Sommaire du N° 814

Éditorial

Dossier : Le passage, la transmission

  • Cheminer en compagnie de Jésus-Christ
  • "Ton père était un araméen nomade"
  • Des passages à accompagner et à marquer
  • Passage et enseignement
  • Foi et psychanalyse
  • Le pasteur et l'accompagnement des familles en deuil

Calendrier des cultes

Activités de l'Oratoire du Louvre

Nouvelles de l'Oratoire

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Dossier du mois
Le passage, la transmission

Cheminer en compagnie de Jésus-Christ

Je suis né et j’ai été éduqué au sein d’une famille catholique par tradition, et originaire du nord et du centre de l’Italie. Dès mon enfance, mon grand-père maternel, ainsi que ma grande tante, sa propre sœur, qui fut religieuse et enseignante en Italie, me familiarisèrent avec le Christianisme. Jésus-Christ m’apparaissait comme une référence, un ami qui jamais ne m’abandonnerait. L’histoire sainte me semblait un monde merveilleux. Les fêtes religieuses, surtout Pâques et Noël, apportaient un moment de partage et de joie au sein de la famille. A l’âge adulte, ce voile s’est déchiré et cette Eglise m’apparut comme par trop éloignée des problèmes contemporains, et y répondant à mon goût surtout par la condamnation. Ce dogmatisme me fit rejeter ma tradition. Cependant, dans mon cœur, je gardais toujours une place pour Jésus, celui qui avait tout affronté pour l’amour de l’humanité. Pendant longtemps, je n’eus plus aucune pratique religieuse. Je devins militant, et militant syndical. Je conservai cette passion du service de l’autre, et un peu de cet altruisme qui fait aussi partie des valeurs chrétiennes.

Il y a quelques années déjà, une interrogation sur le sens de la vie et sur le sens de ma vie, m’a ramené vers le Christianisme. Cependant, je désirai un christianisme ouvert, où j’étais responsable de ma relation avec Dieu. Dieu et la relation avec lui donnait un sens à ma vie. Cependant faut-il dire que le credo de l’Eglise romaine ne me satisfaisait point. Je veux croire en l’Eglise du Christ, mais pas dans l’Eglise de Rome, car elle a eu ses vicissitudes comme toute institution humaine. C’est alors que j’ai rencontré le Temple de l’Oratoire du Louvre, via internet, et par des amis qui se rendaient à l’office du dimanche assez régulièrement. Je découvris ici un christianisme ouvert, tolérant, sans jugement à l’égard de personne. Je vins régulièrement au culte et je fis connaissance des pasteurs Marc Pernot et James Woody. J’ai participé en 2016 à une série de rencontres autour de l’initiation à la théologie, sous la direction de ces deux pasteurs. Enfin, au cours de cette même année 2016, j’éprouvais le désir et le besoin d’un engagement plus profond. Marc Pernot me proposa de faire une profession de foi. Nous fixions la date pour le dimanche 2 octobre 2016. Ainsi, je devenais disciple du Christ, et son message d’amour devait devenir le mien. C’est ainsi que l’on fait progresser le royaume de Dieu, ici même. Le Christ m’accompagne durant chaque évènement de ma vie. Il est avec moi et m’aide à progresser sur le chemin de l’amour. Cet amour gratuit me permet de réduire le côté obscur, qui est en chacun de nous. Cette relation directe à Dieu, ce sacerdoce universel stimule ma foi et me responsabilise. La lecture de la Bible, avec l’indispensable questionnement dans ma vie, me permet de progresser dans la connaissance et dans la relation avec l’Eternel. Si nous aimons Dieu, ne devons-nous pas l’aimer avec intelligence ? Le culte à l’Oratoire est aussi un nécessaire moment de partage de notre foi, au sein de notre communauté. De même, les activités bénévoles comme l’aide à la cuisine permettent de mettre en pratique notre idéal. Le serviteur n’est-il pas supérieur au maître ? Jésus n’a-t-il pas lavé les pieds de ses disciples. Quelle merveilleuse leçon ! Voici l’essentiel de ce qui guide mon engagement de chrétien, et qui a motivé cette profession de foi, au sein de l’Oratoire du Louvre, et dans ma vie professionnelle et personnelle. J’espère que cet engagement accompagnera et guidera ma route jusqu’à son terme.

Thierry P.

« Ton père était un araméen nomade » …

Migrante spirituelle, je marche, passée du catholicisme de naissance hérité de mes parents aux rives du protestantisme libéral en perpétuel questionnement, et ce par choix personnel.

