Visite de l'Oratoire du Louvre

1) intérieur actuel  -  2) extérieur actuel  -   3) au XVI-XVIIe  -  4) au XVIIIe  -  5) au XIX-XXe  -  6) histoire


plan de l'Oratoire du Louvre

Quartier du Louvre

Enceinte de Philippe Auguste

Hôtel du Bouchage

La rotonde

Le maître autel

Chaire à prêcher

Tombeau de Bérulle

Devise des Oratoriens

Chapelles latérales

Entrée Royale

Cérémonies royales

Entrée provisoire

Tableau de Coypel

Lefèvre d'Étaples

Jean Calvin

Martin Luther

Amiral de Coligny

Henri IV

Cardinal de Bérulle

Jaques Lemercier

 

  • + Retour à l'introduction
  • Le quartier du Louvre
  • L'enceinte de Philippe Auguste
  • L'hôtel du Bouchage
  • La rotonde
  • Le maître-autel
  • La chaire à prêcher
  • Le tombeau de Bérulle
  • La devise des Oratoriens
  • Les chapelles latérales
  • L'entrée royale
  • Cérémonies royales
  • Entrée provisoire
  • Le tableau de Coypel
  • Lefèvre d'Étaples
  • Jean Calvin
  • Martin Luther
  • Amiral de Coligny
  • Henri IV
  • Cardinal de Bérulle
  • Jaques Lemercier

 

 

détail d'une gravure du XVIIe
Détail d'une gravure du XVIIe

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Introduction

Le XVIe siècle en France est très troublé sur le plan religieux et sur le plan civil.

Avec Henri IV et l’édit de Nantes, le climat devient meilleur. Les réformes protestantes et la réforme catholique du concile de Trente permettent des avancées significatives dont les fidèles reçoivent des bénéfices significatifs sur le plan de la foi et des idées.

L’Oratoire de Pierre de Bérulle

Tout, pour l’Oratoire, commence à Rome vers 1533, avec l’arrivée de Philippe Néri, jeune florentin né en 1515. Ordonné prêtre en 1551, il s’installe à San Girolamo, où il prêche dans les combles de l’église, l’«Oratorio ». Ce nom d’Oratoire désigne à l’origine tout simplement « un lieu de prière », mais Philippe de Néri désigne de ce nom des « exercices spirituels » qu’il propose à des prêtres et des laïcs dans une recherche commune d’une vie spirituelle plus profonde centrée sur la personne de Jésus. L’Oratorio est constitué de prière, de prédication, de lecture et de méditation de la Bible et de la vie des saints.

Le nom d’Oratoire désigne bientôt la congrégation qui va se constituer autour de Philippe de Néri, grâce à son rayonnement à la fois joyeux et spirituel, cette congrégation devient une institution légale en 1575 grâce à une bulle de Grégoire XIII, qui attribue l’église de la Valicella, où prêche désormais Philippe.

En France, Pierre de Bérulle, né en 1575, ordonné prêtre en 1599, est confronté à un clergé avide de bénéfices, qui a perdu son âme. Désireux de restaurer le sacerdoce en le sanctifiant, Pierre de Bérulle va s’inspirer de l’Oratoire de Philippe de Néri pour fonder l’Oratoire en France. Le 11 novembre 1611, avec cinq autres prêtres, « une société de prêtres, sans obligation de vœux, où l’on tendra de toutes ses forces à la perfection sacerdotale, pour en exercer toutes les fonctions et pour former à la piété ceux qui y aspirent ». C’est la naissance de « l’Oratoire de Jésus ». Nouveauté pour l’époque, cette congrégation est « séculière », sans les vœux que prennent les moines et moniales. La même année, elle est reconnue par lettres patentes du Roi (Louis XIII), et le 10 mai 1613 par une lettre d’approbation du pape Paul V.

À la mort de Bérulle en 1629, les oratoriens sont environ quatre cents prêtres répartis en une soixantaine de maisons. Leur église de la rue Saint-Honoré à Paris, achevée seulement en 1750, est devenue la paroisse de la Cour.

Plutôt que de se définir par une activité ou un ministère spécifiques, l’Oratoire se caractérise par un « esprit ». Cet esprit, difficile à caractériser, s’exprime néanmoins à travers un certain nombre de traits communs: une relation privilégiée à Jésus Christ; une volonté de conjuguer vie spirituelle et intérêt pour la vie intellectuelle et la culture; le sens de l’infinie complexité et de l’individualité de chaque être humain; un effort d’intelligence du monde dans lequel nous vivons, avec une attention particulière portée à l’évolution des mentalités; et une attitude de sympathie et de solidarité avec un monde en proie aux doutes et aux questionnements concernant le sens de l’existence.

Contrairement aux violences contre les protestants du XVIe siècle (et celles des siècles précédents contre Pierre Valdo, Jean Hus...), la contre réforme de personnes comme le cardinal de Bérulle est certes une contre-réforme mais faite d’une façon positive : en se réformant soi-même, d’abord, mais aussi en dialoguant avec des théologiens protestants au cours de controverses mémorables.

La construction de l’Oratoire du Louvre

La congrégation de l’Oratoire de Jésus, fondée par le futur cardinal de Bérulle avait des buts qui s’inscrivent dans le grand plan de la Réforme Catholique établi au Concile de Trente, de restauration de l’église catholique, mais aussi de « sauver l’Église des coups que lui avaient porté la violence, l’orgueil, l’égoïsme sensuel des prétendus réformateurs ».

Les conditions sont favorables pour le Père Pierre de Bérulle, il est cousin du chancelier Séguier, il bénéficie de la protection de Marie de Médicis, les Jésuites ayant été chassés du royaume par Henri IV laissent un grand vide (à la suite d’un attentat le 28 décembre 1594 où Henri IV fut frappé d’un coup de couteau par un élève des Jésuites).

En janvier 1616, les Oratoriens achètent un bel hôtel particulier fort bien placé, à côté du palais du Louvre, situé entre la rue du Coq (aujourd’hui rue de Marengo) et la rue du Louvre (rue de l’Oratoire), l’hôtel du Coq construit en 1378 et devenu en 1582 l’Hôtel du Bouchage. Cet hôtel est partiellement démoli pour permettre la construction d’une chapelle des oratoriens où la messe fut célébrée dès le début du mois de mai 1616.

Cette chapelle s’avérant trop petite, le Cardinal de Bérulle voulut bâtir «une église en forme et qui eut plus de rapport avec la grandeur et la majesté divines». À cet effet, la congrégation acquit les terrains voisins et entreprit en 1621 la construction d’un nouveau sanctuaire sur les plans de l’architecte Jacques Lemercier (architecte de l’église de la Sorbonne et de Saint-Roch).

À la demande de Louis XIII, l’église devient chapelle royale (Brevet du 23 décembre 1623), et fait des pères de l’Oratoire les chapelains du Louvre.

L’ architecte Clément Métezeau - constructeur de la grande digue de La Rochelle - prit la suite de la direction de la construction, Jacques Lemercier ayant été évincé. L’intérieur est divisé en deux parties, le choeur des oratoriens (rotonde de forme elliptique dessinée par Lemercier) et une nef bordée de chapelles latérales. La décoration intérieure fut l’œuvre des meilleurs artistes de l’époque.

L’architecture est adaptée aux visées des Oratoriens qui forment une élite de prêtre afin de répondre aux théologiens protestants.

  • La nef unique et la bonne acoustique permettent de vraiment écouter la prédication, essentielle pour les oratoriens, comme d’ailleurs pour les protestants de tous les siècles. De grands prédicateurs tels Massillon, Bourdaloue ou Bossuet sont montés en chaire pour leurs Oraisons.
  • La décoration est sobre, dans l’ensemble, à part le grand autel qui constitue le point de mire d’une église catholique, la voûte en berceau creusée de lunettes dont les arcs doubleaux sont ornés de caissons à rosaces cartouches et écussons à têtes d’anges, la devise des oratoriens "Jésus Maria" et des croix de consécration ornaient la nef. Par contre, les chapelles vendues à de grandes familles proches des Oratoriens étaient richement décorées d’un tombeau et d’un cycle iconographique confié à de grands artistes comme Simon Vouet, Charles Le Brun, Philippe de Champaigne.

Cette architecture baroque française est bien loin de la richesse des églises jésuites.

Les travaux s’interrompent en 1625, par manque d’argent, et à cause de difficultés pour acquérir les derniers terrains prévus. La mort de Bérulle, en 1629, en empêche la continuation, les travaux ne furent repris qu’en juillet 1740, où le volume prévu à l’origine ainsi que le portail rue Saint Honoré purent être réalisés.

Durant tout le XVIIe siècle, l’Oratoire du Louvre est rendu célèbre par les Oraisons et les prédications prononcées par Massillon, Bourdaloue et Bossuet, en particulier, les Oraisons funèbres du Cardinal de Richelieu, de Louis XIII, des reines Anne d’Autriche et Marie-Thérèse.

Pour en savoir plus :

Cette page concerne la genèse de l’Oratoire du Louvre au XVIe et XVIIe siècle.
Ces autres pages vous permettront de :

 

 

Le quartier du Louvre Le quartier du Louvre Le quartier du Louvre Le quartier du Louvre Le quartier du Louvre

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Le quartier du Louvre

1) Avant la construction de l’Oratoire

Plan Saint Victor, quartier de l’Oratoire

Nous sommes avant la construction de l’Oratoire. Nous voyons sur ce plan St-Victor de 1550 :

  • 1: L’hôtel du Bouchage entre les rues du Coq et de l’Autruche, hôtel qui sera acheté par le Père Bérulle pour construire l’Oratoire du Louvre.
  • 2: Un morceau de l’enceinte de Philippe-Auguste, avec ses tours dont nous voyons encore un vestige dans la cave de l’Oratoire actuellement.

