Jésus et la Cananéenne, les apprentis de la non-violence

Matthieu 15:21-28

Culte du 23 août 2020
Prédication de Agnès Adeline-Schaeffer

Vidéo de l'ensemble du culte

Culte à l'Oratoire du Louvre

Dimanche 23 Août 2020
Jésus et la Cananéenne. Les apprentis de la non-violence.
Matthieu 15 : 21-28

Culte par le Pasteur Agnès Adeline-Schaeffer
Musique : Aurélien Peter, organiste

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Musique

Salutation

La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ
L’amour de Dieu le Père et
La communion du Saint-Esprit
soient avec vous tous ! (2Co 13/13)
The grace of our Lord Jesus-Christ
And the love of God,
And the fellowship of the Holy Spirit
be with you all.

Accueil
Bienvenue à toutes et à tous pour ce temps de culte. Bienvenue à celles et ceux qui nous regardent en France ou à l’étranger. C’est le temps de l’été, avec une nouvelle liturgie que nous conservons pendant les mois de juillet et août. Elle peut être suivie en anglais. Que ce culte soit un moment de paix et de ressourcement, de joie et de communion.

Chant spontané : Psaume 134
Bénissons Dieu le seul Seigneur
Nous qu’il choisit pour serviteurs
Levons nos mains dans sa maison
Pour bénir et louer son nom

Louange

Seigneur, tu es vie.
Tu nous donnes et nous conserves la vie.
Nous te louons, Seigneur, tu es lumière.
Tu nous éclaires et nous réjouis par ta lumière.
Nous te louons, Seigneur, tu es joie.
Tu nous donnes de partager ta joie.
Nous te louons, Seigneur, tu es espoir.
Tu traces et prépares nos sentiers.
Nous te louons, Seigneur, tu es amour.
Tu nous permets de vivre dans l’amour.
Nous te louons.
Lord, you are life.
You give and preserve life for us.
We praise you, Lord, you are light.
You enlighten our way and we rejoice in your light
We praise you, Lord, you are joy.
You let us share your joy.
We praise you, Lord, you are hope.
You trace and prepare our way.
We praise you, Lord, you are love.
You allow us to live in your love.
We praise you.

Chant d'Assemblée
Je vous invite à poursuivre notre louange, dans le Psautier Français : Psaume n° 113 "Vous qui servez le Seigneur Dieu", strophes 1-2-3

1 - Vous qui servez le Seigneur Dieu,
Célébrez son nom merveilleux,
Ce nom rempli d'une promesse.
Dès maintenant et à jamais,
Partout sur terre proclamez
Ce nom rempli d'une promesse !

2 - Nul n'est semblable à notre Dieu.
De son trône au-dessus des cieux
Il s'est incliné vers la terre.
Au plus bas il vient s'abaisser,
Pour secourir et redresser
Le pauvre assis dans la poussière.

3 - Il se souvient du méprisé,
Il le retire du bourbier,
Le rétablit dans sa noblesse.
A celle qui n'a pas d'enfant
Il donne enfin l'exaucement,
Il met un terme à sa tristesse.

Volonté de Dieu

Voici le jeûne auquel je prends plaisir, dit le Seigneur. Brise les chaines injustes, Dénoue les liens de tous les jougs, Renvoie libre tous ceux qu’on opprime, Mets fin à toute servitude, Partage ton pain avec celui qui a faim, Recueille dans ta maison les malheureux sans asile, Couvre ceux qui ont froid, Et ne te détourne pas de ceux qui sont ta propre chair. Alors ta lumière se lèvera comme l’aurore, tu appelleras, Et le Seigneur répondra. Tu crieras et il répondra : « Me voici ». (Esaïe 58/6-9)To worship me according to my will, say the Lord. Loose the bonds of wickedness, Undo the heavy burdens, And let the oppressed go free, And break every yoke. Share your bread with the hungry, Bring the poor that are cast out to your house. When you see the naked, cover him. and do not hide yourself from your own flesh. Then shall your light break forth as the morning. Then shall you call, and the Lord shall answer; you shall cry, and he shall say, Here I am. (ls. 58 : 6-9)

Chant Spontané : cantique Louange et Prière n°193/1
Parle, parle Seigneur, ton serviteur écoute,
Je dis ton serviteur, car enfin je le suis.
Je le suis, je veux l’être et marcher dans ta route,
Et les jours et les nuits.


