Sommaire du N° 809

Éditorial

  • La Loi, les prophètes et l’entrée dans le royaume de Dieu, par Marc Pernot

Dossier : L’identité protestante

  • Bonne et dangereuse identité, par Marc Pernot
  • Une identité plurielle, inachevée, encore en espérance, par Olivier Abel
  • L’identité protestante vue par les paroissiens, par Stéphane
  • A travers les professions de foi, par André Ducros et Rose-Marie
  • De l’appartenance, par Anne-Catherine

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Dossier du mois
L’identité protestante

Bonne et dangereuse identité,
par Marc Pernot

Aujourd’hui, dans la préparation d’une cérémonie de mariage, nous sommes le plus souvent dans le cadre de familles présentant de multiples appartenances religieuses, idéologiques, philosophiques, sociales, culturelles, géographiques. C’est le reflet d’une plus grande liberté dans le choix du conjoint, mais aussi dans le choix de sa propre identité.

Un des grands avantages de cette évolution est une grande sincérité dans nos attachements. Mais ce peut aussi être source de difficultés car c’est exigeant de devoir bâtir sa propre identité, de la faire vivre et évoluer. Cette diversité est source de richesse, elle pourrait aussi nous conduire à mettre nos identités à leur juste place, ni trop haut ni trop bas dans nos attachements. Mais cette diversité peut aussi être source de conflits avec cette multiplication exponentielle des rencontres avec des personnes qui nous sont très différentes.

Pour ce dossier, nous vous proposons quelques éléments de réflexion et quelques témoignages sur notre rapport à l’identité protestante. Bien entendu, comme toujours dans notre église, chaque parole est à prendre comme une proposition de questionnement personnel, et non comme un devoir imposé à notre conscience. Peut-être que c’est même là un trait majeur de l’identité de notre église. Il ne se voit pas de l’extérieur mais se vit. De l’extérieur, le passant voit cette belle chapelle royale multi-centenaire et un culte délibérément « vintage » avec des chants et des textes qui viennent des générations passées. Alors que dans le sens de ce qui est proposé, l’accent est mis, délibérément aussi, sur l’émancipation de chaque personne dans sa pensée et dans sa relation à Dieu. Cela se manifeste dans le sens des messages (j’espère), dans la liberté accordée à chacun, dans le respect et dans l’accueil des personnes diverses. Pourquoi cet apparent paradoxe entre une forme ancienne et un fond progressiste ? En espérant que la forme rassure notre identité et la fasse se sentir libre d’évoluer. Au bénéfice de tous.

Marc Pernot

Une identité plurielle, inachevée, encore en espérance,
par Olivier Abel

A chaque rencontre nous sommes placés devant des nouveau-venus, qu’ils soient nos propres enfants ou des étrangers, qui surviennent un par un dans cet espace d’apparition mutuelle qu’est le monde, la société humaine, et par excellence l’Eglise, espace ouvert par la question de confiance que Jésus nous a posée : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ». Je voudrais rapidement esquisser trois formes de réponse à cette question, ou à cet appel.

On peut d’abord parler de l’identité comme acceptation modeste d’être ce que l’on est : on est né, on a un corps, une langue maternelle, un pays, des attachements. L’identité prend ici la forme de la fidélité. Comme l’écrivait jadis Paul Ricœur, pour accueillir ou « pour rencontrer un autre que soi il faut avoir un soi ». Attention, il est facile, pour tous ceux qui sont assurés de leurs racines ou bien assis sur leur patrimoine culturel, de traiter cette question avec nonchalance. Mais pour tous ceux qui se retrouvent déracinés par la tempête, déplacés loin de chez eux, ou dépaysés chez eux parce que ne reconnaissant plus rien, la question n’est pas un luxe, c’est une question vitale d’immunité. Il y eut des époques où le protestantisme n’a survécu que grâce à cette ténacité dans la protestation, dans le résister. Mais cela ne suffit pas.

