Visite de l'Oratoire du Louvre

1) intérieur actuel  -  2) extérieur actuel  -   3) au XVI-XVIIe  -  4) au XVIIIe  -  5) au XIX-XXe  -  6) histoire


plan de l'Oratoire du Louvre

Le portail

Le maître autel

Les stalles

La chaire

Chapelles latérales

Le tombeau de Bérulle

La chapelle Sainte Madeleine

La chapelle de la Nativité

Le tombeau des Harlay de Sancy

Le tombeau du Comte de Verdun

La chapelle de la Vierge

Le tombeau d'Aubray

Chapelle de la Divine Enfance

La chapelle de la Résurrection

Le tombeau des Frères de l'Oratoire

Les chapelles du tabernacle

Les confessionnaux

La maison généralice

Louis XIV et XV

Pierre Bayle

Oratoriens

Antoine Court

Voltaire

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le portail de l'Oratoire du Louvre, rue Saint-Honoré
Le portail de l'Oratoire du Louvre,
rue Saint-Honoré

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

L’aboutissement de la construction de l’Oratoire du Louvre

S’il est difficile d’imaginer l’édifice inachevé de 1630, il est encore plus délicat de se représenter les intérieurs et la richesse du décor qui fut mis en place entre 1640 et 1730 principalement.

Bérulle avait bâti, ses successeurs eurent à cœur d’embellir avec la mise en valeur du maître autel, et de très riches décorations dans les chapelles latérales contenant des œuvres des meilleurs peintres et sculpteurs de l’époque. Ce décor a disparu en 1792-1793, à l’exception de quelques vestiges visibles dans une des chapelles du transept oriental. L’Oratoire apparaît donc aujourd’hui dans un dépouillement austère : pierre nue, vitraux blancs et sans mobilier ou presque, et sans œuvre d’art aucune. En effet, en raison de son affectation au culte protestant, l’édifice n’a reçu aucun nouveau décor au cours du XIXe siècle, à l’inverse de tant d’édifices catholiques où le clergé cherchait à effacer les traces du vandalisme révolutionnaire.

La première moitié du règne de Louis XV correspond à une grande période d’accalmie dans l’architecture publique parisienne. Les chantiers religieux, en revanche, se portaient bien : la reprise des travaux de Saint-Sulpice (1719), l’achèvement de Saint-Roch (1736), la poursuite des travaux du prieuré de Saint-Martin des Champs ou encore la construction de la magnifique église Saint-Louis du Louvre (1740) en témoignent amplement. C’est dans ce contexte que le père Jean-Baptiste Sauge, supérieur de l’Oratoire, décida de mener à bien le chantier commencé sous Louis XIII.  L’idée n’avait jamais abandonnée.

Or, le 11 décembre 1739, les trésoriers de France faisaient injonction aux Oratoriens d’abattre leurs six maisons rues Saint-Honoré et du Coq, frappées de vétusté. Une expertise fut conduite le 25 mars 1740, prélude à leur destruction complète. On découvrit à cette occasion les fondations faites pour achever l’église - il manquait 2,60 mètres pour atteindre le portail projeté à l’origine.

Une consultation d’architectes fut sans doute organisée, car on conserve deux propositions pour la nouvelle façade à bâtir : l’une, signée et datée de janvier 1740, est l’œuvre de Jacques V Gabriel, premier architecte du Roi ; l’autre de Gilles-Marie Oppenord, ancien architecte du Régent, connu comme un brillant décorateur. Plus modestement, les Oratoriens s’en remirent à leur architecte, qui agit ici également comme entrepreneur : Pierre Caqué, dont Blondel dit qu’il était « homme de beaucoup d’expérience et de capacité ». L’Oratoire est incontestablement son œuvre majeure.

L’année 1740 fut employée à faire les fondations de la façade et de la nef. Le chantier de la façade et de la nef fut mené à bien en trois ans, de 1744 à 1746. Sitôt le gros-œuvre achevé, Caqué fit procéder en 1746-1748 au ragrément et ravalement des intérieurs de l’édifice, afin d’harmoniser la pierre des deux parties, tandis qu’on démontait l’autel du XVIIe siècle et son fameux tabernacle. A cette occasion eut lieu une modification du parti d’origine : l’architecte supprima les serliennes de Lemercier dans les tribunes, exception faite de celle située dans l’axe du chœur. Autre changement, qui participe de cette « aération » : des grilles de fer forgé basses toutes identiques remplacèrent les clôtures de bois des chapelles, grilles que montre une gravure d’Allois de 1791.

La réalisation de la nef permit de rendre au chœur de Lemercier sa fonction. Caqué y dressa un nouveau maître-autel  à baldaquin, très imposant, pour lequel on fit un modello à grandeur en plâtre à la fin de 1747. Il fut réalisé l’année suivante et abritait un autel en tombeau, à l’antique, orné de sculptures dues à François Pollet, de l’Académie de Saint-Luc. L’ensemble a eu les honneurs de la gravure, par Le Canu.

Tout était terminé en 1748 et deux ans plus tard, le 12 juillet 1750, l’édifice commencé 130 ans plus tôt était enfin consacré par Mgr Languet de Gergy, archevêque de Sens, frère du célèbre curé de Saint-Sulpice.

L’Oratoire sous la Révolution

En raison sans doute de l’esprit de liberté qui règne dans la congrégation de l’Oratoire, la Révolution est, au début, généralement bien accueillie. Mais, malgré les activités de quelques « confrères » laïcs tristement célèbres tels Fouché, organisateur de la Terreur, la plupart des oratoriens se détournent de la Révolution lorsque celle-ci vire à la violence et au totalitarisme. Moins d’un cinquième environ d’entre eux optent pour le clergé constitutionnel, et quinze périssent en prison, guillotinés ou fusillés.

Enfin, la congrégation elle-même est balayée par la violence révolutionnaire: en août 1792, l’Oratoire est supprimé en même temps que l’ensemble des congrégations et ordres religieux.

L’Oratoire du Louvre fut rapidement occupé par les prêtres constitutionnels, et ce fut même dans son sanctuaire que les premiers évêques schismatiques, Etrepilly du Finistère et Marolles, de l’Aisne, reçurent la consécration épiscopale des mains de Talleyrand, évêque d’Autun, assisté de Gobel, évêque de Lydda, et de Du Bourg Miroudot, évêque de Babylone.

Comme la plupart des églises, en 1793 l’église est saccagée, pillée et devient salle de conférences, salle d’études, magasin de dépôt de décors de théâtre.

En 1793, sous l’impulsion de Hébert et de ses partisans, la lutte contre le christianisme va devenir violente. Bien des églises sont saccagées et pillées, dont l’Oratoire du Louvre, des cimetières sont profanés, comme à l’Oratoire encore où les tombeaux des chapelles latérales sont démolis, comme toutes les armoiries, ornements et sculptures du portail, comme les fleurs de lys des voûtes et des vitraux, ainsi que presque toutes les peintures ornant l’intérieur qui ont été alors détruites ou vendues. Il ne reste que quelques éléments dans la chapelle des Harlay ainsi que l’imposte au dessus de la grande poste qui pu être caché sous un coffrage, et ainsi sauvé en l’état de l’époque, avant d’être redécouvert en 2011 lors de la restauration du portail.

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Portail rue Saint Honor Portail rue Saint Honor Portail rue Saint Honor Portail rue Saint Honor Portail rue Saint Honor Portail rue Saint Honor

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Le portail rue Saint-Honoré

À l’emplacement prévu sur le plan d’origine pour la nef et le portail de l’Oratoire, il y avait au début XVIIIe des maisons que les oratoriens louaient à des particuliers, ces maisons étaient situées rue St Honoré et rue du Coq. À cause de leur vétusté, le bureau des trésoriers du Roi obligea en 1739 les Oratoriens à démolir ces maisons, et l’on trouva alors que les fondations des constructions à faire pour achever l’église de l’Oratoire avaient été exécutées autrefois et qu’il ne manquait que huit pieds de raccordement pour gagner le portail prévu au début du XVIIe par les architectes du roi Lemercier et de Métezeau.

Cette découverte, comme celle d’un trésor caché, vint déterminer la reprise des travaux de construction de l’église de l’Oratoire. Malheureusement, l’argent manquait à la Congrégation, et celle-ci redoutait d’entreprendre ce qu’elle craignait de ne pouvoir mener à bonne fin. Le Père Sauge, général de l’ordre, déclara alors " qu’il ne souffrirait pas que pendant sa supériorité on mit jamais un obstacle aux desseins des premiers Pères pour l’entière construction de l’église, et qu’il la ferait plutôt à ses frais, ne voulant pas que ce fut aux dépens de la Maison qui, malgré toute son attention à économiser ses biens, ne pouvait faire d’épargne comme elle le désirait." Grâce à la générosité du Père Sauge et à celle de Pères et de financiers les travaux purent donc recommencer le 21 juillet 1740.

Sous la direction de Caqué ou Caquier, architecte, les murs du premier ordre d’architecture furent élevés sur les fondations jusqu’à une hauteur de dix pieds hors de terre, et la nef fut achevée d’après les plans de Lemercier et de Métezeau.

En 1745, à la suite de la démolition de deux Maisons à l’enseigne de l’Éperon d’Or situées en bordure de la rue Saint Honoré au coin du cul-de-sac de l’Oratoire, on entreprit la construction du nouveau portail. En creusant les fondations de la façade on découvrit les restes de la première porte Saint Honoré datant de 1200, qui avait été appelée plus tard "porte aux aveugles" à cause du voisinage des anciens Quinze Vingts et qui fut démolie en 1533.

La même année " le second ordre d’architecture était élevé depuis le dessus de la corniche du premier ordre jusqu’à la croix placée au-dessus du fronton ; les deux murs de l’église et les piliers batans aux côtés avec leurs torchères, les voûtes des chapelles et des caveaux ont été faits en entier ; en sorte qu’il ne restait plus de gros ouvrage à faire que la voûte et la tribune" .

Ce gros ouvrage fut terminé l’année suivante et l’on s’occupa aussitôt des sculptures et de l’ornementation que l’on continua en 1748, année où se fit une importante modification dans l’aménagement intérieur de l’église en cohérence avec l’agrandissement du volume de l’Oratoire : le maître-autel, qui était dans la rotonde du chevet, fut démonté et placé dans le chœur de l’église elle-même. La chaire fut elle aussi déplacée pour rester proche du centre de l’assemblée. Cette dernière œuvre terminée on fit le carrelage de la nef en pierre de liais (calcaire de très belle qualité des environs de Paris) et le carrelage du sanctuaire en marbre.

Le nouveau portail, une fois achevé, pouvait être décrit de la manière suivante:

"Le rez-de-chaussée est élevé de plusieurs marches. Il est composé d’un avant-corps d’ordre dorique, dont les colonnes sont isolées. Une architecture des deux arrière-corps est en pilastres du même ordre.

Les deux petites portes carrées de ces arrière-corps portent deux grands médaillons ovales qui représentent Jésus naissant et Jésus agonisant, oeuvre de Adam le jeune.

Cet ordre dorique est surmonté d’un ordre corinthien en colonnes qui porte sur l’avant-corps. Les deux entre-colonnes sont ornés de trophées d’église en bas-reliefs, et toute cette architecture est terminée par un fronton d’une bonne proportion.

