Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s'embrassent

Psaume 85

Culte du 10 mars 2013
Prédication de pasteur Gilles Castelnau

( Psaume 85 )

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Culte du dimanche 10 mars 2013 à l'Oratoire du Louvre
prédication du pasteur Gilles Castelnau

Le Psaume 85 a été rédigé et chanté par des fidèles de la tradition dite « deutéronomiste ». Celle-ci est résumée par le passage du Deutéronome cité ci-dessus : Dieu protège et garde son peuple dans son alliance d'amour, dans la mesure où celui-ci ne s'en détourne pas, car alors Dieu le laisse se débattre seul avec ses problèmes et notamment les menaces de ses ennemis : c'est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l'Eternel a juré de donner à tes pères. Et justement le féroce roi Nabuchodonosor a envahi Israël et l'a déporté à Babylone. La libération va survenir à l'arrivée de Cyrus, roi de Perse qui libère et renvoie chez eux avec bienveillance les peuples dominés par Babylone. Ce Psaume a été écrit juste après ou juste avant le Retour en Israêl : voyez que certaines phrases sont contradictoires à ce sujet.

Tout le monde n'était pas d'accord avec la pensée deutéronomiste. On n'est pas obligé de croire qu’une telle attitude incontestablement fautive et condamnable entraîne forcément et à tous les coups la destruction du peuple et la déportation dans un pays étranger ! - L’auteur du livre de Job met en jeu le long dialogue de Job avec ses 4 visiteurs deutéronomistes. Job avait tout perdu : ses fils et ses filles étaient morts, ses troupeaux dispersés et sa santé même gravement atteinte : Ses visiteurs, en bons lecteurs du Deutéronome et fidèles de la théologie de l’Alliance s’efforçaient de le persuader qu’il était victime d’une punition pour avoir transgressé la loi divine. Il s’obstinait à refuser cette idée. Il n’était pas particulièrement pécheur et ses malheurs étaient immérités. A la fin du livre, c’est à Job que Dieu donne raison. - L’Ecclésiaste aussi récuse cette logique trop simple de la punition qui suit la faute : Eccl 9.22 Tout arrive également à tous ; même sort pour le juste et pour le méchant, pour celui qui est bon et pur et pour celui qui est impur, pour celui qui offre des sacrifices et pour celui qui n'en offre pas ; il en est du bon comme du pécheur, de celui qui jure comme de celui qui craint de jurer. Il n’en demeure pas moins que l’auteur du Psaume 85 nous incite vertement à rester fidèles à l’Alliance d’amour, loin de toute injustice.

Les mots Justice, Paix, Vérité et Amour ont en hébreu un sens précis :

- Justice (tsêdêk). Alors qu'en prononçant le mot de « Justice » nous pensons à la juste peine que « 3 mois de prison dont deux avec surpris » pour tel cambriolage ou la « réclusion à perpétuité avec 22 ans incompressibles » pour un crime affreux sont « jus<tes », dans la Bible la « justice » rétablit dans ses droits la veuve, l’orphelin et l’immigré qui en ont été « injustement » spoliés par les « injustes ». Le Psaume 72 qui est la liturgie de couronnements des rois d’Israël demande à Dieu pour le roi le don de la justice : O Dieu, donne tes jugements au roi, et ta justice à ce fils de roi ! Il jugera ton peuple avec justice, et les malheureux avec équité. Il fera droit aux malheureux du peuple, Il sauvera les enfants du pauvre, et il écrasera l'oppresseur... Il délivrera le pauvre qui crie, et le malheureux qui n'a point d'aide. Il aura pitié du misérable et de l'indigent, et il sauvera la vie des pauvres ; Il les affranchira de l'oppression et de la violence, et leur sang aura du prix à ses yeux... La paix sera grande Il ne s’agit pas que le roi fasse régner un équilibre que nous qualifierions de « juste » entre les délits et leur répression pris en charge par la police et les tribunaux mais qu’il intervienne avec compassion, pour restaurer comme les chevaliers d’antan le droit spolié du malheureux et du pauvre sans aide qui crient lorsque l’oppresseur et le violent font couler leur sang.

- La Paix (chalôm) n’est pas comme en français la fin de la guerre. C’est la tranquillité calme, certaine et ferme que l’on vit « chacun sous sa vigne et sous son figuier », sans qu’aucun oppresseur, aucun spoliateur ne vienne troubler cette situation de justice : monde de l’amour, monde de Dieu. Michée 4.3. De leurs glaives ils forgeront des socs de charrue, Eet de leurs lances des serpes. Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, et l'on n'apprendra plus la guerre. Ils habiteront chacun sous sa vigne et sous son figuier, et il n'y aura personne pour les troubler.

