Dieu, Seigneur de tous ou la Pentecôte des païens

Actes 10:24-47

Culte du 7 juin 2020
Prédication de Agnès Adeline-Schaeffer

Vidéo du culte entier

Culte

Dimanche 7 juin 2020

Jour 28 du dé-confinement progressif
Temple ouvert au public selon les consignes sanitaires en vigueur


Liturgie par le Pasteur Béatrice Cléro-Mazire
Prédication par le Pasteur Agnès Adeline-Schaeffer
Musique par Alexandre Korovitch, organiste

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Musique

Salutation 

En ce dimanche,
La grâce et la paix vous sont données de la part de Dieu, notre Père,
Et de Jésus-Christ, son fils, notre frère.

Accueil
Bienvenue pour ce culte !
Nous sommes heureuses de vous retrouver à l’Oratoire du Louvre.
Bienvenue à toutes les mamans puisque, aujourd’hui, nous les fêtons !
Nous saluons celles et ceux qui nous regardent de leur domicile, en France ou l’étranger, et particulièrement aux États-Unis
Le temps du confinement pour notre pays touche à sa fin, et nous sentons que l’activité renaît dans notre société. Nous avons tous espéré un monde d’après différent et déjà des émeutes, comme celles du monde d’avant nous replongent dans la violence du racisme. Quelle régression ? Alors, que ce temps de culte nous aide à combattre, dans notre vie, contre les vieux démons de la haine de l’autre !
Il nous faut encore de la prudence. Mais déjà le temps d’inventer demain est là et dans la foi nous y travaillons.
 
Louange
Louons Dieu :
Sans fin, Seigneur, je chanterai ton amour,
d’âge en âge je proclamerai ta fidélité ;
Oui, je dis : ton amour est établi pour toujours
et ta fidélité est plus ferme que les cieux.
Les cieux célèbrent tes merveilles, Seigneur,
et l’assemblée des croyants ta fidélité.
Seigneur, Dieu de l’univers, quelle est ta puissance !
C’est l’amour qui rayonne de toi !
Heureux le peuple qui saura t’acclamer tout le jour ;
à ton nom, il dansera de joie. 
(d’après le Psaume 89)

Chant : Dans le recueil « le Psautier Français »,  nous vous invitons à poursuivre notre louange par le chant du Psaume 72, « Revêts Seigneur de ta justice ", strophes 1, 2, 3 et 4

1 - Revêts, Seigneur, de ta justice, le Prince de la paix
Et parmi nous qu’il établisse, son royaume à jamais.
En lui les plus humbles du peuple trouvent un défenseur,
Délivrant les fils de la veuve et brisant l’oppresseur.

2 - Qu’il règne sur toute la terre, sur tous les océans,
Tant que le soleil les éclaire, jusqu’à la fin des temps !
Des sommets qu’il fasse descendre la paix et la bonté ;
Sur les coteaux qu’il vienne étendre le droit et l’équité.

3 - Comme l’ondée il renouvelle, il reverdit nos prés.
Il donne au droit vigueur nouvelle ; le monde en est paré.
Dans son royaume sans frontières les grands s’inclineront ;
Et tous les peuples qu’il libère, en paix le serviront.

4 - Il est l’appui dans leur détresse des plus abandonnés ;
Sa main guérit, son bras redresse le faible méprisé.
Il vient sauver dans son épreuve l’esprit du malheureux ;
Plus que le sien, le sang du pauvre a du prix à ses yeux.

Volonté de Dieu
On t’a fait connaître ce qui est bien,
et ce que l’Éternel veut de toi, c’est
que tu pratiques la justice,
que tu aimes la bonté et
que tu marches humblement avec ton Dieu.                                                  
(d'après le prophète Michée)

Confession du péché
Seigneur, alors que la violence raciste nous meurtrit et met à mal l’espérance d’une humanité fraternelle, je crie vers toi :

Aujourd’hui je suis noire
Avec Césaire, avec Senghor ou avec Luther King.
Ce n’est pas ma peau qui est noire,
Ce n’est pas mon chant,
C’est ma robe qui est noire,
Noire de l’exigence de ton Évangile,
Noire de la justice de ta Parole,
Noire du devoir de ton humanité.