La grande porte du milieu est surmontée des armes de l’Oratoire soutenues par deux anges - au-dessus du grand vitrail se trouve une gloire, et dans le fronton les armes du Roi. Enfin, aux deux bouts de la corniche sont deux groupes en figure dont l’un représente l’Incarnation et l’autre le Baptême de Jésus-Christ, le premier fait par M. Adam et l’autre par M. Francin, tous deux de l’Académie de sculpture. "

Le 14 décembre 1792, la congrégation de l’Oratoire est abolie par la Convention. L’autel est d’abord démonté, dès le début de l’année suivante, les chapelles pillées, les tombeaux furent mis en pièces, les quatre fleurs de lys de la voûte du transept grattées, celles des vitraux furent déposées. Vingt-neuf tableaux furent envoyés au dépôt des Petits-Augustins...

La façade fut complètement mutilée, ce qui reste très sensible aujourd’hui. Elle perdit alors toute sa délicate parure sculptée, comme Saint-Roch un peu plus loin dans la même rue : anges, chérubins, cœur enflammé, profils du Christ et de la Vierge, bas-reliefs, arme de France et croix sommitale disparurent. La croix de la lanterne fut également abattue. A la fin de la période terroriste, l’édifice présentait un état propre à tous les édifices religieux français, si bien décrit par Chateaubriand dans le Génie du Christianisme.

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Matre-autel Matre-autel

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Le maître-autel

Suite à l’agrandissement de l’Oratoire, mais aussi dans le mouvement de réforme catholique qui suit le concile de Trente, le maître autel qui était dans la rotonde va être déplacé plus près des fidèles dans le chœur de l’Oratoire.

plan du chevet de l’Oratoire du Louvre au XVIIIe

Sur ce plan du XVIIIe :
1 : Maître autel déplacé dans le chœur de l’Oratoire
2 : rotonde elliptique (chevet)
3 : l’ancien autel est remplacé par des stalles pour les oratoriens

Dans le chœur, surélevé de deux marches au niveau de la première chapelle, comme aujourd’hui, le nouveau maître-autel en baldaquin qui s’inscrit dans la suite du fameux monument que Bernin avait dressé en 1624 à Saint-Pierre de Rome, dont il constitue la dernière occurrence parisienne.

Piganiol le critique fortement en 1765 :

« par une erreur familières aux médiocres architectes, toujours ennemis de la simplicité, on y a ajouté un ridicule baldaquin composé de quatre fortes colonnes de marbre […]. Cette machine si irrégulière […] est entièrement déplacée, et même choquante, en ce qu’elle interrompt toute l’ordonnance de l’architecture du dedans à laquelle elle est contigüe ; mais son défaut le plus essentiel, c’est de dérober à l’œil l’entrée de ce beau chœur dont l’aspect terminait si heureusement l’étendue de cette chapelle ».

Caqué éleva un maître-autel avec quatre colonnes corinthiennes en marbre de 13 pieds, 6 pouces de haut (4,37 m de haut), elles étaient de marbre vert campan et rouge gryotte (sic) d’Italie. Les quatre colonnes du baldaquin supportaient un entablement de plan semi-circulaire, orné de bronze doré, sur lequel reposaient les volutes de quatre consoles en bois doré, longues de 5,83 m. Une gloire dominait le tout. Au centre de cette gloire, une statue grandeur nature du Christ ressuscitant semblait suspendue en l’air. Entre les colonnes, des anges agenouillés étaient en adoration devant le tabernacle de bois doré, aux formes chantournées. Un agneau mystique et des angelots accompagnaient des bras de lumière. L’autel lui-même, fait de marbre rance et de Languedoc, en forme de tombeau, s’ornaient de consoles, de têtes d’angelots, de draperies et d’un large bas-relief de bronze doré, montrant le Christ porté au sépulcre. Selon Thiéry, « ce morceau, très estimé, que l’on croit de M, Girardon, aurait été donné à cette église par Mme de Montespan », désireuse de témoigner publiquement sa reconnaissance à son confesseur.

Ce maître-autel de Caqué fut démonté en janvier-février 1793. Cela fait suite à l’abolition de la congrégation de l’Oratoire par la Convention le 14 décembre 1792. Il s’en est suivi l’occupation de la maison généralice par divers services administratifs, la vente de propriétés à des particuliers, et l’affectation de l’église à un magasin pour décor de théâtre... La façade fut ensuite mutilée de toutes ses sculptures, les chapelles pillées, les tombeaux furent mis en pièces, les quatre fleurs de lys de la voûte du transept grattées, celles des vitraux furent déposées. Vingt-neuf tableaux furent envoyés au dépôt des Petits-Augustins.

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Stalles des Oratoriens

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Les stalles des Oratoriens

La nef de l’Oratoire ayant été enfin achevée, le maître autel ayant été déplacé dans le chœur, le chevet de l’Oratoire va complètement être réaménagé. On installa deux rangs de stalles en bois, soit 47 places, épousant la courbe de l’ellipse de la rotonde, placés contre le mur sud de la chapelle, ce que montre bien le plan de Blondel, ils condamnent les deux petites portes du chevet.

A cette occasion, le sol de la rotonde, qui était recouvert de carreaux de terre cuite, fut pavé de marbre noir à compartiments de couleur.

Une grille fermait le chevet à hauteur d’appui.

plan du chevet de l’Oratoire du Louvre au XVIIIe

Sur ce plan du XVIIIe :
1 : Maître autel déplacé dans le chœur de l’Oratoire
2 : rotonde elliptique nouvellement pavée de marbre noir
3 : les stalles des oratoriens nouvellement installées

Une commande est passée en 1754 au peintre Charles-Michel-Ange Challe (1718-1778), membre de l’Académie royale de peinture ; celui-ci livra trois grandes toiles et deux petites pour orner la rotonde, dans un style très romain, leurs cadres furent réalisés par M. de Bourges. Deux ont été identifiées récemment au Canada :

  • Les pèlerins d’Emmaüs, qui se trouvait au-dessus de la porte occidentale,
  • et La Résurrection du Christ, qui ornait l’arcade à gauche de celle du centre ; Piganiol les trouvait « d’une grande manière ».

La résurrection du Christ, par Charles-Michel-Ange Challe
La Résurrection du Christ, par Charles-Michel-Ange Challe

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Chaire du prdivateur Chaire du prdivateur

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

La chaire du prédicateur

L’Oratoire dans son ensemble, par ses dimensions et sa bonne acoustique, mais aussi par la place de la chaire, a été conçu pour que la prédication soit entendue sans effort par les fidèles. La chaire permet aux auditeurs de mieux voir et de mieux entendre le prédicateur, l’abat-voix qui le surplombe n’étant pas qu’une décoration mais ayant pour objectif de renvoyer les ondes sonores vers l’assemblée.

La nef de l’Oratoire étant enfin construite dans toute son extension, la chaire qui était sur le 2e pilier sera déplacée sur le 3e pilier, plus au centre de l’espace, permettant ainsi au plus grand nombre de bien entendre la prédication, si fondamentale pour les oratoriens (comme d’ailleurs pour les protestants réformés). La chaire a par ailleurs été changée de côté, elle était auparavant du côté de l’épître, à l’ouest, après son déplacement elle se trouve du côté de l’évangile, à l’est. La raison est probablement plus technique que symbolique, afin que le prédicateur n’ait pas le soleil dans l’œil le matin.

La chaire était ornée de six petits bas-reliefs, représentant des personnages de l’Écriture Sainte. Ces décors, comme bien d’autres choses, disparurent dans les saccages révolutionnaires de 1793-1794.

Plusieurs grands prédicateurs, notamment Massillon, Bourdaloue, Nicolas de Malebranche et, parmi les Pères de l’Oratoire, J. F Senault et Raynaud, illustrèrent dette chaire par leur éloquence.

La chaire de l’Oratoire au XVIIe
La chaire de l’Oratoire,
à droite et sur le 2e pilier,
à l’occasion des obsèques
du chancelier Séguier en 1672
La chaire de l’Oratoire au XVIIIe
La chaire de l’Oratoire,
à gauche et sur le 4e pilier,
gravure du XVIIIe

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Chapelles latrales Chapelles latrales Chapelles latrales Chapelles latrales Chapelles latrales Chapelles latrales

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Chapelles latérales

Suivant l’usage, les chapelles de l’Oratoire furent concédées à de riches personnages, souvent puissants à la Cour, afin d’y installer un tombeau pour leur famille. Certains pensaient en effet que plus une personne était enterrée près d’un autel ou d’une relique, plus le salut était prompt et assuré. La foi de ces hauts personnages mais aussi l’émulation entre eux, les ont conduits à réaliser de grands décors faits de sculptures et de peintures exécutées par les plus grands maîtres de l’époque. Chacune des chapelles est voutée en berceau à une lunette au dessus de l’autel, et fermée par de grandes clôtures de bois sculpté. Elles sont par ailleurs desservies par une entrée privée donnant directement sur les couloirs qui courent de chaque côté de l’Oratoire.

Pour se faire une idée de leur richesse, on peut encore observer le beau décor peint et sculpté à la voûte de la première chapelle du transept gauche, décor mis au jour lors de travaux de nettoyage en 1906. Il s’agit de la chapelle de la famille de Harlay.

Mais c’est tout ce qu’il reste des décors du XVIIe et XVIIIe, car l’Oratoire est pillé et saccagé par des révolutionnaires, à commencer par les chapelles et leurs trésors. En 1793, vingt-quatre tableaux furent envoyés au dépôt des Petits-Augustins, chez Alexandre Lenoir, où une première série de cinq était déjà partie en 1792. Les tombeaux des chapelles latérales sont démolis, comme toutes les armoiries, et ornements . Il ne reste que quelques éléments dans la chapelle des Harlay et dans celle du cardinal de Bérulle.

Sur les 12 chapelles latérales, les 8 premières du côté du chœur, pourvues de riches décorations et d’autels, sont attribuées à des familles. Les quatre dernières abritent des confessionnaux et sont donc plus destinées à la pastorale des fidèles.

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Tombeau du cardinal de Brulle Tombeau du cardinal de Brulle Tombeau du cardinal de Brulle Tombeau du cardinal de Brulle Tombeau du cardinal de Brulle Tombeau du cardinal de Brulle

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Le tombeau du cardinal de Bérulle

La première chapelle du côté de l’évangile (côté gauche de l’église quand on regarde vers l’autel, où se trouve la chaire actuellement), était appelée "chapelle de la Passion" ou "chapelle de Notre Seigneur".

C’est dans cette chapelle que fut érigé par François Anguier en 1659 le monument funéraire du Cardinal de Bérulle; ce dernier mourut en effet à cet endroit en célébrant sa dernière messe. Son caveau a été creusé à la cave dans les fondations de la muraille de Philippe Auguste, situé exactement sous l’emplacement du maître autel.

Le Cardinal de Bérulle est mort le 2 octobre 1629 en disant la messe à l’Oratoire. On aménagea son tombeau dans la chapelle de la Passion, contre et devant la baie. Il fut commandé au sculpteur François Anguier qui le réalisa en 1657-1658 ; formé à Paris et à Rome, Anguier était réputé dans l’art des tombeaux, comme en témoignent encore son chef-d’œuvre, le monument d’Heni II de Montmorency (Moulins), ou le tombeau de Jacques de Souvré (musée du Louvre). Il a représenté Bérulle en orant avec la capa magna, accompagné d’un ange lui présentant un livre ouvert. Gageons que Bérulle, qui n’avait accepté que sur ordre du pape le cardinalat, et qui n’avait pas souhaité être portraituré de son vivant, n’aurait guère aimé de monument fastueux.

