Sommaire du N° 789

Éditorial

  • L'enfant de Dieu, par Marc Pernot

Dossier : Qui est "mon Jésus" ?

  • Introduction par James Woody
  • Réponses de Michel Leconte, Marion Unal, Gabrielle, Françoise Majal
  • Le message rayonnant de Noël, par Laurent Gagnebin
  • Dieu venu au milieu des humains, par Elisabeth Parmentier
  • Lettre de Jean-Jacques Rousseau
  • A qui irions nous d’autre ? par Marc Pernot
  • Le Jésus du présent, par Søren Kierkegaard

Calendrier des cultes

Agenda des activités

  • Soirées du mardi
  • Lecture biblique de l’après-midi
  • Lecture biblique en soirée
  • Initiation à la théologie
  • Approfondissement théologique
  • Lire la Bible en grec, hébreu
  • Repas mensuels
  • Éducation biblique
  • Groupe des lycéens
  • Groupe des étudiants & jeunes actifs
  • Le scoutisme à l’Oratoire
  • Choeur de l'Oratoire

Nouvelles de l’Oratoire

  • les concerts spirituels
  • A toi de jouer (formation d'organistes)
  • L’Oratoire du Louvre 1811-2011 - Deux siècles de protestantisme à Paris
  • Restauration de l’orgue de l’ Oratoire du Louvre
  • Point financier

Aide et Entraide

  • Topaza dans la tempête

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Dossier du mois
Qui est "mon Jésus" ?

Introduction

Mon Jésus

Y a-t-il «Jésus» en dehors de «Jésus»: est-il possible de découvrir, véritablement, qui était Jésus de Nazareth? Certes, les évangiles figurant dans la Bible et ceux qui n’y ont pas été retenus peuvent nous renseigner sur l’homme. Mais ils ne permettent d’approcher que l’homme tel qu’il a été perçu par ses proches et par les proches de ses proches. A ce propos, il est toujours utile de relire les tout premiers mots de l’Evangile selon Luc qui présente la méthode de travail de l’auteur: rassembler des témoignages. Il n’a pas été témoin oculaire; son écrit est donc un témoignage de seconde main.

Albert Schweitzer, qui a travaillé sur «vies de Jésus», a souligné à quel point retrouver le Jésus de l’Histoire, celui qui a foulé les plaines de Galilée et les ruelles de Jérusalem est une entreprise vouée à l’échec: nous manquons d’archives d’époque le concernant, de traces archéologiques qu’il aura laissé sur son passage. Etablir une biographie de Jésus ne sera jamais qu’une reconstitution en forme de roman, au sens d’une composition s’appuyant sur des faits vraisemblables, mais invérifiables. Il faut faire son deuil de Jésus de Nazareth qui, au demeurant, n’était peut-être même pas de Nazareth mais nazir, c’est-à-dire celui qui a fait vœu de naziréat selon les prescriptions de la Torah (Nombres 6).

Cela ne rend pas vaine, pour autant, les recherches autour de Jésus. Celles-ci ont permis de mieux connaitre le judaïsme de l’époque, le contexte politique et l’environnement dans lequel les premières communautés chrétiennes ont vu le jour. Toutefois, au bout de la recherche de l’historien, de l’exégète, du passionné, on ne trouvera même pas la dépouille de l’homme Jésus. On trouvera ce qui intéressera bien plus les chrétiens, notamment: le Jésus qui a bouleversé et bouleverse encore des millions de personnes. A défaut de rejoindre le Jésus de l’histoire, fréquenter le Jésus des évangiles permet de révéler le Jésus de la foi, c’est-à-dire le Jésus qui parle à ma foi, qui la ressuscite, qui l’informe, qui lui donne forme et vitalité.

«Jésus», c’est celui que «» découvre à travers les témoignages de ceux qui sont partis à sa recherche et qui, le plus souvent, se sont faits rejoindre là où ils ne s’y attendaient pas, à la manière des disciples en route vers Emmaüs qui sont rejoints par le ressuscité qu’ils ne reconnaîtront qu’après qu’il aura disparu. «Jésus», le Jésus qui parle à mon cœur, voilà non seulement le seul Jésus disponible, mais, surtout, celui qui me sera le plus bénéfique. C’est celui qui, par l’action qu’il aura sur ma compréhension de Dieu, sur mon jugement à l’égard de mes contemporains, sur ma conception de l’éthique, sera, pour moi, une figure du Christ, de Dieu agissant au cœur de l’humanité.

