Il court il court, l’Esprit Saint !

Actes 8:26-40

Culte du 12 mai 2019
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Vidéo de la partie centrale du culte

Le livre des Actes nous raconte comment la Parole de Dieu est annoncée de Jérusalem jusqu’à Rome. De la ville Sainte jusqu’à la ville de l’envahisseur, du païen. Plus que l’histoire de la vie des apôtres, le livre des Actes est le livre de l’Esprit Saint. Dans la continuité de l’Evangile de Luc, ce livre nous raconte comment l’Esprit Saint reçu à la Pentecôte va oeuvrer dans le coeur des apôtres et de tous ceux qui les croisent pour transformer, convertir leur vie au moment même où le Messie, le Sauveur, est mort sur la croix, disparu de leur vie de disciples, enlevé brutalement à leur yeux.

Ce chapitre 8 est à la jonction des différentes parties du livre, le récit que nous avons lu nous fait passer de la vie de la communauté des disciples du Christ, craintive et persécutée à Jérusalem, à celle d’une communauté de diaspora, éclatée, et portant la Bonne Nouvelle du salut de Dieu dans les villes et les territoires éloignés de Jérusalem. Il faut dire que dès le début des communautés chrétiennes, les apôtres seront inquiétés par les pouvoirs en place, qu’ils soient religieux ou politiques ; ce qui, à l’époque, est souvent très lié. Pierre est emprisonné ; les autres apôtres le sont aussi ; Etienne est lapidé et sa mort coïncide avec le début de la grande répression qui va marquer la Jérusalem de l’époque. Les disciples du Christ seront donc obligés de quitter Jérusalem et c’est donc la répression, paradoxalement, qui va faciliter la diffusion de l’Évangile.

Obligés de partir sur les routes, les apôtres et tous les disciples de Jésus vont devenir des colporteurs de la foi du Christ et ils vont donc faire des rencontres qui façonneront durablement la structure du christianisme. Peut-être est-ce là, la clé de l’histoire intrigante que nous raconte ce chapitre des Actes des apôtres. Philippe en accomplissant son devoir de témoin du Christ disparaît aux yeux de l’eunuque éthiopien. Et au lieu de se trouver dans la peine de ne plus voir son guide, l’Éthiopien est dans la joie. Dans cette seule description, est retracé le geste du livre des Actes : apporter la joie du baptême du Christ, malgré la disparition physique du guide, apporter le salut dans le vide et l’absence du Messie, dire la joie de la résurrection après la misère de la croix.

Par bien des côtés, ce récit de baptême est un nouveau récit de résurrection. C’est ainsi que la route de l’eunuque éthiopien va croiser celle de Philippe et l’on voit combien l’Esprit Saint est le personnage principal tout indiqué de cette rencontre. En effet, quoi de plus adapté que cette force spirituelle, impossible à capturer, qui ne connaît ni les contraintes liées aux lieux et aux distances, ni les contraintes liées aux temps. L’Esprit souffle où il veut, dit l’Écriture, et aucune barrière ne peut l’arrêter, ni spatiale, ni temporelle, ni linguistique, puisque le livre des Actes s’ouvre sur le don de l’Esprit Saint faisant communiquer les hommes et les femmes entre eux quelles que soient leurs langues maternelles.

Cet Esprit Saint transcende aussi les fonctions de chacun dans cette nouvelle façon de vivre la religion, car Philippe est un personnage aux multiples fonctions : il enseigne, il baptise, il voyage, il ouvre des chantiers d’évangélisation pour Pierre, qui le rejoint là où il a commencé à toucher le coeur des foules et où il convertit beaucoup de monde. Mais au départ, Philippe est un homme d’origine grecque - son nom l’indique - qui a été appelé à être diacre et donc à servir et à organiser les repas des veuves d’origine grecque, qui ont rejoint la nouvelle confession chrétienne. Philippe est diacre.

Et du service de table, il passe apparemment facilement au service des miracles et au service de formation biblique pour finir par baptiser. C’est un hyper apôtre. Et il est tellement bon, que quand il a de la concurrence, par exemple Simon le magicien, qui fait des prodiges qui séduisent les foules, il arrive à le convertir et à le baptiser. Faisant passer Simon du rôle de concurrent à celui de disciple. Décidément, il est très fort ce Philippe. Dans l’épisode qui nous intéresse, Philippe est envoyé par l’Esprit Saint vers la Samarie, (sans doute l’actuelle Naplouse) en plein midi. C’est une folie d’aller là-bas alors que la chaleur est à son maximum. Mais peut-être la rencontre de Jésus avec la Samaritaine « à la sixième heure » dans Jean 4,7 est-elle le motif qui sous-tend cette situation.

