Le dramatique blasphème contre l’Esprit

Actes 2 :1-4 , Matthieu 12:22-33 , Matthieu 5:43-48

Culte du 31 mai 2009
Prédication de pasteur Marc Pernot

( Actes 2 :1-4 ; Matthieu 12:22-33 ; Matthieu 5:43-48 )

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Culte du 31 mai 2009 à l'Oratoire du Louvre
prédication du pasteur Marc Pernot

Un des passages les plus curieux de la Bible est ce passage des évangiles où Jésus nous parle d’un seul et unique péché « qui ne peut être pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir », ce péché terrible, c’est de blasphémer contre le Saint Esprit. Heureusement que nous trouvons cela bizarre et choquant, c’est que nous avons bien intégré le message central de l’Évangile : l’amour que Dieu a et gardera toujours pour chaque personne, même quand elle est son ennemi, nous dit Jésus, même quand elle le persécute, le maudit et lui fait du mal !

Puisque la Pentecôte est la fête du don du Saint-Esprit, je vous propose de regarder d’un peu plus près ce que cela veut dire de recevoir l’Esprit et de blasphémer contre lui. Apparemment, il y a là une question assez essentielle.

Ce que la Bible appelle l’Esprit-Saint est une des façons dont Dieu agit dans le monde et en nous. Le mot hébreu rouar, mot féminin, désigne en hébreu le souffle, ou le parfum, ou un vent léger. C’est dans tous les cas quelque chose d’invisible, mais dont les effets sont perceptibles : on sent que l’air dans nos poumons nous donne la vie, on sent l’odeur d’un parfum et cela nous réjouit, on sent un courant d’air caresser notre peau. C’est invisible, mais bien réel. Dieu est ainsi, nous dit la Bible et dès la première phrase de la Genèse, l’Esprit de Dieu entre en scène, il est source d’un commencement formidable, construisant de belles choses à partir du chaos, des choses qui ont du sens et qui sont très bonnes. Il est significatif que le mot rouar en hébreu soit féminin, car finalement, cette façon d’être de Dieu que désigne le mot Esprit est bien celle d’enfanter la vie, puis de chercher à nourrir, éduquer, élever (élever dans les deux sens du terme : comme on élève un enfant et comme on élève quelqu’un en le nommant à un poste de haute responsabilité).

Dans le récit de la Pentecôte, cet Esprit de Dieu se manifeste sous forme de langues de feu. Ce qui nous propose deux images supplémentaires pour préciser ce que Dieu cherche à nous donner pour nous faire vivre.

  • Le don de Dieu et offert sous forme de langue, et effectivement les disciples arrivent alors à communiquer avec les autres, qui les comprennent comme s’ils parlaient dans leur propre langue maternelle.
  • Et le don de Dieu se manifeste comme du feu, le feu qui éclaire et le feu qui purifie, le feu qui sait trouver même dans le plus mauvais minerai le métal qui est caché à l’intérieur. Le feu de la Pentecôte permet au disciple désespéré de vivre et de transformer le monde par la Parole de vie.

Parmi les grandes inventions de l’humanité, la maîtrise du langage et celle du feu sont essentielles. Le langage permet de communiquer avec les autres et de progresser de génération en génération, il permet de tenir compte des avancées et des erreurs des autres, il permet de faire ensemble des projets, il permet de dire notre amour et de demander pardon… La maîtrise du feu a été une autre invention incroyable, qui a permis aux humains de vivre mieux et plus libres, d’abord pour s’éclairer et pour se protéger du froid et des bêtes sauvages. Mais la maîtrise du feu a permis également de purifier les aliments et de purifier le minerai pour en tirer du métal, et se forger des bijoux et des outils.