«Jésus», voilà une expression on ne peut plus subjective. Et c’est heureux, car elle est honnête. Elle nous prémunit contre l’illusion selon laquelle nous pourrions connaître quelqu’un tel qu’il est. Nous ne connaissons les personnes, les choses, les situations, que dans la relation que nous entretenons avec elles, ou à travers les relations que d’autres ont avec elles. Nous connaissons les personnes à travers ce qu’elles provoquent en nous. C’est donc à partir de notre expérience partagée avec l’expérience des autres que nous avons la possibilité d’exprimer des esquisses de vérité, des hypothèses qu’il faudra toujours remettre en question, sur telle personne, sur telle chose, sur tel événement, fût-il Jésus.

C’est cela que nous vous invitons à expérimenter dans ce dossier où des Jésus sont exposés à notre regard, à notre méditation, autant de Jésus qui sont le Jésus de quelqu’un et qui constituent une illustration que Jésus est le chemin en ce sens qu’il nous permet de nous mettre en chemin vers la Vérité.

James Woody

Réponses de...

Michel Leconte

Jésus - Le Christ de Dieu

Jésus annonce le Royaume ou le règne de Dieu, c’est pour lui la manière biblique de désigner l’essence même de Dieu. Il s'agit de l'annonce de l'amour inconditionnel et libérateur de Dieu et de ce que les hommes doivent devenir les uns envers les autres. En Jésus, Dieu lui-même s’est approché de l’humanité au plus près possible. C’est une présence librement offerte, non imposée qui se manifeste à tous les hommes

  • là où la justice et la paix règnent,
  • là où le mal, la maladie, l’oppression reculent,
  • là où ce qui était mort, ou donnait la mort, fait place à une vie nouvelle,
  • là où les rapports maître-esclave sont abolis, y compris dans les rapports entre Dieu et l’homme.

Jésus montre, par son action, son message, sa vie et sa mort, la façon d’être de Dieu pour tous les hommes. C’est pourquoi il s’adresse aux parias, aux exclus, aux pauvres, aux femmes et aux enfants et même aux pécheurs, tous ceux que le système religieux d’alors privait de Dieu. Jésus apporte la possibilité de bonheur pour chacun et pour tous, au-delà de la malédiction, de la culpabilité, au-delà des classifications et des jugements humains. Jésus effectue dans un monde rigide, étouffant, violent, une formidable ouverture par laquelle peut entrer un souffle de vie puissant. Un univers nouveau apparaît. Désormais, c’est la personne humaine qui devient le centre de l’univers. Les prescriptions de la Loi ne sont plus un absolu. La Loi est maintenant ordonnée au bien de l’homme: «sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat» (Mc 2,27).

Jésus annonce un Dieu qui ne se laisse pas annexer par une caste de gens pieux ou vertueux qui se pensent meilleurs que les autres. Dieu n’est pas la récompense à la vertu, il se donne tout entier, sans préalable, avant même toute repentance, gratuitement.

Jésus prêche un Dieu qui demande le cœur humain tout entier, mais sans jamais contraindre ni faire violence, une spiritualité de confiance. Le fondement de notre vie est désormais Jésus lui-même. Il est l’instance critique de toute vie chrétienne. Il est pour nous le visage humain de Dieu. Il se porte garant du Dieu libérateur qui aime tous les hommes.

La mort de Jésus est la conséquence de ses choix et du dieu qu’il annonce, dangereux pour le système politico-religieux d’alors. On lui vole même sa mort: il est crucifié non comme un prophète mais comme «roi des juifs»!

Sur la croix, Dieu s’identifie radicalement avec les rejetés, les hors la loi, les exclus. Dieu est présent là où le regard humain le croit absent. Dieu assume même la mort. Dieu n'est pas impassible. Dieu est vulnérable!