Aujourd’hui, je suis noire.
Ce n’est pas ma peau qui est noire,
Ce n’est pas mon chant,
C’est mon âme qui est noire.
Noire de rage en voyant la Bible dans la main de l’homme raciste,
Noire de colère en entendant le cri d’une plainte étouffée,
Noire de ténèbres en relisant l’histoire de notre iniquité.

Aujourd’hui je suis noire
Et j’élève mon âme vers toi, qui n’as pas de couleur :
Jusques à quand ton nom pour étayer la haine ?
Jusques à quand le diable noir et toi, le Dieu des blancs ?
Jusques à quand le droit aura-t-il une couleur ?

Aujourd’hui je suis noire avec tous mes frères humains,
Ceux qui croient en ton amour,
Ceux qui croient en ta justice,
Ceux qui savent que ce qui est diabolique
C’est l’injustice et la partialité

Aide-nous, Seigneur, dans cette lutte contre la haine,
Car déjà nos frères ne peuvent plus respirer.
Pasteur Béatrice Cléro-Mazire

Annonce du pardon 
Je vous invite à vous lever pour accueillir le pardon de Dieu.
Ainsi parle le Seigneur :

“Je vous donnerai un cœur nouveau,
Je mettrai en vous mon Esprit, je serai votre Père,
Vous serez mes fils et mes filles.”

 “Celui qui écoute ma parole, dit Jésus,
et qui croit en celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ;
il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.”

Que Dieu mette en nos  cœurs l’assurance de son pardon
et qu’Il nous donne de marcher vers son Royaume.

Chantons notre reconnaissance ! Chant spontané : Psaume 92, strophe 2 :
Combien grande est ta gloire, en tout ce que tu fais,
Et combien tes hauts faits sont dignes de mémoire !
Tes œuvres sans pareilles ont réjoui mon cœur,
Je veux chanter, Seigneur, tes divines merveilles !

Confession de foi

Nous croyons en Dieu, le père qui a créé le monde entier.
Qui réunira toute chose et qui veut que tous les hommes vivent ensemble,
comme des frères en une même famille.

Nous croyons en Dieu, le fils qui se fait Homme,
qui est mort et qui est ressuscité en gloire, réconciliant le monde entier avec Dieu, renversant tous les murs qui séparent les hommes, toutes les barrières de religion, de classe,  de race et de culture, afin de créer une humanité unie.

Il est l’Unique Seigneur qui a autorité sur tout.
Il appelle chaque homme et la société, L’Église et l’État, à la réconciliation, à l’unité, à la justice et à la liberté.

Nous croyons en Dieu, l’esprit qui est la promesse du royaume de Dieu qui vient, qui nous donne le pouvoir d’annoncer le jugement de Dieu et son pardon pour les hommes et les nations, d’aimer et de servir tous les hommes, de lutter pour la justice et la paix et d’appeler le monde entier à reconnaître, ici et maintenant, Le règne de Dieu  Amen.           
Église presbytérienne d’Afrique du Sud, 1973.

Chant spontané : Louange et Prière, Cantique 69, strophe 1

Grand Dieu, nous te bénissons,
Nous célébrons tes louanges,
Éternel, nous t’exaltons,       
De concert avec les anges,
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !
Et prosternés devant toi, nous t’adorons, ô grand Roi !

Doxologie « Gloire à Dieu dans les cieux et sur la terre, et d’éternité en éternité »

Prière d’illumination
Nous prions avant d’ouvrir les Écritures afin qu’elles soient pour nous parole de vie :
Seigneur,
Nous voulons être entre tes mains comme l’argile dans les mains du potier.
Donne nous ton esprit, ouvre nos cœurs.
Et que ta parole nous façonne à l’image de ton fils, Jésus Christ, notre Seigneur.
Amen.

Lecture de la Bible
Actes des Apôtres, chapitre 10, versets 23b à 41
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Prédication

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Dieu, Seigneur de tous ou la Pentecôte des païens

Amis, frères et sœurs,

Peut-être vous êtes-vous amusés un jour à répondre à cette question : Si jamais vous deviez rester sur une ile déserte, le restant de vos jours, quelle chose la plus importante emporteriez-vous avec vous ? La réponse est toujours difficile parce que cela oblige à choisir, et que choisir c’est renoncer.
Imaginons que  la question soit posée par rapport, par exemple, à un passage de la Bible. La réponse ne serait pas plus facile, mais je me prends à rêver que le texte biblique confié à notre méditation d'aujourd’hui pourrait en faire partie… Parce que c’est un texte suffisamment important dans lequel on apprend que Dieu ne fait de différence avec personne.
Oh… bien sûr, le dire de cette façon, cela semble facile et, en théorie, nombreux sont ceux qui sont d’accord avec cette affirmation. Mais en sommes-nous si convaincus ?