Confession des Péchés

De notre indifférence et de notre ingratitude en ton égard, comme de tout oubli de tes commandements, Délivre-nous, Seigneur.
De toute forme d'égoïsme et de tout manque de générosité envers notre prochain, comme de toute mauvaise humeur, Délivre-nous, Seigneur.
De toute lâcheté et de toute paresse dans nos communautés, comme de toute négligence dans notre travail,
Délivre-nous, Seigneur.
De toute vanité et de tout orgueil de soi-même, comme de tout découragement, Délivre-nous, Seigneur. Seigneur pardonne-nous. Amen !
From our indifference and our ungratefulness towards you, and in our forgetting to obey your commandments,
Lord deliver us.
From all forms of egoism and all lack of generosity towards our neighbours, as well as from all bad temper,
Lord deliver us.
From all cowardliness and from all laziness in our community, as from all negligence in our work,
Lord deliver us.
From all vanity and from all pride in ourselves, as from all discouragement, Lord deliver us.
Lord forgive us. Amen.

Chant Spontané : Psaume 116b
J’aime mon Dieu, car il entend ma voix,
Quand la frayeur ou le tourment m’oppresse,
Quand j’ai prié au jour de ma détresse,
Dans sa bonté, il s’est tourné vers moi.

Pardon

Quand les montagnes s'effondreraient, dit le Seigneur, quand les collines chancelleraient, ma bonté pour toi ne faiblira point, et mon alliance de paix ne sera pas ébranlée. Je t'aime d'un amour éternel, c'est pourquoi je te conserve ma miséricorde. (Esaïe 54/10)For the mountains shall depart, and the hills be removed; but my kindness shall not depart from you, neither shall the covenant of my peace be removed, says the Lord who has mercy on you (Is.54/10).

Chant Spontané Louange et Prière 92/2
Combien grande est ta gloire en tout ce que tu fais,
Et combien tes hauts faits sont dignes de mémoire ;
Tes oeuvres sans pareilles ont réjoui mon coeur ;
Je veux chanter, Seigneur, tes divines merveille !

Confession de foi

Je crois en Jésus-Christ le fils unique de Dieu, qui s'est fait homme pour que nous ayons pardon, joie, salut. Je crois qu'il est mort et ressuscité pour nous donner victoire sur la mort et I'assurance de notre résurrection. Je crois qu'il reviendra dans la puissance et la gloire, comme il est venu dans la faiblesse et l'humilité. Par lui je crois en Dieu notre Père, qui nous prend pour ses enfants et nous aime comme il aime Jésus-Christ. Je crois en l'Esprit-Saint, qui demeure dans notre esprit et nous atteste que nous sommes les enfants de Dieu, qui guide I'Eglise par l'Evangile et nous révèle la gloire de Jésus-Christ. Je crois I'Eglise du Christ, secrète et universelle, visible et invisible, pécheresse et pardonnée. Je crois que tous les hommes sont liés à Jésus-Christ. Je crois que le royaume de Dieu est notre commune espérance.I believe in Jesus Christ the only Son of God, who was made man that we should have pardon, joy and salvation. I believe that he died and rose again from the dead to give us victory over death, and the assurance of our resurrection I believe that he will come again in power and glory as he came in weakness and humility. Through him, I believe in God our Father who considers us his children and loves us as he loves Jesus Christ. I believe in the Holy Spirit who abides in our minds and confirms that we are the children of God, who guides the Church by the Scriptures, and reveals to us the glory of Jesus Christ. I believe in the Church of Christ, secret and universal, visible and invisible, sinful and forgiven. I believe that all people are joined to Jesus Christ. I believe that the kingdom of God is our common hope.

Chant spontané 69/1
Grand Dieu nous te bénissons, nous célébrons tes louanges !
Eternel, nous t’exaltons, de concert avec les anges,
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !

