Sommaire du N° 803

Éditorial

  • « Efforçons-nous de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix. » (Ephésiens 4:3) par Marc Pernot

Dossier : La liberté d'expression

  • Libérer la parole créatrice, par James Woody
  • Sébastien Castellion, Le chantre et l’apôtre de la liberté d’expression, par Pasteur Philippe Vassaux
  • Peut-on tout dire dans une prédication ?, par Laurent Gagnebin
  • La conquête de l’intime, par Anne-Catherine Pernot-Masson
  • Rire sanitaire, rire salutaire, par Patrice Rolin
  • Liberté et Catéchèse, par Raphaël Picon
  • Prière : Le Souffle de ta parole

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Aide et Entraide

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Dossier du mois
La liberté d'expression

Libérer la parole créatrice

Peut-on tout dire ? Faut-il tout dire ? Faut-il valoriser à tout prix la liberté d’expression comme un droit fondamental auquel il ne faudrait rien céder ?

La liberté d’expression est semblable à ces roses plantées devant les rangées de vigne. Les insectes nuisibles attaquent ces roses avant la vigne. Cela permet à l’agriculteur d’être averti à temps de la menace qui pèse. Il peut donc réagir à temps pour sauver la récolte.

Ainsi la liberté d’expression, lorsqu’elle est attaquée, lorsqu’elle est remise en cause, révèle les menaces qui pèsent sur nous, sur d’autres aspects de notre personnalité, sur l’ensemble de notre liberté. Interdisons les caricatures et la prochaine victime sera le droit à la critique. Interdisons le droit de réponse et la pensée unique remplacera l’art du débat. Interdisons l’humour et nous n’aurons plus de défense contre la force, l’absurde et la fatalité.

Pour autant, la totale liberté d’expression n’est pas sans risque non plus. Etre libre d’exprimer sa haine de l’autre, c’est avoir la possibilité de provoquer des blessures profondes. Mais sommes-nous vraiment libres de pouvoir bénir si nous ne sommes pas libres de maudire ?

Cela indique que les croyants sont pris entre l'impératif de prendre la parole pour prolonger la dynamique créatrice rapportée dès Genèse 1 et l'impératif de ne blesser personne, ce qui serait déjà une manière de l'assassiner, selon le propos de Jésus rapporté en Matthieu 5/22, qui pose qu'insulter quelqu'un relève de la prescription sur le meurtre. Il y a d'un côté la nécessité de parler, car ce qu'on croit vient de ce qu'on entend (Romains 10/17). Il faut donc prendre la parole pour susciter la foi, pour susciter l'adhésion à la vie. Il y a de l'autre côté la nécessaire vigilance pour que la parole ne soit pas au service des forces de déshumanisation.

La liberté d'expression a donc une perspective, une visée qui la caractérise : participer à la création de ce monde et faire en sorte que l'humanité s'épanouisse. La parole doit être libre pour attirer chacun vers un plus grand accomplissement de ses capacités, comme elle doit être libre de dénoncer les idoles, les freins à la pleine réalisation de soi. Mais toute parole n'est pas bonne à dire. D'ailleurs, l'apôtre Jacques rappelait que la langue est un petit objet qui, comme les gouvernails qui dirigent les grands bateaux, peut se vanter de grands effets - pas toujours heureux (Jacques 3/1-12). De la langue peut sortir une bénédiction ou une malédiction. La liberté d'expression est donc, avant tout, une responsabilité personnelle qui consiste à éprouver ce qu'il est juste et bon de dire.

A cette responsabilité s'ajoute celle de ne pas réprimer la parole qui appelle à la vie. Dans la perspective chrétienne, si les disciples de la vie venaient à se taire, il serait alors compréhensible que les pierres se mettent à crier (Luc 19/40). En son temps, le philosophe Michel Foucault (1926-1984) avait mis en évidence que réduire au silence, c’est rendre dangereux (Histoire de la sexualité I). Voilà pourquoi Jésus a pratiqué des exorcismes qui consistent à rendre la parole à ceux à qui elle a été confisqué. Rendre la parole, c’est rendre l’identité à des sans-voix qui n’ont plus de vie dès lors que d’autres s’expriment à leur place. Cela nous rappelle que la liberté d'expression s'use plus rapidement lorsque nous ne nous en servons pas.

A travers ce dossier, nous verrons différents domaines où la liberté d’expression est en jeu. A chacun, ensuite, de faire valoir les paroles qui suscitent la vie et rendent le monde infiniment meilleur.