Au cours d’initiation à l’hébreu biblique animé par le pasteur Gilles Castelnau, c’est la plus petite lettre de l’alphabet hébreu, ce petit « yod », préfixe du « Nom », celui que les juifs ne prononcent pas, l’Eternel, qui me découvre une perception du divin insoupçonnée : ce « yod », ce préfixe dit le verbe à l’inaccompli (l’hébreu conjugue le verbe à deux temps : l’accompli pour le passé, et l’inaccompli pour le futur, le conditionnel, le subjonctif). YHWH, c’est le verbe « advenir » conjugué au futur. Et je plonge dans un abîme de réflexions : il me faut donc passer d’une perception du Dieu-fantôme de mon enfance, puis l’adhésion à une formule telle que « le nom que j’accepte de donner au mystère de la vie » (Frédéric Lenoir) à ce que le pasteur James Woody appelait une « théologie du champ » (à propos d’Esaïe 28/23-29) : « Esaïe appelle « Dieu » cette capacité qu’a l’homme à porter plus loin ses espoirs, … à accepter de se laisser saisir par une question et d’y réagir non pas avec les seules réponses d’autrefois mais avec cette capacité d’innovation, avec cette liberté d’action qu’en protestantisme nous appelons l’ETERNEL » (prédication du 01/09/2013). Et tout en essayant de progresser en hébreu biblique, je découvre avec bonheur « Evangile et liberté ».

Je participe à l’Oratoire à mon premier culte protestant. Une prédication qui dure 25 à 30 minutes, qui me laisse pantelante, des psaumes et chants aux accents de J.-S. Bach, la ferveur de l’assemblée. Et là, je pressens que, pour moi, rien ne sera plus comme avant : c’est mon chemin de Damas. Tout était là, en attente, il manquait le déclic. Un gouffre s’ouvre devant moi : renoncer à ce qui m’a structurée pendant des années ? Et cette petite voix qui me disait : « Vas-y, saute, passe sur l’autre rive », « Va vers toi », c’est là qu’est ta personnalité. C’est dans cette communauté que tu t’épanouiras et qu’à partir de là ton témoignage avec l’appui de celui de ta nouvelle famille croyante rayonnera autour de toi ». Ce fut mon « combat de Jacob », ce texte de la Genèse qui me fascine autant qu’il me questionne. Aujourd’hui je ne regrette pas d’avoir passé le Yabboq ; pas question de regarder en arrière, je ne serai pas transformée en statue de sel. J’aime ma nouvelle famille, celle de l’Oratoire. J’y trouve mon épanouissement, elle est en adéquation avec ce que je suis devenue, avec mes convictions.

Au-delà des grands principes (la grâce seule, l’Ecriture seule, le Christ seul, à Dieu seul la gloire) auxquels j’adhère bien sûr, je pense que Luther aurait, au 21ème siècle, mené son combat sous d’autres formes et que la fidélité à la tradition, c’est le respect, la prise en compte de l’esprit dans lequel les luttes ont été menées en leur temps.

Je ne reconnais à personne le droit de me dire ce que je dois, ce que je peux croire ou faire, comment mener une vie droite. Peut-on considérer le protestantisme, dans la ligne de ce que je viens de dire, comme la branche chrétienne d’une plus grande maturité ? « Les protestants réfléchissent, ils se posent des questions et ils doutent », propos d’un adulte qui se dit « agnostique » recueillis par Laurent Gagnebin (Fête de la Réformation le 30/10/2016). Mais je ne me permets pas de me déclarer « protestante », ni de porter la croix huguenote qui signifierait que je suis de ceux et celles qui, par le passé, ont tant souffert pour pouvoir continuer à affirmer leur foi. Paraphrasant le mot célèbre d’un personnage gaulois de bande dessinée, je ne suis pas « tombée dedans » quand j’étais petite.

Le christianisme à plusieurs visages inaugure à peine la fin de la religion. Nous chrétiens, aux côtés des juifs, confortant ces derniers dans leur vocation d’ « éducateurs » (pasteur Richard Cadoux) en humanité, avons la possibilité d’user d’un langage nouveau libérateur pour les hommes. Singulier passage, énorme responsabilité que celle des judéo-chrétiens de faire advenir la vie véritable, l’homme rétabli dans sa divine vocation, réconcilié avec lui-même et avec ses semblables, le Royaume en gestation.

Catherine D.