Ce tombeau est connu grâce à une représentation gravée en 1791 par L. Carpentier, peu avant sa démolition, puisque qu’il a été démonté en 1792 suite à l’abolition de la congrégation de l’Oratoire par la Convention le 14 décembre 1792. L’année suivante verra la destruction et le pillage de presque tous les décors extérieurs et intérieurs de l’Oratoire. Toutefois, le corps de Bérulle ne fut pas profané, son caveau sous le chœur n’ayant pas été découvert.

De ce tombeau, il subsiste aujourd’hui le buste de Bérulle, scié dans le bloc et conservé dans l’église Saint-Eustache, toute proche de l’Oratoire du Louvre et animée de nos jours par des prêtres de la congrégation de l’Oratoire de France. Son visage demeure emprunt d’une grande profondeur. Il subsiste également l’entourage du tombeau qui est disposé autour de la baie de la chapelle, il est actuellement empâté par les couches de peinture déposées au cours des siècles, et il est divisé en deux par une cloison en bois. Ce décor est composé de claveaux sculptés illustrant : des pots à feu, une Annonciation (à la Vierge que l’on voit dans la partie droite répond à gauche l’ange Gabriel), des instruments de la passion, et les armes du cardinal sur la clé de voûte.

Pour en savoir plus :

 

 

Chapelle Sainte Madeleine Chapelle Sainte Madeleine

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

La chapelle Sainte Madeleine

La deuxième chapelle du côté de l’évangile était dédiée à Sainte Madeleine

 

 

Chapelle de la Nativit Chapelle de la Nativit

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

La chapelle de la Nativité

La troisième chapelle du côté de l’évangile avait été concédée en 1646 à Jacques Tubeuf, trésorier des ordres de la Reine Anne d’Autriche, et entièrement dévoué à Mazarin. Jacques Tubeuf la fit somptueusement orner par Philippe de Champaigne qui représentant sur les murs et le plafond :

  • une Nativité,
  • une Annonciation
  • un « Songe de saint Joseph»
  • une Visitation (qui est actuellement dans une collection particulière)
  • une Ascension sur la voûte (conservée actuellement au musée Thomas-Henry de Cherbourg)
  • au centre, figurait une Assomption (conservée actuellement au musée de Marseille)

 

 

Tombeau des Harlay de Sancy Tombeau des Harlay de Sancy Tombeau des Harlay de Sancy Tombeau des Harlay de Sancy

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Le tombeau des Harlay de Sancy

La quatrième chapelle, du côté de l’évangile, avait été concédée à la famille Harlay de Sancy. C’est la seule dont subsistent d’importants éléments de décoration: un tableau peint sur pierre et jadis attribué à Claude Vignon représente la Conversion de Saint-Paul sur le chemin de Damas, quatre anges portant les instruments de la Passion.

Dans cette chapelle se dressait le monument à Nicolas de Harlay (mort en 1629) et son épouse, Marie Moreau. Nicolas de Harlay était « Conseiller du Roi, Colonel des 100 Suisses, Surintendant des Finances et chargé d’une Ambassade en Angleterre ». Son monument a entièrement disparu à la Révolution, il est connu par une précieuse gravure. Les deux époux y étaient représentés agenouillés, en prière, sur un tombeau décoré de caryatides et comportant « un ravissement de marbre rance et marbre blanc, colonne de marbre rance, bases, chapiteaux et modillons en cuivre »

L’autel était orné d’un tableau de Vouet, l’Adoration des Mages (qui a été perdu).

Il ne reste que peu de chose dans l’Oratoire des somptueux décors des XVIIe et XVIIIe siècles, ils ont été détruits et pillés par les révolutionnaires en 1793. Il reste néanmoins quelques éléments de décoration de cette chapelle des frères Harlay de Sancy, en particulier le magnifique plafond représentant la conversion de saint?Paul et des anges portant les instruments de la Passion. A part cet élément miraculeusement préservé, il reste également dans l’Oratoire l’entourage sculpté du tombeau du Cardinal Pierre de Bérulle.

 

 

Tombeau du Comte de Verdun

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Le tombeau du Comte de Verdun

La cinquième chapelle du côté de l’évangile abritait le tombeau du Comte de Verdun, bienfaiteur de la maison de Montbrison.

 

 

Chapelle de la Vierge Chapelle de la Vierge

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

La chapelle de la Vierge

La première chapelle du côté de l’épître, dédiée à la Vierge, était réservée au Cardinal de Richelieu.

 

 

Tombeau d'Antoine d'Aubray Tombeau d'Antoine d'Aubray

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Le tombeau d’Antoine d’Aubray d’Offemont

La deuxième chapelle du côté de l’épître contenait le tombeau d’Antoine Dreux d’Aubray d’Offémont, lieutenant civil au Châtelet, victime et frère de la marquise de Brinvilliers.

Cette chapelle contenait un monument en marbre et pierre composé d’une grande statue assise de la Justice, tenant un médaillon qui représentait Antoine d’Aubray. Ce monument était l’œuvre de Martin Desjardins (Van den Bogaert). On possède un moulage en plâtre (qui est déposé au musée du château de Versailles).

Sur l’autel, un tableau de Vouet figurait La tentation de saint Antoine.

 

 

Chapelle de la Divine Enfance Chapelle de la Divine Enfance

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

La chapelle de la Divine Enfance de Jésus

La troisième chapelle du côté de l’épître, dédiée à la Divine Enfance de Jésus, était réservée au Chancelier Séguier, chancelier de France, dont les pompeuses funérailles célébrées à l’Oratoire furent décrites par Madame de Sévigné et gravées par Sébastien Leclerc. Cette chapelle était richement ornée, avec en particulier un Christ en croix de Charles Le Brun, dont Séguier fut le protecteur.

 

 

Chapelle de la Rsurrection

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

La chapelle de la Résurrection

La quatrième chapelle du côté de l’épître, ou chapelle de la Résurrection, contenait les tombeaux de la famille de Bérulle.

Cette chapelle était de style corinthien. On y voyait un tableau, encadré par deux colonnes de marbre rance, représentant Saint-Pierre dans les liens, exécuté par Challe.

 

 

Tombeau des Frres

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Le tombeau des Frères de l’Oratoire

La cinquième chapelle du côté de l’épître servit à la sépulture des Frères de l’Oratoire, avant d’être attribuée à l’architecte Caqué en 1752.

 

 

Les chapelles du tabernacle Les chapelles du tabernacle

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Les chapelles du tabernacle

Les sixièmes chapelles, de chaque côté, se partageaient l’ancien tabernacle exécuté par Anguier, quand le maître autel était dans le chevet de l’Oratoire (rotonde de Lemercier). Quand en 1750 l’autel a été déplacé dans le chœur, l’ancien tabernacle a été démonté, coupé en deux, et installé dans ces chapelles pour accueillir dignement les fidèles par leur magnificence.

Le Père Abel de Sainte-Marthe avait dessiné ce tabernacle qui sera exécuté par le sculpteur Michel Anguier. C’était un temple circulaire couronné d’un dôme. Selon Millin, on y voyait sur les quatre faces, quatre porches élevés de plusieurs marches, d’une architecture uniforme d’ordre composite et terminés par quatre frontons triangulaires. Les petites colonnes de cet ordre étaient de marbre de Sicile et de bonne proportion. Leurs chapiteaux, leurs bases et tous les ornements extérieurs de ce temple étaient en cuivre doré d’or moulu, parfaitement ciselés et modelés par François Anguier. Rien ne fut épargné pour la perfection de ce tabernacle, il avait coûté plus de 7 000 livres. D’après les mémoires de Scellier, les colonnettes étaient de marbre « Sérencollin » et les ornements, de plomb doré.

 

 

Les confessionnaux Les confessionnaux

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Les confessionnaux

Les septième chapelles, de chaque côté, de l’Oratoire ont été construites en dernier, à l’achèvement de l’Oratoire en 1745. Elles devaient contenir juste des confessionnaux, sans décorations particulières. Les fidèles entrant dans l’Oratoire étaient ainsi accueillis par cette invitation à la repentance et à recevoir l’absolution, encouragé par la vue des tabernacles qui étaient dans la chapelle suivante.

 

 

La maison gnralice La maison gnralice

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

La maison généralice

Le chantier d’achèvement de l’église en 1745 marquait un beau succès des Oratoriens, qui disposaient enfin pour leur maison généralice d’une église accomplie. La seconde moitié du siècle devait montrer que l’ordre résistait bien à l’époque et aux nouvelles idées ; l’expulsion des Jésuites en 1762, leurs grands rivaux, valut aux Oratoriens un succès accru de leurs collèges, et en 1789, l’Oratoire était à la fois prospère, encore bien fourni en religieux (35 rien que rue Saint-Honoré), tandis que la bibliothèque était réputée pour sa richesse (plus de 37 000 ouvrages, dont les précieux manuscrits orientaux donnés par Harlay de Sancy).

Cette prospérité permit de rebâtir par phases successives tous les bâtiments de la maison, organisés autour d’une grande cour au chevet de l’église. On commença la reconstruction par l’aile orientale, rue de l’Oratoire (1755), où un bâtiment neuf remplaça la galerie Renaissance de l’ancien hôtel du Bouchage. Une grande porte cochère montrait encore les grâces du style Louis XV, et c’est sans doute une œuvre de Caqué. Après sa mort (1767), l’architecte et contrôleur des Bâtiments du Roi Maximilien Brébion, élève de Soufflot, lui succéda ; il rebâtit d’abord l’aile sud, qui abritait au troisième étage la bibliothèque (1772-1774) et dont la façade ouvrait sur la nouvelle « place du Louvre » destinée à dégager le palais. Enfin, l’aile occidentale, le long de la rue du Coq, fut réédifiée en dernier, et achevée en 1786 par l’entrepreneur Pécoul. En 1791, Aubin-Louis Millin devait trouver ces bâtiments « vastes et magnifiques ».

Pour en savoir plus :

 

 

Louis XIV et XV Louis XIV et XV

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Louis XIV et Louis XV

Sous Louis XIV, des édits interdisent progressivement aux « prétendus réformés » la plupart des métiers ; les humiliations, les complications, l’envoi aux galères, les poussent à pratiquer silencieusement, abjurer ou émigrer.

édit de Fontainebleau

Edit de Fontainebleau

En 1685, l’aboutissement de cette politique amène Louis XIV à révoquer l’édit Nantes par l’édit de Fontainebleau mettant un terme à la coexistence de deux cultes dans le royaume. Le temple de Charenton est détruit, les protestants n’ont plus de cimetière pour ensevelir leurs morts. Les pasteurs ont 15 jours pour quitter le royaume : les pasteurs Claude, Mesnard et Allix quittent Paris pour la Hollande. Des anciens comme le duc de la Force sont emprisonnés à Vincennes. Environ 200 000 protestants choisissent "le Refuge", c’est à dire l’exil en Hollande, Suisse, Allemagne ou Angleterre. Certains abjurent du bout des lèvres mais pas du cœur. Les enfants peuvent être enlevés à leur famille, les jeunes filles confiées à une trentaine de couvents parisiens tenus par les Visitandines (rue Saint-Antoine) ou les Ursulines, spécialisées dans une éducation visant à leur conversion. L’Oratoire est un des lieux d’abjuration publique. En 1700, la princesse palatine Marie-Elisabeth des Deux-Ponts (Suède) y abjure; en 1702, Eléonore Charlotte de Wurtemberg-Montbéliard.

