Jamais trop tard

Genèse 45:11-16

Culte du 11 juillet 2021
Prédication de Agnès Adeline-Schaeffer

Vidéo de la partie centrale du culte

Culte à l'Oratoire du Louvre

Dimanche 11 juillet 2021
« Jamais trop tard ... »

Culte par la pasteure Agnès Adeline-Schaeffer
Musique : Sarah Kim, organiste co-titulaire

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Orgue

Proclamation de la grâce
Recevez de la part de Dieu la grâce, la paix et la joie, dans votre cœur et dans votre vie.
Accueil Nous vous souhaitons la bienvenue à l’occasion de ce culte. Bienvenue à celles et ceux qui nous rejoignent par le direct du site internet. Bienvenue à celles et ceux qui nous regardent de l’étranger. Bienvenue à celles et ceux qui franchissent le seuil du temple de l’Oratoire pour la première fois. Merci à Alexandre Korovitch qui nous accompagne

Prions ensemble
Mon Dieu, Je viens te demander la paix, la sagesse, la force. Je veux regarder aujourd’hui le monde avec les yeux remplis d’amour, être patient, compréhensif, doux et sage, voir au-delà des apparences, tes enfants, comme tu les vois toi-même, et ainsi ne voir que le bien en chacun. Ferme mes oreilles à toute calomnie, garde ma langue de toute malveillance, que seules les pensées qui bénissent demeurent en mon esprit. Que je sois si bienveillant et si joyeux, Que tous ceux qui m’approchent sentent ta présence. Revêt-moi de ta beauté, Seigneur, Et qu’au long de ce jour, je te révèle. Amen.
(d’après une prière de Saint François d’Assise)

Réunissons-nous avec le 1er chant liturgique du livret inséré au début du psautier français :
Répons
Bénissons Dieu le seul Seigneur
Nous qu’il choisit pour serviteurs,
Levons nos mains dans sa maison,
Pour bénir et louer son nom.

Louange
Louons le Seigneur notre Dieu ! Dieu, notre Père, c’est de toi que vient toute vie. Tu es présent dans chaque créature.
Tu es caché et présent comme la vie au fond de chaque être.
Dieu notre Père, si tu te retires, nous périssons !
Si tu retires ton Esprit, nous ne sommes plus que des cymbales retentissantes et des coques vides ! Si tu te retires, notre vie n’est plus qu’une somme de devoirs, et ça, ce n’est plus vivre ! Mais si tu renouvelles ton amour, nous pouvons aimer à nouveau ! Si tu envoies ton Esprit, nous pouvons te reconnaître en tous nos frères et nos sœurs ! Si par le Christ, tu es vivant en nous, nous sommes vivants en toi ! Que l’Eternel se réjouisse de ses œuvres ! Je me réjouirai dans le Seigneur ! (Agnès Adeline)

Louons Dieu :
Chant d’assemblée : Je vous invite à poursuivre notre louange avec le Psaume n°67B dans le Psautier Français, les 2 strophes.

Volonté de Dieu 
Ecoutons maintenant comment Dieu nous révèle son amour :
« Je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit le Seigneur, projets de paix et non de malheurs afin de vous donner un avenir et une espérance.
Vous me prierez et je vous exaucerai, vous me chercherez et vous me trouverez.
Car, si vous me cherchez de tout votre cœur, je me laisserai trouver par vous. »

Répons :
Parle, parle Seigneur, ton serviteur écoute :
Je dis ton serviteur, car enfin je le suis.
Je le suis, je veux l’être et marcher dans ta route,
Et les jours et les nuits.

Prière de repentance
Assurés de l’amour de Dieu, reconnaissons notre péché : Je vous invite à la prière : Si j’avais la foi comme un grain de moutarde, je pourrais déplacer des montagnes. Mais avec la foi qui est la mienne, mon Dieu, Donne-moi la force de gravir celles qui se dressent sur mon chemin. Si j’avais la foi comme un grain de moutarde, je pourrais vider les océans.
Mais avec la foi qui est la mienne, mon Dieu, Donne-moi la confiance, quand les eaux s’agitent. Si j’avais la foi comme un grain de moutarde, je pourrais faire de grandes choses. Mais avec la foi qui est la mienne, mon Dieu, Donne-moi de me réjouir des grandes choses que tu fais. Je n’ai pas la foi comme un grain de moutarde. Elle est si petite, la foi qui est la mienne. Elle me rappelle chaque jour comme j’ai besoin de toi. Viens à mon aide, ô mon Dieu ! Amen. (Marion Muller-Colard).

Répons :
J’aime mon Dieu, car il entend ma voix.
Quand la frayeur ou le tourment m’oppresse,
Quand j’ai prié au jour de ma détresse,
Dans sa bonté il s’est tourné vers moi.

