Célébration inclusive pour la marche des fiertés

Actes 10:34-48

Culte du 25 juin 2021
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Vidéo de la partie centrale du culte

Célébration inclusive à l'Oratoire du Louvre
pour la marche des fiertés

Vendredi 26 mai 2021
« Célébrer l'amour »


Célébration présidée par les pasteures Agnès Adeline-Schaeffer et Béatrice Cléro-Mazire
Prédication par la pasteure Béatrice Cléro-Mazire
Musique : Alexandre Korovitch, organiste suppléant
avec le Choeur de l'Oratoire sous la direction de Fabien Aubé

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Prédication : Dieu n'est pas partial

Nous venons d’entendre le témoignage que Pierre rend à son maître, Jésus de Nazareth. En tout cas, nous avons entendu ce que le livre des Actes nous raconte de ce témoignage qui comporte, comme c’est toujours le cas dans ce type d’écrit, plusieurs strates.

Pierre fait ce discours pour régler un problème : il ne sait pas comment faire communauté avec ceux qui ne sont pas de sa religion, de sa culture, ceux qui, il n’y a pas encore si longtemps, lui semblaient tellement étrangers à sa vie, qu’il ne devait même pas s’en soucier. Pierre est disciple du Christ, et à ce titre, il doit faire communauté aujourd’hui avec les païens d’hier. Pas si facile…
Pierre est devenu apôtre d’un homme, Jésus de Nazareth, qui faisait un pas de côté par rapport au judaïsme qu’il connaissait. Il l’a suivi, l’a servi, a témoigné pour lui ; puis, quand les choses sont allées trop loin, Pierre a renié son amitié avec Jésus et son adhésion à ses idées théologiques parce qu’il avait peur pour sa vie. Toutefois, nous le retrouvons dans une nouvelle phase de sa vie de foi. Le voilà missionnaire, essayant de rendre applicable dans son monde, les idées de son maître de sagesse : Jésus. Il tient maintenant Jésus pour un médiateur entre Dieu et les hommes puisqu’il lui reconnaît le rôle de juger les vivants et les morts à la place de Dieu.

À la première lecture, la prédication de Pierre frotte un peu dans nos oreilles. En effet, on y parle d’un Dieu qui aime ceux qui le craignent ; qu’en est-il des autres ? On y parle aussi de diable, comme si c’était une entité réelle comme vous et moi. On y parle de péché, et l’on atteste du rôle de Jésus comme juge des vivants et des morts. Tout cela ne présage rien de bon si l’on considère la lecture culpabilisante que l’on peut facilement en faire encore aujourd'hui. Selon le témoignage de Pierre, Jésus est considéré comme un thaumaturge qui guérit ceux qui étaient opprimés par le diable, et il est celui qui pardonne à condition que l’on croie en lui. On voit ici que Pierre, en bon apôtre, cherche à asseoir la légitimité du nouveau courant religieux qu’il promeut en élaborant une dogmatique qui fournit les critères pour identifier qui est un fidèle du Christ et qui ne l’est pas. Mais on verra par la suite, avec les récits des Évangiles, que les rencontres de Jésus avec ceux qu’il délivre, sont bien plus ouvertes et n’aboutissent pas à des dogmes sur qui est du Christ et qui n’en est pas, mais bien plutôt : qu’est-ce qui est libéré chez ceux qu’il rencontre et comment l’autre est accepté dans un amour inconditionnel, non seulement par Jésus, mais au nom de l’amour inconditionnel de Dieu.
La rédaction des Actes des apôtres montre les signes d’une norme qui semble rassurer Pierre dans son action de réformateur. Il prêche, certes un Jésus qui a fait un pas de côté par rapport à sa religion, mais pas question d’accepter n’importe quoi au nom du Christ.
La façon de dire la foi dans Jésus le Christ dans ce texte appartient à un contexte historique et culturel très particulier qui peut nous paraître très peu propice à développer une théologie libérale et progressiste dans notre monde d’aujourd’hui, mais je pense que ce n’est pas une raison pour laisser ce texte à ceux qui voudraient l’utiliser pour en faire un plaidoyer d’une soi-disant morale chrétienne, comme s’il en existait une et seulement une, ou un argument pour redresser ceux qu’ils considèrent comme des pécheurs.
Ce texte fait en effet écho à une certaine théologie qui encouragerait à se prendre pour Jésus et à faire ce qu’il a lui-même fait, mais durcissant les exigences. C’est ainsi que des religieux, heureux d’avoir trouvé ce qu’ils appellent « la vérité », se sont donné comme mission de guérir ceux qu’ils considèrent comme étant opprimés par le Diable. Le problème, c’est que, non seulement ils se prennent sans plus d’humilité pour Jésus, mais très certainement, pour Dieu lui-même. S’érigeant en juges des vivants et des morts, ils utilisent leurs critères moraux, voire leurs peurs intimes, pour juger ce que les autres vivent de façon différente, et ils apparentent cette différence à une déviance qui serait l’oeuvre du diable. C’est ainsi que l’homosexualité, la bisexualité ou toute particularité qui touche à l’intime sont identifiées à une force maléfique qu’il faudrait expurger de ceux qui cherchent un secours dans leur situation de division intime. Les témoignages que nous avons entendus nous montrent suffisamment que ce n’est pas si facile de trouver son identité intime, ce n’est facile pour aucun genre.
Il y a bien une demande d’aide de personnes qui se retrouvent intimement divisées. Et c’est bien là le drame : ayant du mal à vivre cette particularité dans un système moral qui les stigmatise, les victimes de ces emprises demandent souvent d’abord un salut et croient pouvoir le trouver en toute bonne foi dans ces systèmes de thérapie.

