Visite de l'Oratoire du Louvre

1) intérieur actuel  -  2) extérieur actuel  -   3) au XVI-XVIIe  -  4) au XVIIIe  -  5) au XIX-XXe  -  6) histoire


dates de l'Oratoire du Louvre

1509 : Humanisme et Bible

1517 : Luther

1523 : Martyr protestant à Paris

1533 : Calvin écrit

1534 : Bûchers et guerres

1572 : La Saint Barthélémy

1598 : Édit de Nantes

1611 : Fondation de l'Oratoire

1685 : Édit de Fontainebleau

1745 : Nef et portail de l'Oratoire

1787 : Édit de tolérance

1791 : Saint Louis du Louvre

1793 : Révolution et l'Oratoire

1802 : Napoléon et le Concordat

1811 : L'Oratoire du Louvre protestant

1825 : Œuvres protestantes

1830 : Tensions entre protestants

1854 : La rue de Rivoli

1882 : Création des paroisses

1889 : Monument Coligny

1905 : Laïcité

1907 : Création du scoutisme

1911 : La Clairière

1914 : 1e guerre mondiale

1938 : Union des protestants

1940 : 2e guerre mondiale

1962 : Nouvelles orgues

2009 : Fonds Ricœur

2011 : Centenaires

    

 

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  • 1509 : Humanisme et Bible
  • 1517 : Luther
  • 1523 : Martyr protestant à Paris
  • 1533-1536 : Calvin écrit
  • 1534 : Bûchers et guerres
  • 1572 : La Saint-Barthélémy
  • 1598 : Édit de Nantes
  • 1611 : Fondation de l'Oratoire
  • 1685 : Édit de Fontainebleau
  • 1745 : Portail de l'Oratoire
  • 1787 : Édit de tolérance
  • 1791 : Saint Louis du Louvre
  • 1793 : Révolution et l'Oratoire
  • 1802 : Napoléon et le Concordat
  • 1811 : L'Oratoire Protestant
  • 1825 : Œuvres protestantes
  • 1830-1882 : Tensions
  • 1854 : La rue de Rivoli
  • 1882 : Création des paroisses
  • 1889 : Monument Coligny
  • 1905 : Laïcité
  • 1907 : Création du scoutisme
  • 1911 : La Clairière
  • 1914-1918 : 1e guerre mondiale
  • 1938 : Union des protestants
  • 1940-1945 : 2e guerre mondiale
  • 1962 : Nouvelles orgues
  • 2009 : Fonds Ricœur
  • 2011 : Centenaires

 

 

Chevet de l'Oratoire, selon Lucbus
l'Oratoire, un matin

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

Chronologie du protestantisme parisien
et de l’Oratoire du Louvre

Si le temple de l’Oratoire est au cœur de Paris, le protestantisme a aussi pris une place essentielle au cœur de l’histoire de la France : il l’a prise au temps des Valois, quand le culte réformé fut célébré au Louvre dans la salle des Caryatides. Certes, la monarchie ne tint pas longtemps la balance égale entre des confessions antagonistes et, par delà l’atrocité des guerres religieuses, elle se fit fort de garantir la paix civile au prix d’un combat constant contre la liberté de penser et de croire. Mais lorsque la Révolution affirma plus tard que « la loi est l’expression de la volonté générale », c’est pour une part l’esprit de la Réforme qui était passé avec la foi dans les Lumières.

Il est désormais libre à chacun de consulter son cœur et l’Ecriture, mais nul ne peut prétendre imposer à tous une loi divine ni abolir l’écart entre la quête spirituelle et le droit. La loi que les hommes se donnent n’a pas le caractère d’un dogme, car elle est toujours à réformer : cette idée, loin d’être acquise partout dans le monde, peut susciter encore de beaux combats à livrer !
...

Philippe Gaudin,
introduction au livre du bicentenaire
du temple protestant de l’Oratoire du Louvre

Voir aussi :

 

 

1509 : Humanisme et Bible 1509 : Humanisme et Bible 1509 : Humanisme et Bible 1509 : Humanisme et Bible 1509 : Humanisme et Bible

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1509 Humanisme et Bible

À l’aube du XVIe siècle une nouvelle phase de civilisation voit le jour avec la Renaissance. L’horizon géographique s’élargit, le commerce international s’intensifie, l’art découvre la perspective. L’imprimerie stimule la soif d’apprendre, la circulation des textes et des idées, puis la remise en cause de l’autorité religieuse qui bride la société. Paris, capitale marchande, intellectuelle, artistique et artisanale participe activement à ces évolutions.

Saint Germain des Prés, plan de Bâle 1550

Saint Germain des Prés,
( plan de Bâle, 1550
)

Les premiers ferments de l’esprit de Réforme se manifestent très tôt, à proximité immédiate des murs extérieurs de Philippe Auguste qui enserrent alors Paris, à l’abbaye de St-Germain des Prés.

Guillaume Briçonnet, son abbé, également évêque de Meaux, entreprend une réforme interne du clergé visant à plus de rigueur et au développement d’une prédication plus proche des évangiles.

Il accueille en 1507 Lefèvre d’Etaples qui publie en 1509 une traduction des Psaumes.

Attaqué en 1521 par la Sorbonne pour "Le commentaire des quatre évangiles", Lefèvre poursuit son travail à Meaux où est imprimé son Nouveau Testament en français (1523), traduit d’après la Vulgate latine, permettant un accès direct aux écritures.

Ce milieu des "Bibliens" est protégé au début par François Ier influencé par sa sœur Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre.

La diffusion des évangiles imprimés développe la lecture en petits groupes, la pensée personnelle, le rejet d’un dogme imposé par une Eglise aux mœurs distendues et le monopole de l’Université-Faculté de Théologie crispée sur ses prérogatives.

En 1519, l’imprimeur bâlois Froben expédie en France plusieurs centaines d’exemplaires d’un recueil écrit par Luther. Lefèvre d’Etaples et les docteurs de la Sorbonne lui font bon accueil, mais ces derniers changent radicalement d’attitude sous la pression de Rome et d’un procès intenté par le syndic de la faculté de Paris, inspiré par le dogmatique Noël Béda, qui aboutit à la condamnation des écrits en 1521. Les livres sont brûlés, mais le long procès suscite des commentaires et de petites publications comme celle de Melanchthon, Adversius furiosum Parisensium Theologastrorum decretum Philippi Melanchthonis pro Luthero apologia, qui donnent un large écho aux idées du réformateur allemand.

En 1530, François 1er et Marguerite de Navarre encouragent l’esprit humaniste en fondant le Collège des Lecteurs royaux (futur Collège de France) où vont être étudiées les langues bibliques anciennes (grec et hébreu) écartées de l’enseignement de la Faculté de Théologie de Paris (Sorbonne). La clémence du roi s’estompera cependant devant les actes de désobéissance avérée envers l’Eglise et l’autorité papale qui lui semblent mettre aussi son royaume en péril...

Pour en savoir plus :

 

 

1517 : Luther 1517 : Luther

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1517 : Luther

Pourquoi la Réforme ?

Au début du XVIe siècle le monde se trouve en totale transformation. Politiquement, les débris de l’empire de Charlemagne, remodelés par Charles-Quint, François I" et Henri VIII prennent peu à peu le visage de l’Europe moderne. Socialement, la bourgeoisie jette dans les cités les fondements de son futur triomphe. Dans le domaine de la science, les inventions (imprimerie) et les grandes découvertes (Amérique) bouleversent l’horizon de l’homme dont l’art, la littérature et la philosophie exaltent le génie créateur et le pouvoir absolu; la traditionnelle référence à Dieu est bousculée. Nous sommes en pleine «Renaissance».

Mais ces feux d’artifice, qui ne touchent d’ailleurs qu’indirectement et de loin le petit peuple, n’arrivent pas à étouffer au coeur de l’homme la lancinante question : Comment serai-je sauvé? Car les épidémies, les guerres, les « danses macabres », les difficultés de la vie imposent à l’homme une véritable hantise de la mort et posent sans cesse le problème du salut.

Or I’Église de l’époque se montre incapable d’apporter à cette question une réponse valable. Elle enseigne, certes, que Jésus est mort pour payer le prix du péché des hommes. Mais noyée dans le fatras des légendes de saints et des dévotions étrangères à l’Evangile, cette doctrine n’atteint plus l’oreille des fidèles; le Christ apparaît davantage comme un juge lointain et sévère que comme le Sauveur miséricordieux des hommes.

D’ailleurs, les scandales de I’Église (luxe, corruption et ambitions temporelles de la papauté et de la hiérarchie, manque de formation du bas-clergé) discréditent cette Eglise; beaucoup d’humanistes, habitués à retourner aux sources, demandent une réforme profonde de la religion en conformité avec l’enseignement biblique.

Martin Luther

Né en 1483, dans une famille de paysans saxons, il est l’homme choisi par Dieu pour être le guide spirituel de cette époque troublée, en proclamant bien haut I’Évangile du salut gratuit accordé par Dieu à ceux qui croient en Jésus-Christ.

Cette réalité du salut par grâce, Luther l’expérimente d’abord dans sa propre vie. Etudiant en droit, il manque d’être foudroyé lors d’un voyage et il voit dans cet incident un signe de Dieu qui l’appelle à lui consacrer sa vie. Entré en 1505 au couvent des Augustins, à Erfurt, il se donne passionnément à sa vie monacale : « Si jamais un moine est parvenu au ciel par sa momerie, j’y serais bien arrivé aussi », écrira-t-il.

Mais quoi qu’il fasse, il se rend compte douloureusement qu’il ne sera jamais assez juste pour mériter le pardon de Dieu. L’étude de la Bible, dans la connaissance de laquelle ses fonctions de professeur en théologie le font progresser, lui révèle enfin (sans doute pendant l’hiver 1512-1513) la vérité : nul homme ne peut, par ses propres efforts, devenir un « juste », c’est-à-dire un homme comme Dieu le veut. Mais dans son amour, Dieu nous donne sa justice acquise par son Fils mort sur la croix. Le salut n’est en rien notre œuvre; il est un don gratuit que Dieu fait à ceux qui se repentent et qui croient.

L’affaire des indulgences contraint Luther à proclamer sa découverte. En 1515 le dominicain Tetzel commence à parcourir l’Allemagne en vendant des indulgences. Cette vente, et plus encore la fausse doctrine qui prétend la justifier, épouvantent le pasteur que Luther demeurera jusqu’à la fin de sa vie.

C’est ainsi que le 31 octobre 1517 Luther affiche à la porte de l’église du château de Wittenberg quatre-vingt-quinze thèses dénonçant le danger des indulgences. Ce manifeste, pourtant destiné à une simple discussion théologique, se répand partout comme une traînée de feu.

Ayant renoncé à toute timidité, soutenu par la certitude qu’il a puisée dans la Parole die Dieu, Martin Luther est, suivant sa propre expression, littéralement « emporté et chassé en avant » par son Dieu.

Luther excommunié et banni

Confronté successivement à Augsbourg avec le légat pontifical Cajetan, et à Leipzig, avec le théologien Eck, Luther se trouve placé en face de l’exigence brutale de la rétractation formulée par Rome qui n’admet aucune discussion. Il n’y consent pas et, en 1520, le pape Léon X lance contre lui une bulle d’excommunication que le réformateur brûle publiquement, en même temps que le code de droit canon, sous les murs de Wittenberg.

La rupture est désormais consommée et Luther est déjà chassé de l’Eglise romaine quand l’empereur Charles-Quint le cite devant la diète d’empire réunie à Worms (1521). Là devant les princes et des seigneurs réunis, Luther confesse l’autorité suprême de la Parole de Dieu, seule règle de foi et de vie pour le chrétien évangélique : « Si l’on ne me convainc pas par le témoignage de l’Ecriture ou par des raisons décisives, je ne puis me rétracter. Car je ne crois ni à l’infaillibilité du pape, ni à celle des conciles, car il est manifeste qu’ils se sont souvent trompés et contredits. J’ai été vaincu par les arguments bibliques que j’ai cités, dit-il, et ma conscience est liée à la Parole de Dieu. Je ne puis et ne veux rien révoquer, car il est dangereux et il n’est pas juste d’agir contre sa propre conscience. Que Dieu me soit en aide. Amen. »

On demande alors à nouveau à Luther s’il doute vraiment de l’infaillibilité du concile. La réponse est nette : selon Luther le concile de Constance s’est prononcé contre des paroles absolument claires de l’Ecriture. Et Luther d’ajouter : « Je ne puis autrement, me voici. » Alors l’official qui a dirigé les débats lance une dernière exhortation qui éclaire bien le sens du conflit : « Abandonne ta conscience, frère Martin; la seule chose qui soit sans danger est de se soumettre à l’autorité établie. » Luther sort de la salle. « J’ai traversé la fournaise », dit il à ses amis.

Mis hors la loi (ce qu’il demeura pendant le reste de ses jours) le réformateur échappe à la mort grâce à la protection de son seigneur temporel, le prince de Saxe, Frédéric le Sage, qui le fait enlever et cacher au château de la Wartbourg, près d’ Eisenach.

Luther demeure dans cette retraite forcée jusqu’au 1 mars 1522, essentiellement occupé à traduire la Bible pour la rendre accessible au peuple. La traduction luthérienne de la Bible est non seulement le premier chef-d’oeuvre de la littérature allemande moderne, mais encore un instrument d’évangélisation qui a joué un grand rôle dans la diffusion de la Réforme.

La réforme luthérienne s’étend comme une traînée de poudre à travers l’Allemagne. Elle atteint bientôt la Scandinavie et éveille en France et en Suisse un écho prodigieux.

À côté de Wittenberg un second foyer réformateur apparaît à Zurich, lié à la personne de Zwingli.

La Réforme se consolide

Puisque l’Eglise, au sein de laquelle il a été formé et à laquelle il veut faire part de sa joyeuse découverte du salut gratuit, le rejette, Luther se consacre à l’organisation de la Reforme.

Il fixe les éléments essentiels du culte évangélique dans un traité publié sous le titre : « La Messe allemande ».

En présence de l’ignorance du peuple chrétien ainsi que des prêtres passés à la Réforme, à l’égard des points essentiels de la doctrine chrétienne, il publie le « Grand catéchisme » et le « Petit catéchisme ».

Il proclame le sacerdoce universel des croyants, montre la vanité des voeux monastiques et du célibat des prêtres, développe la doctrine évangélique des sacrements.

Il compose un grand nombre de chorals exprimant la foi évangélique.

La réforme est cependant menacée non seulement par ses adversaires, le pape et l’empereur, mais aussi par certains de ses partisans aux tendances extrêmes et souvent dangereuses.

Par ailleurs le climat social est difficile. La guerre des paysans place Luther et ses amis dans une situation délicate, en face de paysans révoltés et de chefs comme Thomas Münzer qui se veulent eux aussi inspirés par la Parole de Dieu.

À la diète de Spire, en 1529, les princes évangéliques allemands « protestent » de leur foi chrétienne; c’est de là que vient le nom de « protestants » donné aux adeptes de la Réforme.

Mélanchthon est chargé de rédiger, pour la diète qui se tient à Augsbourg en 1530, en présence de Charles Quint, une Confession de foi exprimant la doctrine des "protestants".

La Confession d’Augsbourg devient la confession de foi fondamentale de l’Eglise luthérienne.

La reforme s’étend

L’influence de Luther dépasse largement les frontières allemandes. C’est par le moyen de l’imprimerie que ses écrits se propagent dans la plus grande partie de l’Europe; c’est aussi par le zèle de ses disciples que les idées nouvelles franchissent les frontières.

A la mort de Luther en 1546, ses disciples poursuivent l’oeuvre entreprise.

Mélanchthon, grand ami de Luther, est l’un de ses plus fidèles disciples, bien qu’il demeure aussi un grand admirateur de l’humaniste Erasme. Il ne partage pas toujours les vues radicales de Luther concernant l’homme et essaie toujours de réconcilier protestants et catholiques romains.

Le luthéranisme, à la faveur des princes, pénètre dans le nord de l’Allemagne. Lors de la paix d’Augsbourg, en 1555, qui partage l’Allemagne entre luthériens et catholiques selon le principe que les sujets doivent adopter la religion du prince, les deux tiers du pays sont luthériens.

Le luthéranisme s’implante aussi rapidement au Danemark, en Norvège, en Suède, en Finlande.

Deux textes de Martin Luther :

Quelques-unes des 95 thèses sur les indulgences de Martin Luther

  • 5. Le pape ne veut, ni ne peut remettre aucune peine, excepté celles qu’il a imposées soit de sa propre volonté, soit conformément aux canons.
  • 6. Le pape ne peut remettre aucune faute, si ce n’est en déclarant et en affirmant qu’elle a été remise par Dieu, ou en la remettant avec certitude dans les cas qu’il s’est réservés; si ceux-ci étaient méprisés, la faute subsisterait intégralement.
  • 21. Ils errent donc, les prédicateurs des indulgences qui disent que par les indulgences du pape, l’homme est quitte de toute peine et qu’il est sauvé.
  • 27. Ils prêchent des inventions humaines, ceux qui prétendent qu’aussitôt que l’argent résonne dans leur caisse, l’âme s’envole du Purgatoire.
  • 30. Nul n’est certain de la sincérité de sa contrition, encore moins peut-il l’être de l’entière rémission.
  • 31. Il est aussi rare de trouver un homme qui achète une vraie indulgence qu’un homme vraiment pénitent. Cela n’arrive presque jamais.
  • 36. N’importe quel chrétien, vraiment repentant, a pleine rémission de la peine et de la faute; elle lui est due même sans lettres d’indulgences.
  • 62. Le véritable trésor de l’Eglise, c’est le très-saint Evangile de la gloire et de la grâce de Dieu.
  • 63. Mais ce trésor jouit naturellement de peu d’estime; car, par lui, les premiers deviennent les derniers.
  • 64. Par contre, le trésor des indulgences jouit naturellement de la plus haute estime, car, par lui, les derniers deviennent les premiers.
  • 67. Les indulgences dont les prédicateurs prônent à grands cris les mérites, n’en ont qu’un, celui de rapporter de l’argent.
  • 94. Il faut exhorter les chrétiens à s’appliquer à suivre leur chef Christ à travers les peines, la mort et les enfers,
  • 95. Et à espérer entrer au ciel, plus par de nombreuses tribulations que par l’illusoire assurance de la paix.

Martin Luther

Préface du "petit catéchisme" de Martin Luther

Ce qui m’a pressé et contraint de présenter ce catéchisme ou doctrine chrétienne sous cette forme concise, dépouillée et simple, c’est l’état de misère lamentable que j’ai constaté récemment dans mes fonctions d’inspecteur. Dieu de miséricorde, à l’aide! De quelles misères n’ai-je été le témoin! L’homme du commun, surtout dans les villages, ignore tout de la doctrine chrétienne; un grand nombre de pasteurs, hélas! sont fort malhabiles et incapables de l’enseigner. Tous s’appellent chrétiens, sont baptisés et reçoivent le Saint Sacrement; et ils ne savent ni le Notre Père, ni la Foi, ni les Dix Commandements. Ils vivent comme du bétail insouciant et des pourceaux privés de raison. Maintenant que l’Evangile est venu, la seule chose qu’ils aient apprise parfaitement, c’est d’abuser en maîtres de toutes les libertés. O évêques, comment assumerez-vous devant le Christ la responsabilité d’avoir si honteusement abandonné le peuple et de n’avoir jamais rempli les devoirs de votre ministère?

Je vous en supplie donc, pour l’amour de Dieu, vous tous, mes chers sieurs et frères, qui êtes pasteurs et prédicateurs, prenez à cœur votre ministère; ayez pitié de ce peuple qui vous est confié; aidez-nous à faire pénétrer le catéchisme parmi les gens, surtout parmi la jeunesse. Que ceux qui ne peuvent faire mieux recourent à ces tableaux et à ces formules et les inculquent au peuple, mot à mot.

Quant à ceux qui se refusent à apprendre ces points, déclarez-leur qu’ils renient le Christ et qu’ils ne sont pas chrétiens. Ne les acceptez pas au Sacrement; ne les laissez ni présenter un enfant au baptême, ni user d’aucun des droits de la liberté chrétienne. Renvoyez-les purement et simplement au pape et à ses officialités et, en plus, au diable lui même.

Car, bien qu’on ne doive et qu’on ne puisse forcer personne à croire, il faut pourtant instruire la foule et conduire les gens de telle manière qu’ils sachent ce qui est considéré comme le bien et le mal par ceux auprès de qui ils entendent trouver logement, nourriture et subsistance.

Martin Luther.

Pour en savoir plus :

 

 

1523 : Martyr protestant  Paris 1523 : Martyr protestant  Paris 1523 : Martyr protestant  Paris

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1523 : le 1er martyr protestant

C’est à l’entrée de la rue Sainte-Anne et dans l’espace compris entre l’avenue de l’Opéra, la rue Ste-Anne et la rue Thérèse, que se tenait le marché aux pourceaux. L’odeur de ce coin infect était telle qu’en 1571 Charles IX ne voulait pas habiter l’été le palais voisin des Tuileries avant qu’on ait pris des précautions pour atténuer les désagréments d’un tel voisinage.

La grande Butte des Moulins et le marché infect qui se trouvait à ses pieds appartenait à l’évêque de Paris et c’est là que s’exécutaient les arrêts de sa justice. Tout ce quartier était bien fait d’ailleurs pour les bûchers et les pendaisons. Non loin de là, dans la direction de la Seine et près des Quinze-Vingts, sur la chaussée St-Honoré, il y avait l’échelle de justice qui a baptisé la rue de l’Échelle.

Le marché aux pourceaux n’était pas ouvert à tous les criminels. On n’y exécutait jamais pour crime de meurtre ou de rapt, mais on y exécutait fort bien et indifféremment les voleurs, les faussaires, les faux-monnayeurs, les sorciers et sorcières, les hérétiques.

Comme l’Eglise a horreur du sang, l’évêque confiait aux gens du roi l’exécution de ses sentences. Les voleurs y étaient pendus, les faussaires et les hérétiques étaient brûlés ; quant aux faux-monnayeurs ils étaient bouillis vivants dans une grande chaudière.

Le marché aux pourceaux a eu l’honneur de voir brûler le premier martyr de la Réforme française.

C’était le 8 août 1523. On vit ce jour-là un tombereau à immondices conduire devant Notre Dame de Paris un pauvre moine ermite âgé au plus d’une quarantaine d’années. Il put une dernière fois attacher ses regards sur les pierres déjà vieillies de l’admirable édifice. On le contraignit d’entendre du dehors une messe expiatoire ; c’était « l’amende honorable » à laquelle tous les hérétiques étaient condamnés. Puis il fut replacé dans son tombereau et, à travers les rues étroites du Paris d’alors, il fut conduit, en sortant par la porte St-Honoré, jusqu’au pied de la Butte des Moulins, au marché aux pourceaux. Là, on lui coupa la langue ; après quoi, attaché au gibet par une chaîne de fer, il fut brûlé tout vif dans son habit d’ermite.

