Une flamme par personne, Personne la même flamme

Actes 2:1-13

Culte du 5 juin 2022
Prédication de Béatrice Cléro-Mazire

Vidéo de la partie centrale du culte

Culte à l'Oratoire du Louvre
Pentecôte

5 juin 2022
102ème jour de la guerre en Ukraine
« Une flamme par personne, Personne la même flamme »

Culte présidé par les Pasteures Agnès Adeline-Schaeffer et Béatrice Cléro-Mazire
Prédication par la pasteure Béatrice Cléro-Mazire
A l'orgue : Alexandre Korovitch, organiste suppléant

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Liturgie

Prédication : Une flamme par personne, Personne la même flamme

Vous connaissiez le film romantique : « Quatre mariages et un enterrement » qui raconte une histoire d’amour à rebondissement, de cérémonie en cérémonie ? Eh bien aujourd’hui nous vivons ensemble une cérémonie de la même tradition d’église que dans la Rome antique qui pourrait s’intituler : « Deux sacrements et deux Credo ». En effet, aujourd’hui nous avons baptisé Juliann ; et Solène et Paule ont confessé leur foi ; puis nous allons partager la cène. Ces événements liturgiques sont constitutifs des premières églises chrétiennes qui se retrouvaient autour d’un repas, baptisaient les nouveaux convertis et dans une catéchèse baptismale, confessaient leur foi avec des déclarations qui résumaient à elles seules ce au nom de quoi les fidèles se rassemblaient.

De siècle en siècle, l’ecclesia repose sur les mêmes fondations. La différence la plus flagrante ici est sans doute la taille de la « maison » où se déroule notre culte. Les premiers chrétiens se rassemblaient dans des maisons de particuliers et c’est cette hospitalité à travers tout l’empire qui permit aux idées du christianisme de s’implanter un peu partout et particulièrement là où la diaspora juive était présente de longue date, parfois depuis l’exil à Babylone.

La fête de la Pentecôte, fête juive de Shavouoth où l’on fête l’anniversaire de la révélation de la loi à Moïse, est, dans le livre des Actes, transformée en fondation de l’Église. Cinquante jours après la résurrection de Jésus, c’est l’Esprit saint qui descend sur chacun pour faire de chacun un porteur de Parole, un nouveau Christ qui va annoncer le salut de Dieu à ce monde.

Mais cet Esprit qui souffle sur les apôtres ne va pas tous les inspirer de la même façon. Pierre dans son discours s’adresse aux hommes d’Israël et, même s’ils viennent de très loin, son discours, qui suit le vent violent de la chambre haute, est d’abord annoncé à des Israélites venus à Jérusalem fêter le don de la loi de Moïse et donc une certaine façon d’être en religion. Et quand les auditeurs de Pierre ont le coeur « transpercé » par ses paroles sur la crucifixion de Jésus, et qu’ils demandent : « Frères, que devons-nous faire ? », Pierre leur propose le baptême comme signe de changement radical et de pardon des péchés. Dans le cas de ces juifs convertis au christianisme, cette réponse pose la question du pardon des péchés au nom du Christ, affirmation scandaleuse pour le judaïsme où seul Dieu a le pouvoir de remettre les péchés.

Cet Esprit saint, qui permet de convertir ainsi les foules, posera problème dès l’origine du témoignage chrétien ; que l’on soit trinitaire ou non, là n’est pas la question : l’Esprit saint fait partie du discours du christianisme dès son origine.

Ce qui pose problème aux juifs de Jérusalem, dès l’origine de cette conversion du judaïsme de Jésus au christianisme du ressuscité, c’est le rapport à la loi. Retirer des fondamentaux de la théologie l’obéissance à la loi de Moïse pour laisser place à la vie selon l’esprit en Jésus Christ crée un vide éthique profond. Même si le pardon des péchés est donné, comme l’annoncent les apôtres, comment faire pour se repérer entre ce qui est bien ou mal, juste ou injuste, vrai ou faux si les jalons mis sur la route du croyant sont retirés pour laisser place à un horizon ouvert où la liberté est le maître mot ? C’est le passage de la Mer Rouge sans le Mont Sinaï ; l’Exode, sans les Tables de la Loi ; comment est-ce possible d’être sûr qu’on est fidèle dans ces conditions ? Pierre devra aller encore plus loin dans cette religion sans observance quand il remettra en cause les règles alimentaires du pur et de l’impur pour permettre à tous, païens et juifs, de faire église ensemble.