Des passages à accompagner et à marquer

La vie humaine peut être décrite comme une alternance de périodes de stabilité et de temps de transition, de transformation. Dans ces temps de mutation, nous ne pouvons plus nous appuyer sur ce qui allait de soi auparavant. Nous changeons, notre environnement évolue, tout semble bouger en nous et autour de nous. Le regard que nous portons sur nous-mêmes est remis en cause, nous sommes contraints de remettre l’ouvrage sur le métier, pour essayer de comprendre, d’ordonner, d’organiser qui nous sommes et dans quel monde nous vivons. Il devient également nécessaire de revisiter notre relation à Dieu.

L’adolescence est un (long) passage

Parmi ces temps de transformation, l’adolescence est sans doute le mieux identifié, mais aussi un des plus mouvementés, pour la personne comme pour son entourage.

Le corps se transforme, je dois apprivoiser cette nouvelle personne que je suis en train de devenir et que je ne connais pas encore. L’enfant n’est plus, sinon par nostalgie, mais l’adulte n’est pas encore. Je suis dans un entre-deux inconfortable ; d’autant plus que je suis la cible d’une multitude d’injonctions à « être moi-même », à m’épanouir, alors que je ne sais pas qui je suis, je suis un étranger pour moi-même. En même temps, le regard que les autres portent sur moi, en particulier le regard de mes « pairs » est devenu très important pour moi. Je suis partagé entre le désir d’explorer ma personnalité en devenir et l’exigence de me conformer aux attentes de celles et de ceux qui sont comme moi, mais qui semblent s’en sortir tellement mieux !

L’ère contemporaine a en effet consacré l’individu. Formidable liberté qui peut devenir écrasante lorsque les ressources nous manquent. L’injonction sociale est que chacun est appelé à se définir lui-même, hors de rôles codifiés qui n’existent plus sinon dans des groupes fermés.

Transgresser les limites

L’adolescence est une période d’exploration douloureuse, de quête de soi d’autant plus difficile que les repères manquent. On cherche des lieux refuge, des groupes d’identification, on est tenté de déléguer à d’autres la tâche de se définir. On n’y échappe jamais totalement.

L’adolescence est aussi une période d’exploration des limites. On lui accorde une certaine tolérance : des écarts usuellement interdits sont tolérés un temps : « il faut que jeunesse se passe », disait le proverbe. C’était vrai il y a deux ou trois générations, mais qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles limites socialement admises peuvent être franchies un temps par l’adolescence, lorsque ces limites semblent avoir disparu ? Notre culture qui valorise l’individu au point d’avoir pratiquement sacralisé son autonomie n’est pas sans paradoxe…

Dans les sociétés traditionnelles, les temps de passage sont marqués par des rites, que l’on dit de passage, justement. Notre contexte n’en offre plus. Ou plutôt, on voit se développer une multitude de rites, plus ou moins sauvages, comme les bizutages…

Un besoin de rites

On redécouvre, par défaut, que l’être humain a besoin de ritualité. Nous avons besoin de marquer les temps forts et les passages par des actes et des parcours ritualisés.

Durant le 20ème siècle, en théologie protestante, on a regardé avec méfiance ce type de besoin humain. Il serait l’expression du désir humain d’enfermer Dieu dans des rites, un besoin religieux dont la foi authentique serait une libération. La foi protestante accorde la primauté à l’individu, à la décision personnelle, à la « liberté glorieuse des enfants de Dieu ».

Aujourd’hui, le regard a évolué. Si nous privilégions toujours la foi exprimée de manière libre et personnelle, nous accordons plus de place à la « pâte humaine », aux besoins fondamentaux de la personne, mais aussi à la nécessité que nous éprouvons de nous relier, de nous repérer, de nous construire en référence à quelque chose.

Structurer et célébrer le passage

Quels lieux les Églises peuvent-elles offrir pour structurer l’expérience du passage ? La confirmation, avec son triple aspect d’enracinement conscient dans la grâce première, d’expression personnelle de la foi et d’intégration dans une communauté ecclésiale peut-elle être vue comme un de ces lieux ? Elle l’a certainement été, mais aujourd’hui ? Qu’en est-il des groupes de référence comme les éclaireurs ? Peuvent-ils offrir des parcours d’exploration et de découverte à des personnalités en devenir, en marquant de manière symbolique et concrète à la fois des moments de passage ? Voire en autorisant des espaces de « transgression encadrée » ?

Autant de questions qui nous invitent à poser un regard bienveillant sur les ados d’aujourd’hui. Le regard de celle, de celui qui reconnaît un Dieu accueillant inconditionnellement à la fois notre humanité commune et notre irréductible singularité.

