Sommaire du N° 793

Éditorial

  • Aimez vos ennemis... , par Marc pernot

Dossier : Noël, le sens d’une fête

  • Ressusciter Noël, par James Woody
  • C’est Noël, par Gilles Castelnau
  • Jésus, fils de Dieu, par Marc Pernot
  • L’adoration des mages de Breughel, par Jean-Marc Saint
  • La couleur bleue, par Herminie Nougaret
  • Vos témoignages de Noël, par des paroissiens

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Dossier du mois
Noël : le sens d’une fête

Ressusciter Noël

Noël est devenu une sorte de passage obligé en christianisme, de manière analogue à d’autres fêtes carillonnées qui émaillent notre calendrier. Certes, l’événement sous-jacent est de taille dans l’imaginaire chrétien : le divin cesse d’être une belle idée inaccessible pour s’incarner dans notre propre histoire. Toutefois, Noël en tant qu’événement historique est loin d’être la partie de la vie de Jésus la mieux attestée. Deux évangiles sur les quatre retenus dans la Bible n’en font même pas mention, et Matthieu et Luc ont des versions différentes sinon divergentes. Pourtant, c’est cet épisode qui a connu le plus grand succès, au point de devenir une fête célébrée largement au-delà des cercles croyants. D’autres épisodes tout aussi importants (Jésus prêchant sur une colline de Galilée, Jésus nourrissant des foules, Jésus révélant que nous sommes capables de ne pas sombrer dans la mer de nos peurs…) n’ont pas connu un destin aussi heureux.

L’inflation qu’a connue Noël a provoqué une débauche de moyens pour marquer cet événement (célébrations, repas, cadeaux, décorations, contes, chants) et, dans le même temps, une exaspération croissante chez ceux qui constatent un écart grandissant entre le message de Noël et sa commémoration, entre l’esprit et la lettre. A cela s’ajoute la tristesse voire la profonde mélancolie de tous ceux qui n’ont pas la tête à se réjouir soit parce qu’ils sont seuls alors qu’une majorité parle de Noël comme d’une fête éminemment familiale, soit parce qu’ils sont blessés par la vie à bien des titres alors qu’une majorité voit en Noël matière à se réjouir. Le contraste est d’autant plus saisissant lorsqu’on se sent pauvre de relations humaines, pauvre de moyens matériels, pauvre d’espérance, pauvre de joie et de toutes ces belles choses dont Noël fait ses choux gras.

Mais c’est justement à tous ces déçus et ces laissés pour compte que Noël a quelque chose à dire. En effet, rappelons-nous que ce n’est pas pour les bien portants que Jésus est venu, mais pour les malades de la vie, ceux qui ont le cœur brisé, ceux qui ont une vie boiteuse, ceux qui ne voient pas plus loin que le malheur qui les accable. Noël, le véritable Noël, parle avant tout et essentiellement à ces personnes-là. C’est la raison pour laquelle il me semble juste et bon de s’imposer Noël, surtout quand le cœur n’y est pas. Il y a, dans ces pages de la Bible, un Evangile particulièrement pertinent lorsque nous sommes écœurés, lorsque notre isolement est à son comble, lorsque tout avenir semble disparu. Il me semble juste et bon de trouver en nous au moins une petite place pour accueillir le véritable Noël, laisser un peu de place à ce que le divin a encore à nous faire vivre, un peu de place pour ce que nous n’attendons plus, mais qui peut néanmoins advenir, là, maintenant, justement parce que Noël nous apprend que nous ne maîtrisons pas ce qu’il y a d’essentiel dans la vie. Même les excès de la fête populaire peuvent nous mettre sur la voie de ce que Noël nous promet : une grâce surabondante. La débauche de Noël atteste que nous sommes capables d’une économie où le don l’emporte sur le donnant-donnant, où la beauté l’emporte sur la banalité. Derrière les clichés marchands de cette fête, un désir de vie et de joie se manifeste. Les stéréotypes ressortis une année de plus renvoient à une prière implicite, celle de notre désir d’un autre ordre du monde.