Dans le quartier de l’Oratoire, plusieurs lieux marquent la mémoire des persécutions du XVIe siècle, avant l’édit de Nantes :

Plan de Bâle, quartier de l’Oratoire

Nous voyons sur ce plan de 1550 (appelé "plan de Bâle") :

  • O : le lieu où sera bâti l’Oratoire, entre la rue du Coq et la rue de l’Autruche (ou Autriche)
  • 1: Le marché aux pourceaux, où le premier martyr protestant, Jean Vallière, a été brûlé vif en 1523, actuellement, cet endroit se trouve à l’angle de l’avenue de l’Opéra et de la rue Saint Anne.
  • 2: La croix du Trahoir, autre lieu de supplice de protestants au XVIe, situé à l’angle de la rue de l’Arbre sec (surnom du gibet) et de la rue Saint-Honoré
  • 3: L’emplacement de l’hôtel où l’Amiral de Coligny fut assassiné lors du massacre de la Saint Barthélémy, actuellement aux environs du 136 ou 140 rue de Rivoli.

2) Après la construction de l’Oratoire

Plan Turgot, quartier de l’Oratoire

Nous voyons sur ce plan Turgot de 1736:

  • 1: L’Oratoire inachevé, avec la rotonde au chevet, le chœur et le transept et une seule chapelle de la nef.
  • 2: L’hôtel du Bouchage
  • 3: La place de l’Oratoire a été dégagée, devant l’aile Nord de la cour carrée, fin XVIIe-début XVIIIe siècle.

Plan Bullet & Blondel de 1676:

Plan Turgot, quartier de l’Oratoire

 

Pour en savoir plus :

 

 

L'enceinte de Philippe Auguste L'enceinte de Philippe Auguste L'enceinte de Philippe Auguste

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

L’enceinte de Philippe Auguste

Vestige de tour de l’enceinte de Philippe Auguste, rue du Louvre
Vestige d’une autre tour de l’enceinte
de Philippe Auguste, rue du Louvre

Le roi Philippe Auguste a bâti une forteresse le long de la Seine pour protéger Paris des invasions possibles venant de l’ouest (par la mer). Ce premier Louvre est achevé en 1202, ce n’était pas encore un palais, mais un château médiéval entièrement dédié à l’utilité militaire avec des tours qui protégeaient les murailles et un donjon qui ressemblait à une grosse et haute tour centrale. Philippe Auguste bâtit également une muraille encerclant Paris, haute de 9 mètres, épaisse de 3 mètres avec des créneaux et un chemin de ronde, avec une tour de défense à distance régulière, et des portes lourdement fortifiées pour garder les entrées de Paris. Une de ces portes gardait la rue Saint-Honoré, une des artères les plus passantes.

Mais Paris va continuer son expansion, surtout sur la rive droite, débordant à l’extérieur de la muraille dans ce que l’on appelait les faubourgs. Deux siècles plus tard, Charles V va construire une nouvelle muraille protégeant le Louvre (dont il fera son palais) et le faubourg Saint Honoré. La muraille de Philippe Auguste est alors progressivement déclassée, elle est parfois démontée pour réutiliser les pierres, parfois des portions de murs sont intégrés  tels quels comme mur d’une maison.

Des plans anciens et des observations récentes permettent de vérifier que l’Oratoire a été construit à cheval sur la muraille de Philippe Auguste. Le chevet (où se trouve l’actuelle grande sacristie) étant placé sur une des tours, et le portail de la rue Saint Honoré étant assis sur les restes de la porte Saint-Honoré. Dans la cave de l’Oratoire, qui s’étend sous la grande sacristie, un mur arrondi fait de grosses pierres taillées est un reste de ces tours de 6 mètres de diamètre qui protégeaient la muraille. Le petit couloir et la seconde cave ont été creusés dans le remblais qui existait entre les deux faces de la muraille.

Cette cave a été creusée sous le chevet de l’Oratoire, probablement pour y disposer des reliques dans une crypte sous le maître-autel qui était dans le chevet. Quand l’autel a été déplacé du chevet vers le chœur en 1745, un couloir a été creusé, probablement dans l’épaisseur de la muraille de Philippe Auguste pour que les reliques et les restes du Cardinal de Bérulle, fondateur de l’Oratoire, puissent demeurer sous le maître autel.

Pour en savoir plus :

 

 

L'htel du Bouchage L'htel du Bouchage

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

L’hôtel du Bouchage

La premier lieu de réunion de la Congrégation de l’Oratoire était l’hôtel du Petit Bourbon, aujourd’hui le Val de Grâce au faubourg saint Jacques "ce lieu était silencieux, retiré, des couvents en formaient le seul voisinage, et des champs à perte de vue en étaient d’un côté du moins, l’unique et tranquille horizon". Le nombre de ses disciples, augmentant sans cesse, Pierre de Bérulle, qui disposait de ressources importantes, grâce aux nombreux dons que recevait la nouvelle communauté, chercha pour elle au centre de Paris un asile plus convenable que celui du faubourg St-Jacques.

Il existait alors, tout près du Louvre, un bel hôtel particulier entre la rue du Coq (appelée rue de Marengo depuis1854), et la rue de l’Autruche (qui deviendra rue du Louvre au dix-septième siècle, puis rue de l’Oratoire en 1758). Cet hôtel, dénommé hôtel Le Coq (depuis 1378), puis hôtel de Joyeuse ou du Bouchage en 1582, appartenait à la Duchesse de Guise, née Henriette Catherine de Joyeuse, fille de Henri, duc de Joyeuse, Maréchal de France sous le nom de Comte du Bouchage.

La Duchesse, sœur et héritière du cardinal François de Joyeuse, avait intention de vendre cet hôtel afin de rembourser une partie des dettes du cardinal. Pierre de Bérulle, l’ayant appris, s’empressa d’en faire l’acquisition le 20 janvier 1616 pour un prix de près de cent mille livres. "L’affaire fut traitée avec un si grand secret que le contrat fut passé, les Pères établis ... dans la nouvelle maison avant qu’on sût dans Paris, que le Père de Bérulle avait dessein de l’avoir".

Gabrielle d’Estrée
Gabrielle d’Estrée

L’hôtel ainsi acquis avait été habité jadis par Gabrielle d’Estrées, duchesse de Beaufort, logée là commodément par son amant... le Roi Henri IV. C’est dans l’une des pièces de cet immeuble que le 28 décembre 1594, le roi Henri IV rendant visite à sa maîtresse, alors qu’il revenait d’Amiens, fut blessé par Jean Chastel, élève des Jésuites, au moment précis où il se baissait pour embrasser les Chevaliers de Ragny et de Montigny, venus à sa rencontre et qui s’inclinaient devant lui. Le coup de poignard, destiné à la gorge du roi, ayant dévié, avait percé sa lèvre et lui avait brisé une dent. Ce qui fit dire à d’Aubigné, alors que le roi lui montrait sa blessure, à la lueur des flambeaux: Sire, vous n’avez renoncé Dieu que des lèvres, Il s’est contenté de les percer mais quand vous Le renoncerez de cœur, Il vous percera le cœur. Henri IV avait, en effet, l’année précédente, le 25 juillet, abjuré la religion protestante.

Dès qu’il eut acheté l’hôtel du Bouchage, le fondateur de l’Oratoire fit commencer en cet endroit la construction d’une chapelle. Autant par exercice d’humilité que pour hâter l’édifice, il se mit à la tête de ses disciples, et, tous assemblés, ils ne dédaignèrent pas de mettre la main à l’œuvre et de travailler avec les ouvriers - lui-même était un des premiers à porter la hotte comme les plus vils manœuvres, l’esprit de religion lui faisant juger qu’il n’y avait rien de bas dans tout ce qu’on fait de moins relevé aux yeux des hommes pour le service d’un aussi grand maître que Dieu.

Au début de mai 1616, cette chapelle fut ouverte au culte.D’après l"Architecture Françoise" de Blondel, 1752-1756, la maison de l’Oratoire est constituée de bâtiments peu spacieux et d’une architecture peu réfléchie. Une cour de moyenne grandeur, quelque grandes salles et des logements pour environ quarante prêtres, des parloirs et des dépendances. Cette maison est alors encore nommée "l’Hôtel du Bouchage", du nom qu’elle avait quand le Cardinal de Bérulle l’a achetée en 1616 à Catherine-Henriette de Lorraine. Elle avait été acquise précédemment par le Cardinal François de Joyeuse et elle se nommait alors l’Hôtel de Montensier. En 1594 on la nommait l’Hôtel d’Estrées. C’est, parait-il, dans cette maison qu’Henri IV fut blessé par Jean Chatel.

Hôtel du Bouchage

 

 

La rotonde La rotonde La rotonde La rotonde La rotonde

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

La rotonde de Lemercier

Bâtie tout en pierre, elle a été dessinée sur un plan centré elliptique, forme exceptionnelle dans l’architecture religieuse française ; la Renaissance lui avait en effet préféré le plan circulaire, par exemple à la Rotonde des Valois de Saint-Denis, que François Mansart reprendra à la Visitation rue Saint-Antoine en 1632.

Jacques Lemercier
Jacques Lemercier

Les murs sont scandés par six doubles-pilastres corinthiens alternant avec des arcades en plein cintre ; identique au petit ordre du vaisseau principal, cet ordre contribue à lier à l’ensemble un élément fortement individualisé.

Les deux portes donnant accès latéralement à deux pièces carrées sont d’origine, à l’inverse des deux baies en plein-cintre côté sud : au XVIIe siècle en effet, un bâtiment s’appuyait sur le rez-de-chaussée de la rotonde et la lumière venait donc d’en haut. En revanche, il existait deux petites portes au sud, à droite et à gauche de l’arcade d’axe, dont on devine encore la trace sous l’enduit, et qui conduisaient aux sacristies.