Ou bien la lumière du midi est celle de la révélation qui inondait le désert lorsque Abraham accueillit ses trois visiteurs, ou encore celle qui frappera dans le chapitre suivant Saul, sur la route de Damas. Toujours est-il que c’est en pleine lumière que se fait la rencontre entre Philippe et cet eunuque éthiopien. Cet Éthiopien, n’est pas n’importe qui : il occupe de hautes fonctions à la cour de la reine des Nubiens de l’île de Méroé, la Candace, (nom qu’on donnait à toutes les reines de cette dynastie matrilinéaire) .

À l’époque, quand on parle d’Éthiopie dans le monde antique israélite, c’est très vague : il ne s’agit pas du pays actuel, mais d’une région qui marque pour les anciens l’extrémité sud du monde civilisé. Philippe est donc celui qui va, comme Paul après lui, aux confins du monde. Il y a donc ici le souhait de montrer une dynamique d’expansion rapide du christianisme. Cette rencontre improbable se fait alors que l’eunuque revient de pèlerinage: est-il juif ? C’est un prosélyte, un homme qui a embrassé la foi juive, mais qui ne peut prétendre faire partie intégrante du peuple de Dieu, puisqu’il est eunuque. On comprend ici que le problème des eunuques perdurait à cette époque alors que les Écritures en parlaient déjà depuis fort longtemps.

Dans le Deutéronome, il est écrit qu’un eunuque, donc un homme qui ne peut pas ou plus engendrer de descendance, n’aura pas part au peuple de Dieu. C’est une exclusion pure et simple. Et déjà, dans le prophète Esaïe, on tente de réviser cette exclusion, parce qu’on est devant un phénomène particulier au retour des exilés qui ont été faits hauts fonctionnaires dans les royaumes païens, et donc faits eunuques. Ils reviennent d’exil, mais amoindris, humiliés aux yeux des autres Israélites. L’exil leur a retiré le pouvoir de procréer et, dans le même temps, le droit de faire partie du peuple de Dieu.

L’eunuque éthiopien du livre des Actes représente un accomplissement des prophéties puisque dans le prophète Esaïe il est écrit: Que l'étranger qui s'attache à l'Éternel ne dise pas: L'Éternel me séparera de son peuple ! Et que l'eunuque ne dise pas: Voici, je suis un arbre sec ! Car ainsi parle l’Éternel : aux eunuques qui garderont mes sabbats, qui choisiront ce qui m'est agréable, et qui persévéreront dans mon alliance, je donnerai dans ma maison et dans mes murs une place et un nom préférables à des fils et à des filles ; je leur donnerai un nom éternel, qui ne périra pas. Et les étrangers qui s'attacheront à l'Éternel pour le servir, pour aimer le nom de l'Éternel, pour être ses serviteurs, tous ceux qui garderont le sabbat, pour ne point le profaner, et qui persévéreront dans mon alliance, je les amènerai sur ma montagne sainte, et je les réjouirai dans ma maison de prière; leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel; car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples.

Le Seigneur, l'Éternel, parle, Lui qui rassemble les exilés d’Israël : Je réunirai d'autres peuples à lui, aux siens déjà rassemblés. (56-3-8) L’homme que rencontre Philippe cumule les deux handicaps : il est étranger et il est eunuque. Mais cela ne l’empêche pas de lire le prophète Esaïe, à voix haute, comme cela se faisait dans le monde antique, et sur son char, ce qui est plus original et moins confortable sans doute. Sur cette route désertique, un autre signe de salut apparaît : un point d’eau est là, et le baptême va pouvoir avoir lieu.

Là, auprès d’une route, entre un diacre qui s’occupait des veuves et un Éthiopien qui sert une reine. Le christianisme en construction est en pleine réforme. En guise de synagogue nous avons un char, le lecteur est un eunuque et le baptême du Jourdain se fait dans une flaque d’eau. Le christianisme devient portatif, itinérant, et rendu ainsi avec la tradition du nomadisme des premiers Israélites qui voyagèrent à travers le désert pour trouver la terre promise. Les seuls points qui assurent la stabilité de l’ensemble, sont : la figure du Christ, ce serviteur souffrant qui a été crucifié mais qui est ressuscité, et l’Esprit Saint qui homologue tout acte de foi au Dieu de Jésus Christ.

Cette eau du baptême dans laquelle descendent les deux hommes après avoir parlé des Écritures, c’est l’eau qui, aujourd’hui encore, a permis de baptiser Chloé. Et c’est le même Esprit Saint qui nous a menés à ce lieu de rencontre, en pleine lumière, dans l’accomplissement voulu par Dieu. Le livre des Actes nous donne des indices pour nous faire comprendre pourquoi ce haut fonctionnaire sera baptisé là, au bord du chemin en plein midi. Il lit les Écritures et ce qu’il lit le renvoie à lui-même. Il est en train de lire à haute voix le passage d’Esaïe qui dit: et sa génération, qui la racontera ? Car sa vie est enlevée de la Terre.

