La foi chrétienne est une insurrection Les chrétiens sont insaisissables

Actes 12:1-11

Culte du 12 avril 2015
Prédication de pasteur James Woody

(Actes 12:1-11)

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Culte du dimanche 12 avril 2015 à l'Oratoire du Louvre
prédication du pasteur James Woody

 

Chers frères et sœurs, nous avons fêté Pâques il y a une semaine. Ce fut l’occasion d’une belle fête célébrant la résurrection, autrement dit la victoire décisive sur les forces de mort. Mais qu’est-ce que cela change, au juste ? Est-ce que le monde est enfin en paix ? Toujours pas. Est-ce la fin des mauvaises nouvelles ? Toujours pas. Entre la semaine qui a précédé Pâques et celle qui vient de s’écouler, nous ne pouvons pas dire que la vie ait changé du tout au tout, loin de là. Avec un brin de pessimisme nous pourrions même dire que ça ne s’arrange pas. Et c’était déjà le cas au temps dont parle ce texte biblique qui raconte les semaines et les années qui ont suivi Pâques. Avec ce chapitre 12 du livre des Actes, nous faisons comme un bond en arrière, aux premiers chapitres des évangiles : Hérode est au pouvoir, comme c’était le cas au moment de la conception et de la naissance de Jésus. Précisons que le Hérode dont il est question ici est le petit-fils d’Hérode le Grand dont l’évangéliste Matthieu a dit la mort durant le séjour en Egypte de Joseph, Marie et Jésus. Justement, l’Egypte… Ce que fait cet Hérode, Julius Agrippa I, à savoir maltraiter les membres du peuple de Dieu, rappelle l’attitude du pharaon, le roi d’Egypte, envers le peuple Hébreu, tel qu’en parle le livre de l’Exode (Ex 1/11).

Luc, l’auteur du livre des Actes, nous montre que cette histoire ne répète pas seulement l’histoire de Jésus, mais aussi l’histoire du peuple Hébreu depuis son origine, ce qui est encore pire. L’histoire semble tourner en boucle, comme un disque rayé, et Pâques semble n’avoir strictement rien changé à cela. Tout porte à penser que la vie serait une sorte de grand rond point sur lequel l’humanité tournerait sans fin. Mais ce n’est pas ce que veut nous enseigner cet épisode biblique. D’abord, les générations ont changé. Si les forces d’oppression sont nommées de la même manière, les croyants, eux, ne sont plus les mêmes. Bien après Moïse il y a eu Jésus et c’est au tour de Pierre qui ont, chacun, des histoires différentes. Cela signifie que l’histoire ne tourne pas en boucle, mais qu’elle est faite de nouveaux commencements. Et chaque nouveau commencement doit passer par certaines étapes que nos aïeux ont traversées et que nous devons traverser à notre tour. Chaque génération qui vient au monde doit vivre une part de ce qu’on vécu les générations précédentes, à leur manière. Chaque nouvelle génération doit, elle aussi, vivre son exode, vivre sa libération, voilà ce que nous révèle ce passage. Dans l’Exode, dans les évangiles et maintenant dans les Actes, le grand processus par lequel nous devons tous passer, c’est celui de la libération. Etre arraché à la main du Pharaon (Ex 18/10), être arraché à la main de nos ennemis, de ceux qui nous haïssent (Lc 1/68, 71, 74), être délivré de la main d’Hérode (Ac 12/11) : c’est à chaque fois de liberté dont il est question. C’est la grande quête qui anime les rédacteurs bibliques, c’est le grand thème de la foi chrétienne, ce devrait être notre grand sujet. Le rédacteur de ce passage établit très clairement un parallèle entre l’aventure de Pierre et la sortie d’Egypte, à la fois avec la mention de l’ange qui vient guider Pierre comme l’ange avait guidé Israël (Ex 3/2 ; 14/19 ; 23/20 etc.), et avec la manière de préparer Pierre à sa sortie : mettre une ceinture, chausser ses sandales, avec hâte, qui sont les consignes pour célébrer la Pâque au moment de sortir d’Egypte (Ex 12/11). Luc met en relation ce récit avec la Pâque qui commémore la sortie de l’esclavage, en précisant d’ailleurs qu’elle va être bientôt célébrée, et il met ce récit en relation avec Pâques - la résurrection de Jésus. En effet, la libération de Pierre s’inspire aussi des récits de résurrection, les gardes ne pouvant rien faire pour empêcher sa libération, l’issue étant débloquée, sans oublier de préciser que Pierre est doublement ressuscité dans ce chapitre 12 : il éveillé par l’ange et il est mis debout – les deux verbes qui disent la résurrection.