Quel crime atroce avait donc commis le malheureux et qui était-il ?

Il s’appelait Jean Vallière. C’était un ermite augustin de la petite communauté de Livry près de Pressy. Il était originaire d’Acqueville près Falaise. Il fut brûlé dit le moine Pierre Driart, « pour les blasphèmes et énormes paroles par lui dites à l’encontre de notre créateur Jésus et sa digne mère la Vierge Marie ». Le Journal d’un bourgeois de Paris précise le « blasphème ». Jean Vallière aurait affirmé que « notre seigneur Jésus-Christ avait été de Joseph et de notre Dame conçu comme nous autres humains. »

Jean Vallière avait subi l’influence du mouvement de Meaux (avec Lefèvre d’Etaple), son abbé, Jean Mauburnus était en correspondance avec Erasme, et dès 1520 les écrits de Luther se répandaient rapidement parmi les lettrés (les premières traductions en français n’apparurent qu’en 1526). Tout de suite après le supplice de Jean Vallière, un grand bûcher de livres de Luther fut organisé par le parlement de Paris devant Notre-Dame, et il fut annoncé dans Paris que, sous peine de confiscation de corps et de biens, nul ne fût si osé ni hardi de garder des livres de Luther, mais qu’on les mît tous au feu.

Il y eut bien d’autres exécutions cette année 1523 et dans les années suivantes, en particulier Jacques Pauvant (ou Pavanne), un jeune clerc de l’évêché de Meaux, accusé d’avoir traduit des textes de Luther, brûlé en place de Grève en 1525 et célébré ainsi par Théodore de Bèze :

"Pavanes dedans la flamme,
Triomphe du monde infâme,
De l’erreur et de la mort"

Pilori des Halles, ancienne rue Pirouette

Pilori des Halles, ancienne rue Pirouette

Dans le quartier de l’Oratoire il y a d’autres lieux de supplices, en particulier de protestants :

  • La croix du Trahoir (à l’angle de la rue Saint Honoré et de la rue de l’Arbre Sec (L’arbre sec, c’est la potence qui s’élevait sur la place du Trahoir)
  • Le pilori des Halles, qui se trouvait à peu près à l’emplacement de la porte Lescot du Forum des Halles actuel. Le pilori était une petite tour octogonale d’un étage, percée de hautes fenêtres ogivales, au milieu de laquelle était exposée bien en vue de tous une roue de fer percée de trous où l’on faisait passer la tête et les bras des criminels, voleurs, assassins, blasphémateurs, courtiers de débauche, condamnes à cette exposition infamante. On les y attachait trois jours de marché consécutifs, deux heures par jour, et, pour que chacun pût jouir de cet aimable spectacle, de demi-heure en demi-heure, on tournait le carcan dans une direction différente : on faisait faire aux patients la «pirouette».

C’est ainsi que le 21 janvier 1535, on avait fait le matin dans Paris une procession solennelle qui avait déroulé ses splendeurs de St-Germain l’Auxerrois à Notre-Dame. L’après-midi, pour donner une sanction à cette fête religieuse, on avait brûlé six luthériens. Trois devant la Croix du Trahoir : Audebert Valeton, receveur de Nantes, maître Nicole Lhuillier, clerc du greffe du Châtelet et maître Simon Foutret, chantre du roi). Les trois autres furent brûlés aux Halles après avoir fait amende honorable devant Notre-Dame. C’étaient un riche fruitier des Halles, Jean Lenfant, un faiseur de petits paniers de fil d’archal et un menuisier dont le nom est resté inconnu. Les malheureuses victimes furent conduites au supplice, deux par deux, dans six tombereaux de voierie. Un autre tombereau les précédait, chargé, celui- là, de « grands sacs de livres de la fausse et mauvaise doctrine de Luther. »

 

 

1533-1536 : Calvin crit 1533-1536 : Calvin crit 1533-1536 : Calvin crit 1533-1536 : Calvin crit

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1533-1536 : Calvin écrit son "Institution chrétienne"

Jean Calvin est, parmi les réformateurs, un homme de la seconde génération. Il consolide et organise la Réforme à Genève et en France. L’œuvre de Calvin, si elle prolonge l’ouvre de ses précurseurs, présente une grande originalité; et son influence déborde largement les frontières de Genève et de la France.

Jeunesse, formation et conversion de Calvin.

Calvin est né en 1509 à Noyon (en Picardie). Fils d’un homme d’affaires chargé un temps des intérêts de l’évêque, il reçoit très tôt un bénéfice ecclésiastique qui, dans l’intention de son père, devait être l’amorce d’une brillante carrière sacerdotale. A quatorze ans il est envoyé à Paris pour y poursuivre ses études il fréquente ainsi le collège de la Marche et le collège Montaigu.

Son père ayant décidé de lui faire étudier le droit, « meilleur moyen pour arriver aux biens et aux honneurs », Calvin, qui vient d’obtenir à Paris sa maîtrise ès arts, passe une année à l’université d’Orléans. Après y avoir obtenu sa licence ès droit (1529), il poursuit ses études à l’université de Bourges où règne un esprit favorable à la Réforme.

La mort de son père l’ayant rendu maître de son destin, Calvin retourne à Paris pour y poursuivre des études de lettres et de théologie. Il semble que c’est à ce moment-là qu’il se donne pleinement aux idées évangéliques. Cette conversion, il nous la rapporte avec sobriété (car il n’est pas homme à se raconter) dans la Préface au « Commentaire sur les Psaumes » qu’il a rédigée en 1557.

A cette époque les idées de Luther sont connues en France, aussi bien dans les milieux de l’humanisme chrétien que dans les Eglises où beaucoup d’âmes sont prêtes à recevoir le message de grâce remis au premier plan par Luther. Des prédicateurs hardis, comme Lefèvre d’Etaples et Briçonnet, évêque de Meaux, ont bien préparé le terrain qui accueille la graine luthérienne. Un peu partout en France on signale des manifestations de ce que le clergé appelle « la peste luthérienne ». La Sorbonne condamne la doctrine de Luther le 15 avril 1521, c’est-à-dire tout de suite après que le pape ait formellement condamné la doctrine du docteur de Wittenberg.

l’institution de la religion chrétienne.

Converti, Calvin renonce à ses bénéfices ecclésiastiques. La persécution qui s’organise contre les protestants le condamne à une existence errante. Obligé de quitter Paris par deux fois, la première à la suite du scandale provoqué par le discours évangélique de son ami, le jeune recteur de l’Université, Nicolas Cop, la seconde à la suite de l’affaire des placards (1534), il se réfugie à Bâle au début de 1535.

C’est à Bâle qu’il met au point et fait imprimer la première édition de son « Institution de la Religion chrétienne » en 1536.

Cet ouvrage, rédigé en latin, comprend six chapitres. Son succès est tel qu’il doit bientôt être réédité. Sa deuxième édition latine est suivie d’une traduction française qui fait date dans l’histoire de notre langue (1541). Remanié et enrichi par Calvin tout au long de sa carrière, il ne compte pas moins de quatre-vingts chapitres dans sa dernière édition (1559-1560).

L’ « Institution de la Religion chrétienne » est une véritable somme dans laquelle sont abordés, à la lumière de l’Ecriture, tous les aspects de la foi. En particulier, tout comme Luther, Calvin n’y reconnaît que deux sacrements : le baptême et la cène.

Dès sa première édition, elle est précédée d’une « Epître au Roi », en l’occurrence François 1er que les réformés espèrent gagner à leur cause. Cette épître, écrite en français, est, avec l’édition française de 1541, un des plus beaux textes de notre littérature. Elle expose les intentions qui ont animé Calvin dans la rédaction de son ouvrage (voir un extrait ci-dessous).

Premier séjour de Calvin a Genève.

Après avoir quitté Bâle et au moment (juillet 1536) où il s’apprête à aller s’installer à Strasbourg, Calvin est retenu à Genève par Farel, qui a besoin de lui pour poursuivre son oeuvre de réforme dans cette ville.

Guillaume Farel, né à Gap (Dauphiné) en 1489, est à Paris l’élève de l’humaniste Lefèvre d’Etaples. Rompant avec la papauté en 1521, il évangélise le pays de Montbéliard (où il compose la première dogmatique réformée de langue française : la « Sommaire et brève déclaration ») avant de devenir le réformateur de ce qui constitue aujourd’hui la Suisse française.

En collaboration avec Farel, Calvin organise l’Eglise de Genève, réformée selon la Parole de Dieu, en lui donnant une discipline, un catéchisme et une confession de foi. En avril 1538, cependant, les deux réformateurs sont expulsés de Genève pour avoir osé tenir tête aux autorités civiles qui prétendent intervenir dans les affaires intérieures de l’Eglise. Calvin se rend à Strasbourg et Farel à Neuchâtel où il meurt en 1565.

À Strasbourg avec Martin Bucer.

Appelé par Bucer, Calvin va exercer à Strasbourg les fonctions de pasteur auprès des réfugiés français et celles de professeur de théologie. Durant les trois ans (1538-1541) qu’il passe dans la cité alsacienne, il se livre à un labeur intense : il publie, entre autres, ses leçons sur l’épître aux Romains, le premier et l’un des meilleurs de ses commentaires, et il approfondit sa pensée au contact de Bucer.

Né en 1491 à Sélestat (Alsace), Martin Bucer entre dans l’ordre des Dominicains à l’âge de quinze ans. Gagné à la Réforme par Luther au cours de la Dispute de Heidelberg (1518) il prêche l’Evangile en Alsace dès 1523; il est nommé, l’année suivante, pasteur à Strasbourg. Quand Calvin arrive dans cette ville (1538), Bucer y travaille depuis quatorze ans déjà : il a eu le temps d’organiser une Eglise dont maints caractères seront repris à Genève quand l’auteur de I’ « Institution de la Religion chrétienne » y retournera.

En automne 1541, Calvin retourne à Genève, car lui seul, de l’avis des Genevois, peut y sauver la Réforme naissante. Durant les vingt-trois ans qu’il passe dans cette ville, il fait adopter ses « Ordonnances ecclésiastiques » qui fournissent une base solide à l’Eglise, il proclame inlassablement l’Evangile dans sa prédication, dans ses cours et dans ses écrits (ses oeuvres comprennent 59 volumes), il entretient une correspondance étendue avec des hommes de tous pays, il crée l’Académie où seront formés d’innombrables pasteurs, il essaie enfin de créer des liens solides entre les diverses Eglises issues de la Réforme.

Comme l’atteste le « Testament » qu’il rédige peu de temps avant sa mort (1564), Calvin n’a eu d’autre but, dans toute sa vie, que de travailler pour la seule gloire de Dieu.

Deux textes de Jean Calvin :

Préface au commentaire sur les Psaumes

Dès que j’étais jeune enfant, mon père m’avait destiné à la théologie; mais puis après, d’autant qu’il considérait que la science des lois communément enrichit ceux qui la suivent, cette espérance lui fit incontinent changer d’avis. Ainsi cela fut cause qu’on me retira de l’étude de philosophie, et que je fus mis à apprendre les lois; auxquelles combien que je m’efforçasse de m’employer fidèlement, pour obéir à mon père, Dieu toutefois par sa Providence secrète me fit finalement tourner bride d’un autre côté. Et premièrement, comme ainsi soit que je fusse si obstinément adonné aux superstitions de la papauté, qu’il était bien malaisé qu’on put me tirer de ce bourbier si profond, par une conversion subite il dompta et rangea à docilité mon cour; lequel, eu égard à l’âge, était par trop endurci en telles choses. Ayant donc reçu quelque goût et connaissance de la vraie piété, je fus incontinent en flambé d’un si grand désir de profiter, qu’encore que je quittasse pas du tout les autres études, je m’y employais toutefois plus lâchement. Or je fus ébahi que devant que l’an passât, tous ceux qui avaient quelque désir de la pure doctrine se rangeaient à moi pour apprendre, combien que je ne fisse quasi que commencer moi-même.

Jean Calvin

Début de l’ « Épître au Roi »

Au commencement que je m’appliquai à écrire ce présent livre, je ne pensais rien moins, Sire, que d’écrire choses qui fussent présentées à votre Majesté. Seulement mon propos était d’enseigner quelques rudiments, par lesquels ceux qui seraient touchés d’aucune bonne affection de Dieu fussent instruits à la vraie piété. Et principalement (je) voulais par ce mien labeur servir à nos Français, desquels j’en voyais plusieurs avoir faim et soif de Jésus-Christ, et bien peu qui en eussent reçu droite connaissance. Laquelle mienne délibération on pourra facilement apercevoir du livre, en tant que je l’ai accomodé à la plus simple forme d’enseigner qu’il m’a été possible.

Mais voyant que la fureur d’aucuns iniques s’était tant élevée en votre royaume, qu’elle n’avait laissé lieu aucun à toute saine doctrine, il m’a semblé être expédient de faire servir ce présent livre, tant d’instruction à ceux que premièrement j’avais délibéré d’enseigner, qu’aussi de confession de foi envers vous, pour que vous connaissiez quelle est la doctrine contre laquelle d’une telle rage furieusement sont enflambés ceux qui par feu et par glaive troublent aujourd’hui votre royaume.

Jean Calvin

Pour en savoir plus :

 

 

1534 : Bchers et guerres 1534 : Bchers et guerres 1534 : Bchers et guerres 1534 : Bchers et guerres

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1534-1598 : Bûchers et guerres de religion

  • 1534 : affaire des placards et début des répressions
  • 1559 :  Anne du Bourg, conseiller au parlement de Paris, est pendu et brûlé comme hérétique
  • 1562 : massacre de Vassy, guerres de religion -> 1598
  • 1559 : début d’organisation officielle des églises réformées à Paris et en France, avec le premier synode (réunion des délégués et pasteurs de chaque paroisse)

L’affaire des placards dénonçant les "horribles abus de la messe papale", largement diffusés et apposés jusque sur la porte de la chambre du roi à Amboise le 18 octobre 1534, suscite la répression. Lire la Bible en français est interdit. Le milieu de l’imprimerie et de l’humanisme est particulièrement suspect, mais toutes les classes sociales -artisans, négociants, nobles- sont touchées par "les idées nouvelles" taxées d’hérésie. Les assemblées clandestines sont sanctionnées par l’arrestation et la condamnation des participants au bûcher en place de Grève devant l’hôtel de ville, au Marché aux Pourceaux, à la Croix du Trahoir et place Maubert. Un édit de 1535 tente même d’interdire l’imprimerie dont les activités sont essentiellement regroupées autour de la rue Saint-Jacques et les pentes de la montagne Sainte-Geneviève.

La première église "à la mode de Genève" est "dressée" à Paris en 1555, rue des Marais Saint-Germain (actuelle rue Visconti) à l’occasion du baptême d’un nouveau-né. "Dressée" signifie dotée d’un conseil d’anciens qui désigne un pasteur pouvant administrer les deux sacrements reconnus par les réformés : la Cène et le Baptême. Jean Le Maçon de Launay de la Rivière, un jeune étudiant en droit de 22 ans passé par Lausanne et Genève où est établi Calvin, devient ainsi le 1er pasteur nommé par ses coreligionnaires à Paris. De nombreux protestants s’établissent rue des Marais, surnommée "la petite Genève", peu surveillée, hors les murs, et à cheval sur les juridictions de l’Université et de l’abbaye. Ils doivent commencer à enterrer discrètement les leurs dans le cimetière de la rue des Saints-Pères dont des colonnes dressées et une plaque apposée au n°30 perpétuent le souvenir.

En 1557, une assemblée protestante est surprise rue St-Jacques. On arrête 120 personnes. Sept sont brûlées vives ; Philippe de Luns, dame de Graveron, une jeune veuve de 23 ans, revêt sa robe de mariée (disant qu’elle allait rejoindre son époux céleste) pour monter à l’échafaud, elle est pendue Place Maubert après avoir été brûlée aux pieds et au visage.

En mai 1558, le pasteur Macar écrit à Calvin que des assemblées de 5000 personnes chantent des psaumes au Pré aux Clercs. Ces réunions prennent la tournure de démonstrations de force avec la présence de gentilshommes à cheval parmi lesquels Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et aboutissent à des affrontements avec la police.

En 1559, le 1er synode constitutif de l’église réformée de France se réunit clandestinement, au n°4 rue des Marais, dans une auberge tenue par un protestant nommé Le Vicomte. L’assemblée des représentants de 72 églises locales, présidée par le pasteur François de Morel, définit une organisation ou "discipline", et proclame la première confession de foi qui sera ratifiée au synode de la Rochelle en 1571.

Lors de la Mercuriale réunie aux Augustins le 10 juin 1559, Anne du Bourg, conseiller au Parlement de Paris, dénonce devant Henri II la négligence des cardinaux dans leurs fonctions : il est embastillé. La mort du roi, à la suite du funeste tournoi qui l’oppose à Montgomery, n’incline pas à la modération. Du Bourg rédige une longue confession de foi (recueillie par Antoine de Chandieu, pasteur à Paris de 1559 à 1563) qui lui vaut d’être pendu et brûlé comme hérétique en place de Grève, le 23 décembre.

Anne du Bourg brûlé en place de grève à Paris en 1559

Le Colloque de Poissy (1561) réunissant des évêques catholiques et des pasteurs réformés (avec en premier lieu Ttéodore de Bèze venu de Genève pour l’occasion), ne fut pas loin de permettre une solution d’entente. Hélas, cette chance de paix fut laissée de côté.

Le Colloque de Poissy par Fleury

De 1562 (Massacre de Wassy) à 1598 (Edit de Nantes), les guerres de religion divisent la France. Paris est le plus souvent dans le camp catholique des ligueurs menés par François de Guise et son frère le cardinal de Lorraine qui complotent dans leur hôtel du quartier du Marais (Hôtel de Soubise, Archives nationales) rue des Francs-Bourgeois, et organisent des processions mêlant moines armés et populace surexcitée.

L’Edit d’Amboise de mars 1563 interdit le culte à Paris, mais il se maintient secrètement par la lecture de la Bible en famille et des réunions clandestines chez des nobles et des particuliers. Ainsi, chez Pierre du Rozier, rue du Coq (actuelle rue Marengo) en 1567, où, en cas de danger, on transforme vite la pièce en salle de jeu. Tenir une assemblée chez soi, est sanctionné par le bûcher et la destruction de sa maison : à l’angle nord-ouest des rues des Lombards et Saint-Denis, aucune construction n’a jamais été rebâtie à l’emplacement de la maison de la famille Gastines qui y tenait des assemblées. Le parlement ordonna en 1571 que la maison soit rasée, qu’il n’en soit jamais reconstruite, et qu’une pyramide surmontée d’une croix portant une plaque de cuivre rappelle les raisons du jugement.

Catherine de Médicis s’efforça de maintenir une coexistence pacifique entre catholiques et protestants afin de préserver le pouvoir des Valois face aux Guise, catholiques radicaux, aux Montmorency et aux Bourbon modérés comportant des branches huguenotes. Sous les derniers Valois, des protestants œuvrent dans l’entourage immédiat du pouvoir : Jean Goujon orne de ses sculptures la nouvelle aile du Louvre ; Bernard Palissy exécute une grotte dans le jardin des Tuileries. Ambroise Paré est le médecin de quatre rois, il soignera les blessures du connétable de Montmorency, d’Henri II, comme de l’Amiral de Coligny. Le mariage de Margot avec le fils de Jeanne d’Albret, allait dans ce sens mais, quelques jours après les fastes de la cérémonie, le massacre de la Saint Barthélémy transforme ce mariage en bain de sang.

Pour en savoir plus :

 

 

1572 : La Saint-Barthlmy 1572 : La Saint-Barthlmy 1572 : La Saint-Barthlmy 1572 : La Saint-Barthlmy 1572 : La Saint-Barthlmy 1572 : La Saint-Barthlmy 1572 : La Saint-Barthlmy

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1572 : Le massacre de la Saint-Barthélémy

24 août 1572 : la Saint Barthélemy stigmatise la fracture du royaume. La cloche du Louvre, relayée par celle de Saint-Germain-l’Auxerrois donne le signal du massacre. Gaspard de Coligny, blessé la veille, est assassiné en son hôtel de la rue de Béthisy (Situé à une centaine de mètres du Louvre, à la hauteur du 136 rue de Rivoli  et non du 144 comme l’indiquait une plaque). 2000 à 3000 protestants sont tués à Paris (Chiffre retenu par les historiens pour les victimes à Paris, 10 000 pour la France), dont beaucoup de seigneurs provinciaux venus assister au mariage d’Henri de Navarre et Marguerite de Valois célébré le 18 août.

édit de Nantes

Catherine de Médicis sortant du Louvre et contemplant les protestants massacrés à la Saint Barthélémy

En 1571, Catherine de Médicis décida de marier sa fille, sœur du roi Charles IX, avec le prince protestant Henri de Navarre. II semblait qu’ainsi la paix religieuse serait confirmée en France.

Coligny s’y laissa tromper, car il ne pensait qu’à la grandeur de la France. Un autre projet l’occupait lui même. Les populations belges, soulevées contre la tyrannie catholique de Philippe II et des gouverneurs espagnols des Pays-Bas, demandaient que les Français vinssent à leur secours. Si Charles IX avait accepté, la Belgique entrait dans le royaume. Le jeune roi consentit un instant à cette guerre. II appela Coligny à la Cour, écouta ses conseils et pour un temps, parut échapper à l’influence de sa mère.

Mais la conquête des Pays-Bas espagnols aurait été une victoire pour le protestantisme. Les catholiques ardents, liés à l’Espagne, ne pouvaient y consentir. La mort de Coligny et des chefs protestants fut alors décidée. On parlait depuis six ans de cette tuerie. Les grands huguenots étaient justement réunis à Paris pour le mariage d’Henri de Navarre; on ne pouvait trouver une meilleure occasion d’en finir d’un seul coup avec les réformés. Catherine de Médicis, trois seigneurs, italiens d’origine comme elle (Gondi, Birague et Gonzague), le frère du roi (Henri d’Anjou) et le maréchal de Tavannes, furent l’âme de cette infâme trahison.

Le 22 août 1572, près du Louvre, Coligny fut frappé d’un coup de feu. L’assassin échappa, ayant seulement blessé l’amiral. Le roi furieux promit qu’il vengerait le crime. Mais sa mère réussit à le ressaisir complètement, et il consentit à achever jusqu’au bout la besogne de mort.

