Face aux phobies et aux hésitations : la foi en l’Eternel

Matthieu 14:22-33

Culte du 15 février 2015
Prédication de pasteur James Woody

(Matthieu 14:22-33)

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Culte du dimanche 15 février 2015 à l'Oratoire du Louvre
prédication du pasteur James Woody

 

Chers frères et sœurs, qu'il serait bon que la vie soit aussi simple que l'Evangile. Face à une étendue d'eaux, il suffirait de faire un pas de plus pour continuer sa route sans avoir besoin de louer un bateau. Si la vie était aussi simple, il n'y aurait plus besoin de mettre des barrières autour des piscines pour éviter que les enfants s'y noient. Toutefois, ce serait peut-être un peu plus compliqué pour se baigner, et la plongée sous-marine deviendrait peut-être impossible. Mais, au moins, la mer ne serait plus un obstacle entre les personnes ni un risque majeur. Les migrants ne mourraient plus ni d'étouffement dans les cales des bateaux, ni de noyade en cas d'avarie. Dans la même perspective, par exemple avec l'épisode des cinq pains et des deux poissons qui ont été utilisés pour nourrir la foule de milliers de personnes, la vie serait plus simple et il n'y aurait plus de famine.

Oui, il serait bon que la vie soit aussi simple que l'évangile, c'est ce que peut nous faire entendre ce passage biblique. Pour cela, il faut faire abstraction des questions physiques liées à la densité de l'eau ou au principe d'Archimède. L'auteur biblique qui n'a aucune raison de méconnaître les lois physiques liées à l'eau, se sert, précisément, de ses connaissances scientifiques tout à fait modernes, pour nous livrer un enseignement sur le terrain qui intéresse la Bible : l'homme face à ce qui est à venir. C'est sur ce terrain là que nous pouvons entendre deux freins à la vie simple et ce qui favorise une vie simple.

A. Les freins à la vie simple

Le premier frein, le plus massif, celui qui est le plus souvent mis en évidence dans les textes bibliques, est la peur, la phobie, pour reprendre la racine du terme grec. Lorsque la peur est mise en scène, c'est pour montrer en quoi elle handicape, en quoi elle empêche d'atteindre ses objectifs ou, pire de quelle manière elle nous conduit à faire l'inverse de ce qu'il faudrait.

Ici, les disciples ont peur parce qu'ils voient ce que le texte grec désigne par le mot « fantasma » et que les traductions rendent le plus souvent par « fantôme ». Les disciples voient un fantasme, et cela les rend phobiques. Approche intéressante qui nous dit que la peur est suscitée par une perception altérée du réel. Les disciples voient quelque chose apparaître, ils ne savent pas très bien ce que c'est, ils devinent que c'est une personne sans reconnaître que c'est Jésus, ou alors ils le reconnaissent, mais ne veulent pas croire que c'est bien lui… ce serait donc quelqu'un qui se fait passer pour lui.

Comme le dit très bien le texte, ils sont troublés. Leur perception est défaillante, mais leur cerveau continue à recevoir des signaux, incohérents, qu'ils ne savent pas analyser convenablement, et cela leur fait peur. Leur phobie vient de l'écart entre ce à quoi ils s'attendent et ce qui se passe effectivement. Quand on est sur un bateau, on ne s'attend pas à voir arriver quelqu'un marchant sur l'eau. Et quand on est en pleine nuit, c'est encore plus vrai. En transposant dans la vie quotidienne, nous réalisons que la phobie, la peur, peut être provoquée par une mauvaise appréciation du réel. Nous pouvons être assaillis par une phobie lorsque notre perception nous donne une image faussée du réel.

Par exemple, si vous êtes hydrophobes, si vous avez une phobie de l'eau, vous aurez toutes les peines du monde à apprécier le baptême à sa juste valeur. Une telle phobie peut venir d'un épisode semblable à celui de Pierre… le sentiment de se noyer et donc de perdre la vie. L'eau sera alors associée à une menace, alors que l'eau est aussi, principalement, une source de vie.

Prenons d'autres phobies plus d'actualité : l'homophobie et l'islamophobie. Quand ces deux termes sont pris pour ce qu'ils désignent - la peur de, et non la haine de -, ces deux termes disent le décalage qu'il y a entre ce qu'est une personne homosexuelle, ce qu'est l'islam (ou ce que sont les musulmans) et l'image, le fantasme que nous nous en faisons. Moins nous connaissons ce que nous voyons, plus nous imaginons ce qu'il est, plus nous reconstruisons son identité, plus nous avons de risque de nous éloigner de ce qu'il est vraiment et plus ses réactions, ses attitudes seront susceptibles de nous faire peur et donc de créer un malaise. S'il peut y avoir une phobie due à une mauvaise expérience préalable, ce passage biblique nous met surtout sur la piste de la phobie provoquée par une faible connaissance de la situation éprouvée, une trop faible connaissance de la personne rencontrée.