L’application stricte de l’édit de Fontainebleau est un peu tempérée à Paris, la répression moins sévère que dans le reste du royaume grâce à la présence des ambassades étrangères. En principe, seuls les étrangers peuvent pratiquer leur foi dans les chapelles d’ambassades -extraterritoriales- des pays protestants -Hollande, Suède, Brandebourg, Angleterre et Danemark- mais les parisiens les fréquentent discrètement, des provinciaux plus ponctuellement, assistant à un culte, y faisant bénir leur mariage, baptiser leurs enfants. Ces actes sont consignés dans les registres. On y échange des nouvelles avec le Refuge et des conseils pour fuir. Ces ambassades changent souvent d’adresse au gré de la résidence des ambassadeurs et de leurs chapelains, mais sont le plus souvent situées sur la rive gauche aux abords du faubourg St-Germain. Les infirmeries des ambassades de Suède et du Danemark soignent des malades protestants harcelés pour obtenir une conversion ou évincés des hôpitaux parisiens tenus par l’Eglise.

Des artisans luthériens sont attirés par Louis XIV et Louis XV pour compenser l’exode des ouvriers et artisans protestants partis avec leur savoir-faire. Ils s’établissent hors les murs au Faubourg St-Antoine, mais Jean-François Oeben, ébéniste du roi, sera logé à l’Arsenal. Son élève et successeur Jean-Henri Riesener terminera le bureau de Louis XV (Versailles) et habitera aux Gobelins. Protégé par son statut d’étranger, Isaac Mallet, banquier-négociant, descendant de huguenots rouennais émigrés en Suisse fonde à Paris en 1713 la maison Mallet et fréquente la chapelle de Hollande.

Durant cette période dite du "Désert", les "Eglises sous la croix" sont animées dans la clandestinité par des pasteurs itinérants, formés à partir de 1726 au séminaire de Lausanne fondé par Antoine Court, qui réorganise le protestantisme par la convocation de synodes, le respect de la "discipline" calviniste, et donne une nouvelle vigueur au protestantisme. Ce terme d’Eglises sous la croix est associé dans la lunette axiale de la grande sacristie de l’Oratoire à la mémoire des pasteurs arrêtés à Paris dans les années 1689-1692 et qui finirent leurs jours dans des conditions d’isolement draconien dans les geôles du fort de l’Ile Saint-Marguerite, au large de Cannes. Il s’agit de Paul Cardel, Gabriel Maturin, Pierre de Salve de Bruneton, Matthieu de Malzac, Gardien de Givry, Elysée Giraud.  

Sous Louis XV, les ordonnances et édits sont toujours officiels. Par la déclaration de 1724 l’obligation catholique est imposée "à ceux de la RPR" (c’est-à-dire les protestants, appelés péjorativement ceux de la Religion Prétendue Réformée"): obligation de faire baptiser les enfants dans les 24 heures dans les églises de paroisse, d’envoyer les enfants dans les écoles et au catéchisme jusqu’à 20 ans, obligation de recevoir le curé pour les malades qui sont menacés de confiscation de leurs biens et de bannissement s’ils recouvrent la santé. Un "certificat de bonne vie et mœurs et de catholicité" permet d’exercer certaines charges et métiers.

Les dernières persécutions systématiques cessent en province vers 1752-55 ; à Paris, la présence des ambassades étrangères assure une certaine tranquillité. Les curés sont incités à être plus accommodants pour marier et baptiser les protestants, espérant les faire progressivement rentrer dans le rang. On traque les pasteurs et les assemblées clandestines, mais on ferme les yeux sur le culte familial. On taxe de "jansénistes" les partisans d’une moindre rigueur envers les huguenots.

Pourquoi les protestants ont-ils si peu réagi face à l’oppression du roi Louis XIV ?
C’est à cause de leur soumission presque idolâtre vis-à-vis du souverain.

Après la paix d’Alès (1629) les protestants n’ont plus de parti politique : ils se trouvent soumis au bon vouloir du roi sans aucune autre garantie que sa parole de respecter l’édit de Nantes.

Toutefois, contrairement à la période du début du règne de Louis XIII (1610), ils font majoritairement confiance au roi s’inspirant en cela de la doctrine de Luther et de Calvin selon laquelle le pouvoir est transmis directement de Dieu au prince. Ils reconnaissent le droit divin du souverain.

Sous le règne de Louis XIV les théologiens réformés s’affirment plus loyaux à la monarchie que les catholiques. Ainsi pendant la Fronde (1649-1653), les protestants restent fidèles au roi.

L’exagération du droit divin du souverain, poussée jusqu’à l’extrême par certains, dénature la théologie de Calvin et confine à l’idolâtrie. Ainsi en 1656, les délégués des Églises réformées s’adressent au jeune roi Louis XIV « Nous avons dans la politique la même pensée que dans la religion. Nous croyons qu’un sujet ne peut jamais rien mériter de son souverain ».

Cet état d’esprit conduit les protestants réformés à se soumettre aux décisions royales, à ne pas se révolter quand leurs temples sont menacés de destruction. Il durera même chez certains jusqu’après la révocation de l’édit de Nantes en 1685.

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Pierre Bayle

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Pierre Bayle

Pierre Bayle (1647-1706), précepteur à Genève et à Caen, puis professeur de philosophie à l’Académie protestante de Sedan, se réfugie en 1681 à Rotterdam. Il y bâtit une œuvre critique et philosophique considérable, de retentissement européen au XVIII°s., fournissant, au prix d’une incompréhension certaine de sa pensée, l’essentiel de ses arguments à la critique religieuse du Siècle des Lumières. Ainsi en 1758, on pouvait lire dans l’Année littéraire : «les ouvrages de Bayle sont l’arsenal où la licence va chercher des armes pour attaquer la religion».

Si Voltaire a salué en Bayle « un des rares apôtres de la raison », « un des plus grands hommes que la France ait produits », évident précurseur des Lumières, s’il a vu en Bayle la figure emblématique du « juste » persécuté, poursuivi tant par le « fanatisme » de « Jurieu l’injurieux » que par « les ours en soutane noire », s’il a reconnu dans le Dictionnaire de Bayle « le premier où l’on puisse apprendre à penser », il est clair qu’il n’a pas compris la spécificité profondément calviniste de la pensée de Bayle, d’une déroutante modernité, préfigurant l’existentialisme chrétien d’un Kierkegaard…

1- l’exigence de la raison critique

Publié en 1696 et 1701, puis réédité tout au long du siècle, le Dictionnaire historique et critique de Bayle a pour but de dévaloriser les diverses orthodoxies affrontées prétendant confisquer le sens du christianisme. Faisant à coups de marteau rationnel une analyse critique des doctrines et des controverses, de l’Antiquité jusqu’à Descartes, il démontre implacablement et malicieusement l’incertitude des systèmes et la fragilité de leurs concepts.

dictionnaire de Bayle

Bayle se veut un professeur de doute et de scepticisme à l’égard de tous les dogmes, de tous les catéchismes, de toutes les orthodoxies : il dresse, avec une étourdissante érudition et une lucidité décapante, un réquisitoire accablant des erreurs, faussetés, illusions et crimes accumulés au long de l’Histoire sous couvert de religion…Il dénonce aussi allègrement l’idolâtrie romaine que les dévotions superstitieuses, le millénarisme anabaptiste que le prophétisme cévenol…

Pour lui, la désacralisation de tous les rites et systèmes théologiques ou philosophiques est une exigence d’honnêteté intellectuelle et morale.

Dans sa Lettre sur la comète, en 1682, Bayle avait déjà démontré que la superstition est le pire des maux, pire même que l’athéisme ! Car « Dieu est moins affecté de voir nier son existence que de se voir décrit comme un être immoral et monstrueux ».

Dans son Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ « Contrains-les d’entrer », en 1687, il a aussi démontré que la conscience est libre, qu’on ne peut sans sacrilège tenter de la contraindre, que plusieurs confessions chrétiennes peuvent et doivent coexister sans trouble ni combat. Bayle affirme donc l’indépendance de la morale et de la religion, et prouve que bien des chrétiens orthodoxes vivent mal et se portent à toutes sortes de crimes, alors que nombre de libertins d’esprit vivent vertueusement.

Il montre que l’appartenance confessionnelle ou même la simple conviction sont le fruit de l’éducation et de la culture et qu’elles ne doivent pas séparer radicalement croyants ou incroyants, orthodoxes ou sectaires. Bayle, avec 2 siècles d’avance, prouve qu’indépendante de l’Etat, puisque celui-ci peut s’accommoder d’une pensée athée, l’adhésion à une Eglise se ramène à la pure sphère des intérêts privés.

2 - La critique de la raison triomphante

« Chassez l’ignorance et la barbarie, vous faites tomber les superstitions, et la sotte crédulité du peuple si fructueuse à ses conducteurs…; mais en éclairant les hommes sur ces désordres, vous leur inspirez l’envie d’examiner tout : ils épluchent et ils subtilisent tant qu’ils ne trouvent rien qui contente leur misérable raison ! »

Et en effet , la raison nous démontre qu’il est impossible de rien affirmer, de rien savoir… « Sur les matières les plus mystérieuses de l’Evangile, la raison nous met à bout. »

Bayle réfute donc ses amis pasteurs du Refuge, tels I.Jaquelot, J.Le Clerc, surnommés « les rationaux », qui considèrent que la raison est le souverain juge de la Parole de Dieu, qui écartent tous les dogmes qui choquent la raison, et proposent une religion libérale, dépouillée de toute absurdité, réconfortante pour l’esprit et pour le cœur…A juste titre, et la pensée religieuse la plus répandue parmi les Philosophes des Lumières et les théologiens protestants du XVIII°s.le confirme, Bayle pressent que ces positions mènent au déisme, au Grand Horloger, ou au Grand Architecte de l’Univers, en rien chrétiens… Fidèle à Calvin, Bayle critique le prétendu appui qu’apporterait la raison à la foi ; il pense qu’on affaiblit la religion en voulant la rationaliser, qu’on la vide ainsi de toute tension tragique et de toute assurance salvatrice.

3 - Le pari du fidéisme

Après avoir au nom de la raison sceptique démoli tous les dogmes et tous les clergés, après avoir fondé l’exigence de la liberté de conscience individuelle et de la tolérance, Bayle, en calviniste authentique, prône la vérité existentielle du christianisme : sa théorie de la relativité de l’évidence religieuse lui permet d’en mieux dégager l’authenticité humaine.

Il faut distinguer les croyances et les doctrines -toutes constructions de fortune et d’occasion- de la foi -relation personnelle à un Dieu personnel, enracinée dans l’écoute de sa Parole et dans sa mise en œuvre (par l’amour du prochain, par la lutte contre les injustices, les servitudes, et tout ce qui diminue l’homme, et son éminente dignité)-.