Dans la nuit qui précéda le dimanche 24 août, jour de Saint-Barthélemy, les tueurs de Paris, qui avaient chacun leur victime désignée, assassinèrent dans leurs demeures les plus notables des chefs protestants. Le premier qui mourut fut Coligny lui-même, dont le corps fut insulté par le duc Henri de Guise, puis mutilé et traîné par la populace jusqu’au gibet.

gravure du XVIe siècle représentant l’assassinat de Coligny et les massacres de protestants à la Saint Barthélémy

gravure du XVIe siècle représentant l’assassinat de Coligny et les massacres de protestants à la Saint Barthélémy

Les gentilshommes huguenots logés au Louvre furent désarmés, réunis dans la cour et tués en un monceau. La cloche du Palais de Justice et celle de Saint-Germain-l’Auxerrois sonnaient l’émeute. Après les chefs, les bourgeois et, d’une manière générale, tous les protestants qu’on put découvrir, furent égorgés. On n’épargna pas les femmes, ni même les enfants. Les corps, mis à nu, étaient jetés dans la Seine.

Les meurtres et le pillage durèrent toute la journée du 24 et se poursuivirent jusqu’au 28. Les seuls gentilshommes qui échappèrent furent ceux qui logeaient au faubourg Saint-Germain, hors des murs, et qui s’enfuirent, ou ceux qui, dans la ville, purent se cacher chez des catholiques amis. Il périt plus de 4 000 huguenots à Paris. On inhuma vers Saint-Cloud, à une boucle de la Seine, 1 800 corps que le fleuve avait laissés sur la berge.

Les massacres en France. - Des courriers royaux expédiés aux principales villes de France portèrent des lettres de Charles IX qui parlaient d’une conspiration huguenote que le roi avait déjouée. Mais ces envoyés avaient mission d’ordonner - verbalement aux gouverneurs catholiques de procéder comme à Paris. Presque partout, on exécuta une partie au moins de ces ordres secrets : les protestants furent enfermés dans leurs maisons, ou conduits dans les prisons, et leurs biens furent confisqués.

A Meaux, à Orléans, La Charité, Saumur (26 et 27 août), les ordres du roi furent totalement suivis et la boucherie y fut aussi horrible qu’à Paris. En quelques régions, à Alençon, à Nantes, en Auvergne, à Dijon, à Grenoble, en Provence, les gouverneurs attendirent les commandements écrits, qui ne vinrent pas, et les protestants furent épargnés. En d’autres lieux, les gouverneurs, après avoir hésité quelque temps, laissèrent des bandes de fanatiques, conduites quelquefois par des magistrats de la ville, forcer les portes des prisons pour y tuer à coups de couteau les protestants enfermés (Lyon, 31 août, où 800 morts furent jetés dans la Saône ; Troyes, le 4 septembre ; Bourges, les 8 et 9 septembre, 300 morts ; Rouen, le 17 septembre, 400 morts ; Romans en Dauphiné, du 20 au 22 septembre). Dans le Midi, Bordeaux et Toulouse virent les mêmes horreurs le 3 octobre, sur un ordre tardif qu’on apporta de Paris et qui parvint aux deux villes dans la même journée. Ailleurs, des troupes isolées de massacreurs coururent la campagne pour y chercher des victimes éparses (Soissons, Vitry-le-François, Vienne en Dauphiné).

La nouvelle de la tuerie de Paris fut immédiatement portée à Rome, où le cardinal de Lorraine déclara qu’il l’avait conseillée depuis plusieurs mois. Le pape, à qui l’on parla officiellement d’une conspiration huguenote, ordonna des actions de grâces. Il fit exécuter un tableau de la scène et frapper une médaille commémorative. Rentré en France, le cardinal de Lorraine, au nom du clergé du royaume, félicita publiquement le roi de son acte ; il lui remit, de la part de l’Eglise, à titre de remerciements, un don d’argent considérable, avec, en plus, 800 000 livres pour Henri d’Anjou.

Médaille comémorant le masélémy, par Charles IXsacre de la Saint Barth
Médaille frappée par le roi
de France, Charles IX
pour célébrer le massacre
de protestants
à la Saint Barthélémy 1572
Médaille comémorant le masélémy, par Charles IXsacre de la Saint Barth
Médaille frappée par le pape,
Grégoire XIII
pour célébrer le massacre
de protestants
à la Saint Barthélémy 1572
Peinture de Giorgio Vasari célébrant le massacre de la Saint Barthélémy, dans le palais du pape au Vatican
Fresque de Vasari représentant le massacre de la Saint Barthélémy

La Saint-Barthélemy porta un coup terrible aux Eglises réformées de France. Partout on força les réchappés à rentrer dans le sein du catholicisme. A Paris, on parlait de 5 000 abjurations. Un nombre considérable de pasteurs, même des régions où les massacres n’avaient pas eu lieu, s’exilèrent à Genève, Lausanne, Bâle, sur les rives du Rhin, à Jersey, en Angleterre. Beaucoup de laïcs notables suivirent leurs ministres et s’établirent pour toujours hors de France.

Deux textes :

La mort de Coligny (1572)

Le premier tocsin entendu, le duc de Guise, le chevalier d’Angoulême et le duc d’Aumale viennent au logis de l’amiral qui, oyant le bruit, s’imagina que c’était une émeute contre le roi même. Mais il changea d’opinion quand Cosseins (chargé par Charles IX de garder la porte) s’étant fait ouvrir par celui qui avait les clefs, le poignarda à la vue des Suisses, desquels un fut tué en voulant remparer la porte.

Quelques Suisses accoururent avec d’autres domestiques, reprirent la porte en la poussant et mirent des coffres derrière. Un jeune homme s’encourut à la chambre, de laquelle s’étaient déjà sauvés les familiers de Coligny. Il n’y était resté que Nicolas Muss, interprète (pour la langue allemande) qui ne se voulut sauver, quoique prié par son maître, qui leur avait dit Mes amis, je n’ai plus que faire de secours humain, c’est ma mort, que je reçois volontiers de la main de Dieu ; sauvez-vous. »

Cosseins ayant fait rompre la porte avec quelque effort, trouva l’amiral à genoux, appuyé contre son lit. L’amiral, le voyant, et Besme (ancien page du duc de Guise) qui se jetait devant Cosseins et lui demandait : « N’es-tu pas l’amiral ? », la réponse fut : « Jeune homme, respecte ma vieillesse. » Et puis, au premier coup : Au moins, dit-il, si je mourais de la main d’un cavalier et non point de ce goujat I » A ces mots, Besme lui redoubla un coup d’épée à travers le corps, et en la retirant lui donna sur la tête un grand coup de taille.

Les ducs de Guise et d’Aumale et le chevalier d’Angoulême, qui déjà étaient arrivés dans la cour du logis, demandèrent si la besogne était faite, et Besme ayant répondu que oui, on lui demanda de jeter le corps par la fenêtre, ce qu’il fit, et l’amiral, non encore mort, se prit des mains à un morceau de bois qu’il emporta. On dit qu’ils lui passèrent le mouchoir sur le visage pour ôter le sang et le reconnaître, et aussi que le duc lui donna du pied dans le ventre avant de s’en aller par les rues pour donner courage partout à bien achever ce qui était heureusement commencé.

D’après D’Aubigné (Histoire universelle, livre VI)

 

Cantique sur le massacre de la Saint-Barthélemy

Toutes nos voix faites plaintes,
Toutes nos lampes éteintes,
Tous nos temples démolis,
Nos Eglises dissipées,
Nos unions déliées
Et nos prêches abolis,

Toutes nos maisons volées,
Toutes nos lois violées,
Tous nos hôtels abattus,
Tous nos livres mis en cendre,
Tous nos cœurs prêts à se rendre,
Tous nos esprits combattus...

Nos lits et nos chambres veuves,
Nos bois, nos champs et nos fleuves
Rougis de sang épandu...
Dans le bruit de leur silence,
Sans crier, crient vengeance
Des lacs qu’on leur a tendu !...

Parmi tant d’âpres souffrances,
A tes divines vengeances,
Nous avons recours, Seigneur.
Las ! Voudrais-tu bien permettre,
Tant de meurtres se commettre
Aux dépens de ton honneur?

D’une canaille infidèle
La Jérusalem nouvelle
Est la proie et le butin,
Et Sion, ton héritage,
Est démembrée par la rage,
D’un cruel peuple mutin.

Leurs cruautés excessives
Ont bordé toutes les rives
Des corps morts de tes élus,
Et leurs lames criminelles,
Dans le sang de tes fidèles,
Ont tous leurs tranchants pollu.

Sortant comme de leurs ruches,
Ils ont dressé des embûches,
Puis en leurs cours ils ont dit
« Tuons tout » c’est la journée
Qui nous était destinée
Pour tuer tout dans le lit I »...

Etienne de Maisonfleur
gentilhomme huguenot,
texte composé le 30 août 1572,
six jours après les massacres de Paris

Pour en savoir plus :

 

 

1598 : dit de Nantes 1598 : dit de Nantes

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1598 : L’Édit de Nantes par Henri IV

Henri IV mettra quatre années pour prendre possession de Paris; il lui faudra auparavant combattre les armées ligueuses des Guise, abjurer solennellement à Saint-Denis, être couronné à Chartres, assiéger Paris et y pénétrer par ruse le 22 mars 1594.

Le roi s’est converti, mais il s’entoure de protestants qui reviennent à Paris, occupent des fonctions importantes, se font une place dans le commerce et la finance.

Henri IV s’attache à moderniser, embellir et désenclaver la ville, faisant œuvre d’urbaniste. Il confie à Androuet du Cerceau la création d’un nouvel axe Nord-Sud avec le Pont Neuf -sans construction, uniquement dédié à la circulation-, assorti du programme immobilier de la place Dauphine dont le promoteur est Achille de Harlay. Le jardin des Tuileries est planté de mûriers à l’instigation d’Olivier de Serres. Les architectes protestants Androuet du Cerceau et Salomon de Brosse construisent la Place Royale (future place des Vosges) où s’installeront de nombreux coreligionnaires dont le marquis de Ruvigny, gouverneur de la Bastille, Isaac Arnauld, le contrôleur du commerce et de l’industrie Barthélemy de Laffemas, les de Beringhen, secrétaires du roi.

Sully, le plus proche conseiller du roi, accumule les charges; il habite à l’Arsenal puis place Royale avant de se faire construire l’hôtel de la rue Saint Antoine.

Les faubourgs Saint-Germain et Saint-Marcel (Gobelins) sont toujours parmi les quartiers privilégiés par les protestants (les Gobelins teinturiers et liciers se sont établis au bord de la Bièvre au XVes. ; ralliés très tôt à la Réforme, ils fréquenteront le temple de Charenton). M.-E. Richard précise qu’alors, "Paris dénombrait alors 20 000 à 30 000 fidèles, soit le dixième de la population ... il s’agissait souvent de membres de classes élevées, dont l’importance sociale et économique était considérable. La sœur du roi, Catherine, avait conservé la foi de sa mère; des ministres, des ducs et pairs, des hauts fonctionnaires allaient au prêche qu’elle faisait célébrer dans le Louvre même", dans la salle des Caryatides qui pouvait contenir 5000 personnes, ou en son hôtel de Soissons, lors de ses séjours parisiens. Les pasteurs de l’ « Eglise de Madame » sont d’anciens aumôniers de son frère, comme François de Lobéran de Montigny, Antoine de La Faye et Jacques Couët, qui, après 1598, animeront le consistoire de Paris.

édit de Nantes

Edit de Nantes

En 1598, Henri IV, avec l’édit de Nantes reconnaît la liberté de conscience mais le culte ne peut être pratiqué que dans certaines conditions, pas à moins de 4 lieues de Paris.

Josias Mercier l’accueille à Grigny en 1599, puis un temple est construit à Ablon-sur-Seine (1600-1603), et enfin à Charenton, où le temple construit sur les plans de Salomon de Brosse en 1607 pouvait contenir 4000 personnes. Les parisiens s’y rendaient à pied ou par coche d’eau, ce qui représentait une véritable expédition et la navigation sur la Seine était souvent périlleuse.

19 pasteurs officièrent à Charenton. Pierre du Moulin (de 1599 à 1621), Michel Le Faucheur (1637 à 1657), Jean Mestrezat (1614 à 1657), Jean Daillé (1626 à sa mort en 1670), Charles Drelincourt (1620 à sa mort en 1669), Jean Claude (1666 à 1685), Pierre Allix (1671 à 1685 mort 1717) en sont les plus marquants, atteignant un large cercle par la publication de leurs sermons ou leurs écrits relevant de la littérature d’édification et de la controverse.

Dès 1598, et surtout après la paix d’Alès (1629) qui met un terme aux guerres de religion de Louis XIII (sièges de La Rochelle et de Montauban), la Contre-Réforme par ses controverses et ses influences multiples travaille à obtenir des conversions sincères ou forcées. Pierre de Bérulle fonde en 1611, à Paris, l’Oratoire de France afin de former une élite de prêtres, théologiens et prédicateurs, pour lutter contre l’hérésie protestante…

Rares sont les protestant en vue, mais Valentin Conrart (Paris 1603-1675), conseiller-secrétaire de Louis XIII, réunit chez lui un cercle d’hommes de lettres qui formeront le noyau de l’Académie française dont il rédigera les règlements pour Richelieu en 1635. Il en sera le premier secrétaire, fonction qu’il conservera jusqu’à sa mort en dépit de son appartenance à la religion réformée et de liens avec les pasteurs de Charenton. Egalement protestant, Paul Pellisson rédigera la première histoire de l’Académie française, sera le secrétaire de Fouquet puis le biographe du roi, mais il abjurera en 1670.

Pour en savoir plus :

 

 

1611 : Fondation de l'Oratoire 1611 : Fondation de l'Oratoire 1611 : Fondation de l'Oratoire 1611 : Fondation de l'Oratoire 1611 : Fondation de l'Oratoire

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1611 : La fondation de l’Oratoire

  • Novembre 1611: fondation de la congrégation des prêtres de l’Oratoire par Pierre de Bérulle
  • 22 septembre 1621 : pose de la première pierre de l’église selon les plans de l’architecte Métezeau
  • 23 décembre 1623 : Louis XIII fait de l’église des Oratoriens la chapelle royale du palais du Louvre. De grands événements y sont célébrés : funérailles solennelles (Richelieu, Louis XIII) , actions de grâce pour la santé des rois, concerts spirituels.

Tout, pour l’Oratoire, commence à Rome vers 1533, avec l’arrivée de Philippe Néri, jeune florentin né en 1515. Ordonné prêtre en 1551, il s’installe à San Girolamo, où il prêche dans les combles de l’église, l’«Oratorio ». Ce nom d’Oratoire désigne à l’origine tout simplement « un lieu de prière », mais Philippe de Néri désigne de ce nom des « exercices spirituels » qu’il propose à des prêtres et des laïcs dans une recherche commune d’une vie spirituelle plus profonde centrée sur la personne de Jésus. L’Oratorio est constitué de prière, de prédication, de lecture et de méditation de la Bible et de la vie des saints.

Le nom d’Oratoire désigne bientôt la congrégation qui va se constituer autour de Philippe de Néri, grâce à son rayonnement à la fois joyeux et spirituel, cette congrégation devient une institution légale en 1575 grâce à une bulle de Grégoire XIII, qui attribue l’église de la Valicella, où prêche désormais Philippe.

En France, Pierre de Bérulle, né en 1575, ordonné prêtre en 1599, est confronté à un clergé avide de bénéfices, qui a perdu son âme. Désireux de restaurer le sacerdoce en le sanctifiant, Pierre de Bérulle va s’inspirer de l’Oratoire de Philippe de Néri pour fonder l’Oratoire en France. Le 11 novembre 1611, avec cinq autres prêtres, « une société de prêtres, sans obligation de vœux, où l’on tendra de toutes ses forces à la perfection sacerdotale, pour en exercer toutes les fonctions et pour former à la piété ceux qui y aspirent ». C’est la naissance de « l’Oratoire de Jésus ». Nouveauté pour l’époque, cette congrégation est « séculière », sans les vœux que prennent les moines et moniales. La même année, elle est reconnue par lettres patentes du Roi (Louis XIII), et le 10 mai 1613 par une lettre d’approbation du pape Paul V.

À la mort de Bérulle en 1629, les oratoriens sont environ quatre cents prêtres répartis en une soixantaine de maisons. Leur église de la rue Saint-Honoré à Paris, achevée seulement en 1750, est devenue la paroisse de la Cour.

Plutôt que de se définir par une activité ou un ministère spécifiques, l’Oratoire se caractérise par un « esprit ». Cet esprit, difficile à caractériser, s’exprime néanmoins à travers un certain nombre de traits communs: une relation privilégiée à Jésus Christ; une volonté de conjuguer vie spirituelle et intérêt pour la vie intellectuelle et la culture; le sens de l’infinie complexité et de l’individualité de chaque être humain; un effort d’intelligence du monde dans lequel nous vivons, avec une attention particulière portée à l’évolution des mentalités; et une attitude de sympathie et de solidarité avec un monde en proie aux doutes et aux questionnements concernant le sens de l’existence.

Contrairement aux violences contre les protestants du XVIe siècle (et celles des siècles précédents contre Pierre Valdo, Jean Hus...), la contre réforme de personnes comme le cardinal de Bérulle est certes une contre-réforme mais faite d’une façon positive : en se réformant soi-même, d’abord, mais aussi en dialoguant avec des théologiens protestants au cours de controverses mémorables.

Intellectuels oratoriens : Massillon, Malebranche et Simon (entre autres)

Massillon
OEuvre majeure de l’Oratorien Richard Simon, qui a ouvert la porte à la lecture moderne de l’Écriture

Les oratoriens, qui comptent dans leurs rangs des hommes ayant reçu une solide formation théologique, plusieurs étant même docteurs en Sorbonne, sont très recherchés comme prédicateurs. C’est l’époque où l’on entreprend de vastes campagnes de prédication, dans les villes comme dans les campagnes, qui durent plusieurs semaines (et parfois même plusieurs mois) destinées à ré-évangéliser des populations entières.

Les prédicateurs oratoriens, sont, semble-t-il, particulièrement appréciés pour leur érudition scripturaire et patristique, leur amabilité, et leur vie spirituelle toute nourrie de Jésus Christ. Le Père Bourgoing, deuxième successeur de Bérulle, les exhorte en ces termes: « Il vous faut recevoir de Dieu ce que vous voulez donner au prochain... Il faut que Jésus vive en vous et parle en vous, afin qu’il opère et qu’il parle par vous".

Plus tard, l’Oratoire connaîtra des prédicateurs illustres dont le nom a marqué l’histoire: le plus connu sous l’Ancien Régime est Jean-Baptiste Massillon (1663-1742) dont l’art oratoire séduit d’abord la province puis Paris et le Versailles de Louis XIV.

Le travail intellectuel

La vie et la recherche intellectuelles ne sont pas pour les oratoriens une activité parmi d’autres, qui serait réservée à quelques spécialistes. Tous doivent s’y consacrer, dans la mesure de leurs possibilités. L’intelligence humaine doit se mettre au service de la foi, mais sans en être l’esclave: l’une et l’autre doivent conjuguer leurs efforts dans la recherche de la vérité. Il est donc nécessaire d’être attentif au mouvement des idées et à l’évolution des mentalités.

Ainsi, Bérulle lui-même encourage le jeune Descartes, qui aura des relations encore plus suivies avec le Père Gibieuf, nommé en 1617 Supérieur de la maison de Paris. Le cartésianisme se répand parmi les membres de la congrégation, malgré le risque qu’il comporte d’une évolution vers un rationalisme subversif.

Le philosophe le plus illustre de l’Oratoire sous l’Ancien Régime est Nicolas Malebranche (1638-1716). Il s’imprègne de la pensée de Descartes qu’il entreprend de christianiser. Tout en voyant bien, en effet, la puissance de renouvellement de la philosophie cartésienne, l’oratorien en perçoit aussi les dangers. Là où Descartes ne voit dans la raison qu’une lumière naturelle, Malebranche y voit une lumière divine. Car ce philosophe est aussi un contemplatif, nourri de la spiritualité de Bérulle, et un homme convaincu de la possibilité d’établir une relation harmonieuse entre science, philosophie et foi chrétienne. Il s’emploie à cette tâche, en définit la méthode, et en précise les exigences dans ses livres, notamment dans La Recherche de la vérité.

Richard Simon et la naissance de l’exégèse

L’exégèse biblique est brillamment illustrée par Richard Simon (1638-1712). Il connaissait le grec, l’hébreu, l’araméen, indispensables à l’approche des manuscrits anciens et des textes originaux de la Bible. Il connaissait également les méthodes d’exégèse traditionnelle du judaïsme et celles des pères de l’église.

Richard Simon avait été nommé pour faire un inventaire de la magnifique bibliothèque de l’Oratoire, qui était dans la maison qui jouxtait l’église, bibliothèque contenant en particulier une importante collection de manuscrits en hébreux et grec provenant de Constantinople et ramenés par M. Harlay de Sancy qui y avait été ambassadeur. L’érudition de Richard Simon le rendait apte à ce travail. Cela était tout à fait dans son goût, et il mit à profit ce qui devait être un simple travail de recensement pour lire tous ces livres ! Ce qui fait que le travail ne pris pas que quelques mois mais plusieurs années de travail inlassable. Le catalogue des œuvres rendu par Richard Simon ne formait qu’un cahier de 16 feuillet in 4° donnant une simple liste sans autre détails, mais le fruit du travail de Richard Simon allait infiniment plus loin.

Par la qualité de son travail, la rigueur de sa méthode, il est considéré aujourd’hui comme le créateur de l’exégèse moderne ou de l’étude scientifique de la Bible. Hélas, une pensée trop en avance sur celle de son époque et son caractère ombrageux choquent beaucoup d’esprits et conduisent à son exclusion de la congrégation de l’Oratoire.

Son œuvre majeure, qui a vraiment marqué l’histoire de l’interprétation de la Bible, est son Histoire critique du Vieux Testament, il y reconnaît l’impossibilité d’attribuer à Moïse la rédaction du Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible).

Richard Simon travailla également à une traduction de la Bible. Il engagea ce travail pour son Histoire critique mais aussi à l’appel des protestants. En 1676, le consistoire réformé du temple de Charenton (le grand temple de Paris) sous l’inspiration des pasteurs Claude et Allix, demande à Richard Simon de travailler ensemble à une nouvelle traduction de la Bible en français. Les bibles qui existaient alors étaient déjà anciennes, la plus utilisée alors était la Bible d’Olivétan datant de 1535, même si elle a été revue par Calvin, puis par d’autres au cours du XVIIe siècle, elle commençait à dater, surtout du point de vue de la langue (qui avait évolué d’une manière assez importante en 150 ans).

Richard Simon met au point une méthode, un plan de travail pour réaliser une traduction de la Bible la plus sérieuse possible. Il publiera ce plan dans son Histoire critique : il commence par établir quel est le texte qu’on doit traduire, texte qui aura celui des Massorètes pour base (sages juifs qui ont ajouté les voyelles et des signes de ponctuation au texte hébreu original qui n’en comportait pas). Ce texte est contrôlé et éventuellement rectifié ou enrichi de vartiantes possibles à partir d’anciennes versions ou d’anciennes traductions de la Bible, qui proposent parfois d’autres voyelles possibles, ou une autre ponctuation.