Annonce de la grâce
Pour recevoir le pardon de la part de Dieu, je vous invite à vous lever :
Nous aussi, nous pouvons recevoir maintenant cette parole
Le Seigneur pose un regard favorable sur chacun de nous.
Il délivre chacun de nous de notre culpabilité.
Il répare en nous ce qui est brisé.
Il renouvelle en nous ce qui est fatigué.

Chantons à Dieu notre reconnaissance !
Répons :
Combien grande est ta gloire en tout ce que tu fais,
Et combien tes hauts faits sont dignes de mémoire !
Tes œuvres sans pareilles ont réjoui mon cœur,
Je veux chanter Seigneur, tes divines merveilles !

Confession de foi :

Je crois en un seul Dieu,
Je crois en un seul Dieu, notre Père, le créateur,
Il a pour chacun et pour nous des projets de vie et de joie.

Je crois en Jésus-Christ,
notre Seigneur et notre frère,
qui est fils de l'homme et fils de Dieu, 
il vient à nous, il nous aime et il nous sauve.

Je crois en l' Esprit Saint
qui nous est laissé comme un don gratuit,
il appelle la foi et fonde l'espérance véritable.

Je crois que par l' amour, la vie touche à la vie éternelle,
et qu'en Dieu nous demeurons dans la liberté et dans la joie.
(Site de l’Oratoire)

Répons :
Grand Dieu, nous te bénissons,
Nous célébrons tes louanges,
Eternel, nous t’exaltons
De concert avec les anges
Et, prosternés devant toi,
Nous t’adorons, ô grand Roi !
Et, prosternés devant toi
Nous t’adorons, ô grand Roi !

Doxologie : Gloire à Dieu dans les cieux et sur la terre, d’éternité en éternité !

Lecture biblique : Livre de la Genèse, chapitre 45, versets 1 à 15 (Traduction T.O.B.)

1 Joseph ne put se dominer devant tous ceux qui se tenaient près de lui. « Faites sortir tous mes gens », s’écria-t-il. Nul d’entre eux n’était présent quand il se fit reconnaitre de ses frères.
2 Il sanglota si fort que les Egyptiens l’entendirent, même la maison de Pharaon.
3 « Je suis Joseph, dit-il à ses frères. Mon père est-il encore en vie ? » Mais ses frères ne purent lui répondre, tant ils tremblaient devant lui.
4 Joseph dit à ses frères : « Venez près de moi. » Ils s’approchèrent. « Je suis Joseph votre frère, dit-il, moi que vous avez vendu en Egypte.
5 Mais ne vous affligez pas maintenant et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu ici, car c’est Dieu qui m’y a envoyé avant vous pour vous conserver la vie.
6 C’est en effet la seconde année que la famine sévit au cœur du pays, et, pendant cinq ans encore, il n’y aura ni labours, ni moissons.
7 Dieu m’a envoyé devant vous pour constituer des réserves de nourritures dans le pays, vous permettre de vivre et à beaucoup d’entre vous d’en réchapper.
8 Ce n’est donc pas vous qui m’avez envoyé ici mais Dieu. Il m’a promu Père de Pharaon, maitre de toute sa maison, et régent de tout le pays d’Egypte.
9 Dépêchez-vous de remonter vers mon père pour lui dire : « Ainsi parle Joseph ton fils, Dieu m’a promu seigneur de toute l’Egypte, descend vers moi sans t’arrêter.
10 Tu demeureras dans le pays de Goshen, et tu seras près de moi, tes enfants et tes petits-enfants, ton petit et ton gros bétail, et tout ce qui est à toi.
11 C’est là que je pourvoirai à ta subsistance pour que tu ne sois pas privé de ressources, toi, ta maison et tous les tiens, car il y aura encore cinq années de famine.
12 Vous le voyez de vos propres yeux, et mon frère Benjamin le voit des siens, que je vous parle de ma propre bouche.
13 Faites savoir à mon père toute l’importance que j’ai en Egypte et tout ce que vous avez pu y ; dépêchez-vous de faire descendre ici mon père.
14 Il se jeta au cou de son frère Benjamin en pleurant et Benjamin pleura à son cou.
15 Il embrassa tous ses frères et les couvrit de larmes. Puis ses frères s’entretinrent avec lui.