Par la résurrection, Dieu ratifie le parcours, la vie et le dieu de Jésus. Dieu s’identifie à son dieu et en même temps révèle à l’homme ce qu’il est, ce qu’il doit devenir. Le Royaume est présent, Dieu est maintenant le bonheur de ceux qui s’engagent à la suite de Jésus. La résurrection constitue une force critique sans pareille: la puissance de la mort est brisée. Le meurtre de l’humain en l’homme n’a pas d’avenir. L'homme est libéré, Dieu et l'homme ne sont plus séparés.

L’esprit créateur qui demeurait en l’homme Jésus fait sa demeure en tout homme, le remet debout et le fait avancer.

Aujourd’hui, Dieu vient dans nos vies, dans notre monde. «vie Eternelle, c’est qu’ils te connaissent toi le seul vrai Dieu» (Jean 17,3). C’est aujourd’hui que nous sommes ressuscités. «qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé, a la vie Eternelle» (Jean 5,24). A la suite du Christ, contribuons à construire un monde où il fait bon vivre, entrons dans le dynamisme créateur de Dieu. Christ est devant, Dieu est notre avenir.

Michel Leconte

Marion Unal

«vérité, en vérité, je te le dis,
si un homme ne naît de nouveau,
il ne peut voir le royaume de Dieu.»
(Jean, 3 – v.3)

Oui, je le suis, moi qui te parle, cette main dont tu as tant besoin pour le soutien quotidien, cette paix que de tous côtés tu cherches en t’agitant mille et une fois, cette assurance que tu n’obtiens pas sur le chemin de la vie.

Oui, regarde, je suis là, moi qui te parle, me voici enfin. Tu m’as relégué à l’arrière-fond de tes pensées, Mais c’est bien moi,

Je suis celui qui t’a parlé la première fois pour te dire «ne crains pas», tu n’es pas du monde mais je suis «la force que tu as», oui.

Regarde la lumière. Vois comme elle brille. La lumière? C’est moi dans tes yeux. Dans cette personne, toute personne qui rayonne de vie. C’est moi, là, tout petit, couché, emmailloté et dont tu te dis: non, ce n’est pas possible. Le Christ ne peut être cet enfant-là.

La vérité? Je le suis, moi qui te parle. La vérité, tu n’as pas besoin de la croire. Tu peux seulement être toi-même, là, devant moi. Car je te vois. Je ne te juge pas. Je reste là, près de mon Père, et je te vois. Tu es mon ami(e) et je suis le tien.

Oui, je t’aime. «t’aime d’un amour éternel» et «miséricorde pour toi n’aura jamais de fin.» C’est pour cela que tu peux tout. Tu peux être ou ne pas être. Tu peux m’attendre car je t’attendrai aussi longtemps que tu m’attendras. Tu peux m’ignorer, penser que je suis inutile, une idée, une invraisemblance. Tu peux dire et faire ce que tu veux. Car je suis né pour te connaître, pour te nommer, et tout ce que tu demanderas en mon nom, je te le donnerai.

Oui, je suis là, «milieu de vous». Noël, c’est moi. Le Messie. Le Sauveur. Le chemin, la vérité et la vie.

Gloire à Dieu, d’éternité en éternité. Enfin, nous allons pouvoir renaître.

Amen!

Marion Unal

Gabrielle

Confession de foi

Combien j'eusse aimé être aux côtés de Jésus,
fils de l'Eternel puissant,
lorsqu'issu de chair de femme, il s'incarnat.
Ainsi, avec Suzanne, Jeanne femme de Chouza,
Marthe et Marie ses amies de Béthanie et Marie de Magdala;
envers et contre tous, jusqu'a sa fin je l'aurais suivi.
Or, ce ne fut pas une fin, mais un commencement,
puisqu'au sortir du tombeau il rejoignit l'Eternel puissant.
Depuis ma propre naissance, je sens bien qu'un souffle mystérieux et surnaturel anime mon esprit et mon cœur.
C'est comme une douce voix intérieure qui me conseille et me guide
avec tolérance, amour et compassion.
Quand les jours se font sombres et que les malheurs de la vie surgissent,suis abattue, alors la voix me dit :
"Relève-toi, continue, n'aie pas peur car je suis avec toi"
Ce souffle, cet Esprit-Saint,
je sais désormais que c'est la voix de JésusChrist,
et qu'il procède donc aussi de l'Eternel puissant.
Alors qu'importe si je n'étais pas
sur les routes de Judée et de Galilée il y a presque 2000 ans
puisqu'aujourd'hui c'est lui qui vient vers moi
naturellement sans contrepartie,
pour m'accompagner et m'aider dans ma propre vie.
Il est bien plus qu'un frère ou un ami, il est mon éternel berger.
Par conséquent, avec les femmes et les hommes qui acceptent d'entendre sa voix, je crois aussi que la vérité et l'amour sans condition,
auront le dernier mot effectivement.
Amen