2. L'hésitation

Le deuxième frein, spécifiquement décrit sous la plume de l'évangéliste Matthieu, c'est l'hésitation. Le verbe distazo est couramment traduit par le verbe français « douter ». Cela est très compréhensible dans un contexte où Jésus dit « homme de peu de foi ». L'habitude est de considérer que l'inverse de la foi, c'est le doute. Le traducteur s'attend donc à ce que Jésus reproche à Pierre d'avoir douté, puisqu'il vient de lui dire qu'il a peu de foi. Mais le verbe dis-stazo mériterait d'être traduit plutôt par « hésiter ». Le problème de Pierre, ici, ce n'est pas le doute, c'est qu'il a hésité : il y avait d'un côté cette parole d'autorité de Jésus « viens » ou « va » si l'on souhaite retrouver l'appel lancé à Abram en Genèse 12 et de l'autre côté il voit le vent qui est fort. Lequel des deux est le plus puissant, lequel des deux doit l'emporter ? C'est une hésitation et l'hésitation coule Pierre.

Ce n'est pas cela le doute qui est non pas l'ennemi de la foi, mais son meilleur serviteur. Le doute, c'est ce moyen formidable par lequel le croyant casse les idoles, délaisse les idées fausses, ne voue pas son âme aux forces de destruction en interrogeant, en soumettant à la critique de son intelligence ce qu'on lui dit, ce qu'il voit, ce que d'autres ou lui-même tient pour vrai. C'est par exemple Salomon qui met en cause le fait que l'Eternel, qui est une figure de l'infini, puisse se tenir tout entier dans le temple qu'il vient de faire construire. C'est évidemment Martin Luther qui remet en cause l'infaillibilité des Conciles et, a fortiori, du pape. C'est Sébastien Castellion qui critique le fait que la raison doive se soumettre devant le texte biblique. Le doute n'est pas l'hésitation dont il est question ici, car le doute c'est prendre une question à bras le corps, s'en charger de tout son être et la passer au crible de notre instance critique pour voir ce qu'il en reste au bout du compte, à la manière de René Descartes qui expliquait que les évidences, c'est ce qui reste après le long et exigeant travail du doute.

L'hésitation, c'est justement le fait de ne pas s'investir dans le travail sérieux du doute. L'hésitation, c'est arrêter sa démarche scientifique, celle qui consiste à essayer de falsifier les théories pour ne garder que celles qui résistent à l'examen et, ainsi, continuer sa route avec des éléments sérieux. L'hésitation, c'est ne pas surmonter le trouble, ne pas surmonter la complexité d'une situation, et, du coup, se trouver totalement démuni. C'est ne mettre en place aucune méthode, c'est ne pas fractionner le problème en des problèmes plus petits et donc plus faciles à résoudre. L'hésitation, c'est s'immobiliser, être comme tétanisé parce que nous sommes incapables de choisir, incapables de discerner ce qui convient.

B. Le moteur de la vie simple : la foi

Ce sont ces deux freins que le moteur chrétien parvient à surmonter. Et ce moteur, c'est la foi. Dans ce passage, la foi n'est dite qu'en creux ou, pire, en défaut, avec Pierre. « Oligopistos », voilà de quoi Jésus traite Pierre. « Peu de foi ». Mais foi quand même. Nous ne pourrons pas mesurer la foi de Pierre, mais nous sommes en mesure de comprendre que la foi n'est décidément pas une liste de choses qu'il faudrait tenir pour vraies et qui constitueraient un catéchisme. Dans la perspective de Matthieu, la foi est bien plutôt un lien entre le croyant et ce que Jésus incarne. En lui disant qu'il a peu de foi, Jésus repère chez Pierre la cause de son début de noyade. S'il s'est enfoncé dans la mer, s'il n'est pas resté au-dessus de la mer qui représente tout ce qu'il y a de dangereux dans la vie, c'est parce qu'il n'y avait pas que de la foi chez Pierre, mais aussi de l'hésitation. Plus d'hésitation que de foi. Et pour pallier à son manque de foi, Jésus a saisi Pierre. Il l'a saisi par la main. En agissant ainsi, il a compensé son manque de foi, accomplissant ce qui est nécessaire pour que la foi soit vraiment la foi : en étant saisi par Jésus, Pierre a été saisi par ce qui, pour lui, pouvait incarner le divin. Pour pallier au peu de foi de Pierre, Jésus a précisément accompli la dynamique de la foi qui consiste à saisir la personne, à la saisir totalement, pour la mettre en relation avec l'ultime, du moins dans la perspective du théologien Paul Tillich.