Au-dessus de l’entablement, des doubleaux prolongeant les pilastres découpent une voûte en pierre en une succession de berceaux qui s’épaulent et se réunissent au centre en un oculus elliptique, au cadre vigoureusement mouluré et sculpté de chérubins. Les trois baies hautes, ouvertes au sud, sont encadrées d’un riche chambranle à crossettes et gouttes sommé d’un fronton.

Le volume de cette chapelle, malencontreusement ruinée par un entresolement en 1821, a toujours été admiré. Henri Sauval, qui tenait l’intérieur de l’Oratoire pour « le plus beau de Paris », loue ainsi la rotonde, qui est « des mieux ornées d’architecture et des mieux conduite et entendue ». Un siècle plus tard, le sévère Jacques-François Blondel trouvait ce morceau « d’une dimension heureuse, d’une ordonnance régulière ».

Au XVIIe siècle, le maître-autel était dans cette rotonde, monumental, il n’était donc que deviné par les fidèles entant dans l’église. A cette époque, le choeur d’une église était souvent séparé de la nef par un jubé, ce qui isolait complètement le chœur du reste de l’église et rendait mystérieux ce qui se passait dans le chœur, domaine réservé des prêtres, lieu de l’eucharistie. Cet effet était présent à l’Oratoire quand l’autel était dans le chevet, et c’est avec cet usage du mystère que rompt le déplacement de l’autel dans le chœur, en 1748.

À droite et à gauche de cette rotonde sont deux chapelles en forme d’oratoire, dans l’angle de chacune desquelles est pratiqué un escalier à vis qui conduit aux tribunes et au-dessus des voûtes.

Derrière la rotonde et ces deux chapelles se trouvaient des sacristies voûtées de pierres, ainsi que des petits lieux de prière et de méditation.

À droite et à gauche de l’église est un corridor régnant tout le long, servant de dégagement aux chapelles avec des sorties de chaque côté dans la rue.

plan de la rotonde de l’Oratoire

Sur ce plan :
1: la rotonde s’ouvrant sur le chœur
2 : les deux petites chapelles
3 : les sacristies
4 : les corridors

Pour en savoir plus :

 

 

Le matre-autel

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Le maître-autel

 

Abel-Louis de Sainte Marthe (Identification d’après les albums Louis-Philippe) © Château de Versailles, Dist. RMN / © EPV
Abel-Louis de Sainte Marthe
© Château de Versailles,
Dist. RMN / © EPV

Au XVIIe siècle, le maître-autel était dans cette rotonde, monumental, il n’était donc que deviné par les fidèles entrant dans l’église. A cette époque, le choeur d’une église était souvent séparé de la nef par un jubé, ce qui isolait complètement le chœur du reste de l’église et rendait mystérieux ce qui se passait dans le chœur, domaine réservé des prêtres, lieu de l’eucharistie. Cet effet était présent à l’Oratoire quand l’autel était dans le chevet, et c’est avec cet usage du mystère que rompt le déplacement de l’autel dans le chœur de l’Oratoire en 1748.

Réputé en raison de sa forme et de sa richesse, il avait coûté 7000 livres et avait été réalisé par le sculpteur François Anguier, sur les dessins du père Abel de Sainte-Marthe (1621-1697). Supérieur de l’Oratoire, celui-ci était un architecte réputé, auquel on doit en partie Notre-Dame des Ardilliers de Saumur.

Le maître-autel, était décoré d’un tabernacle dont voici la description empruntée au "Journal domestique" de l’Oratoire :

Ce tabernacle est composé d’un dôme fort élevé, accompagné de quatre portiques, soutenus chacun de six colonnes d’ordre composite d’un beau marbre de Sicile dont les proportions sont régulières. Tous les ornements, les chapiteaux, les vases, les festons et les modillons sont de cuivre doré d’or moulu. Il a été exécuté par le sieur François Anguier fameux sculpteur. Les boiseries, décorant ce tabernacle étaient de Croissant, menuisier du Roi, et les colonnes, de marbre, avaient été polies par Binay .

À droite du maître-autel, un tableau, représentant la Trinité et exécuté d’après celui de la Trinité du Mont à Rome, était attaché à un pilier. Un autre, lui faisant pendant à gauche, rappelait l’Assomption de la Vierge de Ste Marie Majeure, et l’on voyait dans une chapelle consacrée à St-Antoine une toile de Simon Vouet sur laquelle Jésus-Christ apparaissait au cénobite.

Au-dessous du tabernacle, et servant de parement à l’autel, se trouvait depuis la fin de l’année 1704 un beau bas-relief de bronze doré avec une bordure de marbre. Ce parement, exécuté par M Girardon, fameux sculpteur avait été donné à l’Oratoire par la Marquise de Montespan, qui, retirée de la Cour depuis 1691, s’était mise entre les mains du père de la Tour, si connu par ses sermons, par ses directions, par ses amis et par la prudence de son gouvernement, comme le dit St Simon dans ses Mémoires. Par ce don, la Marquise avait entendu témoigner publiquement sa reconnaissance à son confesseur " Ce bas-relief, entré au Musée Lenoir pendant la Révolution, en ressortit en 1802 pour être placé à Notre-Dame.

 

 

La chaire  prcher

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

La chaire du prédicateur

La chaire de l’Oratoire au XVIIe
La chaire de l’Oratoire,
à droite et sur le 2e pilier,
à l’occasion des obsèques
du chancelier Séguier en 1672

L’Oratoire dans son ensemble, par ses dimensions et sa bonne acoustique, mais aussi par la place de la chaire a été conçu pour que la prédication soit bien entendue sans effort des fidèles.

La chaire permet aux auditeurs de mieux voir et de mieux entendre le prédicateur, l’abat-voix qui le surplombe n’étant pas qu’une décoration mais ayant pour objectif de renvoyer les ondes sonores vers l’assemblée.

L’Oratoire restant inachevé au XVIIe siècle, la chaire à prêcher est placée sur le 2e pilier, du côté de l’épître (à l’ouest). Quand la construction de l’Oratoire sera achevée en 1745, le volume initialement prévu sera atteint, et la chaire sera mise à la place où elle est actuellement, plus vers la croisée du transept. Elle a probablement été mise de l’autre côté afin que le prédicateur n’ait pas le soleil dans l’œil le matin.

Pour en savoir plus :

 

 

Le tombeau de Brulle Le tombeau de Brulle Le tombeau de Brulle Le tombeau de Brulle Le tombeau de Brulle Le tombeau de Brulle

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Le tombeau du cardinal de Bérulle

Pierre de Bérulle, naquit au château familial de Sérilly, près de Troyes, en 1575. Son père, conseiller au parlement de Paris meurt prématurément. Sa mère, Louise Séguier veille à son éducation achevée au collège jésuite de Clermont prolongée par des études de théologie à la Sorbonne. Il est ordonné prêtre en 1599. En 1600, il assiste à la célèbre controverse de Fontainebleau aux côtés du cardinal Jacques Davy du Perron dans sa joute contre le protestant Philippe Duplessis-Mornay. Il s’intéresse à la réforme des maisons religieuses et participe à la fondation du couvent des carmélites à Paris. En 1611 il fonde la congrégation de l’Oratoire de France. Il est nommé cardinal en 1627 par le pape Urbain VIII à la demande de Louis XIII.

Le cardinal de Bérulle meurt brutalement  le 2 octobre 1629 en disant la messe.

Dans la première chapelle du côté est du chœur de l’Oratoire, le sculpteur Michel Anguier érigea en 1659 un tombeau monumental  représentant Bérulle disant la messe, agenouillé devant un livre posé sur un lutrin. Un bas relief en bronze doré en ornait la base. Le monument fut détruit à la Révolution, en 1793.

Actuellement, il subsiste l’entourage composé de claveaux sculptés. Ils sont ornés de diverses illustrations : des pots à feu, une Annonciation (à la Vierge que l’on voit dans la partie droite répond à gauche l’ange Gabriel), des instruments de la passion, et les armes du cardinal sur la clé de voûte. Le buste en marbre est conservé au revers du chœur de l’église Saint-Eustache, animée de nos jours par des Oratoriens.

Le corps de Bérulle, placé dans un caveau situé creusé dans la cave pour se situer exactement sous le chœur de l’Oratoire, y demeura jusqu’à la fin de l’année 1793. M. Amable de Bérulle, ancien premier président du Parlement de Grenoble, l’en fit alors enlever, de concert avec les Pères de l’Oratoire, et le cacha dans son hôtel, à Paris. En 1840, M. François de Bérulle le remit à Messieurs de Saint-Sulpice qui l’abritèrent dans la chapelle du séminaire de Paris. Quand la loi de séparation les chassa du séminaire, ils emportèrent à Issy les ossements du cardinal pour les placer dans la crypte de la chapelle de Lorette, où, depuis 1840, reposait déjà son cœur.

Il existe deux autres monuments:

  • La Sépulture du cœur au socle orné des armes du cardinal (Musée du Louvre)  par Jacques Sarrasin, provenant du Carmel de la rue St-Jacques.
  • La  Sépulture du bras (Collège de Juilly) provenant de la Maison d’Institution de l’Oratoire, aujourd’hui Hôpital St-Vincent de Paul, avenue Denfert Rochereau.

Pour en savoir plus :

 

 

La devise des Oratoriens La devise des Oratoriens

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

La devise des Oratoriens

L’inscription « JESUS MARIA » ornant la voûte de l’abside est l’emblème de la Congrégation de l’Oratoire, choisie par le futur cardinal Pierre de Bérulle. Ses armes étaient une coronne d’épines entourant ces deux noms.