Chant d'Assemblée : Louange et Prière - Cantique n°214 , strophes 1, 2 et 3 – Sur ton Eglise universelle

Prière d'illumination

Merci, ô Eternel pour ta Parole qui permet de nous approcher de toi.
Elle nous apprend à te connaître.
Comment t’approcherais-je, si je ne t’approchais que par moi-même ?
Si je t’aborde par la rigueur, un autre me racontera ta souplesse.
Si je contemple la face de ton amour, un autre reflétera celle de ton exigence.
Tu es l’Un, mais tu te révèles en plusieurs.
Là où nous te mettons en commun, ta présence croît, Seigneur !
Comment te connaîtrais-je si je ne te connaissais que par moi-même ?
Devant toi, partiale et partielle, garde-moi de l’illusion de ma totalité.
Vivre en Eglise, c’est vivre du bonheur d’être complété.
Tu es l’Immense et notre foi est trop petite pour te percevoir tout entier.
Là où nous t’attendons à plusieurs, notre accueil s’élargit, ô Eternel,
Comment pourrais-je t’aimer, si je ne connaissais pas
Le relais de mes frères sur mon chemin de foi ?
[Marion Muller-Colard]

Orgue

Prédication : Jamais trop tard…

Parce que la Bible raconte l’histoire des hommes, l’histoire de notre pauvre humanité, c’est encore une histoire de jalousie et de préférence, dont je voudrais vous parler aujourd’hui, parce que nous l’avons évoquée à la pause spirituelle de jeudi dernier. C’est l’histoire de Joseph, fils de Jacob, petit-fils d’Isaac, arrière-petit-fils d’Abraham. Elle se situe dans le livre de la Genèse entre les chapitres 37 et 50. Si elle commence mal, cette histoire se termine bien, par une réconciliation entre des frères, dont nous venons de lire un extrait. L’histoire de Joseph est un roman écrit en diaspora, comme d’autres livres du premier Testament tels que Daniel ou Esther.

Ces livres ont en commun le message suivant : c’est possible de vivre dans un pays d’accueil, et on peut même y faire une belle carrière, malgré les graves difficultés que l’on peut rencontrer en chemin. La narration se fonde sur une observation courante, et j’emprunte ces mots à Thomas Römer, professeur au Collège de France, « à savoir que les fratries, les cadets d’un père âgé sont souvent les préférés. La haine des ainés aurait dû se porter sur le père inéquitable, mais étant donné le contexte de cette époque, il est plus difficile de s’en prendre directement au père, mais plus facile de s’en prendre au frère. Ici, il s’agit exclusivement de Joseph. Cela aboutit à la rupture de l’harmonie familiale, autrement dit, à la rupture d’une relation de « SHÂLOM » et toute l’histoire de Joseph sera la quête du rétablissement de cette relation harmonieuse. Cela va prendre du temps.

Jacob, fils d’Isaac, a douze fils qui sont à l’origine des tribus d’Israël. Mais sa préférence va vers Joseph, parce que ce fils était né de la femme qu’il aime, Rachel, et ce, dans sa vieillesse, ainsi que Benjamin. Les dix autres fils sont nés de Léa, la femme « imposée » par la tradition. Jacob donne à son fils Joseph une tunique multicolore qui attise la jalousie de ses frères. (Gn 37/3).

Joseph a un don, celui d’interpréter les songes. Dans le Proche-Orient ancien, comme en Egypte, le songe est considéré comme une zone de rencontre entre le divin et l’humain. Joseph fait deux songes qu’il raconte à ses frères : le songe des gerbes de blé et celui du soleil, de la lune et de onze étoiles qui se prosternent devant lui. Personne n’y comprend rien, mais les frères jaloux de la préférence de leur père pour Joseph, et jaloux de la spiritualité de Joseph élaborent une ruse pour l’éliminer. Ils le conduisent dans le désert et le jettent au fond d’une citerne. Une caravane s’arrête pour faire halte. Les frères de Joseph se ravisent, remontent Joseph de la citerne et décident de le vendre comme esclave, aux marchands de la caravane. Ils mentent ensuite à leur père en lui faisant croire que Joseph est mort, dévoré par une bête sauvage.

Joseph est donc emmené en Egypte comme esclave et il travaille chez Potiphar. Joseph est grand, beau, intelligent, et l’esprit de Dieu, l’esprit de l’Eternel repose sur lui, (Gn 39/2) nous dit le texte biblique. Voilà que Madame Potiphar le remarque et jette son dévolu sur lui. Joseph refuse ses avances. Vexée, Madame Potiphar se venge en faisant emprisonné Joseph sur de fausses accusations.

Pendant son emprisonnement, Joseph interprète les songes de ses compagnons et ses prédictions se réalisent ; Pharaon entend parler de Joseph et le fait libérer pour qu’il puisse interpréter un songe qu’aucun astrologue ne sait expliquer : celui des sept vaches grasses et des sept vaches maigres.

