Au possible nul n’est contenu

Jean 21:20-25

Culte du 11 mai 2014
Prédication de pasteur James Woody

(Jean 21:20-25)

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Culte du dimanche 11 mai 2014 à l'Oratoire du Louvre
prédication du pasteur James Woody

Chers frères et sœurs, juste avant que nous en finissions avec la lecture de cet évangile, le rédacteur compose encore quelques phrases qui seront les dernières que nous emporterons avant de refermer le livre : dernières phrases avant la fin de cette catéchèse, dernières miettes à grignoter, dernières mises au point.

La première mise au point est relative à la mort. Manifestement, le bruit courait que le disciple bien aimé ne mourrait pas, à cause de la phrase « si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » Pour certains cela avait suffit pour penser que le disciple bien aimé aurait un statut à part et que, contrairement aux autres, il ne mourrait pas. Cela a fait dire à des commentateurs que le disciple bien aimé devait être Lazare qui, ayant été ressuscité par Jésus, ne pouvait pas mourir à nouveau. Toujours est-il que la rumeur laissait entendre que l’un des disciples échapperait à la mort. Le rédacteur de cet évangile neutralise cette rumeur en restituant les paroles d’origine et en attribuant cette correction au disciple bien aimé lui-même.

Personne n’échappera à la mort, pas plus le disciple bien aimé qu’un autre. L’évangile de Jean qui a beaucoup insisté sur la vie éternelle a pu donner l’idée à quelques uns qu’être croyant permettrait d’être immortel. La fin de l’évangile disqualifie cette hypothèse. Etre croyant ne préserve ni de la mort, ni des difficultés ainsi que cela a été développé dans le discours d’adieu, au chapitre 15 notamment.

Ne cale pas ta vie spirituelle sur celle des autres

La deuxième mise au point concerne notre vie spirituelle. La rumeur de l’immortalité du disciple bien aimé semble avoir suscité un peu de jalousie chez les disciples. C’est l’occasion de dire que notre foi ne doit pas se construire en fonction de la foi des autres. « Ne te préoccupe pas de la foi du disciple bien aimé. Toi, suis-moi. » Ne cherche pas ton bonheur en te comparant à ton frère ou à ta sœur, à tes camarades de classe ou tes voisins. Si tu construits ta vie uniquement en fonction de ce que vivent les autres, tu seras toujours malheureux. Car tu auras toujours besoin de quelqu’un qui a moins que toi pour être heureux ; tu auras toujours besoin de quelqu’un qui souffre plus que toi pour être heureux. Or, tu trouveras toujours quelqu’un qui a plus que toi, qui a une voiture plus luxueuse, un logement plus spacieux, un travail mieux rémunéré, une meilleure santé, de plus grandes aptitudes intellectuelles etc. Quand le bonheur de l’autre me gène ou quand son malheur m’arrange, je ne me préoccupe plus de ce que j’ai à vivre, mais de ce que les autres vivent ou ne vivent pas. Dans ce cas, mon sujet de préoccupation, ma foi, n’est plus raccordé à l’ultime. Je suis focalisé sur ce que vivent les autres et la vie des autres devient mon seul horizon et, ce faisant, je deviens un parasite dans la vie des autres, toujours à me mêler de ce qui les regarde, comme la bactérie qui vit aux dépens de l’organisme sur lequel elle se fixe.

Cesse donc de fixer ton prochain pour mesurer ton bonheur, pour mesurer ta fortune, pour déterminer la qualité de ta vie. Que t’importe la situation de ton prochain, pourvu que toi tu aies ce dont tu as besoin ? Que t’importe la situation de ton prochain, pourvu que toi tu puisses avancer dans la vie ? Peut-être trouves-tu que ce n’est pas juste que certains aient une bonne santé et d’autres pas, que certains aient ceci et pas toi. Ce n’est ni juste ni injuste. Un peu plus tôt dans l’évangile (ch. 9), il avait été expliqué aux pharisiens qu’être aveugle de naissance, par exemple, ce n’est pas une punition, ce n’est même pas une décision. Un handicap de naissance n’est pas une punition décidée par quelqu’un. Ce qui est juste, c’est ce que nous faisons pour vivre à partir de notre situation.

Pour revenir à Pierre et au disciple bien aimé, ce qui est juste, c’est ce que chacun fait pour mener sa vie en fonction de sa situation. Ce qui serait injuste, c’est que Pierre considère que sa vie doive être la copie conforme de la vie du disciple bien aimé. Ce qui serait injuste, c’est que nous ne puissions pas vivre ce qu’il nous est possible de vivre, mais que nous soyons obligés de vivre la vie des autres. Ici, nous trouvons les bases de l’individuation du croire : la foi, c’est notre relation personnelle avec le divin. La foi, ce n’est pas un phénomène de masse qui uniformiserait la vie des personnes ; la foi, c’est ce qui nous permet de penser notre vie de façon absolue et non pas relativement aux autres. Il ne s’agit pas de devenir égoïste (l’évangile de Jean a suffisamment insisté sur l’amour du prochain pour éviter cela) ; il s’agit de considérer ce qu’il est juste et bon d’accomplir dans le monde, sans se demander si c’est mieux ou moins bien que ce que fait le prochain. En te disant « toi, suis-moi », l’Evangile fait appel à toi avec toutes tes potentialités. Il te dit qu’il est inutile de copier sur ton voisin, d’autant que tu risques de copier les fautes. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaises réponses à l’appel de l’Evangile. Il y a tes réponses. Toi, suis-moi, sans regarder si ton voisin est déjà en route ou s’il est en train de se tourner les pouces.