James Woody

Sébastien Castellion,
Le chantre et l’apôtre de la liberté d’expression

Il faut le chant harmonieux d’un rossignol pour annoncer dans la forêt le jour qui vient. Castellion a été cette voix, qui en un siècle où la tolérance n’existait pas, s’est levé le tout premier sans doute pour présenter l’hérétique « comme l’homme pensant autrement que nous sur la religion. » La saine doctrine est celle qui rend les hommes sains. Dans ses « Conseils à la France désolée » (1562), il termine ainsi : « Cesse, ô France, de forcer les consciences et permets qu’en ton pays, il soit loisible à ceux qui croient en Christ de le servir selon la foi, non d’autrui, mais la leur. » Hélas ! il y a une limite à la tolérance, même chez les meilleurs. Comme la Loi de Dieu a été gravée dans nos cœurs (Jérémie 31, 33), la refuser n’est pas une hérésie, mais un blasphème. Le magistrat doit punir les blasphémateurs, non à cause de leur religion, mais de leur irréligion.

L’autre limitation de la tolérance, selon Castellion, est l’apostasie. Quand on devient chrétien, on est tenu de le rester. Avec Castellion le châtiment suprême pour cause de religion est le bannissement qu’il oppose à la peine de mort qu’il refuse absolument. Chacun de nous ne peut que réfléchir, en son âme et conscience, à la limite qu’il met consciemment ou non à la liberté d’expression, que ce soit pour des raisons sociopolitiques, philosophiques ou théologiques.

Il faut attendre Pierre Bayle (1697-1706) pour que soit revendiqué et reconnu le droit à l’erreur. Avec le siècle des Lumières la nécessité de la liberté religieuse est enfin affirmée. Le pasteur Jean-Paul Rabaut Saint Etienne (1743-1793) prononce à l’Assemblée Constituante des paroles décisives : « ce n’est pas la tolérance que je réclame, c’est la liberté… Différence d’opinion n’est pas un crime… Je demande qu’il soit proscrit à son tour ce mot injuste qui ne nous présente que comme des coupables auxquels on pardonne. »

Penseur libre et libre croyant, Castellion a sauvé l’honneur de la Réforme. On l’a appelé la chandelle de Savoie. Face aux bûchers de toutes les inquisitions, face à l’attitude de Calvin dans l’affaire Michel Servet, face à toutes les excommunications et à toutes les exclusions, il a été une petite lumière, mais une flamme vive et pure, la flamme de l’esprit qui brûle éternellement dans le sanctuaire intérieur qu’est la conscience. Il faudrait inscrire au fronton de tous nos édifices religieux ou laïques la célèbre phrase de Castellion qui résume tout : « tuer un homme n’est pas tuer une idée, c’est tuer un homme. »

Pasteur Philippe Vassaux

Peut-on tout dire dans une prédication ?

Évidemment non. La prédication n’est pas une conférence. Elle commence par « Chers frères et sœurs » et non par « Mesdames et Messieurs » ; elle est conclue par « Amen » et non par un « J’ai dit ». Les auditeurs, contrairement à ceux d’une conférence, ne peuvent pas prendre la parole. On ne saurait par conséquent se permettre de « tout dire » en profitant du fait que personne ne pourra nous répondre.

Cela dit, je ne pense pas qu’il faille suivre Wilfred Monod, pasteur à l’Oratoire (1907-1938) et professeur de théologie pratique (1909-1937), enseignant à ses étudiants que le prédicateur est mandaté « pour exprimer la doctrine et la morale de l’Église ». De quelle Église parle-t-il ? Si les prophètes, Jésus, Paul et tant de Réformateurs avaient suivi ce conseil que resterait-il de leur véritable enseignement à bien des égards révolutionnaire et contraire à tant de conventions d’ordre éthique ou dogmatique des traditions religieuses ? Ce qui est vrai, c’est que le prédicateur est d’abord au service d’un Évangile bien plus audacieux, novateur, bousculant, que le message parfois si convenu, consensuel, craintif, voire réactionnaire des Églises. La recommandation de Wilfred Monod a ceci de vrai, c’est que le « je » du prédicateur est toujours aussi un « nous » qui engage plus que sa seule personne.

Il me semble qu’il y a 3 grands tabous pour la prédication chrétienne.