Joseph interprète ce songe comme étant sept années d’abondance suivies par sept années de famine. Pendant les années d’abondance, sur l’initiative de Joseph, l’Egypte fait suffisamment de réserves pour résister ensuite aux années de famine. Devant cette intelligence, Joseph devient ministre du Pharaon. Joseph épouse la fille d’un prêtre égyptien et fonde une famille.

La famine arrive, et s’étend dans toute l’Egypte et aussi en Israël. Touchés par la famine, ayant entendu qu’il y a du blé en Egypte, Jacob envoie tous ses fils, sauf Benjamin, acheter du grain. Joseph les reconnaît mais ses frères ne le reconnaissent pas car il a beaucoup changé avec l'âge et il a désormais l'allure d'un vice-roi d'Égypte. Il fait accuser ses dix frères d'espionnage et emprisonne Siméon pour obliger les autres à revenir avec Benjamin, le dernier des frères. Lorsqu'ils reviennent en Égypte, Joseph est ému de revoir son petit frère. Il les fait repartir ensemble mais fait placer une coupe dans le sac de Benjamin pour les accuser de vol. Juda se dévoue pour que Benjamin puisse rentrer auprès de leur père. Voyant que ses frères ont retenu la leçon, Joseph révèle son identité à ses frères, puis se réconcilie avec eux, c’est la lecture de notre passage d’aujourd’hui. Il invite son père et toute sa famille à venir s'installer en Égypte.

Même si notre histoire personnelle ne ressemble pas en tous points à celle de Joseph, l’histoire de Joseph peut nourrir notre vie et notre foi.

Tout d’abord, la Bible nous raconte qu’il nous faut faire le deuil des familles parfaites. Et si elle nous raconte l’histoire d’une alliance, celle de Dieu avec les hommes, cette alliance se conclue avec des personnes ordinaires avec leurs qualités et leurs défauts.

Joseph est un enfant attendu tardivement, qui devient le préféré. Il suscite des jalousies dans la fratrie. Nous pouvons connaître ce genre de situation dans nos propres familles.

Le modèle de la famille de Jacob est une famille avec des enfants violents, jaloux et menteurs, et d’autres trop intelligents et avec un père dépassé par les événements. C’est une famille qui peut rappeler bon nombre de familles que sont les nôtres, aujourd’hui. Dans notre groupe, une personne a fait remarquer : « Mais où sont les femmes, les mères, ou peut-être même les sœurs, dans cette histoire ? » Là aussi, il nous faut faire le deuil d’une absence.

Par contre, des frères fâchés qui se réconcilient 20 ans après, cela existe, même si c’est plutôt rare, et c’est en ce sens-là que le passage que nous avons lu tout à l’heure est un bijou d’écriture car à travers toute l’histoire de Joseph, c’est une leçon de foi et fraternité que nous recevons. La Bible vient nous dire qu’il n’est jamais trop tard pour une fraternité à vivre. Il n’y a pas d’âge ni d’heure pour la construire.

L’histoire de Joseph est une longue réflexion sur la fraternité entre les humains. Cette fraternité est au départ une relation imposée tenant au simple fait d'avoir les mêmes parents dont il faut se partager l'amour. Mais chacun souffre. Les frères souffrent de la préférence donnée à Joseph. Joseph est pris en tenaille entre l'amour du père et la haine de ses frères.

Entre les chapitres 37 et 50 de la Genèse, l’enjeu de l’histoire de Joseph est la quête du frère, des frères. Mais aussi celle de la quête dont nous parlions au début, celle du rétablissement de la relation harmonieuse, que l’on peut qualifier de « Shâlom ». Ici, il n’y a pas d’interventions miraculeuse. La relation se reconstruite petit à petit, à force de stratagèmes, par des retrouvailles répétées.

Entre Joseph et ses frères, rien n’est oublié. Dans les chapitres précédents, tout nous montre à quel point les frères sont restés sous le poids de la culpabilité du geste qu’ils ont fait par rapport à Joseph. 20 ans se sont passés, mais ils mesurent toujours les conséquences de leur geste sur la vie de leur père. C’est encore plus vrai, dans le tout dernier chapitre, (50/15 et ss), lorsque leur père Jacob meurt, les frères doutent encore de leur réconciliation avec Joseph et se demandent si Joseph ne va pas leur faire payer ce qu’ils lui ont fait par le passé. Cela réactive leur culpabilité et ils mentiront à Joseph pour désamorcer une vengeance possible. Mais Joseph restera fidèle à la réconciliation donnée au chapitre d’aujourd’hui.