- Vérité (êmêt, amen) : Ce mot que l'on dit à la fin de nos prières désigne une réalité qui n'est pas illusoire, mensongère mais au contraire solide, ferme, certaine, incontournable.

- L’amour (hêsêd, hassid). La conception de l’amour, dans l’Ancien Testament est donc corrélée à la justice, la fidélité. « Aimer son prochain comme soi-même » n’est pas éprouver une chaleur sympathique pour quelqu’un d’antipathique. Il ne s’agit pas de s’ouvrir à une attitude émotionnelle qui est, d’ailleurs sans aucun intérêt pour la personne en question, qu’elle laisse évidemment tout à fait indifférente. C’est avoir à son égard, comme envers soi-même, une attitude de Justice, c’est-à-dire agir de sorte qu’il ait, comme soi-même et comme tout le monde, ce dont on a besoin pour vivre et s’épanouir en paix. Que chacun puisse vivre en paix, comme le dit l’Ancien Testament à plusieurs reprises, « sous sa vigne et sous son figuier »

Amour et Vérité se rencontrent Justice et paix s'embrassent

Cette Justice créatrice de Paix, dans la Vérité et l'Amour n'est certainement pas sans violence. La liturgie de couronnement du Psaume 72 le dit bien : Il fera droit aux malheureux du peuple, Il sauvera les enfants du pauvre, il écrasera l'oppresseur...

La vraie justice est coercitive pour rétablir le droit. Il ne faut pas laisser l’oppresseur tout gâcher. Il ne faut pas laisser les violents menacer les gens au coin de la rue, les violeurs, les cambrioleurs, les trafiquants de drogue, les maris violents insultant et battant leur femme pourrissent la vie du monde de Dieu. Les harcellement personnels ou collectifs dans les grandes entreprises poussant au suicide et à la dépression, les agences de notation qui élèvent le pourcentage des intérêts, le boursicottage déstabilisant les entreprises aussi.

Mais la justice coercitive ne doit d’ailleurs pas non plus se transformer en oppression des coupables. Les coupables ne doivent pas gâcher la vie de leurs prochains mais ils ont le droit de vivre eux aussi. La justice n’est pas une vengeance mais rétablissement du droit. La justice coercitive est tragique. Il ne faut pas s’en réjouir. Certes la condamnation du coupable (voleur, mari violent, meurtrier des deux femmes gendarmes, violeur) est satisfaisant pour les victimes car elle est reconnaissance du mal qui leur a été fait. Mais il faut de la pudeur, de la retenue dans la manifestation de la satisfaction : car toute condamnation est tragique. Une prison insalubre n’est pas une vraie justice. Si la « justice » déshumanise elle est sans amour et les aumôniers ont raison de visiter les détenus et de leur témoigner respect et amour.

Un pays où la Justice ne règne pas, un pays sans Paix, sans Vérité et sans Amour, dit le Psaume 85 ne mérite pas mieux que d’être déporté à Babylone.

La Paix soit avec vous, disait Jésus le soir de Pâques.

Jean 14 Je vous laisse la paix, je vous donne la paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Ne soyez pas inquiets et n'ayez pas peur.

Amen

 

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Lecture de la Bible

Psaume 85

Tu as montré ton amour pour ton pays, Eternel ! tu as fait revenir les captifs de Jacob ; tu as enlevé la faute de ton peuple, tu as couvert tout son péché. Tu as mis fin à ton emportement, tu es revenu de ton ardente colère. Fais-nous revenir, Dieu notre sauveur ! renonce à ton indignation envers nous. Seras-tu toujours irrité contre nous, prolongeant ta colère d'âge en âge ? N'est-ce pas toi qui reviendras nous faire vivre et qui seras la joie de ton peuple ? Montre-nous ta fidélité, Eternel, et donne-nous ton salut. Ecoute ce que dit Dieu, l’Eternel ; il dit : « Paix », pour son peuple et pour ses fidèles, mais qu'ils ne reviennent pas à leur folie ! Son salut est tout proche de ceux qui le craignent, et la gloire va demeurer dans notre pays. Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent La fidélité germe de la terre et la Justice se penche du ciel. L’Eternel lui-même donne le bonheur, et notre terre donne sa récolte. La Justice marche devant lui, et ses pas tracent le chemin.

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