Ces avancées extraordinaires que représentent la maîtrise du langage et du feu sont de bonnes images de ce qu’apporte la présence de Dieu dans notre être, dans notre vie. Le langage et le feu ont permis à l’humain de franchir des étapes importantes. L’Esprit-Saint représente une nouvelle étape dans l’évolution de l’homme, c’est ce que nous dit Jésus dans ce fameux texte de l’Évangile selon Jean où il nous dit que la clef pour vivre dans le Royaume de Dieu, c’est de naître de nouveau, de naître de Dieu lui-même et non plus seulement de la chair et du sang (Jean 1,3). L’Esprit nous rend plus libres et plus autonomes comme la lumière et la chaleur du feu. L’Esprit nous permet de communiquer avec les autres en vérité, comme si, enfin, nous pouvions comprendre et être compris de l’autre. Et, comme le feu permet de purifier le minerai, L’Esprit nous permet de purifier notre regard sur la vie, sur notre prochain et sur nous-mêmes.

Nous avons tous, évidemment, bien besoin de recevoir cette nouvelle étape de l’évolution, de la recevoir encore et encore pour progresser. C’est ce que reconnaît l’apôtre Paul, il constate avec amertume qu’il n’arrive pas à faire le bien qu’il veut pourtant faire, mais qu’il fait souvent le mal qu’il ne veut pas faire. Paul sent qu’il est comme esclave d’un principe qui est comme inscrit dans sa chair. Paul termine cette confession sur ce cri : «  Misérable que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort?... Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur! » (Romains 7 :14-8 :11). Il témoigne de ce qu’il a vécu : il lui a d’abord fallu se reconnaître comme prisonnier de lui-même pour s’ouvrir à l’aide de Dieu. Et il a expérimenté son extraordinaire puissance de résurrection, l’Esprit qui nous aide à nous libérer progressivement, libérant notre capacité à faire du bien, à aimer, à espérer, à communiquer.

Nous sommes, comme le dit Paul, soumis à des instincts qui sont profondément inscrits dans notre corps. Peut-être que le plus profond est l’instinct de survie, qui nous fait fuir et même lutter contre ce qui nous fait du mal. Cet instinct est une bonne chose quand il nous pousse à retirer notre main de ce qui la brûle. Mais si ce réflexe nous domine dans le domaine des rapports avec les autres et avec notre existence, nous sommes très très mal partis, tout effort nous est alors insupportable, toute frustration impossible à vivre, aucune amitié, aucun couple ne peut alors résister. En effet, comme le dit Jésus, l’instinct de survie nous a appris à aimer ceux qui nous aiment et à haïr ceux qui nous font du mal. Le problème c’est qu’avec ce système tout groupe humain tend alors nécessairement à l’éclatement ou à la destruction progressive des membres. Dès qu’un des membres se porte moins bien, dès qu’il fait une erreur ou ralentit le groupe, les autres vont sentir qu’il y a dans cet individu une menace, ils vont alors le fuir, le haïr, et tendre à l’éliminer.

Jésus montre, et c’est génial, qu’il faudrait arriver à vivre dans une logique exactement inverse. Pour vivre vraiment, il faudrait que nous aimions notre prochain même quand il devient un problème, c’est même là que c’est le plus important de l’aimer, même unilatéralement, c’est là qu’il faudrait redoubler d’énergie, non pas pour l’éliminer mais au contraire pour essayer de le comprendre et de l’aider à aller mieux. La solution d’avenir est donc de bénir une personne qui nous pose un problème, de lui vouloir du bien, de lui faire du bien, si possible, et même de prier Dieu pour cette personne, d’autant plus qu’elle se porte mal et qu’elle nous fait du mal. Le système que forme alors un couple a une chance de tenir ; une famille, une église ou un peuple peut demeurer vivant et même vivifiant pour l’ensemble de ses membres.

Le problème, comme le dit Paul, c’est que la moindre des cellules de notre être a appris qu’il faut dresser des barrières contre ce qui nous agresse, qu’il faut éliminer les cellules malades et les remplacer par d’autres toutes neuves… Le problème c’est que des blessures et des préjugés nous sont transmis par les générations précédentes sans que nous en ayons bien conscience, et que là encore nous sommes tenus. Et ainsi, oui, comme le dit Paul, nous naissons esclaves. Ce n’est pas naturel d’aimer ses ennemis. Ce n’est déjà pas facile de penser que ce serait une bonne idée de les aimer, de leur faire du bien et de prier pour eux ! Et même quand Jésus nous persuade que c’est une bonne idée d’aimer notre ennemi, ce n’est pas encore gagné pour autant, car quand nous sommes face à la réalité d’une personne qui nous a fait du mal, c’est souvent plus fort que nous, et nous sommes, comme le dit Paul, incapables de mettre en pratique le bien que nous connaissons.