Lors de leurs premières retrouvailles, les frères de Joseph ne le reconnaissent pas, ni de visage (il a l’apparence d’un Egyptien), ni de par sa voix puisqu’il se fait traduire. Il manque le dernier des frères, resté auprès de Jacob. Joseph les accuse d’être des espions et soumet ses frères à une épreuve pour tester leur fraternité : « Vous ne sortirez pas d’ici tant que votre plus jeune frère n’y vienne. L’un de vos frères restera en prison et vous, partez, emportez du ravitaillement pour votre famille à cause de la famine, et amenez-moi votre petit frère. » (Gn 42). C’est ce qu’ils firent, tout en se disant l’un à l’autre : « Oui, nous sommes coupables envers notre frère (Joseph)… Maintenant son sang nous est réclamé ». Ainsi la vérité progresse puisqu’ils se reconnaissent coupables envers leur frère Joseph.

Les dix frères retournent chez leur père. Dans un premier temps, Jacob refuse de lâcher Benjamin : « Vous me privez d’enfants ! » dit Jacob à ses fils. Mais la famine continue et Jacob accepte de laisser partir Benjamin. Les frères reviennent alors en Egypte avec Benjamin. A table, Joseph a fait placer ses frères par ordre d’âge ; lui-même mange avec eux …(Gn 43). Les frères ne remarquent pas ces signes qui auraient pu leur ouvrir les yeux. Joseph met à nouveau à l’épreuve leur fraternité. Il les laisse repartir mais glisse une coupe d’argent, la sienne, dans les affaires de Benjamin qui se trouve ainsi faussement accusé de vol.

Mais cette fois-ci, les frères se montrent solidaires. Juda prend la parole et s’offre en esclave à la place de Benjamin, si important pour leur père. L’amour du père pour un des frères qui au début de l’histoire a créé la haine, est maintenant l’objet d’un sacrifice de Juda « pour que le père ne souffre pas ». (Gn 44). Joseph est témoin du progrès de vérité et de la fraternité chez ses frères. Il ne se cache plus pour pleurer et se fait reconnaître.

Tout au long de l’histoire de Joseph, il nous est indiqué que l’esprit de Dieu, l’esprit de l’Eternel est sur lui. Pour le judaïsme, Joseph est un patriarche de référence, et pour l’Islam, Joseph est un prophète de Dieu. Cela tient au fait que, lorsqu’il se fait reconnaître de ses frères, Joseph place Dieu en premier dans tout ce qui s’est passé. Il fait passer sa confiance en Dieu en premier.

Il relie (relier) et il relit (relire) toute sa vie sous le regard de Dieu. Contre toute attente, il peut dire : « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais c’est Dieu ». Nous sommes devant une lecture positive de l’histoire. Joseph est train de dire comment il a rebondi, comment il est reparti dans sa vie, malgré les injustices dont il a été victime.

Joseph a dépassé la rancune et le simple désir de se venger de ces injustices. Tout le mal qui a été fait et toute la souffrance supportée par Joseph ont été changés en bien. Il le dira encore, au tout dernier chapitre de cette histoire. Tout ce qui semble injuste, incompréhensible, inconcevable, insupportable au départ, prend maintenant tout son sens. « J’ai été envoyé là, pour pouvoir vous accueillir maintenant », dit-il à ses frères (Gn 45/4). C’est quelque chose qu’on ne pouvait pas savoir au départ. Son pardon et son accueil permettront à ses frères de survivre et d’avoir une descendance. Ils ne manqueront de rien.

Aujourd’hui, on dirait que Joseph est un résilient. Il est reparti dans sa vie, plus fort, malgré les coups qu’il a reçus. Mais ce qui permet à Joseph de dire cela, et d’être comme cela, c’est sa foi solide et enracinée en Dieu. Rien, ni le mal ni le bien, n’a été vécu sans lui. Ce Dieu d’ailleurs qui n’intervient pas de façon ostentatoire, mais qui soutient la vie de Joseph, comme d’ailleurs celle de Pharaon ou de Jacob. Ce Dieu qui est plutôt le symbole d’une force intérieure et d’une fidélité.

Ce texte peut nous aider pour nos vies personnelles, quand l’avenir nous semble bouché, hermétique, injuste. Nous vivons parfois des épreuves terribles dont nous ne comprenons pas le sens immédiat. Quel regard portons-nous sur nos difficultés ? Les vivons-nous, éloignés de Dieu ou enracinés en Lui ?

