autres condamnations sans jugement, ne sont-ils pas les expressions d’une bêtise qui préfère la peur à la sagesse ? La peur de l’autre et de la différence. La peur de l’immensité de ce qui reste à connaître de notre monde et des humains qui le peuplent. La peur de se noyer dans la mer infinie des possibles de Dieu et de sa création. Cet infini des possibles auquel nous sommes confrontés à chaque instant a de quoi terrifier si l’on ne fait pas confiance à son créateur. Ainsi, la peur nous guette-t-elle toujours et avec elle la bêtise. Mais il existe un remède : la sagesse. Cette sagesse infinie et divine qui nous invite à sans cesse nous replacer dans l’humilité de ceux qui ont tout à découvrir et qui expérimentent l’accroissement exponentiel de ce qu’il ont à apprendre, à mesure qu’ils apprennent. Comme l’éponge d’Augustin qui s’imbibe et se charge de la bonté de Dieu, notre vie est appelée à s’inspirer de cette sagesse infinie qui nous entoure et crée jour après jour le monde. Il nous faut apprendre à nos enfants le bonheur de la découverte, leur montrer la voie de l’intelligence. Ainsi, de génération en génération, ils aimeront Dieu de toute leur intelligence et ils pourront aimer leur prochain comme ils sont aimés de Dieu.

Amen

Lecture de la Bible

Proverbes 8/12-36 12 Moi, la sagesse, j'ai pour demeure l'esprit avisé, je sais trouver la connaissance de la réflexion. 13 La crainte du SEIGNEUR, c'est détester le mal ; la suffisance, l'orgueil, la voie mauvaiseet la bouche perverse, je les déteste. 14 Le conseil et la raison m'appartiennent ; je suis l'intelligence, la force m'appartient. 15 C'est par moi que les rois règnent et que les princes légifèrent avec justice ; 16 c'est par moi que gouvernent les chefs, les nobles, tous les juges de la terre. 17 Moi, j'aime ceux qui m'aiment, et ceux qui me cherchent me trouvent. 18 Avec moi il y a richesse et gloire, biens durables et justice. 19 Mon fruit est meilleur que l'or, que l'or fin, et ce que je rapporte vaut plus que l'argent de choix. 20 Je marche sur le chemin de la justice, par les sentiers de l'équité, 21 pour donner un patrimoine à ceux qui m'aiment et remplir leurs trésors. 22 Le SEIGNEUR m'a produite comme le commencement de sa voie, avant ses œuvres du temps jadis. 23 Je suis investie depuis toujours, depuis le commencement, depuis l'origine de la terre. 24 J'ai été mise au monde quand il n'y avait pas d'abîmes, pas de sources chargées d'eaux ; 25 avant que les montagnes soient en place, avant les collines j'ai été mise au monde ; 26 il n'avait encore fait ni la terre, ni les campagnes, ni le premier grain de la poussière du monde. 27 Lorsqu'il installa le ciel, j'étais là ; lorsqu'il traça un horizon sur l'abîme, 28 lorsqu'il fixa les nuages en haut et que les sources de l'abîme jaillirent avec force, 29 lorsqu'il assigna à la mer ses limites, pour que les eaux n'en passent pas les bords, lorsqu'il traça les fondations de la terre, 30 j'étais à ses côtés comme un maître d'œuvre, je faisais jour après jour ses délices, jouant devant lui en tout temps, 31 jouant avec le monde, avec sa terre, et trouvant mes délices parmi les humains. 32 Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi ; heureux ceux qui gardent mes voies ! 33 Ecoutez l'instruction, et devenez sages ; n'en faites pas peu de cas. 34 Heureux celui qui m'écoute, qui veille jour après jour à mon seuil, qui monte la garde près des montants de mes portes ! 35 Car celui qui me trouve trouve la vie et obtient la faveur du SEIGNEUR. 36 Mais celui qui me manque se fait du tort à lui-même ; tous mes ennemis aiment la mort.

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