Richard Simon propose ensuite d’étudier le vocabulaire, les différents sens possibles des mots hébreux en se servant de concordances (donnant l’ensemble des passages de la Bible qui comportent un même mot hébreu, ou une même racine). Il s’aide aussi des travaux des rabbins pour ce travail.

  • La traduction commence alors, en étant le plus proche du texte biblique tout en étant le plus clair possible, en évitant d’intercaler dans le texte des paraphrases explicatives.
  • Des notes sont également rédigées permettant de signaler des variantes, les sens divers, ainsi que des explications des termes techniques, mais pas de commentaires, ni de proposition d’interprétation.
  • Ce travail est complété d’un lexique expliquant certains mots, des cartes géographiques, et des tables chronologiques en fin de l’ouvrage.

Cette traduction choisissant de ne pas insérer de notes d’interprétation, elle était destinée à pouvoir être utilisée par les protestants comme par les catholiques. Cet objectif qui était essentiel aux yeux de Richard Simon lui vallut les foudres de Bossuet qui jusque là le soutenait bien.

Par contre, les pasteurs de Charenton trouvèrent le plan de Richard Simon excellent, le travail commença, réparti entre Richard Simon et une équipe d’autres savants protestants. La Révocation de l’Édit de Nantes (Édit de Fontainebleau), en 1685 arrêta cette collaboration, les protestants étant soit partis se réfugier à l’étranger , soit cachés, soit arrêtés.

Simon continua donc seul, il publia sa traduction du Nouveau Testament en 1702, la traduction de l’Ancien Testament devait suivre peu après mais elle resta dans les cartons car Bossuet attaqua avec tant de vigueur la traduction du Nouveau Testament, accusant Richard Simon d’hérésie, qu’il fut condamné par le Conseil.

Pour en savoir plus :

 

 

1685 : dit de Fontainebleau 1685 : dit de Fontainebleau 1685 : dit de Fontainebleau 1685 : dit de Fontainebleau 1685 : dit de Fontainebleau 1685 : dit de Fontainebleau

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1685 : Édit de Fontainebleau (révocation de l’édit de Nantes)

Sous Louis XIV, des édits interdisent progressivement aux « prétendus réformés » la plupart des métiers ; les humiliations, les complications (dragonnades), l’envoi aux galères, les poussent à pratiquer silencieusement, abjurer ou émigrer.

Dragonnades ordonnées par le roi

Dragonnades
la force tient lieu de raison

En 1685, l’aboutissement de cette politique amène Louis XIV à révoquer l’édit Nantes par l’édit de Fontainebleau mettant un terme à la coexistence de deux cultes dans le royaume.

Le temple de Charenton est détruit, les protestants n’ont plus de cimetière pour ensevelir leurs morts.

Les pasteurs ont 15 jours pour quitter le royaume : les pasteurs Claude, Mesnard et Allix quittent Paris pour la Hollande. Des anciens comme le duc de la Force sont emprisonnés à Vincennes.

Environ 200 000 protestants choisissent "le Refuge", c’est à dire l’exil en Hollande, Suisse, Allemagne ou Angleterre.

Certains abjurent du bout des lèvres mais pas du cœur. Les enfants peuvent être enlevés à leur famille, les jeunes filles confiées à une trentaine de couvents parisiens tenus par les Visitandines (rue Saint-Antoine) ou les Ursulines, spécialisées dans une éducation visant à leur conversion. L’Oratoire est un des lieux d’abjuration publique. En 1700, la princesse palatine Marie-Elisabeth des Deux-Ponts (Suède) y abjure; en 1702, Eléonore Charlotte de Wurtemberg-Montbéliard.

destruction du temple de Charenton en 1685

Destruction du grand temple de Charenton en 1685

L’application stricte de l’édit de Fontainebleau est un peu tempérée à Paris, la répression moins sévère que dans le reste du royaume grâce à la présence des ambassades étrangères. En principe, seuls les étrangers peuvent pratiquer leur foi dans les chapelles d’ambassades -extraterritoriales- des pays protestants -Hollande, Suède, Brandebourg, Angleterre et Danemark- mais les parisiens les fréquentent discrètement, des provinciaux plus ponctuellement, assistant à un culte, y faisant bénir leur mariage, baptiser leurs enfants. Ces actes sont consignés dans les registres. On y échange des nouvelles avec le Refuge et des conseils pour fuir. Ces ambassades changent souvent d’adresse au gré de la résidence des ambassadeurs et de leurs chapelains, mais sont le plus souvent situées sur la rive gauche aux abords du faubourg St-Germain.

L’ambassade de Suède où un culte est célébré à partir de 1626 sera presque toujours localisée rive gauche entre la rue du Bac et le faubourg St-Germain et le faubourg St-Jacques (à l’Hôtel Cavoye, rue des Saints Pères, en1641-45). Au XVIIIes, l’ambassade du Danemark et sa chapelle où prêchaient des pasteurs germanophones, suivront les résidences de l’ambassadeur rue de Bourbon, au coin de la rue du Bac, rue des Francs-Bourgeois, rue des Petits-Augustins, Place Royale (1763), quai Malaquais (1703-70), quai des Théatins... Au XVIIIe s, l’ambassade de Hollande est rue de Tournon.

Les infirmeries des ambassades de Suède et du Danemark soignent des malades protestants harcelés pour obtenir une conversion ou évincés des hôpitaux parisiens tenus par l’Eglise.

Des artisans luthériens sont attirés par Louis XIV et Louis XV pour compenser l’exode des ouvriers et artisans protestants partis avec leur savoir-faire. Ils s’établissent hors les murs au Faubourg St-Antoine, mais Jean-François Oeben, ébéniste du roi, sera logé à l’Arsenal. Son élève et successeur Jean-Henri Riesener terminera le bureau de Louis XV (Versailles) et habitera aux Gobelins. Protégé par son statut d’étranger, Isaac Mallet, banquier-négociant, descendant de huguenots rouennais émigrés en Suisse fonde à Paris en 1713 la maison Mallet et fréquente la chapelle de Hollande.

destruction du temple de Charenton en 1685

Assemblée du désert
(culte clandestin dans la nature)

Durant cette période dite du "Désert", les "Eglises sous la croix" sont animées dans la clandestinité par des pasteurs itinérants, formés à partir de 1726 au séminaire de Lausanne fondé par Antoine Court, qui réorganise le protestantisme par la convocation de synodes, le respect de la "discipline" calviniste, et donne une nouvelle vigueur au protestantisme. Ce terme d’Eglises sous la croix est associé dans la lunette axiale de la grande sacristie de l’Oratoire à la mémoire des pasteurs arrêtés à Paris dans les années 1689-1692 et qui finirent leurs jours dans des conditions d’isolement draconien dans les geôles du fort de l’Ile Saint-Marguerite, au large de Cannes. Il s’agit de Paul Cardel, Gabriel Maturin, Pierre de Salve de Bruneton, Matthieu de Malzac, Gardien de Givry, Elysée Giraud.  

Sous Louis XV, les ordonnances et édits sont toujours officiels. Par la déclaration de 1724 l’obligation catholique est imposée "à ceux de la RPR": obligation de faire baptiser les enfants dans les 24 heures dans les églises de paroisse, d’envoyer les enfants dans les écoles et au catéchisme jusqu’à 20 ans, obligation de recevoir le curé pour les malades qui sont menacés de confiscation de leurs biens et de bannissement s’ils recouvrent la santé. Un "certificat de bonne vie et mœurs et de catholicité" permet d’exercer certaines charges et métiers. Les dernières persécutions systématiques cessent en province vers 1752-55 ; à Paris, la présence des ambassades étrangères assure une certaine tranquillité. Les curés sont incités à être plus accommodants pour marier et baptiser les protestants, espérant les faire progressivement rentrer dans le rang. On traque les pasteurs et les assemblées clandestines, mais on ferme les yeux sur le culte familial. On taxe de "jansénistes" les partisans d’une moindre rigueur envers les huguenots.

Les pays protestants du nord de l’Europe connaissent à la fin du XVIIe et au XVIIIes. une prospérité intellectuelle, industrielle et commerciale. Au delà des frontières les savants des académies et universités européennes échangent leurs informations en une "République des Lettres", échappant à l’intolérance religieuse et à la censure. Les ouvrages religieux édités "au Refuge" circulent par les voies du négoce. Les protestants entretiennent des liens avec leurs cousins huguenots exilés, envoient leurs enfants (dès 8 ans) faire leurs études en Suisse, Allemagne, Hollande et Angleterre où ils reçoivent une solide éducation conforme à leurs souhaits et où ils se marient souvent (leur statut est ainsi reconnu, leurs enfants légitimes) avant de revenir et faire prospérer les affaires familiales. Ils contribueront à l’émergence d’une bourgeoisie protestante transnationale de banquiers, négociants et manufacturiers respectés et appréciés pour leur intégrité morale.

Les encyclopédistes ne se préoccupent pas directement du sort des protestants, mais ils reprennent beaucoup d’éléments au Dictionnaire de Pierre Bayle édité en Hollande, et le marquis Louis de Jaucourt, éduqué à Genève, Cambridge et Leyde, resté protestant tout en se pliant aux formalités du mariage et du baptême catholique, fournit un quart des articles de l’Encyclopédie. En 1763, Voltaire émeut l’opinion en publiant son Traité sur la tolérance dénonçant l’erreur judiciaire dont a été victime le protestant toulousain Jean Calas, accusé d’avoir tué son fils, et obtient sa réhabilitation posthume en 1765. Une fille de Calas épousera un chapelain de l’ambassade de Hollande.

Des contacts s’établissent entre les autorités et quelques pasteurs comme le nîmois Paul Rabaut qui vient à Paris en 1755 invité par le prince de Conti. Antoine Court de Gébelin, fils d’Antoine Court, vit ouvertement à Paris de 1763 à sa mort en 1784, considéré comme un des esprits les plus érudits de son temps, économiste, physiocrate, linguiste et membre influent de la franc maçonnerie "illuministe" de la loge des Neuf Sœurs. Le "comité" secret des réformés parisiens craint ses audaces et ne lui délègue pas de pouvoirs lorsqu’il veut faire reconnaître conjointement l’état civil et le culte public. Les protestants sont divisés quant à adopter une stratégie trop offensive, mais les mentalités évoluent en leur faveur. On brasse beaucoup d’idées "éclairées" dans les cercles des salons et des cafés, dont plusieurs sont familiers, comme Jean-Jacques Rousseau.

Pour en savoir plus :

 

 

1745 : Portail de l'Oratoire 1745 : Portail de l'Oratoire 1745 : Portail de l'Oratoire

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1745 : Construction du portail de l’Oratoire

  • 1740-1745 Les travaux de construction de l’église de l’Oratoire, interrompus depuis un siècle, reprennent sur les plans de l’architecte Caqué : les dernières travées de la nef et la façade de l’église rue Saint-Honoré sont achevées

Les travaux de construction de l’Oratoire, menés avec une grande rapidité, s’interrompent en 1625, par manque d’argent et à cause de difficultés pour acquérrir les derniers terrains nécessaires pour réaliser le plan prévu menant jusqu’à la rue Saint Honoré. La mort de Bérulle, en 1629, en empêchent la continuation.

Le 11 décembre 1739, les trésoriers de France faisaient injonction aux Oratoriens d’abattre leurs six maisons rues Saint-Honoré et du Coq, frappées de vétusté. Une expertise fut conduite le 25 mars 1740, prélude à leur destruction complète. On découvrit à cette occasion les fondations faites pour achever l’église - il manquait 2,60 mètres pour atteindre le portail sur la rue Saint Honoré dessiné sur le plan d’origine.

Le père Jean-Baptiste Sauge, supérieur de l’Oratoire, décida de mener à bien le chantier commencé sous Louis XIII.  L’idée n’avait jamais abandonnée. Une consultation d’architectes fut sans doute organisée, car on conserve deux propositions pour la nouvelle façade à bâtir : l’une, signée et datée de janvier 1740, est l’œuvre de Jacques V Gabriel, premier architecte du Roi ; l’autre de Gilles-Marie Oppenord, ancien architecte du Régent, connu comme un brillant décorateur. Plus modestement, les Oratoriens s’en remirent à leur architecte, qui agit ici également comme entrepreneur : Pierre Caqué, dont Blondel dit qu’il était « homme de beaucoup d’expérience et de capacité ». L’Oratoire est incontestablement son œuvre majeure.

serlienne dans l’Oratoire

Serlienne
(ouverture composée de trois parties, celle du milieu étant en plein cintre, encadrée de deux parties à linteau
)

L’année 1740 fut employée à faire les fondations de la façade et de la nef. Le chantier de la façade et de la nef fut mené à bien en trois ans, de 1744 à 1746. Sitôt le gros-œuvre achevé, Caqué fit procéder en 1746-1748 au ragrément et ravalement des intérieurs de l’édifice, afin d’harmoniser la pierre des deux parties, tandis qu’on démontait l’autel du XVIIe siècle et son fameux tabernacle. A cette occasion eut lieu une modification du parti d’origine : l’architecte supprima les serliennes de Lemercier dans les tribunes, exception faite de celle située dans l’axe du chœur. Autre changement, qui participe de cette « aération » : des grilles de fer forgé basses toutes identiques remplacèrent les clôtures de bois des chapelles, grilles que montre une gravure d’Allois de 1791.

La réalisation de la nef permit de rendre au chœur de Lemercier sa fonction. Caqué y dressa un nouveau maître-autel  à baldaquin, très imposant, pour lequel on fit un modello à grandeur en plâtre à la fin de 1747. Il fut réalisé l’année suivante et abritait un autel en tombeau, à l’antique, orné de sculptures dues à François Pollet, de l’Académie de Saint-Luc. L’ensemble a eu les honneurs de la gravure, par Le Canu.

Tout était terminé en 1748 et deux ans plus tard, le 12 juillet 1750, l’édifice commencé 130 ans plus tôt était enfin consacré par Mgr Languet de Gergy, archevêque de Sens, frère du célèbre curé de Saint-Sulpice.

 

 

1787 : dit de tolrance 1787 : dit de tolrance 1787 : dit de tolrance 1787 : dit de tolrance

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1787 : L’Édit de tolérance

Sous le règne de Louis XVI :

  • 1787 - Édit de tolérance : il rend l’état civil aux protestants, le droit de faire enregistrer les mariages et les naissances devant des magistrats civils, mais la célébration du culte public demeure interdit.
  • 1789 - Déclaration des droits de l’homme : apporte la liberté de conscience.
  • 1790 - Loi du retour : Un état civil est donné aux protestants et aux descendants de protestants ayant quitté la France pour fait de religion, en particulier après l’édit de Fontainebleau révoquant l’édit de Nantes, mais aussi les descendants des huguenots partis en 1560. Même s’ils furent peu nombreux par rapport au nombre de personnes parties, ce geste est important et cela permit le retour de Benjamin Constant, par exemple, parmi ces descendants d’expatriés.

La guerre d’indépendance américaine est très suivie en France, la déclaration d’Indépendance prônant en 1776 la liberté et l’égalité des hommes particulièrement bien accueillie. Benjamin Franklin en séjour à Paris entre 1776 et 1785 est reçu par toute la communauté scientifique et littéraire parisienne, La Fayette accueilli avec enthousiasme à la cour en 1787.

Louis XVI subit l’influence des Lumières et entreprend des réformes concernant le droit des personnes avec l’abolition de la torture. Il fait appel au financier protestant suisse Necker pour redresser les finances et accorde une subvention à Mme Necker lorsqu’elle fonde l’hôpital de la rue de Sèvres en 1778. Malesherbes publie en 1785 un mémoire sur le mariage des protestants insistant sur la nécessité d’un état civil ; il rencontre des pasteurs chez le marquis de Jaucourt (descendant de Duplessis-Mornay), dont l’hôtel est surnommé "la maison des Huguenots" lors des pourparlers de l’édit de Tolérance.

édit de Fontainebleau

Edit de Tolérance

Le 7 novembre 1787, Louis XVI signe à Versailles l’édit de Tolérance enregistré par le Parlement le 29 janvier 1788. La religion catholique demeure la religion officielle du royaume de France mais l’édit consacre juridiquement la présence des protestants en leur accordant l’état-civil, et admet l’existence d’un culte privé différent (protestant ou juif) quoique l’exercice du culte public demeure interdit. Il marque la fin officielle des persécutions et l’autorisation d’exercer la plupart les métiers libéraux et du commerce, à l’exclusion de ceux de l’administration et de l’éducation.

L’édit de Tolérance, encore très restrictif, est une première reconnaissance officielle du protestantisme français après un siècle de clandestinité et d’éviction. Les protestants aspirent à ce que leurs droits de citoyens soient pleinement reconnus, à la liberté et à une justice impartiale. A Paris, ils vont s’organiser, faire appel au pasteur Marron, ancien aumônier de la chapelle de Hollande, et louer dès que possible pour leur communauté un "digne" lieu de Culte dans l’église désaffectée Saint-Louis du Louvre. Par ses contacts privilégiés avec l’étranger où le protestantisme s’est développé sans contrainte, une élite protestante bourgeoise a acquis une vision internationale libérale et dynamique. Ces hommes vont participer aux évènements révolutionnaires, rejeter les violences de la Terreur et saisir toutes les opportunités que la reconnaissance juridique leur procurera. Le malheur les a rendus sensibles à l’arbitraire, à l’injustice civique et sociale; dans la prospérité ils prendront soin des défavorisés et feront souvent œuvre de philanthropie.

Dès le début de 1789, au moment des Etats-Généraux, les protestants, paysans et bourgeois, considèrent l’égalité politique depuis si longtemps réclamée comme un fait acquis. C’est l’Article X de la Déclaration des Droits de l’Homme, sous l’impulsion du député protestant Rabaut Saint-Etienne, qui formule, assez maladroitement, le principe de la liberté de conscience et de culte : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ».

En décembre 1789, la Constituante accepte que les non-catholiques soient admis à tous les emplois civils et militaires. Elle définit le citoyen actif (électeur, éligible) sans aucune mention confessionnelle. Elle autorise tacitement les Eglises à s’organiser à leur gré, et ainsi les protestants peuvent-ils acquérir ou louer des bâtiments pour leur culte : le 22 mai 1791, pour la première fois depuis le XVI°s. est célébré à Paris un culte protestant public officiellement autorisé, à Saint-Louis du Louvre !

L’Edit royal de décembre 1790 accorde la nationalité française à toute personne exilée pour cause de religion et restitution des biens confisqués par la Couronne (un nombre conséquent de Réfugiés, de Prusse et de Suisse notamment, reviendront en France…). La Constitution de 1791 garantit à tout citoyen « comme droit naturel et civil » la liberté « d’exercer le culte religieux auquel il est attaché ».

Les protestants se sont donc montrés dans l’ensemble favorables à la « Révolution bourgeoise » et aux « immortels principes de 89 » qui leur garantissaient enfin la pleine égalité des droits et la liberté de culte. Face à une Contre-Révolution d’essence aristocratique ou très catholique, les protestants s’affirment patriotes, mais tout aussi divisés que la nation : girondine à Caen, Bordeaux, Marseille et Nîmes, la bourgeoisie réformée est montagnarde à Montauban ou Sainte-Foy. Au demeurant, il n’y eut jamais de « groupe protestant » dans les assemblées révolutionnaires, où se distinguèrent quelques personnalités : Rabaut Saint-Etienne, Barnave, Boissy dAnglas, Jeanbon Saint-André…

Pour en savoir plus :

 

 

1791 : Saint Louis du Louvre 1791 : Saint Louis du Louvre 1791 : Saint Louis du Louvre 1791 : Saint Louis du Louvre 1791 : Saint Louis du Louvre

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1791 : Installation des protestants à Saint Louis du Louvre

1787 Edit de Tolérance. Cette année là, la révolution en Hollande prive l’Ambassade de Hollande, que fréquentaient des protestants français, de son chapelain, le pasteur Marron, descendant de huguenots. Il se met alors au service des protestants parisiens et regroupe peu à peu la communauté protestante.

Les protestants louent d’abord une salle rue Mondétour (rue Turbigo face à la rue du Cygne) où est célébré le 7 juin 1789 le 1er culte public autorisé à Paris, puis une plus grande rue Dauphine (siège de la Société des Enfants d’Apollon) puis, profitant de sa désaffectation à la Révolution, Saint-Louis du Louvre.

1791-1811 : Les réformés à Saint-Louis du Louvre

Le dimanche de Pâques, 22 mai 1791, le pasteur Marron préside la « première assemblée publique du culte protestant »  dans l’église Saint-Louis du Louvre. Une "société de personnes professant la religion protestante" loue l’édifice alors vacant, "presque tout meublé", à la Municipalité, avec autorisation de la Législative. Il est orné de la Déclaration des droits de l’Homme et du Notre Père. La chaire provient de l’église des Capucins de la rue St-Honoré et un orgue est placé sur la tribune de musiciens.

Par un courrier du 28 ventose an VII (mars 1799), le secrétaire général de la préfecture, M. Frochot met à la disposition du consistoire une partie de la "maison collégiale de St-Louis du Louvre" attenante à l’église rue St-Thomas, donnant également 44 rue des Orties, alors en cours de démolition. Certains bâtiments comportent 4 étages. Le pasteur Marron y habite ainsi que, sans doute, le concierge, le chantre et l’organiste. Un "cimetière des protestants situé derrière l’église St-Louis" est mentionné dans une missive  de 1793.

Par arrêté consulaire du 2 décembre 1802, l’église Saint-Louis du Louvre est affectée au consistoire protestant, mais neuf ans plus tard, Napoléon Ier souhaitant joindre au nord le Louvre aux Tuileries et libérer l’espace intérieur ainsi délimité, décide sa démolition.

Le 25 Vendémiaire an 11 (octobre 1802)  le consistoire écrit au préfet du département de la Seine, une lettre laissant entendre que Saint-Louis du Louvre devient trop petit :

" Si nous eussions été certains, Citoyen Préfet, que le nombre en question [18000 âmes] non seulement s’élève à ce taux, mais même l’excède de beaucoup, peut-être de moitié, nous nous serions abstenus de former la prétention qui vous a été soumise. Des personnes d’une  expérience consommée évaluent peu avant la Révolution le nombre de protestants de Paris au quatorzième de la population, et sans contredit,  la Révolution ne l’a pas diminué. Notre pasteur actuel, qui depuis vingt ans est à porté de savoir ce qui en est, nous garantit également, d’après son expérience, la légitimité de notre demande.(...)