La spiritualité et la vie de Pierre de Bérulle était très centrée sur l’incarnation, c’est à dire sur le fait qu’en Christ, la Parole de Dieu s’est faite chair, que Dieu s’incarne. Cela inspire sa théologie et sa conception de la vie. Avec un côté chevaleresque certain, Pierre de Bérulle fait un serment d’allégeance à Jésus mais aussi à Marie. Cette double allégeance n’est ordinairement pas possible pour un chevalier envers deux suzerains, mais Pierre de Bérulle s’en explique ainsi :

On dira: Puisque je me dois totalement à Jésus-Christ et que je m’offre entièrement à lui tous les jours, comment puis-je être tout entier à la bienheureuse Vierge Marie? Réponse : Il n’y a aucun obstacle. Car le pouvoir de Jésus-Christ est un pouvoir de supériorité qui ne détruit pas les autres pouvoirs temporels et spirituels, quels qu’ils soient, mais existe en même temps qu’eux. C’est pourquoi, bien que par le pouvoir qu’il possède sur chacun de nous nous soyons ses serviteurs, nous pouvons aussi être les serviteurs de la bienheureuse Vierge et puisque le serviteur tout entier avec tous ses biens n’est là que pour rendre hommage à son maître, nous devons lui demander qu’elle nous reçoive tout entiers et selon l’être de la nature et selon celui de la grâce et que nous rapportions à elle toutes nos actions comme quelque chose qui lui appartient. (Collationes 233, cité par Michel Dupuy dans son livre "Le Christ de Bérulle", Desclée 2001).

Pour en savoir plus :

 

 

Les chapelles latrales Les chapelles latrales Les chapelles latrales Les chapelles latrales

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Chapelles latérales

Suivant l’usage de l’époque, les chapelles de l’Oratoire furent concédées à de riches personnages, souvent puissants à la Cour, dont la foi et l’émulation provoquaient la réalisation de grands décors.

Ces chapelles voûtées en berceau à une lunette étaient fermées par de grandes clôtures de bois sculpté. Pour se faire une idée de leur richesse, on peut encore observer le beau décor peint et sculpté à la voûte de la première chapelle du transept gauche, décor mis au jour lors de travaux de nettoyage en 1906. Il s’agit de la chapelle de la famille de Harlay.

Il reste également une trace de décors dans ce qui était la première chapelle, du côté de l’Évangile, où se trouvait le tombeau du vénérable fondateur de l’Oratoire, le Cardinal de Bérulle (voir la description de ce tombeau à l’emplacement de la première chapelle).

Pour en savoir plus :

 

 

L'entre royale L'entre royale

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

L’entrée Royale

Le 23 décembre 1623, dans un conseil où l’on décida que la chapelle de l’ancien hôtel de Bourbon serait rasée, Louis XIII manifesta sa volonté de la remplacer par l’église de l’Oratoire et chargea sur le champ son architecte, Clément Métézeau, de modifier le plan de ce dernier édifice de façon qu’il pût entrer dans celui des bâtiments du Louvre.

Le jour-même, fut expédié au Père de Bérulle un brevet sur lequel l’église fut qualifiée d’ "Oratoire Royal".

À l’issue du dîner du roi, le Père de Bérulle, Supérieur Général de la Congrégation de l’Oratoire, alla "faire ses remerciements à Sa Majesté qui le reçut avec une extrême bonté et lui parla en des termes qui exprimaient ses favorables sentiments pour lui et sa bienveillance pour la Congrégation de l’Oratoire."

Le roi et la Cour prirent alors l’habitude d’y venir assister aux offices.

Une porte lui était spécialement réservée : elle faisait communiquer directement l’enclos de l’Oratoire avec celui du Louvre. À tout moment le "Journal Domestique de la Maison" signala la présence dans l’église du Roi, des Reines, de Monsieur et des Seigneurs et des dames de la Cour.

Ce lien fort entre le palais du Louvre et l’Oratoire fut à l’origine d’hésitations pour savoir de quelle façon orner le portail de l’église et de quel côté le placer définitivement : du côté du Louvre ou du côté de la rue Saint-Honoré, comme sur le plan d’origine. Le portail fut finalement mis sur la rue Saint Honoré en 1745, mais alors les rois de France avaient pris leurs quartiers à Versailles.

L’entrée du roi et de sa cour se faisait donc du côté du chevet, un escalier dans la maison généralice menait au 1er étage, et de là, un passage permettait au roi de rejoindre une tribune provisoire construite entre les deux grandes tribunes, face au chœur de l’Oratoire.

intérieur de l’Oratoire au début XVIIIe

Intérieur de l’Oratoire au début XVIIIe, au niveau des tribunes, selon un plan d’époque (© gallica.fr).
La partie en rouge restait alors en projet et ne sera achevée qu’en 1745.

 

 

Crmonies royales

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Cérémonies Royales

Au cours des 17° et 18° siècle, de somptueuses cérémonies se déroulèrent sous les voûtes de l’édifice. L’Oratoire royal accueillait régulièrement la Cour à ses offices depuis que la dévotion de Marie de Médicis avait inauguré la présence assidue des reines et le soutien sans faille de la monarchie. Alors que le baptême des enfants royaux avait lieu, s’ils étaient à Paris, dans l’église de Saint Germain l’Auxerrois, les services funèbres des membres de la famille royale furent célébrés dans ce « paradis de la terre », selon les paroles des Pères de l‘Oratoire.

Pierre de Bérulle les précéda en 1629 ; puis vinrent Richelieu en 1642, suivi du roi Louis XIII en 1643 ; plus tard, les reines Anne d’Autriche en 1666 et Marie-Thérèse en 1683.

Mais la cérémonie la mieux connue par le texte et l’image eut lieu à la mémoire du chancelier Séguier, le 4 mai 1672.

Ces « Messieurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture », sous l’autorité de Charles Lebrun, firent orner la nef d’un décor éphémère et grandiose, que la fille du chancelier voulut racheter à la fin de la cérémonie. Une gravure de Sébastien Leclerc immortalise cette mise en scène virtuose.

Voici comment la marquise de Sévigné, qui assista aux obsèques, décrit ce qu’elle a vu :

« C’était la plus belle décoration qu’on puisse imaginer. Le Brun avait fait le dessin. Le mausolée touchait à la voûte, orné de mille lumières et de figures convenables à celui qu’on voulait louer ; quatre squelettes en bas étaient chargés des marques de sa dignité comme lui ôtant les honneurs avec la vie. L’un portait son mortier, l’autre, sa couronne de duc, l’autre son ordre, l’autre ses masses de chancelier. Les quatre arts étaient éplorés et désolés d’avoir perdu leur protecteur : la Peinture, la Musique, l’Eloquence et la Sculpture. Quatre vertus soutenaient la première représentation : la Force, la Justice, la Tempérance et la Religion. Quatre anges ou quatre génies recevaient au-dessus cette belle âme. Le mausolée était encore orné de plusieurs anges qui soutenaient une chapelle ardente qui tenait à la voûte. Jamais il ne s’est rien vu de si magnifique ni de si bien imaginé ; c’est le chef d’œuvre de Le Brun. Toute l’église était parée de tableaux, de devises, d’emblèmes qui avaient rapport à la vie ou aux armes du chancelier. Plusieurs actions principales y étaient peintes….

Pour la musique, c’est une chose qu’on ne peut expliquer. Baptiste (Lulli) avait fait un dernier effort de toute la musique du Roi. Ce beau « Miserere » y était encore augmenté ; il y a eu un « Libera » où tous les yeux étaient pleins de larmes. Je ne crois point qu’il y ait une autre musique dans le Ciel… »

D’autres célébrations qui eurent lieu à l’Oratoire furent plus joyeuses : outre les Te Deum chantés lors de la naissance des enfants royaux, des messes d’actions de grâce furent dites pour la santé des rois. Par exemple en 1687, après la guérison de Louis XIV, c’est encore Charles Le Brun qui fut chargé des plans et du détail de la décoration : un livret distribué par l’Académie aux spectateurs décrivait toutes les peintures et publiait les inscriptions qui les accompagnaient : neuf grands tableaux et vingt quatre bas-reliefs feints furent créés pour la circonstance ; le temps de quelques heures, Le Brun mobilisa tous les arts à la gloire du Roi : l’Oratoire était devenu le Parnasse.

Au 18° siècle, tout en condamnant le théâtre, les Pères de l’Oratoire ne pouvaient empêcher que l’air du temps s’introduisît parfois sous les voûtes, et l’on adapta à l’église des airs de « Castor et Pollux » pour le repos de l’âme de J. Ph. Rameau ; à l’autre extrémité de l’Europe, c’est au nom d’un luthéranisme austère que les chanoines de Saint Thomas de Leipzig dénonçaient dans les oratorios de J.S. Bach des tournures trop proches du théâtre.

Aujourd’hui, dans le vide harmonieux de l’architecture, ce sont les Psaumes de Goudimel et de Claude Le Jeune qui accompagnent le culte ; quant aux concerts publics qui se donnent dans l’Oratoire du Louvre, ils s’inscrivent dans une tradition musicale qui, depuis les « Pères au beau chant », répond aux sentiments qu’inspirent les Ecritures aux compositeurs de tous les temps.

Philippe Braunstein 
extrait du livre du bicentenaire

 

Obsèques du chancelier Séguier en 1672 à l’Oratoire du Louvre, gravure de Leclerc d’après Le Brun

Obsèques du chancelier Séguier en 1672 à l’Oratoire du Louvre, gravure de Leclerc d’après Le Brun
Sur un plan carré, image de la perfection,
au centre, en bas : une statue figurant la province
les quatre personnages portant le cercueil évoquent les 4 vertus cardinales (Force, Justice, Tempérance et Prudence)
les quatre porteurs de flambeau représentent des morts couronnés de laurier portant des trophées d’arme.
l’ange au sommet porte les armes du chancelier

Pour en savoir plus :

 

 

Entre provisoire

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Entrée provisoire rue Saint Honoré

Le volume de l’Oratoire que nous voyons aujourd’hui était prévu dans les plans d’origine, mais n’a été atteint qu’en 1745. Au XVIIe siècle, il manquait à l’Oratoire son portail et les deux dernières travées. Un mur provisoire existait donc fermant le transept du côté de la future nef.