Pour arriver à cette affirmation, que Dieu ne fait de différence avec personne, regardons comment le texte des Actes que nous venons d’entendre, nous est présenté. Tout d’abord c’est un texte très long qui comporte 48 versets, et très détaillé. Nous n’en avons lu qu’un extrait.

Nous retrouvons l’apôtre Pierre que l’on le connait bien ! C’est un homme juif, disciple de Jésus de Nazareth, dont la mission, qui a démarré très fort en Galilée, s’est intensifiée à la fête de Pentecôte avec le don de l’Esprit qui a été fait aux disciples dans la chambre haute. Les apôtres sont dehors, ils témoignent, ils disent avec leurs propres mots, et sans avoir peur, ce que le Christ représente dans leurs vies. Pierre parle, prêche, guérit et fait des miracles. Il est à Joppé, territoire juif.

Nous faisons aussi la connaissance d’un autre homme, Corneille, qu’on ne connaît pas. C’est un soldat de l’armée romaine, un centurion. Il est à Césarée, territoire romain.

Corneille est un homme juste. Bien que romain, il est proche du judaïsme, il est un « craignant- Dieu » et plein de piété. « Craignant-Dieu » et piété : ces mots rassemblent déjà deux cultures. La piété est un mot et une notion grecs que le christianisme primitif n’assimilera que tardivement.
La crainte de Dieu est une expression d’origine juive, qui suppose la foi au Dieu d’Israël et qui implique la fidélité à toutes les exigences de l’Alliance relatives à Dieu et à autrui. Les « craignant-Dieu » désignent donc des non-juifs qui se sont convertis au judaïsme, sans toutefois aller, comme les prosélytes, jusqu’à la circoncision.  Corneille et les siens appartiennent à ce milieu.
 
Ce chapitre du livre des Actes nous raconte la rencontre de ces deux hommes.  Cette rencontre n’est pas fortuite ; elle a été  soigneusement préparée en amont, de chaque côté. C’est une rencontre qui va tout changer, les perspectives religieuses du judaïsme d’une part, et du paganisme d’autre part. Deux mondes qui s’opposent vont se rencontrer. Des frontières vont être franchies, repoussées, déplacées. 
 
La qualité première de Corneille est la justice qu’il pratique de manière intègre par des aumônes généreuses, accompagnées de ses prières fidèles. Le récit débute avec la vision dont il fait l’expérience. Un messager divin avertit Corneille que Dieu est attentif à ses prières mais aussi à ses actes. Corneille a en quelque sorte, trouvé grâce aux yeux de Dieu. Le messager lui demande de faire venir un certain Simon, surnommé Pierre, qui réside à Joppé. Corneille écoute et obéit sans poser de questions. Il envoie deux serviteurs et un soldat à Joppé.
 
De son côté, Pierre reçoit également une vision étrange et déstabilisante : le ciel est ouvert ; quelque chose qui ressemble à une toile de tente immense, se déploie sur toute la terre, tendue par les quatre coins ; et dans cette toile, sont rassemblés  tous les animaux de la création, dont l’énumération approximative rappelle celle du livre de la Genèse.  En même temps, la symbolique de cette vision en rappelle une autre, celle qui ouvre le livre du prophète Ézéchiel. Pierre entend une voix qui lui donne l’ordre de tuer ces animaux et de les manger. Pierre, déconcerté, s’oppose à cet ordre. Les  animaux purs et impurs, définis comme tels dans le livre du Lévitique (chap 11) sont mélangés. Et  il n’est pas question pour Pierre de violer les règles alimentaires fondamentales, qui séparent le peuple juif des païens. Cette séparation lui donne justement toute son identité.  Mais la voix insiste : « Ce que Dieu a purifié, ne va pas le déclarer interdit ! ». Le bouleversement de Pierre est total.  Il ne sait pas du tout comment interpréter cette vision pour le moins insupportable, qui le pousse dans ses retranchements, au-delà des interdits alimentaires. Il doit manger de la nourriture que son estomac ne peut supporter, des aliments qu’il déteste à coup sûr et qui, sans exagérer, le dégoûtent. Avec cette vision, proche de l’abomination de la désolation, c’est toute son humanité qui est chamboulée. Et pour comprendre ce qui se passe, en particulier le cheminement parcouru par Pierre, il faut se souvenir que l’Église naissante était traversée par différents courants. L’un d’eux n’envisageait pas d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, hors du peuple d’Israël. Ce courant attaché à l’observance de la loi,  n’envisageait l’annonce de l’Évangile qu’à des  « circoncis ». C’est pourquoi Pierre n’est accompagné que de circoncis (v. 45). Quand, plus tard, il devra rendre des comptes sur ses agissements, devant l’Église mère de Jérusalem, il sera questionné par les circoncis qui l’accuseront d’avoir transgressé la loi en fréquentant et en ayant partagé la même table avec les païens (chap.11).
 
