Cachés avec le Christ en Dieu, mais surtout pas couchés !

Colosiens 3:1-11

Culte du 9 janvier 2011
Prédication de pasteur Régina Muller

(Colossiens 3:1-11)

(écouter l'enregistrement)  (voir la vidéo)

Culte du dimanche 9 janvier 2011 à l'Oratoire du Louvre
prédication de la pasteure Régina Muller

« Vous êtes passés par la mort
Et votre vie est cachée avec le Xt en Dieu.
Le Christ est votre vie »

Ce n’est pas facile à accepter :

  1. le Christ, on préfère le voir dans  le contexte de son époque, en Galilée, au fil de ses rencontres. C’est du concret.
  2. Quant à Dieu, c’est quand même plus facile de l’envisager avec distance, comme un grand sujet de réflexion.

Mais être caché avec le Christ en Dieu ! quelle prétention ! non ?

Pourtant, il y a comme un soulagement immédiat à entendre qu’on est caché avec le Christ en Dieu, un peu comme lorsqu’on pose toutes ses tensions, toutes nos impatiences en priant : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »

Oser envisager d’être caché en Dieu, c’est reconnaître en nous, même de façon très furtive – juste peut-être le temps de le dire-  qu’il y a une correspondance entre le ciel et la terre ; intuitivement, on envisage sa vie sur terre mais on se sait d’ailleurs, « d’en haut ».

Cette intuition est une marque de notre baptême : on est mort à une vie à courte vue. C’est fini…la façon de n’envisager les choses que depuis l’angle du visible, du matériel ! Mais comme dit Paul par la suite, c’en est fini SI ON CHERCHE, sans baisser la garde, à faire mourir en nous ce qui spontanément, instinctivement nous fait tirer la couverture à soi.

« Cherchez les choses d’en haut » :
Ce n’est surtout pas mépriser la vie !
Ce n’est pas non plus rayer sa personnalité dans une forme d’humilité – douteuse.
Il ne s’agit pas de fuir la vie sur terre pour planer dans une quête mystique.
Rien à voir non plus avec le phantasme de la disparition.
Il ne s’agit surtout pas de démissionner de sa vie !

Il s’agit de refuser à avoir tout pour soi, refuser de rentrer dans la logique qui veut qu’on profite de tout et de tous. Car vouloir faire tourner le monde autour de ses intérêts, vouloir le faire tourner autour de ses peurs de manquer, de sa hantise à tout contrôler, de son hystérie à vouloir être reconnu… c’est perdre sa liberté pour s’accrocher à de faux dieux.
Autrement dit, c’est être esclave.

Le baptême, c’est comme si vous aviez mis un vêtement neuf, vous êtes une nouvelle personne qui se renouvelle sans cesse et ressemble de plus en plus à son Créateur. Le baptême nous pousse vers la  LIBERTE  DES  ENFANTS  DE  DIEU

Alors écoutez cette bonne nouvelle venue de l’expérience de Paul :

  1. Cachée avec le Christ en Dieu, ma vie m’échappe, elle dépasse ce que j’en perçois et ce que les autres en disent.
  2. Mais elle est cachée pour que j’échappe à l’esclavage de n’être pas assez moi, jamais assez à la hauteur
  3. Et de ce fait, je suis caché mais surtout pas couché !

  à mes miroirs « suis-je assez bien… », elle échappe à mes évaluations, au tribunal interne où je me fais comparaître. Elle échappe au tribunal de ma conscience où je suis à la fois juge et partie ; vous savez, ces moments où on balance entre le reproche et l’auto-justification. Cherchez ce qui est en haut n’est pas déprécier ce qui est terrestre ! Je suis cachée, en grande partie dans l’angle mort de mon auto évaluation ; je n’ai donc pas à me chercher, à me poursuivre sans cesse du regard.

feuille  elle échappe aux jugements et aux emprises des autres :

Dans la 2ème épître aux Corinthiens (2,15) Paul affirme avec audace : « l’homme spirituel par l’Esprit de Dieu juge de tout et il n’est lui-même jugé par personne »

    Caché avec le Christ, vous pouvez mépriser toutes ces prescriptions formelles, nées de la peur, du vain désir de perfection… qui disent au chapitre précédant : « ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas…

Ce sont des disciplines pour le corps, des tabous, des régimes en tout genres. Mais ils ne font du bien qu’à ce vieil homme, cet incorrigible égoïste. Il ne s’agit pas d’humilier notre corps et notre humanité par des règles ; cette attitude est « d’en bas ».

Ce qui est vraiment spirituel en nous, ce qui est d’en haut, c’est ce qui nous fait participer à la vie du Ressuscité. Lui, il neutralise en nous ce qui nous entraîne au mal.  Avec lui, nous sommes divinisés à mesure que nous acceptons notre humanité jusque dans ce qu’elle a de plus faible ; c’est la gloire cachée de notre condition d’homme, la gloire paradoxale de la Croix.

feuille Car ma vie est cachée mais pour être dévoilée, révélée, découverte…

C’est le Christ, notre vraie personnalité : au fur et à mesure qu’on se reconnaît dans sa chair, on le connaît et ainsi, on est révélé à nous-mêmes.