Bayle voit l’absolu de la conscience morale dans la « bonne intention », et non dans la raison.

Il faut donc revenir à la foi seule, restaurer le doute et le tragique au cœur de l’expérience spirituelle. Certes, la Révélation est rationnellement indémontrable ! Mais une chose est de faire usage de notre raison, en en tirant toutes les conséquences contre nos propres tentations idolâtriques (voir la sacralisation du pouvoir, de l’argent, du plaisir…) et en menant sans trêve ni concession le combat de la raison ; et une autre chose est de répondre en confiance (c’est la foi) à l’appel aimant et libérateur d’un Dieu « sensible au cœur, non à la raison », comme le confessait déjà Pascal, dont Bayle apparaît l’héritier, avant que Rousseau ne s’écrie : « conscience, instinct divin ! ».

Le fidéisme de Bayle, incompris et méconnu par les Philosophes rationalistes et déistes du XVIII°s., n’est donc pas une capitulation de la raison, un abandon de poste, une faiblesse…Il est la lucide conséquence de son pessimisme anthropologique issu de la Réforme, constatant la misère de l’Homme sans Dieu, l’infirmité constitutive de sa raison, et concluant logiquement à la nécessité de la Grâce : sola fide, sola gratia !

Caustique certes, sceptique autant qu’on peut l’être, Bayle n’est pas le socinien que dénonçait son ex-ami Jurieu, il n’est pas le déiste que saluaient les Voltairiens, il est un calviniste sincère, préoccupé de fortifier sa foi, en la rendant à elle-même, dégagée de tout obscurantisme (et il y a encore et toujours à faire !) comme de tout rationalisme impudent (et l’on sait dans quelles impasses sinon dans quels crimes certains héritiers des Lumières se sont fourvoyés !).

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Intellectuels oratoriens Intellectuels oratoriens Intellectuels oratoriens

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Intellectuels oratoriens : Massillon, Malebranche et Simon

Massillon
OEuvre majeure de l’Oratorien Richard Simon, qui a ouvert la porte à la lecture moderne de l’Écriture

Les oratoriens, qui comptent dans leurs rangs des hommes ayant reçu une solide formation théologique, plusieurs étant même docteurs en Sorbonne, sont très recherchés comme prédicateurs. C’est l’époque où l’on entreprend de vastes campagnes de prédication, dans les villes comme dans les campagnes, qui durent plusieurs semaines (et parfois même plusieurs mois) destinées à ré-évangéliser des populations entières.

Les prédicateurs oratoriens, sont, semble-t-il, particulièrement appréciés pour leur érudition scripturaire et patristique, leur amabilité, et leur vie spirituelle toute nourrie de Jésus Christ. Le Père Bourgoing, deuxième successeur de Bérulle, les exhorte en ces termes: « Il vous faut recevoir de Dieu ce que vous voulez donner au prochain... Il faut que Jésus vive en vous et parle en vous, afin qu’il opère et qu’il parle par vous".

Plus tard, l’Oratoire connaîtra des prédicateurs illustres dont le nom a marqué l’histoire: le plus connu sous l’Ancien Régime est Jean-Baptiste Massillon (1663-1742) dont l’art oratoire séduit d’abord la province puis Paris et le Versailles de Louis XIV.

Le travail intellectuel

La vie et la recherche intellectuelles ne sont pas pour les oratoriens une activité parmi d’autres, qui serait réservée à quelques spécialistes. Tous doivent s’y consacrer, dans la mesure de leurs possibilités. L’intelligence humaine doit se mettre au service de la foi, mais sans en être l’esclave: l’une et l’autre doivent conjuguer leurs efforts dans la recherche de la vérité. Il est donc nécessaire d’être attentif au mouvement des idées et à l’évolution des mentalités.

Ainsi, Bérulle lui-même encourage le jeune Descartes, qui aura des relations encore plus suivies avec le Père Gibieuf, nommé en 1617 Supérieur de la maison de Paris. Le cartésianisme se répand parmi les membres de la congrégation, malgré le risque qu’il comporte d’une évolution vers un rationalisme subversif.

Le philosophe le plus illustre de l’Oratoire sous l’Ancien Régime est Nicolas Malebranche (1638-1716). Il s’imprègne de la pensée de Descartes qu’il entreprend de christianiser. Tout en voyant bien, en effet, la puissance de renouvellement de la philosophie cartésienne, l’oratorien en perçoit aussi les dangers. Là où Descartes ne voit dans la raison qu’une lumière naturelle, Malebranche y voit une lumière divine. Car ce philosophe est aussi un contemplatif, nourri de la spiritualité de Bérulle, et un homme convaincu de la possibilité d’établir une relation harmonieuse entre science, philosophie et foi chrétienne. Il s’emploie à cette tâche, en définit la méthode, et en précise les exigences dans ses livres, notamment dans La Recherche de la vérité.

Richard Simon et la naissance de l’exégèse

L’exégèse biblique est brillamment illustrée par Richard Simon (1638-1712). Il connaissait le grec, l’hébreu, l’araméen, indispensables à l’approche des manuscrits anciens et des textes originaux de la Bible. Il connaissait également les méthodes d’exégèse traditionnelle du judaïsme et celles des pères de l’église.

Richard Simon avait été nommé pour faire un inventaire de la magnifique bibliothèque de l’Oratoire, qui était dans la maison qui jouxtait l’église, bibliothèque contenant en particulier une importante collection de manuscrits en hébreux et grec provenant de Constantinople et ramenés par M. Harlay de Sancy qui y avait été ambassadeur. L’érudition de Richard Simon le rendait apte à ce travail. Cela était tout à fait dans son goût, et il mit à profit ce qui devait être un simple travail de recensement pour lire tous ces livres ! Ce qui fait que le travail ne pris pas que quelques mois mais plusieurs années de travail inlassable. Le catalogue des œuvres rendu par Richard Simon ne formait qu’un cahier de 16 feuillet in 4° donnant une simple liste sans autre détail, mais le fruit du travail de Richard Simon allait infiniment plus loin.

Par la qualité de son travail, la rigueur de sa méthode, il est considéré aujourd’hui comme le créateur de l’exégèse moderne ou de l’étude scientifique de la Bible. Hélas, une pensée trop en avance sur celle de son époque et son caractère ombrageux choquent beaucoup d’esprits et conduisent à son exclusion de la congrégation de l’Oratoire.

Son œuvre majeure, qui a vraiment marqué l’histoire de l’interprétation de la Bible, est son Histoire critique du Vieux Testament, il y reconnaît l’impossibilité d’attribuer à Moïse la rédaction du Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible).

Richard Simon travailla également à une traduction de la Bible. Il engagea ce travail pour son Histoire critique mais aussi à l’appel des protestants. En 1676, le consistoire réformé du temple de Charenton (le grand temple de Paris) sous l’inspiration des pasteurs Claude et Allix, demande à Richard Simon de travailler ensemble à une nouvelle traduction de la Bible en français. Les bibles qui existaient alors étaient déjà anciennes, la plus utilisée alors était la Bible d’Olivétan datant de 1535, même si elle a été revue par Calvin, puis par d’autres au cours du XVIIe siècle, elle commençait à dater, surtout du point de vue de la langue (qui avait évolué d’une manière assez importante en 150 ans).

Richard Simon met au point une méthode, un plan de travail pour réaliser une traduction de la Bible la plus sérieuse possible. Il publiera ce plan dans son Histoire critique :

il commence par établir quel est le texte qu’on doit traduire, texte qui aura celui des Massorètes pour base (sages juifs qui ont ajouté les voyelles et des signes de ponctuation au texte hébreu original qui n’en comportait pas). Ce texte est contrôlé et éventuellement rectifié ou enrichi de variantes possibles à partir d’anciennes versions ou d’anciennes traductions de la Bible, qui proposent parfois d’autres voyelles possibles, ou une autre ponctuation.

Richard Simon propose ensuite d’étudier le vocabulaire, les différents sens possibles des mots hébreux en se servant de concordances (donnant l’ensemble des passages de la Bible qui comportent un même mot hébreu, ou une même racine). Il s’aide aussi des travaux des rabbins pour ce travail.

  • La traduction commence alors, en étant le plus proche du texte biblique tout en étant le plus clair possible, en évitant d’intercaler dans le texte des paraphrases explicatives.
  • Des notes sont également rédigées permettant de signaler des variantes, les sens divers, ainsi que des explications des termes techniques, mais pas de commentaires, ni de proposition d’interprétation.
  • Ce travail est complété d’un lexique expliquant certains mots, de cartes géographiques, et de tables chronologiques en fin de l’ouvrage.

Cette traduction choisissant de ne pas insérer de notes d’interprétation, elle était destinée à pouvoir être utilisée par les protestants comme par les catholiques. Cet objectif qui était essentiel aux yeux de Richard Simon lui valut les foudres de Bossuet qui jusque là le soutenait bien.

Par contre, les pasteurs de Charenton trouvèrent le plan de Richard Simon excellent, le travail commença, réparti entre Richard Simon et une équipe d’autres savants protestants. La Révocation de l’Édit de Nantes (Édit de Fontainebleau), en 1685 arrêta cette collaboration, les protestants étant soit partis se réfugier à l’étranger , soit cachés, soit arrêtés.

Simon continua donc seul, il publia sa traduction du Nouveau Testament en 1702, la traduction de l’Ancien Testament devait suivre peu après mais elle resta dans les cartons car Bossuet attaqua avec tant de vigueur la traduction du Nouveau Testament, accusant Richard Simon d’hérésie, qu’il fut condamné par le Conseil de la congrégation.

Pour en savoir plus :

 

 

Antoine Court Antoine Court Antoine Court Antoine Court

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Antoine Court et son fils Antoine Court de Gébelin

Antoine Court (1695-1760)

Né à Villeneuve de Berg en Vivarais. dans une famille attachée à la foi réformée à une époque où la clandestinité était la seule façon de survivre, il est baptisé, comme la loi l’impose, dans la religion catholique. Mais il fréquente avec sa mère les "Assemblées du Désert" (cultes clandestins dans la nature).

Dès 1713, à l’âge de dix-huit ans, il s’engage dans une vie de "prédicant" (laïc témoignant librement de sa foi lors des assemblées), et assez vite, prend ses distances par rapport au prophétisme alors pratiqué au cours de ces assemblées. « De là en avant, je me déclarais contre tout ce que l’on appelait inspiration et je travaillais à en faire connaître la source et les abus. » Il prend aussitôt conscience de l’urgence de réorganiser les Églises réformées et de redonner de l’importance à la fonction de pasteurs formés et officiellement désignés.

Antoine Court prend également ses distances avec l’esprit "camisard" en refusant notamment toute violence insurrectionnelle. Mais contre l’avis de la plupart des Églises du Refuge, il plaide pour la pratique des assemblées du Désert, donc pour une certaine forme d’illégalité pacifique.

En 1715, une réunion a lieu aux Montèzes, près de Monoblet (Gard). C’est le premier synode du Désert, il rassemble quelques prédicants et fidèles. Antoine Court fait prendre les décisions suivantes :

  • rétablir la discipline de l’Église réformée,
  • réorganiser les consistoires et les synodes,
  • former de jeunes prédicateurs.

La tâche n’est pas aisée, étant donné les risques que comporte la clandestinité.