Prière d’illumination

Seigneur, nous te remercions de nous avoir réunis en ta présence, pour nous révéler ton amour. Fais taire en nous toute autre voix que la tienne. Ouvre, par ton Saint-Esprit, nos esprits et nos coeurs à ta vérité, Au nom de Jésus-Christ.Lord, We thank you for having brought us together in your presence, to show us your love. Silence in us all other voices than your own. Open by the Holy Spirit, our minds and hearts to your truth. in the name of Jesus Christ. Amen

Lecture biblique : Luc 1, versets 39 à 56.
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Musique

Prédication

Amis, frères et sœurs,

Une femme étrangère au pays d’Israël, et donc étrangère à ses coutumes religieuses, interpelle Jésus pour qu’il guérisse sa fille atteinte d’un démon. Dans l’Evangile de Matthieu, on dit qu’elle est cananéenne. L’Evangile de Marc dira qu’elle est Syro-Phénicienne. L’un comme l’autre, ces noms  désignent les habitants de la région de Tyr et de Sidon qui symbolisent les nations païennes,  autrement dit, qui ne sont pas juives. L’histoire montre que ces nations sont ennemies héréditaires, lorsqu’après le schisme en Israël,  entre les royaumes du Nord et du Sud,  le roi Achab épousa la fille du roi de Tyr et de Sidon, la fameuse Jézabel, qui introduisit en Israël ses propres dieux, en particulier Baal. Ces deux villes dressent en quelque sorte leur « citadelle d’impiété » ainsi que l’écrivait la théologienne, France Quéré, dans son livre : « Les femmes de l’Evangile ». *

D’une part, cette femme est étrangère, d’autre part, elle est une femme, ce qui rajoute, j’allais dire, à son étrangeté. En s’adressant à Jésus, elle transgresse deux interdits : le fait de parler à un homme, alors qu’elle est une femme, et s’adresser à un juif, alors qu’elle est non juive, et en plus, ennemie héréditaire….
Lorsqu’on lit un texte biblique, comme aujourd’hui ce passage d’Évangile, il faut bien regarder où il se situe. Les Évangiles ne sont pas une chronologie historique des faits et gestes de Jésus, mais ils racontent comment les disciples ont compris sa présence et son message, par rapport à ce qu’ils ont vécu avec lui. Les Évangiles sont des témoignages a posteriori.
Si l’on remonte plus haut dans l’Évangile de Matthieu,  dans le passage intitulé « Le sermon sur la montagne », Jésus a justement redéfini la notion du prochain et la notion d’ennemi. Il est même allé très loin dans sa démonstration puisqu’il exhorte « d’aimer son ennemi », au lieu de communément le haïr. Juste avant la rencontre de Jésus avec cette femme cananéenne, au début de ce chapitre 15, est posée cette question fondamentale au sujet de ce qui est pur et de ce qui ne l’est pas. La réponse de  Jésus est très radicale : « Ce qui rend une personne impure, ce n’est pas ce qui entre dans sa bouche, mais ce qui en sort ! Et ce qui en sort, vient du cœur, donc… ce qui rend une personne impure, ce sont les mauvaises pensées de son  cœur qui la conduisent au mensonge, à la malveillance, au sectarisme, à l’exclusion.
 
Juste après, il y a le récit de la rencontre de Jésus avec la femme cananéenne. Cette femme  est en quelque sorte, un concentré « d’anti-prochain », si j’ose dire, femme, liée à l’impureté  de sa condition, et étrangère, à cause de son origine. 
Et cette femme se jette aux pieds de Jésus, en l’implorant de guérir sa fille. Mais en fait,  elle invoque Jésus en criant d’une voix rauque, gutturale, presque caverneuse, comme  le désigne le mot grec employé par Matthieu : kraugazeïn, un verbe très peu employé, seulement trois fois dans les Évangiles :
la première, pour signifier le cri de cette femme,
la deuxième, quand Jésus appelle Lazare des profondeurs de sa tombe, (Jn 11/43)
et la troisième fois, au moment de la condamnation de Jésus, quand les grands-prêtres et la foule crieront de le crucifier. (Jn 19/6)