Paul a un autre problème que Pierre. Dans son projet universaliste, il se heurte à l’inadéquation entre les observances de la loi juive et le public que sa mission touche : il ne peut pas demander à tous ces gentils, tous ces paîens, tous ces adultes qui ont vécu dans d’autres traditions que celle du judaïsme de se faire circoncire pour entrer dans les nouvelles communautés qu’il fonde. Il faut donc être radical et s’écarter de l’observance pour se rapprocher du cœur du message du Christ. Dans sa lettre aux Galates, l’apôtre Paul écrit : « si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus soumis à la loi ». C’est en se référant à sa propre conscience et à la conscience de l’autre que le chemin éthique de chacun se fera désormais.

Les langues qui descendent sur chacun lors de la Pentecôte à Jérusalem sont semblables à des flammes, car elles sont comme cet Esprit qui emporta Élie au ciel sur un char de feu. Cet Esprit dont deux parts furent demandées par Elisée, son disciple, et obtenues par lui, lui permettant de passer le Jourdain à pied sec. Ces langues là font appel à la liberté de chacun à se déterminer pour obéir à l’Esprit du Christ dans lequel désormais toute leur vie sera prise. Chacun des apôtres devra inventer sa manière d’adapter, de dire, de proclamer la foi qui l’habite. Ainsi, devenant chacun le temple du Seigneur, chacun aura une flamme différente pour éclairer son action ; mais, à chaque fois, c’est le même Christ qui vivra en eux. Cette libération de la conscience de chacun est la véritable transformation que le christianisme va opérer dans son époque. Ce n’est plus la communauté qui est la norme de l’action de chaque fidèle ; la loi pour tous ne fonctionne plus autrement que spirituellement, c’est-à-dire selon la conscience de chacun.

Il n’y a donc plus ni Parthes, ni Mèdes, ni Élamites, ni aucune autre communauté que celle des baptisés au nom du Christ. Ceux qui font partie de ce nouveau peuple de Dieu, non plus constitué par la loi mais par l’Esprit qui les relie les uns aux autres sans les contraindre à rendre le même témoignage au Christ. Chacun sa langue selon sa flamme pourrait-on dire.

Immédiatement un problème se fait jour : qui a autorité pour dire si ce qui est dit ou fait est réellement chrétien ou non ? Qui a le pouvoir dans l’église ?

Dans son livre Le Léviathan, Thomas Hobbes, le philosophe anglais du XVIIème siècle, réfléchissant sur le pouvoir ecclésiastique, explique comment cet Esprit s’est transmis après la génération des Apôtres. Il écrit : « Il est clair que le pouvoir ecclésiastique résidait dans les Apôtres, et, après eux, dans les hommes que les apôtres avaient investis de la charge de prêcher l’Évangile, de convertir les hommes au christianisme, et de conduire les convertis dans la voie du salut ; qu’après ceux-là, le pouvoir fut transmis à d’autres, investis par les premiers, et que cette transmission s’opéra par l’imposition des mains sur ceux qui étaient investis. Ce geste signifiait que le Saint-Esprit, l’Esprit de Dieu, était donné à ceux qu’ils investissaient de la fonction de ministres de Dieu, pour travailler à la grandeur de son royaume. Ainsi l’imposition des mains n’était-elle rien d’autre que le sceau posé sur le mandat qu’ils recevaient de prêcher le Christ » (Léviathan, p. 517). Nous avons fait ce geste aujourd’hui sur le petit baptisé et sur deux jeunes filles qui ont toutes deux dit leur foi avec leur propre langue selon leur propre flamme.