En 1718, Antoine Court est consacré pasteur par l’ancien camisard Pierre Corteiz qui avait obtenu lui-même à Zürich la consécration pastorale. Vers la fin de 1720, il se rend pour deux ans à Genève où il peut compléter sa formation théologique. Il y noue en outre des relations particulièrement utiles pour désenclaver les Églises du Désert. À son retour en France, il se marie en 1722 avec Étiennette Pagès.

En 1729, il se réfugie à Lausanne où il organise le Séminaire pour former les futurs pasteurs du Désert. Il ne reviendra qu’une fois en France en juin 1744, pour le 4e « Synode National des Églises Réformées de France assemblé au Désert dans le Bas-Languedoc ». À ce synode neuf provinces étaient représentées par dix pasteurs et vingt-quatre anciens, ce qui atteste l’ampleur du mouvement de restauration du protestantisme en France.

Il entretient une abondante correspondance européenne et publie plusieurs ouvrages destinés à faire connaître la communauté réformée en cette période troublée et à solliciter le droit à la liberté de conscience : Le Patriote français et impartial (1752), la Lettre d’un patriote pour la tolérance civile (1756), et l’Histoire des troubles des Cévennes ou de la guerre des Camisards (1760). Il rédige aussi ses Mémoires, qui lui permettent notamment de justifier son départ de France par le travail qu’il a pu accomplir, depuis le Refuge, en faveur des « Églises sous la croix ».

Il meurt à Lausanne en 1760. Il est le père de Court de Gébelin.

Pour en savoir plus :

Une assemblée du désert au XVIIIe siècle

Court de Gébelin (1724 ou 1728-1784)

Court de Gébelin est le fils d’Antoine Court (1690-1760). Le nom de Gébelin lui vient de sa grand-mère paternelle. Sa date de naissance suscite une controverse. Certaines sources, se basant sur la correspondance de son père, indiquent qu’il serait né à Nîmes en 1728, mais d’autres mentionnent sa naissance à Genève en février 1724, où il aurait été enregistré par prudence sous le nom de Antoine Corteiz.

Il se destine à la carrière pastorale, entre au Séminaire de Lausanne où il soutiendra sa thèse de théologie en 1754 : De prophetiis. Jusqu’en 1763, il enseigne au Séminaire la philosophie, la morale et la controverse.

Il collabore avec son père au maintien des relations avec les Églises réformées de France, tant en entretenant avec elles une correspondance abondante qu’en se rendant lui-même en France.

Après la mort de son père en 1760, tout en continuant à intervenir en faveur des protestants persécutés, Court de Gébelin, installé à Paris, se livre à l’étude de l’histoire des religions et des langues anciennes.

En 1763, il se fixe à Paris et renonce à la théologie au profit de la littérature. Mais il continue à se mettre au service des Églises qui l’élisent comme député ou « correspondant » des Églises de France auprès des puissances protestantes.

Il fonde une société libre de sciences, lettres et beaux-arts qu’on appelle « le Musée de Paris » et dont il est nommé président. Court de Gébelin a adhéré, peu après 1776, à la franc-maçonnerie. Il fut membre de la loge des « Neuf sœurs ».

Son oeuvre littéraire est abondante, tout à la fois érudite et engagée. Citons :

  • Les Toulousaines ou lettres historiques et apologétiques en faveur de la religion réformée et de divers protestants condamnés dans ces derniers temps par le parlement de Toulouse, 1763. Il s’agit d’un mémoire sur les affaires Calas et Sirven ;
  • Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne, 11 volumes, Paris, 1773-1782, qui lui valut d’être nommé par le gouvernement « censeur royal », en dépit de sa religion ;
  • Devoirs du prince et du citoyen, publié longtemps après sa mort à Paris, en 1789.

Il meurt à Paris en 1784.

Pour en savoir plus :

 

 

Voltaire Voltaire

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Voltaire (1694-1778)

Le déisme de Voltaire

dictionnaire philosophique de Voltaire « un homme qui reçoit sa religion sans examen ne diffère pas d’un bœuf qu’on attelle… »

Né catholique, et contraint avant sa mort de se reconnaître tel (sous peine de privation de sépulture…), Voltaire a une vaste culture religieuse, nourrie de sa lecture critique de la Bible, de l’étude historique du christianisme et de toutes les religions dont il s’emploie à dégager les principes communs pour dénoncer la vanité des querelles de dogmes et de rites. Il a lu autant les déistes anglais (Toland, Collins), que son ami Dom Calmet , dont les 26 volumes du Commentaire littéral sur tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament : avec une immense érudition biblique et patristique, le savant bénédictin y élabore de bonne foi un arsenal qui nourrit la critique antichrétienne des Philosophes, puisqu’il expose les discussions sur les points d’histoire, les obscurités, incohérences ou absurdités de certains passages, la diversité des interprétations, l’usage contradictoire des paraboles…

De sa réflexion, qui n’est pas originale (tous les arguments des sceptiques, toutes les réfutations les plus méthodiques et violentes du christianisme, ont été écrits avant lui…), Voltaire conclut à une impérative et salubre entreprise de démystification des Eglises de toute obédience, dont il décrit à loisir les rites cruels, les cérémonies absurdes, les conflits dogmatiques, la collusion avec le pouvoir politique qui perpétue l’asservissement et l’abrutissement des hommes, pour leur plus grand malheur…

Tout le XVIII°s. «philosophe» se convainc avec lui que la religion est née d’une complicité des tyrans et des prêtres pour exploiter la crédulité des peuples.

Pour Voltaire, tout croyant sincère est fanatisable; il faut donc rester vigilant et déterminé à «écraser l’Infâme», cet Infâme dont est porteur toute religion dépassant une religiosité vague pour tenter d’approfondir le sentiment religieux en un discours structuré : dès qu’elle est dogmatique, une religion est intolérante, et en fin de compte, l’Infâme, pour Voltaire, c’est bien le Christianisme !

la prière de Voltaire

Son Candide, entre autres centaines de textes, ridiculise le cléricalisme et dénonce l’intolérance sous toutes ses formes, le fanatisme, l’Inquisition, le pouvoir des Jésuites …auxquels il oppose la religion naturelle des habitants de l’Eldorado.

La religion de Voltaire est en effet un authentique déisme ; évacuant toute Révélation et toute Incarnation, il rend hommage à un Etre suprême, éternel Architecte de l’Univers, accessible à la seule raison naturelle. C’est le «Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps» de la célèbre Prière à Dieu qui conclut le Traité sur la Tolérance. C’est le Dieu du Dictionnaire philosophique : «nous sentons que nous sommes sous la main d’un être invisible; c’est tout, et nous ne pouvons pas faire un pas au-delà. Il y a une témérité insensée à vouloir deviner ce que c’est que cet être, s’il est étendu ou non, s’il existe dans un lieu ou non, comment il existe, comment il opère». Sans dogme, ni sacrement, ni rite, ni clergé, cette religion naturelle a une justification morale et surtout une utilité sociale : elle tend à rendre les hommes justes et meilleurs; elle favorise, par l’image d’un Dieu rémunérateur et vengeur, la conservation de l’ordre social en tant qu’ordre moral, en réfrénant la violence des instincts vicieux du bas-peuple. Pour cette seule raison, «si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer». L’épiscopat de France, avertissant des dangers de l’incrédulité, et condamnant sévèrement les thèses matérialistes d’Helvétius ou d’Holbach, n’emploie pas d’autre argument à la même époque…

Voltaire et la réforme

Voltaire connaît bien l’histoire de la Réforme, dont il analyse l’implantation et le développement dans plusieurs de ses ouvrages (Le Siècle de Louis XIV, L’Essai sur les Mœurs, le Traité sur la Tolérance…), et il est en relation intellectuelle et amicale avec nombre de Réformés, anglais, suisses, français. Mais tout en décrivant la doctrine protestante, il la critique sans nuance : pour lui Calvin est un esprit austère, sombre et tyrannique, il est l’intolérant bourreau de Servet qu’il fait brûler « par haine théologique implacable » (ce rappel obstiné de « l’affaire Servet » par Voltaire stigmatise l’intolérance congénitale du protestantisme, qui vaut bien celle du catholicisme). Le massacre de la Saint-Barthélémy est évidemment une « tragédie abominable », un sommet de fanatisme, mais il n’excuse pas la violence et le vandalisme du parti huguenot, qui eut ses fanatiques lui aussi.

Voltaire accuse les Réformés du crime de lèse-majesté, pour avoir repris la guerre après 1610, et il s’étonne que Richelieu, au lieu de tenter de les ramener au catholicisme par la persuasion, n’ait pas révoqué l’Edit de Nantes…Il considère les Protestants du XVII°s. comme des passéistes, des gens pédants, doctrinaires avides de controverses, que Louis XIV a eu raison de mater par des mesures légales et par la Caisse des conversions. Il accuse le ministre Louvois et le jésuite Le Tellier d’être responsables des dragonnades, des condamnations aux galères, de la Révocation et de l’exil qui s’ensuit, Louis XIV étant ignorant des faits et mal conseillé ! Et Voltaire de déplorer surtout les pertes économiques, faillite des manufactures, exil d’excellents artisans et officiers, dont ont profité les pays du Refuge, ennemis de la France. Mais la secte écrasée renaît cependant : le fanatisme est excité par les pseudo-prophètes du Vivarais et des Cévennes, et Voltaire condamne sans appel les Camisards dont la rébellion et les exactions montrent qu’ils croyaient être « élevés en gloire à proportion du nombre des prêtres et des femmes catholiques qu’ils auraient égorgés ».

Pour Voltaire, le protestantisme français n’est donc pas une secte mieux fondée qu’une autre, et moins porteuse de fanatisme et d’intolérance; cela ne justifie certes pas une persécution ou une répression systématique, mais doit conduire le pouvoir à ne laisser la liberté de conscience aux Réformés que s’ils obéissent aux lois de l’Etat. A ces conditions, on peut « tolérer » leur différence…

Les seuls chrétiens que reconnaisse pour une part Voltaire sont les Quakers, auxquels il consacre 4 de ses Lettres anglaises, parce que leur religion n’a ni dogme, ni baptême, ni communion, ni prêtre, ni ambition temporelle, et est donc vraiment tolérante et tolérable. Les seuls protestants que loue Voltaire sont les Sociniens, ou Antitrinitaires, c’est-à-dire pour lui ses frères honteux en déisme. Pour être tolérable, donc acceptable, Voltaire exige de la religion chrétienne qu’elle soit donc la moins chrétienne possible !

Et quand Voltaire se mobilise énergiquement et efficacement dans les affaires des protestants Calas et Sirven, c’est d’abord l’injustice qu’il combat, et le fanatisme des juges redoublant le fanatisme de catholiques intolérants.

Il ne prend pas parti pour la Réforme, il défend d’honnêtes et paisibles sujets du Royaume, réformés, et en l’occurrence victimes innocentes d’une criante injustice, d’une indéniable et acharnée erreur judiciaire.

Les affaires Calas & Sirven : des détonateurs

Voltaire est passé à la postérité comme l’auteur du Candide et « l’intellectuel engagé » des « affaires » Calas et La Barre essentiellement. Parmi les nombreuses « affaires » qui ont suscité l’indignation du philosophe et animé sa plume dans des combats retentissants pour la vérité, la réforme de l’appareil judiciaire et la tolérance, deux se trouvent concerner des protestants français de cette 2° moitié du XVIII°s., Calas et Sirven.