Ce mur a d’abord été assez biscornu, les maisons ayant été construites le long de l’enceinte de Philippe Auguste passant dans l’axe de l’Oratoire, en son milieu.

Du côté intérieur (ouest), des maisons n’ont pu être achetées qu’à la fin du XVIIe sicècle, bloquant la construction au niveau du transept.

Du côté extérieur de l’enceinte, la parcelle qui était à l’emplacement des fossés a été achetée par le père de Bérulle en même temps que l’hôtel du Bouchage, les fondations ont pu être avancées de ce côté jusqu’à la rue Saint Honoré (du côté de l’évangile). Une chapelle de plus du côté de l’épitre été construite. Mais la construction ne pouvant être achevée, il est probable que les Oratoriens ont construit sur cette parcelle un immeuble de rapport, laissant une entrée de l’Oratoire rue Saint Honoré par un petit passage.

Pour en savoir plus :

 

 

Le tableau de Coypel

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Le tableau de Coypel

Une œuvre formait l’un des ornements les plus étonnants de l’église : sur le mur provisoire, prenait place un gigantesque tableau de 13,2 mètres de hauteur et 10,5 de large ; il fut commandé en 1729 à Charles-Antoine Coypel (1694-1752), premier peintre du roi. Pierre-Jean Mariette dit qu’ « il s’y donna beaucoup de peine, il y mit tout ce qu’il savait faire » et en effet, la toile fut considérée comme son chef-d’œuvre. Coypel avait représenté un Ecce homo où il s’inspirait du Raphaël des Chambres du Vatican ; comme dans l’Ecole d’Athènes, il utilisa des portraits de ses amis pour les figures des personnages accompagnant le Christ. Une telle pièce jouait donc un rôle autant spirituel que décoratif, ses dimensions créant un effet illusionniste qui masquait l’inachèvement de l’église. Retiré lors de l’achèvement de l’église vingt ans plus tard et envoyé au Noviciat, rue d’Enfer, ce tableau aujourd’hui perdu est connu par une gravure de François Joullain d’après l’esquisse.

l’Ecce homo de Coyper

L’Ecce homo de Charles-Antoine Coypel, selon une gravure de François Joullain

Pour en savoir plus :

 

 

Lefvre d'taples Lefvre d'taples

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Jacques Lefèvre d’Étaples (v. 1455-1537)

Page de titre de la Bible de Lefebvre d’Etaples Bibl. d’Amiens
Page de titre de la Bible
de Lefebvre d’Etaples
( Bibiothèque d’Amiens )

Comme Calvin, Jacques Lefèvre d’Étaples est originaire de Picardie. Il est prêtre et enseigne à Paris. A partir de 1492, il voyage en Italie où il rencontre en particulier Pic de la Mirandole, qui était un philosophe extrêmement érudit, ayant étudié l’arabe, l’hébreu, l’araméen, ainsi que l’étude de la Bible avec des Kabbalistes juifs. Lefèvre commence ainsi à s’ouvrir aux idées humanistes, aux recherches bibliques nouvelles, la redécouverte des manuscrits originaux de la Bible.

Guillaume Briçonnet, abbé de St-Germain des Prés et évêque de Meaux, entreprend parallèlement une réforme interne du clergé visant à plus de rigueur et au développement d’une prédication plus proche des évangiles. Il accueille en 1507 Lefèvre d’Etaples pour former le "cercle ou cénacle de Meaux". Ce milieu des "Bibliens" (comme ils étaient appelés à l’époque) est protégé au début par François Ier influencé par sa sœur Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre.

Lefèvre publie en 1509 un commentaire des Psaumes comprenant une traduction en français, ainsi que des commentaires sur les épîtres de Paul. Ces travaux ont ouvert en France la voie à la démarche de foi protestante qui est très enracinnée dans l’étude et l’interprétation de la Bible.

Inquiété par la Sorbonne dès 1517, Lefèvre est protégé par le roi François 1er et surtout par sa sœur, Marguerite de Navarre.

En 1519 plusieurs centaines d’exemplaires d’un recueil écrit par Luther sont imprimés. Lefèvre d’Etaples et les docteurs de la Sorbonne lui font bon accueil, jusqu’à la désapprobation de Rome. Jacques Pauvant, un jeune clerc de l’évêché de Meaux, accusé d’avoir traduit des textes de Luther, est brûlé en place de Grève en 1525.

En 1530, François 1er et Marguerite de Navarre encouragent l’esprit humaniste en fondant le Collège des Lecteurs royaux (futur Collège de France) où vont être étudiées les langues bibliques anciennes (grec et hébreu) écartées de l’enseignement de la Faculté de Théologie de Paris (Sorbonne).

Lefèvre d’Étaples entreprend la traduction en français du Nouveau Testament, à partir de la Vulgate (en latin) mais avec quelques modifications effectuées d’après le texte grec. Le succès de cette traduction éditée à Paris en 1523 et 1525 est considérable. Mais il vaut à son auteur de nombreux ennuis de la part des docteurs de l’université de Paris qui, profitant de l’emprisonnement du roi François 1er firent condamner Lefèvre par le Parlement de Paris, le livre est brûlé, et le Parlement interdira finalement toute traduction de l’Écriture en français. Briçonnet est inquiété : il prend peur et se soumet. Le cénacle de Meaux commence à se disloquer en 1523. Il est dissout en 1525.

Le soutien de François 1er permet néanmoins à Lefèvre d’Étaples de reprendre ses travaux et de traduire l’ensemble de l’Ancien Testament. Cette traduction de la Bible en français paraitra cinq ans au moins avant la Bible d’ Olivétan (1535). Ne pouvant la publier à Paris, il la publie à Anvers avec le soutien des docteurs de l’université de Louvain. Avec des révisions successives, cette traduction va servir de référence en France pendant plus d’un siècle.

De plus en plus inquiété par les poursuite des opposants aux libres recherches bibliques, Lefèvre quitte Paris pour se réfugier à Strasbourg. Il finira ses jours à Nérac à la cour de Marguerite de Navarre. C’est là qu’il rencontrera Calvin.

Lefèvre était un esprit modéré, attaché à la Bible, mais il n’a jamais réellement rompu avec l’Eglise romaine. "Lefèvre est un réformiste sans jamais devenir un réformateur" (comme le dit Irena Backus). Au soir de sa vie, il aurait confié, en pleurs, à la reine Marguerite de Navarre qui l’interrogeait sur sa tristesse : " Madame,... comment pourrais-je subsister devant le tribunal de Dieu, moi qui ayant enseigné en toute pureté l’Evangile à tant de personnes qui ont souffert la mort pour cela, je l’ai cependant toujours évitée dans un âge même où bien loin de la craindre, je la devais plutôt désirer... "

Pour en savoir plus :

 

 

Jean Calvin Jean Calvin Jean Calvin Jean Calvin

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Jean Calvin (1509-1564)

Jean Calvin est né à Noyon en Picardie en 1509 d’un père notaire et conseiller juridique du diocèse de Noyon et d’une mère pieuse. Très jeune, destiné par son père à la prêtrise comme son frère aîné, il est pourvu d’un bénéfice qui le met à l’abri du besoin.

Un juriste qui passe à l’humanisme

Après des études sur place, il est envoyé à Paris au collège de la Marche puis à celui de Montaigu (où il est condisciple d’Ignace de Loyola). A la suite d’un différent entre son père et l’évêque de Noyon, son père décide de faire de son fils un juriste et Jean Calvin va étudier à Orléans puis à Bourges avant de revenir à Paris.

Ses études de droit terminées, il se tourne vers les lettres et se fait connaître dans le monde des humanistes par un excellent Commentaire du "De clementia" de Sénèque, rédigé en 1532 à l’âge de 23 ans.

Un humaniste gagné à la Réforme

Durant ses études de droit, il est en contact avec de nombreux "luthériens", professeurs ou étudiants. Cependant, dans un premier temps, il ne semble pas que le brillant étudiant qu’est Calvin se soit intéressé à autre chose qu’à ses études. Ce n’est qu’en 1534 qu’il passe brusquement à la Réforme, résilie son bénéfice et quitte la France après l’affaire dite "des Plaquards".

Sur sa conversion, brusque et définitive, il restera toujours discret quant à la manière dont elle s’est déroulée. Juriste et humaniste, sa soif de vérité est très forte et l’Eglise Catholique de l’époque, en pleine confusion, ne peut guère lui apporter de réponse. C’est finalement dans l’Ecriture qu’il trouvera la vérité qu’il recherche.

Sa seule ambition étant d’écrire, il se retire à Bâle où il publie son premier livre à caractère religieux en 1536 : l’Institution de la Religion Chrétienne, ouvrage qu’il retravaillera tout au long de sa vie au point de le faire passer de 6 chapitres - en 1536 - à 80 chapitres - en 1564. Ce livre le fait reconnaître d’emblée comme un brillant théologien de la Réforme.

Le théologien de la Réforme

Homme de la deuxième génération, il n’innove pas particulièrement. Mais ce juriste est un écrivain précis : il construit la théologie de la Réforme. L’Institution de la Religion Chrétienne comporte une théologie d’autant plus claire que c’est un ouvrage adressé à François 1er pour défendre les "évangéliques", "luthériens" et autres "bibliens" persécutés que le roi laisse envoyer au bûcher depuis l’affaire des Plaquards.