En fait cette voix ressemble plus à une voix animale, voire bestiale, qu’à une voix humaine. Le verbe grec évoque d’ailleurs les aboiements d’un chien. Les juifs traitaient de « chiens », les habitants de Canaan. Ainsi, on comprend mieux la suite du dialogue.
Cette femme crie : « Aie pitié de moi, Seigneur » ; en grec : « Eleïson mé, Kyrie ». Ce cri sera repris ultérieurement par l’Église primitive,  dans sa demande liturgique de pardon : « Kyrie eleïson », Seigneur, aie pitié. C’est aussi notre confession du péché.
La femme implore : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ». Elle fait appel à la miséricorde de Jésus. Cette femme prend des risques,  elle franchit les limites.  Elle est sortie de son territoire, au sens propre comme au sens figuré. Elle, l’étrangère,  est sur la frontière entre Tyr, Sidon et Israël, et elle implore Jésus en employant une salutation propre au judaïsme : « Seigneur, fils de David ». Pressent-elle quelque chose en cet homme ? Peut-être. Mais, si l’on sait que Matthieu destine son Évangile d’abord à des judéo-chrétiens, cette salutation peut sonner comme une allégorie de la vocation des païens à la foi juive. Mais avant tout, on peut y entendre l’expression de la foi ardente d’une mère désespérée mais paradoxalement confiante. Elle fait appel à la compassion de Jésus, guérisseur.
Et Jésus ne lui répond pas un mot.  Rien. Pas une seule parole. Ce silence dérange. Que se passe-t-il dans la tête de Jésus ? Sans aucun doute tout se bouscule. Et on peut le deviner avec la suite du texte. Jésus ne dit rien, et ce sont ses disciples qui prennent le relais, lui demandant de renvoyer cette femme importune.  Ce qui est intéressant, c’est que les disciples n’invoquent pas son double statut de femme-étrangère. Il faut la renvoyer seulement parce qu’elle les poursuit de ses cris.
Et Jésus sort de son silence, avec cette parole incroyable ! Il répond aux disciples, mais aussi à la femme : Dieu m’a seulement envoyé aux gens d’Israël qui sont comme des brebis perdues,  sous-entendu : « et non pas à ces chiens de Canaan ».  C’est une réponse très dure, fermant toute relation.

Mais la femme insiste, avec ces mots d’une simplicité profonde : « Seigneur, aide-moi ». Elle supplie Jésus à genoux. Peut-on seulement imaginer ce que ces mots et cette attitude veulent dire ? D’une part elle se prosterne, littéralement, elle se couche devant Jésus, à la manière d’un chien qui rampe et d’autre part, elle baisse le ton. Elle ne crie plus comme une bête, mais elle implore à la manière du chien rampant.  D’ailleurs, à défaut de Jésus, ce sont les disciples qui remarquent ce changement d’expression.  Quand ils disent à Jésus : « elle nous poursuit de ses cris », le verbe employé en grec a changé : Krazeïn  désigne ici la plainte, le cri de la femme qui accouche. C’est aussi ce mot qui sera employé au moment où Jésus crie sur la croix,  à son agonie.  Elle implore que sa fille puisse être délivrée du démon qui l’assaille. Elle prie pour une nouvelle naissance de sa fille. Mais voilà, la mission de Jésus, fixée par Dieu, se borne à Israël. Mais la Cananéenne se prosterne tout de même. Elle persévère.
Et Jésus lui répond quelque chose encore plus dur : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ».
On aimerait tant que la férocité de cette réponse de Jésus nous échappe ! Mais il va falloir regarder le texte en face et la situation en face ! Qu’on le veuille ou non, Jésus fait une réponse abominable à cette femme. Ce qu’il lui dit est proprement injurieux. On peut y entendre une supériorité du peuple élu. Jésus va-t-il s’abaisser à servir une femme de Canaan au détriment des enfants d’Israël ? Pendant un instant, Jésus est en porte à faux avec son message et sa mission. Jésus est homme avant tout, jusqu’aux préjugés.  Et dans ce passage, le plus impur des deux n’est peut-être pas celui qu’on pense. Ici la parole injurieuse est la conséquence de sa mauvaise pensée à lui,  de son préjugé, de son sectarisme, en tout cas de sa violence intérieure à lui. La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Même pour Jésus. Et c’est là peut-être que le texte d’aujourd’hui, peut déranger, parce qu’il provoque une rupture sur la représentation que nous pouvons nous faire de Jésus. Où est passé son amour ? Où est passée sa faculté à comprendre  et même à deviner autrui ?
 