Pasteur Nicolas Cochand

Passage et enseignement

Risquons un pont-aux-ânes : l'enseignant est un passeur. Certes, une telle phrase peut laisser le lecteur perplexe. De prime abord, elle semble une évidence. En effet, un tel métier est fait par essence pour donner un savoir, ne serait-ce que minimal. Il fait littéralement passer des connaissances et des aptitudes, c'est-à-dire qu'il les transmet.

L'instituteur – devenu aujourd'hui professeur des écoles – se charge d'éveiller le jeune enfant aux informations les plus élémentaires et les plus nécessaires : lire, écrire, compter. Si cette trilogie nous paraît parfaitement évidente, c'est parce que nous avons tous assimilé ces outils et parce qu'ils nous permettent de comprendre comment nous débrouiller a minima le monde qui nous entoure. Pour le dire de façon rudimentaire, mais sans jugement de valeur, il s'agit là d'un premier passage : celui d'un état d'ignorance à un état de connaissance.

Le professeur du secondaire, quant à lui, poursuit cette tâche. De fait, il est chargé de préciser, d'affiner cette transmission première. Il doit autant que faire se peut en montrer la complexité et, partant, la beauté. Mais cette mission ne s'effectue pas nécessairement en progressant sur des chemins jonchés de roses. À son tour, l'enseignant compose avec un autre passage, sur lequel il n'a pas forcément prise, celui de l'enfance à l'âge adulte. Pour nous limiter à l'exemple du lycée, soulignons qu'il existe une très grande différence entre des élèves de seconde et des élèves de terminale. Beaucoup de choses séparent encore les adolescents de quinze ans, qui peinent encore à se situer, et les jeunes gens de dix-huit, devant qui s'ouvrent déjà les portes des études supérieures et du monde actif. À cela, s'ajoutent aussi les différences sociales, qui rendent plus complexes le cheminement des acquis à diffuser. Il faut alors explorer toutes les voies pour comprendre comment faire mouche. Car il ne s'agit pas de bourrer une cervelle d'informations stériles. Au contraire, enseigner, c'est armer de jeunes gens face aux dangers d'un monde brutal. C'est faire saisir pleinement que le savoir, quel qu'il soit, est le moyen le plus efficace pour développer l'esprit critique, pour savoir dire non au fanatisme et à l'iniquité.

L'enseignement est la mise en abyme du passage : il se fonde sur une dynamique d'échange. Bien que le professeur et l'élève ne parlent pas d'égal à égal, ils sont là pour se comprendre et pour partager. Dès lors, ce n'est pas une relation de soumission hiérarchique qui s'instaure ; c'est une confrontation nécessaire qui permet de grandir, de mûrir. Le professeur est un tuteur, à tous les sens du terme. C'est pourquoi il doit aussi cesser de l'être quand la jeune plante encore indécise est devenue un arbre bien enraciné. Ainsi, enseigner, c'est permettre de passer à l'indépendance. Voilà, selon moi, ce que doit être la pédagogie.

Pas étonnant, dès lors, que la robe pastorale soit aussi celle des universitaires d'autrefois. Comme le ministre du culte, le professeur est là pour veiller à ce que puisse naître, chez ses élèves, un authentique libéralisme de l'esprit.

Samuel Macaigne

Foi et psychanalyse : souffler les demi-mots sur des blessures secrètes

En bon « charlatan » quand j’exerce la psychanalyse, je vends de la parole. Mais, loin du « boniment », elle sera plutôt concise, parfois grommelée, jetée à demi-mot. C’est surtout de pouvoir camper (dans) le silence qu’il s’agit. La psychanalyse est un peu une pratique du désert. L’un des meilleurs conseils n’est-il pas de se méfier des bons conseils ? Au plus juste de l’exercice de l’écoute, je suis comme un souffleur de théâtre qui ignore le texte. Et combien de répétition avant que les points sensibles des patients se rejouent puis se déjouent de façon décisive ? Ainsi pour tel patient, chez qui le jumelage de deux anniversaires (mort et naissance) faisait désarroi saisonnier. Pouvoir le formuler et l’entendre lui ouvrit la tâche de forger la sépulture qui manquait afin de séparer survie et vie.

On l’entend en ritournelle : « la psychanalyse, ça ne va pas assez vite, hypnotisez-moi qu’on en finisse ! ». Seule réponse honnête : « le possible est déjà fait, l’impossible nous nous y attelons, pour les miracles, prévoir un délai ! ».