Gabrielle
à l'occasion de sa profession de foi, le 25 septembre 201

Françoise Majal

Commentaires subjectifs de paroissienne

Jésus, c'est celui qui me parle. Il me répond ici et au delà, et dans le silence aussi. me parle même si je n'entends pas .

Sa parole me nourrit et me transforme, et tel un arc en ciel, elle revêt toutes les couleurs pour nous ouvrir un magnifique chemin de fraternité qui conduit de la terre au ciel et du ciel à la terre.

Jésus, c'est celui qui m'aime. Il m'accueille et m'accompagne pour me conduire au Père.

Il se penche et me porte quand je suis recroquevillée et apeurée, et par son amour, je comprends aussi son humanité.

Il est la lumière et la vie, données à toute l'humanité,d'éternité en éternité.

Françoise Majal

Le message rayonnant de Noël

Le message rayonnant de Noël

Le message rayonnant de Noël retentit dans cette affirmation de Jésus:« Je suis la lumière du monde» (Jn 8,12). Nous percevons ici la portée universelle d’une proclamation concernant le «» entier. Jésus domine les ténèbres de nos peurs, du mal et de nos souffrances, de la mort. La clarté de Jésus illumine nos existences. Il y a ainsi avec Noël et son éclat un appel à une joie de vivre malgré tout. Nous pouvons dire adieu aux prêcheurs et à leurs sermons moralisateurs et traumatisants, aux obscurantismes et aux obsessions enténébrantes, aux culpabilités mortifères. Noël est un hymne à la joie.

Mais il y a plus, quand on se rappelle que Jésus déclare tout aussi fermement: «êtes la lumière du monde.» (Mt 5,14) Il s'agit là d'une affirmation inouïe: «êtes» et non pas «devez être». En nous réside aussi, divine et souveraine, une puissance d'être et d'action. L'incarnation, inséparablement liée à la nuit de Noël et à toutes nos nuits, c'est ainsi la revalorisation de l'être humain, le rappel de notre dignité et de notre vocation créatrice, la promotion de l'humain envers et contre tout. Il ne nous est plus possible de penser que Dieu est tout et que nous ne sommes rien. En Dieu et avec lui, nous aussi sommes la lumière du monde. Nous ne sommes pas réduits au néant de notre condition mortelle, pécheresse et stérile. Nous ne sommes plus les captifs prostrés fuyant la transcendance accusatrice d'un Dieu tout-puissant. Nous sommes les enfants d'un Père généreux qui porte sur nous un regard positif. Sa lumière rayonne en Jésus, mais également en nous: «plus haute révélation de Dieu se trouve en chaque être humain.» (Emerson, 1803-1882)

Laurent Gagnebin

Dieu venu au milieu des humains

Qui est Jésus pour moi ? D’abord une figure historique, et non un idéal abstrait ou un « type » de croyant idéal ! C’est décisif pour moi car le christianisme n’est pas une sagesse philosophique où le Christ serait un modèle. C’est ensuite un « anti-héros » : le message des évangiles n’est pas celui de la gloire et du succès ! Ensuite, pour moi, il est le Fils de Dieu, et c’est décisif, car c’est le saut de la foi dont je parlais auparavant. Il n’est pas simplement un modèle pour une vie plus humaine et tournée vers autrui, un prophète ou un agitateur politique, un féministe ou un bon psychologue, un thérapeute ou un charismatique, même s’il peut aussi être tout cela.