La question sensible reste celle-ci : « Et vous qui dites-vous que je suis » ? Nous sommes toujours tiraillés de savoir dans quel camp on va mettre Jésus. Le considérons-nous comme un homme véritable, ou bien comme un Dieu ? Si Jésus est vrai Dieu, a priori il ne peut pas être en contradiction avec son message, ni avec sa toute puissance, dans la représentation que nous nous en faisons.  Mais s’il est vrai homme, il est habité à la fois par ses qualités et ses défauts. Il est habité aussi par les traditions et l’éducation qu’il a reçues dans sa famille et son pays. Il est aussi habité par ses propres limites religieuses,  dont il est en train de prendre conscience, avec l’irruption de cette femme dans sa vie et dans son ministère.
 
C’est un vrai bras de fer, en fait, entre cette femme et lui, mais en fait, un bras de fer non violent. Elle lui dit : « C’est vrai Maître, et pourtant même les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Avec cette réponse, la femme montre à Jésus qu’elle a entendu l’insulte, mais qu’elle refuse d’y répondre par une autre insulte.
Elle lui réitère  simplement sa souffrance, sans exagération. Oui, il est le maître, et oui elle ne vaut pas plus qu’un chien, à ses yeux, avec tout ce qu’il y a de péjoratif contenu dans ce terme, mais elle continue d’implorer auprès de lui la guérison de sa fille. Parce qu’il n’y a que cela qui compte, et rien d’autre. A défaut de sa compassion, elle espère un geste, rien qu’un geste, de Jésus.
 
Et c’est seulement là que le récit bascule. Jésus se laisse toucher par les paroles de cette femme, il dépasse à son tour ses propres limites. Peut-être qu’il surmonte lui-même sa propre peur de l’étranger, il élargit à son tour l’espace de sa tente. Il maîtrise sa propre violence. Sa violence est désarmée. « La barrière que Jésus avait dressée entre Israël et les nations étrangères s’effondre »*

Dans de nombreux commentaires, nous pouvons lire ceci : Jésus s’est laissé convertir par cette femme. C’est cette femme qui a repoussé Jésus dans ses retranchements et qui lui a fait prendre conscience de l’universalité de son ministère. C’est une femme étrangère qui évangélise Jésus !
Mais ce que je vous propose de retenir aujourd’hui dans ce texte, c’est le passage de Jésus, de la violence  à la non-violence ! Grâce à la non-violence de la femme. C’est en tout cas l’enseignement que je perçois aujourd’hui. D’autres personnes que cette femme, auraient pu tomber dans le piège de la riposte, de la surenchère, de la réplique, de la révolte, même, face à ces vexations de la part de cet homme qui pourtant, met tout en œuvre pour « désigner l’action transformatrice et créatrice de Dieu dans le monde, bien au-delà de Jésus lui-même », comme l’écrivait en son temps Raphaël Picon.**

