Marie de Magdala – apôtre des apôtres

Jean 20:11-18

Culte du 8 mars 2020
Prédication de Martin Germer

Vidéo de la partie centrale du culte

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Chers amis, chers sœurs et frères !

On m'a demandé de prêcher sur un récit de vocation biblique. Et comme nous som­mes aujourd'hui le 8 mars, Journée internationale de la femme, il apparaît comme une évidence de choisir une histoire dans laquelle une femme est appelée en témoin du Seigneur. Cette tâche je l'ai acceptée avec plaisir. Et je considère comme un grand honneur que vos deux pasteurs me l'aient confiée en tant que collègue masculin.
L'histoire se trouve dans l'Evangile de Jean au chapitre 20 :

11 Cependant, Marie (de Magdala) se tenait dehors près du tombeau (de Jésus) et pleurait. Tout en pleurant, elle se pencha pour regarder dans le tombeau, 12 et elle vit deux anges habillés de blanc assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l'un à la tête et l'autre aux pieds. 13 Ils lui dirent : «Femme, pourquoi pleures-tu?» Elle leur répondit : «Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où ils l'ont mis.» 14 En disant cela, elle se retourna et vit Jésus debout, mais elle ne savait pas que c'était lui. 15 Jésus lui dit : «Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu ?» Pensant que c'était le jardinier, elle lui dit : «Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis et j'irai le prendre.» 16 Jésus lui dit: «Marie!» Elle se retourna et lui dit en hébreu :«Rabbouni!», c'est-à-dire maître. 17 Jésus lui dit : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père, mais va trouver mes frères (et mes sœurs) et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.» 18 Marie de Magdala alla annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur et voici ce qu’il m’a dit. » (Traduction suivant la Second 21, Société Bibliaue de Genève, 2007 – avec des modifications dans les VV. 17f.)

Oui, chers amis, voilà non seulement une des plus belles histoires pascales, mais voilà en même temps un véritable récit de vocation ! Marie Madeleine, comme elle est nommée couramment, Marie originaire de Magdala est la toute première à qui Jésus s'est montré après sa mort et sa résurrection. Et dès qu'elle le reconnaît, elle obtient la mission de faire circuler le message de sa résurrection. Connaîtrions-nous une vocation encore plus importante parmi les chrétiens ?

Cependant ce récit de la vocation de Marie de Magdala ne se résume pas à lui-même. Il a des implications de grande portée. Il s'agit également de savoir quel rôle les femmes ont joué parmi ceux qui ont suivi Jésus et quelle importance elles avaient pour la formation de la foi dès le début du christianisme.

Un texte de l'apôtre Paul montre à quel point cela est important. Dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, il énumère, dans une partie vraiment centrale, ceux qui ont vu Jésus ressuscité des morts. Écoutons-le, chapitre 15 :

3 Je vous ai transmis avant tout le message que j'avais moi aussi reçu : Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures ; 4 il a été enseveli et il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures. 5 Ensuite il est apparu à Céphas (c. a. d. à Pierre), puis aux douze. 6 Après cela, il est apparu à plus de 500 frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants et dont quelques-uns sont morts. 7 Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. 8 Après eux tous, il m'est apparu à moi aussi, comme à un enfant né hors terme. 

L’avez-vous remarqué ? Paul, lui, ne parle que des hommes ! Il semble n'avoir jamais entendu parler de Marie de Magdala. Et ceci est d’autant plus surprenant qu’il n'était pas du genre à mépriser les femmes. Dans sa lettre aux Galates il a souligné que, dans la communauté chrétienne, la différence entre les femmes et les hommes ne devrait avoir aucune signification. Dans sa lettre aux Romains, il salue une certaine Junia, qui selon lui était célèbre parmi les apôtres, puis d'autres femmes occupant des postes de direction.

Alors pourquoi donc Paul ne mentionne-t-il pas Marie de Magdala comme témoin de la résurrection ? N'avait-t-il vraiment jamais entendu parler d'elle ? C'est un mystère dont je ne connais pas la réponse.

Mais je veux d’autant plus confirmer que c'est tout-à-fait différent dans les quatre évangiles. Marie de Magdala s’y trouve partout. Et nous la rencontrons dans les con­stellations les plus importantes : avec Jésus sur la croix, puis face à sa tombe, et surtout après sa résurrection.