Depuis sa rencontre avec le Christ, Pierre fait un chemin parsemé de contradictions. Pierre est celui qui doit toujours choisir, en abandonnant quelque chose de sa fidélité ancienne. Pour rester en vie, il renie son maître, malgré son attachement profond à Jésus.  Pour obéir à Dieu, il est obligé de se faire violence, en mangeant des aliments qui le révulsent. Pour devenir apôtre de la grâce, et annoncer l’Évangile aux païens,  il est obligé de rencontrer et de loger chez un étranger, un occupant romain. Les frontières bougent, pour Pierre, et certainement pas comme il l’avait imaginé.

Mais depuis son appel sur le lac de Tibériade, les lignes avaient déjà bougé pour Pierre. Il y a ces récits où Jésus prenait de la distance vis-à-vis du joug de la Loi qui pèse sur le croyant. Il y avait déjà l’évocation de l’impasse dans laquelle l’homme pouvait s’enfermer, par l’application littérale de la Loi. Malgré le don de l’Esprit qu’il a reçu à Pentecôte, Pierre reste, à juste titre, conditionné par le rituel religieux qu’il a reçu et qu’il s’honore de pratiquer. Jusqu’à la vision qu’il reçoit, Pierre est lié à la mise en pratique de la Loi, même s’il manifeste une légère ouverture en acceptant de loger à Joppé chez un corroyeur, autrement dit un tanneur, un ouvrier sur cuir qui travaille la peau d’animaux morts.  Les frontières bougent, certes, mais il lui faudra trois passages de la vision (v.16),  une parole de l’ange (v. 13 et 15),  une marche  d’une journée (v.23),  et des dialogues pour découvrir une Parole qui va transformer non seulement sa propre annonce de l’Évangile, mais toute sa vie.

Ceci dit, les frontières se déplacent aussi du côté de Corneille. Lui, le représentant de l’occupant romain, avec toutes les images sûrement négatives liées à son statut, est présenté comme quelqu’un qui a fait une démarche vers Dieu, par le chemin du Judaïsme. Mais il n’est qu’au début de son aventure spirituelle… Il lui reste du chemin à faire… Il reçoit un appel pour écouter un homme, dont il ne connait pas le contenu de son message.
 
Par ce récit des Actes des Apôtres, c’est l’auditeur qui est invité à  déplacer ses propres frontières, formatées par sa culture, son sexe, son éducation, son statut social, son rituel religieux, ses interdits alimentaires. Nous sommes aujourd’hui les auditeurs de cette Parole qui nous invite à ouvrir grand, non seulement nos oreilles, mais aussi notre intelligence, pour élargir notre réflexion et nous sensibiliser à une prise de conscience. Nos chemins de vie sont balisés de choix, qui nous ont conduits ou qui nous conduiront à des renoncements  et à accepter que tout ce que nous croyons fondamental dans nos vies n’est pas forcément définitif.  Nous sommes devant l’inattendu de Dieu qui ouvre de nouvelles perspectives et nous obligent à nous déplacer.
 