Et si c’était Jésus qui était au bénéfice de l’action transformatrice de Dieu, grâce à sa rencontre avec la Cananéenne ? Cette femme se met à la portée de Jésus. Et cela provoque un revirement sans précédent, dans l’Evangile. Jésus revient sur son refus. Il accomplit le contraire de ce qu’il avait annoncé.
Aujourd’hui, on pourrait dire de cette femme,  qu’elle a utilisé le procédé de la « CNV », la communication non violente.*** Bien sûr, c’est totalement anachronique de dire cela, surtout si certains d’entre vous sont, aujourd’hui, adeptes de ce procédé de communication. Mais on peut reconnaître dans sa façon de faire,  les prémisses de la non-violence. Sans se démonter,  elle exprime son besoin profond, tout en  consentant à entendre, et à être tout ce que Jésus disait d’elle. Mais elle a triomphé pacifiquement de toutes les rigidités que Jésus lui a imposées, y compris dans son incompréhension et dans son rejet. Nous pouvons l’entendre dans cette parole de Jésus qui, enfin, laisse parler son cœur : « O femme, grande est ta foi, qu’il advienne selon ton désir ».  Jésus ne parle plus en maître enseignant. Le mode impératif a disparu. « Qu’il soit fait comme tu le désires, comme tu le veux ».
Jésus a peut-être changé le projet de Dieu. En tout cas, le « Dieu des armées » est en train de devenir un Dieu totalement désarmé. Un Dieu … non violent ?
Nous pouvons nous aussi  nous  intéresser sérieusement à ce mode de communication,  ne serait- ce que parce que notre monde actuel est de plus en plus envahi par une violence insidieuse qui détériore les rapports entre les êtres humains à tous les niveaux.
Voici ce qu’écrit  à propos de ce texte, le pasteur Frédéric Rognon, ancien président de la commission Justice-Aumônerie des Prisons de la Fédération Protestante de France : « Jésus se laisse toucher par la parole de cette femme. Lui, Jésus, se laisse convertir par cette femme étrangère. Il surmonte son mépris, il dépasse son « racisme », il maîtrise sa violence. C’est la non-violence de la femme étrangère qui contamine Jésus, qui déclenche sa non-violence à lui. Nous le savons bien, la non-violence n’est pas l’absence de violence, mais elle est la violence maîtrisée, domestiquée, muselée. La non-violence, c’est la violence qui a trouvé son maître. Jésus, parce qu’il était homme, portait en lui-même la violence que nous portons tout un chacun, et il nous montre comment passer une muselière à cette violence intérieure, pour la contrôler, pour la dépasser. Notre violence intérieure est comme un pitbull que nous portons en nous-mêmes. La non-violence consiste non pas à nier sa violence intérieure, mais à la reconnaître et à la domestiquer en posant une muselière sur la gueule de son pitbull intérieur pour le tenir fermement en laisse ».
N’est-ce pas une autre manière de comprendre ce que veut dire « Tendre l’autre joue » ?
Nous sommes invités à nous laisser habiter par cette histoire. Et de repérer comment elle résonne dans notre vie quotidienne, et dans notre relation à Dieu et aux autres.
Nous pouvons nous trouver  tour à tour dans la situation de la Cananéenne, lorsque nous prions Dieu.  Nous pensons que notre prière est bien formulée, mais pourtant c’est le silence qui nous répond.
Nous pouvons nous sentir comme un étranger en situation délicate, quémandant quelques miettes de la grâce de Dieu, comme un chien. Et récolter une fin de non-recevoir. 
Parfois, c’est nous qui donnons cette fin de non-recevoir, quand d’autres viennent vers nous importuner, quémander notre amour, notre pain, notre présence un peu trop souvent, et de manière trop insistante. 
Mais voilà, à chaque fois,  c’est à la conversion du cœur que nous sommes appelés ; toujours nous convertir à l’autre, et en même temps, toujours nous convertir au Dieu de Jésus-Christ, et nous souvenir que sa grâce est infinie et sans frontières.
En fait nous sommes toujours devant Dieu, cet inconnu. Nous ne pouvons jamais dire que nous connaissons Dieu. Certes, la Parole nous porte, à la seule condition c’est que nous aussi nous la portions bien.
Nous recevons la Parole pour que nous puissions écrire à notre tour le cinquième Évangile : celui de notre vie.

Le texte d’aujourd’hui nous montre un chemin d’apprentissage de la non-violence, auquel je n’avais pas forcément pensé.  Il nous montre à quel point les rencontres personnelles peuvent briser les préjugés.  Et élargir notre champ de compréhension.