Pour commencer avec la mort de Jésus sur la croix : Tous les Évangélistes parlent d'un groupe de femmes qui ont eu le courage et la force d'y rester jusqu'à la fin. Et presque tous mentionnent expressément Marie de Magdala ! L'évangéliste Marc nous rappelle en outre que ces femmes, qui ont tenu bon avec Jésus jusqu'à la fin, l'avaient suivi depuis longtemps. En Galilée déjà et ensuite aussi sur le chemin vers Jérusalem. Ainsi, déjà de son vivant, il n’y avait pas seulement des hommes, mais également des femmes autour de Jésus. Et là aussi Marie de Magdala jouait déjà un rôle très important.

Il n'est donc pas étonnant qu'elle soit aussi parmi les femmes qui ont accompagné le corps de Jésus jusqu’à son tombeau. Tandis que les disciples masculins avaient dû s’enfuir et se cacher déjà lors de son arrestation. Et quand deux jours après, à l'aube après le sabbat, les femmes se rendent au tombeau à la première heure pour oindre le corps de Jésus, c’est de nouveau Marie de Magdala qui se trouve parmi elles et dont nous trouvons le nom dans les récits bibliques.

Arrivées au tombeau, les femmes rencontrent des anges. Ceux-ci leur disent : « Il n'est pas ici, il est ressuscité, comme il vous l'a dit. » Et que c’est à elles d’annoncer cela aux disciples. Cependant ce qui s’ensuit, chacun des évangélistes le raconte différemment. Chez Marc, tout cela est tellement incompréhensible pour les femmes et elles ont tellement peur qu'elles n'osent en parler à personne. Chez Luc, les femmes essaient de le raconter aux disciples masculins. Mais ceux-ci le tiennent pour un conte de fées ; il faut que Pierre lui-même rencontre le Seigneur ressuscité pour que la nouvelle réalité puisse lentement pénétrer dans la conscience collective.

Toute autre chose dans le récit que nous venons d’entendre, dans l’Évangile de Jean. Cet évangéliste nous présente une femme tout-à-fait au premier plan. Seulement au début Marie avait emmené deux de ses camarades masculins car elle craignait que le corps de Jésus n'ait été volé. Mais ces disciples n’ont pas compris ce que le tombeau vide pourrait signifier pour eux. Ils retournent vers les autres sans rien dire. Marie reste toute seule devant le tombeau. Tout en pleurant.

Et c’est le moment où le Ressuscité se montre à elle, à elle tout en premier. Cependant elle ne le reconnaît pas. Chose assez surprenante : elle le prend pour le jardinier ! Et, drôle d’idée, elle le soupçonne en plus d’avoir emporté le corps de Jésus !

Pour comprendre cela il faut savoir que l’évangéliste Jean aime raconter de tels malentendus et confusions pour exprimer des vérités plus profondes.

Donc, ici aussi : La résurrection de Jésus ne doit pas être imaginée de telle manière qu'il soit simplement parti deux jours, dans la mort et dans la tombe, et qu’après cela, il en soit ressorti comme avant. La résurrection est quelque chose qui ne peut pas du tout être appréhendée par les catégories normales. Jésus ressuscité se présente d’une manière complètement différente du Jésus sur Terre.

Vu cela, Marie réagit d’abord d’une façon bien normale. Elle cherche une explication qui soit compatible avec ses expériences quotidiennes. Beaucoup de gens auraient réagi comme elle, face à une expérience tellement bouleversante. Marie se tient donc ici de manière exemplaire pour tous ceux qui, au début, ne pouvaient pas comprendre ce qui s’était passé.

Ses larmes aussi représentent une réaction tout-à-fait compréhensible. Selon Jean, Jésus lui-même aurait également pleuré, par exemple devant la tombe de son ami Lazare. Et ici, ça donne l’occasion d’appeler Marie deux fois : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Marie ne répond pas. Mais chaque lecteur, chaque lectrice pourrait imaginer une réponse à sa place : « Je pleure sur le fait qu'avec lui, tous nos espoirs sont morts. Je pleure pour notre monde où quelque chose de si terrible se produit toujours de nouveau. Je pleure pour moi-même étant entièrement perdue. »

Marie cependant, au lieu d’exprimer son chagrin profond, elle parle de son irritation momentanée : « Ils ont enlevé le Seigneur de la tombe, et je ne sais pas où ils l'ont mis. » Je ne peux même pas lui rendre ce dernier service. Cela m'aurait donné un peu plus de soutien, mais même de cela on m’a privée. Voulant se précipiter pour aller chercher le corps, elle tombe dans l’actionnisme. Et avec ça elle représente à nouveau nous tous, notre tendance de nous écarter de nous-même en voulant du moins agir d’une façon ou d’une autre, quelle qu’elle soit.