Et ces nouvelles perspectives se traduisent, pour Pierre, par :

  • un geste : En arrivant dans la maison de Corneille, celui-ci accueille Pierre comme un envoyé de Dieu, et il s’agenouille devant lui. Pierre lui dit : « Lève-toi », et il l’aide à se relever, en lui disant : « Je ne suis qu’un être humain, comme toi » (v.26). Voilà la première égalité que Pierre reconnaît à Corneille, c’est leur humanité commune.
  • une parole : Pierre rappelle l’interdit originel selon lequel c’est un crime pour un Juif d’avoir des relations suivies ou même quelque contact avec « l’étranger » ; mais il raconte sa conversion à l’inattendu de Dieu selon lequel « il ne faut déclarer aucun être humain impur ou immonde » (v.28). Voilà la seconde égalité qui relie Pierre à Corneille.

Pierre aurait pu s’octroyer un pouvoir lié à sa fonction de « nouvel évangéliste », si j’ose dire ; en tout cas il pouvait se positionner en homme de pouvoir, conforté d’une part par la mission qu’il avait reçu du Ressuscité de conduire le peuple, et confirmé par le don de l’Esprit, qui lui donne autorité. Mais il se positionne en homme de bonne volonté, qui reconnaît en l’autre son humanité, y compris en celui qui n’est pas issu de la même tradition religieuse que lui. Pierre comprend alors la vision qu’il a reçue  et il en exprime le sens profond : en annulant la distinction entre les animaux purs et impurs,  Dieu a annulé, par voie de conséquence, la possibilité de la souillure contagieuse que contractaient les païens quand ils mangeaient des animaux impurs, ce qui les rendaient infréquentables pour les Juifs. Voilà que Pierre a l’intime conviction, révélée par l’Esprit,  que « Dieu n’est pas partial » (v. 34),  et que pour lui, aucun être humain n’est méprisable. Et Pierre repousse encore plus loin les frontières, qui ne sont plus là où on le pensait : « En toute nation, quiconque craint Dieu et pratique la justice, trouve accueil auprès de lui ». Prenant appui sur la conduite de Corneille, voilà ce que l’Esprit donne à Pierre de traduire avec ses propres mots : c’est la justice et la crainte de Dieu, autrement dit, le respect de Dieu, qui priment sur le rite religieux. Ce n’est plus la pureté ou l’impureté rituelles, qui rendent l’être humain agréable à Dieu, mais la qualité  de sa relation à Dieu et avec son prochain, qui est une autre façon de décliner les deux commandements : aimer Dieu de tout son être, et aimer son prochain, comme soi-même. Si cette qualité de relation devient la nouvelle norme, elle dépasse alors largement la famille religieuse, y compris celle dans laquelle elle puise ses racines ;  elle dépasse largement ce que nous appelons l’église visible qui en délimiterait les contours, pour s’élargir aux dimensions inconnues de l’église invisible, sans frontières et sans dénominations, où Dieu se laisse découvrir et rencontrer en chacun, chacune.
 
Nous sommes ici devant  le témoignage d’une grande révolution, qui n’en finit pas de bouleverser les mentalités humaines.  Elle fait violence aux habitudes ; elle s’en prend aux  «a priori» ; elle fait voler en éclats les constructions morales et elle s’attaque aux tabous. Celui qui annonce l’Évangile à des gens différents est appelé à comprendre les tabous de l’autre et à les surmonter, non pour anéantir, écraser,  imposer,  mais pour ouvrir à une plus grande liberté.
Cette révolution commence par le fait que « l’Esprit du Dieu polyglotte » donné à Pentecôte aux Juifs de Jérusalem, et magnifiquement développé la semaine dernière par ma consœur Béatrice, parle aujourd’hui à toute personne  qui cherche le divin de tout leur cœur, et qui le manifeste par une vie spirituelle se traduisant par l’harmonisation des rapports humains orientés inlassablement vers la recherche de la justice et de l’équité. Selon le discours de Pierre, cette révolution s’enracine dans la vie et l’œuvre de Jésus-Christ, qui n’a de cesse d’annoncer un Dieu en qui il n’y a aucune discrimination, ni de race, ni de culture, ni de sexe. Elle se traduit par cette affirmation : Dieu ne fait pas de différence entre les êtres humains. L’Évangile est l’annonce d’un salut universel, déjà réalisé en Jésus-Christ, mais encore à réaliser au sein d’une humanité divisée.
 
