La guerre et la paix

Michée 4:1-5

Culte du 11 novembre 2018
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Vidéo de la partie centrale du culte

Parler d’une guerre qu’on n’a pas vécue est toujours difficile, et seuls les documents que nous ont laissé les contemporains de la « grande guerre » et leurs témoignages, peuvent nous éclairer sur ce que put être cette période.

Prêcher en temps de guerre

Dans cette chaire, ici même, ou encore au temple de l’Étoile, au temple du Foyer de l’âme, des pasteurs ont prêché durant quatre ans, en cherchant chaque fois à rendre compréhensible ce qui arrivait à leur pays, à leurs paroissiens, et à leur foi aussi. Le pasteur John Vienot raconte dans sa prédication du 1er décembre 1918 ce qu’il avait vécu durant la semaine sainte de la même année : « C’était le jour du vendredi saint, Les obus de la pièce à longue portée tombaient à intervalles réguliers sur Paris. Au moment de monter en chaire, l’un de vous m’apporta la nouvelle de la catastrophe de l’église Saint Gervais. Il était pâle encore de l’affreuse vision qu’il avait entrevue. Pour écarter, sinon les dangers de rupture du vitrage de cette salle, nous nous pressâmes dans la sacristie autour du nom du Crucifié ».

Il parlait sans doute de la verrière extraordinaire du temple du Foyer de l’âme. Ainsi, sous les bombardements, les pasteurs tentaient de prononcer des paroles d’encouragement si bénéfiques pour tenir au milieu du combat, comme ces paroles du pasteur Henri Monnier qui, dans un élan d’espérance, disait, le premier janvier 1915 : « Après avoir pris contact avec Dieu à l’heure de la grande angoisse, les âmes ne consentiront plus à laisser se relâcher un contact d’où elles auront retiré tant de force, une si complète maîtrise d’elles-mêmes, un si surnaturel apaisement, et elles aimeront Celui qui leur aura si intensément révélé son amour. Voici je fais toute chose  nouvelle ».

La liesse de l’armistice

Il faut imaginer, alors, la liesse qui s’est emparée des Français le jour où, enfin, les combats cessèrent. Le Pasteur Wilfred Monod raconte : « Et soudain, dans la grise lumière d’une matinée de novembre, un premier coup de canon révéla au monde sa délivrance. Instantanément, des drapeaux se précipitèrent aux fenêtres ; j’entendis des cris de joie, des applaudissements, et aussi les sanglots convulsifs qui m’étreignaient la gorge. ( …)

L’inénarrable et glorieux signal, éclatant sourdement dans les cieux attentifs, a marqué un triomphe patiemment préparé d’âge en âge, à travers les siècles, une manifestation de l’Esprit du Serviteur de l’Éternel, le surnaturel « jusqu’auboutiste », celui qui ne connaîtra jamais ni lassitude, ni découragement «  jusqu’à ce qu’il ait établi sur la terre la justice ».

Le pasteur John Vienot, lui, décrit le silence du bonheur indicible qui se fit lors du cessez le feu de onze heures : « En effet, à onze heures du matin, le même jour, comme par magie, le feu s’arrêta sur les lignes immenses, et un silence impressionnant succéda au bruit formidable des engins meurtriers. Et ce fut alors dans le coeur de milliers et de milliers d’hommes un sentiment nouveau, écrasant et subit, celui d’une merveilleuse délivrance. En un clin d’oeil, tous ces hommes qui, une minute avant, n’étaient pas sûrs de vivre encore l’heure suivante, étaient rendus à l’espérance, à la vie. ».

Tu ne tueras pas ?

Mais comment parler d’une guerre quand on a comme ministère, celui de prêcher l’amour de Dieu ? Comment concilier la fraternité de tous les hommes avec la lutte pour la nation ?
Dans sa prédication après la victoire, Wilfred Monod avoue : « En lisant le décalogue du haut de la chaire évangélique, les pasteurs n’éprouveront plus un rapide vertige devant ce commandement : Tu ne tueras pas ».
En effet, cette loi éthique devait diviser le coeur des prédicateurs d’alors, comment pouvaient-ils prêcher ce commandement sans risquer d’ajouter à la tragédie d’être parti au front, celle d’être un pécheur ?