C’est à ce moment-là que Jésus lui dit : « Marie ! » Et cette forme d'adresse très personnelle est peut-être la seule qui puisse l’interrompre : « Marie ! » Enfin elle est atteinte tout directement. Et voilà ce qu’il faut aussi pour nous, pour que la vérité et la réalité de la résurrection puissent atteindre nos cœurs : que nous nous trouvions personnellement interpellés ; que nous ressentions comment cela transforme quelque chose en nous ; que nous redevenions calmes et retrouvions la paix.

En représentante de nous tous, Marie peut dire à ce moment : « Rabbouni ! » « Maître ! » Enfin elle arrive à reconnaître le Seigneur en cet homme en face d’elle. En entendant son propre nom elle reconnaît son maître Jésus qu'elle avait suivi depuis si longtemps et de qui elle avait appris tant de choses.

Mais lorsque cette reconnaissance s’est établie en Marie, elle agit à nouveau d’une manière très humaine : elle essaie de s'accrocher à Jésus et de le retenir près d’elle. Mais le maintien de ce qui a existé auparavant n'est pas la voie qui mène à la foi. Jésus est en route vers le Père, afin que tout le monde puisse se reconnaître en Lui comme fils et filles de Dieu. C'est de cela qu'il s'agit maintenant ! Ce n’est pas une affaire seulement entre lui et elle ou entre lui et le groupe de ses disciples d’avant. Alors Jésus dit à Marie : « Ne me touche pas ! »

Et elle l’accepte. Sa mission est maintenant de se mettre de nouveau en route. Elle doit aller voir les frères et sœurs et leur dire : « Il vit ! Il est maintenant sur ce chemin vers Dieu, par lequel son Père veut aussi devenir le Père de nous tous. »

Voici sa vocation désormais. « J'ai vu le Seigneur », dit-elle aux disciples. Ce sont les mots classiques de la Confession pascale. Paul en parle aussi dans son énumération des témoins de la résurrection. « Et voici ce qu'il m'a dit », ajoute-t-elle. Ce qu’elle a vécu, au-delà des malentendus, elle va maintenant le transmettre aux autres.

Et ici dans l'évangile de Jean, ce message de Marie va être entendu et compris ! Le soir du même jour, Jésus viendra aussi vers les autres disciples. Et il les trouvera bien préparés grâce à Marie. Les aberrations qu’elle a d'abord connues, elles ne seront plus nécessaires pour les autres. Lorsque le Ressuscité leur parle et leur montre ses stigmates, ils le reconnaîtront tout de suite – et avec beaucoup de joie.

Ainsi, Marie, ce tout premier témoin du Ressuscité selon l'Évangile de Jean, est devenue "l'apôtre des apôtres". Déjà au IIIe siècle, on lui a accordé ce titre pour la première fois. Et il y a quelques années seulement, dans l’Eglise catholique, chez nos frères et sœurs dans la foi, cela est devenu son titre officiel. Sous le pape François, la Congrégation pour le Culte Divin lui a décerné ce titre honorifique en 2016. Mais on raconte aussi dès le Moyen Age, selon la Légende Aurea, qu’elle serait venue en France comme missionnaire de la Provence.

Cependant, je l'ai déjà laissé entendre : ce récit de la vocation dans l'Évangile de Jean est plein de symbolisme. On pourrait aussi dire : c'est un récit très stylisé. Et on sait qu’il a été fixé par écrit un demi-siècle plus tard. Alors, tout cela n'est-il peut-être que de la fantaisie narrative ?

Je pense que dans ce récit de la vocation de Marie et dans les histoires des femmes près de la croix et face au tombeau de Jésus, on peut trouver, en tout cas, le souvenir largement attesté d’un fait historique. C'est le fait que dans la communauté autour de Jésus se sont des femmes qui sont restées le plus étroitement en contact avec lui après sa mort. Ce sont tout d’abord des femmes qui ont pu sauvegarder leur foi en lui et en même temps accepter et approuver la transformation de cette foi en quelque chose d’inattendu et de tout-à-fait nouveau. Alors que leurs compagnons masculins s'étaient cachés et ne savaient pour un certain temps pas quoi faire.