Premièrement, celui du sexe

Il est extrêmement difficile d’évoquer en chaire certaines questions sexuelles très intimes et personnelles, et de le faire avec suffisamment de délicatesse. Militer pour les moyens anti-conceptionnels et contre l’homophobie, militer pour la défense des femmes (sexe faible !) dévalorisées, voire opprimées, dans toutes les religions, c’est faire œuvre évangélique. Mais prononcer, dans le temple de l’Oratoire, une tirade caricaturale contre le mariage pour tous, comme je l’ai entendu faire par un prédicateur invité, a heurté aussi bien des partisans que des adversaires de ce mariage pour tous. La seule fois où, en chaire de l’Oratoire, j’ai consacré une prédication à thème à des questions sexuelles, j’avais organisé un débat, quelques jours après, dans la maison presbytérale invitant ainsi ceux qui le voulaient à réagir.

Deuxièmement, le tabou de la politique

On peut, bien sûr, évoquer le politique. C’est très différent. Montrer, par exemple, l’importance d’une démocratie, de la liberté de conscience et militer vigoureusement et sans faux- fuyants pour un christianisme social fondé sur les Écritures et luttant contre les racismes et la xénophobie, les injustices de notre société est une chose. Donner ou suggérer des consignes de vote pour tel ou tel parti en est une autre.

Troisièmement, le tabou de l’argent

C’est trop facile de condamner en chaire « les » riches ; on est toujours, d’ailleurs, le riche de quelqu’un. Le pasteur Roger Parmentier me disait n’avoir jamais entendu ou lu de prédications portant sur Jacques 5,1-4 avec la violence de ses invectives. Wilfred Monod, pourtant, a consacré à ce texte deux prédications exemplaires et très fortes : « Le Royaume » et « Thésauriser »*.

À ces trois tabous, je désire ajouter une réalité qui, dans l’histoire des Églises, n’est, hélas, de loin pas un tabou : le(s) péché(s). Je sais toute la place qu’occupe ce mot et cette notion dans la Bible. Mais ils charrient depuis des siècles une culpabilisation et une dévalorisation de l’être humain, une image terrible d’un Dieu humiliant et sadique qui juge, condamne, décourage et écrase, nous réduisant au néant de notre condition mortelle et pécheresse. Trop c’est trop. Cela éloigne à jamais de nos temples et de nos églises tant d’hommes de bonne volonté. Je n’ai, dans un ministère de prédication de plus de 50 ans, prêché qu’une seule fois sur le(s) péché(s). A-t-on remarqué que, dans les textes de la liturgie, mon favori pour la lecture de la Loi commence par « Heureux » et qu’aucun de mes confessions dites du/des péché(s) ne comporte ce mot que je ne prononce pas non plus dans mes prédications ?

Laurent Gagnebin

* Voir L. Gagnebin, « Le thème de l’argent dans la prédication de Wilfred Monod », Autres Temps, n° 28, p. 56-62.

La conquête de l’intime

Les humains, contrairement aux animaux, peuvent choisir de dire avec des mots, ou de taire. Dire ou taire leurs pensées, leurs sentiments, sensations, expériences passées et projets futurs. Bien sûr, leur corps peut parfois montrer ce qui ne peut ou ne veut se dire… mais c’est une autre histoire !

La parole vient au bébé quand il a renoncé à la fusion bienheureuse avec sa maman, et qu’elle aussi y a renoncé. Et très vite, ils découvrent tous deux qu’il peut taire, et mentir : autant elle était fière que son bébé commence à parler, autant elle est souvent effarée, voire effondrée que son enfant puisse choisir de lui cacher de son intimité psychique ! Puis, les deux parents s’habituent, comprenant que cet espace intime est vital pour le développement de leur enfant, pour qu’il puisse devenir un adulte responsable, comme eux.

Quand un individu dit « tout », il se perd, perd son individualité pour ne devenir qu’un « morceau » de sa famille, son couple, ou son groupe de pair… Mais quand un individu ne dit « rien », il reste dans une solitude terrible, et est rejeté par les groupes humains, qui interprètent ce silence comme du mépris, un refus de leur groupe.

Chaque individu, chaque famille, chaque groupe, chaque nation, se construit ainsi, sur un rapport entre ce qu’il dit et ce qu’il tait, qui le caractérise.

Quand je reçois un adolescent (voire un adulte, en général une femme) qui m’affirme « moi, je dis tout à ma mère », je m’inquiète : quelle possibilité de constitution d’un couple a-t-il ? Il est des familles « enchevêtrées », où la fierté familiale est là : « Dans notre famille, on est transparent, on se dit tout ». Cette absence de filtre pose souvent un problème, les parents exposant aux enfants, ou devant les enfants toutes leurs angoisses, sans aucun filtre, sans aucune protection pour leurs psychismes en construction. Et les enfants ont bien peu d’espace de développement propre, poussés à reproduire exactement le mode d’être au monde de leurs parents, tout « jardin secret » étant considéré comme une trahison du groupe.