Noël, réalité contemporaine parfois horrible à première vue, a donc quelque chose de très ancien et de profondément actuel à nous offrir, qui peut se résumer dans cette formule que Wilfred Monod avait écrite sur les murs du centre social La Clairière : « croire quand même, espérer quand même, aimer quand même. »

James Woody

C’est Noël

Au moment où la nuit est si longue, où le froid nous transperce, où la fatigue de la vie nous pèse, on sent bien la soif qui est la nôtre d'un peu plus de fraternité et de compréhension.

Depuis toujours les hommes, à cette époque de l'année, célèbrent la lumière qui perce encore et malgré tout l'obscurité du monde, en signe de l'humanité que nous ressentons tous, réelle au fond de nos coeurs.

Du temps des Romains on célébrait les Saturnales. À la date qui correspond aujourd'hui au 17 décembre, pendant une semaine, on se répandait dans les rues avec des lumières et on échangeait des cadeaux. On traitait mieux les esclaves et on faisait même semblant de les servir.

On fêtait aussi le Dieu Mithra. C'était un Dieu sauveur qui donnait vie et prospérité, victoire sur le mal. Il avait tué le Taureau dont le « sang éternel » faisait vivre les êtres. Il conduisait le char du soleil et l'on attendait qu'à la fin des temps il paraisse et embrase le monde: le 25 décembre était le jour du « Soleil invaincu ».

Les chrétiens ont aimé ces fêtes, comme nous aujourd'hui. Ils ont pensé tout naturellement que c'était la fête de Jésus-Christ. Qui mieux que lui suscite la tendresse dans nos coeurs ? Qui, plus que lui, met dans nos yeux le regard de la fraternité humaine ? Qui, mieux que lui, renouvelle l'élan vital que Dieu fait monter en nous ? Qui est capable de mieux nous redonner courage pour affronter la vie ? C'est lui, ont dit les premiers chrétiens, qui fait le mieux penser à cette lumière dont nous avons tant besoin en cette période de fatigue.

Il est plus humain que Mithra et moins sauvage aussi, son esprit va plus profond finalement que celui des Saturnales.

Les fêtes de fin d'année sont à tous, chrétiens, juifs, musulmans, agnostiques, athées, justes, injustes, croyants, mécréants, car Dieu est le Père de tous les hommes et il se rit de nos distinctions. C'est Noël dans le coeur de tous ceux qu'on invite pour un bonheur normal. C'est Noël quand le pauvre oublie tous les outrages et ne sent plus la faim. C'est Noël quand enfin se lève l'espérance d'un amour plus réel. C'est Noël quand soudain se taisent les mensonges faisant place au bonheur et qu'au fond de nos vies, la souffrance qui ronge trouve un peu de douceur.

Gilles Castelnau

Jésus, fils de Dieu

Parmi les récits des commencements du Christ dans l'humanité, il y a plusieurs approches différentes.

L'Évangile selon Jean aborde la venue du Christ de façon théologique, Christ est la Parole éternelle de Dieu faite chair.

L'Évangile selon Marc commence par le baptême de Jésus, avec l'Esprit qui descend et la voix de Dieu qui nomme Jésus son Fils bien-aimé.

Les Évangiles selon Matthieu et Luc commencent leur récit avec la conception miraculeuse de Jésus et sa naissance. Ces deux livres sont donc assez proches sur ce point, mais il y a pourtant une différence essentielle entre les deux.

Dans le texte de Matthieu, c'est Joseph qui est le personnage principal, c'est lui qui est en contact avec Dieu dans les moments décisifs, alors que dans le texte de Luc, c'est Marie qui a le premier rôle. C'est grâce à elle, grâce à son humilité devant Dieu et sa confiance en lui, que Jésus sera conçu.

Qu’est ce que ces commencements nous disent du salut qui vient en Christ ?

Une vie à recevoir

L’Évangile selon Luc est le plus connu, donnant la trame de la plupart des histoires de Noël. Luc nous propose de nous identifier à Marie, la mère de Jésus, et comme elle, de laisser féconder notre existence par Dieu. Luc nous propose de participer à la conception du Christ en nous, qui est alors à la fois l'enfant de Dieu et notre enfant, à la fois fils de Dieu et fils de l'homme. Et oui, c’est un miracle, c’est à dire quelque chose qui dépasse les simples lois de ce monde, il y a là une dimension supplémentaire qui advient dans notre être et dans notre histoire, celle d’un souffle venu de Dieu.