En parlant de résurrection pour dire la libération de Pierre, le rédacteur nous informe sur la véritable nature de l’enfermement de Pierre, aussi bien que sur ce que la résurrection signifie. Pierre est lié par des chaînes, entre deux soldats, et il dort. Le travail du messager de Dieu va être de réveiller Pierre et de lui dire de se lever. En indiquant qu’il dort, le rédacteur nous dit que Pierre s’est habitué à sa maltraitance. Pierre n’a rien d’un révolté, il a accepté d’être maltraité par Hérode comme il peut arriver à d’autres d’être maltraité par des camarades, par des collègues, par son conjoint, par un parent, par une institution ou par soi-même, lorsqu’on s’habitue à son mal-être, lorsqu’on s’est fait une raison d’être déçu de soi-même, lorsqu’on se résigne , comme Pierre, à une vie étriquée, sous-dimensionnée, entravée… l’ombre d’une vie. Pierre s’est endormi, sa conscience est assoupie, il n’est pas du tout dans une attitude de révolte, mais de résignation. Mais la dimension religieuse va reprendre ses droits avec l’intervention de l’ange qui prolonge la prière de la communauté qui fait s’élever le soupir d’une humanité maltraitée. L’intervention de l’ange va réveiller la conscience de Pierre et donner une nouvelle consistance à sa vie en le remettant sur pied. Pierre va être libéré de cet état végétatif dans lequel il était plongé. Il va reprendre pied dans son histoire. Ce que provoque le message divin, c’est une insurrection. Pierre est libéré de sa résignation. Il va être libéré non seulement de la main d’Hérode, mais aussi de tout ce que le peuple juif attendait, c’est-à-dire libéré de formes religieuses préétablies, des idées traditionnelles auxquelles il faudrait se conformer. Ce passage est un manifeste pour une foi qu’on n’arrive pas à domestiquer, qu’il n’est pas possible d’emprisonner. C’est un manifeste en faveur d’une foi insoumise.

Car la foi, la confiance dans le Dieu de Jésus de Nazareth n’est pas l’histoire d’une soumission docile au temps présent. La foi chrétienne n’est pas une gymnastique qui nous apprend à courber l’échine sans trop de douleur : la foi chrétienne est une insurrection. La foi chrétienne est insoumise parce qu’elle nous révèle que l’Eternel, le Dieu de nos ancêtres dans la foi, est un Dieu qui ne se laisse pas enfermer, qui ne se laisse pas réduire à une chose, un lieu, un temps ou un événement. L’Eternel n’appartient à personne et aucune institution ne peut le dompter, le maîtriser.

Ce que nous montre ce passage biblique, c’est que le chrétien est lui-même insaisissable. Aucune barrière n’arrête la prédication de l’Evangile de Jésus, aucune entrave n’est assez efficace pour ligoter la conscience. Cela tient au fait que les chrétiens ne s’en remettent pas à un pouvoir humain mais à l’autorité de Dieu. Voilà qui fait la différence.

Le pouvoir, c’est l’art de la contrainte. Le pouvoir, c’est l’art de mener quelqu’un à la croix s’il ne suit pas le chemin que d’autres ont tracé pour lui. Le pouvoir, c’est la force que l’on peut exercer sur quelqu’un pour le contraindre à faire quelque chose. L’autorité, elle, ne contraint pas. L’autorité autorise, elle rend possible. Là où le pouvoir des hommes peut pendre quelqu’un au bois, l’autorité de Dieu peut l’en libérer. Là où le pouvoir des hommes peut enfermer, emprisonner, l’autorité de Dieu peut rendre libre des cachots. Là où le pouvoir des hommes est capable de tuer, l’autorité de Dieu ressuscite. Ce texte montre l’effort de Dieu pour libérer notre conscience quand des hommes tentent de la rendre captive, lorsqu’ils essaient de l’enfermer et de la mettre à l’étroit sous bonne garde.

Si le texte, dans sa manière de raconter, a conservé des traits merveilleux d’une libération que l’on pourrait qualifier de miraculeuse, c’est pour montrer que ce genre de libération n’a rien d’ordinaire, qu’elle n’a rien de naturel. La libération de prisonniers hors d’une cellule sans que les gardiens en faction devant la porte s’en rendent compte et sans que la porte soit fracturée a quelque chose d’extraordinaire.

