Jésus lui dit : « donne-moi à boire »

(Jean 4:7)

(écouter l'enregistrement - pas de vidéo cette fois-ci)

Célébration œcuménique du mardi 20 janvier dans l'église Saint Eustache
prédication du pasteur Marc Pernot

L’homme Jésus de Nazareth a soif

Nous pouvons d’abord suivre le Jésus historique.

Avec ce texte, nous voyons un Jésus fatigué qui doit laisser ses disciples aller faire les course, lui s’asseyant pour souffler un peu sur la margelle d’un puits, ne pouvant faire un pas de plus. Ce Jésus qui a la gorge sèche et qui demande à boire à la première venue... Et l’homme que montre cette page d’Evangile est peut-être loin de l’idée que nous nous faisons du Christ, une sorte de demi-Dieu qui conviendrait mieux à des films de fiction sur la légende d’Hercule, ou une promenade d’Apollon parmi les humains.

Et bien oui, dans cette page d’Evangile, Jésus est un homme qui a soif. Pourquoi est-ce que Jésus est ainsi fatigué, affamé, assoiffé, prêt à tomber dans les pommes ? C’est qu’il se donne pour une mission. Jésus, pour faire ce en quoi il croit, prend le risque de traverser un pays dangereux, il est personnellement poursuivi comme agitateur, et en plus il va dans un pays où normalement on ne va pas se promener. Pourquoi prend-il un tel danger ? Et puis, il y a la fatigue de la marche, il fait soif à marcher en plein midi dans ces pays chauds et secs, les routes sont poussiéreuses, les lieux où dormir et se ravitailler sont incertains. Pour cette mission donc, Jésus se donne à fond. Et nous pouvons y voir une invitation à vivre comme lui intensément ce en quoi nous croyons. Et notre vocation. Et pourtant, bien que totalement investi dans sa mission, il a la souplesse de se laisser surprendre par une rencontre imprévue. Jésus est donc plus concentré sur l’esprit de sa mission que sur une feuille de route.

Et l’esprit de cette mission, c’est l’amour au sens de l’intérêt pour l’autre, la personne que nous y rencontrons. C’est l’amour au sens du respect pour la personne humaine. Même pour une femme ennemie. Dans sa culture, il n’était pas logique pour Jésus de parler à cette samaritaine, et l’on ne faisait pas de la théologie avec une femme, tout le monde sait très bien que la religion est une affaire d’hommes. Jésus le sait mais ne l’applique pas et de cette femme samaritaine il fera une apôtre, l’envoyant prêcher l’Evangile aux hommes de son village, à la grande surprise des disciples de Jésus qui lui en font le reproche, un reproche muet plus vif encore qu’il ne s’expose pas à une réponse de Jésus (on peut dire qu’eux aussi, les disciples, ont bien noté que Jésus est un homme, et ils en profitent pour penser avoir raison contre lui)

Cette mission de Jésus manifeste ainsi l’amour du Père pour chacun. Ni le sexe, ni l’identité différente de l’autre, ni sa théologie, ni son culte hérétique aux yeux des juifs n’est pour Jésus une menace. Mais il lui dit « donne-moi à boire », manifestant par ces quelques mots qu’il sait qu’il y a une bénédiction dont il a besoin, lui, dans cet autre qu’il a en face de lui par hasard, et dans sa différence, sa spécificité de femme, de samaritaine, et de ce qu’elle a d’unique parce que c’est elle. Avant même de lui apporter ce qu’il espère lui donner, avant de le lui proposer, avant de l’envoyer en mission, Jésus s’intéresse à elle, pourtant femme et ennemie, car elle est une bénédiction.

Voilà comment Dieu nous regarde.

Avec ce Jésus historique, nous avons quelque chose qui nous suggère une éthique, une attitude de vie. Et en cette période où nous sentons que le monde est en trouble, en ces temps ou beaucoup de gens ont peur et sont désespérés, il y a là je crois quelque chose qui nous offre une issue, qui nous propose une façon d’être au monde avec nos frères et sœurs. Loin de refuser de connaître l’autre, loin de se moquer des autres, loin de se moquer de leur foi, plutôt s’adresser à l’autre, non pas pour le convertir à notre point de vue mais pour lui demander de nous enrichir de ce qu’il est et de ce qui l’anime car nous avons soif de ce qu’il peut nous apporter.

Au lieu de voler à l’autre son puits, au lieu de l’empoisonner comme cela se fait aussi, au lieu de le mépriser d’un « je suis la source d’eau vive où le monde entier devrait venir boire, et pour rien au monde je ne boirai de ton eau pourrie...», oser dire « donne-moi à boire » à l’autre, à celui qui nous est différent. Et cela nous apprend, peut-être à ne plus tant nous prendre nous-mêmes pour Dieu.

Donner à boire à l’enfant de Dieu

Mais dans l’Evangile, Jésus n’est pas seulement le Jésus de l’histoire, il est aussi le Christ, le fils de Dieu.

Et cette figure du Christ qui nous supplie d’un « donne-moi à boire », c’est le Christ en nous qui a soif et qui nous supplie. C’est l’enfant de Dieu en nous, qui meurt de soif, qui est épuisé peut-être, à bout de force.