Ces trois temps rappellent les trois Parques : Clotho qui file, source majestueuse de vie, Lachésis qui déroule le fil et dont le nom rime avec le « sort », et enfin Atropos qui coupe, et porte pour nom « inévitable ».

1) le possible : La personne qui vient me voir a déjà foi en ce que sa plainte puisse être entendue. Voire que cela change la donne d’un destin qui s’écrivait comme malheur répété ou définitif.

2) l'impossible : Le travail qui consiste à faire entendre au patient ce qu'il sait déjà mais à quoi il n'avait pas pensé. Cela impose, au risque de moment de très profond déplaisir, de traverser à nouveau des zones d'effroi et de mort imminente qu’il faut rendre « passées ». Pas sans les réactualiser, comme dans une nouvelle « impression » de ce qui n’avait pu s’inscrire alors comme vrai.

3) le miracle : Parfois quelque chose de décisif dans ce que le patient s'entend dire lui donne la confiance pour aller sur un nouveau chemin. Comme s’il pouvait alors trouver de nouvelles sources de vie à même les cicatrices qui se prenaient pour un destin.

Il y a là une coupure, mais vitale, qui rejoint la maxime de Sigmund Freud que le français courant traduit par : « là où « ça » était, je dois advenir ! ». Comme si pointait là le bout de leur nez : le buisson ardent, la résurrection, l'événement messianique lorsqu'il annonce "toutes choses nouvelles" ?

Michel H.



Le pasteur et l’accompagnement des familles en deuil

Le deuil est la réaction à la mort d’un être proche. Des vivants sont confrontés à l’inacceptable d’une perte. Cet état engendre une souffrance. Le deuil est aussi ce que le sujet met en place pour se séparer de cette souffrance selon un cheminement personnel. Le deuil est un « travail » qui relève de ces « rites de passage » marquant les grandes étapes de la vie, selon l’expression de l’anthropologue Arnold van Gennep.

La Réforme a radicalement relativisé les rites funéraires. Puisque notre Dieu est le Dieu non pas des morts mais des vivants, l’accompagnement des familles en deuil représente néanmoins une part importante du ministère pastoral. Cet accompagnement se joue en quelques « brèves rencontres ». La première, c’est la visite ou la rencontre au presbytère. La famille éprouvée exprime sa peine : le pasteur écoute et ose une parole de « condoléance ». On évoque la personnalité et le parcours du défunt. On prépare ensemble le culte : choix des textes bibliques, chants, musique, interventions et témoignages. Le pasteur accueille les attentes des personnes tout en s’efforçant de les déplacer. Il s’agit d’un culte et pas seulement d’un hommage rendu au défunt. La seconde rencontre, publique celle-ci, est celle du culte, très souvent lié aux funérailles. J’ai encore connu et pratiqué en Ardèche la séquence -levée de corps -culte au temple -inhumation au cimetière communal ou familial. La prédication en est l’élément central. Elle vise à faciliter le processus de deuil. Elle ose dire la mort mais ose aussi proclamer la mort de la mort. Elle s’efforce d’appeler à la résurrection des vivants, en aidant les auditeurs à découvrir, du coeur du deuil, qu’une vie est à nouveau possible. Il y a enfin une troisième rencontre, pas toujours possible : celle de l’après. Le processus de deuil ne prend pas fin avec l’inhumation ou l’incinération. Le pasteur continue parfois un bout de chemin avec les personnes endeuillées, au moyen d’un courrier ou d’une visite.

La pastorale des funérailles, c’est la rencontre avec le tout-venant, fidèles des Eglises, croyants non pratiquants, agnostiques et athées. C’est un compagnonnage, l’occasion d’un partage en humanité. La consolation naît d’une parole dont la valeur ne repose pas tant dans son efficacité que dans sa signification. Le pasteur offre aussi la possibilité à chacun de se poser la question de la finalité et de la valeur de son existence et il fait entendre la voix de l’Evangile. C’est encore un certain visage de l’Eglise qui se dessine : une Eglise qui accueille et met en oeuvre une diaconie du sens. Les cultes de souvenir dans beaucoup de paroisses témoignent de cette dimension ecclésiale. Le pasteur lui-même est « affecté » par cet accompagnement, renvoyé à son propre questionnement. Quand je dormirai du sommeil qu’on appelle la mort : à chaque service d’action de grâces, je lis la prière à Dieu de Charles Wagner qui s’achève ainsi : « En toi, je me confie. A toi, je remets tout ».

Pasteur Richard Cadoux

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