Pierre suspend un instant son discours ; Corneille et les siens ne réagissent pas encore à ce que Pierre vient de dire ; Pierre n’a même pas le temps d’appeler son nouvel auditoire à la conversion que l’Esprit Saint se répand sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Il se produit sur Corneille et l’ensemble de sa maison le même phénomène que pour les apôtres, à Pentecôte, les flammes et le vent mis à part, mais au fond le résultat est le même : chacun parle, traduit  et célèbre la grandeur de Dieu, chacun dans sa langue, qui devient, d’une certaine manière, la langue du cœur. Le phénomène est suffisamment fort, pour que les compagnons de Pierre, les croyants circoncis, soient stupéfaits, et réalisent que l’affirmation que Dieu ne fait pas de différence, est en train de se concrétiser. Chacun est là pour accueillir et reconnaître que Dieu garde l’initiative du don de l’Esprit, qui souffle où il veut.

Pierre propose alors de baptiser Corneille et l’ensemble de sa maison. Le baptême est là comme une réponse à cette grâce  première de Dieu, pour tout être humain, qui se donne à reconnaître dans des situations et des rencontres inédites. Le baptême devient alors le signe visible de la grâce invisible, qui est finalement la définition du sacrement.

L'Église naissante est donc confiée à des êtres humains de bonne volonté. Elle va essayer de s’organiser autour ce principe que ce n’est plus une étiquette religieuse qui sert de référence, mais une éthique, un comportement, basé sur la justice, ainsi que  le partage et l’hospitalité sans conditions.

N’y a-t-il  pas  ici une annonce d’un Évangile idyllique ?
Il semble que ce soit très difficile d’accueillir les idées de l’autre, tant sur les questions religieuses, qu’éthiques ou sociales, si l’on fait le bilan ne serait-ce que des 2000 ans de christianisme, dont nous héritons aujourd’hui.

Sans faire le procès du passé qu’on ne peut changer,  et parce que le chrétien, aussi libéral qu’il soit, n’échappe ni aux tabous, ni aux interdits, le texte d’aujourd’hui possède la force insoupçonnée de nous faire réfléchir. Il peut nous ouvrir à de nouvelles perspectives ; il peut changer nos vies grâce à une compréhension renouvelée de l’Évangile ; il peut nous faire vivre de nouvelles conversions, en accueillant ce fameux  « Évangile intégral » si cher à l’engagement du pasteur Wilfred Monod, qui concerne notre humanité tout entière.

Les chrétiens sont dépositaires d’un message libérateur, à la fois spirituel et social. Mais pour que ce message soit compris comme un projet de paix égalitaire et d’accueil réciproque, et non comme une supériorité despotique, il nous faut sans cesse réviser toutes nos croyances  paralysantes et oser s’ouvrir à la foi de l’autre.  De tous les autres.

Nous savons aujourd’hui, et l’actualité est dramatiquement là pour nous le rappeler : grandes sont les tentations qui perdurent de considérer l’autre comme immonde, en maintenant la ségrégation raciale, sans oublier la discrimination entre les  hommes et les femmes et la critique de certaines formes de conjugalités qui conduisent à la brutalité, à l’agression  et même à l’assassinat, la suspicion malsaine face aux maladies incurables ou pandémiques, aux handicaps, sans oublier tous les méprisés de l’Église. Nous avons chacun nos « immondes », que pourtant  l’Évangile nous exhorte à faire entrer dans notre monde.

Cependant, nous pouvons dire notre  reconnaissance pour les acteurs de tous les dialogues, sociaux, interculturels, œcuméniques et interreligieux, qui s’engagent à promouvoir la fraternité universelle, qui veillent à encourager un vivre ensemble paisible. Ces dialogues nous placent en confiance les uns avec les autres, en sentinelles, face au déferlement de violence qui dépasse largement la question religieuse.

Si Dieu est le Seigneur de tous, comme nous le raconte si bien ce récit de la Pentecôte des païens, son amour sans condition manifesté en Christ nous appelle à dépasser nos répulsions et nos jugements hâtifs et à déployer les valeurs humaines de justice, de vérité, de liberté, de respect et de dignité.
Pierre aurait pu passer son chemin ou prendre une autre direction. Il ne l’a pas fait. Il s’est « mouillé » dans son « monde d’après ».

Et nous, qu’allons-nous faire et comment allons-nous être dans notre « monde d’après » ?
Si nous ne sommes pas sûrs de notre réponse, demandons à l’Esprit-Saint de nous conduire et de nous aider à discerner  par où aller et par quoi commencer. Pentecôte est aussi pour nous ! 