  • Sa théologie - comme celle de Zwingli - est enracinée dans une affirmation centrale : la souveraineté de Dieu qui s’exerce partout et sur toute sa création, humains compris.
  • Sa théologie est également enracinée - comme celle de Luther - dans une autre affirmation, corollaire de la première : l’homme n’est sauvé, justifié, que par la seule grâce de Dieu , par le moyen de la foi en Jésus-Christ.
  • Sa théologie est enfin enracinée dans une troisième affirmation qu’il partage avec Luther et Zwingli : l’autorité de la Bible est souveraine en matière de foi et de règle de vie. L’autorité de la Bible est placée au dessus de celle de l’Eglise.

Le théologien devient pasteur

Jean Calvin, au cours d’un déplacement à Genève y est retenu comme pasteur en 1536. Chassé de la ville en 1538 par le magistrat qui ne veut pas accepter la discipline ecclésiastique qu’il propose, Calvin se retire à Strasbourg où il exercera la charge de pasteur de la paroisse française de 1538 à 1541.

Pasteur de Genève et des réformés français

Rappelé en 1541 à Genève par les Genevois, il restera dans cette ville jusqu’à sa mort en 1564. Peu à peu, il va transformer la ville malgré l’opposition fréquente des magistrats. Il va alors mener de front un prodigieux travail d’écrivain (ouvrages de théologie, d’exégèse, de commentaires bibliques, de correspondances, etc ...), un travail de pasteur et un travail de fondateur d’un nouveau type d’homme : le calviniste.

Tout en assurant sa charge de pasteur de Genève, il va soutenir, par ses conseils, ses livres, ses encouragements, ses exhortations, les réformés français - ses compatriotes - pour lesquels il manifestera continuellement une grande sollicitude.

Un théologien européen

Mis à part le bref séjour de 1510 à Rome, Luther n’a jamais quitté l’Allemagne. De même, mis à part un déplacement à Marbourg en 1529, Zwingli n’a jamais quitté la Suisse. Jean Calvin, par contre, a beaucoup voyagé : en plusieurs régions de France, en Suisse, en Italie à Ferrare - auprès de René de France duchesse de Ferrare, en Allemagne également - assistant aux Colloques de Hagueneau, de Worms,ou celui de Ratisbonne tenu entre catholiques et protestants en 1541 à la demande de l’Empereur d’Allemagne.

Cette connaissance qu’a Calvin des principaux pays européens de son temps lui sera précieuse tout au long des nombreuses relations épistolaires avec les autres Réformateurs. En effet, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la plupart des Réformateurs du XVIe Siècle se connaissaient et s’étaient même rencontrés au moins une fois.

Calvin n’a bien sûr pas connu Zwingli mort avant son passage à la Réforme, et s’il n’a pas eu l’occasion de rencontrer physiquement Luther, les deux hommes correspondaient entre eux. Quant aux autres Réformateurs importants de l’époque, Calvin les a tous rencontrés à l’un ou l’autre colloque.

Un prodigieux écrivain

En traduisant son Institution de la Religion Chrétienne en français dès 1541, Calvin a contribué à fixer la langue française, alors en pleine évolution. Par ailleurs, cette traduction fait de l’ouvrage le premier livre de théologie systématique traduit en langue vernaculaire et non plus en latin. Incontestablement, il ouvre ainsi une ère nouvelle qui permettra à tous ceux qui savent lire de structurer et développer leur foi à partir de la bible ou d’ouvrages de théologie (et pas seulement de piété, comme auparavant).

Les écrits de Calvin, ouvrages de théologie, d’exégèse, de commentaires bibliques, de correspondances, etc ... sont très nombreux et font de lui un des écrivains les plus féconds et les plus variés du XVIe Siècle.

La mort du réformateur

La fin de sa vie sera attristée par les guerres de religions qui éclatent en France malgré ses avis contraires. Et au moment où il est enfin reconnu à Genève (il n’obtient le droit de bourgeoisie qu’en 1559), cette situation des réformés français le remplit de tristesse. En 1564, il s’éteint à Genève, entouré de ses principaux collaborateurs et amis au nombre desquels figure Théodore de Bèze qui lui succèdera à la tête de l’Eglise de Genève.

Pour en savoir plus :

 

 

Martin Luther Martin Luther

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Martin Luther (1483-1546)

Martin Luther est né en Saxe en 1483 dans une famille paysanne. À cette époque où la vie est si peu de chose, la seule mais très forte préoccupation spirituelle des Européens est de savoir comment être sauvé, c’est-à-dire comment échapper aux peines éternelles.

Une Eglise aux réponses insuffisantes

Tout ce que l’Eglise trouve alors à répondre aux angoisses de ses Fidèles c’est : "faites confiance à l’Eglise", "obéissez-lui", "confessez-vous aux prêtres", etc... Cela étant insuffisant, l’Eglise invente la doctrine du Purgatoire, puis la doctrine des Indulgences.

La quête désespérée d’un moine

Après des études qui le conduisent au grade de maître es Arts, Martin Luther, à la suite d’un serment fait à Sainte-Anne au cours d’un orage, entre au Couvent des Ermites de Saint-Augustin d’Erfurth en 1505 à 22 ans. Ordonné prêtre en Avril 1507, docteur en Théologie en 1512, il est alors nommé professeur de théologie à l’Université de Wittenberg en Saxe.

Homme de son temps, durant toutes ces années, il tremble devant Dieu et craint pour son salut. Ni l’Eglise, ni les théologiens n’arrivent à calmer l’angoisse permanente qui étreint ce moine fervent et scrupuleux.

Un théologien ébloui par la vérité

Travaillant la Bible pour préparer ses cours, Martin Luther redécouvre peu à peu que le Salut ne se monnaie pas, ne se mérite pas, mais qu’il est accordé gratuitement par Dieu à celui qui croit en Jésus-Christ. Ebloui et libéré intérieurement, il commence dans ses cours à enseigner le salut gratuit.

Un théologien seul face à son Eglise

Au nom de la gratuité du salut, le théologien Luther s’oppose de toutes ses forces à la vente des Indulgences que délivre le pape aux pénitents. Le 31 Octobre 1517, il affiche sur la porte de l’Eglise de Wittenberg ses "95 Thèses sur les Indulgences". Le procédé, normal pour l’époque, ne choque personne. Par contre, les Thèses s’en prenant indirectement au pape sont, elles, très violemment attaquées par les partisans de celui-ci.

Un chrétien rejoint par des millions d’autres chrétiens

La Bonne Nouvelle se transmet comme une traînée de poudre dans toute l’Europe : Dieu offre gratuitement le salut et la paix intérieure à ceux qui croient en Jésus-Christ. Plus besoin d’argent pour acheter des Indulgences pontificales pour soi-même ou les siens. Plus besoin d’Indulgences du tout. Plus besoin d’être riche ou influent pour échapper aux peines éternelles. Quelle libération spirituelle pour tous ces gens obsédés par la mort et la damnation. Mais aussi quel manque à gagner pour l’Eglise d’Occident à bout de souffle.

La réaction des Autorités civiles

Après de nombreux débats entre théologiens, la nouvelle doctrine occasionnant quelques troubles, l’Empereur d’Allemagne, Charles-Quint, convoque Luther en 1521 devant la diète de l’Empire à Worms. L’Empereur accorde un sauf-conduit au théologien pour qu’il puisse se rendre à cette convocation en toute sécurité.

Martin Luther s’y rend, prêt au sacrifice, en effet, juste un siècle plus tôt en 1415, le pré-réformateur Jean Hus se rendant au Concile de Bâle avec un sauf-conduit de l’Empereur d’Allemagne a, néanmoins, été arrêté, jugé et brûlé vif. Quant au franciscain Savonarole, cela fait à peine 20 ans qu’il a été exécuté à Florence.

Luther y soutient fermement sa façon de penser : "À moins d’être convaincu par le témoignage de l’Écriture et par des raisons évidentes - car je ne crois ni à l’infaillibilité du pape ni à celle des conciles (il est manifeste qu’ils se sont souvent trompés et contredits,) je suis lié par les textes bibliques que j’ai apportés, et ma conscience est liée par la Parole de Dieu. Je ne puis ni ne veux rien rétracter, car il n’est ni sûr ni salutaire d’agir contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide. Amen."

Mis au ban de l’Empire, Luther doit s’enfuir sous la protection de l’Electeur de Saxe. Semi-prisonnier au château de la Wartbourg pendant 9 mois, il en profite pour traduire la Bible en Allemand contribuant ainsi à fixer pour la première fois la langue allemande.

signature de Martin Luther

La réaction des Autorités religieuses

Martin Luther, dans ses débats avec les théologiens mandatés par la papauté se retranche derrière la seule autorité qu’il peut opposer au pape et même mettre au dessus de celui-ci, c’est-à-dire l’autorité de la Bible. En agissant ainsi, il contraint le pape, soit à se démettre, soit à l’excommunier. C’est la seconde solution que choisit le pape qui publie une bulle d’excommunication à l’encontre de Luther dès le 3 Janvier 1521.

Les conséquences de l’excommunication de Luther

Cette terrible erreur de jugement du pape et de ses conseillers fait basculer la moitié de la chrétienté occidentale dans le camp de Luther. La déchirure, dramatique, va générer plusieurs siècles de conflits théologiques, de persécutions et de guerres religieuses d’une brutalité inouïe laissant sur leur passage d’innombrables cadavres et décombres.

La vie d’un théologien excommunié

Désormais Martin Luther va mener un combat incessant contre la papauté, essentiellement par la plume. Ses très nombreux écrits qui, pour la plupart, sont des ouvrages de circonstance, précisent sa doctrine et la développent.

Luther s’éteint en 1546 quelques mois après le début du concile de Trente.