Il faut ensuite parler d’une identité interrogative. C’est peut-être ici le cœur battant du protestantisme comme gratitude d'exister. La question « Qui suis-je ? » est convertie, retournée, par une sorte d’insouciance de soi-même qui est la grâce, et où l’existence n’est qu’un rendre grâce, dans un art de l’éphémère qui est notre style. Il m’est arrivé de définir le protestantisme comme une tradition autonettoyante. On peut aller jusqu'à parler d'un principe d'identité absente. La question de l’identité est ainsi la case vide qui permet de tout mettre en mouvement, de tout déplacer. Mon identité est tournée vers autrui, devant autrui : nous sommes tout à tous. Si on me demande : « En quoi c’est spécifiquement protestant? », je réponds : « C'est à d'autres de me le dire. Ce n’est pas à moi de me retourner tout le temps pour voir si mon ombre me suit ! ».

La troisième forme serait enfin celle d’une identité narrative, métaphorique, poétique, prophétique, sapientiale, épistolaire, bref feuilletée. C’est d’abord notre identité de peuple lecteur. Lorsque j'étais enfant je regardais la Bible de mon père et je voyais quels livres il lisait le plus : c'était noirci, les Evangiles étaient très lus, les Psaumes aussi, qui sont le cœur de la lecture protestante. Chacun trouve son identité protestante de lecteur, comme un code-barres, sur la tranche de sa bible usuelle. C’est plus largement que nos identités proviennent de mille sources, de mille enfances, et nous sommes parmi d’autres. Il s’agit pour chacun de nous de déployer nos pluri-appartenances, d’intérioriser les tensions qui font notre identité. Il s’agit de découvrir combien notre identité est plurielle, inachevée, et encore en espérance.

Professeur Olivier Abel

L’identité protestante vue par les paroissiens,
par Stéphane

« Y a-t-il une identité protestante ? » vous demandait-on en proposant au mois d’octobre un questionnaire à tous les participants aux cultes de l’Oratoire. Pour ce faire, nous avions regroupé un certain nombre de notions autour de quatre chapitres : conscience religieuse, éthique, communauté / fraternité et héritage et tradition(s). Et invitions chacun à classer ces thèmes ou à les commenter. Plutôt qu’une analyse trop fastidieuse des trente réponses reçues, nous avons préféré résumer succinctement les tendances qui apparaissent et laisser la place à de larges extraits des commentaires ajoutés aux questionnaires afin de restituer la richesse des contributions des participants, que nous remercions ici bien vivement.

Rapport à Dieu et conception de la foi

A l’intérieur du premier chapitre « La conscience religieuse », les notions de « rapport à Dieu » et de « conception de la foi » sont mises en avant, bien davantage qu’une « liturgie spécifique ». Et puisqu’il s’agit là de ressentis très personnels, reproduisons ici tels quels quelques-uns des commentaires :

  • « Une foi qui n’est pas croyance, mais confiance. Un rapport à Dieu modifié par la représentation qu’on en a. Dieu pensé comme force de vie, comme tension vers une plénitude d’exister... qui tend à être... »
  • « J’aime prier librement sans contraintes. L’accès à Dieu est plus proche, dommage qu’il y ait plusieurs protestantismes. »

« Être protestant c’est à mes yeux avoir le réconfort de regarder Dieu comme un enfant regarde ses parents. C’est se sentir le droit de construire librement son parcours de vie spirituelle quand d’autres ne ressentent que le droit d’emprunter un parcours tout tracé par ceux qui les ont précédés ou les entourent. C’est vivre avec Dieu et non face à Dieu. C’est être redressé, et non courbé par le poids des traditions, des lois, des modes. C’est témoigner que l’on a foi en l’Homme quoiqu’il arrive parce que Dieu lui-même, malgré tout, a foi en l’Homme. »

  • « Je suis venu vers vous parce que la liberté de croire, de douter, de ne pas croire, d’avancer à son rythme est mise en avant. »
  • « Ce qui caractérise l’identité protestante, c’est la liberté avec laquelle la parole de Dieu est annoncée, la simplicité du culte et de la doctrine, la pluralité des actes et des croyances qui permet l’accueil de personnes de différents horizons. »
  • « Mon identité chrétienne est la mieux représentée aujourd’hui au travers de l’être protestant, la pensée protestante, mais elle n’est pas la seule. »
  • « Si je résume en deux mots le sens communiqué par le protestantisme, ce sera fidélité et responsabilité, conviction intime et ouverture aux autres. »