L’eunuque demande de qui l’on parle dans ce passage, parce qu’il se reconnaît lui-même dans cette description. Lui-même n’a pas de génération, il est l’eunuque qui s’éteindra sans descendance après avoir servi un royaume. Et, dans cette figure du serviteur souffrant, l’eunuque reconnaît sa condition et se sent en fraternité avec celui dont il est question. Ainsi, avant de croiser la route de Philippe, c’est la route du Messie que l’eunuque a croisée, par le texte lu.

C’est d’abord dans son esprit que la figure du Christ a pris vie. Le sauveur annoncé par les prophètes a rejoint sa condition d’homme. Et Philippe, le serviteur des indigents est envoyé auprès de lui pour lui redonner la joie profonde et la promesse de la vie éternelle à travers le geste du baptême. Dans ce récit de baptême un peu fantastique, très improbable du point de vue de la logique, mais très évocateur du point de vue théologique, le coeur de la foi chrétienne s’annonce, comme dans le sacrement que nous avons célébré avec l’enfant baptisé aujourd’hui : la nouvelle conception du peuple de Dieu ne requiert aucun critère physique pour homologuer ses membres.

C’est un peuple spirituel, fondé par cet Esprit Saint, qui fait le lien entre tous et qui souffle sur chacun. Cette libération a de quoi nous encourager à vivre une vie spirituelle débarrassée de toute homologation. Tout enfant de Dieu est aimé de lui a priori. Et c’est ce salut que Philippe annonçait sur les routes de Judée et que nous devons encore annoncer quelles que soient nos rencontres. Nous ne croisons pas beaucoup de chars, sans doute dans nos vies, mais combien de personnes croisons-nous qui vivent avec le sentiment de n’être pas dignes de l’amour de Dieu ? Combien se sentent jugés pour ce qu’ils sont. Et souvent alors même qu’ils n’ont pas choisi ce qu’ils sont. Il est facile de se dire ouvert à tous les possibles.

Mais il est plus difficile d’annoncer clairement un amour inconditionnel à tous. Combien de différences ne sont toujours pas comprises comme des richesses dans notre société. Combien de différences sont encore vécues comme des humiliations. Quand, en visite, j’entends la peine de ceux qui souffrent de ne pas être totalement intégrés dans notre société à cause de leur handicap, quand j’entends les parcours du combattant de ceux qui ont dû gagner la reconnaissance de leur conjugalité hors norme, quand je vois la peine de ceux à qui il est arrivé un drame et qui payent la double peine parce qu’on moralise sur une réalité déjà difficile à vivre et à partager, je pense à l’eunuque éthiopien.

Et je rêve que nous soyons, nous qui nous déclarons disciples du Christ, en priorité, comme le diacre Philippe, capables d’entendre l’Esprit Saint qui nous appelle à la communion et à l’amour du prochain. Pas un amour condescendant, pas une pitié de bienfaisance, mais un véritable amour, libéré du jugement, libre comme le souffle de l’Esprit. Que le baptême nous libère et nous guide !

Amen

Lecture de la Bible

Actes 8/26-40 26 Un ange du Seigneur adressa la parole à Philippe : Lève-toi et va du côté du midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, celui qui est désert. Il se leva et partit. 27 Et voici, un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace reine d'Éthiopie, et le surintendant de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer, 28 et il s'en retournait, assis sur son char, en lisant le prophète Ésaïe. 29 L'Esprit dit à Philippe : Avance, et rejoins ce char. 30 Philippe accourut et entendit l'Éthiopien qui lisait le prophète Ésaïe. Il lui dit : Comprends-tu ce que tu lis ? 31 Il répondit : Comment le pourrais-je, si quelqu'un ne me guide ? Et il invita Philippe à monter s'asseoir avec lui. 32 Le passage de l'Écriture qu'il lisait était celui-ci : Il a été mené comme une brebis à l'abattoir ; Et, comme un agneau muet devant celui qui le tond, Il n'ouvre pas la bouche. 33 Dans son humiliation, son droit a été supprimé, Et sa génération, qui la racontera ? Car sa vie est supprimée de la terre. 34 L'eunuque prit la parole et dit à Philippe : Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même, ou de quelque autre ? 35 Alors Philippe ouvrit la bouche et, commençant par ce texte, lui annonça la bonne nouvelle de Jésus. 36 Comme ils continuaient leur chemin, ils arrivèrent à un point d'eau. Et l'eunuque dit : Voici de l'eau ; qu'est-ce qui m'empêche d'être baptisé ? 37 [Philippe dit : Si tu crois de tout ton cœur, cela est possible. L'eunuque répondit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.] 38 Il ordonna d'arrêter le char ; tous deux descendirent dans l'eau, Philippe ainsi que l'eunuque, et il le baptisa. 39 Quand ils furent remontés hors de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l'eunuque ne le vit plus, alors que, joyeux, il poursuivait son chemin. 40 Quant à Philippe, il se trouva dans Azot, puis il évangélisa toutes les villes par lesquelles il passait jusqu'à son arrivée à Césarée.

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