Il y a là un appel à sentir la soif de l’enfant de Dieu au fond de nous même, dans notre famille, peut-être, dans notre église, dans l’humanité, certainement. Ce Christ assoiffé, c’est notre foi qui désespère, qui vacille devant les épreuves de la vie. Vite abreuvons notre foi, nourrissons là, prenons une temps de pause, un temps de shabbat, un temps d’adoration, un temps de silence pour nous laisser aimer et pour aimer l’enfant de Dieu en nous.

Sentir aussi ce grand corps du Christ qu’est l’humanité, corps malmené par nos divisions, par nos mépris mutuels, par nos sarcasmes, et sentir la soif de cette humanité corps du Christ, soif d’un geste de notre part pour lui donner à boire et calmer un petit peu sa fièvre, ne serait-ce qu’un instant, en un lieu, entre deux membres de ce corps.

Sentir la soif de l’enfant de Dieu qui est dans l’autre, en face de moi. Comme le dit l’apôtre Paul :

Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger;
s’il a soif, donne-lui à boire...
Ne te laisse pas vaincre par le mal,
mais surmonte ainsi le mal par le bien.
(Romains 12:20-21)

Paul est fidèle en cela aux paroles et à la vie du Christ. Lui aussi nous dit chaque fois que nous avons donné un verre d’eau à boire à un plus petit d’entre ses frères, c’est à lui que nous avons donné à boire, et que cela lui a fait un bien fou, car il avait grand soif. (Matthieu 25 :35-40)

Ce plus petit d’entre les frères du Christ c’est l’enfant que Dieu aime dans la personne humaine que nous rencontrons, cet enfant de Dieu est peut-être très très bien caché, très souffrant, au bord de la défaillance... en panne sur le bord du chemin, comme le Christ dans cette page d’Evangile. Cette personne nous est peut-être confiée pour que nous donnions à boire à l’enfant de Dieu assoiffé qui est en elle. Enfant qu’elle ne connaît peut-être même pas.

Et pour donner à boire à cette personne, un geste essentiel est de lui demander à boire à elle. Cela peut-paraître étrange, et c’est la limite du langage imagé si fréquent dans la bible, et si riche de sens. Mais c’est vrai. En demandant à boire à l’autre nous reconnaissons qu’il a en lui quelque chose qui est de l’ordre du Christ, qu’il y a en lui un être porteur du divin, par grâce. Un être source de bénédiction. En lui disant « donne-moi à boire » nous reconnaissons et nous honorons le petit frère, la petite sœur du Christ dans l’autre. Et alors peut commencer un échange où mutuellement nous nous donnerons à boire, et où le corps du Christ se tisse enfin. Où sa présence réelle se fait sentir, est honorée, est vécue.

Pour le salut du monde.

Amen.

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Célébration œcuménique à Saint Eustache

 

Lecture de la Bible

Jean 4

Jésus quitta la Judée, et retourna en Galilée.
4 Comme il fallait qu’il passe par la Samarie,
5 il arriva dans une ville de Samarie, nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils.

6 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C’était environ la sixième heure.

7 Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit: Donne-moi à boire. 8 Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres.

9 La femme samaritaine lui dit: Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine? -Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains. - 10 Jésus lui répondit: Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive. 11 Seigneur, lui dit la femme, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond; d’où aurais-tu donc cette eau vive? 12 Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux? 13 Jésus lui répondit: Quiconque boit de cette eau aura encore soif; 14 mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. 15 La femme lui dit: Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici.

16 Va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici. 17 La femme répondit: Je n’ai point de mari. Jésus lui dit: Tu as eu raison de dire: Je n’ai point de mari. 18 Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. 19 Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. 20 Nos pères ont adoré sur cette montagne; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.

21 Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. 24 Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. 25 La femme lui dit: Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ); quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. 26 Jésus lui dit: Je le suis, moi qui te parle.

27 Là-dessus arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu’il parlait avec une femme. Toutefois aucun ne dit: Que demandes-tu? ou: De quoi parles-tu avec elle?

28 Alors la femme, ayant laissé sa cruche, s’en alla dans la ville, et dit aux gens: 29 Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait; ne serait-ce point le Christ? 30 Ils sortirent de la ville, et ils vinrent vers lui.

31 Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant: Rabbi, mange. 32 Mais il leur dit: J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. 33 Les disciples se disaient donc les uns aux autres: Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger? 34 Jésus leur dit: Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son oeuvre. 35 Ne dites-vous pas qu’il y a encore quatre mois jusqu’à la moisson? Voici, je vous le dis, levez les yeux, et regardez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson. 36 Celui qui moissonne reçoit un salaire, et amasse des fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. 37 Car en ceci ce qu’on dit est vrai: L’un sème, et l’autre moissonne. 38 Je vous ai envoyés moissonner où vous n’avez pas travaillé; d’autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail.

39 Plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause de cette déclaration formelle de la femme: Il m’a dit tout ce que j’ai fait. 40 Aussi, quand les Samaritains vinrent le trouver, ils le prièrent de rester auprès d’eux. Et il resta là deux jours. 41 Un beaucoup plus grand nombre crurent à cause de sa parole; 42 et ils disaient à la femme: Ce n’est plus à cause de ce que tu as dit que nous croyons; car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde.

Traduction NEG