Cette idée est encore complétée par celle du bébé Jésus déposé dans la mangeoire d’une étable, à Bethléhem (nom qui signifie la maison du pain). Ce salut qui nous est ainsi donné en Christ est comme un pain de vie qui nous est donné pour nourrir l’animal que nous sommes et nous donner la vie. Le Christ ne nous sauve donc pas en achetant le pardon de Dieu, il ne s’agit pas non plus pour nous de « revêtir Christ » ou de devenir extérieurement semblable à lui, mais plutôt de le manger, c’est à dire de l’assimiler, de le faire nôtre, de digérer ses paroles et sa façon d’être, sa foi et son espérance pour nourrir notre propre foi, notre propre espérance et notre façon d’aimer.

Une vie à reconnaître et à aimer

L’Évangile selon Matthieu est donc assez proche du récit de Luc par la dimension surnaturelle du salut qui nous est donné en Christ. Mais Matthieu nous propose, lui, de nous identifier plutôt à Joseph et d'adopter Jésus. Contrairement à Marie, Joseph n'est pour rien dans la conception de Jésus, c'est indépendant de sa volonté. Au début de l'Évangile selon Matthieu, Jésus est déjà conçu, la question n'est alors pas de faire naître la vie spirituelle en nous mais plutôt de reconnaître qu'elle existe déjà, de l'adopter, puis de protéger cet enfant de la fureur de ce monde, comme Joseph protège Marie et Jésus d'Hérode.

En offrant à la fois les deux témoignages de Luc et de Matthieu, la première Église chrétienne a fait preuve d'une sagesse pleine de respect, d'intelligence et de foi. Car nous sommes tous concernés par ces deux prédications. Il y a déjà en chacun de nous du Christ qui est déjà là et du Christ qui est encore à concevoir. Peut-être, juste, est-il préférable de commencer avec Matthieu en reconnaissant ce début de Christ en nous, et ensuite, fort de cette foi déjà naissante, nous aurons la force, à l’image de Marie, de dire oui à Dieu, et être de plus en plus porteur de vie, avec lui et grâce à lui.

D’ailleurs, l’Évangile selon Luc se poursuit paradoxalement par un autre engendrement de Jésus comme fils de Dieu, et enfin par une troisième façon dont Jésus est fils de Dieu !

Un amour qui nous aime tel que nous sommes

Jésus fut baptisé; et, pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit, et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles : « Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j’ai mis toute mon affection », ou « Tu es mon fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui » (Luc 3:21-22).

Selon les manuscrits, la parole que dit Dieu diffère ainsi, mais les deux versions sont intéressantes.

La première nous dit que Jésus, et nous à sa suite, est fils de Dieu par l’amour que Dieu a pour nous, sa tendresse qui fait que Dieu nous adopte, nous regarde et nous aime comme son enfant aimé plus que tout. C’est par la foi que l’on prend conscience de cette réalité. Cette notion est proche de ce dont témoihne l’Evangile selon Marc.

La seconde version de la parole entendu au baptême de Jésus nous dit que Dieu nous engendre, nous crée comme du même genre que lui, de la même espèce. Ce que nos traductions françaises appellent maladroitement l’Esprit est dans la Bible le souffle de Dieu, sa façon de se rendre présent à ce monde pour l’embellir et le vivifier. Ce souffle nous donne la vie comme de l’oxygène à quelqu’un qui étouffe, quand nous l’inspirons, tout notre être, apportant de l’oxygène à nos orteils, à notre cœur et à notre cerveau. Ce souffle sort de la bouche de Dieu, il est comme une parole qui nous dit notre dignité, qui nous dit une confiance. Cette parole est entendue par la foi, cette parole peut nous rendre meilleur, nous engendrer comme capable d’un peu plus de foi, d’espérance et d’amour, à l’image de Dieu.

Cette seconde façon dont Jésus est fils de Dieu, par la grâce et la foi, est proche de ce dont témoigne l’Évangile selon Jean.