Les Etats de Paris où il y a le plus de Protestants, sont d’abord le Haut commerce de la Banque, ensuite l’horlogerie, la bijouterie, la librairie, le commerce de vin, ( Sancerre fournit des marchans de vin Protestans à beaucoup d’Etablissemens), les manufactures de toilles peintes en grande partie tenues par des Suisses. Le quartier où il se trouve le plus de  protestans sont le faubourg St Antoine, plein d’ouvriers allemands qui professent ce culte, les environs du Palais de Justice, les quais des orfèvres, de  l’horlogerie, mais surtout la chaussée d’Antin et particulierement la Rue du Mont Blanc; voyez seulement pour échantillon de cette Rue les maisons Perregaux, Mallet, Dangirard (de la banque Nationale), Mallet-Bontems, Jordan, Geylex, Henry d’Elbing, Julien, André, Mourgues, Tintings, une partie des cointéressés et des employés de la maison Récamier.

Il est notoire d’ailleurs,  Citoyen Préfet, que très souvent, même hors des occasions solennelles de fête et de communions, l’Eglise de St Louis du Louvre se trouve insuffisante pour contenir le nombre d’auditeurs qui se présente et qu’il en faut renvoyer une partie

Enfin, Citoyen Préfet, ne faut-il pas aussi prendre en considération, relativement à notre demande le nombre d’Etrangers, d’Anglais en particulier, qui affluent à Paris (...)

De Nationaux, combien le midi seul, Nîmes, Cette, Marseille, Montpellier, Montauban, versent continuellement de Protestans à Paris qui y font un séjour plus ou moins prolongé! (...)."

Le pasteur Marron officie pendant toute la Révolution, juste emprisonné une nuit sous la terreur. Le directoire est favorable aux protestants. Saint-Louis du Louvre est officiellement affectée au consistoire par arrêté consulaire du 2 décembre 1802. Le Concordat accorde également aux protestants réformés Sainte-Marie et Pentemont, aux luthériens les Billettes (seul cloître médiéval conservé à Paris).

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1793 : Rvolution et l'Oratoire 1793 : Rvolution et l'Oratoire 1793 : Rvolution et l'Oratoire 1793 : Rvolution et l'Oratoire

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1790-1793 : la révolution et l’Oratoire

  • 1790 : La section de l’Oratoire, les prêtres constitutionnels
  • 1791 : 24 Février 1791 le supérieur de la congrégation de l’Oratoire, Jean Poiret, offre l’église pour la consécration des deux premiers évêques constitutionnels par Talleyrand
  • 1792 : dissolution de la congrégation de l’Oratoire en décembre
  • 1793 : L’église est pillée, vidée de son mobilier et de sa décoration, devient lieu de réunions et de bureaux, puis magasin de décors de théâtre

Pendant la vague de déchristianisation et la Terreur, les temples sont fermés, le culte public cesse (et retrouve parfois la clandestinité du récent "Désert" !); nombre de pasteurs renoncent à leur ministère, par prudence ou sous la pression, plus que par adhésion au Culte de la Raison, puis à celui de l’Etre suprême, qui convenait assez bien à leur spiritualité. Rares sont ceux qui avaient un sens, même réduit, de ce qu’était le Calvinisme, voire ce qu’était le Christianisme lui-même.

Il est permis de s’interroger sur les ressemblances entre la vague iconoclaste de la Réforme protestante au XVI°s. et certains aspects de la déchristianisation entre 1793 et 94 : même volonté de décléricaliser, de désacraliser, en s’en prenant au calendrier comme aux lieux de culte et aux images.

Sous la Révolution, la Raison libérée se veut destructrice du fanatisme et de toute superstition : les églises sont fermées ou converties en temples de la Raison, les statues renversées, les reliques dispersées, les objets liturgiques profanés, les confessionnaux brûlés. On boit à la santé de la République dans les ciboires et les calices, les « vases prétendus sacrés » sont regardés comme « gobelets magiques ». La Réforme n’avait certes pas le désir de déchristianiser, mais au milieu des excès de ce vandalisme particulièrement dommageable au patrimoine artistique et monumental de la France, en 1564 comme en 1794, cette radicale remise en cause des institutions, des sacrements et des rites a quelque air de famille avec les principes initiaux de la Réforme…

Du côté des oratoriens, en raison de l’esprit de liberté qui règne dans la congrégation de l’Oratoire, la Révolution y est, au début, bien accueillie. Mais, malgré les activités de quelques « confrères » laïcs tristement célèbres tels Fouché, organisateur de la Terreur, la plupart des oratoriens se détournent de la Révolution lorsque celle-ci vire à la violence et au totalitarisme. Moins d’un cinquième optent pour le clergé constitutionnel, et quinze périssent en prison, guillotinés ou fusillés. Enfin, la congrégation elle-même est balayée par la violence révolutionnaire: en août 1792, l’Oratoire est supprimé en même temps que l’ensemble des congrégations et ordres religieux.

En 1793, sous l’impulsion de Hébert et de ses partisans, la lutte contre le christianisme va devenir violente. Bien des églises sont saccagées et pillées, dont l’Oratoire du Louvre, des cimetières sont profanés, comme à l’Oratoire encore où les tombeaux des chapelles latérales sont démolis, comme toutes les armoiries, ornements et sculptures du portail, comme les fleurs de lys des voûtes et des vitraux, ainsi que presque toutes les peintures ornant l’intérieur qui ont été alors détruites ou vendues. Il ne reste que quelques éléments dans la chapelle des Harlay ainsi que l’imposte au dessus de la grande poste qui pu être caché sous un coffrage, et ainsi sauvé en l’état de l’époque, avant d’être redécouvert en 2011 lors de la restauration du portail.

Du côté protestant, le culte va pouvoir se mettre en place aux premières heures de la Révolution. Rabaut-Saint-Etienne, le futur président de l’Assemblée Nationale, fait accepter Paul-Henri Marron comme pasteur de l’Eglise Réformée de Paris. Le culte est célébré dans diverses salles en 1789 et 1790. A la demande du maire de Paris, Bailly et de La Fayette, la belle église Saint-Louis du Louvre sera louée aux protestants parisiens en 1791. Lors de la dédicace du temple, Marron choisit le verset suivant : " Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans l’affliction, persévérants dans la prière ". Le 13 octobre 1791 Bailly assiste en personne au culte. Marron prend pour texte : " Vous connaissez la vérité et la vérité vous rendra libres ".

Mais le pasteur de Paris devient vite suspect aux Jacobins. Il est arrêté le 21 septembre 1793, relâché, arrêté une seconde fois. Il fait des concessions : le culte sera célébré le décadi et non le dimanche.

Le Consistoire décide d’offrir à la municipalité les quatre coupes qui servent à la communion et qui seront transformées en pièces de monnaies. Marron prononce à cette occasion un discours emphatique : " Tous les rangs confondus inséparables de la Liberté... " " Honte à tous ces échafaudages de mensonges et de puérilités que l’ignorance et la mauvaise foi ont décoré du nom fastueux de théologie. " Le discours prononcé par Marron ne reflète sans doute pas totalement ses opinions réelles. Même si ce n’est pas toute la théologie chrétienne qu’il attaque ainsi, mais seulement certaines dérives et qu’il continue par ailleurs à affirmer sa foi de chrétien.

A la suite d’une dénonciation notre pasteur révolutionnaire est à nouveau mis en prison à l’Hôtel Talara, à côté de la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu. Cette détention plus longue que la première ne prend fin qu’avec la chute de Robespierre. On a beaucoup critiqué Marron pour son attitude pendant la Terreur. On a oublié qu’Oberlin a adopté une attitude sensiblement analogue comme il l’a reconnue dans son Journal : " Je fus interdit de toute fonction ministérielle quelconque par le gouvernement révolutionnaire de Robespierre et des Jacobins et j’établis un club à la place du service divin pour, sous ce nom, continuer vos assemblées ". Le club est convoqué par l’apôtre du Ban-de-la-Roche " au saint temple de la raison ou de l’Eternel, comme nous appellerons désormais nos Eglises ".

En dépit de la tourmente révolutionnaire Marron continue de remplir vaille que vaille sa mission pastorale tout en vivant de ses appointements comme traducteur du ministre des affaires extérieures. À partir de 1795, les Eglises protestantes se reconstruisent lentement, sans armature spirituelle ni institutionnelle. Après plus d’un siècle d’interdiction et de persécutions, le nombre des pasteurs a chuté de près de moitié, ils ne sont plus que 120, et ce ne sont pas les plus jeunes, ni les meilleurs qui sont restés.

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1802 : Napolon et le Concordat 1802 : Napolon et le Concordat

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1802 : Napoléon et le Concordat

Le "Concordat", complété par les "Articles organiques", sont des lois décrétées par l’Empereur Napoléon 1er pour réglementer la vie des Églises aussi bien protestantes que catholiques. Il ne contient aucune mesure restrictive, et pour la première fois les pasteurs seront payés par l’État. Mais le Concordat ne reconnaît que les Églises « consistoriales » de 6 000 âmes, et non pas les Églises « locales », mieux adaptées à la dispersion des protestants et à leur théologie. Surtout, le Concordat ne reconnaît pas le synode national, autorité centrale traditionnelle de l’Église protestante, seule capable d’arbitrer d’éventuels conflits.

En organisant un nouveau régime politique après son coup d’État du 18 brumaire (9 novembre 1799), Bonaparte a pour but de rétablir la paix civile, et à ses yeux la politique religieuse est une question importante. Agnostique, il connaît mal le protestantisme, mais tient volontiers des propos aimables à son égard (« Nous voudrions que tout le monde fût protestant » dit-il en 1801...) pour faire contrepoids au catholicisme auquel il refuse le titre de « religion dominante » que réclamait le pape, se contentant de le qualifier de « religion de la grande majorité des citoyens français ».

Le Concordat, conclu avec le pape Pie VII et signé le 8 septembre 1801, n’entre pas immédiatement en vigueur, il ne devient loi de l’État que le 8 avril 1802 (18 germinal an X), après avoir été complété par les articles organiques, ajoutés par Bonaparte, sans concertation avec le pape, articles qui forment un ensemble de règles réglementant la vie de l’Église catholique et organisant les cultes protestants. La question du culte juif est remise à plus tard, ce délai étant alors motivé par l’idée que les Juifs forment plus un peuple qu’une religion, et leur culte ne sera réorganisé qu’en 1808.

Cependant il s’agit non pas d’une loi négociée, mais d’une décision du gouvernement : en effet, le ministre responsable (Portalis) a bien consulté quelques notables protestants luthériens ou réformés, surtout le pasteur Paul-Henri Marron et Pierre-Antoine Rabaut-Dupuis membre du Corps Législatif, mais il n’a guère tenu compte de leurs avis. En fait, Bonaparte ne reconstitue pas du tout l’Église protestante - en particulier sa branche réformée - telle qu’elle existait avant les persécutions, il bouleverse son organisation, d’où de nombreuses difficultés et des facteurs de division qui verront le jour dans le protestantisme et en particulier à l’Oratoire qui était le siège de l’église consitoriale pour toute la région parisienne.

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1811 : L'Oratoire Protestant 1811 : L'Oratoire Protestant 1811 : L'Oratoire Protestant 1811 : L'Oratoire Protestant 1811 : L'Oratoire Protestant

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1811 : Napoléon affecte l’Oratoire aux protestants

  • Février  1811 affectation provisoire de l’église de l’Oratoire au culte réformé
  • 31 mars 1811 premier culte protestant à l’Oratoire, célébré par le pasteur Marron
  • 1844   Août 1844 affectation définitive de l’église, devenue propriété de la Ville de Paris, au Consistoire réformé

En 1811, l’empereur Napoléon a le projet d’agrandir le Louvre pour le réunir aux Tuileries. Les bâtiments se situant à l’intérieur du périmètre sont voués à la démolition, dont Saint-Louis du Louvre (Les travaux de démolition traîneront pendant quelques années). Les protestants n’ont plus de lieu de réunion. Un courrier du Conseil d’Etat conservé à la SHPF propose de leur affecter l’église des Théatins arguant que l’église de l’Oratoire pourrait être affecté à la paroisse de St-Germain l’Auxerrois. {Aucune mention retrouvée dans les archives SHPF disant qu’on leur aurait fait choisir entre la Madeleine et l’Oratoire...}

Le préfet de Paris, à l’époque, « le bon M. Frochot », favorable aux protestants, présenta habilement la situation à l’empereur suscitant «de se faire demander s’il n’y avait pas de local disponible », et obtint la permission de les établir à l’Oratoire . On dégage les décors de théâtre de l’Opéra, du Vaudeville et avec plus de lenteur du Théâtre-Français qui y étaient entreposés (il fallut l’intervention très autoritaire du délégué du Consistoire, M. Châtillon que l’on prend pour un commissaire impérial, pour qu’ils s’exécutent, ce qui fut fait entre le 17 février et avril 1811). M. Mallet avança 8000 fr. pour les travaux de déménagement et d’installation, dont il ne fut remboursé qu’en 1813, quand la Ville finit par fournir les fonds promis.

Le 1er culte est célébré à l’Oratoire en avril 1811, le jour de Pâques.

Deux événements importants mirent les protestants à l’honneur :

  • en 1811, la Légion d’honneur est attribuée aux trois premiers pasteurs de l’Oratoire -Marron, Mestrezat et Rabaut-Pommier -par Napoléon- qui reconnait ainsi publiquement les protestants. En mémoire de ce geste, lors de la restauration des vitraux en 1814, une croix de la Légion d’Honneur viendra orner le vitrail de la façade
  • en 1812, les spectaculaires obsèques du Vice-amiral de Winter, enterré au Panthéon, rassembleront les plus hautes personnalités dans l’Oratoire pour un culte d’action de grâce.

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1825 : Œuvres protestantes 1825 : Œuvres protestantes 1825 : Œuvres protestantes 1825 : Œuvres protestantes

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1825 : œuvres caritatives protestantes

"Que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi s’il n’a pas les œuvres ? ...
Si la foi ne produit pas d’œuvres, elle est morte en elle-même."
(Epitre de Jacques, ch.2, v. 14, 17)
Les œuvres, dans le protestantisme, ne sont pas destinées à mériter le salut obtenu sola gratia (par la seule grâce de Dieu), mais elles sont une marque de la reconnaissance pour cette grâce reçue.
Aider son prochain est un fruit de la foi.

Aider son prochain

Les "secours aux pauvres" sont notés dans le Registre du Consistoire de Paris, dès ses débuts en 1792. On y lit qu’en avril 1792, le trésorier va visiter plusieurs personnes protestantes de Paris et en rapporte 2130 livres. Cette pratique d’aller chercher à la source dons ou cotisations va se perpétuer jusqu’à la fin du XIXe siècle. En plus s’y ajoutent les collectes. Une circulaire est envoyée "au troupeau" pour lui signaler que les deux premiers dimanches de décembre aura lieu "une collecte extraordinaire d’hiver pour subvenir aux besoins des pauvres qui se trouvent extrêmement multipliés par les circonstances."

Les troubles révolutionnaires interrompent la vie religieuse. C’est après la promulgation des Articles Organiques, le rétablissement du culte réformé et l’installation du Consistoire que les Registre reprennent et que l’on peut y suivre ses activités charitables . On y voit qu’aux Anciens, les membres du Consistoire, sont aussitôt (9 février 1803) adjoints "un certain nombre de diacres spécialement chargés de la réception, de la distribution et de l’emploi des aumônes." Deux membres du Consistoire sont affectés à chaque arrondissement de Paris pour aller collecter pour les besoins du culte et de la charité. Les registres attestent que la préoccupation essentielle des séances est accordée à aider les personnes en difficulté, veuves, malades, sans travail... L’aide peut être régulière sous forme de pension ou occasionnelle. En plus le Consistoire accorde un mandat sur la Caisse des Pauvres à MM. les Pasteurs pour qu’ils puissent répondre immédiatement aux besoins des "pauvres honteux". Ils remplissent alors une feuille d’assistance avec le nom des récipiendaires. Cette somme qui était de 300 f. en 1803 est de 6000 en 1817.

Cette organisation n’est pas modifiée par le passage de Saint-Louis du Louvre à l’Oratoire, mais par la chute de l’Empire. A partir du 26 janvier 1816, le Diaconat a une existence distincte du Consistoire. Le nombre de diacres s’accroit avec les besoins. On en compte 40 en 1831 et leur activité s’étend. Ils visitent les membres de l’Eglise, les intéressent au dénuement des pauvres. Ils sont des intermédiaires entre les fidèles et les pasteurs. En effet le Diaconat se réunit le mardi et les pauvres viennent là exposer leur situation. Ils obtiennent alors des secours en argent ou en bons. D’autres malheureux reçoivent à domicile les visites des diacres. Une commission qui se réunit une fois par mois, le mercredi, gère les secours mensuels et les pensions.

Les rentrées ordinaires sont : collectes, dons et legs, dons lors des cérémonies, rentes sur l’Etat par suite de placements; et extraordinaires, tels les "dons reçus de la munificence du Roi et de SAR Madame le Duchesse d’Angoulême" à savoir 1000 f. chacun, et de la mairie d’arrondissement, 1000 aussi, et des dons à l’issue des services anglais et américain qui ont eu lieu dans le temple, soit 2700 francs.

Aux dépenses habituelles (en 1817, pensions à environ 200 familles, assistances passagères et "pauvres honteux"), on peut ajouter des distributions de vêtements, de couvertures, de bons de soupe, l’achat de cartes de dispensaire et le rachat de reconnaissances du Mont de Piété. Ces indications très concrètes montrent quel rôle d’assistance quotidienne a le Diaconat.

Dans une société où n’existe aucune protection sociale autre que la charité municipale (par le Bureau de Bienfaisance) ou privée, l’action des Eglises est essentielle. Surtout dans une ville comme Paris qui, par suite de l’exode rural, voit sa population doubler à l’intérieur de l’enceinte des Fermiers Généraux, de 500 000 habitants en 1800 à plus d’un million en 1850. L’Oratoire est situé en marge d’une des zones les plus surpeuplées et les plus sordides de Paris (les Halles). Cet entassement dû à un manque de logements signifie absence totale d’hygiène, surmortalité, épidémies, misère absolue... Ainsi, en 1832, année du choléra, les dépenses du Diaconat occasionnées par l’épidémie se montent à 30 000 f., par suite des distributions de médicaments, de pain et autres soins médicaux. Il en sera de même pour l’épidémie de 1854. Cette population va doubler encore entre 1850 et 1870, en partie par suite de l’annexion, en 1860, des commune proches.

A mesure que les engagements de l’Eglise se diversifient, les dépenses du Diaconat augmentent, notamment avec les écoles. Le Diaconat accorde des dizaines de bourses, il fournit l’habillement de douze jeunes filles et des paires de chaussures à trente-six garçons. S’ajoutent les dépenses du Comité de patronage des apprentis de l’Eglise réformée de Paris; formé dans les années 1840, mais remodelé en 1853, il aide les familles dans le placement des enfants et participe aux dépenses, contrôle les contrats d’apprentissage, surveille les patrons par des visites mensuelles. Les jeunes sont étroitement suivis dans leur éducation religieuse, intellectuelle et professionnelle pour qu’ils prennent notamment des habitudes d’ordre et de prévoyance. En 1861, il gère une centaine d’apprentis, des garçons aux deux-tiers. En 1871, aux 51 garçons s’ajoutent 25 jeunes filles formées dans un établissement de typographie à Puteaux. En 1892, le Comité gère 316 apprentis (166 garçons et 150 filles).

Vu les besoins, le Diaconat dépense toujours plus que les sommes allouées par la Commission des Finances, qui proteste. En 1842, pour équilibrer les comptes, il faut vendre de la rente. Mais dans ces années, le Diaconat reçoit plusieurs legs à l’occasion de décès : Hottinguer, Pelet de la Lozère, Delessert et surtout, en 1843, Lambrechts qui permet une Fondation et l’ouverture d’un Asile destiné aux vieillards des deux confessions protestantes. Les places paires sont pour les réformés, les impaires pour les luthériens! Il y est ajouté un pensionnat et une école pour garçons, orphelins pauvres, de 7 à 13 ans. Le Diaconat entretient là quarante boursiers et verse à d’autres une allocation pour les aider à payer la pension. En 1854, cette Fondation abrite vingt vieillards et soixante-dix enfants.

Cette même année, le Diaconat ouvre l’Asile de la Muette grâce à un legs. En 1862, il y accueille cinquante personnes âgées de plus de 65 ans. Pour y être accepté, il faut être valide à l’entrée et justifier de 35 f. de ressources mensuelles (quelquefois payés par le Diaconat). En plus de ces deux établissements qu’il gère directement avec le Conseil presbytéral, il assure l’entretien de nombreuses personnes dans d’autres établissements, notamment des jeunes gens et des jeunes filles dans divers pensionnats.

Avec l’agrandissement de Paris en 1860, la ville est divisée en paroisses officieuses, mais l’Oratoire, siège du Consistoire, est considéré comme "le temple-cathédrale", où se succèdent les différents pasteurs du Paris intra muros d’avant 1860. Des Comités paroissiaux se constituent, le nombre de diacres passe à 90 en 1866. Désormais, en plus de ses réunions locales, le Diaconat (général) se réunit une fois par trimestre pour procéder à une répartition des fonds en fonction des besoins des paroisses. Cette péréquation entre paroisses riches et pauvres se maintiendra. A l’Oratoire, le Comité du mardi distribue vêtements, souliers et camisoles de laine, des bons de pain, des médicaments, des secours en chauffage (sous quelle forme ?) et donne une indemnité annuelle de 600 f. aux six médecins visiteurs. Ces secours en argent du mardi sont considérables en nombre. Ils ne sont pas destinés aux seuls Français : Suisses et Allemands nécessiteux en bénéficient aussi.

En octobre 1871, le Diaconat est réorganisé. Désormais il est administré par 120 membres laïques qui se partagent le département de la Seine sous la présidence des pasteurs. "Il réunit tous les éléments nécessaires pour la pratique la plus large et la plus éclairée de la charité chrétienne. Puisé dans toutes les conditions sociales, en rapport avec l’administration municipale, lié par ses patronages et subventions avec neuf hospices et asiles, et avec douze pensionnats à Paris et en Province, il a des moyens d’action, de renseignements et de surveillance qui commandent la confiance à tous égards. Il n’est arrêté dans son œuvre que par la limite de ses ressources."