Dans sa prophétie, le prophète Michée annonce un temps où la justice de Dieu s’accomplira, une justice pour tous les peuples, une situation qui rendra la guerre inutile, puisque Dieu arbitrera les conflits entre les peuples et leur rendra justice. Plus besoin d’armes de guerre, on les fondra pour en faire des outils agricoles afin travailler à la subsistance des peuples.

Déjà, à l’époque de Michée, la guerre fait rage, et dans les livres bibliques, elle fait rage un peu partout. Il semble que rien ne puisse empêcher les hommes de trouver des raisons de se faire la guerre périodiquement, même après avoir entendu les dix commandements.

Le pasteur Wilfred Monod disait en chaire, après la victoire : « Politiquement, nous entrons dans une ère nouvelle, celle de la solidarité internationale : plus de guerre ! Socialement, nous entrons dans une ère nouvelle, celle de la fraternité nationale : plus de misère! L’un et l’autre buts s’imposent ».

Ce souhait d’une victoire morale, comme il l’appelle, succédant à la victoire militaire, ne s’est pas accompli. En 1939, les vaincus d’alors repartaient en guerre sous le commandement d’un homme d’une férocité sans égal.

Les principes n’empêchent pas la guerre

La morale semble bien incapable d’empêcher les conflits armés. Et même le pacifiste Wilfred Monod ne condamnait plus le combat armé dès lors qu’il voyait qu’il fallait bien que son pays se défende contre l’agresseur voisin.

Il ne suffit malheureusement pas de décréter la paix pour qu’elle existe, alors qu’il est plus simple de provoquer une guerre. La paix que décrivent les pasteurs dans leur prédication semble être venue d’un coup par simple décret, mais elle a mis beaucoup de temps à se réaliser et ce temps se comptait en vies humaines. Le journal, le Daily News avait fait un calcul terrifiant pour parler du nombre des victimes de la Grande Guerre : si tous les morts de la guerre pouvaient se relever et défiler devant nous quatre par quatre, il faudrait, jour et nuit, six années complètes pour voir passer cette procession monstrueuse. Et si, derrière les morts, pouvaient défiler tous les mutilés, les blessés, les aveugles, les muets, cinquante années ne suffiraient pas à les voir passer.

Voilà le prix de la paix. Il ne suffit donc pas d’avoir de grands principes, comme : « tu ne tueras pas ». Même si le principe est bon, la Bible nous montre la première que cela n’empêche nullement la guerre et la destruction de l’homme par l’homme. 

Il est parfois nécessaire d’entrer en guerre. Pour se défendre ou pour défendre un pays ami.
Alors, quand le prophète Michée espère qu’un jour les peuples suivront les commandements de Dieu, on comprend que c’est un souhait, mais en attendant que le grand arbitre divin rende la justice, il faut avoir recours à la défense par la force.

Commémorer pour aujourd’hui la paix

Notre problème dans cette commémoration, est de nous souvenir de cette immense perte humaine, que fut la première guerre mondiale, mais aussi de nous poser la question: qu’est-ce qui peut garantir une paix durable entre les États ?

En regardant l’histoire de mon pays, je m’interroge : qu’est-ce qui peut garantir la paix durable ?
Nous sommes dans une période où nous parlons beaucoup de crise économique et de crise politique. Partout en Europe, des sursauts que nos appelons « populistes » prônent le repli des États sur eux-mêmes, la fermeture des frontières et le protectionnisme économique. Et quand on cherche un bouc émissaire en ce moment, l’Europe est la responsable toute désignée.

Cette situation a de quoi nous inquiéter. Car est-il envisageable de vivre longtemps en paix avec des voisins qui ne voudraient plus de contact avec nous ? Depuis Richelieu, on s’accorde à penser que la diplomatie permanente est la seule solution pour garantir la paix entre les États. Et pourtant, même des chefs d’État qui se rendent cette semaine au Forum mondial pour la paix parlent de s’extraire des grands accords mondiaux qui étaient jusque-là reconnus par tous comme une base de discussion et un préalable à toute négociation.

Sous prétexte de crise économique, de mouvements migratoires accrus ces dernières années, les peuples d’États européens ont d’abord réclamé la reconnaissance de leur identité, allant jusqu’à vouloir se définir selon une seule religion originaire, puis ils ont réclamé de pouvoir se définir selon une morale et des principes niant toute liberté individuelle, revenant sur des droits acquis comme, par exemple, le droit à l’avortement, et tous posent comme solution politique possible à la crise économique qu’ils connaissent, celle de la fermeture des frontières et du protectionnisme commercial.
Mais que deviendront-ils s’ils sont fermés à leurs voisins, sinon des ennemis ? Et que deviendra la crise économique en Europe si les échanges entre États disparaissent ?