Ce qui a fait défaut aux disciples et notamment à Pierre, c'est d'être totalement saisis par un idéal de vie. En n'étant pas entièrement tendus vers cette vie divine dont les textes bibliques révèlent la teneur, en n'étant pas reliés à l'espérance divine, les disciples étaient susceptibles d'être ballotés par la première puissance venue, ce que représente le vent. Mais n'accusons pas à outrance ces disciples qui ne servent qu'à souligner ce qu'est la foi que Jésus a voulu révéler, et parlons de ce moteur de la foi dans des termes positifs auxquels nous pourrons adhérer et qui nous permettront de simplifier notre vie, qui nous permettront de ne pas nous enfoncer dans les problèmes du quotidiens, parce que la foi permet de stopper l'immobilisme.

La foi est confiance ; elle est ce lien qui unit l'homme à une autre personne ou plus majestueusement encore, à la vie. La foi, lorsqu'elle est relation à l'autre, est l'affaire d'une connaissance qui surpasse la méconnaissance, qui ne se contente pas des fantasmes, mais qui vient rejoindre l'âme de celui qui se tient là, devant moi. La foi interroge pour se lier à ce que l'autre est vraiment, à ce dont l'autre est véritablement porteur et, plus encore, pour se lier à ce dont il est promesse. Car la foi ouvre un avenir pour celles et ceux qui se font confiance, celles et ceux dont la foi devient moteur. La foi met à mal les phobies car la foi s'intéresse à la vérité, que ce soit la vérité d'une personne ou la vérité de l'être. La foi n'a que faire des rumeurs, elle n'a que faire des « qu'en dira-t-on », car la foi s'intéresse à l'être vrai de la personne, à ce qu'elle porte en elle au plus profond de son identité et qui crie « sauve-moi ! » : sauve-moi du non-être, sauve-moi de la noyade dans la mer de l'indifférence, dans la nuit de la phobie, dans l'impossible aurore de l'hésitation sans fin. « Sauve-moi ! », crie l'âme assoiffée de vie à l'âme qui se tient là, et entre lesquelles le lien de la foi peut se tisser.

La foi, lorsqu'elle est relation au divin, lorsqu'il s'agit de la foi en l'Eternel, devient cette passion pour la vie en plénitude, pour la vie débarrassée du non-sens absolu. La foi en l'Eternel dont Jésus a manifesté l'intensité, c'est ce oui que nous prononçons à la vie parce que nous intuitionnons que la vie est bonne, que le monde est vivable, même s'il mériterait d'être franchement amélioré. La foi en l'Eternel, c'est cette passion pour une vie où les tourments sont surmontés ; une passion telle que les vents contraires sont insuffisant pour nous faire rebrousser chemin. C'est la foi qui nous réveille, la foi qui nous redresse, la foi qui nous ressuscite et nous fait aller, qui nous fait rejoindre les vrais sujets, qui nous donne de l'ardeur pour les causes qu'il faut défendre : pour la justice, pour les plus faibles, pour les humiliés, pour la créativité, pour la liberté, pour l'amour… Cette foi fait tomber les vents contraires, elle vide les phobies de leur contenu et elle dissipe toute hésitation. Cette foi nous arrache à ce qui pourrait nous couler et nous permet de relever notre existence et d'embrasser la vie.

Amen

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Lecture de la Bible

Matthieu 14:22-33

Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l’autre côté, pendant qu’il renverrait la foule. 23 Quand il l’eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l’écart; et, comme le soir était venu, il était là seul. 24 La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots; car le vent était contraire.

25 A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. 26 Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent: C’est un fantôme! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. 27 Jésus leur dit aussitôt: Rassurez-vous, c’est moi; n’ayez pas peur! 28 Pierre lui répondit: Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. 29 Et il dit: Viens! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. 30 Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria: Seigneur, sauve-moi! 31 Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? 32 Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa. 33 Ceux qui étaient dans la barque vinrent adorer Jésus, et dirent: Tu es véritablement le Fils de Dieu.

Traduction NEG

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