L'Éternel nous permet de faire de notre vie une œuvre d'art

Luc 10:38-41

Culte du 3 mars 2013
Prédication de pasteur James Woody

( Luc 10:38‑42 )

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Culte du dimanche 3 mars 2013 à l'Oratoire du Louvre
prédication du pasteur James Woody

Chers frères et sœurs, la semaine qui vient de s'écouler nous a donné un exemple de ce qu'est la vie authentique. Cela, nous le devons au PSG qui a mis en évidence trois aspects de ce qu'est la vie dont nous parle l'épisode de Marthe et Marie. Dimanche dernier, le PSG bat l'OM sur le score de 2 à O. Dimanche dernier, le PSG fait son travail et rentre au vestiaire avec les 3 points de la victoire. Mercredi, le PSG bat à nouveau l'OM sur le score de 2 à O. Le score est le même, mais la manière fut bien différente : le PSG ne s'est pas contenté d'assurer la victoire. A l'image d'un Zlatan lbrahimovic qui s'élance, balle au pied vers la surface de réparation, qui prend presque la peine de ramasser le défenseur marseillais qui s'écroule devant lui pour essayer de l'arrêter, et qui marque le premier but de la soirée, Ibrahimovic met en évidence son intelligence du jeu. On peut dire qu'il a du flair, qu'il a du nez et l'équipe toute entière montre de l'envie. Enfin, hier, en laissant la victoire à la mythique équipe de Reims, le PSG montre qu'il n'a pas la victoire égoïste, mais qu'il est animé d'un véritable esprit sportif. Ces trois moments de la semaine, nous pouvons les repenser en compagnie de Marthe, Marie et Jésus qui vont nous permettre de voir comment notre vie peut devenir une authentique œuvre d'art. Et, pour structurer mon propos, je ferai appel au travail du théologien protestant Schleiermacher qui a consacré un ouvrage à l'esthétique.

Pour exprimer la différence entre le match de dimanche et celui de mercredi, nous pourrions dire qu'il y a eu une étincelle. Est‑ce l'entrée de David Beckham dès le début du match qui a mis le feu aux poudres ? Peut‑être. Toujours est‑il que l'équipe de mercredi ne se contente pas de servir la soupe. Elle ne se contente pas d'être Marthe. Marie est aux pieds de Jésus. Elle ne s'agite pas. Elle écoute la parole de Jésus. Le texte ne dit pas qu'elle écoute ses paroles, mais « sa parole », littéralement « son logos ». Je repère dans ce moment, ce que Schleiermacher désigne comme le premier moment de la création artistique : l'excitation. La posture de Marie rappelle l'attitude de la femme dite pécheresse du chapitre 7 qui avait versé ses larmes et du parfum sur les pieds de Jésus et qui les lui avait essuyés avec ses cheveux. Dans l'évangile selon Jean, la scène de Marthe et Marie se déroule juste avant le dernier repas et il est écrit que Marie utilise un parfum de grand prix. La position des corps qui peut faire allusion, aussi, à Ruth qui est aux pieds de Boaz dont elle deviendra l'épouse, donne à cette scène un caractère érotique qui évoque la possible excitation de Marie par Jésus. Le logos de Jésus va exciter Marie, il va la stimuler, lui donner cette étincelle de vie qui va lui permettre de s'élancer.

Toute œuvre d'art a besoin de cette excitation originelle, de ce logos qui embrase la vie, qui nous réveille de la mort. Que la lumière soit I dit ce logos, et le monde découvre ce qu'est la lumière. Nous nous relevons, nous serrons les poings de satisfaction, un cri de joie ou de douleur peut même jaillir. Il y a eu un déclic. Nous avons ouvert les yeux, nous avons l'intuition de quelque chose qui, jusque là, n'avait pas de réalité pour nous. Et nous nous mettons à vivre: une quête commence. Une quête commence non pas selon un sursaut de volonté, mais par une excitation provoquée. « Tu ne me chercherais pas si je ne t'avais pas déjà trouvé » aurait pu dire le Christ à Pascal en tordant un peu sa pensée, ou encore « ce Dieu que vous ne connaissez pas, c'est celui que je vous annonce » pour reprendre la prédication de Paul à Athènes (Ac 17/23).