Pour l’exercice 1870-1871, ses dépenses atteignent 82 000 francs; elles ont doublé en trente ans. Le Diaconat entretient alors 107 vieillards "dont 50 à la Muette, asile créé par notre Eglise", 200 enfants dans divers pensionnats, mais surtout il a fourni aide et assistance à plus de 2000 familles et individus, en argent, vêtements, nourriture, secours médicaux (dont hospitalisation) pour près de 50 000 f. Les événements ayant entraîné une réduction des recettes (et une augmentation des dépenses), il faut procéder, fin 1871, à une quête à domicile exceptionnelle, par des "jeunes gens de bonne volonté, ayant fait leur première communion et bien qualifiés pour la bonne exécution de ce service." Nous disposons des feuilles imprimées des donateurs avec leur adresse et les sommes versées. Elles sont réparties entre sept "paroisses" parisiennes; aucune feuille n’est au nom de l’Oratoire, puisque ce n’est pas encore une "paroisse" mais le siège du Consistoire. En 1871, le budget prévisionnel du Diaconat pour 1872 est de 75 000 f. pour les recettes , 65 000 pour les dépenses.

Après le décret du 25 mars 1882 qui fractionne l’Eglise de Paris en huit paroisses distinctes, le Diaconat général est remplacé par une Délégation composée de quatre délégués de chacune des huit paroisses, se réunissant mensuellement sous la présidence successive des pasteurs et sous la direction d’un Bureau dont la composition est restée la même. Une assemblée générale annuelle fixe le budget de chaque exercice et l’allocation reçue par chaque paroisse. La péréquation est indispensable car, sur l’ensemble des paroisses du département de la Seine, seuls l’Oratoire, le Saint-Esprit et Pentemont ont des excédents, grâce aux quêtes et aux dons reçus lors des cérémonies, qui dépassent ce qui est nécessaire pour venir en aide aux personnes à aider. Depuis cette date, l’Oratoire, tout en reversant 20 000 f. au "tronc commun", aura ses œuvres propres. Beaucoup sont anciennes comme les vestiaires, les pensions régulières à des familles ou à des vieillards, les contributions à des hospitalisations et à des frais de pharmacie, la distribution de charbon, de "bons de fourneaux et de lait". A cela s’ajoute la misère quotidienne, telle que la voit un des pasteurs : "Quatre fois par semaine, dans la grande sacristie, devant les bustes solennels, des loqueteux sans travail et sans domicile, viennent étaler leur misère. S’il y a parmi eux des trompeurs, des paresseux qu’il faut éconduire, les malheureux qui sont réellement des victimes, des épaves jetées au rivage de la compassion chrétienne par la tempête sociale, que faisons-nous pour eux ? Après ces lugubres défilés, combien vos pasteurs ont le cœur lourd... Ils restent fatalement inférieurs à la tâche, faute de concours appropriés à la situation, car c’est ici un domaine qui échappe à la juridiction officielle du Diaconat."

En fait les diacres ne sont pas seuls. Depuis 1824, ils sont assistés de "dames". Certes, elles apparaissent peu dans les archives, mais comme le dit joliment le pasteur Decoppet : "Assistent aux séances du Diaconat deux déléguées du Comité de Bienfaisance des dames de l’Oratoire; après que ces messieurs aient voté le pain, des voix plus douces obtiennent que ce ne soit pas du pain sec." Le Règlement de 1824 précise les charges de cette "Société de Dames de charité protestantes" qui ont été choisies par les diacres eux-mêmes. Elles sont seize en 1824. Leur nombre a-t-il augmenté avec celui des diacres? Elles les accompagnent ou même peuvent les "remplacer dans les visites à faire aux mères chargées de famille, aux femmes en couches." Elles doivent aussi "procurer du travail aux femmes et aux jeunes filles, surveiller la section des filles à l’Ecole du Dimanche, enfin concourir avec les diacres visiteurs à donner aux femmes pauvres de notre Eglise tous les secours physiques, moraux, religieux dont elles auront besoin."

A la fin du XIXe siècle, sous l’influence à la fois de la Mission Populaire et du Christianisme social, d’autres préoccupations apparaissent. La lutte contre l’immoralité publique et privée suscite la création de l’Etoile Blanche dont une section est organisée à l’Oratoire. Contre le fléau de l’alcoolisme se réunit à l’Oratoire, le quatrième mardi de chaque mois, une Ligue antialcoolique. Ses fêtes annuelles sont destinées à sensibiliser la jeunesse. "La grande réunion générale des sections de L’Espoir et de L’Etoile Bleue a vu accourir dans le temple près de 500 enfants appartenant aux diverses Ecoles du Dimanche de Paris" (été 1911). Une autre œuvre fondée en 1904, est consacrée à l’Amélioration des logements. Situé en marge du populeux quartier des Halles où la tuberculose fait des ravages dans les taudis surpeuplés, le Diaconat de l’Oratoire ne peut qu’être sensible à ce problème. Le principe est que s’il trouve un meilleur logement pour une famille, il prend à sa charge le supplément de loyer qui en résulte. Une caisse a été créée dans ce but; elle est alimentée par des dons, qu’évidemment le Diaconat souhaite plus nombreux. Signalons enfin que, pour les enfants pré tuberculeux, les anciens catéchumènes du pasteur Roberty ont créé une petite association qui permet que cinq ou six soient reçus au bon air à Nanteuil-les-Meaux. Cette œuvre issue de l’Oratoire en est en même temps indépendante - tout comme la Réunion de Charité fondée en 1860 par les anciens catéchumènes du pasteur Athanase Coquerel fils et qui, reconnue d’utilité publique, peut recevoir des legs.

Mais le Diaconat n’est pas seul dans le monde protestant du XIXe siècle à secourir la misère. De nombreuses œuvres ont été créées que l’on ne peut séparer du mouvement du Réveil. Après un XVIIIe siècle rationaliste, un besoin de renouveau religieux, de piété a traversé le monde protestant. Le Réveil, c’est un appel à la conversion du cœur, un retour à l’émotion, à la prière, à la lecture quotidienne de la Bible. Pour atteindre le plus grand nombre de personnes, pour les amener à la conversion, des œuvres d’évangélisation vont se multiplier, notamment les sociétés bibliques. La première, la fondation Léo, est due à un pasteur allemand qui, prêchant aux Billettes en 1811, est stupéfait de l’ignorance de la Bible où se trouvent ses auditeurs. Alors Léo lance une large souscription de manière à faire imprimer des Bibles et surtout des Nouveaux Testaments. "Son but était de pouvoir distribuer gratuitement le Nouveau Testament à des écoliers pauvres et à des chrétiens peu fortunés." Les deux consistoires, réformé et luthérien, sont les dépositaires des exemplaires et des planches stéréotypées. De 1814 à 1820, 34 000 exemplaires sont tirés. Mais déjà, en 1818, s’est créée la Société Biblique protestante de Paris avec l’aide de la Société biblique britannique. Non seulement Bibles et Nouveaux Testaments sont imprimés, mais il faut les diffuser. De toutes parts se créent des Sociétés auxiliaires, notamment de dames (comme à l’Oratoire), des Comités. A partir de 1833, la Société biblique décide de donner gratuitement un Nouveau Testament à chaque catéchumène, et une Bible à chaque couple lors de son mariage. Des distributions sont aussi prévues dans les écoles, les hôpitaux, les prisons. La version adoptée jusqu’en 1845 est celle de Martin, puis celle d’Ostervald, avant qu’elle ne soit remplacée par celle de Segond, à la fin du XIXe siècle.

[suite de l’article]

Gabrielle Cadier

Le Foyer de l’Ouvrière, 63 faubourg Poissonnière (carte postale des années 1910)

Le Foyer de l’Ouvrière, 63 faubourg Poissonnière (carte postale des années 1910)

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1830-1882 : Tensions 1830-1882 : Tensions 1830-1882 : Tensions

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1830-1882 : Tensions entre « libéraux » et « évangéliques »

Sous l’impulsion de missionnaires venus d’Angleterre après la défaite de Napoléon, un « Réveil » protestant est prêché, critiquant une place jugée trop grande laissée à la raison. Les rapports entre deux tendances, conservatrices et libérales, créent des tensions à l’Oratoire où elles sont toutes deux représentées : Frédéric et Adolphe Monod (soutenu par Guizot) sont attirés par le Réveil conservateur, les Coquerel père et fils sont soutenus par Schickler sont libéraux. L’organisation de l’église mise en place par Napoléon est centralisée, gouvernée par un consistoire qui se réunit à l’Oratoire mais qui gère l’ensemble des lieux de cultes protestants réformés de Paris. Les libéraux représentent environ 40% et les conservateurs 60%, les libéraux sont ainsi barrés.

Lors du synode de 1872 à l’Oratoire, la crise est à son comble, une union libérale va être créée face à l’impossibilité aux libéraux d’être reconnus malgré l’importance de leur minorité.

La situation s’améliorera pour les protestants libéraux en 1882 avec la décentralisation qu’apporte la création des 8 paroisses, chacune dirigée par un Conseil Presbytéral élu par les paroissiens. L’Oratoire est une des paroisses mais reste également le siège du Consistoire regroupant les paroisses (le consistoire disparâitra en 1905 avec la loi de séparation des églises et de l’état). A l’Oratoire, la majorité des paroissiens est libérale, contrairement aux 7 autres paroisses où ils restent seulement une forte minorité. Progressivement les libéraux de tout Paris se rattacheront à l’Oratoire où des pasteurs libéraux pourront être nommés officiellement.

La paix entre protestants et libéraux se fera finalement en 1938 avec la création de l’Eglise Réformée de France, en particulier sous l’impulsion du pasteur André-Numa Bertrand, pasteur à l’Oratoire, qui est libéral mais sans outrance.

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1854 : La rue de Rivoli 1854 : La rue de Rivoli 1854 : La rue de Rivoli 1854 : La rue de Rivoli 1854 : La rue de Rivoli

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1854 : Percement de la rue de Rivoli

Le percement de la rue Rivoli en 1854 entraîne une profonde transformation du quartier mais aussi de l’extérieur de l’Oratoire :

  • Les bâtiments de l’ancien couvent des Oratoriens vont être démolis, laissant uniquement l’église de l’Oratoire.
  • L’Oratoire va être séparé du palais du Louvre par une large avenue alors qu’il était auparavant dans le même ensemble.
  • Pour garder la continuité des arcades tout en laissant apparaître le beau chevet de l’Oratoire, l’architecte Baltard a l’idée de construire ce balcon unique en son genre.

La première partie, en partant de la Concorde est percée sous les ordres de Napoléon Bonaparte en 1800-1835, bordée au nord d’immeubles de Percier et Fontaine, avec cette galerie inspirée des villes d’Italie. C’est d’ailleurs d’Italie que lui vient ce nom de Rivoli, lieu d’une victoire de Bonaparte en 1797. Dans le « grand dessein » de Napoléon, le Palais du Louvre est agrandi de la partie qui est actuellement occupée par le musée des Arts Décoratifs, ce sera Louis XVIII qui achèvera cette construction. Les travaux se poursuivront tout au long du XIXe siècle, ils arrivent au niveau de la place du Palais-Royal en 1835, puis au niveau de l’Oratoire vers 1854. Napoléon III amplifiera encore ces grands travaux dans Paris à son retour d’exil en 1848, il veut rendre Paris plus salubre en ouvrant de grandes avenues et des parcs.

Pour faire place aux nouvelles rues, les bâtiments annexes de l’ancienne congrégation de l’Oratoire, côté Marengo (ex rue du Coq) vont alors être démolis, ainsi qu’une galerie couverte d’une terrasse qui restait de l’hôtel du Bouchage et qui communiquait avec l’église. Les rues du Coq ( future Marengo) et de l’Oratoire qui étaient des impasses vont être percées sur la nouvelle rue de Rivoli.

La galerie-terrasse de l’Oratoire va être construite entre 1854 et 1856 avec des matériaux provenant de la place de la Concorde. Là encore, plusieurs projets existaient, et l’on doit au protestant Baltard d’avoir ainsi ce beau dégagement de l’Oratoire sur la rue de Rivoli et sur le palais du Louvre.

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1882 : Cration des paroisses 1882 : Cration des paroisses 1882 : Cration des paroisses 1882 : Cration des paroisses 1882 : Cration des paroisses 1882 : Cration des paroisses 1882 : Cration des paroisses 1882 : Cration des paroisses

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1872-1882 : Synode et création des paroisses

Au cours du premier XIXe siècle, les protestants se divisèrent en deux tendances : les "évangéliques" dits aussi "orthodoxes", issus du « Réveil », souhaitaient l’adoption dune déclaration de foi adaptée de la Confession de foi de La Rochelle (1571). Les libéraux, au nom de la liberté d’être chrétien sous sa seule responsabilité, refusaient une déclaration de foi obligatoire. Ne pouvant s’appuyer sur aucune autorité dogmatique pour les condamner, les évangéliques s’en remirent à l’Etat (Adolphe Thiers) pour qu’il convoque le premier synode réuni officiellement depuis 1659 ; le Synode général des Eglises réformées de France se tint au temple du Saint-Esprit, en juin 1872, présidé par François Guizot.

 Le pasteur Bersier rapporte "les membres du Synode se groupent d’après leur tendance doctrinale; sur le premier banc de la droite, MM. Guizot, Mettetal, de Chabaud-Latour, P. Juillerat, Bastie; vis-à-vis d’eux, à gauche, MM. Ath. et Et. Coquerel, Pécaut, Steeg, Clamageran, Fontanès, Colani".

S’en suivit un schisme de fait entre synodes et assemblées officieuses des deux camps, jusqu’à ce que les « extrémistes », de leur propre mouvement, quittent l’église, reconnus comme agnostiques et proches des républicains sur le plan politique et social.

 Un article publié en 1874 témoigne de l’atmosphère polémique de l’époque :

 " Au commencement de 1872, à l’instigation de M. Guizot, un synode fut convoqué pour régler l’administration des églises protestantes de France. Ce synode, dont les pouvoirs ne devaient être qu’administratifs  (...)transforma, par un coup de majorité, par un coup d’état moral, ses pouvoirs administratifs en pouvoirs dogmatiques; élu pour régler les intérêts de l’Eglise, il voulut mettre la main sur les consciences.

Le coup d’Etat qu’on voulait faire était fait; M. Guizot était intronisé pape des protestants, MM. Mettetal, de Chabaud Latour, etc, partageaient son infaillibilité et passaient cardinaux; quiconque ne se soumettait pas aveuglément à leur autorité suprême était excommunié. La liberté de conscience était abolie; pour les protestants libéraux, chassés de l’Eglise, l’édit de Nantes venait d’être moralement révoqué." "l’église orthodoxe prétend accaparer pour elle seule tout le domaine du protestantisme français. Elle prétend rester unie avec l’Etat tout en séparant de l’Eglise et de l’Etat la majorité des Eglises de France"

Les libéraux, qui l’avaient emporté à lOratoire du Louvre, obtinrent en 1882 du gouvernement la division de l’Eglise réformée en paroisses, mais ils avaient décontenancé par les polémiques un bon nombre d’électeurs modérés, comme le démontrèrent les élections des Conseils et le choix parfois difficile des pasteurs.

Extraits des délibérations

M. Pécaut ("libéral") :   «  Nous ne sommes pas d’institution divine, ceci n’est pas un concile ; nous sommes un synode protestant, issu de l’élection populaire et appelé à exprimer le sentiment du peuple réformé qui nous a élus… En quoi votre confession obligatoire servira-t-elle les intérêts de la foi et de la piété ? Ce qui nous manque, c’est le sens profond des choses… »

M. Dhombres ("évangélique") : «   C’est pour remédier au désordre que nous sommes réunis. Le surnaturel est ébranlé, nous voulons l’affermir : nous ne confondons pas l’ascension d’un aérostat avec l’Ascension de Jésus- Christ, une curieuse expérience sur la galvanisation d’un cadavre avec la résurrection de notre Sauveur… Nous avons spiritualisé nos doctrines religieuses, mais vous allez jusqu’à les vaporiser… »

M. Coquerel  ("libéral") :  « …Si Dieu a pris soin de mettre tant de diversités dans les Ecritures, ce n’est pas un synode qui réformera l’œuvre de Dieu… »

M. Martin-Paschoud  ("libéral") : « La parole de Dieu nous suffit pour le dogme et pour la morale… Elle est plus claire, plus précise, plus accessible aux pauvres d’esprit que les symboles obscurs, toujours imparfaits, qui sortent de la main des hommes… Deux systèmes possibles : admettre un pouvoir interprétatif, dont les décisions aient la même force que la Loi, ou conserver le texte primitif sans commentaires : ce dernier système se résume en deux mots , L’Evangile et la liberté »

Le synode de 1882 introduit une décentralisation de l’Eglise Réformée à Paris, avec la création de 8 paroisses protestantes réformées, chacune ayant son propre conseil presbytéral, et pouvant ainsi choisir ses propres pasteurs en fonction de la sensibilité de ses paroissiens. L’Oratoire peut enfin devenir libérale comme le souhaitait une majorité de fidèles. Cela accentuera encore le caractère "libéral" ou "progressiste" de l’Oratoire puisque bien des protestants de tous les quartiers de Paris et de la région parisienne choisiront alors de venir à l’Oratoire pour cette sensibilité particulière, ou au contraire choisiront une autre des 8 paroisses s’ils tenaient à une expression plus "évangélique" de la foi chrétienne.

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1889 : Monument Coligny 1889 : Monument Coligny 1889 : Monument Coligny 1889 : Monument Coligny 1889 : Monument Coligny 1889 : Monument Coligny 1889 : Monument Coligny 1889 : Monument Coligny 1889 : Monument Coligny

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1889 : Monument de l’amiral de Coligny

Ce monument à la mémoire de l’amiral Gaspard de Coligny a été inauguré le 17 juillet 1889. Cette date n’est pas une coïncidence, en effet c’est pour le centenaire de la Révolution Française que cette œuvre a été érigée dans un souci de réconciliation des croyants sous l’aile de la République. En effet, ce monument a été construit à l’initiative du pasteur Eugène Bersier, il n’a pas pour autant été financé par les seuls protestants comme une mémoire d’un héros de son camp, mais il a été financé par souscription nationale, avec la participation très large, unifiant effectivement protestants et catholiques dans un « plus jamais ça » très œcuménique. Le fait que la IIIe République se soit associé à ce projet est également un signe de respect de la République Française pour les églises, après les saccages commis sous la terreur, c’est un geste de la future laïcité inscrite dans la loi de 1905.

Le chevet de l’Oratoire rue de Rivoli a été choisi pour ériger ce monument :

  • Parce que l’amiral de Coligny était un ministre du roi de France et un chef du parti protestant, sa statue se trouve ainsi entre le palais du Louvre et l’Oratoire qui était le siège du consistoire réformé.
  • Parce que Coligny habitait tout près, en son hôtel de la rue de Béthisy (à environ 500 mètres, au niveau du 136 de l’actuelle rue de Rivoli qui n’existait pas encore). Il y fut assassiné et défenestré lors du massacre de la Saint Barthélémy, le 24 août 1572.
  • Ce massacre eut lieu principalement dans le quartier du Louvre, les cloches de l’église Saint-Germain l’Auxerrois auraient même été prises comme signal du commencement du massacre.

L’architecte Scellier de Gisors et le sculpteur Gustave Grauck sont les auteurs de cette œuvre monumentale (10 mètres de hauteur) en marbre blanc de Carrare.

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1905 : Lacit 1905 : Lacit 1905 : Lacit 1905 : Lacit

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1905 : Loi de séparation des églises et de l’état

Ferdinand Buisson, philosophe et protestant, sera le rapporteur de la loi au Parlement

Ferdinand Buisson, philosophe et protestant, sera le rapporteur de la loi au Parlement

Depuis Napoléon 1er, les relations entre les églises et l’état étaient définies par le « Concordat » (voir 1802). Sous la IIIe République, ces relations concordataires sont mises en question. Les républicains laïques demandent la séparation des Églises et de l’État afin d’obtenir la sécularisation complète de l’Etat.

Les catholiques, à part quelques rares exceptions, souhaitent le maintien de la situation concordataire. Quant aux protestants, ils sont, pour la plupart, favorables à une séparation qui doit les rendre indépendants de l’État.

Le 9 décembre 1905, le Parlement vote la loi de séparation des églises et de l’état par laquelle la République ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte; les biens mobiliers et immobiliers sont transférés à des « associations cultuelles ». Cette loi apporte aux Églises une liberté pour la célébration du culte, les réunions et les assemblées ecclésiastiques, le choix de ses responsables, la création d’églises. Mais les Eglises doivent faire face par elles-mêmes aux dépenses qu’entraînent leur vie et leur développement.

En 1906 le pape Pie X condamne solennellement la loi de séparation et interdit l’organisation d’associations cultuelles.

Le protestantisme français accueille bien cette loi de séparation et s’organise pour faire face aux questions qui se posent alors.

La conséquence en est la dissolution du Consistoire de l’Église réformée de Paris, réorganisation de lERF (Église Réformée de France) et formation de l’Association Presbytérale de l’Oratoire du Louvre. Elle admet des membres adhérents et électeurs sans condition de domicile. Les statuts sont adoptés lors de l’Assemblée générale du 11 mars 1906 où votent hommes et femmes.

Selon la loi de 1905, les associations cultuelles ne peuvent soustraire un centime de leur budget à autre chose qu’à lorganisation du culte, et il est donc impossible à l’Association Cultuelle d’aider les pauvres. L’Association d’Entraide (ou Diaconat) est constituée pour cette vocation, et elle est, elle, une association régie par la loi de 1901.

Le pasteur Decoppet prononce en mars 1906 un discours intitulé « Nos libertés » qui inaugura dune manière si remarquable, l’association cultuelle de lOratoire. Il est en partie rédacteur de la Confession de foi de l’Oratoire. D’abord plutôt de tendance orthodoxe, le pasteur Decoppet évolue vers le libéralisme et adopte comme priorité l’unité de sa paroisse.

En 1905, une partie de l’Est de la France est encore sous domination allemande et le restera jusqu’en 1918, c’est pourquoi cette loi ne s’applique pas à l’Alsace et à la Lorraine où subsiste le régime concordataire.

Cette loi comporte 44 articles, dont voici les principes, exposés dans les premiers articles :

  • Article I, concernant la liberté : "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public."
  • Article 2, concernant la séparation : "La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du Ier janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimés des budgets de l’État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes.
    Pourront toutefois être inscrites aux dits budgets les dépenses relatives à des exercices d’aumôneries et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons..."

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1907 : Cration du scoutisme 1907 : Cration du scoutisme 1907 : Cration du scoutisme 1907 : Cration du scoutisme

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1907 : Création du scoutisme

L’aventure du « Scoutisme » mondial est intimement lié à la figure emblématique de son fondateur : Robert Baden-Powell (1857-1941), . Les règles du scoutisme reposent sur des valeurs de fraternité, de tolérance, de dépassement de soi, de respect de sa propre personne et de celle des autres, mais aussi de connaissance de la nature, d’amour et de devoir envers la patrie et la religion.