Pour en savoir plus :

 

 

Amiral de Coligny Amiral de Coligny Amiral de Coligny Amiral de Coligny Amiral de Coligny Amiral de Coligny Amiral de Coligny Amiral de Coligny Amiral de Coligny

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Amiral Gaspard de Coligny ( 1519 - 1572 )

Né en 1519 , à Chatillon-sur-Loing, il est le fils de Gaspard de Coligny dit le maréchal de Châtillon et de Louise de Montmorency. Ses frères Odet dit le cardinal de Châtillon et François, seigneur d’Andelot, se convertiront également au calvinisme.

Attaché au service d’Henri II, il devient amiral de France en 1552.

Nommé gouverneur de Picardie, il défend Saint-Quentin, assiégé par les Espagnols en 1557 et leur barre la route de Paris, mais il doit se rendre après une belle résistance.

Durant sa captivité dans les Flandres, François d’Andelot, un de ses frères, lui fournit les «livres de Genève» (c’est à dire la Bible, et peut-être quelques livres de Calvin) et après de longues méditations, il deviendra protestant en 1559.

En tant qu’amiral, Coligny a favorisé les projets de création de colonies sur les côtes du Brésil et sur les territoires du Saint-Laurent, mais les quelques tentatives d’établissement n’ont pas reçu le soutien de la Cour et n’ont pas été poursuivies.

Il devient le chef du parti protestant à partir de 1561, prépare le colloque de Poissy, prend part aux batailles de Dreux (1562) et de Saint-Denis (1567).

Après la mort du prince Louis de Condé à Jarnac en 1569, il devient général en chef de l’armée protestante : vainqueur à Arnay-le-Duc en 1570, il revient à la Cour de Catherine de Médicis après la paix de Saint-Germain en 1570.

Il a une grande influence sur Charles IX, lui conseille d’intervenir aux Pays-Bas, mais Catherine de Médicis et les chefs catholiques conduits par les Guises s’opposent à cette intervention. Ils organisent un attentat contre Coligny qui sera blessé le 22 août 1572 (rue des Fossés St-Germain entre le Louvre et St-Germain l’Auxerrois), puis assassiné et défénestré, rue de Béthisy (dans l’hôtel de Rohan-Chabot, disparu comme la rue de Béthisy, lors du percement de la rue de Rivoli, au niveau du 136. Une plaque a été apposée de manière erronée au 144).

Le 24 août 1572, Les chefs huguenots étaient rassemblés à Paris pour assister au mariage d’Henri de Navarre avec Marguerite de Valois ; le signal de la Saint-Barthélemy fut donné par les cloches du Louvre suivies du tocsin de St-Germain l’Auxerrois...

Son tombeau se trouve aujourd’hui dans les jardins du château de Châtillon-Coligny.

Le monument de l’amiral Gaspard de Coligny

L’important monument d’une hauteur totale de 10 mètres, en hommage à l’amiral de Coligny, situé au chevet de l’église de l’Oratoire, visible à travers les grilles du N°160 de la rue de Rivoli est l’œuvre de l’architecte Scellier de Gisors et du sculpteur Gustave Crauck.

Il a été réalisé grâce à une souscription nationale à laquelle ont participé des catholiques et des protestants dans le cadre d’une réconciliation.

Les évènements tragiques de l’assassinat de Coligny et de la Saint-Barthélémy qui se sont déroulés à proximité ont justifié le choix de l’emplacement du monument.

Le monument a été inauguré le 17 juillet 1889 pour le centenaire de la Révolution Française.

Pour en savoir plus :

 

 

Henri IV Henri IV Henri IV

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Henri IV (1553-1610)

Henri né au château de Pau en 1553, est le fils d’Antoine de Bourbon, premier prince du sang du Royaume de France, et de Jeanne d’Albret (1528-1572), qui devient reine de Navarre en 1555 à la mort de son père. Jeanne d’Albret choisit de devenir protestante en 1560.

Henri est placé en 1560 à la cour de France, il y restera jusqu’en 1567 (il avait 14 ans).

L’année suivante, à 15 ans il fait ses premières armes en 1568 en participant avec le parti protestant à la troisième guerre de religion qui se déroule principalement en Poitou, en Saintonge et en Guyenne et qui sera marquée par la victoire des catholiques à Jarnac (13 mars 1569)

En 1572, à la mort de sa mère, il devient roi de Navarre, et il est marié à Marguerite de Valois (la Reine Margot). Ce mariage entre le roi de Navarre protestant et la sœur catholique du Roi de France était un geste fort de réconciliation. Ce mariage, célébré le 18 août 1572 à Notre Dame de Paris sera appelé les « noces de vermeilles ». Henri IV, protestant, ne peut entrer dans l’église Notre Dame pour participer à la messe de mariage et il reçoit la bénédiction sur le parvis. les catholiques extrémistes, mais aussi des conspirateurs politiques profitent de la présence d’à peu près tous les nobles protestants de France et de Navarre, venus assister au mariage d’Henri, pour organiser un massacre au cri de « tuez les tous ». Le 24 août, la cour carrée du Louvre, les rues de notre quartier et même la Seine étaient rouges (vermeilles) du sang des personnes massacrées en ce jour de la Saint-Barthélémy.

Epargné comme prince du sang, Henri de Navarre est contraint à l’abjuration et il est retenu prisonnier à la cour. En 1576, après plus de trois ans, il parvient à s’échapper et il retourne dans sa Navarre et revient au protestantisme. Il s’installe avec sa cour au château de Nérac, demeure familiale dans le duché d’Albret.

Il prend la tête du parti protestant en 1580 lors de la 7e guerre de religion. Après la conquête de Cahors, dont il épargne les habitants, les troubles civils s’apaisent provisoirement et au mois d’août est signée la convention du Fleix.

En 1584, la mort de François d’Anjou, fait en principe d’Henri de Navarre l’héritier de la couronne de France. Cela fait évidemment enrager les Guises qui défendent d’autres intérêts, une alliance avec l’Espagne et les pays catholiques. « La Ligue » est constituée avec pour objectif de tout faire pour éviter que ce roi hérétique prenne la couronne de France.

La Ligue menace le pouvoir du roi Henri III, il est contraint à quitter Paris le 12 mai 1588, il fait assassiner le duc de Guise et son frère le cardinal de Lorraine. Henri III se rapproche de Henri de Navarre pour qu’ensemble, à la tête de leurs armées, ils puissent reconquérir Paris qui est au mains des ligueurs. Leurs armées entrent dans Paris, mais Henri III est assassiné, non sans avoir confirmé encore une fois Henri de Navarre comme l’héritier du trône de France.

Henri IV hérite d’un royaume ruiné, divisé, et plus ou moins aux mains des Espagnols. En mars 1590, la fameuse bataille d’Ivry (où Henri IV aurait dit « ralliez-vous à mon panache blanc ») ouvre la voie de la reconquête de Paris.

La reconversion d’Henri IV au catholicisme en 1593 et son sacre à Chartres le 27 février 1594 provoquent un grand choc parmi les protestants mais facilitent le ralliement des catholiques. Le roi entre triomphalement dans Paris trois semaines après le sacre, le 22 mars 1594. Il lui faut encore mettre fin à la Ligue, et pour cela, chasser les Espagnols du Royaume, ce qu’il arrive à faire l’année suivante, en 1595.

La paix religieuse : l’Édit de Nantes

C’est à Nantes, le 13 avril 1598, qu’est signé après d’amples négociations, l’édit qui va permettre de rétablir la paix religieuse dans le Royaume par le moyen d’une plus grande liberté. Une telle liberté religieuse dans un Royaume était quelque chose de très nouveau à l’époque. Henri IV devra imposer cet édit aux Parlements qui étaient très réticents. Il s’adresse ainsi au Parlement de Paris : « … Je vous prie d’enregistrer l’édit que j’ai accordé à ceux de la religion… je suis roi maintenant et parle en roi et veux être obéi… Faites seulement ce que je vous commande ou plutôt ce dont je vous prie. Vous ne le ferez pas seulement pour moi, mais aussi pour vous et pour le bien de la paix… Il ne faut pas faire de distinction de catholique et de huguenot (protestant), mais il faut que tous soient bons Français… Je suis roi et berger qui ne veux répandre le sang de mes brebis, mais les veux rassembler avec douceur et non par force… »

 La paix aux frontières et la paix à l’intérieur des frontières permettent le redressement des finances sous l’impulsion du ministre Sully, protestant, nommé dès 1595. Cette paix favorise l’agriculture, l’élevage, une industrie naissante. Des ponts, des routes, des canaux sont construits. Concernant son palais, Henri IV entreprend à Paris d’importants travaux d’architecture et d’urbanisme, parmi lesquels ce que l’on a appelé « le grand dessein » qui concerne le Louvre.

Henri IV donna donc à la France l’Édit de Nantes, formidable geste de réconciliation, assurant une certaine liberté de conscience. L’Oratoire du Louvre, construit quelques années après, s’inscrit bien dans cet esprit. Le Cardinal de Bérulle voulait certes contrer la réforme protestante avec cet Oratoire, mais il voulut le faire par l’intelligence, par une théologie en dialogue avec la culture, par la formation des petits et des grands et non plus en tuant des frères.

Ce geste de paix, Henri IV le payera de sa vie sous les coups d’un fanatique, à deux pas de l’Oratoire. Ce geste de paix sera trahi par Louis XIII et Louis XIV et leur violente intolérance religieuse. L’ironie de l’histoire fait que l’Oratoire du Louvre, leur propre chapelle royale est devenue un temple protestant en 1811.

A la fin du 16e siècle se trouvait à la place qu’occupe l’Oratoire une belle demeure, l’hôtel de Bouchage, jouxtant le palais du Louvre. En 1594, la propriété fut louée par Henri IV pour y loger Gabrielle d’Estrées, célèbre pour son extraordinaire beauté, et une des maîtresses préférées de Henri IV. 