Rien d’évident dans l’instant ! C’est vrai. Mais notre vrai moi est à recevoir : c’est un possible inimaginable qui est comme « crypté » dans le Christ. Ça nous dispense ainsi de copier, de plaquer sur notre personnalité, un programme de sainteté. Ça revient à se chercher… sans  se trouver en vérité.

Divinisés, nous le sommes parce que nous pouvons dire, effrontément mais assurément : « Je suis qui je serai ». Avec l’aplomb de Celui qui révèle son nom insaisissable au buisson ardent !

 

Ainsi, ma vie est cachée en Christ pour échapper à l’esclavage de n’être jamais assez soi, de n’être jamais à la hauteur ; cachée comme pour me soustraire à …

feuille l’obsession du développement personnel : en multipliant ses possibilités, ses performances. En assurant son originalité pour entrer dans une concurrence d’ego épanouis.

feuille l’illusion d’être l’entrepreneur de ma vie par une production de soi, une recherche d’autonomie où on élabore ses propres règles mais où on se trouve désemparé si on n’est pas reconnu. Et alors, on repart dans la quête … d’un coach.

feuille l’obligation d’être adapté : Il nous faut avoir de la flexibilité, de la réactivité, de la souplesse psychique et affective dans la sphère professionnelle comme dans la sphère familiale et conjugale. On doit rebondir et conserver toujours sa capacité d’initiative, de choix et de motivation souriante.

« Cachés avec le Christ en Dieu », notre faiblesse, nos intermittences, nos contradictions n’ont pas à être refoulés pour être au service d’un modèle managérial. Cachés avec le Christ en Dieu, nous sommes des enfants de Dieu : uniques, connus et reconnus. Nous n’avons pas à être normés, calibrés pour nous adapter sans cesse à une concurrence généralisée.

Voici ce qu’annonce Paul : avec le Christ, lui qui en est mort… de toutes ces considérations, ces vanités, ces lois… avec le Christ,  nous n’avons pas à être la seule source de notre action.

Comme Jésus, nous n’avons pas à nous instituer comme notre propre législateur. Comme lui, dans une obéissance confiante à la Parole de Dieu, nous recevons notre vie et notre identité comme un cadeau renouvelé.

Alors comme le Christ, nous sommes cachés en Dieu mais surtout pas couchés !

feuille  Avec le Christ, et comme lui, on est souvent touchés, contestés… car cette liberté a quelque chose d’effronté. Quelque chose de libre qui a la vertu d’agacer ceux qui sont sous des lois plus ou moins écrites, plus ou moins conscientes. Ce détachement interdit à quiconque d’avoir barre sur nous. Intrépides au besoin, oui, courageux, nous le devenons ! et nous ne craignons plus les puissants et les violents. Avec le Christ, nous sommes atteints mais jamais coulés !

Vous remarquerez qu’un navire n’est coulé que lorsqu’il est touché sous sa ligne de flottaison, là où la carène est invisible depuis la surface.

Cette partie invisible est en Dieu, dans la vie du Ressuscité. Cette partie échappe à toute pesée, à toute classification, à toute estimation et à toute évaluation – à commencer par la sienne. Cette part-là de nous-même est plus forte que toute forme de mort. Cette part-là, il est impossible de la tuer parce qu’elle est déjà passée par la mort !

C’est pourquoi Paul disait « insultés, nous bénissons. Persécutés, nous supportons. Diffamés, nous encourageons. »

Libre de ma réputation, de ma situation, de l’idée de mon utilité … plus aucune distinction, barrière, discrimination, jugement, ne m’affecte profondément. Je suis secrètement d’ailleurs, sans me targuer de l’être car je ne suis pas préoccupé par la comparaison ou l’étalonnage. Ainsi, on peut bien comprendre « Que ceux qui pleurent soient comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui usent du monde, comme n’en usant pas… » (1 Cor. 7,30)

feuille  Caché avec le Christ en Dieu, j’obtiens cette capacité divine de pouvoir pardonner.

Car l’autre aussi m’est caché : il échappe à mes estimations, à ma vue, à mon jugement. Il est plus que cela… il n’est pas que l’offense qu’il m’a infligée.

feuille  Caché avec le Christ en Dieu, je vois grandir chez moi, la capacité à m’exposer, à m’insurger, à m’impliquer… à prendre des risques pour la justice et la vérité en faveur de l’autre. On est « d’en haut », détaché des estimations habituelles, de l’emprise des autres sur soi, des intimidations des puissants, du souci du qu’en dira-t-on, de l’obsession de sa surface sociale… La liberté du Christ vis-à-vis des ordres de grandeur des hommes nous libère pour servir les causes qui se présentent à nous. Et finalement, rien de grave ne peut nous arriver parce que l’essentiel de notre identité est caché mais assuré.

C’est à cette condition que nous devenons des témoins audacieux : nous participons au désir de Dieu de « porter tout être humain à son accomplissement dans le Christ » (Col. 1,28)

Amen

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