« Le propre du protestantisme est, me semble-t-il, de considérer l'Église
comme une institution sociale et non comme une hiérarchie dépositaire du divin.
D’où une spiritualité en contact simple avec Dieu. »

Éthique et responsabilité

Au chapitre « L’éthique », la « responsabilité individuelle » est classée en tête du palmarès des valeurs proposées. « Une responsabilité de soi-même », écrit un répondant, qui poursuit : « Dans la responsabilité de soi, il y a la responsabilité d’autrui. Je suis d’autant plus humain en dépassant le souci de moi-même par l’attention à autrui ». Ce rapport à autrui nourrit toujours la réflexion sur la responsabilité, comme cette autre répondante qui pense également aux limites de la responsabilité individuelle : « Parce que nous avons ce sentiment filial envers Dieu qui nous aime indéfectiblement, je ne vis pas sans cesse dans la crainte, le repli sur soi, le calcul. D’où l’esprit d’entrepreneuriat et l’attention portée aux initiatives personnelles et collectives, l’utilisation décomplexée de l’argent. Pour le meilleur et pour le pire... Car le protestantisme a sa part dans l’industrialisation à grande échelle et le capitalisme libéral qui asservissent bien des populations et polluent la planète. Il a sa part aussi je crois dans les égarements de la recherche médicale, des laboratoires. »

Et nous voilà confrontés à « la façon de se tenir dans le monde », une formulation qui suscite de nombreuses adhésions. On se souvient que cette belle formule était déjà utilisée par le professeur Didier Sicard dans Protestants de France, le documentaire de Valérie Manns diffusé sur France 5 au printemps dernier.

Enfin, un troisième critère est si souvent cité qu’il en apparaît comme constitutif d’une éthique protestante : « la place des femmes dans l’Église protestante ». En témoigne cette remarque ajoutée à un questionnaire : « Et toute la dimension historique en tant que minorité persécutée qui resserre les liens entre les protestants de tradition et qui renvoie au positionnement des femmes depuis des siècles, à des fonctions de responsabilité : enseignement aux enfants pendant les guerres de religion, puis ... puis pendant la guerre de 14 (rôle économique, social, religieux, certaines ont remplacé leur mari pasteur parti au front, etc ...) ».

« C’est la façon de se tenir dans le monde en portant un message en perpétuelle évolution. »

Communauté et engagement social

Ici, c’est l’appartenance à la « communauté humaine » (« l’humanité tout entière ! ») qui est plébiscitée par les paroissiens, mais toujours associée à l’engagement au sein de cette communauté. Un commentaire illustre ce lien : « Je me sens appelée à jouer un rôle actif dans la sphère sociale. Lutte contre la pauvreté, la solitude, la pollution, la maltraitance animale et environnementale. Je me sens capable d’être active et non passive, grâce à la force de Dieu, qui sait multiplier l’impact des plus petites actions. »

« L’appartenance à une minorité », en revanche, ne semble pas essentielle aux répondants, même si l’un d’entre eux note : « Une minorité (…) que je revendique sans modestie comme une « élite ». Prétention à l’élite sur deux critères : l’usage de la raison du savoir et dans le cas particulier de la France, une volonté, une force d’affirmer sa liberté. »

Et comme l’appartenance à une communauté est aussi avant tout celle de la paroisse, un commentaire sonne comme une invitation à tous : « A l’Oratoire, on reconnaît les gens (paroissiens) mais on ne les connaît pas ou mal. »

« Le fait d’appartenir à une communauté portant un engagement social fort.»