Et enfin, Luc nous indique une troisième façon dont Jésus est fils de Dieu, dans une longue généalogie dont voici le début et la fin :

« Jésus avait environ trente ans lorsqu’il commença son ministère, étant, comme on le croyait, fils de Joseph, fils d’Héli…fils de Seth, fils d’Adam, fils de Dieu. » (Luc 3:23-38).

Lui, Jésus, comme nous, sommes enfants de notre histoire, nous sommes enfants de la terre, mais dans cette dimension-même nous sommes également enfants de Dieu. Cette généalogie de Jésus est faite de personnages de chair et de sang, avec leurs qualités, leurs faiblesses et leurs fautes. Ce n’est pas seulement dans notre dimension spirituelle ou en vue de cette seule dimension spirituelle que nous sommes bénis par Dieu, aimés par Dieu. Notre être tout entier, dans toutes ses dimensions, notre vie tout entière, dans ses plus hautes facultés comme dans ses dimensions les plus triviales est faite pour être bénie par Dieu.

Car, comme le dit Jean dans son Évangile, en Christ, nous voyons que la Parole éternelle s’est faite chair, qu’elle a habité parmi nous, en nous, pleine de grâce et de vérité, pleine de tendresse et de fidélité. Elle donne un pouvoir extraordinaire à toute personne, celui de devenir, par la foi, l’enfant que Dieu a déjà reconnu en nous par son amour.

Marc Pernot

L’adoration des mages de Breughel

À Dolaur Liberté Crozon Cazin

Que de monde devant la crèche et ce n’est pas du beau monde, bien qu’on y voit trois « rois ». L’ « adoration des mages » est bien différente des peintures italianisantes du même sujet où des rois élégants s’inclinent dévotement dans un décor de rêve devant l’enfant Jésus en compagnie de nobles dames et de beaux chevaliers.

Pieter Breughel l’Ancien, dit Breughel le drôle, installe à l’opposé la scène dans un village et l’inscrit dans un cadre vertical impropre à l’ornementation d’un autel. Deux personnages comiques, l’un en robe rouge à crevées, l’autre en manteau brodé d’or à col et manchettes d’hermine, se présentent avec leurs dons devant Marie et le divin enfant. Ils sont au centre d’un cercle de manants et de soldats curieux qui semblent avoir suivi des étrangers de passage pour les voir déballer leurs marchandises. À leurs vêtements et aux choses riches qu’ils apportent, on peut deviner qu’ils sont royaux, ils en ont les insignes, sans avoir toutefois la belle allure qui conviendrait à leur rang. Marie est une jeune fille toute simple. Le barbu corpulent à cheveux blancs qui se tient derrière elle, c’est Joseph. Ce dernier semble plus intéressé par ce qu’on lui glisse à l’oreille que par les trésors que les visiteurs offrent à leur bébé. A-t-il su gérer la fortune qu’il avait reçue, se demandait Albert Schweitzer enfant en voyant la sainte famille si pauvre. Auprès de l’époux de la Vierge, un hallebardier debout surveille la situation. Foule laborieuse, foule dangereuse, on ne sait jamais ce qui peut arriver !

Marie, la tête serrée dans un voile blanc se drape dans le bleu qu’elle portera à Lourdes le 11 février 1858 pour apparaître à Bernadette Soubirous. Elle tient avec sa main droite son enfant nu sur un lange immaculé et de sa main gauche ouverte en signe de bienvenue, elle semble dire aux rois : « oui, c’est lui ! » Le petit adoré semble terrorisé à la vue d’adorateurs aux visages hideux.

Exception à cette représentation comique de la scène d’adoration, on voit à droite du tableau un roi plus soigné de sa personne que les deux autres. C’est Gaspard. Il ceint son front d’un bandeau blanc et porte un manteau à capuche longue et des bottes rouges somptueuses. Il ne fait pas tache dans le tableau, bien qu’il soit le « black » de service ; au contraire, lui l’Africain, il élargit la scène à la terre entière et à la transcendance. Derrière lui se tiennent un ahuri nanti d’un gros nez de cirque et un bigleux à lunettes qui font apparaître par contraste son intelligence et sa dignité.