Le texte de Joseph peut nous aider à relire ce qui se passe dans nos vies avec la conviction que le Dieu en qui nous avons mis notre confiance et notre foi, est là, toujours là, et qu’il nous accompagne partout, y compris sur les routes sombres et tortueuses de notre existence. « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » dit un proverbe portugais. C’est là tout le sens de la fidélité de Dieu à notre égard, même lorsque nous avons le sentiment d’être abandonné ou laissé pour compte. Notre petite histoire personnelle s’inscrit en fait dans une histoire bien plus grande, celle de Dieu avec l’humanité, l’être humain, ce que nous appelons l’histoire du Salut ! Rechercher sans cesse ce que Dieu veut pour moi là je suis placé(e). Ne pas perdre de vue que Dieu nous veut d’abord debout, heureux et libres.

L’histoire de Joseph, c’est l’histoire de la grâce de Dieu. Cette grâce que nous disons première dans notre foi, qu’en est-il au fond ? Notre problème réside souvent dans le fait que soit la grâce de Dieu nous indiffère, soit nous avons du mal à y croire ! Comme l’écrit le Cheick Bentounès, dans son livre, « l’homme intérieur à la lumière du Coran » : « Dans le parcours de Joseph, comme dans celui des autres prophètes, rien n’est fortuit. Jeté et abandonné dans un puits du désert, Joseph est recueilli et entre en Egypte, préparant ainsi la venue de ses frères, ancêtres des douze tribus d’Israël. Ces événements étaient le prélude de la mission de Moïse et de l’exode du peuple hébreu d’Egypte ». (fin de citation).

D’ailleurs, dans les derniers versets du chapitre 50 de la Genèse, au moment de la mort de Joseph, en Egypte, enseveli en Egypte, il y a une anticipation de l’Exode au chapitre 50 du livre de la Genèse. « Il s’avère ainsi que les différentes expériences qui marquent notre vie, même négatives, peuvent jouer un rôle éminemment positif. Les épreuves nous permettent de découvrir en nous une dimension jusqu’alors insoupçonnée. Il ne faut jamais désespérer et s’en remettre à Lui, Dieu. Lorsque nous revenons vers Lui, les situations s’organisent, trouvent un sens et deviennent claires ».

Le livre de la Genèse nous montrait dans le texte de Caïn et Abel, qu’il n’est pas fatal qu’un frère tue son frère. Avec le roman de Joseph et ses frères, où nous découvrons une histoire haute en couleurs, c’est une histoire d’amour qu’on nous raconte, une histoire de reconnaissance des enfants qui veulent être aimés de leur père, qui ne supportent pas qu’il y ait des préférés et des laissés pour compte, et que la jalousie, expression maladive d’une souffrance, d’un abandon, mène à des actes parfois irréparables. Mais avec la foi, nous apprenons qu’il n’y a pas de situation qui enferme, pas de voie sans issue, il y a toujours une ouverture inattendue, et avec le temps, mais aussi avec la parole, il est possible de traverser l’épreuve, en particulier celle de la discorde, il est possible de vivre ensemble, dans la bienveillance réciproque, comme des frères. Le roman de Joseph, sans nous donner de règles à suivre, nous rappelle que la fraternité n’est pas innée, mais qu’elle se présente comme une relation à construire par chacun d’entre nous et que pour y prétendre, il n’est jamais trop tard. Amen.

Pour aller plus loin :
- Thomas Römer, professeur au Collège de France, La Bible et l’Egypte, histoire de Joseph et ses frères, résumé du cours de 2016
- Thomas Römer, Les 100 mots de la Bible, éditions PUF, Que sais-je ? 2016
- Les notes bibliques sur l’histoire de Joseph, dans le livre de la Genèse, du service biblique de la Fédération Protestante de France
- Cheick Khaled Bentounès, L’homme intérieur à la lumière du Coran, Albin Michel, collection Spiritualités Vivantes, 2015

Orgue

Chant d'Assemblée : Louange et Prière - Cantique n°216, strophes 1, 2 et 3 : Seigneur que ton règne adorable

Annonces et Offrande
Orgue

Prière d’intercession et notre Père
[D’après un texte de GRÉGOIRE de Naziance (IV° siècle)]

Eternel, toi qui es l’amour, la liberté, la joie et la vérité
Tu nous rassemble aujourd’hui Pour refaire avec nous ton alliance,
Pour nous redire les mots de ta tendresse
Regarde notre vie :
Tu connais les richesses qui s’y trouvent déjà
Mais tu sais aussi nos faiblesses.
Nous venons à toi tel que nous sommes, sans artifices.
Nous savons qu’il y a tout près de nous, comme au loin
Tous ces hommes et ces femmes, mais aussi ces enfants, qui ont besoin d’attention,
De regard, de tendresse, de soutien.
Apprends-nous à communiquer de plein pied avec eux et surtout,
Garde-nous de la pitié qui les dévalorise
Contre le scandale de leur différence et notre révolte,
Accorde-nous la grâce,
Si nous ne pouvons les comprendre,
D’accepter tes mystères
Et les épreuves qui nous dépassent.