Hériter et transmettre

Si la question de l’héritage ne taraude pas tout le monde (« Pas concerné, venant du catholicisme »), elle est cependant au cœur de bien des réflexions : « Je ne me suis jamais posé la question depuis quand je suis protestant, mais le protestantisme coule dans mes veines. » Ou encore ce témoignage : « Si j’ai eu le privilège de recevoir par filiation cette "identité protestante", ce que j’apprécie avant tout, c’est cette liberté de conscience. Pour moi, Dieu est inhérent à ma conscience. Dieu n’est pas à l’extérieur, il est à l’intérieur de moi, au plus profond de mon être. Tout au long de ma vie, j’ai façonné mon identité protestante grâce à tout ce que l’Eglise m’apporte : les sermons, les études bibliques, les lectures d’Evangile et liberté, etc., et cette ouverture aux autres et aussi à ceux qui ne pensent pas comme moi. C’est toujours une grande richesse de partager. »

Et voici posée la question du partage et de la transmission. « Oui, il y a une identité protestante, par hérédité des caractères et par l’éducation. Mais se poursuit-elle ? », demande un répondant. A quoi une contribution apporte comme une jolie réponse: « On apprend aux tout-petits à lire et à écrire dès le plus jeune âge. Pour moi le protestantisme est comme l’alphabétisation, indispensable à l’épanouissement personnel, à la confiance en soi, à l’apprentissage du rapport à l’autre, à une "lecture" éthique du monde. Mon identité protestante me pousse à cultiver et transmettre la culture protestante au sein de ma famille, y compris aux plus jeunes. »

Le foisonnement et la richesse des réponses reçues sont forcément bien imparfaitement restitués ici, mais prouvent aussi, espérons-le, que ce questionnaire méritait d’être proposé. Il n’est après tout que l’illustration de ce que disait Paul Ricœur en évoquant le fait d’être protestant par « un hasard transformé en destin par un choix continu ». Un choix et des questionnements remarquablement exprimés par les paroissiens.

« Un héritage compris non comme un savoir, un capital,
mais comme une démarche, une volonté, un choix libre. »

Le chandelier des Réformateurs, Pays-Bas, XVIIe siècle

A travers les professions de foi,
par André Ducros et Rose-Mariee Boulanger

En cette fin d’année, dans le cadre de ce numéro consacré à l’identité protestante, il nous est apparu intéressant de faire une analyse sur la démarche d’adultes demandant le baptême ou à faire une profession de Foi devant l’assemblée.

Nous avons relu quelques professions de foi faites au cours de cette année par des personnes qui ont préparé d’abord dans le secret et le silence de la méditation et de la prière, puis en lien avec un pasteur, cette démarche très personnelle. Nous avons tenté de décrire leurs motivations, leurs recherches, leurs désirs. Pourquoi avoir choisi l’Oratoire ? Pourquoi ont-ils fait le choix de devenir protestants ?

Ces baptêmes ou professions de foi exprimées devant l’assemblée, sont devenus réguliers le dimanche. Elles sont, la plupart du temps, suivies d’un résumé du cheminement spirituel et personnel du nouveau paroissien. Ainsi nous découvrons avec une certaine émotion des parcours de vie parfois chaotiques ou surprenants.

Démarches personnelles

Le trait commun à ces démarches très personnelles semble être vécu comme un aboutissement et comme une libération, voire une résurrection à soi-même et au monde. Mais ce n’est qu’une étape. Tous cherchent Dieu. Tous disent que leur vie a été transformée par ce parcours. Ils étaient athées, agnostiques, ou souvent catholiques, cependant ils étaient en recherche d’une autre expression de leur spiritualité.

Ces démarches nous démontrent combien les hommes ont besoin de recherches spirituelles afin de donner un sens à leur vie et aux choses de la vie, et de croire en Dieu. Cela constitue un chemin dur, semé de doutes et d’interrogations. Ainsi nous pouvons lire dans une profession : « Epargne-moi le doute ». Pourquoi chercher à éviter le doute ? Pour nous, il est inséparable de la foi et fait partie du cheminement de chaque chrétien. Ne pas douter, c’est sans doute avoir « la foi du charbonnier » ce qui pour nous protestants, ne correspond pas à notre approche de la Bible, ni à l’interprétation des textes bibliques que nous en faisons, comme cela a été plus brillamment développé il y a peu dans une revue théologique amie.