La paix du roi Salomon 

La plus longue période de paix qu’ait vécu le royaume d’Israël est celle de la royauté de Salomon. Et ce n’est pas un hasard si ce roi fut aussi un extraordinaire commerçant avec tous les États environnants et un infatigable diplomate. Pour empêcher la guerre, ce roi développa des échanges commerciaux, culturels, intellectuels avec tous ces voisins jadis ennemis.

Il semble que seules ses relations d’échange et de confiance puissent empêcher durablement la guerre, car ils rendent les États interdépendants entre eux. Cet équilibre nécessite que chacun abandonne un peu de ses certitudes identitaires, si tant est qu’elle puisse jamais être sincères, pour se laisser transformer par les autres, comme un tissu vivant qui se change au gré des influences qu’il subit au contact d’autres tissus vivants.

Il semble bien que, pour respecter le principe : tu ne tueras pas, il faille d’abord respecter l’existence de celui qui partage la terre avec nous, le connaître et échanger avec lui. Empêcher la guerre, c’est vouloir construire sans relâche la paix.

Message aux enfants

Je voudrais maintenant m’adresser aux enfants qui sont ici ce matin et qui sont ceux pour qui nous devons choisir de construire avec nos voisins, des relations de paix.

Les enfants, vous êtes tous de petits Européens, vous avez peut-être déjà, dans votre famille, des personnes qui sont nées ailleurs qu’en France, et même dans un pays autre que les pays d’Europe. Vous êtes, par votre culture protestante, doublement Européens, parce que les protestants ont toujours eu besoin de beaucoup voyager en Europe, soit pour se réfugier quand on n’acceptait pas leur religion en France, soit pour échanger de nouvelles idées avec des gens qui voulaient changer le monde dans lequel ils vivaient.

Vous parlez sans doute ou vous parlerez sans doute une langue étrangère, peut-être l’allemand, l’espagnol, l’anglais. Aujourd’hui, nous faisons mémoire d’une guerre qui nous a opposés à des voisins directs, puisqu’il s’agissait des Allemands. Vous avez déposé il y a quelques instants une fleur blanche devant la plaque où sont notés des noms des soldats connus de l’Oratoire et morts à la guerre pour que notre pays puisse continuer à être libre, souvenez-vous toujours de ce geste.

Et quand vous grandirez, souvenez-vous que si l’on entretient la haine et le mépris envers ses voisins, on risque un jour la guerre. Il faut donc construire la paix, chaque jour, par des relations et des échanges avec les autres, nos voisins, ceux qui vivent dans d’autres pays, qui ont une autre langue, une autre culture, mais qui ont la même valeur aux yeux de Dieu. Si vous tissez des liens d’amitiés avec ceux que vous rencontrerez, vous vivrez en paix avec eux.

Que le Seigneur nous inspire toute intention de construire la paix.

Amen

Lecture de la Bible

Michée 4/1-5
1 Dans la suite des temps, la montagne de la maison du SEIGNEURsera établie au sommet des montagnes ; elle s'élèvera au-dessus des collines, et les peuples y afflueront.

2 Une multitude de nations s'y rendra ; ils diront : Venez, montons à la montagne du SEIGNEUR, à la maison du Dieu de Jacob ! Il nous enseignera ses voies, et nous suivrons ses sentiers.Car de Sion sortira la loi, de Jérusalem la parole du SEIGNEUR.

3 Il sera juge entre une multitude de peuples, il sera l'arbitre de nations fortes, même lointaines.De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, de leurs lances des serpes : une nation ne lèvera plus l'épée contre une autre, et on n'apprendra plus la guerre.

4 Chacun d'eux habitera sous sa vigne et sous son figuier, et il n'y aura personne pour les troubler— c'est la bouche du SEIGNEUR (YHWH) des Armées qui parle.

5 Tandis que tous les peuples marchent chacun au nom de son dieu, nous marchons, nous, au nom du SEIGNEUR (YHWH), pour toujours, à jamais.

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