Continue à nous donner,
Pour que nous puissions partager,
A nous pardonner,
Pour que nous sachions être indulgents,
A nous interpeller,
Pour que nous ne nous enfermions pas en nous-mêmes,
A nous demander,
Pour ne pas capitaliser,
A nous bousculer,
Pour ne pas nous relâcher.
Et prends patience avec nous,
Pour que nous ne nous lassions pas de te servir.

Eternel,
Fais que nous voyons les choses à faire,
Sans oublier les personnes à aimer.
Que nous voyons les personnes à aimer,
Sans oublier les choses à faire.
Donne-nous encore et toujours, patience, force et courage de construire la fraternité, là où nous sommes, en prenant soin de nos sœurs et nos frères en humanité comme dans la foi, tout en prenant soin de la terre, et en réalisant que ces deux soins n’en font qu’un, en réalité.

Nous rassemblons notre prière dans celle que Jésus a enseigné à ses disciples :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel,
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés,
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal,
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire,
Pour les siècles des siècles, amen.

Bénédiction
Recevons la bénédiction de la part du Seigneur :
Mon frère, ma sœur, mon ami, Que l’Eternel te bénisse et te garde !
Que l’Eternel fasse rayonner sur toi son regard et t'accorde sa grâce !
Que l’Eternel porte sur toi son regard et te donne la paix !
Amen.

Répons :
Bénis, ô Dieu nos routes,
Nous les suivrons heureux,
Car toi qui nous écoutes,
Tu les sais, tu les veux.
Chemins riants ou sombres,
J’y marche par la foi :
Même au travers des ombres,
Ils conduisent à toi.

Orgue

Paroles des cantiques du dimanche 11 juillet 2021

Psaume : Psautier Français n° 67 B « Que Dieu nous bénisse et nous garde », strophes 1 et 2

Strophe 1
Que Dieu nous bénisse et nous garde,
Lui dont la joie est de donner;
Dans son amour qu’il nous regarde
Et nous serons illuminés.
Tous ceux qui espèrent
Verront sur la terre
S’ouvrir un chemin,
Car Dieu qui s’avance
Est la délivrance
De tous les humains.

Strophe 2
Que tout pays lui rende grâce
Avec des chants, des cris de joie.
Il vient régner sur toute race
Et gouverner selon le droit.
La terre est féconde
Et ses fruits abondent
Car Dieu nous bénit.
Oh ! que Dieu bénisse
Ceux que sa justice
En tous lieux unit.

Cantique : Louange et Prière n° 214 « Sur ton Eglise universelle » Strophes 1, 2 et 3

Strophe 1
Sur ton Église universelle,
Objet constant de ton amour.
Oh! que ta grâce paternelle,
Seigneur ! se répande en ce jour.
Tes enfants, avec confiance,
Partout fléchissent les genoux;
Ne confonds pas leur espérance,
Seigneur, sois au milieu de nous !

Strophe 2
Des promesses de ta Parole
Daigne, Seigneur, te souvenir :
Que ton Esprit Saint nous console
Et nous apprenne à te bénir !


Ouvre nos yeux à ta lumière,
Change et maîtrise notre cœur,
Et que ton Église en prière
Par toi triomphe de l'erreur !

Strophe 3
Que l'Évangile se répande
De l'aurore jusqu'au couchant ;
Que de tous côtés l'on entende
Monter vers toi le même chant !
Que, sur les plus lointains rivages,
Les peuples rangés sous la croix,
Viennent tous rendent leurs hommages
À Jésus Christ, le Roi des rois !

Cantique : Louange et Prière n° 216 « Seigneur que ton règne adorable » Strophes 1, 2 et 3

Strophe 1
Seigneur, que ton règne adorable
S'affermisse enfin parmi nous,
Ce règne à nul autre semblable
Qu'on ne peut hâter qu'à genoux,
Règne auquel ton Esprit incline
Par l'attrait puissant de ta voix,
Règne où la force qui domine,
C'est ton amour, ô Roi des rois !

Strophe 2
S'il est d'abord sans apparence,
S'il ne grandit que lentement,
Telle à nos yeux est la semence
Qu'apporte ou que chasse le vent.

Mais, ô Dieu ! tu la vivifies :
Voici l'arbre aux puissants rameaux ;
Et sous ses branches agrandies
S'abritent les nids des oiseaux.

Strophe 3
Ô Roi que le monde désire,
Qu'il désire et ne connaît pas,
Étends au loin l'heureux empire
Que tu veux fonder ici-bas !
Qu'il soit vaste autant que la terre,
Qu'il soit pur autant que les cieux,
Et que partout, ô notre Père,
Il rende ton nom glorieux !