On voit que Breughel l’Ancien n’écarte pas de son œuvre les personnages aux mines patibulaires ou burlesques au motif qu’il peindrait un sujet religieux. Manifestement, il veut situer le thème traditionnel de l’adoration des mages dans le cadre prosaïque de la vie de ses contemporains. On savait rire dans les Flandres, même des choses de la religion. Bien sûr, Breughel ne fut ni calviniste ni calvinisant ; il fut mi catholique mi non catholique comme nombre d’intellectuels de son temps ; en Anvers il fréquenta les cercles de l’humanisme érasmien, où l’on se débarbouillait des vieilles idées en attendant les neuves.

L’« adoration des mages » exposée à la National Gallery de Londres date de 1564. L’« Avertissement très utile du grand profit qui reviendrait à la chrétienté s'il se faisait inventaire de tous les corps saints et reliques qui sont tant en Italie, qu'en France, Allemagne, Espagne et autres royaumes et pays. », (le Traité des reliques) de Jean Calvin date de 1543. Ce livre a eut le temps de circuler de tavernes en tavernes jusque dans les Flandres, comme aujourd’hui dans un avion la dernière chronique religieuse du journal satirique paraissant le mercredi. Les intellectuels rigolent sous cape de la décision des pères du Concile de Trente (achevé en 1563), qui confirma la légitimité du culte des reliques face aux attaques iconoclastes des protestants. On ne connaît pas les opinions religieuses de Pierre Breughel ; mais on peut supposer qu’avant Karl Barth il considéra la « religion » comme un obstacle entre Dieu et l’homme. Une idée très méconnue aujourd’hui.

Daniel Arasse a commenté l’Adoration des mages dans le livre pénétrant: « On n’y voit rien », où il oppose l’attitude de Balthazar, le roi myope à la tunique bordée d’hermine à celle de Gaspard son contraire, le noble roi noir vêtu de blanc. Le premier, quasiment à quatre pattes, regarde quelque chose qu’il veut observer de près. Le second, Melchior le roi à la paupière tombante, s’apprête à le relayer à son poste d’observation. Pour voir quoi ? Le pénis de Jésus, que le voile bleu de Marie cache aux admirateurs du tableau, non par pudeur, mais pour souligner ce que le peintre estime plus important que le commentaire du dogme du Concile de Chalcédoine. Oui, c’est entendu, c’est un garçon ! Il est vraiment « humain » et vraiment « divin » ! À l’opposé de Balthazar et de Melchior, qu’Arasse nous décrit comme « de vieux hippies avachis », Gaspard semble ailleurs, exactement comme le personnage barbu vêtu de noir, à demi caché par le bord gauche du tableau, dans lequel on a cru voir un autoportrait de l’artiste. L’un et l’autre n’ont ostensiblement aucun intérêt pour le culte des reliques dont Melchior et Balthazar, ridiculement, sont les derniers des derniers au jugement du peintre

Quel talent ! Breughel représente de façon paradoxale ce qui ne peut être représenté. Point n’est besoin de voir le sexe, ou l’un des deux prépuces recensés de Jésus, pour croire que Dieu est venu réconcilier le monde avec lui-même. Rien à voir ! « La foi vient de ce qu’on entend ». Heureux qui croit sans avoir vu !

Jean-Marc Saint

Expérience de la couleur bleue

Autour de la table, dans la salle éclairée,
les enfants colorent la feuille de papier mouillé,
par petites touches de bleu de Prusse ou cobalt......

Le silence.

La couleur fait son effet..

Le BLEU m'intériorise.

Dehors la nuit profonde enveloppe la campagne,
il fait froid, dans quelques jours c’est Noël.

 

Comment naît le bleu ?

Les enfants, regardez: entre l'extérieur sombre et l'intérieur éclairé, soudain.... le voile bleu apparaît
Dans cet entre deux: ténèbres/lumière, ciel/terre, réside ce souffle bleuté qui nous relie à l'essence divine.

Ainsi, la naissance du bleu: l'obscurité vue à travers la lumière. C'est aussi le manteau et le voile bleu de Marie qui apporte sur la terre la lumière du monde par Jésus-Christ, notre Sauveur.