Protestantisme et liberté

Ce qui nous a frappé c’est que dans ces professions de foi, le mot de liberté revient régulièrement. Etre protestant, c’est reconnaitre une liberté de penser, de lire librement la Bible et d’essayer de chercher, par nous-mêmes, le sens des textes par notre réflexion personnelle, tout en prenant la distance nécessaire pour éviter le littéralisme. Libre aussi de douter, libre de ne pas être d’accord avec tout ce qui est prêché un dimanche par le pasteur, libre d’interpeller Dieu comme on le veut ou comme on le peut. Protestantisme et liberté sont indissociables. Cela nous aide à dépoussiérer ainsi les textes et les interprétations qui ont pu en être données pendant des générations en les considérant par rapport à notre époque, et à nos problèmes.

Il est vrai que répéter sans cesse les mêmes phrases et interprétations des textes peut avoir quelque chose de rassurant et de confortable. Au fond « l’homme protestant » est un homme qui est en permanence en recherche et c’est cela, aujourd’hui, qui attire ces personnes. Comme nous, elles sont en questionnement sur le sens des choses de la vie et peuvent s’appuyer sur l’expérience des femmes et des hommes de la Bible, pour essayer d’avancer et de progresser en bénéficiant de ce qu’ils ont éprouvé avant nous, en bénéficiant de leurs intuitions fondamentales qu’ils ont vécues avant nous.

Comment sont-ils arrivés à l’Oratoire ? La recherche se fait la plupart du temps avec les outils du siècle, c’est-à-dire sur internet. Au « hasard » (mais existe-t-il ?) de leurs recherches, ils arrivent très vite sur le site de l’Oratoire, l’un des plus consultés sur le protestantisme. Après une consultation un peu approfondie, une présence discrète à plusieurs cultes, la démarche peut se transformer en un désir de mieux connaître le protestantisme et sur ce qu’il dit et porte aujourd’hui dans le monde. Les rencontres avec le pasteur en dernier lieu, grand merci à lui, complètent le désir d’approfondir la réflexion personnelle. La foi naissante commence alors son long travail, souterrain et silencieux, et se construit peu à peu.

Ils veulent trouver autre chose que ce qu’ils trouvent soit dans une vie laïque sans valeur spirituelle suffisante, soit parce que leur ancienne église, catholique bien souvent, ne leur offre plus la nourriture spirituelle et la liberté de réflexion qui leur permet de vivre en bonne correspondance et adéquation avec le monde d’aujourd’hui.

Par la participation à des réunions d’initiation puis d’approfondissement à la théologie protestante, (oui cela leur demande un réel effort), ils complètent leur connaissance du protestantisme. L’éveil ou l’approfondissement spirituel dissipe peu à peu le brouillard de leur vie et une autre image de Dieu et du chemin de vie que chacun de nous trace, apparaît et leur permet ainsi d’avancer à nouveau malgré les obstacles inévitables de la vie.

C’est une joie pour nous que toutes ces personnes choisissent notre Eglise protestante et en particulier notre communauté de l’Oratoire pour dire leur profession de foi et, nous l’espérons y demeurent, pour faire grandir leur foi avec nous, par un travail de réflexion personnel et collectif, basé sur l’échange, le partage, le doute, l’action collective et fraternelle.

Cela leur demande un effort très louable et nous leur en sommes reconnaissants, car nous vivons dans une société française marquée depuis des années par une laïcité très militante qui a tendance à cantonner le religieux au strict domaine privé.

Accueillir et entourer

Il nous appartient donc, à nous Conseil presbytéral et membre de la communauté fraternelle de l’Oratoire, de les accueillir au mieux et d’entourer ces personnes, qui nous font confiance et viennent dire un dimanche, qui n’est pas comme les autres pour eux et nous, devant toute l’assemblée, leur foi en Dieu, et Jésus le Christ en notre confession protestante.