Pour moi il est Dieu venu au milieu des humains, partageant la condition humaine jusque dans la trahison, la mort, la solitude. Et toute ma vie est dominée par la foi en sa résurrection : ce crucifié n’est pas le dernier mot sur Dieu (pas même sur sa solidarité avec les souffrants !) car d’autres condamnés ont subi le même sort, même pire (cf les martyrs !). Pourquoi cette mort est-elle différente ? Car Dieu y donne son dernier mot : il n’est pas à chercher parmi les morts. Qui aurait pu inventer cela ?

Cela n’a rien à voir avec la réincarnation ou le cycle des renaissances de la nature, le retour périodique du dieu. C’est au contraire tout en discrétion, en creux : rien à voir, rien à prouver, l’incompréhension des disciples, voire la peur et le doute. Qui aurait été assez génial pour inventer toutes ces péripéties autour d’un tombeau vide ? La résurrection n’était pas un concept dominant à l’époque mais au contraire complètement marginal !

Bien que je sois théologienne et que les résultats de l’exégèse me passionnent, en tant que croyante je ne me soucie ni des détails et vraisemblances des témoignages, ni des traces du Jésus historique et de la distinction entre les « vraies » paroles de Jésus et les ajouts de la communauté des croyants ! Pour moi l’essentiel en ce qui concerne le témoignage des évangiles sur Jésus Christ est ce « jamais vu » qui traverse les textes et confère une étrange polyphonie au témoignage : en Jésus, Dieu est passé, presque incognito. Et on ne trouve que partiellement les mots pour le dire.

Elisabeth Parmentier
Professeur de Théologie pratique
à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg

Lettre de Jean-Jacques Rousseau

Monseigneur, Je suis chrétien, et sincèrement chrétien, selon la doctrine de l'Evangile. Je suis chrétien, non comme un disciple des prêtres, mais comme un disciple de Jésus-Christ. Mon Maître a peu subtilisé sur le dogme, et beaucoup insisté sur les devoirs; il prescrivait moins d'articles de foi que de bonnes œuvres; il n'ordonnait de croire que ce qui était nécessaire pour être bon; quand il résumait la Loi et les Prophètes, c'était bien plus dans des actes de vertu que dans des formules de croyance, et il m'a dit par lui-même et par ses apôtres que celui qui aime son frère a accompli la Loi.

Moi de mon côté, très convaincu des vérités essentielles au christianisme, lesquelles servent de fondement à toute bonne morale, cherchant au surplus à nourrir mon cœur de l'esprit de l'Évangile sans tourmenter ma raison de ce qui m'y paraît obscur, enfin persuadé que quiconque aime Dieu par-dessus toute chose et son prochain comme soi-même, est un vrai chrétien, je m'efforce de l'être, laissant à part toutes ces subtilités de doctrine, tous ces importants galimatias dont les pharisiens embrouillent nos devoirs et offusquent notre foi, et mettant avec Saint Paul la foi même au-dessous de la charité.

Heureux d'être né dans la religion la plus raisonnable et la plus sainte qui soit sur la terre, je reste inviolablement attaché au culte de mes pères: comme eux je prends l'Ecriture et la raison pour les uniques règles de ma croyance; comme eux je récuse l'autorité des hommes, et n'entends me soumettre à leurs formules qu'autant que j'en aperçois la vérité; comme eux je me réunis de cœur avec les vrais serviteurs de Jésus-Christ et les vrais adorateurs de Dieu, pour lui offrir dans la communion des fidèles les hommages de son Eglise.

Jean-Jacques Rousseau
Lettre à Christophe de Beaumont, Archevêque de Paris

A qui irions nous d’autre ?

Jésus n’était pas une personne facile. Nous le voyons avec ces récits où ses plus proches disciples que sont les apôtres se poussent du coude pour envoyer celui qui a le plus de courage poser une question qu’ils se posent tous. Mais il y a aussi des passages des évangiles qui nous disent que «plus personne n’osait interroger Jésus»! (Matthieu 22:46)

Peut-être nous faut-il réviser l’idée que nous nous faisons de Jésus, image déformée par 2000 ans de légendes présentant souvent Jésus comme un tendre ami et Dieu comme une personne terrible. Or, l’Évangile nous dit plutôt l’inverse, que Dieu est plein de tendresse, mais que les paroles de Jésus étaient choquantes et dures!