A l’inverse, il est des familles dans lesquelles la communication verbale est limitée aux questions d’organisation matérielle du quotidien, où il est considéré comme impudique d’exposer ses sentiments aux autres membres : quelle liberté, mais quelle solitude, qui confine à l’abandon ! Les parents expliquent en général que ce silence est indispensable pour protéger leurs enfants de secrets terribles. Mais les enfants perçoivent « en creux » le halo du secret, par l’absence de congruence entre le comportement non verbal du parent, et ses dénégations : « non, non, tout va bien, je n’ai aucun souci ! »

Telle est «…la différence entre un secret comme il y en a dans toutes les familles, secret qui unit, sert le narcissisme du groupe, et pourrait éventuellement être révélé sans dommages, et les secrets qui ne peuvent être révélés sans mettre en danger le groupe, comme il s’en développe au sein des groupes fermés et qui concernent des pratiques socialement réprouvées. » (R. Neuburger, Les territoires de l’intime, Ed O.Jacob, 2000).

Au niveau supérieur, par un raisonnement fractal, se retrouve la même opposition : il y a des familles perméables aux normes sociales, souvent des familles pauvres, monoparentales, différentes, qui se laissent « bricoler » par tous les intervenants psy et sociaux, comme dans la fable de La Fontaine « Le meunier, son fils, et l’âne », et y perdent leur âme. De même pour des états en difficultés financières, auxquels le FMI impose ses « solutions », plus ou moins heureuses. Et il est des familles « forteresses », telles les sectes, ou les dictatures les plus fermées, dans lesquelles la clôture, la désinformation et la terreur permettent tous les abus.

Nos démocraties tentent de maintenir cet équilibre, avec l’idée qu’il est du ressort de l’Etat de protéger le droit à l’intimité de chacun et de chaque famille, tout en imposant le respect de la Loi, qui permet la cohésion du peuple.

Anne-Catherine Pernot-Masson
pédopsychiatre

Rire sanitaire, rire salutaire

Organisée par L'Atelier protestant, en collaboration avec l'Institut protestant de théologie, l'exposition Traits d'Esprit, des images pour ne pas se prosterner, présentant des caricatures ayant une dimension théologique ou religieuse à la Faculté protestante de théologie de Paris, a reçu plus de 2000 visiteurs en mars dernier. Beaucoup étaient étrangers au milieu protestant parisien, passants du quartier, personnels des institutions environnantes, d'autres venaient de plus loin à cause d'une annonce dans un média ou sur la foi du récit d'un visiteur ravi. L'exposition circulera cette année dans une quinzaine de lieux en France et commence à être réservée pour 2016.

Cette exposition était préparée depuis plus d'un an, mais les événements tragiques du début 2015 lui ont évidemment donné d'autant plus de pertinence. Une si violente et dramatique attaque contre la liberté d'expression a laissé des traces qui étaient encore très vives lors de l'inauguration début mars, à peine deux mois après ces événements et leurs répliques en Europe et dans le monde.

Les visiteurs de l'exposition se sont beaucoup exprimés dans le livre d'or mis à leur disposition : quarante grandes pages ont été remplies de commentaires et parfois de dessins. Tentons une première analyse non-exhaustive de ces témoignages recueillis “à chaud”.

Au-delà des nombreux remerciements et félicitations habituels, un premier groupe de commentaires domine : «Ça fait du bien de rire !», «Ça soulage», «Des croyants qui ont de l'humour, c'est rassurant», «Ah ! Si l'humour pouvait gouverner le monde»…

Ces commentaires témoignent du fait que l'exposition a été ressentie comme un havre de légèreté dans une atmosphère lourde, comme la possibilité d'un positionnement qui ne soit ni passionnel ni anxieux ni agressif. Bref, l'humour n'était pas mort, même sur des sujets religieux. Il était encore possible de rire des religions sans se mettre en danger !

Une autre catégorie de commentaires témoigne de l'étonnement positif de ce qu'une telle manifestation soit organisée au sein d'une institution théologique : «Quel humour de la part d'une faculté, d'une religion !»…

C'est sans doute qu'ayant une représentation ou l'expérience d'attitudes religieuses peu ouvertes au rire et à l'autodérision, les visiteurs ne s'attendaient pas à cela. Certains ont même écrit : «Je m'attendais à ne pas rire… c'est râté !». Et le fait que ce soit le protestantisme, réputé triste et austère –comme chacun sait…– qui propose cette expérience renforçait la surprise, bien que plusieurs visiteurs aient écrit : «Il n'y a que les protestants qui pouvaient faire ça !» ; témoin de la reconnaissance que le protestantisme a –en principe– une position singulière et radicale vis-à-vis du sacré, qu'il rejette. Seul Dieu est saint, comme l'est son image dans chaque personne, mais les représentations qu'on s'en fait –qu'elles soient graphiques ou théologiques– ne le sont pas.