L’Eglise ou Communauté est là comme une grande famille pour aider et soutenir celles et ceux qui en ont besoin, et qui veulent partager la lecture de la Bible, la prière et l’accueil fraternel. C’est ainsi que chacun de nous peut progresser individuellement grâce aux autres. Dans le fond, c’est le sens premier et essentiel de l’Eglise, et nous nous réjouissons que ces nouveaux baptisés aient choisi l’Oratoire, pour contribuer à la construction de l’Eglise universelle. Il semble que notre communauté, en particulier à l’Oratoire, soit reconnue pour afficher un grand respect de la liberté de penser de chacun, et de témoigner de sa foi tout en gardant une réelle ouverture vers le monde et l’extérieur. En fait, c’est toute la question de nos églises de trouver le bon équilibre entre accueil et partage de l’Esprit communautaire pour faire progresser notre foi et notre ouverture vers le monde.

Quand l’Eglise sait faire vivre sa dimension communautaire, elle devient un lieu prophétique et d’espérance et d’amour. Espérons-le pour notre paroisse de l’Oratoire.

André Ducros et Rose-Marie Boulanger

De l’appartenance,
par Anne-Catherine

Qu’est ce que l’identité? Un des sens donné par le dictionnaire Robert me semble adapté à notre sujet : « Caractère de ce qui est un, de ce qui semble identique à soi-même ».

En effet, nous changeons sans cesse tout au long de notre vie, et pourtant, pour avoir le sens d’«exister» pleinement, nous devons garder le sentiment que nous restons «un». Notre sentiment d’exister est entretenu par deux types de relations, affirme le psychanalyste et thérapeute familial Robert Neuburger, les relations interpersonnelles et les relations d’appartenance. Les relations interpersonnelles, (rapport privilégié entre deux êtres, positif ou négatif!) permettent les identifications.

Mais ces relations interpersonnelles doivent être contenues dans des cercles d’appartenance: ce sont nos relations avec les groupes d’appartenance importants pour nous qui nous confèrent notre identité. Le partage avec d’autres de valeurs, croyances, buts,… crée une communauté, marquée par une solidarité, une loyauté entre les membres du groupe. Ces groupes peuvent être notre couple, notre famille actuelle, notre famille d’origine, mais aussi nos cercles d’amis, notre groupe sportif, le groupe religieux auquel nous nous sentons appartenir. Nous entretenons ces appartenances, en en respectant les rites (la participation au culte, le port de la croix huguenote, le paiement de la cotisation…) et en gardant en tête les mythes, croyances dans les points communs au groupe (de deux sortes dans le cas de notre appartenance protestante : notre Credo, d’une part :«Je crois en Dieu, en Jésus-Christ», et toutes les qualités réelles ou supposées communes aux «protestants » : sérieux, austères…). Il est vrai que le protestantisme porte beaucoup plus d’attention aux croyances qu’aux rites ! Les rites soutiennent la force des mythes : la participation à la Sainte-Cène vient incarner le mythe de partage propre à tout groupe d’appartenance de type fraternel.

Contrairement à l’idéal fictif d’un individu «autonome», notre liberté ne découle pas de notre absence d’engagement dans des groupes, mais au contraire de la multiplicité de nos engagements dans des groupes d’essences différentes. Notre appartenance protestante vient donc enrichir et renforcer notre identité. Contrairement à une appartenance sectaire, nous gardons notre liberté d’appartenir au protestantisme (en en respectant rites et mythes), d’en quitter le groupe, les relations interpersonnelles entre les membres du groupe des protestants restent totalement libres (aucun gourou ne les interdit, impose ou contrôle, nous ne sommes nullement obligés d’aimer chaque protestant !).

Pour ma part, je suis imprégnée par les textes bibliques («Tout protestant est pape, une Bible à la main»). Je me souviens que le protestantisme a été un des premiers modèles de démocratie en Europe, que sa pratique a encouragé l’alphabétisation des hommes et des femmes dès le XVI° siècle, qu’il a mis les femmes sur un pied d’égalité avec les hommes. Ce mélange de respect, de fidélité, mêlés à la recherche et la critique («Protester», «Résister») me paraît très fort.