Comment est-ce possible? Comment est-ce que Jésus, qui manifeste l’amour de Dieu, Jésus qui incarne cette bonne nouvelle qui est au-dessus de toutes les bonnes nouvelles, comment peut-il susciter ainsi un rejet et une crainte par ses paroles?

  • Jésus choque, parce que dire la vérité à quelqu’un, même quand c’est par amour et pour le bien qu’on le fait, cela n’est pas toujours facile à entendre.
  • Jésus choque, parce qu’il nous appelle au changement, il nous appelle à réviser nos priorités dans la vie, c’est un appel essentiel, un appel salutaire, mais ce n’est pas facile ou agréable à entendre.
  • Jésus choque, parce que l’annonce d’un salut gratuit, fondé sur la seule grâce de Dieu, cela choque notre sens inné d’une justice basée sur le donnant-donnant. C’est choquant, cela transforme notre théologie, mais aussi notre notion de la justice, notre conception des rapports humains… Comme cela, les ennemis de Dieu sont aussi aimés par lui? Quel scandale!
  • Jésus choque, parce que mettre le spirituel aux commandes dans nos vies va contre toutes les fibres de notre corps, contre nos instincts les plus profonds comme les instincts de survie, de domination, de protection du territoire.
  • Mais à mon avis, Jésus choque principalement parce qu’il nous donne une parole qui nous émancipe, qui fait de nous des adultes dans le monde, c’est une chose formidable mais que cela peut nous faire peur. C’est tellement plus commode de vivre comme un enfant, c’est tellement plus sécurisant de rester bien protégé par les murs d’une religion établie, par des dogmes éternels, par des lois morales claires et immuables. Jésus nous libère et c’est pour nous comme la première fois que nous sautons à l’eau sans bouée.

Et donc, oui, les personnes qui entendaient les paroles de Jésus les trouvaient bien dures. Nous ne sommes donc pas les seuls à être souvent troublés en lisant les évangiles. Mais le chrétien, finalement, c’est celui qui lui répond comme l’apôtre Pierre: Seigneur, à qui d’autre irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. (Jean 6:60-68) Tu as des paroles qui dérangent, qui mettent en route et donc qui nous fatiguent, qui nous choquent, mais qui nous font un bien fou, qui nous appellent à la vie.

Par contre, c’est la présence de Dieu qui est source de douceur, source de consolation et de paix intérieur, de confiance. Dieu est une source de vie, mais pour nous ouvrir à lui, pour nous mettre en mouvement vers lui, il faut cette parole souvent étrange, dérangeante, ou choquante du Christ. Il agit comme un bistouri pour enlever une tumeur, comme un défibrillateur pour réveiller notre cœur, comme la claque de l’accoucheur sur les fesses du nouveau-né pour l’aider à prendre sa première goulée d’air.

Jésus transforme le rapport que nous avons avec la religion et avec le monde. Jésus ose dire que certes, il faut écouter et aimer Dieu comme le propose Moïse dans la Torah, mais qu’il faut le faire «avec toute son intelligence, toute sa réflexion personnelle, quotidienne!» Jésus transforme ainsi notre rapport avec toute religion, toute idéologie, avec notre culture et notre histoire, avec nos goûts et nos points de vue. Ajouter en toute chose de la réflexion personnelle, à commencer dans notre recherche aimante de Dieu, cela remet à leur juste place les dogmes, les rites, les autorités religieuses, les institutions.

Oui, la parole du Christ est dure à entendre, dure pour ces spécialistes de la Bible qui sont face à Jésus, mais cette parole est dure également pour ces croyants qui étaient rassurés que des experts pensent à leur place et leur disent ce qu’ils devaient croire et faire dans l’assurance tranquille d’être ainsi dans la vérité éternelle de Dieu.