Herminie Nougaret

Vos témoignages de Noël, par des paroissiens

Méditation

Christ,
Avant-garde, après-monde
Avant-garde.
Pardonner
Arrêter le mal à soi
Bloquer ses chances
Refuser son développement
Eteindre ses ardeurs
Tendre la joue gauche,
Avant-garde du pardon.
Accepter que le soleil se lève sur les bons comme sur les méchants,
Avant-garde du pardon.
Accepter que l’ouvrier de la 11ème heure soit payé comme l’ouvrier de la première heure,
Avant-garde du pardon, naissance de l’après-monde.
Ne pas vivre dans les roses et les lys,
Naissance de l’après-monde.
Porter le joug de la croix,
Naissance de l’après-monde.
Laver les pieds des disciples, naissance de l’après-monde.
Bénir la persécution,
Affirmation de l’après-monde.
Accueillir le larron au ciel sur la croix,
Bénédiction de la rédemption.
Etre la lumière du monde,
Avant-garde,
Dans la nuit, dans la crèche,
Sur la croix,
Au troisième jour.
Christ, avant-garde de notre monde.
Gloire à l’Homme, aimé de Dieu, qui a pu recevoir l’Espérance trinitaire,
Et l’écrire, la transmettre, nous la donner.
Christ, après-monde sur terre,
Fils, homme, enfant de la résurrection et de l’esprit.
Noël – enfantement de l’avant-garde,
Pâques – introduction dans l’après-monde.
Qu’il y ait beaucoup d’appelés et beaucoup d’élus, pour que la lumière enfin soit.
Heureux Noël,
Amen !

Marion Unal

Le rendez-vous de Bethléhem

Je chante, et je chanterai Noël, tous les jours ! (Sur les paroles de la chanson de Barbara) : Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous !

« Ce fut, un soir, en Décembre,
Vous étiez venus m'attendre, Ici même, vous en souvenez vous ?
A vous regarder sourire, A vous aimer, sans rien dire,
C'est là que j'ai compris, tout à coup,
J'avais fini mon voyage, Et j'ai posé mes bagages,
Vous étiez venus au rendez vous,
Qu'importe ce qu'on peut en dire, Je suis venue pour vous dire,
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous. »

Ce rendez-vous évoque, pour moi, l'histoire biblique de la « Bonne Nouvelle » Il y a l'annonce, le départ, la mise en route pour un long voyage, le rendez-vous des hommes avec Dieu, avec moi, la rencontre, la naissance, la reconnaissance.

Et c'est pour cela que cette fête de l'attente et du rendez-vous comblé peut se vivre avec émerveillement et gratitude, et douleur aussi, celle de ne pas pouvoir recevoir le cadeau, et d'être exclu du partage.

Et c'est pour cela que l'Esprit de Noël peut être au cœur du rendez-vous de tous les jours dans le partage avec « l'autre » ,celui que je choisis et que j'aime, et celui que je croise sur ma route .

Et c'est pour cela que, cette année encore, lorsque nous serons tous réunis en famille, venant des 4 coins de la terre pour fêter Noël, je le célébrerai, en pleine conscience d'être reliée au cœur de la vie, dans une communion spirituelle pleine de joie et de reconnaissance.

Françoise Majal

 

Noël

Pour moi Catholique et mon mari protestant Noël est et sera toujours une fête religieuse. C’est un moment de réflexion et de méditation. Par contre je ressens toujours un peu de tristesse car les êtres disparus que j’ai aimés me manquent intensément.

Dominique Denjean-Hassler

 

Jésus Christ, source de vie nouvelle

Jésus Christ est pour moi le Fils de Dieu, bien sûr, mais au plus profond de moi-même, c’est tout le contraire : Jésus-Christ, c’est le Fils qui me conduit au Père. « Les choses anciennes sont passées, voici, toutes choses sont devenues nouvelles. Et tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par Christ. » 2 Corinthiens 5 :17-18

Danielle Auby

 

L’incarnation de la parole

Cette parole unique, c’est ton Fils bien-aimé, lumière magnifique, chemin et vérité, eau vive et jaillissante, nourriture abondante pour resturer les siens.

Bernard Fauvel