Paroles des répons du temps de l'Église

Après la salutation
Répons : « Bénissons Dieu le seul Seigneur » (Ps. 134, str.1).

Bénissons Dieu le seul Seigneur,
Nous qu’il choisit pour serviteurs.
Levons nos mains dans sa maison,
Pour bénir et louer son nom.

Après la volonté de Dieu
Répons : « Parle, parle Seigneur, ton serviteur écoute » (L&P n°193, str.1)

Parle, parle Seigneur, ton serviteur écoute :
Je dis ton serviteur, car enfin je le suis.
Je le suis, je veux l’être, et marcher dans ta route,
Et les jours et les nuits.

Après la prière de repentance
Répons : « J’aime mon Dieu, car il entend ma voix ». (Ps. 116, str.1)

J’aime mon Dieu car il entend ma voix,
Quand la frayeur ou le tourment m’oppresse,
Quand j’ai prié au jour de ma détresse,
Dans sa bonté, il s’est tourné vers moi.

Après l’annonce de la grâce
Répons « Combien grande est ta gloire » (Ps 92 selon L&P n° 38 str.2).

Combien grande est ta gloire, en tout ce que tu fais, 
Et combien tes hauts faits sont dignes de mémoire !
Tes œuvres sans pareilles  ont réjoui mon cœur,
Je veux chanter, Seigneur, tes divines merveilles !

Après la confession de foi 
Répons : « Grand Dieu, nous te bénissons » (L&P n°69, str.1)

Grand Dieu, nous te bénissons, nous célébrons tes louanges,
Éternel, nous t’exaltons, de concert avec les anges,
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !

Après la bénédiction
Répons : « Confie à Dieu ta route » (L&P n°309, str.5)

Bénis ô Dieu nos routes, nous les suivrons heureux,
Car toi qui nous écoutes, tu les sais, tu les veux.
Chemins riants ou sombres, j’y marche par la foi,
Même au travers des ombres, ils conduisent à toi.

Lecture de la Bible

Livre de la Genèse, chapitre 45, versets 1 à 15


1 Et Joseph ne pouvait plus se contenir devant tous ceux qui se tenaient près de lui, et il s'écria : « Faites sortir tout le monde d'auprès de moi ! » Et personne ne se tint près de Joseph quand il se fit reconnaître à ses frères.
2 Alors il laissa éclater sa voix en pleurs, et les Égyptiens l'entendirent, et la maison du Pharaon l'entendit.
3 Et Joseph dit à ses frères : « Je suis Joseph. Mon père vit-il encore ? » Et ses frères ne pouvaient pas lui répondre, car ils étaient troublés devant lui.
4 Mais Joseph dit à ses frères : « Approchez-vous de moi, je vous prie ! » Et ils s'approchèrent. Et il dit : « Je suis Joseph votre frère que vous avez vendu pour l'Égypte. »
5 Et maintenant, ne soyez pas affligés et fâchés contre vous-mêmes de m'avoir vendu ici, car c'est pour la conservation de la vie que Dieu m'a envoyé devant vous.
6 Car voici deux ans que la famine est dans le pays, et il y a encore cinq années pendant lesquelles il n'y aura ni labour ni moisson.
7 Et Dieu m'a envoyé devant vous pour vous assurer un reste sur la terre et pour vous conserver la vie par une grande délivrance.
8 Et maintenant, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, mais c'est Dieu. Et il m'a établi père du Pharaon, et seigneur de toute sa maison, et gouverneur de tout le pays d'Égypte.
9 Hâtez-vous et montez vers mon père, et vous lui direz : "Ainsi dit ton fils Joseph : Dieu m'a établi seigneur de toute l'Égypte. Descends vers moi, ne t'arrête pas !
10 Et tu habiteras dans le pays de Goshen, et tu seras près de moi, toi, et tes fils, et les fils de tes fils, et ton petit bétail, et ton gros bétail, et tout ce qui est à toi.
11 Et je t'y entretiendrai — car il y a encore cinq années de famine — de peur que tu ne sois réduit à la misère, toi, et ta maison, et tout ce qui est à toi."
12 Et voici, vos yeux et les yeux de mon frère Benjamin voient que c'est ma bouche qui vous parle.
13 Alors vous raconterez à mon père toute ma gloire en Égypte, et tout ce que vous avez vu. Et vous vous hâterez de faire descendre mon père ici. »
14 Puis il se jeta au cou de Benjamin son frère, et il pleura. Et Benjamin pleura sur son cou.
15 Et il embrassa tous ses frères et pleura sur eux. Et après cela, ses frères parlèrent avec lui.

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