L’évangile n’est pas une biographie de Jésus

Enfin, troisième mise au point qui vient in extremis : l’évangile n’est pas une biographie de Jésus. Ce quatrième évangile canonique déclare qu’il est très incomplet. Il y aurait encore beaucoup à dire ; tellement que le monde entier ne suffirait pas à contenir les récits de tous ses faits. Il y a là une forme d’exagération que l’on peut comprendre de deux manières au moins. La première chose que nous pouvons comprendre, est que le Jésus dont on parle n’est pas un seul homme, mais l’humanité (l’humanité non pas au sens de l’ensemble de tous les hommes, mais au sens de ce qui fait de nous un humain, et pas seulement un être vivant). A une époque où la connaissance du monde n’était pas réduite à son village, mais déjà ouverte au bassin méditerranéen et une bonne part de l’Asie, dire que le monde ne suffit pas pour contenir la biographie de Jésus, c’est poser que le Jésus dont on parle n’est pas limité à un seul homme. Souvenons-nous que l’évangile selon Jean commence par ces quotes qui disent que le Jésus dont on va parler, c’est Dieu qui plante sa tente parmi les hommes, c’est le logos qui se fait chair, c’est la parole divine qui fait histoire, c’est la vie authentique qui devient visible, c’est l’histoire de l’humanité véritable. La perspective de l’évangile selon Jean est bien plus large que la seule histoire d’un homme ayant vécu quelques dizaines d’années en Galilée et qui est mort à Jérusalem. Jésus, devient la figure récapitulative, le symbole de l’humanité. Comme l’avait dit Pilate au moment de son jugement : « voici l’homme ». Voici l’homme véritable, peut-être l’homme comme nous ne le verrons jamais aussi bien, l’homme tel que nous sommes, chacun, appelé à l’être. Sous la plume de l’évangéliste, Jésus est cette figure qui rassemble les traits caractéristiques de l’humanité. Or l’humanité est bien plus grande que le monde physique. Et cela me conduit à la deuxième manière de comprendre ce dernier quote.

Quand nous répondons à l’appel de l’Evangile, et que nous nous humanisons, il n’est pas possible de composer notre biographie. Notre vie dépasse tout ce qu’on peut en dire. Impossible de nous définir, justement parce que nous suivons l’ultime, ce qui ouvre sur l’infini. Le monde ne peut contenir notre propre biographie à chaque fois que nous sommes animés de cette humanité dont il est question de l’évangile. Non seulement le monde ne suffit pas, mais le monde tel qu’il est, avec ses possibilités, est insuffisant pour nous contenir. Autrement dit, l’évangéliste pose comme dernier quote que nous ne sommes pas contenus au possible, que nul n’est contenu au possible.

Il était important pour l’évangéliste de rappeler qu’aucun n’échappe à la mort, pas même le disciple bien aimé, pour pouvoir dire que la valeur de l’humain ne se joue pas sur la quantité de jours vécus, mais sur la qualité de son existence. La qualité est telle que le monde ne suffit pas à en contenir les récits. La qualité peut être telle qu’elle excède, qu’elle déborde du lieu qui l’a produite. C’est comme si 1+1 > 2. La grâce surabonde. La vie peut dépasser les espoirs les plus fous et, bien entendu, les désespoirs les plus profonds. Quel est donc ce Jésus élaboré par l’évangile, sinon celui qui a les moyens d’ouvrir des portes qui avaient toutes les raisons du monde de rester fermées ? Nul n’est contenu au monde, nul n’est contenu au possible. Ainsi s’achève cet évangile selon Jean qui nous ouvre à l’infini de l’humanité pour que notre vie ne soit pas une somme de frustrations, de jalousies, de regrets, mais que notre vie soit une réponse personnelle à l’appel que nous lance la vie : « toi, suis-moi ».

Amen.

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Lecture de la Bible

Jean 21:20-25

Pierre se retourne et il voit suivre le disciple que Jésus aime. Pendant le repas, ce disciple s'était penché vers Jésus. Il lui avait demandé : « Seigneur, qui est celui qui va te livrer ? » 21Pierre voit ce disciple et il demande à Jésus : « Seigneur, et lui ? Qu'est-ce qui va lui arriver ? » 22Jésus lui répond : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, qu'est-ce que cela peut te faire ? Toi, suis-moi ! » 23Alors on a raconté dans la communauté que ce disciple n'allait pas mourir. Pourtant Jésus n'avait pas dit : « Il ne va pas mourir. » Mais il avait dit : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne. »

24C'est ce disciple qui est témoin pour toutes ces choses et qui les a écrites. Et nous le savons, son témoignage est vrai.

25Jésus a encore fait beaucoup d'autres choses. Si on les écrivait toutes l'une après l'autre, à mon avis, le monde entier ne pourrait pas contenir les livres qu'on écrirait.

Traduction NEG

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