La situation des réformés de France est alors toujours soumise aux mesures de l’Edit de Fontainebleau, révoquant l’Edit de Nantes, renouvelées par la Déclaration du Roi, donnée à Versailles en mai 1724, « concernant les religionnaires » : peines des galères perpétuelles pour les hommes, et de réclusion à vie pour les femmes, avec confiscation des biens s’ils assistaient à d’autres exercices que ceux de la religion catholique ; peine de mort contre les prédicants ; peine des galères ou de la réclusion contre ceux qui leur donneraient asile ou aide quelconque et contre ceux qui négligeraient de les dénoncer…

On sait combien les premiers temps du Désert furent héroïques pour les Réformés, officiellement « nouveaux convertis », et restés dans leur majorité en France, notamment dans les provinces méridionales. Si la répression s’atténue progressivement après 1750, les lourdes amendes, l’emprisonnement, les enlèvements d’enfants, les rebaptisations forcées continuent sporadiquement, de moins en moins justifiables.

La situation juridique des Réformés est toujours précaire : pas d’état civil, pas d’enregistrement des mariages (avec tous les problèmes de succession qui s’ensuivent…), pas d’accès aux charges publiques, tracasseries de toutes sortes, sans compter l’opprobre plus ou moins virulent de la part du Clergé catholique, du « Parti dévot » et des fidèles majoritaires et fanatisables…

A Toulouse vit Jean Calas, honorable commerçant d’indiennes, et ses enfants. L’un, Louis, a abjuré, et vit éloigné ; Donat est en apprentissage à Nîmes ; Marc Antoine et Pierre vivent sous le toit familial, et Marc Antoine voudrait être avocat (mais il lui faudrait un certificat de catholicité)… Le soir du 13 octobre 1761, en fin de soirée, Pierre découvre le corps de son frère, au sol, mort. Le capitoul averti néglige d’établir un procès-verbal des lieux, et croyant d’emblée à un crime calviniste, il fait emprisonner toute la famille. La thèse du suicide avancée pour leur défense par les Calas n’emporte pas la conviction : les capitouls et l’opinion toulousaine se disent certains que Marc Antoine était sur le point d’abjurer, et que pour cela, il a été assassiné par son père, dans le cadre d’une vengeance huguenote !

Le corps est inhumé en grande pompe en terre catholique; Calas, sa femme et son fils sont condamnés à la torture. En appel, le Parlement de Toulouse reprend l’affaire, recommence l’enquête, confronte les déclarations contradictoires des Calas, et à une courte majorité (8 contre 5), condamne le 9 mars 1762 Jean Calas à la peine capitale, puis son fils Pierre au bannissement à perpétuité.

Dans un contexte de réjouissances populaires et d’exacerbation fanatique, les Toulousains commémorant le bicentenaire d’un massacre de protestants en 1562, alors que 3 semaines plus tôt, le 19 février, le pasteur Rochette a été exécuté dans cette même ville de Toulouse, Jean Calas, le 10 mars 1762, est torturé, roué en place publique, étranglé, brûlé sur le bûcher, puis ses cendres sont dispersées…

Le 20 mars, un négociant protestant de Marseille, de passage à Ferney, raconte « l’horrible aventure » à Voltaire qui s’écrie : « il me paraît qu’il est de l’intérêt de tous les hommes d’approfondir cette affaire qui d’une part ou d’une autre est le comble du plus horrible fanatisme. C’est renoncer à l’humanité que de traiter une telle aventure avec indifférence ». Dès lors, le philosophe se convainc de l’innocence de Calas, enquête sans relâche, interroge le jeune Donat Calas, puis son frère Pierre, réfugiés à Genève, et se lance dans un combat qui va durer 3 ans !

Voltaire multiplie les interventions, lit tous les factums, stimule les avocats de la famille, s’intéresse aux procédures d’appel et de cassation du jugement, réunit les preuves de l’innocence et de l’erreur judiciaire. En 1763, il publie son Traité sur la Tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas, considéré depuis comme un des ouvrages fondamentaux de Voltaire et du combat des Lumières; en effet, il y défend admirablement, avec une érudition vivante, une argumentation irréfutable et une grande variété de ton, de l’ironie au pathétique, une cause juste, et toujours actuelle. Montrant que la tolérance est un droit naturel et humain, alors que le droit de l’intolérance est absurde et barbare, il envisage les limites politiques de la tolérance : un gouvernement doit être intolérant envers les fanatiques seulement, pour les empêcher de commettre leurs méfaits; et il doit aussi lutter, avec les Eglises, contre les superstitions populaires, dangereuses pour la paix civile.

En mars 1765, la réhabilitation de Calas est enfin acquise. Le mythe se substitue à « l’affaire » : en se levant pour défendre la mémoire d’un inconnu, exiger justice, Voltaire a offert « au personnage du philosophe une dimension morale sans précédent. Par cette grande action, il donne non seulement une nouvelle dimension à la philosophie du XVIII°s., mais crée de toutes pièces le personnage de « l’intellectuel engagé » qui s’épanouira au XX°s. » (E.Badinter)

L’année suivante, le Traité sur la Tolérance est mis à l’index par Rome…

L’affaire Sirven est exactement contemporaine de l’affaire Calas, et Voltaire en fut informé dès 1762 mais délaya d’intervenir jusqu’à l’heureuse issue judiciaire de cette dernière.

Pierre Sirven était archiviste-expert à Castres; protestant, il élevait ses 3 filles dans la foi réformée, quand en mars 1760, sa cadette, âgée de 23 ans, lui est enlevée, sur ordre de l’évêque, afin d’être placée au couvent des Dames Noires de Castres, chargées de lui faire abjurer le protestantisme. Après 7 mois de séquestration, elle est rendue à ses parents dans un état de profonde dépression morale, au point qu’un médecin consulté la déclare folle en juin 1761. La rumeur publique prétend que ses parents la maltraitent pour l’empêcher de se convertir, et l’ont acculée au désespoir. Aussi, quand 6 mois plus tard on retrouve le corps de la malheureuse dans un puits, son père est aussitôt accusé de l’avoir tuée. Echaudés par l’accusation des Calas après le suicide de Marc Antoine Calas 2 mois plus tôt à Toulouse, les Sirven s’enfuient et, dans des conditions dramatiques, mettent 5 mois à parvenir en Suisse.

Cependant Sirven et sa femme sont condamnés pour infanticide à la pendaison en mars 1764, leurs filles au bannissement, et leurs biens sont confisqués. La sentence est exécutée par contumace en septembre 1764, à Mazamet.

Voltaire reçoit Sirven et ses 2 filles à Ferney, en avril 1765, et il intervient fermement pour diligenter un appel au Conseil du Roi, rejeté en 1767; le nouveau parlement de Toulouse installé par Maupeou acquitte enfin les Sirven en novembre 1771. Voltaire de déplorer : «il n’a fallu que 2 heures pour condamner à mort cette vertueuse famille, et il nous a fallu 9 ans pour lui rendre justice» !

Le retentissement de ces « affaires » a permis une véritable prise de conscience du problème protestant par le monde des Philosophes et par l’élite sociale et politique des « gens éclairés » qui eurent honte de ressembler aux magistrats et aux prêtres de Toulouse…

Dès 1762, lorsque l’abbé de Caveirac publie une sorte de tentative de justification du massacre de la Saint-Barthélémy sous le titre de L’Accord de la religion et de l’humanité sur l’intolérance, c’est un véritable tollé dans l’opinion éclairée.

«Les affaires», à travers leur caractère dramatique, mettaient à nu le «fanatisme» poussant au «crime de bonne foi», et rendaient insupportables et anachroniques les formes d’intolérance et de répression dont les protestants français continuaient d’être les innocentes victimes. Dorénavant intendants et gouverneurs de province libéraux relâchent sensiblement la répression judiciaire des Réformés.

Voltaire n’a donc pas peu contribué à l’évolution des mentalités qui rend possible dès ces années les discussions qui aboutiront en 1787 à l’Edit de Tolérance.

Pour en savoir plus :

 

 

Louis XVI Louis XVI Louis XVI Louis XVI

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Louis XVI et l’édit de Tolérance

Au début du règne de Louis XVI, en 1775, les ordonnances et édits contre les protestants sont toujours officiels. Mais les persécutions systématiques ont cessé en province depuis déjà une vingtaine d’années, et à Paris, la présence des ambassades étrangères assure une certaine tranquillité aux protestants. Les curés sont incités par leur hiérarchie à être plus accommodants pour marier et baptiser les protestants, espérant les faire progressivement rentrer dans le rang.

Les pays protestants du nord de l’Europe connaissent à la fin du XVIIe et au XVIIIe siècles une prospérité intellectuelle, industrielle et commerciale. Au delà des frontières les savants des académies et universités européennes échangent leurs informations en une "République des Lettres", échappant à l’intolérance religieuse et à la censure. Les ouvrages religieux édités "au Refuge" circulent par les voies du négoce. Les protestants entretiennent des liens avec leurs cousins huguenots exilés, envoient leurs enfants (dès 8 ans) faire leurs études en Suisse, Allemagne, Hollande et Angleterre où ils reçoivent une solide éducation conforme à leurs souhaits et où ils se marient souvent (leur statut est ainsi reconnu, leurs enfants légitimes) avant de revenir et faire prospérer les affaires familiales en France. Ils contribueront à l’émergence d’une bourgeoisie protestante transnationale de banquiers, négociants et manufacturiers respectés et appréciés pour leur intégrité morale.

Les encyclopédistes ne se préoccupent pas directement du sort des protestants, mais ils reprennent beaucoup d’éléments au Dictionnaire de Pierre Bayle édité en Hollande, et le marquis Louis de Jaucourt, éduqué à Genève, Cambridge et Leyde, resté protestant tout en se pliant aux formalités du mariage et du baptême catholique, fournit un quart des articles de l’Encyclopédie. En 1763, Voltaire émeut l’opinion en publiant son Traité sur la tolérance dénonçant l’erreur judiciaire dont a été victime le protestant toulousain Jean Calas, accusé d’avoir tué son fils, et obtient sa réhabilitation posthume en 1765. Une fille de Calas épousera un chapelain de l’ambassade de Hollande.

Des contacts s’établissent entre les autorités et quelques pasteurs comme le nîmois Paul Rabaut qui vient à Paris en 1755 invité par le prince de Conti. Antoine Court de Gébelin, fils d’Antoine Court, vit ouvertement à Paris de 1763 à sa mort en 1784, considéré comme un des esprits les plus érudits de son temps, économiste, physiocrate, linguiste et membre influent de la franc maçonnerie "illuministe" de la loge des Neuf Sœurs. Le "comité" secret des réformés parisiens craint ses audaces et ne lui délègue pas de pouvoirs lorsqu’il veut faire reconnaître conjointement l’état civil et le culte public. Les protestants sont divisés quant à adopter une stratégie trop offensive, mais les mentalités évoluent en leur faveur. On brasse beaucoup d’idées "éclairées" dans les cercles des salons et des cafés, dont plusieurs sont familiers, comme Jean-Jacques Rousseau.

Le règne de Louis XVI est marqué par des réformes importantes concernant le droit des personnes : abolition de la torture en 1781 et 1788, abolition du servage dans le domaine royal en 1779, abolition du péage corporel des juifs d’Alsace en 1784.