Quant à Marie de Magdala elle-même, il peut y avoir encore des aspects historiques en plus. Le nom de son lieu d'origine confirme qu'elle avait déjà assumé très tôt un rôle important dans la communauté de Jésus, même si Paul n'en avait apparemment pas été informé. Tout comme Jésus était appelé « Jésus de Nazareth », elle était « Marie de Magdala » : une femme assez indépendante qui s'est mise en route pour suivre son chemin.

Dans deux passages du Nouveau Testament, on peut apprendre au sujet de Marie de Magdala que Jésus l'aurait délivrée de sept démons. Ainsi elle aurait été une de ces nombreuses personnes autour de Jésus qui lui devaient personnellement des expériences de guérison. Du point de vue actuel, on pourrait se demander si elle n'était pas psychologiquement instable. Mais je préfère une autre idée.

Dans un film sur Marie-Madeleine, qui est sorti dans les salles il y a deux ans, on propose l’interprétation suivante : Mirjam, une jeune femme du bord de la mer de Galilée, Mirjam ressent de plus en plus clairement que la vie conventionnelle de mère et de femme au foyer n'est pas ce qui lui convient. Mais lorsqu'elle fait savoir ses idées à sa famille avant son mariage, celle-ci les trouve scandaleuses. Son frère lui dit : « Tu nous fais honte ! » Et elle-même aussi est loin d'être claire à ce sujet. Ses parents interprètent cela comme une obsession et l'emmènent chez un exorciste.

Marie finalement arrive à s’enfuir. Quelques jours après, elle vient à Jésus qui lui est présenté comme « guérisseur ». Et il lui parle. Il l'interroge sur ses rêves et ses souhaits – et c’est comme ça qu’il l'absout des « démons » qu’on lui avait attribués. Elle devient de plus en plus libre et enfin tellement libre qu'elle ose rejoindre la communauté de Jésus. Bien que celle-là était fortement dominée par les hommes autour de lui. Assez bientôt elle y devient une personnalité de premier plan.

Et maintenant, il nous reste peut-être une dernière question : Y aurait-il eu une relation spéciale ou même érotique entre Jésus et Marie de Magdala ?

Cette question a été évoquée dans l'opéra rock « Jésus Christ Superstar » de 1971. Les textes bibliques eux-mêmes n'y font pas directement référence. Mais ils montrent Marie comme une amante, du moins dans le sens que Jésus a donné à ce mot envers tous ses disciples : « Je vous donne ce commandement : aimez-vous les uns les autres. » Dans notre histoire, dans le jardin près du tombeau, on reconnaît combien Jésus comptait pour elle. On reconnaît l’intensité de sa recherche et on ressent combien elle était ravie quand il se révéla de nouveau à elle.
De cette façon, Marie de Magdala est devenue un modèle de fidélité et de confiance. Elle est le modèle d'une foi étroitement liée à l'amour. Elle l’est du moins aussi bien que tous les disciples masculins, qu’ils s’appellent Pierre ou Jean ou Jacques.

Il me parait assez certain que dans les lettres du christianisme primitif et dans les évangiles, l'importance des femmes autour de Jésus a été progressivement relativisée – entre autres en racontant et en écrivant moins d'histoires de femmes que d'hommes.

Il est donc d'autant plus important de voir qu'il existe cette tradition de Marie de Magdala, le tout premier témoin de Jésus ressuscité, qui était également en route avec lui auparavant. Cette femme était son disciple au plein sens du terme - depuis longtemps. Et nous faisons bien de penser à elle dans tous les endroits du Nouveau Testament où les femmes ne sont pas mentionnées. Et nous avons la liberté de les ajouter partout dans nos cœurs, dans nos pensées et dans nos paroles.

Lecture de la Bible

Jean 20, 11-18

11 Cependant, Marie se tenait dehors, près du tombeau, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le tombeau
12 et vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l'un à la tête, l'autre aux pieds.
13 Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : Parce qu'on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l'a mis.
14 En disant cela, elle se retourna et vit Jésus debout ; mais elle ne savait pas que c'était Jésus.
15 Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Pensant que c'était le jardinier, elle lui dit : Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai.
16 Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna et lui dit en hébreu : Rabbouni, c'est-à-dire : Maître !
17 Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va vers mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
18 Marie-Madeleine vint annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses.

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