Ce texte, en décrivant la scène de manière surnaturelle, dit juste. Il dit juste parce que le mode opératoire est surnaturel, c’est-à-dire supérieur à notre nature. Précisons en quoi cela est surnaturel : cette libération de Pierre ne se fait pas dans un bain de sang. On n’assassine pas les gardes, on ne les blesse même pas : aucune violence n’est commise. On est à mille lieux de bien des libérations d’otages qui finissent dans la confusion la plus grande et dans un bain de sang monstrueux. Avec Dieu, la libération consiste à sauver ceux qui sont abusivement captifs sans porter atteinte à l’intégrité de ceux qui les retiennent. L’autorité de Dieu, c’est cela : on ne répond pas à la violence par la violence mais par l’amour - de tous : victimes et coupables. Cela est surnaturel. Cet événement est surnaturel en ce qu’il est supérieur à ce que l’humain est capable de faire quand il est livré à lui-même, à sa propre nature. Cet événement est surnaturel parce qu’il ne se déroule pas comme il devrait le faire s’il suivait le cours naturel des choses. Cela est au-dessus de notre nature qui nous pousse plutôt à agresser ceux qui nous ont agressés et à faire retomber sur les bourreaux et sur leurs enfants le sang de leurs victimes. Quand Dieu libère, ce n’est pas en exerçant un pouvoir plus fort mais en faisant preuve d’une autorité plus grande.

Frères et sœurs, la foi chrétienne est une insurrection parce qu’elle refuse de céder à la tentation du pouvoir. La foi chrétienne est une insurrection parce qu’elle refuse de se compromettre avec des attitudes et des comportements de violence. La foi chrétienne est une insurrection parce qu’elle ne se complait pas dans l’oppression des individus au nom de quoi que ce soit. La foi chrétienne est une insurrection parce qu’en tirant son autorité de Dieu, le chrétien n’a rien à conquérir, rien à mater, rien à soumettre parce qu’il a déjà reçu de Dieu son identité. La foi chrétienne est une insurrection parce que, libéré du devoir de faire ses preuves, le croyant peut entièrement se consacrer à l’amour du prochain, au bonheur de tous, sans aucune crainte, sans aucune peur, sans aucune crispation. La foi chrétienne est une insurrection en ce sens qu’elle dit non à ce qui opprime l’humanité pour dire oui à ce qui la libère.

Qu’un Homme soit réveillé de sa torpeur et qu’il se lève, il devient libre, profondément libre : il devient insaisissable. Qu’un un Homme ouvre les yeux sur sa véritable nature et qu’il se mette debout, dans une posture conquérante, plus aucun pouvoir n’a de prise sur cet Homme-là. Il n’est plus possible de faire pression sur lui, il n’est plus possible de le corrompre, ni de le contraindre. Certes, on peut toujours le violenter, on peut toujours faire plier son corps, mais il n’est plus possible de maîtriser sa personne. Il est vraiment libre celui qui a vécu son exode hors du cachot de ses résignations.

Amen

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Lecture de la Bible

Actes 12:1-11

Le roi Hérode se mit à maltraiter quelques membres de l’Eglise, 2 et il fit mourir par l’épée Jacques, frère de Jean. 3 Voyant que cela était agréable aux Juifs, il fit encore arrêter Pierre. -C’était pendant les jours des pains sans levain. - 4 Après l’avoir saisi et jeté en prison, il le mit sous la garde de quatre escouades de quatre soldats chacune, avec l’intention de le faire comparaître devant le peuple après la Pâque.

5 Pierre donc était gardé dans la prison; et l’Eglise ne cessait d’adresser pour lui des prières à Dieu. 6 La nuit qui précéda le jour où Hérode allait le faire comparaître, Pierre, lié de deux chaînes, dormait entre deux soldats; et des sentinelles devant la porte gardaient la prison.

7 Et voici, un ange du Seigneur survint, et une lumière brilla dans la prison. L’ange réveilla Pierre, en le frappant au côté, et en disant: Lève-toi promptement! Les chaînes tombèrent de ses mains. 8 Et l’ange lui dit: Mets ta ceinture et tes sandales. Et il fit ainsi. L’ange lui dit encore: Enveloppe-toi de ton manteau, et suis-moi. 9 Pierre sortit, et le suivit, ne sachant pas que ce qui se faisait par l’ange était réel, et s’imaginant avoir une vision. 10 Lorsqu’ils eurent passé la première garde, puis la seconde, ils arrivèrent à la porte de fer qui mène à la ville, et qui s’ouvrit d’elle-même devant eux; ils sortirent, et s’avancèrent dans une rue. Aussitôt l’ange quitta Pierre.

11 Revenu à lui-même, Pierre dit: Je vois maintenant d’une manière certaine que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a délivré de la main d’Hérode et de tout ce que le peuple juif attendait.

Traduction NEG

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