Et nous avons sûrement besoin d’entendre quelque chose de ce genre, pour rester debout dans notre monde actuel. Le langage de la non-violence, ça s’apprend. Tout le temps et partout.
Alors,  peut-être recevrons-nous  cette phrase pour nous-mêmes :
 « Oh ! Que ta foi est grande ! Il te sera fait selon ce que tu désires ».
 
Amen.
 

Pour aller plus loin :
* France Quéré,  Les femmes de l’Evangile, le Seuil, 1982, p 63 à 72.
** Raphaël Picon, éditorial, Evangile et Liberté, n°261, août-septembre 2012.
*** Marshall B . Rosenberg, Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs, introduction à la Communication Non-Violente, éditions la Découverte, 1999.

Musique

Chant d'Assemblée
Je vous invite à chanter, dans le recueil Louange et Prière, 
le cantique 315, strophes 1, 2, 3 et 6. « L'Eternel seul est ma lumière »

1. L’Eternel seul est ma lumière,
Ma délivrance et mon appui ;
Qu’aurai-je à craindre sur la terre
Puisque ma force est toute en lui ?

2. Pour m’assaillir, quand une armée
A l’entour de moi camperait,
Mon âme, sans être alarmée,
En l’Eternel s’assurerait.
3. Son bras puissant, à ma requête,
Un prompt secours me prêtera,
Et, dans le fort de la tempête,
Sur un rocher m’élèvera.

6. Mes yeux verront la délivrance
Que mon Sauveur m’accordera ;
Aussi mon coeur, plein d’assurance,
En l’attendant s’affermira.

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Musique

Prière d’intercession

Dieu d'amour tu nous a appelés à I'unité pour que nous vivions cette unité dans l'harmonie ; et pourtant nous sommes divisés : entre les religions, entre les riches et les pauvres. Brise les barrières que nous avons élevées entre nous, délivre-nous de l'orgueil et de l'égoïsme. Par la puissance de ton Esprit, donne-nous la guérison qui vient de toi.Loving God, you have called us to be one, to live in unity and harmony; and yet we are divided : faith from faith, rich from poor. Break down the barriers that we have erected among us; free us from pride and self-seeking; by the power of your Spirit, bring your healing among us.

Notre Père

Notre Père qui es aux cieux,
Que ton nom soit sanctifié;
Que ton règne vienne;
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel;
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour;
Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés;
Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal;
Car c’est à toi qu'appartiennent, le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles. Amen.
The Lord's Prayer

Our Father in heaven;
Hallowed be your name;
Your kingdom come;
Your will be done, on earth as it is in heaven;
Give us today our daily bread;
And forgive us our sins, as we forgive those who sin against us;
Save us from the time of trial, but deliver us from evil;
For the kingdom, the power and the glory are yours now and for ever. Amen.

Bénédiction

Que le Seigneur te bénisse et te garde !
Que le Seigneur fasse rayonner sur toi son regard et t'accorde sa grâce !
Que le Seigneur porte sur toi son regard et te donne la paix !
The Lord bless you and keep you;
The Lord make his face shine upon you and be gracious to you;
The Lord turn his face towards you and give you peace.

Chant spontané 308/5
Bénis ô Dieu, nos routes, nous les suivrons, heureux.
Car toi qui nous écoutes, tu les sais, tu les veux.
Chemins riants ou sombres, j’y marche par la foi,
Même au travers des ombres, ils conduisent à toi.

Musique

Matthieu 15 : 21-28

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Lecture de la Bible

Matthieu 15:21-28

21 Jésus partit de là et se retira dans le territoire de Tyr et de Sidon.
22 Une femme cananéenne qui venait de ces contrées, lui cria : Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David. Ma fille est cruellement tourmentée par le démon.
23 Il ne lui répondit pas un mot ; ses disciples s'approchèrent et lui demandèrent : Renvoie-la, car elle crie derrière nous.
24 Il répondit : Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël.
25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : Seigneur, viens à mon secours.
26 Il répondit : Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens.
27 Oui, Seigneur, dit-elle, pourtant les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
28 Alors Jésus lui dit : O femme, ta foi est grande, qu'il te soit fait comme tu le veux. Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.

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À Voir également