Il y a une question, pourtant que nous aimerions poser à Jésus, c’est de savoir qui est-il vraiment. Mis même à cette question, Jésus ne veut répondre, ne peut répondre à notre place. Personne ne peut répondre à la place d’un autre à cette question: Qui est le Christ pour moi? Cette question est fondamentale: qu'est-ce que nous attendons comme salut venant de Dieu? Est-ce que nous attendons quelque chose de Dieu? Est-ce réellement ce que lui veut et peut nous apporter? Le Christ ne peut évidemment pas répondre à notre place à cette question, mais il peut nous aider à nous poser, enfin, cette question en vérité et à y apporter un commencement de réponse.

C’est pourquoi «plus personne n’osait interroger Jésus», ce n’est pas par peur, mais parce qu’il ne répondra pas à nos questions à notre place. Il nous apportera d’autres questions qui élèvent notre point de vue et nous donne le courage d’être responsable.

Marc Pernot

Le Jésus du présent, le Jésus de l'expérience de la foi

Cela fait dix-huit siècles que Jésus marchait sur cette terre; mais il ne s'agit pas assurément d'un événement parmi d'autres événements qui d'abord, une fois passés, passent dans l'histoire, et qui ensuite, passés depuis longtemps, passent dans l'oubli. Non, sa présence ici, sur la terre, ne deviendra jamais quelque chose de passé, ni donc quelque chose de plus en plus passé - si toutefois la foi se trouve sur la terre; car si elle ne s'y trouve pas, alors oui, à ce moment-là, cela fait bien longtemps qu'il a vécu. Aussi longtemps au contraire qu'il y aura un croyant, il faudra bien également, pour qu'il le soit devenu, qu'il ait été et qu'il soit, comme croyant, contemporain de sa présence, exactement comme ses contemporains; cette contemporanéité est la condition de la foi, et plus précisément déterminée, c'est la foi.

Seigneur Jésus-Christ, puissions-nous aussi, de la même manière, devenir contemporains de toi, te voir sous ta véritable apparence et dans le milieu de la réalité, comme tu cheminais sur la terre. Et non pas te voir sous l'apparence d’un souvenir vain et muet, ou plein d'un enthousiasme irréfléchi, ou plein de causeries historiques t'ayant déformé. Car cette apparence n'est alors pas celle de l'abaissement dans laquelle t'a vu le croyant, et qu'il n'est pas possible qu'elle soit celle de la gloire où personne ne t'a vu encore.

Puissions-nous te voir comme ce que tu es, comme tu fus et comme tu seras jusqu'à ton retour dans la gloire: comme signe de scandale et objet de la foi. de toi. L'homme de peu pourtant sauveur du genre humain et rédempteur, qui par amour vint sur terre pour chercher ceux qui étaient perdus, pour souffrir et mourir et pourtant préoccupé - hélas! à chaque pas que tu fis sur terre, chaque fois que tu appelais les égarés, chaque fois que tu étendais ta main pour produire un signe et un miracle, chaque fois que, sans bouger ta main, sans défense, tu endurais l'opposition des hommes - de devoir répéter encore et encore : bienheureux celui qui ne se scandalise pas de moi. Puissions-nous te voir ainsi et puissions-nous alors ne pas devoir nous scandaliser de toi.

Venez à moi, vous tous qui peinez et qui ployez sous le fardeau,
je vous donnerai le repos.

Oh! Chose étrange! chose étrange que celui qui doit apporter le secours,
que celui-là soit celui qui dit: Venez!
Quel amour!

C'est déjà avec amour que l'on peut aider, aider alors celui qui implore de l'aide;
mais proposer de soi-même le secours!

Et le proposer à tous!

Oui, et précisément à tous ceux qui ne peuvent secourir à leur tour!

Le proposer, non, le crier, comme si le sauveteur était lui-même celui qui avait besoin de secours, comme si pourtant il était aussi, lui qui veut et qui peut aider tous les hommes, en un sens celui-là même qui est dans le besoin, au point qu'il en ressente le besoin, et ainsi qu'il ait besoin de secourir, qu'il ait besoin de ceux qui souffrent pour les secourir.

Søren Kierkegaard,
Exercice en Christianisme

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