Dans le troisième groupe –mais il y en a encore d'autres qui n'ont pu être retenus ici– certains commentaires se livraient à une analyse de la fonction de l'humour en matière de religion et de théologie : «Ça décape», «Ça creuse en profondeur, libérer, c'est aussi évangéliser», «Et si l'humour était une forme d'évangélisation ?»…

Ces commentaires témoignent de l'expérience et de la conviction qu'une prise de distance, parfois impertinente, vis-à-vis de ses affirmations théologiques, de ses pratiques religieuses, de ses rapports aux textes fondateurs… était à la fois sanitaire et salutaire pour le croyant. Ce pas de côté que permet l'humour n'est pas optionnel ou simplement ludique, il est essentiel à la démarche de foi et participe de la libération évangélique –en tout cas en régime protestant.

Ne serait-ce que pour ces diverses raisons exprimées par nombre de visiteurs de l'exposition, n'arrêtons surtout pas de caricaturer les religions, leurs dérives et leurs excès, à commencer par les nôtres !

Patrice Rolin,
animateur de L'Atelier protestant

Les dessins qui illustrent ce dossier sont issus de l'exposition Traits d'Esprit. Cette exposition sera cet été au Musée du protestantisme de Lemé (du 22 juin au 5 juillet), au Temple de Lassalle (du 31 juillet au 15 août), et à la rentrée à Angers (au temple du 14 au 20 septembre puis à l'Université catholique du 22 septembre au 3 octobre).

Liberté et Catéchèse

Ralph Waldo Emerson (1803-1882) est un penseur américain qui, après avoir été pasteur à Boston, mènera une carrière de conférencier. On lui doit de nombreux écrits qui ont fondé cette passion américaine qu’est la liberté.

Emerson regrette que les enfants du catéchisme subissent un enseignement qui les prive d’être eux-mêmes en les fermant à l’action de Dieu. « Ne faites pas taire les jeunes enfants en les conduisant contre leur gré sur le banc des églises, en les forçant à poser des questions pendant une heure contre leur volonté. (Spiritual Laws. W, II, p. 153) » Le propos résonne ici en écho à ce fameux passage de l’Emile de Rousseau : « Quand vous leur expliquez des articles de foi, que ce soit en forme d’instruction directe, et non par demandes et par réponses. Elles [les jeunes filles] ne doivent jamais répondre que ce qu’elles pensent et non ce qu’on leur a dicté. Toutes les réponses du catéchisme sont à contresens, c’est l’écolier qui instruit le maître ; elles sont même des mensonges dans la bouche des enfants, puisqu’ils expliquent ce qu’ils n’entendent point, et qu’ils affirment ce qu’ils sont hors d’état de croire. Parmi les hommes les plus intelligents qu’on me montre ceux qui ne mentent pas en disant leur catéchisme. (Emile V) »

Emerson prêche une liberté à retrouver en « corrigeant une nouvelle fois l’énergie du peuple ». Il s’agit toujours d’affranchir la terre des libertés de cette Europe à l’intelligentsia aristocratique qui sous-estime la démocratie américaine. Réfractaire aux réformes qui ne seraient que sociales et collectives, il proclame une fois de plus que l’individu doit changer, renoncer à lui-même, à la recherche cupide de sa propre puissance pour se conquérir dans la liberté. Cette liberté individuelle est toujours face à l’esclavagisme, liberté de l’autre, car la jouissance d’un bien obtenu grâce à autrui est toujours pour Emerson un esclavage de plus.

Raphaël Picon

A lire son livre Emerson. Le sublime ordinaire. Paris, CNRS Editions, 2015.

Prière : Le Souffle de ta parole

Seigneur, donne-nous le Souffle de ta Parole,
ton Esprit d’Amour,
pour qu’il vienne prendre demeure en nous
et ainsi transformer notre vie.

Seigneur, donne-nous le Feu brûlant de ta Parole,
ton Esprit de Vérité,
pour qu’il vienne en nos cœurs nous donner
force et courage d’être,
force et courage de témoigner de toi dans nos vies.

Seigneur, donne-nous par ta Parole l’Esprit de Liberté,
ce Souffle de vie qui réveille les hommes et les invite à te suivre.

Amen