Le scoutisme (scout en anglais veut dire « celui qui part en reconnaissance », d’où le terme français d’ « éclaireur »), s’attacha, dès le départ, à doter garçons et filles de valeurs civiques et morales, mais aussi à les rendre autonomes en développant chez eux des qualités de comportement, de débrouillardise et d’observation. Autant de connaissances indispensables en secourisme, en orientation (topographie), en communication où en signalisation (le morse). S’y ajoute la pratique de techniques dans différents domaines : les nœuds, la réalisation de travaux et d’agencement dans les camps à partir de bois brut coupé dans les taillis (froissartage), la pratique de chants, de jeux collectifs etc.

Baden-Powell

Robert Baden-Powell

Lord & Lady Baden-Powell

Lord & Lady Baden-Powell

Qui était Baden-Powel ?

La vie de Baden-Powell a été élevée presque au rang de mythe. Tous les scouts en connaissaient les étapes. Orphelin de père dès son enfance, il reçut une éducation scolaire très anglaise dans une école du Kent. Il fut un garçon passablement doué, musicien, artiste, aimant par-dessus tout la nature. Il menait à l’insu de ses professeurs une vie qui faisait penser à celle de Tom Sawyer, le héros de Mark Twain, dans les bois avoisinant son école.

Jeune officier, il fut affecté en 1876 à l’armée des Indes, dans un régiment de cavalerie où il se spécialisa dans le Scoutisme : l’observation, la reconnaissance et la topographie. Promu instructeur, il forma des petites unités, des patrouilles, chacune sous les ordres d’un chef. C’est en Afrique du sud, où il fut amené à lutter contre les « Boers », que sa carrière se dessina définitivement et qu’il devint un héros.

Il défendit « Mafeking » assiégée pendant 217 jours au début de la guerre. C’est au cours de ce siège qu’il testa ses méthodes reposant entre autres sur l’aptitude des jeunes garçons désœuvrés présents dans la ville assiégée, qu’il transforma en observateurs des positions ennemies et en messagers, les infiltrant dans les lignes adverses. Ces méthodes devinrent par la suite celles du « Scoutisme ». Comment ne pas évoquer à ce sujet, « Kim », le jeune héros hindou de Rudyard Kipling qui à l’évidence dut inspirer Baden-Powel.

A son retour en Angleterre, il écrivit son premier livre, « Aids to Scouting », qui devint le guide de tous les responsables de jeunesse. En 1907, il organisa son premier camp sur l’île de Brownsea, dans le Dorset, avec 22 garçons venus de toutes les couches de la société. Ce camp fut véritablement l’acte fondateur du scoutisme. En 1908, son livre « Eclaireurs », qui connut un succès énorme auprès des organisations de jeunesse, devint le manuel d’un nouveau mouvement mondial. Le Scoutisme se répandit d’abord dans tout l’Empire britannique avant d’atteindre la quasi-totalité des pays.

En 1910, âgé de 53 ans, il quitta l’armée sur les conseils du roi Edouard VII pour prendre la tête du mouvement scout qu’il avait fondé. Dès 1909, les filles sous la dénomination de « Guides » adhérèrent à leur tour et c’est Lady Baden- Powell qui dirigea la branche féminine du mouvement.

En 1920, le premier Jamboree (rassemblement international de scouts) eut lieu à Londres. C’est lors du 3ème Jamboree à Birkenhead, en Angleterre, que Robert Baden-Powell fut anobli par le Roi et qu’il prit le titre, sous une immense ovation, de « Lord Baden-Powell of Gilwell », du nom du centre international de formation qu’il avait créé.

En 1938, sa santé se détériorant il retourna en Afrique où il vécut une semi retraite dans son « cher vieux Transvaal ». De cette époque, il reste un chant mélancolique que tous les scouts ont chanté : « Masori Mares ».

B-P s’éteignit le 8 janvier 1941 à l’âge de 83 ans. Il fut enterré à Nyerri, au Kenya. Lady Baden-Powell poursuivit l’œuvre de son mari jusqu’à sa mort en 1977, contribuant au développement du Scoutisme et du Guidisme dans le monde entier.

En France, le scoutisme s’implanta dès 1910. L’une des premières troupes d’éclaireurs fut créée par les protestants dans le pays de Montbéliard, mais il fallut attendre 1920 pour voir la création de la Fédération des Eclaireurs Unionistes de France. Dans le même mouvement le scoutisme catholique et le scoutisme israélite se développèrent à leur tour. Aujourd’hui il existe cinq fédérations regroupant tous ces mouvements : les Eclaireuses et Eclaireurs de France, les Eclaireuses et Eclaireurs Israélites de France, les Eclaireuses et Eclaireurs Unionistes de France, les Scouts et Guides de France, Les Scouts Musulmans de France.

Le scoutisme à l’Oratoire

C’est dans le n° 82 de la « Feuille Rose » datant de juillet 1923 qu’est annoncée la création du groupe des éclaireurs par messieurs Thyes et Olivier Monod. Quatre ans plus tard, en novembre 1926, on annonce la création d’un groupe d’éclaireurs et de louveteaux sous la direction de M. Benignus, étudiant en théologie, puis en mars 1927, c’est l’apparition des éclaireuses et des « petites ailes », la branche cadette pour les filles. Le premier camp de Pâques des éclaireurs et louveteaux aura lieu en avril 1927. En Octobre de la même année est annoncée la création d’une seconde meute de louveteaux. En janvier 1928, il y a déjà 71 inscrits dans les différentes unités. En juillet ils sont 99 avec 10 chefs et cheftaines.

Enfin, le 17 février 1929, eut lieu dans la salle de théâtre des UCJG, rue de Trévise dans le 9ème arrondissement, la première fête de groupe des mouvements EU, que trois éclaireurs anonymes décrivent avec enthousiasme dans le n° de la Feuille Rose du mois de mars. Depuis cette époque, et pendant longtemps, les mouvements de jeunes unionistes de l’Oratoire furent parmi les plus importants des paroisses de Paris.

L’âge d’or des mouvements scouts se situe dans les années d’après-guerre. Il n’y avait pas une paroisse qui n’eût sa meute de louveteaux, sa troupe d’éclaireurs, ses routiers, ses « petites ailes » et ses éclaireuses. Petit à petit, les effectifs du scoutisme diminuèrent, le dynamisme des unités était très dépendant de la disponibilité de chefs compétents. L’offre des sports collectifs concurrença dans l’esprit des jeunes les mouvements éclaireurs. Avec mai 1968, on commença à critiquer les règles et les tenues scoutes, jugées par certains quasi-militaires.

C’est la chance et l’honneur de l’Oratoire d’avoir pu garder des unités qui fonctionnent toujours bien, avec un bon esprit.

 

première troupe à l’Oratoire : 1923

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1911 : La Clairire 1911 : La Clairire 1911 : La Clairire 1911 : La Clairire 1911 : La Clairire 1911 : La Clairire

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1911 : La Clairière

La Clairière est fille de l’école du jeudi et des œuvres sociales. Son origine : une école du jeudi qui ouvre, au début de 1908, au 8 boulevard Bonne Nouvelle, un poste avancé de la Mission Mac All dont l’Oratoire a hérité. Un quartier populaire et souvent mal famé. Wilfred Monod qui vient d’arriver à l’Oratoire connaît par ses postes antérieurs, notamment à Rouen, la misère du monde ouvrier. Dès 1909, il transforme la petite école du jeudi en patronage dont il assure la direction religieuse. Il est aidé et soutenu dans sa tâche par Mme Guy, qui va, jusqu’en 1924, se consacrer totalement à cette œuvre .

 En 1910, se sentant trop à l’étroit, le patronage déménage au 60 rue Greneta et prend le nom qui lui est resté et qui "symbolise notre œuvre de lumière et d’espérance". Wilfred Monod exprime ainsi le but qu’il lui assigne : "Notre rôle est de fournir aux familles du quartier un appui moral, un foyer spirituel et des facilités aux indigents, par des enquêtes et des démarches personnelles, l’obtention des secours auxquels ils ont droit.." Un siècle plus tard dans des conditions sociales et des moyens d’action très différents, les buts n’ont guère changé. Le 12 novembre 1911, le pasteur expose à ses paroissiens ce qu’il veut faire: "L’Eglise de l’Oratoire, décidée à propager l’Evangile autour d’elle, inaugure au cœur même de Paris, dans le quartier des Halles et de la Banque, un immeuble intitulé La Clairière." Sa prédication prend un caractère prophétique, mais pour ne pas choquer certains de ses fidèles, il ne se recommande pas de ce qui le guide, le christianisme social. Rendre vivant l’Evangile. Unir profondément les murs gris de l’Oratoire et le gai local . Créer des liens entre des paroissiens favorisés et les malheureux de ce quartier misérable. Pour cela, il imagine le geste qui consiste, chaque fois que la Cène est célébrée à l’Oratoire, qu’un repas soit gratuitement offert aux déshérités de La Clairière, signe de communion entre tous les humains.

 Bientôt l’école du jeudi regroupe près de 75 enfants. En avril 1912, Mme Guy est assistée de douze moniteurs et d’autant de monitrices. Des ateliers de vannerie et de brosserie occupent les garçons pendant que les filles se livrent ... aux travaux d’aiguille ! A l’école de garde quotidienne , on surveille ceux qui font leurs devoirs, à partir de 16 h 30. Les livres de la bibliothèque sont très demandés. Une œuvre des loyers est créée, sorte de caisse d’épargne pour éviter les expulsions. Tous les quinze jours, le jeudi matin, un cours de cuisine apprend aux jeunes filles à préparer des repas substantiels et peu coûteux. Tous les vendredis : une consultation antialcoolique en fin de journée. L’Espoir est une association de lutte contre l’alcoolisme par l’abstinence. Des sections cadettes d’enfants abstinents sont organisées à La Clairière à partir de l’âge de 10 ans. La consultation de nourrissons, le mercredi après-midi, va attirer les mères par dizaines et exercer un travail d’acculturation. Le budget nécessaire à son fonctionnement est assuré par des dons. Le deuxième dimanche du mois, se déroule une séance récréative pour les adultes, avec goûter et allocution évangélique. Les mères de famille ont une réunion mensuelle le quatrième mardi du mois et les hommes et jeunes gens au dessus de 13 ans , le quatrième samedi de chaque mois. Au printemps de 1914, plus de 70 familles ont été visitées. On le voit, les activités de ce "Centre d’activité chrétienne, sociale et fraternelle organisé par l’Oratoire du Louvre ," encadrent la population du quartier. Mme Guy note que, pendant les trois premières années, La Clairière a touché 151 familles et 352 enfants. La Fête de Noël et la Fête d’été regroupent tous les enfants. Ils ont droit à une séance de "science amusante" organisée par un cousin Monod, Arthur Good, plus connu sous le nom de Tom-Tit. Enfin dès 1913, 8 enfants de La Clairière partent en colonie de vacances. Leur nombre ne va cesser d’augmenter. En dehors d’une subvention de l’Oratoire pour le loyer, l’essentiel du budget de La Clairière est assuré par la vente annuelle dont la Feuille Rose enregistre les succès.

 Pendant la guerre de 14, d’autres activités sont proposées, notamment aux femmes démunies, dont un ouvroir et des aides en nature. A la fête de Noël, il n’y a ni arbre ni jouets, mais des vêtements. Les responsables se réjouissent, en 1916, de pouvoir continuer à chauffer le local, malgré les restrictions, et même de pouvoir l’agrandir en louant un étage supplémentaire. En 1917, La Clairière peut envoyer 36 enfants à la campagne pendant trois mois. Et 38 en 1918, ainsi que trois mères avec des nourrissons, grâce aux bons résultats de la vente. Faisant, en 1921, le bilan des dix premières années de La Clairière, Wilfred Monod peut parler de "La haute, sereine et sobre poésie de l’Evangile intégral, dans le hideux quartier des Halles devenu Montagne de la Transfiguration ." Pour lui, La Clairière est "la proue du vaisseau de l’Oratoire, la figure sculptée à l’avant du navire qui a quitté l’abri du port et pousse vers le large ." Mais les charges trop nombreuses qu’il doit assumer, responsabilités internationales en plus de son enseignement à la Faculté de théologie, font qu’à la tête de La Clairière il est remplacé par le pasteur Fargues puis, en 1923, par son jeune suffragant, Paul Vergara qui restera attaché à cette œuvre jusqu’en 1955.

 Les activités déjà nommées s’enrichissent de cours de gymnastique le jeudi matin, d’une troupe d’Eclaireurs, puis de louveteaux. La section cadette des enfants abstinents se maintient autour d’une vingtaine de jeunes. La Fête des Mères est célébrée à partir de 1923, le deuxième dimanche de mai, avec la participation des enfants en chants, musique, récitations et même pièce de théâtre. Elle se termine par un petit culte familial. La consultation gratuite des nourrissons requiert maintenant deux médecins. Dans les années 1930, il y a jusqu’à 70 bébés chaque mercredi. Ils constatent "non seulement les petites maladies de l’enfance, mais le rachitisme, les convulsions, les entérite rebelles, les retards au développement, l’insuffisance musculaire..." Une installation moderne de rayons-ultraviolets aide les traitements . Et l’œuvre embauche une infirmière visiteuse car l’état sanitaire de bien des logements est mauvais. Elle donne des consultations également au local. Cette aide médicale se fait sous forme mutualiste, les familles intéressées y adhérant, sans qu’il soit nécessaire de faire partie de La Clairière. Il est aussi proposé aux enfants, le jeudi, quand ils ne sortent pas, des films que les monitrices commentent, ou de nouveaux ateliers de cuir, de reliure, de découpage du bois. Dans les années 1930, 120 à 150 enfants viennent au patronage "dix douzaines de petits saute-ruisseaux habitués à la liberté" qu’il faut tenir pendant cinq heures ! Et près de 200 personnes assistent à la réunion du dimanche après-midi. Le vestiaire intéresse 82 familles. Des bons de lait et de charbon sont vendus à prix réduit. Une centaine de familles bénéficient de l’armoire aux médicaments gratuits et 55 personnes (enfants et adultes) partent en colonie pour un à plusieurs mois. Dans ce quartier parisien "malodorant et sans soleil", dans cette France de l’entre-deux guerres où la protection sociale tarde tant à se mettre en place, La Clairière, "remplit un ministère social parallèlement au ministère spirituel ." "C’est un centre de joie saine et d’éducation chrétienne dans la sombre forêt des taudis, des assommoirs, des hôtels louches. Il y a plus de distance entre les habitants du 2ème arrondissement et ceux du 8e ou du 16e qu’entre les habitants de Paris et ceux de Varsovie, parce que les classes s’ignorent, elles n’ont pas de lieu de rencontre et de communion ." Et Vergara de souhaiter que chaque famille de La Clairière ait une famille amie à l’Oratoire. Pour amorcer un rapprochement, les troupes d’Eclaireurs fusionnent, les Eclaireuses et les Routiers de l’Oratoire visitent les familles de La Clairière, et à la fin de l’année est organisée une sortie commune dans le bois de St Cloud, des enfants du patronage et des deux écoles (dimanche et jeudi) de l’Oratoire.

 Paul Vergara est tellement attaché à La Clairière qu’il refuse en 1932 de succéder à John Viénot comme pasteur titulaire . L’année précédente, il a engagé une infirmière assistante sociale, Marcelle Guillemot. Elle a 24 ans. Sa forte personnalité, son engagement personnel vont profondément marquer l’œuvre. Embaucher une assistante sociale signifie que La Clairière passe "de la charité à un véritable service d’assistance " notamment pour les démarches administratives. Marcelle Guillemot s’y est consacrée par un dévouement total. Pour avoir la reconnaissance officielle des autorités civiles, des statuts sont adoptés en 1935, mais ils vont rester lettre morte jusque dans les années 1950. Le témoignage chrétien (mais non le prosélytisme), s’il n’est pas expressément indiqué, demeure la marque de l’œuvre.

Dans les années 1930, La Clairière doit faire face à bien des difficultés, financières (son premier déficit, dû à la crise), sociales (la montée du chômage et de la misère), et nouvelles (l’arrivée de populations immigrées différentes des habitants de l’arrondissement). En effet viennent s’installer dans ce quartier aux appartements sordides mais pas trop chers, des vagues d’étrangers, juifs allemands ou d’Europe centrale, républicains espagnols et autres nationalités. Ces réfugiés souvent fort instruits, de religions différentes, ne parlant guère le français, il faut les accueillir et les aider. Ainsi, dès la fin des années 1930, La Clairière commence à être confrontée à des problèmes humains qui prendront une allure dramatique pendant la guerre.

    Gabrielle Cadier

La Clairière, un jeudi après-midi, en 1911

La Clairière, un jeudi après-midi, en 1911

Notes :

Catherine GOGUEL, Jacques POUJOL, La Clairière, 90 ans d’action sociale au cœur de Paris.

La Feuille Rose est l’autre source de documentation. Le N° d’octobre-novembre 1911 est consacré en grande partie à la naissance de La Clairière. Celui de décembre 1911 à mars 1912, à ses activités.

 

C’est l’âge de la fin de l’obligation scolaire, et donc éventuellement celui de l’entrée dans le monde du travail.

Telle est la définition de l’Annuaire protestant.

L’Oratoire, novembre 1920 à février 1921.

Idem, juin à octobre 1921.

Idem, avril 1928.

Idem, Rapport du pasteur Vergara, février 1933..

Idem, mai 1933.

Il le deviendra en 1938, succédant à Wilfred Monod.

Catherine GOGUEL, Jacques POUJOL, op.cit., p. 34

 

 

1914-1918 : 1e guerre mondiale 1914-1918 : 1e guerre mondiale

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1914-1918 : 1e guerre mondiale, monument aux morts

Cette guerre a été une tragédie pour de nombreuses familles. Deux éléments dans l’Oratoire font mémoire de personnes qui se sont données pour le service des autres à cette occasion :

Le premier mémorial est un panneau qui fait toute la surface dune chapelle latérale, il date de 1919 et garde la mémoire des enfants de l’Oratoire morts pour la France au cours de la 1ère guerre mondiale. Cette toile marouflée a été exécutée par Gustave-Louis Jaulmes en collaboration avec l’architecte Charles Letrosne. L’arcature de la chapelle a été fermée, ménageant une pièce fermée qui servait à l’époque de salle funéraire.

La longue liste déroulée sur cet immense panneau peint en lettres dor montre que de nombreuses familles ont été frappées. Encadrés de drapeaux, de palmes, de guirlandes et de couronnes de laurier la longue liste donne les noms des 142 membres de l’Eglise morts sous les drapeaux pendant la première guerre mondiale. Berger-Levrault, Dollfus, Hollard, Koechlin, Labrousse, Mettetal, Monod, Schlumberger, Silhol, Wagner… Cette énumération reflète les origines alsaciennes, suisses, cévenoles ou normandes de la géographie protestante et l’importance des pertes humaines au cours cette guerre.

Le deuxième souvenir est une plaque en marbre noir remerciant les soldats américains de la 1e guerre mondiale, cette plaque date de 1927 et est située face au monument aux morts de 14-18. Cette plaque a été inaugurée le 18 septembre 1927 lors d’une cérémonie franco-américaine en présence de membres de l’American Legion. Il est inscrit  « A la gloire de Dieu et en souvenir reconnaissant des officiers et soldats de l’armée expéditionnaire américaine qui sont morts pour la cause des alliés sur le sol de France »

Pour en savoir plus :

 

 

1938 : Union des protestants 1938 : Union des protestants

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1938 : Eglise Réformée de France

Un pasteur de l’Oratoire, André Numa Bertrand, va prendre une part décisive dans la création en 1938 de cette union qu’est l’Église Réformée de France, . Il est certainement de sensibilité libérale, mais d’une façon intelligente et pleine de spiritualité. Il prend ses distances avec certaines tendances qui limitent parfois la foi chrétienne à une bonne conduite morale, dédaignant la question théologique et la pratique religieuse.

Après la guerre de 1914, Bertrand devient président de l’Union des Eglises réformées. Il va jouer un très grand rôle dans la naissance de l’Église réformée de France grâce à un esprit de paix et de compromis. Depuis le milieu du XIXe, deux courants s’opposaient radicalement dans le protestantisme réformé. Un courant issu du réveil et dit « orthodoxe » (au sens de personnes très attachées à la lettre de la doctrine) tenait fermement à ce qu’un socle de croyances théologiques soit défini et imposé comme unissant l’Église. Le courant libéral trouvait cette contrainte contraire à l’essentiel qui est l’Évangile et la liberté de chacun de penser et de croire.

André-Numa Bertrand propose de définir effectivement une confession de foi, mais de la faire précéder par un préambule permettant aux libéraux de bonne volonté d’adhérer à ce texte « Vous lui donnerez votre adhésion joyeusement, comme une libre et personnelle affirmation de votre foi. Sans vous attacher à la lettre de ses formules, vous proclamerez le message de salut qu’elles expriment ». S’attacher à l’esprit plus qu’à la lettre étant une idée forte de l’Évangile la grande majorité des « orthodoxes » accepta ce compromis, suffisamment rassurés sur le libéralisme modéré de ceux qui accepteraient de signer ce texte.

Un culte d’’action de grâce (pour se réjouir de cette union devant Dieu), a été célébré dans l’’Oratoire le 16 juin 1937.

Pour en savoir plus :

 

 

1940-1945 : 2e guerre mondiale 1940-1945 : 2e guerre mondiale 1940-1945 : 2e guerre mondiale 1940-1945 : 2e guerre mondiale 1940-1945 : 2e guerre mondiale

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1940-1945 : 2e guerre mondiale

le 29 mai 1942, une ordonnance allemande contraint tous les juifs âgés de six ans et plus à porter, à partir du 7 juin, une étoile jaune. Le pasteur Bertrand décide de passer outre l’habituelle circonspection qu’il adopte comme président de la Fédération Protestante de France : il réunit le Conseil, le 5 juin, et rédige une lettre à l’adresse du maréchal Pétain ; il la confie au pasteur Boegner qui, le 27 juin, la lit au chef de l’État avant de la lui remettre. C’est la protestation officielle d’une Église, la seule à ma connaissance contre le port de l’étoile jaune. Cette lettre n’est pas une protestation publique, du haut de la chaire. Une telle protestation a pourtant existé, les 7 puis 14 juin, toujours à l’initiative de Bertrand ; si nous connaissons bien la première, l’ampleur et même la réalité de la seconde n’ont été découvertes que récemment. Le dimanche 7 juin, premier jour où le port de l’étoile devient obligatoire, Bertrand prêche sur la première Epître de Pierre : « Si quelqu’un parle, que ce soit comme il convient à la Parole de Dieu ». Pour le pasteur, la vie intérieure du chrétien doit le garder libre à l’égard des pressions du monde extérieur ; mais non pas indifférent : le politique ne peut être prétendu imperméable au spirituel. D’où, dans un troisième temps du sermon, la prise de position, au nom de l’amour pour les hommes, sur le port de l’étoile jaune :

« C’est dans cet esprit qu’il convient de parler des événements du jour, sur lesquels l’Église de Jésus-Christ ne saurait garder le silence. Depuis ce matin, nos compatriotes israélites sont assujettis à une législation qui froisse dans leur personne et dans celle de leurs enfants, les principes les plus élémentaires de la dignité humaine. Nous ne sommes pas ici pour protester ou pour récriminer, encore bien moins pour condamner et pour maudire ; nous sommes ici pour aimer, pour prier et pour bénir. Ce sont des droits que personne sans doute ne nous contestera, et dont personne, dans tous les cas, ne peut nous dépouiller sans notre propre consentement. Nous sommes ici pour demander à Dieu qu’il fortifie le cœur de ces hommes et de ces femmes, afin que ce dont on a voulu faire pour eux un signe d’humiliation, ils soient rendus capables d’en faire un signe d’honneur. - Là où des hommes souffrent, quels qu’ils soient, le cœur innombrable du Christ est ému de miséricorde et l’Église a le devoir de dire : Moi aussi je souffre avec eux. - Là où des chrétiens, des hommes et des femmes qui ont été baptisés au nom de Jésus-Christ, sont contraints de porter un signe qui n’est pas celui de leur Maître et de leur Sauveur, l’Église de Jésus-Christ a le devoir de dire : Ceux-là sont à moi, et je suis avec eux. - Et là où sont frappés des enfants de six ans, l’Église de Jésus-Christ a le devoir de dire : Ceux-là sont à Dieu, les innocents, et je les bénis.