Pour en savoir plus :

 

 

Cardinal de Brulle Cardinal de Brulle Cardinal de Brulle Cardinal de Brulle

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Pierre de Bérulle

Né en 1575, mort en 1629, après avoir fondé l’Oratoire en 1611 et été ordonné cardinal en 1627, Bérulle est un homme du Concile de Trente (1545-1563) et de la Contre- Réforme, dont le but fut à la fois de réformer l’Eglise catholique et d’endiguer le protestantisme.

Issu d’un milieu parlementaire lié au chancelier Séguier, ayant grandi dans le Paris de la Ligue, formé par les jésuites au Collège de Clermont (Louis Le Grand), Bérulle hésita à entrer dans la Compagnie, mais celle-ci fut expulsée en 1594 après l’attentat contre Henri IV par l’un de leurs élèves : Jean Chastel . Bérulle poursuivit ses études à la Sorbonne et fut ordonné prêtre en 1599

En même temps, il faisait montre d’une grande précocité spirituelle, favorisée par l’influence des Capucins, des Chartreux, et de sa propre cousine Madame Acarie, qui tenait salon à Paris et qui bénéficiait de profondes expériences mystiques. Le premier ouvrage de Bérulle sera d’ailleurs : Bref discours de la perfection intérieure.

Bérulle mènera de front deux types d’activité : l’accompagnement spirituel et la controverse. En 1600 il participe à la Controverse de Fontainebleau qui oppose le Cardinal du Perron à Duplessis-Mornay. En 1609 il polémique lui-même contre le Pasteur Dumoulin.

Sur le plan spirituel sa première œuvre sera d’introduire en France le Carmel réformé par Sainte Thérèse d’Avila en 1584. Fascinés par l’œuvre espagnole, les dévots français – le cercle Acarie- affirment que la réforme doit être spirituelle avant d’être institutionnelle. Bérulle obtiendra d’Henri IV la permission et les moyens d’installer des carmélites espagnoles en France en leur donnant mission de former les futures carmélites françaises. En octobre 1604, six religieuses arrivent au couvent de l’Incarnation, et à la mort de Bérulle 42 carmels auront été fondés .

Sa deuxième création est la fondation de la congrégation de l’Oratoire.

A la suite du Concile de Tente s’est mise en route une profonde réforme du clergé séculier, très mal formé au 16ème siècle par manque de séminaires. Même au 17ème siècle, le séminaire n’aura les moyens humains et financiers de fonctionner qu’à partir de 1640. Conscient des faiblesses théologiques et spirituelles du clergé, Bérulle travaille d’abord modestement, en regroupant quelques prêtres en communauté de façon à les former et à les mettre à disposition des évêques. Il a pour modèles d’enseignement les jésuites, les oblats de Saint Ambroise, et Philippe de Néri, le fondateur de l’Oratoire romain.

Cet admirateur de Savonarole, né à Florence en 1515, monta à Rome où il fut profondément frappé par le nombre de personnes désœuvrées. Il eut l’idée de les inviter à former une sorte de groupe de prière qu’on appela l’Oratoire. A la demande du pape, Philippe de Néri fut ensuite ordonné prêtre pour encadrer le mouvement. Mais l’Oratoire resta toujours placé sous une double autorité : celle de l’évêque, et celle du supérieur de la congrégation.

L’Oratoire est introduit à Thonon par François de Sales, ami de Bérulle. Et en 1611, celui-ci fonde l’Oratoire de France à l’hôtel du Petit Bourbon, vers l’actuel Val de grâce. L’expansion est très rapide si bien qu’à la mort de Bérulle 50 maisons auront vu le jour, les premières à Dieppe, à la Rochelle, à Saumur…avec parmi leurs objectifs de lutter contre l’influence du protestantisme, les principaux étant l’éducation, la mission, les hautes études.

En 1616, l’Oratoire s’installe à l’hôtel du Bouchage, tout près du Louvre afin de se rapprocher du pouvoir royal. En effet, la réforme doit se faire par le haut. Les travaux commencent en 1621. Et pendant tout l’Ancien Régime cette maison aura un rôle de premier plan en tant que foyer liturgique et lieu de prédication. Les oratoriens, qu’on surnomme “ les pères aux beaux chants ” possèdent une belle bibliothèque, avec beaucoup de manuscrits orientaux. Bérulle a même eu le projet d’éditer une Bible polyglotte.

Mais ce fondateur fut également un homme politique, lié à Marie de Médicis, aumônier d’Henri IV , et chef du parti dévot à partir de 1620. Mais un conflit l’opposa à son ami Richelieu dans les années 1628-1629 : par réalisme politique, Richelieu décida de composer avec les protestants, et il fut soutenu par Louis XIII., ce qui signifia la défaite de Bérulle et du parti dévot.

Cette implication dans les affaires de son temps ne l’empêcha pas d’être avant tout un grand spirituel, qui vécut dans l’évidence et l’adoration de Dieu. Bérulle développa un vrai christocentrisme : son Dieu est celui de l’incarnation, de l’ abaissement, tels que l’exprime la confession de foi de l’épître aux Philippiens au ch 2, versets 5-11. L’enfant Jésus tenait d’ailleurs une grande place dans la dévotion du XVIIe siècle. En tant que maître spirituel, Bérulle s’interrogea sur les liens unissant le chrétien à Jésus : lien sacramentel de l’Eucharistie, vœu de servitude à Jésus, proposé aux carmélites et aux oratoriens, et adhésion mystique aux états de Jésus par la prière. Il inventa d’ailleurs une méthode pour prier : garder Jésus sous les yeux, dans le cœur, et dans les mains. C’est cette spiritualité qu’il proposait aux prêtres et qui est à la base de ce que l’on appelle “ l’école française de spiritualité ”, laquelle marquera beaucoup Saint Sulpice et tous les prêtres français jusqu’à nos jours. Mais Bérulle tenait à rappeler aux prêtres qu’ils étaient d’abord des baptisés, et que le lieu de leur sanctification est le ministère qui leur est confié.

Bérulle, cet homme petit, doux, onctueux même, autoritaire et très secret, a marqué la spiritualité française bien au-delà de son époque, de par ses fondations mais aussi de par ses convictions spirituelles. Il a façonné un certain type de prêtre et de chrétien : le catholique dévot. Une belle figure en est Saint Vincent de Paul, qui fonda les lazaristes pour les pauvres ; un exemple moins édifiant en est le Tartuffe immortalisé par Molière….

Pour en savoir plus :

 

 

Jaques Lemercier Jaques Lemercier

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Architectes de la construction de l’Oratoire

Le plan de l’église, un rectangle sans transept saillant et un chœur, est de Clément Métezeau, architecte du roi. Jacques Lemercier, qui succède à Métezeau dès 1624, est le créateur inventif de toutes les élévations, extérieures et intérieures et de l’ensemble du décor.

Jacques Lemercier (1585-1654)

Jacques Lemercier appartient à une famille d’architectes et de maîtres-maçons de Pontoise, déjà bien établie en Île-de-France dès le XVIe siècle. Son grand-père, Pierre Le Mercier, et son père, Nicolas Le Mercier, ont dirigé les grands chantiers de Pontoise (Saint-Maclou, Notre-Dame).

Jacques suit une longue formation à Rome (sous Henri IV) et en revient avec une collection de gravures, et l’Oratoire garde les marques de cette expérience romaine. Il est de retour en France en 1612 et construit un couvent près de Meaux, des ponts, un amphithéâtre de médecine...

Nommé architecte du roi en 1615, au service de la reine-mère, Marie de Médicis, au Louvre et au Luxembourg, il entreprend en 1624 les grands travaux du Louvre, doublant la façade de Lescot au-delà du pavillon de l’Horloge. Les travaux arrêtés en 1626 reprennent en 1639. Jacques Lemercier est alors nommé premier architecte du roi ; il donne des dessins pour la façade est du Louvre et le décor de la Grande Galerie que devait peindre Poussin (1641).

Jacques Lemercier sera également l’architecte du cardinal de Richelieu (palais Cardinal, ville et château de Richelieu, chapelle de la Sorbonne, etc.).

Outre ses qualités d’architecte, il est également urbaniste, décorateur et dessinateur de jardins.

Pour en savoir plus :

Clément Métezeau (1581 - 1652)

Jacques-Clément Métezeau est issu d’une vieille famille d’architectes de Dreux, évoquée dans les archives pour ses réalisations monumentales dès 1515. Clément a deux frères, Louis, l’aîné est architecte du roi depuis 1595-1596, le second Paul, devient un oratorien réputé.

Dès 1608, Clément Métezeau travaille lui-aussi comme architecte auprès de son frère aîné. Ils occupent tous les deux un logement au numéro 6 des Galeries basses du Louvre. Louis Métezeau peut se vanter d’avoir conçu la galerie du Louvre au bord de la Seine, puis la place Dauphine, et enfin, la place Royale entre 1604 et 1612 (renommée place des Vosges en 1800). Clément Métezeau est probablement le concepteur de la Place Ducale à Charleville Mézières, qui ressemble à une petite place des Vosges.

En 1611, Clément Métezeau séjourne à Florence, envoyé par Marie de Médicis, pour étudier le Palais Pitti.

En 1623, donc, Clément Métezeau dresse les premiers plans de l’Oratoire, mais il cède presque immédiatement la place à Jacques Lemercier, avant de reprendre un rôle dans la construction entre 1624-1627.

En hiver 1627 jusqu’à l’été 1628, Clément Métezeau dirige la construction de la digue de La Rochelle destinée à empêcher les protestants de cette ville de recevoir du secours de l’Angleterre. 4000 ouvriers travaillent sur le chantier. Après un an de blocus, la population de La Rochelle qui était estimée à 25000 habitants est réduite à 6000.

Clément Métezeau meurt au Louvre, au logement n°16, le 28 novembre 1652 et est inhumé dans l’église Saint-Paul.

Pour en savoir plus :