« Dieu était et je ne le savais pas », dit Jacob à Bethel après que des messagers ont aiguillonné sa conscience (Gn 28/16). Paul aussi aura été singulièrement aiguillonné (2 Co 12/7) et l'on sait de quel enthousiasme il fut animé pour traverser l'Empire de part en part et faire de sa vie une œuvre d'art missionnaire. La mise en route d'une vie n'est pas un sursaut de notre volonté, mais l'excitation de notre désir de vivre par une parole, un signe qui nous fait comprendre que nous sommes nous‑mêmes capables de créer.

2. L'expression

Le deuxième moment, est celui de l'expression, de l'action. Il s'agit de transformer cette excitation en quelque chose de communicable pour que ce goût de la vie puisse se transmettre. Comment transmettre une étincelle de vie ? Comment faire partager ses intuitions ? Comment donner l'envie d'avoir envie? C'est tout l'art des artistes: parvenir à communiquer cet élan vital, cette force d'adhésion qui leur fait dire oui à la vie. Marthe est clairement dans cette attitude de l'exécution. Elle s'active au service avec une forme d'inquiétude que repère Jésus. C'est dire le sérieux avec lequel elle s'acquitte de sa tâche.

Derrière son service, sa « diaconie » pour reprendre le terme grec, s'ouvre un univers très instructif pour comprendre de quelle manière faire de notre vie une œuvre et pas seulement une action. Le service, renvoie à la fois à la confection du repas et à la mise en scène de ce repas. L'homme ne se contente pas de cueillir ou de manger le résultat de la chasse: il prépare un repas, il cuisine. Une fois que le repas est prêt, il ne se contente pas de plonger la tête dans la nourriture, il dresse une table, il mange avec des ustensiles. L'univers du repas révèle que l'homme vit en s'arrachant à la nature pour entrer dans le domaine de la culture. Il ne se contente pas de reproduire la nature, il instaure une manière de vivre, il instaure des règles, des usages par lesquels il montre clairement qu'il ne se laisse pas seulement guider par ses instincts, mais qu'il pense ce qu'il fait.

Schleiermacher indique que l'homme ne se contente pas d'imiter la nature, mais qu'il intervient dans la nature, qu'il change le cours de la nature, qu'il lui donne de nouvelles règles, qu'il l'oriente vers un idéal. Si nous prenons l'exemple de la musique, nous constatons que les instruments que nous utilisons ne sont pas disponibles tels quels, à l'état brut : ils ont été pensés et crées de toutes pièces par l'homme. Sur le plan architectural, un édifice comme celui‑ci n'est pas la copie conforme d'un abri qui existerait quelque part dans le monde. L'homme a fait lever de terre quelque chose qui ne se retrouve pas ailleurs de façon naturelle.

A chaque fois que nous croisons un commandement divin dans les textes bibliques, nous pouvons nous rendre compte que c'est une manière de nous donner une impulsion qui va nous orienter vers un autre comportement que celui auquel nous nous serions laissé aller spontanément, si nous n'étions guidés que par notre instinct de survie égoïste. Le principe même de la loi est d'injecter de la culture, de la civilisation dans notre nature animale pour que s'épanouisse autre chose que ce que la nature est capable de faire émerger. Comme l'a écrit Jean‑Jacques Rousseau dans le Contrat social, en renonçant à un bien qui est le mien, j'obtiens infiniment plus que ce que je crois perdre. En renonçant à mon désir de vengeance, par exemple, je peux gagner un frère. En renonçant à manger le steak directement sur la cuisse du boeuf, j'y gagne en hygiène, en saveur et, qui sait, je peux même avoir la chance de goûter plus que du boeuf. Un théologien juif dirait que les règles alimentaires permettent de sanctifier le monde profane.

Ne pas se contenter de reproduire, ne pas se contenter de copier, c'est nécessaire pour exprimer cette excitation originelle qui est étrangère à la nature. Elle n'est transmissible que dans la mesure où nous l'injectons dans notre évocation de la vie. C'est la raison pour laquelle les grands peintres ne cherchent pas à reproduire à l'identique les couleurs qu'ils ont sous les yeux, ni les formes d'ailleurs. C'est la raison pour laquelle le portrait de Kate Middleton, l'épouse du prince William, n'est pas nécessairement une œuvre d'art. C'est aussi pour cela que la théologie protestante ne se soumet pas à une loi qui aurait la réputation d'être naturelle. Comme le dit Laurent Gagnebin, là où la théologie catholique affirme que la nature parle à l'impératif, le protestantisme considère que la nature parle à l'indicatif.