Mais l’Évangile n’est pas seulement un recueil de bons conseils pour avancer heureux sur le chemin de notre vie. La bonne nouvelle de l’Évangile c’est qu’avec la connaissance de ce qu’est le bien, Dieu nous donne les moyens de faire mieux, de faire de mieux en mieux. L’Esprit, c’est cette puissance de Dieu qui nous éclaire, mais qui nous aide également à progresser dans la capacité à faire le bien que nous avons envie de faire.

Dans une certaine mesure, nous sommes à l’origine comme cet homme « possédé par un démon, aveugle et muet » qui est amené à Jésus. Je ne crois pas qu’il existe une sorte de créature mystérieuse qui nous rongerait de l’intérieur, le démon c’est précisément ces logiques qui nous prédéterminent, qui nous mènent par le bout du nez, qui obscurcissent notre vue, et nous empêche d’avoir notre mot à dire dans notre vie.

  • L’Esprit est créateur, ou réparateur, de notre capacité à voir clair et à nous exprimer.
  • L’Esprit est libérateur, nous délivrant de nos démons, de la tyrannie de nos instincts et de nos prédéterminations diverses.
  • L’Esprit est consolateur de nos souffrances, mais il est également consolateur dans le sens hébreu du terme, c’est-à-dire source de changement dans notre façon de voir, de conversion.
  • L’Esprit est notre défenseur, notre avocat, celui qui nous fait prendre conscience que pour Dieu nous sommes et nous serons toujours l’enfant qu’il chérit et qu’il aime tendrement.

Nous pouvons parler mal contre Dieu, nous pouvons le mépriser, le nier, le persécuter… c’est bien dommage, c’est bien ingrat mais jamais il ne nous abandonnera pour autant. Nous pouvons mépriser le Christ, c’est bien dommage, car il est celui en qui Dieu a manifesté son salut, mais ce n’est pas pour autant que Dieu renoncera à vouloir nous faire du bien. Mais celui qui rejette l’Esprit rejette le meilleur de lui-même et tout secours. Ce n’est pas pour autant que Dieu changerait d’opinion et renoncerait à nous vouloir du bien, au contraire, comme toujours. Mais celui qui rejette l’Esprit serait comme un homme qui a des yeux et qui refuse de les ouvrir, il serait comme un homme libre qui refuserait de sortir de sa prison, comme un enfant qui est à l’école et qui refuse d’apprendre, comme un homme qui refuse d’aimer la femme de sa vie… Même Dieu, malgré son inimaginable puissance d’amour, ne peut forcer quelqu’un à espérer.

Quel est donc cet homme qui blasphème contre l’Esprit et que rien ne pourra sauver ? Cet homme, évidemment c’est en partie chacun de nous, mais en même temps ce n’est personne en totalité. Il y a en chacun une part de refus et donc un manque d’être, un manque de mouvement. Mais en même temps, je suis persuadé que jamais personne ne pourrait être totalement dénué d’Esprit-Saint. Ce serait intenable. Ce serait une personne totalement dénuée de la moindre étincelle de désir de pouvoir aimer ou être aimée, une personne qui ne se réjouirait pas si tout d’un coup une nouvelle possibilité de vivre heureux s’ouvrait devant elle… Par contre il est possible de se fermer à toute évolution, toute croissance spirituelle, de se fermer au don de l’Esprit, et c’est une sorte d’enfer.

Mais il y a et il demeurera toujours au moins une petite trace de l’Esprit, et donc une raison pour Dieu et pour ses enfants d’espérer, et d’agir pour sauver ceux que l’on aime.

Amen

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