Ces paroles sont pratiquement inopérantes ? Nous ne le savons que trop ; d’aucuns les trouveront même plus qu’inutiles, dangereuses. L’Église de Jésus-Christ ne saurait se laisser guider par ces considérations subalternes ; il y a des choses qui doivent être dites ; elle les dit. Il y va de quelque chose de plus que son honneur, il y va de l’honneur de Dieu. "Jamais les saints ne se sont tus", disait Pascal, et il prenait ce mot "saints" dans son sens biblique, qui désigne ceux qui sont consacrés à Dieu. Le Pasteur aussi, lorsqu’il est dans la chaire de Jésus-Christ et se souvient de sa consécration, ne saurait recevoir d’ordres de personne, si ce n’est de son Chef ; il n’accueille aucune inspiration, si ce n’est celle de sa foi. Sans cela - qu’il y prenne garde - sans cela il ne parlerait pas comme il convient à la Parole de Dieu. »

THEIR BROTHERS’ KEEPERS
Plaque attribuée à l’Oratoire en 1957 par la Andi-Defamation League of B’Nai B’rith

Quel a pu être l’effet d’une telle prédication sur l’auditoire ? On possède un élément de réponse directe : à la sortie du culte, la belle-mère du pasteur Jean Médard croise sous les arcades de la rue de Rivoli un « ménage à l’air modeste et distingué qui portait l’étoile jaune. Alors je me suis avancée, leur ai tendu la main en leur disant : "Je suis chrétienne, je sors de l’Oratoire, permettez-moi de vous témoigner ma sympathie. Nous sommes tous des enfants de Dieu". Le monsieur a porté ma main à ses lèvres, il était tout ému et moi j’avais les larmes aux yeux ». Le même jour, des étudiants, dont plusieurs protestants, comme Marie Médard, fille du pasteur de Rouen, ou Henri Plard, ancien catéchumène du même pasteur, arborent dans Paris de fausses étoiles jaunes. On ne sait si l’un ou l’autre sortait de l’Oratoire. Plard, immédiatement arrêté, est interné à Drancy le lendemain, comme « Ami des Juifs », et travaille au bureau administratif du camp, avant d’être libéré le 31 août. Il a expliqué, à la fin de sa vie, les affinités spirituelles et sociologiques qui, selon lui, liaient les protestants français aux juifs.

De cette période, nous possédons le « Journal intime » d’ A.N. Bertrand, publié dans le bulletin de la Société d’histoire du protestantisme français de juillet-août-septembre 1981, tome 127. Ce texte offre un très grand intérêt. On y découvre quelqu’un de très humain, on pénètre dans son intimité. Il nous livre ses doutes, ses craintes, ses colères, ses dégoûts pour la veulerie ; il nous dit sa lassitude, ses hésitations devant certains choix qui furent peut-être des erreurs ; mais éclatent aussi sa rectitude, son sens aigu de l’honneur et de la fidélité. Il termine ainsi : « Ceux qui auront été dans la fournaise, qui auront vu la veulerie générale, et qui auront subi la pression des circonstances, et de l’atmosphère comprendront qu’il fallait se raidir si on ne voulait pas être courbé ; et il ne faut jamais se courber que devant Dieu. C’est le mot d’ordre que j’ai voulu garder. »

Il organise la desserte des paroisses avec des effectifs très réduits. Les pasteurs ne reviendront pas tous à Paris. Les finances sont inexistantes. Pendant plusieurs mois A. N. Bertrand préside trois cultes par dimanche - Ste Marie, Oratoire et Belleville. Il parcourt Paris et la banlieue à bicyclette ou en métro, il monte les étages sans ascenseurs ; la tension nerveuse et la fatigue physique l’épuisent.

On ne peut tout rapporter de son inlassable activité au service du protestantisme français en zone occupée, de juin 40 à mars 43. Il a toujours agi en accord avec le Conseil de la Fédération Protestante de France et celui de l’Église Réformée, mais sans pouvoir consulter le pasteur Bœgner qui se trouvait en zone libre, sûr cependant de son accord tant l’amitié qui les liait était profonde. On trouve le détail de cette activité dans le rapport lu à l’assemblée générale du Protestantisme français, à Nîmes en octobre 1945, et à laquelle sa santé ne lui avait pas permis d’assister. On ne citera ici que quelques éléments marquants.

 Le 20 août 1940, les mouvements de jeunesse sont interdits. Président des Éclaireurs Unionistes, il refuse que ceux-ci entrent dans la clandestinité : trop de risques pour les chefs et cheftaines. Il crée alors une jeunesse confessionnelle rattachée à chaque église.

  •  Il proteste contre la fermeture des salles d’évangélisation de l’Armée du Salut.
  •  Puis contre la fermeture des oeuvres sociales de l’Armée du Salut. Finalement, Laval dissoudra l’Armée du Salut.
  •  Il proteste contre le serment de fidélité au chef de l’État pour les fonctionnaires.
  •  Il proteste contre les réquisitions et le S.T.0, et rédige le 14 avril 1943 un message de la F.P.F qu’il fait lire en chaire le 2 mai.
  •  Il entreprend de nombreuses démarches en faveur des juifs persécutés, pour protester contre le port de l’étoile jaune.
  •  Il intervient énergiquement au moment de l’arrestation de milliers de juifs au Vel d’hiv. par la police française
  •  Il exprime sa solidarité au grand Rabbin de Paris.

 Mais surtout, il écrit en 1942 trois lettres, plus douloureuses que révoltées, le 16 février au Commissaire Général aux affaires juives, le 27 juin au Maréchal Pétain (celui-ci se déclare ému, mais ne pouvait rien faire), demandant à M. Bœgner de la remettre en mains propres, et le 3 août à M. de Brinon, chef de la Délégation du Gouvernement Français à Paris, qui ne répond pas.

Il termine son rapport en regrettant l’attitude de la hiérarchie catholique qui refusa d’entreprendre une démarche commune auprès des autorités d’occupation : « J’ai toujours reçu auprès de ces prélats une parfaite courtoisie et bienveillance, mais aussi un refus très net de s’opposer en quoi que ce soit aux interventions des maîtres de l’heure. »

A partir d’octobre 1942 une autre forme d’intervention prends corps. Celle-là exige silence et clandestinité, c’est l’aide physique aux juifs, adultes et enfants, qu’il s’agit de cacher, et tout d’abord de faire échapper des souricières urbaines, dont celle de Paris. Dans une Lettre pastorale qui remplace la Feuille rose, le 30 septembre 1942,  les trois pasteurs de l’Oratoire, sans dire un mot des juifs, appellent chaque chrétien à porter dans son cœur la souffrance du monde et à ne pas la laisser effacer en lui-même par la réalité ou l’appréhension de ses propres souffrances : « Il ne faut pas dire : "À chacun suffit sa peine ! J’ai bien assez à faire à porter la mienne ; pourquoi vouloir m’écraser sous celle du monde ?  Je ne suis pas de force ; j’aime mieux l’oublier ».

Et ce sera des appels, du haut de la chaire de l’Oratoire, au moment des annonces diverses concernant les activités de la paroisses, que souvent était lancé l’appel en direction de familles qui pourraient emmener quelques enfants pauvres ayant besoin de prendre l’air. Les familles comprenaient qu’un ou plusieurs enfants juifs avaient besoin de trouver refuge pour quelques jours ou quelques semaines dans une famille parmi d’autres enfants le temps que l’on trouve le moyen de les évacuer. Cet appel était lancé alors que dans les rangs des fidèles se trouvaient des allemands parmi les plus hauts placés, venant de l’hôtel Meurice, un peu plus bas dans la rue de Rivoli qui avait été réquisitionné par les autorités allemandes pour la Kommandantur du Grand Paris !

Pour en savoir plus :

 

 

1962 : Nouvelles orgues 1962 : Nouvelles orgues 1962 : Nouvelles orgues 1962 : Nouvelles orgues

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

1962 : Nouvelles orgues

Un orgue avait été construit à Saint-Louis-du-Louvre par les protestants, et les avait suivi lors du déménagement à l’Oratoire. Un nouvel instrument est fabriqué en 1828, puis en 1899.

En 1950, il apparait que l’orgue est mal adapté et a été mal entretenu. Le projet naît de reconstruire à la fois le grand orgue et la tribune. Le choix dun facteur pour la reconstruction fut long et difficile. Six projets avaient été déposés, ceux de Bechet-Debierre, Gonzalez, Gutschenritter (qui entretenait l’orgue depuis longtemps), Jacquot-Lavergne, Michel Mercklin-Kühn de Lyon et Roethinger. L’établissement Gonzalez fut désigné en 1956 pour une première tranche de travaux, puis chargé, par arrêté préfectoral du 25 septembre 1957 en accord avec le directeur des Beaux Arts, de la 2° tranche. Les travaux d’agrandissement de la tribune prirent beaucoup de temps et le facteur Victor Gonzalez , décédé le 3 juin 1956, n’eut pas la joie de voir l’instrument rénové : c’est Georges Danion, mari de sa petite-fille, qui supervisa la construction de l’orgue*.

Jean-Dominique Pasquet à l’Orgue de l’Oratoire

Jean-Dominique Pasquet
à l’Orgue de l’Oratoire

L’inauguration eut lieu le 14 janvier 1962 ; le service liturgique et la prédication étaient assurés par le pasteur Marc Boegner ; l’instrument fut joué par Alexandre Cellier, Henriette Roget et Marie-Louise Girod. Marcel Dupré improvisa une passacaille sur la mélodie du Psaume 47, que la maîtrise, dirigée par Horace Hornung, avait chanté au début de la cérémonie. 

L’orgue de lOratoire comprend 67 jeux répartis sur trois claviers et pédalier et de manière à dégager totalement la tribune pour y placer la maîtrise, la tuyauterie du 2° clavier a été disposée dans deux « loggia », de part et d’autre de la tribune. La traction est électropneumatique, selon la volonté de Norbert Dufourcq. L’harmonie a été réalisée par Jean Daniellot, Jacques Bertrand et Georges Danion*. L’esthétique néoclassique neut pas l’heur de plaire à tous les observateurs, même si elle fait forte impression sur le public. De grands compositeurs contemporains ont écrit pour ce genre d’instrument qui permet aujourd’hui à l’organiste, comme le souhaitait Ernest Meumann en 1843, d’accompagner la liturgie et de jouer aussi la musique d’orgue de toutes les époques.

Cet orgue dura ainsi jusqu’à la transformation majeure qui fut faite en 1960 avec l’orgue actuel de 67 jeux réalisé par Gonzalez.

Pour en savoir plus :

 

 

2009 : Fonds Ricœur 2009 : Fonds Ricœur

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

2009 : Partenariat de l’Oratoire avec le fonds Ricœur,

L’institut protestant de Théologie (IPT) a reçu en don du philosophe Paul Ricœur sa bibliothèque de travail personnelle. Cela fait environ 15000 livres, auxquels s’ajoutent des manuscrits, correspondances, tirés à part, les traductions de ses propres ouvrages dans de très nombreuses langues, etc. Elle y a rejoint l’ensemble de ses oeuvres déjà accumulées, y compris de nombreux textes dits mineurs, liés à ses engagements divers. Ce cadeau inestimable a été fait à la Faculté de théologie, bien sûr, mais aussi à la communauté sans frontières des lecteurs d’une pensée originale et exigeante, bâtie sur la mémoire écrite autant qu’ouverte sur le temps présent. Autour du Fonds Ricœur, l’IPT souhaite développer un centre de recherche et d’échanges internationaux, avec la conviction que la présence de ce Fonds renforcera sa dimension de lieu de réflexion théologique.

L’Oratoire du Louvre, fidèle à sa tradition de foyer intellectuel important au sein du protestantisme français, a souhaité marquer par un geste fort son soutien à la démarche entreprise par l’IPT. Dans cet esprit, il a été convenu d’une démarche qui rende possible l’accueil matériel de chercheurs s’intéressant à la dimension théologique de l’œuvre de Ricœur et à sa philosophie de la religion. Le projet a deux aspects: la création de logements pour des chercheurs au sein de la Faculté de Paris; et la création de bourses pour permettre à ces chercheurs de se consacrer pendant une année à leur travail et à des interventions dans le cadre de l’IPT et de l’Oratoire.

Ce projet de partenariat a été développé par notre Conseil Presbytéral et la Fondation de l’Oratoire du Louvre, dans un dialogue avec le conseil de l’institut Protestant de Théologie, en particulier avec le professeur Olivier Abel.

Pour en savoir plus :

 

 

2011 : Centenaires 2011 : Centenaires 2011 : Centenaires

6) Histoire du protestantisme parisien et de l'Oratoire

2011 : Fêtes des centenaires de l’Oratoire

400 ans de la congrégation de l’Oratoire de France
200 ans du temple protestant de l’Oratoire du Louvre,
100 ans de La Clairière

la couverture du livre du bicentenaire

Le livre du bicentenaire

Notre temps est fertile en commémorations : isoler une date, un évènement, une figure historique fait le bonheur de comités des fêtes qui arpentent le calendrier à petit pas. Vite oubliés pour laisser la place à de nouvelles promotions, ces moments culturels, très appréciés du public, donnent du passé des images brillantes comme les étoiles d’un monde perdu. Ce passé est rassemblé dans un musée obscur dont les objets s’éclairent quand on ouvre les portes ; mais ces objets ne parlent-ils pas une langue devenue de moins en moins audible ?

Nos anciens étaient férus d’histoire et inscrivaient leurs réflexions et leurs actions, privées ou publiques, dans une continuité avec un passé parfois recomposé, mais toujours nourricier : une toile de Poussin, une tragédie politique de Corneille suscitaient chez les spectateurs du XVII° siècle des résonances dont nous n’avons plus l’idée.

Le présent volume tente modestement d’inscrire une célébration, hors du calendrier perpétuel, dans une durée : 1811, c’est la réouverture d’une église : mais le bicentenaire que l’Oratoire du Louvre a décidé d’honorer par une exposition et un livre est l’occasion de rassembler des textes et des images qui rendent vie à la continuité d’une communauté, celle des protestants parisiens au cours du temps.

1811, ce n’est pas un évènement religieux, ou une célébration fermée : la commémoration s’inscrit dans un paysage façonné par les siècles et fêter l’affectation par l’Empire d’une ancienne église au culte réformé, c’est d’abord situer dans la longue évolution d’un quartier au coeur de la capitale la consécration officielle de rapports institutionnels entre les Réformés et l’Etat ; c’est aussi évoquer la tranquille présence d’une minorité longuement opprimée : cette installation définitive pouvait être considérée comme une revanche sur la Révocation de l’Edit de Nantes et la destruction du temple de Charenton en 1685, mais elle doit l’être aussi comme une conséquence pacifique du triomphe de la Révolution des Lumières sur l’Ancien Régime et d’une entente renouvelée et élargie entre la religion et l’Etat.

Il n’est pas indifférent que cette chapelle royale où la Cour venait entendre prêcher la foi dominante soit devenue un édifice républicain, propriété de la Ville de Paris, où l’éloquence de la chaire et les actes liturgiques témoignent de la présence d’une religion minoritaire depuis des siècles, toujours minoritaire et toujours bien vivante.

A considérer la table des matières de l’une des plus anciennes revues d’histoire religieuse, le Bulletin de la Société d’Histoire du Protestantisme, on a noté que la mémoire collective des protestants français oscille depuis cent cinquante ans entre la nostalgie d’une Eglise d’ Etat triomphante et l’hommage charnel aux milliers d’anonymes, qui génération après génération, ont proclamé dans la douleur et la mort qu’ils « maintiendraient ».

Nous n’ignorons pas que les Réformés s’incrustaient et que nous, leurs héritiers, sommes installés sur le site d’un enclos créé deux siècles plus tôt pour préparer les prêtres à combattre le protestantisme, la congrégation de l’Oratoire.

N’a-t’on pas dit aux Réformés qu’ils auraient dû changer le nom de l’édifice pour prendre leur revanche sur leurs adversaires ? A vrai dire, installés dans les lieux qui furent dédiés à « l’enfance, la vie et la mort de Jésus » par le Père de Bérulle, les protestants n’ont rien à redire à une dénomination qui leur convient parfaitement, puisque le même mot latin conjugue l’art oratoire ( le De oratore de Cicéron ), la prière ( l’oraison ) et la musique religieuse ( l’ « oratorio » ). Auguste Decoppet, pasteur à l’Oratoire entre 1878 et 1906, disait : « Notre église porte le plus beau nom qui puisse être donné à une église, celui de l’oratoire, qui signifie maison de prière, maison où l’âme et Dieu se rencontrent ».

Si l’on réfléchit à la nature même des célébrations dont l’église fut le théâtre, on constate que les voûtes de l’Oratoire ont souvent retenti de glorieuses affirmations publiques.

Les grandioses manifestations de l’Ancien Régime attestaient l’étroit rapport établi entre le pouvoir royal et la Providence divine : la piété funéraire d’une élite sociale, la joie des victoires accordées au souverain, la santé retrouvée du roi ( 1687 ). Le sacre des premiers évêques constitutionnels célébré par Talleyrand en 1791, les drapeaux de l’Empire accrochés aux piliers après Austerlitz, le Te Deum de 1832 exprimaient que la chose publique, qu’elle fût révolutionnaire ou impériale, ou qu’elle redevînt monarchique, s’inscrivait dans une continuité historique, même si les motifs de la reconnaissance divine pâlissaient quelque peu devant des considérations plus strictement politiques.

Au moment même où le bâtiment servait de cadre à l’adoption de la République par le clergé constitutionnel , les Réformés dataient le monument officiellement accordé à leur culte, Saint Louis du Louvre, de l’ « An de Jésus-Christ 1791 et l’An II de la Liberté » C’est dire que les adversaires d’hier, soumis aux mêmes évolutions, roulaient les mêmes pensées et que les protestants et les anciens « appelants » de 1713, que le nonce Lercari jugeait en 1739 « infectés par le jansénisme », voire « calvinistes rebouillis » pouvaient manifester la même confiance dans les nouvelles institutions .

Toute célébration publique dans un édifice religieux illustre au cours du temps, quel que soit le régime, le souci d’honorer des figures. Celles des combattants de la foi, par la plume ou par l’épée, comme les Réformateurs à Genève. A Paris, plutôt qu’honorer le roi qui publia l’Edit de Nantes, on préféra se souvenir en 1885 de la révocation de cet Edit, parce que les héros furent aussi des martyrs.

A l’Oratoire, le monument dressé à la mémoire de l’amiral de Coligny manifeste hautement les vertus d’un homme d’Etat assassiné qui combattait pour ses idées et pour son Dieu ; même s’il s’inscrit dans une guerre identitaire contre un peuple de statues catholiques, le monument a été légitimé par une souscription nationale et s’adresse à tous les passants de la rue de Rivoli. Plus discret, mais non moins émouvant, le monument aux morts de la Grande Guerre, construit par Jaulmes devant l’une des chapelles vient affirmer qu’une bénédiction religieuse conforte à l’Oratoire, comme en nombre d’églises, l’hommage de la Nation aux combattants sacrifiés.

C’est l’évènement qui fait signe et, dans un lieu de prière, l’écho retentit des désastres publics et des douleurs qui frappent tous les hommes.

A la différence de ces manifestations de l’honneur rendu au sacrifice, la fonction spirituelle des lieux s’inscrit dans la durée : la colombe de l’Esprit qui orne la voûte de la nef préside à tous les cultes réformés comme le nom de Jésus a présidé à toutes les messes des Oratoriens: fêtant 1811, cet évènement, nous participons aussi à la constance de Dieu qui veille sur l’église depuis 1623 et n’a pas besoin d’un autre mode d’expression que sa Parole dans le vide de l’architecture. 

Plus que des signes historiques, la paroisse de l’Oratoire offre des signaux d’ouverture au monde. A la différence de 1911, où le centenaire ne fut que modestement évoqué, 2011 offre l’occasion d’une reconsidération totale de l’édifice sur le plan de l’architecture et d’un bilan de deux siècles de protestantisme agissant : du début du 19° siècle à nos jours, de grandes voix pastorales se sont fait entendre dans les lieux et leur portée est largement sortie des murs ; des évolutions sensibles, du Consistoire aux paroisses parisiennes, ont fait naître, du 19° siècle à nos jours, des débats passionnés ; le parti pris du libéralisme, qui illustre l’Oratoire, a tracé un axe majeur de la réflexion théologique et d’un christianisme pratique ouvert sur le monde ; cette ouverture s’est en particulier manifestée par la création en 1911 – c’est un autre centenaire – d’une institution sociale et éducative, la Clairière, qui joue encore aujourd’hui un rôle essentiel dans le proche quartier des Halles.

Pour ceux qui connaissent et aiment l’Oratoire, pour ceux qui découvrent à la fois l’histoire monumentale et le protestantisme parisien, l’exposition et l’ouvrage qui l’accompagne ont tenté d’illustrer un passé glorieux et son aboutissement contemporain : l’évènement, la longue durée et l’espérance.

Chargé d’organiser la structure du volume, je tiens à remercier chaleureusement au nom de l’Oratoire du Louvre les auteurs qui ont offert leur temps, leurs recherches, leur savoir pour contribuer à faire connaître la longue histoire des protestants parisiens installés dans un superbe édifice dont on fêtait aussi, à quelques années près, le quatrième centenaire. Souhaitons que cette contribution suscite le désir d’en savoir plus et nourrisse de nouveaux projets.

Philippe Braunstein

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