En accomplissant son service, Marthe est sur la voie d'une expression proche de l’œuvre d'art dans la mesure où elle injecte dans la fonction « se nourrir » un ensemble de gestes et d'intentions qui oriente cette fonction vers une autre fonction qui fait de l'homme un homme : la commensalité. Il ne s'agit pas seulement de se nourrir, mais aussi de prendre soin de son humanité en intégrant, par exemple, les notions de plaisir et de cordialité.

3. La relation

Je vous propose donc de voir dans cet épisode biblique une Marie en phase d'excitation et une Marthe en phase d'expression, deux moments de la création artistique. Marthe ne voit pas que Marie a besoin de ce moment qu'elle est en train de vivre pour hisser sa propre histoire à la hauteur d'une œuvre d'art. Marthe et Marie sont dans le même espace‑temps, mais elles ne sont pas dans le même moment, dans le même kairos de la vie. Jésus qui embrasse la scène d'un même regard, de manière synoptique, le constate et le leur révèle : Marie a pris

la bonne part, pour le moment. Elle pourra, ensuite, trouver sa propre voie pour exprimer cette étincelle de vie qui va illuminer son existence et pour la transmettre à d'autres qu'elle­même.

Jésus, par cet acte de révélation, indique le troisième temps de la création, qui est celui de la relation. Il faut qu'il y ait du désir dans l'expression pour éviter la virtuosité « mécanique », terme par lequel Schleiermacher désigne une grande technique sans âme; et il faut aussi qu'il y ait une expression au désir sans quoi le désir reste à l'état d'effervescence et se consume de lui‑même.

Schleiermacher va plus loin dans la nécessité de la relation : le tout doit être en relation avec ses parties. Dans le cas d'un tableau, si l'effort porte sur les seuls détails, nous aurons une succession de petits bijoux, mais l'ensemble du tableau n'exprimera peut‑être rien, à la manière d'un collier fait d'éléments qui sont mal coordonnés. A contrario, tout miser sur l'ensemble, en faisant fi des détails, c'est courir le risque de produire une abstraction radicale qui ne communique pas grand‑chose. C'est un reproche que l'on peut faire à certaines productions contemporaines qui relèvent plus de la performance que de l'ouvre d'art.

Il en va de même pour notre vie qui, a l'image d'un culte, par exemple, peut ne pas être seulement une suite de petits moments sans rapport les uns avec les autres (sans quoi notre vie est fragmentaire, éclatée) et elle peut ne pas être seulement une sorte de message global qui ne serait pas incarné, vécu dans le détail, pas à pas.

En s'intéressant à l'esthétique, Schleiermacher cherchait à distinguer l'art à bon marché de l'art qui coûte : distinguer la pacotille des joyaux, de la même manière qu'il aura cherché à distinguer la religiosité de la religion authentique. Ce faisant, il se place dans la veine de Jésus qui nous aide à y voir plus clair pour distinguer l'humanité frelaté de l'humanité véritable. Ce travail de révélation nous aide à découvrir que notre vie peut être œuvre d'art : nous sommes au bénéfice de cet acte créateur divin qui a prononcé sur nous, dès le départ, un « oui à la vie ». Nous recevons les moyens d'exprimer ce qui se construit en nous et d'en faire une éthique de vie. La vie spirituelle nous permet de relier tout ce qui fait notre vie pour en faire une œuvre cohérente. Et c'est en tant qu'œuvre d'art que notre vie peut susciter autour de nous cette excitation à la vie qui fera resplendir les journées comme jamais, qui portera la vie à son incandescence. Comme le disait Jim Morrison, nous pouvons essayer de mettre le feu à la nuit.

Amen

 

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Lecture de la Bible

Luc 10:38-42

Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. 39 Elle avait une soeur, nommée Marie, qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.

40 Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit: Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma soeur me laisse seule pour servir? Dis-lui donc de m’aider.

41 Le Seigneur lui répondit: Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. 42 Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.