Il y a fort à parier que ces trois personnes, qui ont reçu le même mandat : prêcher le Christ, ne le prêcheront pas de la même manière. Pourtant, c’est le même Esprit Saint, celui de Dieu, celui qui inspira Jésus et les Apôtres, et tous les convertis au christianisme jusqu’à ce jour, qui inspire encore aujourd’hui les trois personnes qui sont là. D’Antioche à Corinthe en passant par Rome, des églises ont créé leur tradition locale pour parler avec leur langue à ceux qui cherchaient Dieu. C’est encore vrai aujourd’hui et c’est cette diversité des langues et le même Esprit brûlant d’amour pour l’Homme qui anime encore aujourd’hui nos églises. Faut-il regretter que la doctrine ne se fixe pas une fois pour toutes afin que nous puissions dire qui est chrétien et qui ne l’est pas ? Surtout pas. Nous serions alors tentés de prendre le pouvoir sur la conscience de l’autre. Pour vivre notre mandat de ministres de Dieu, donc de serviteurs de Dieu, il nous faut accepter de vivre sous le régime de l’Esprit Saint, celui qui nous guide dans notre rapport à nous-mêmes et aux autres et qui nous rappelle sans cesse à notre conscience et à notre liberté. C’est une voie exigeante, mais n’est-ce pas l’Esprit de la loi de Moïse même que de chercher à libérer le peuple de Dieu ?

« Deux sacrements et deux credo » avons-nous dit en commençant cette prédication ? Un baptême et deux confessions de foi personnelles qui nous rappellent, avec leur originalité, leur singularité, que Dieu s’adresse à tous et que tous parlent sous son autorité quand ils choisissent de suivre ses voies. Mais c’est pour chacun de nous une histoire d’amour que personne ne peut comprendre de l’extérieur si ce n’est par son témoignage ; et encore, sans toutefois épuiser tout ce que nous ne comprenons pas nous-mêmes de cette relation de foi qui nous construit, de cet Esprit qui nous habite.

Dans la Cène que nous allons partager, nous serons tous dans le même repas du Seigneur, mais chacun avec sa confession de foi personnelle en son for intérieur. C’est cette conviction que chacun est en église avec sa propre flamme, selon le même Esprit, qui devrait être notre boussole en Église. Ce respect profond de la foi de l’autre et de son ancrage dans un mandat reçu de Dieu est la seule façon de régler les problèmes de pouvoir. Pourtant, cela semble si difficile parfois.

C’est cette conviction que Dieu parle à chacun selon sa langue qui nous relie les uns aux autres pour travailler en conscience au règne de Dieu pour ce monde. Et, aujourd’hui, trois ministres supplémentaires de l’amour de Dieu nous ont rejoints pour cette tâche immense. Alors réjouissons-nous.

AMEN


Liturgie

Chants

Lecture de la Bible

Actes des Apôtres, chapitre 2, versets 1 à 13 [Nouvelle Bible Segond]

La venue de l’Esprit saint

1 Lorsque arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble en un même lieu.
2 Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
3 Des langues leur apparurent, qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres ; il s’en posa sur chacun d’eux.
4 Ils furent tous remplis d’Esprit saint et se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait d’énoncer.
5 Or des Juifs pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel habitaient Jérusalem.
6 Au bruit qui se produisit, la multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
7 Etonnés, stupéfaits, ils disaient : Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?
8
Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
9 Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d’Asie,
10 de Phrygie, de Pamphylie, d’Egypte, de Libye cyrénaïque, citoyens romains, 11 Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans notre langue les œuvres grandioses de Dieu !
12 Tous étaient stupéfaits et perplexes ; ils se disaient les uns aux autres : Qu’est-ce que cela veut dire ?
13 Mais d’autres se moquaient en disant : Ils sont pleins de vin doux !

Vidéo du culte entier

À Voir également