Concernant les protestants, des avancées significatives adviennent sous le règne de Louis XVI :

  • 1787 - Édit de tolérance : il rend l’état civil aux protestants, le droit de faire enregistrer les mariages et les naissances devant des magistrats civils, mais la célébration du culte public demeure interdit.
  • 1789 - Déclaration des droits de l’homme : apporte la liberté de conscience.
  • 1790 - Loi du retour : Un état civil est donné aux protestants et aux descendants de protestants ayant quitté la France pour fait de religion, en particulier après l’édit de Fontainebleau révoquant l’édit de Nantes, mais aussi les descendants des huguenots partis en 1560. Même s’ils furent peu nombreux par rapport au nombre de personnes parties, ce geste est important et cela permit le retour de Benjamin Constant, par exemple, parmi ces descendants d’expatriés.

La guerre d’indépendance américaine est très suivie en France, la déclaration d’Indépendance prônant en 1776 la liberté et l’égalité des hommes particulièrement bien accueillie. Benjamin Franklin en séjour à Paris entre 1776 et 1785 est reçu par toute la communauté scientifique et littéraire parisienne, La Fayette accueilli avec enthousiasme à la cour en 1787.

Louis XVI subit l’influence des Lumières et entreprend des réformes concernant le droit des personnes avec l’abolition de la torture. Il fait appel au financier protestant suisse Necker pour redresser les finances et accorde une subvention à Mme Necker lorsqu’elle fonde l’hôpital de la rue de Sèvres en 1778. Malesherbes publie en 1785 un mémoire sur le mariage des protestants insistant sur la nécessité d’un état civil ; il rencontre des pasteurs chez le marquis de Jaucourt (descendant de Duplessis-Mornay), dont l’hôtel est surnommé "la maison des Huguenots" lors des pourparlers de l’édit de Tolérance.

édit de Fontainebleau

Edit de Tolérance

Le 7 novembre 1787, Louis XVI signe à Versailles l’édit de Tolérance enregistré par le Parlement le 29 janvier 1788. La religion catholique demeure la religion officielle du royaume de France mais l’édit consacre juridiquement la présence des protestants en leur accordant l’état-civil, et admet l’existence d’un culte privé différent (protestant ou juif) quoique l’exercice du culte public demeure interdit. Il marque la fin officielle des persécutions et l’autorisation d’exercer la plupart les métiers libéraux et du commerce, à l’exclusion de ceux de l’administration et de l’éducation.

L’édit de Tolérance, encore très restrictif, est une première reconnaissance officielle du protestantisme français après un siècle de clandestinité et d’éviction. Les protestants aspirent à ce que leurs droits de citoyens soient pleinement reconnus, à la liberté et à une justice impartiale. A Paris, ils vont s’organiser, faire appel au pasteur Marron, ancien aumônier de la chapelle de Hollande, et louer dès que possible pour leur communauté un "digne" lieu de Culte dans l’église désaffectée Saint-Louis du Louvre. Par ses contacts privilégiés avec l’étranger où le protestantisme s’est développé sans contrainte, une élite protestante bourgeoise a acquis une vision internationale libérale et dynamique. Ces hommes vont participer aux évènements révolutionnaires, rejeter les violences de la Terreur et saisir toutes les opportunités que la reconnaissance juridique leur procurera. Le malheur les a rendus sensibles à l’arbitraire, à l’injustice civique et sociale; dans la prospérité ils prendront soin des défavorisés et feront souvent œuvre de philanthropie.

Dès le début de 1789, au moment des Etats-Généraux, les protestants, paysans et bourgeois, considèrent l’égalité politique depuis si longtemps réclamée comme un fait acquis. C’est l’Article X de la Déclaration des Droits de l’Homme, sous l’impulsion du député protestant Rabaut Saint-Etienne, qui formule, assez maladroitement, le principe de la liberté de conscience et de culte : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ».

En décembre 1789, la Constituante accepte que les non-catholiques soient admis à tous les emplois civils et militaires. Elle définit le citoyen actif (électeur, éligible) sans aucune mention confessionnelle. Elle autorise tacitement les Eglises à s’organiser à leur gré, et ainsi les protestants peuvent-ils acquérir ou louer des bâtiments pour leur culte : le 22 mai 1791, pour la première fois depuis le XVI°s. est célébré à Paris un culte protestant public officiellement autorisé, à Saint-Louis du Louvre !

L’Edit royal de décembre 1790 accorde la nationalité française à toute personne exilée pour cause de religion et restitution des biens confisqués par la Couronne (un nombre conséquent de Réfugiés, de Prusse et de Suisse notamment, reviendront en France…). La Constitution de 1791 garantit à tout citoyen « comme droit naturel et civil » la liberté « d’exercer le culte religieux auquel il est attaché ».

Pour en savoir plus :

 

 

Rabaut Saint tienne Rabaut Saint tienne Rabaut Saint tienne Rabaut Saint tienne

4) Aboutissement de l'Oratoire du Louvre au XVIIIe siècle

Rabaut Saint-Etienne

Jean Paul Rabaut, dit Rabaut Saint-Etienne (1743-1793), est un des 3 fils de Paul Rabaut, un des grands pasteurs du Désert, et a donc passé son enfance dans l’insécurité permanente des familles pastorales du Désert.

Formé au Séminaire de Lausanne , il est consacré pasteur en 1764 et rejoint son père qu’il assiste durant 20 ans à Nîmes et dans sa région.

Le contenu proprement chrétien de sa prédication va diminuant au profit (?) d’une morale plutôt hédoniste et rationaliste. Inspiré par Condillac, dans un sermon de Noël, il affirme que « la religion révélée n’est que la religion naturelle dévoilée aux mortels et confirmée par Jésus-Christ ». Loin de Jean-Jacques Rousseau, il pense que « la conscience n’est ni une voix secrète de Dieu qui se fait entendre à nos âmes, ni un juge placé en nous à qui notre être soit soumis : elle n’est autre chose que le jugement que notre raison porte sur nos actes ».

Il croit donc sincèrement pouvoir concilier une bonne philosophie et la religion, définie en termes purement humanistes, et finit par mettre ses positions philosophiques à la place des doctrines réformées…

A la mort de Court de Gebelin, il lui succède et plaidant à Paris la cause des protestants notamment auprès de La Fayette et du ministre Malesherbes, il joue un rôle décisif dans les négociations qui aboutissent en 1787 à l’Edit de Tolérance. Il n’en est cependant pas satisfait, puisqu’il n’a obtenu que l’Etat-civil, et une tolérance qui n’est pas l’égalité des droits, ni la liberté de culte.

Député aux Etats-Généraux en 1789, il est très actif dans les débats préparatoires à la Déclaration des Droits de l’Homme, et notamment de son article X, sur la liberté de conscience et d’opinion. Son activisme lui vaut d’être accusé d’avoir inspiré les massacres de Nîmes et Montauban; dans la caricature des « coups de Rabaut », il est représenté comme cachant sous sa robe pastorale les replis d’une queue démoniaque, et dès 1791, Boyer de Nîmes lance le thème du complot calviniste contre la monarchie et la religion.

En septembre 1792, il est un des Conventionnels modérés siégeant avec les Girondins, dont il partage le sort : arrêté en décembre 1793, il est guillotiné.

2- Le protestantisme face à la Révolution

Dès le début de 1789, au moment des Etats-Généraux, les protestants considèrent l’égalité politique depuis si longtemps réclamée comme un fait acquis. Sous l’impulsion du député protestant Rabaut Saint-Etienne, l’Article X de la Déclaration des Droits de l’Homme formule, assez maladroitement, le principe de la liberté de conscience et de culte : «Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public».

En décembre 1789, la Constituante accepte que les non-catholiques soient admis à tous les emplois civils et militaires. Elle définit le citoyen actif (électeur, éligible) sans aucune mention confessionnelle. Elle autorise tacitement les églises à s’organiser à leur gré, et ainsi les protestants peuvent-ils acquérir ou louer des bâtiments pour leur culte : le 22 mai 1791, pour la première fois depuis le XVI°s. est célébré à Paris un culte protestant public, à Saint-Louis du Louvre !

L’Edit royal de décembre 1790 accorde la nationalité française à toute personne exilée pour cause de religion et restitution des biens confisqués par la Couronne (un nombre conséquent de Réfugiés, de Prusse et de Suisse notamment, reviendront en France…).

La Constitution de 1791 garantit à tout citoyen «comme droit naturel et civil» la liberté «d’exercer le culte religieux auquel il est attaché».

Les protestants se sont donc montrés dans l’ensemble favorables à la Révolution qui leur avait enfin accordé la pleine égalité des droits et la liberté de culte. Face à une Contre-Révolution d’essence aristocratique ou très catholique, les protestants s’affirment patriotes, mais tout aussi divisés que la nation : girondine à Caen, Bordeaux, Marseille et Nîmes, la bourgeoisie réformée est montagnarde à Montauban ou Sainte-Foy… Au demeurant, il n’y eut jamais de « groupe protestant » dans les assemblées révolutionnaires, où se distinguèrent quelques personnalités : Rabaut Saint-Etienne, Barnave, Boissy d’Anglas, Jeanbon Saint-André…

Pendant la vague de déchristianisation et la Terreur, les temples sont fermés, le culte public cesse, nombre de pasteurs renoncent à leur ministère, par prudence ou sous la pression, plus que par adhésion au Culte de la Raison, puis à celui de l’Etre suprême.

Au moment d’abdiquer, le pasteur Dumas, du Gard, se justifie d’avoir toujours « prêché aux hommes la vertu et la morale universelle, puisée dans le livre de la nature ». Aussi atteint par la Philosophie du Siècle, le curé Radier, de l’Héraut, se ralliant à la religion naturelle, dit : « maintenant que l’état de prêtre contrarie le bonheur du peuple, retarde le progrès des Lumières, entrave la marche de la Révolution, je l’abdique et je me jette dans les bras de la société ».

Il est permis de s’interroger sur les ressemblances entre la vague iconoclaste de la Réforme au XVIe siècle et certains aspects de la déchristianisation entre 1793 et 94 : même volonté de décléricaliser, de désacraliser, en s’en prenant au calendrier comme aux lieux de culte et aux images. Sous la Révolution, la Raison libérée se veut destructrice du fanatisme et de toute superstition : les églises sont fermées ou converties en temples de la Raison, les statues renversées, les reliques dispersées, les objets liturgiques profanés, les confessionnaux brûlés…On boit à la santé de la République dans les ciboires et les calices, les « vases prétendus sacrés » sont regardés comme « gobelets magiques ».

La Réforme n’avait certes pas le désir de déchristianiser, mais au milieu des excès de ce vandalisme particulièrement dommageable au patrimoine artistique et monumental de la France, en 1564 comme en 1793, cette radicale remise en cause des institutions, des sacrements et des rites a quelque air de famille avec les principes initiaux de la Réforme…

À partir de 1795, les Eglises protestantes se reconstruisent lentement, sans armature spirituelle ni institutionnelle (le 1° synode national depuis le XVIII°s. aura lieu en 1872 !); le nombre des pasteurs a chuté de près de moitié, ils ne sont plus que 120, et ce ne sont pas les plus jeunes, ni les meilleurs qui sont restés.

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