Amen.

Musique

Chant : Dans le recueil Louange et Prière, nous vous invitons à vous unir par le chant du
Cantique 222, « Que la moisson du monde est grande ", strophes 1, 2 et 3.

Que la moisson du monde est grande !
Suscite, ô Dieu, des moissonneurs.
Que ton Esprit sur eux descende,
Bénis partout tes serviteurs.
Et que ton règne glorieux
S’étende ainsi sous tous les cieux.

Revêts de force leur faiblesse,
Et ceins leurs reins de vérité.
Qu’un zèle ardent toujours les presse !
Remplis leurs cœurs de charité.
Et que ton règne glorieux
S’étende ainsi sous tous les cieux.
 
Hâte ce jour, ô notre Père,
Cet heureux jour qui doit venir,
Où,  devant toi, sur notre terre,
Tous les genoux devront fléchir,
Où toute langue, à ton honneur,
Dira que Christ est le Seigneur.

Annonces
Voici quelques indications : A la fin du culte, merci de rester à votre place. Pour la sortie, les bénévoles viendront vous chercher à votre rang. Nous vous serons reconnaissants de ne pas rester groupés sur le parvis du temple, mais de vous disperser dans la rue.
Vous pouvez retrouver et partager ce culte qui sera retransmis sur notre site internet.
La maison presbytérale est encore fermée jusqu’à nouvel ordre et cette fois pour cause de travaux. Pour le culte de dimanche prochain, il vous sera envoyé des instructions par la newsletter ou par le site internet.
Les assemblées générales de L’Église et celle de l’Entraide se tiendront le dimanche 28 juin.
Venez à 10h 30 pour le culte, les assemblées générale suivront.  Nous élirons le nouveau Conseil Presbytéral qui aura la tâche de tenir le gouvernail de ce grand vaisseau qu’est l’Oratoire du Louvre. Les membres électeurs recevront par mail ou par voie postale, selon les moyens  et  les coordonnées que nous avons. Regardez bien dans les spams ! On ne sait jamais !  Pour devenir membre électeur de l’association cultuelle, il faut demander son inscription au Conseil en remplissant un document de demande. Pour devenir membre de l’Entraide, vous pouvez vous inscrire le jour de l’assemblée générale et régler votre cotisation sur place. Je rappelle que ce fonctionnement presbytérien synodal qui permet aux paroissiens de voter pour les décisions de leur église est assez rare et précieux dans le paysage des églises chrétiennes pour qu’on ne le néglige pas. Venez donc le 28 Juin.
 
Offrande
C’est le moment de l’offrande. Comme vous le savez, l’Église ne vit que de dons.
Si vous souhaitez faire votre don par carte bancaire, Francine Braunstein, notre Trésorière, se tient à votre disposition avec le terminal électronique de paiement, au fond du temple.
Pour celles et ceux qui ne sont pas physiquement avec nous, vous pouvez effectuer votre don en ligne, en toute sécurité, sur le site de l’Oratoire, oratoiredulouvre.fr

Prière :
Éternel, tu nous combles de tes bénédictions, jour après jour
et notre geste d’offrande d’aujourd’hui en est un modeste témoignage.
Inspire-nous d’autres gestes d’offrande,
qui ne soient pas que des gestes matériels
mais aussi des gestes d’amitié et des marques de tendresse.  
AMEN

Prière d'intercession et Notre-Père :
Éternel, Dieu de la vie,  nous remercions pour le culte d’aujourd’hui qui nous rassemble.
Merci pour ta Parole qui nous pousse sans cesse dans l’innovation.
Merci pour ton Esprit qui souffle et qui déplace nos frontières.
Nous te remettons la semaine qui s’ouvre, chargée de travail et d’engagements divers,
pour que tu puisses guider nos échanges et assurer de ta bienveillance
les regards que nous portons sur nos expériences.
Éclaire-nous, soutiens notre démarche pour écarter nos craintes
et nous permettre d’avancer et de renouveler notre service.
Bénis l’ensemble de nos relations fraternelles,
qu’elles soient en tout temps,  le signe de la communion de l’Église universelle
au témoignage de l’Évangile et au service de notre prochain.
Nous te prions pour celles et ceux qui dans le monde, proclament ta Parole au risque de leur vie.
 