Profitant des réticences de notre société à accepter la singularité de chacun au nom d’une identité culturelle qui serait admise par tous, ces prophètes exorcistes surfent sur la vague moralisatrice qui permet de stigmatiser la différence qui dérange parce qu’elle questionne l’identité de chacun, que l’on soit d’une communauté LGBT ou non.
Alors se mettent en place des thérapies inventées selon des critères qui se veulent psychologiques, mais qui relèvent en fait d’a priori sans aucune rigueur scientifique.
Alors quelques maîtres à penser qui voudraient bien être maîtres à vivre tentent de convertir ceux qui se tiennent en dehors de leur vision de l’humanité, à une manière d’être et de vivre normée par de pseudo vérités bibliques, choisies par eux-mêmes probablement pour tranquilliser leur propre angoisse identitaire.
Ces phénomènes existent dans le monde religieux, bien sûr, mais aussi dans le monde séculier (et vous êtes mieux placés que moi pour comprendre ce que cela veut dire) : certains discours politiques s’inscrivent dans une norme qui exclut les différences qui risqueraient, si elles étaient considérées dans leur pluralité, de mettre en échec les discours identitaires les plus fermés. C’est ainsi que des États choisissent d’entrer dans une chasse à la déviance sexuelle et emprisonnent, torturent et tuent des citoyens qui devraient pouvoir exiger de ces mêmes États la protection, le droit et la paix.
La peur de l’autre est bien le véritable problème que soulève ce texte biblique des Actes des apôtres. Et la diabolisation de la différence est une façon d’éviter de prendre en compte ce qui est divisé réellement chez chacun de nous, à savoir l’identité même, celle que nous avons toujours de la peine à construire et à regarder en face car elle n’est jamais complètement constituée et toujours en devenir. Car nous sommes, dans l’intimité, des êtres complexes qui, quand ils sont vus de l’extérieur, doivent donner les apparences rassurantes de suivre une norme sociale. Mais cette norme ne devrait jamais transgresser les frontières de l’intime. Mais qui peut dire de quoi la vie de l’autre est faite ? Et quelle église a le droit de juger de ce qui se passe dans l’intimité des uns et des autres, de leurs sentiments, de leurs pratiques sexuelles, de leur corps ? Pierre, dans ce passage du livre des Actes, est exactement en train de régler un problème similaire. Venant du judaïsme, il a une certaine image de ceux qu’il appelle les païens. Le judaïsme de l’époque de Pierre n’est pas à proprement parler xénophobe, il ne s’agit pas de dire cela, mais sa compréhension de la coupure entre le pur et l’impur, son code de sainteté, impliquent qu’un étranger, voulant faire communauté au sein du judaïsme, se trouvera dans l’impossibilité de partager l’ensemble de la vie du peuple de Dieu.

L’accès au temple, aux rites, aux synagogues n’est pas le même selon qu’on est un homme ou une femme, un païen ou un juif, un prêtre ou un laïc, un circoncis ou un incirconscis, un malade ou un bien-portant, une personne portant un handicape ou un être reconnu dans son intégrité physique, une personne atteinte par une maladie ou un être dit sain. Ce modèle religieux implique qu’on fasse des cases d’où il est difficile de sortir pour passer dans une autre. Cette logique basée sur la séparation est une des voies que les croyants ont trouvées pour empêcher la confusion et le chaos. Là où la distinction des particularités humaines aurait pu permettre une meilleure compréhension de l’autre, c’est l’exclusion, souvent, qui a gagné.
Pierre venait de ce judaïsme. Et il essayait de faire au mieux, tel qu’il avait été converti, dans son coeur, par la parole de Jésus.
Pierre était devant un problème : il sentait intuitivement que, pour réaliser le grand projet universaliste du salut pour tous les humains, il devait accepter de manger avec les païens des viandes qui, dans son code de valeurs, dans sa culture, étaient considérées comme des abominations. Ce qu’on mange touche à l’intime presque autant que la sexualité. Imaginez le pauvre Pierre, obliger de manger à la même table que ces gens qui mangeaient des animaux impurs !
Eh bien, c’est grâce à la rencontre avec un païen, Corneille, qui devait sans doute manger du porc, comme beaucoup de ses concitoyens, que Pierre va comprendre, dans sa chair, que Dieu n’est pas partial et qu’il est le Seigneur de tous. Il renverse ainsi le problème qui s’imposait à lui en partant de l’amour de Dieu pour les humains et non plus de ses critères culturels et cultuels. Et il redit le coeur de sa foi : « quiconque met sa foi en lui obtient par le nom du Christ, le pardon des péchés ». C’est là tout ce qui compte. Et peu importe d’où l’on vient et peu importe sa culture, et peu importent les viandes qu’on mange.
Pierre, lui qui a vu le ressuscité, qui se dit choisi par Dieu pour recevoir la révélation du salut par la foi seule, abandonne la place à Dieu et comprend une chose qui, hier encore, le dépassait. C’est ainsi qu’il constate que la foi d’un païen vaut bien celle d’un Juif et que tous peuvent recevoir le baptême au nom du Christ et devenir ensemble des pécheurs pardonnés. C’est ce que nous avons compris dans nos Églises quand nous avons déclaré admise la bénédiction des mariages de couples de même genre.

Aujourd’hui, comme Pierre en son temps, il nous faut encore affirmer que Dieu n’est pas partial et accepter d’opérer sans cesse ce retournement, cette conversion qui consiste à ne pas considérer le péché d’après des normes morales humaines, mais d’après une humaine finitude. Être au-delà de la morale quand on est en religion et ne pas lire la Bible comme un prêt à penser sa vie, mais penser la Bible comme un document sur la foi de ceux qui ont vécu avant nous en l’actualisant toujours. Ne pas s’appuyer sur des normes morales établies par les humains pour proclamer Dieu, mais bien recevoir cet amour infini et inconditionnel qui nous fait tant défaut pour être capables d’aimer notre prochain.
Ainsi, le problème de l’homosexualité, ce n’est pas la bonne ou la mauvaise sexualité ; le problème de l’homosexualité, c’est l’homophobie. C’est la détestation de l’autre dans ce qu’il a de plus intime. Il est temps que nos églises célèbrent l’amour avec ceux qui s’aiment et ont besoin d’être aimés et que leur amour soit reconnu. Il est temps de prêcher, non pas nos normes, mais nos audaces ; non pas nos catégories, mais nos curiosités ; non pas nos critères d’exclusion, mais nos accueils inconditionnels.
Le jour ou Pierre a compris que Dieu n’était pas partial, il a compris qu’il ne devait pas prêcher son christianisme à lui, mais le Christ : celui qui libère, qui sauve et avec lequel nous pouvons ressusciter tous à une vie nouvelle. AMEN


Lecture de la Bible

Actes des Apôtres, chapitre 10, versets 34 à 48

34 Alors Pierre, ouvrant la bouche, dit: En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes,
35 mais qu'en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable.
36 Il a envoyé la parole aux fils d'Israël, en leur annonçant la paix par Jésus Christ, qui est le Seigneur de tous.
37 Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a prêché;
38 vous savez comment Dieu a oint du Saint Esprit et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable, car Dieu était avec lui.
39 Nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Ils l'ont tué, en le pendant au bois.
40 Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et il a permis qu'il apparût,41 non à tout le peuple, mais aux témoins choisis d'avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui, après qu'il fut ressuscité des morts.
42 Et Jésus nous a ordonné de prêcher au peuple et d'attester que c'est lui qui a été établi par Dieu juge des vivants et des morts.
43 Tous les prophètes rendent de lui le témoignage que quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.
44 Comme Pierre prononçait encore ces mots, le Saint Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole.
45 Tous les fidèles circoncis qui étaient venus avec Pierre furent étonnés de ce que le don du Saint Esprit était aussi répandu sur les païens.
46 Car ils les entendaient parler en langues et glorifier Dieu.
47 Alors Pierre dit: Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint Esprit aussi bien que nous?
48 Et il ordonna qu'ils fussent baptisés au nom du Seigneur. Sur quoi ils le prièrent de rester quelques jours auprès d'eux.

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