Nous te confions celles et ceux qui n’ont pas pu se joindre à nous, quelle qu’en soit la raison, pour ce temps de culte.  Garde-les dans ta présence.
En communion avec tous les frères et sœurs dans la foi,
en communion avec tous les frères et sœurs en humanité,
avec celles et ceux qui vivent leur foi autrement que nous,
Nous te prions pour celles et ceux qui souffrent,
de quelque nom que s’appelle leur souffrance.
Nous te présentons celles et ceux qui demandent le secours de notre prière
et que nous te nommons dans le profond de nos cœurs.

Ensemble, liés les uns aux autres, présents et absents, malgré les distances qui nous séparent, nous te disons d’un même cœur la prière que Jésus nous a enseignée :

Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Ne nous soumets pas à la tentation
Mais délivre-nous du mal,
car c’est à toi qu’appartiennent
Le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles.
Amen.

Exhortation et Bénédiction
Il n'y a plus ni Juif ni Grec,
Il n'y a plus ni esclave ni homme libre,
Il n'y a plus ni homme ni femme,
Car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ
Amen !  (Galates 3, 28).

Que le Dieu qui n’est jamais partial nous bénisse toutes et tous.  Amen
 
Chant spontané : Louange et Prière, Cantique 308, strophe 5 
Bénis, ô Dieu, nos routes, nous les suivrons heureux,
Car toi qui nous écoutes, tu les sais, tu le s veux.
Chemins riants ou sombres, j’y marche par la foi,
Même au travers des ombres, ils conduisent à toi.

Musique

Actes 10:24-27

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Lecture de la Bible

Actes 10:24-47

24  Il arriva le jour suivant à Césarée. Corneille les attendait et avait appelé chez lui ses parents et ses amis intimes.

25  Lorsque Pierre entra, Corneille, qui était allé à sa rencontre, tomba à ses pieds et se prosterna.

26  Mais Pierre le releva et dit : Lève-toi ; moi aussi, je suis un homme.

27  Et tout en conversant avec lui, il entra et trouva beaucoup de personnes réunies.

28  Il leur dit : Vous savez qu'il est interdit à un Juif de se lier avec un étranger ou d'entrer chez lui ; mais Dieu m'a montré qu'il ne fallait dire d'aucun homme qu'il est souillé ou impur.

29  C'est pourquoi quand vous m'avez envoyé chercher, je suis venu sans faire d'objections ; je vous demande donc pour quelle raison vous m'avez fait venir.

30  Corneille dit : Il y a maintenant quatre jours, je priais dans ma maison à la neuvième heure ; et voici qu'un homme en vêtement éclatant se présenta devant moi et dit :

31  Corneille, ta prière a été exaucée, et Dieu s'est souvenu de tes aumônes.

32  Envoie donc appeler, à Jaffa, Simon surnommé Pierre ; il est logé dans la maison de Simon, corroyeur, au bord de la mer.

33  Aussitôt je t'ai envoyé chercher, et toi, tu as bien fait de venir. Maintenant donc nous sommes tous ici devant Dieu, pour entendre tout ce qui t'a été ordonné par le Seigneur.

34  Alors Pierre ouvrit la bouche et dit : En vérité, je le comprends, pour Dieu il n'y a pas de considération de personnes,

35  mais en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable.

36  Il a envoyé la parole aux fils d'Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ ; c'est lui, le Seigneur de tous.

37  Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a prêché :

38  comment Dieu a oint d'Esprit Saint et de puissance Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient sous l'oppression du diable ; car Dieu était avec lui.

39  Nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Ils l'ont fait mourir en le pendant au bois.

40  Dieu l'a ressuscité le troisième jour et lui a donné de se manifester,

41  non à tout le peuple, mais aux témoins choisis d'avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui, après sa résurrection d'entre les morts.

42  Et Jésus nous a commandé de prêcher au peuple et d'attester qu'il a été lui-même désigné par Dieu comme juge des vivants et des morts.

43  Tous les prophètes rendent de lui le témoignage que quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.

44  Comme Pierre prononçait encore ces mots, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole.

45  Tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre furent étonnés de ce que le don du Saint-Esprit soit aussi répandu sur les païens.

46  Car ils les entendaient parler en langues et exalter Dieu.

47  Alors Pierre reprit : Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ?

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