Cathéchisme du pasteur A.N. Bertrand [cliquer]

La Vie Divine 

 
Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous; et notre communion est une communion avec Dieu et avec son Fils Jésus-Christ. Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit portée à la plénitude.

Jean 1, 3-5

Avant-Propos

Le pasteur A-N. Bertrand intitulait son cours d'Instruction Religieuse : La Vie Divine, subdivisé en deux parties correspondant aux deux années de catéchisme :

La vie divine dans le monde (1° Année)
La vie divine dans les âmes (2° Année)

Jusqu'à l'extrême limite de ses forces, le pasteur A-N. Bertrand, rappelé à Dieu en octobre 1946, a assuré le long des années scolaires 1944-45 et 1945-46 régulièrement chaque jeudi matin son cours (sauf une ou deux exceptions en 1946) auquel assistaient, dans le fonds de la salle, quelques mères ou grand-mères de catéchumènes.

Rassemblée autour d'une grande table ovale au second étage du presbytère de l'Oratoire, la bonne vingtaine de catéchumènes que nous étions alors, recevait, à chaque séance, deux feuilles dactylographiées, sur « papier pelure » :

· Une feuille (jaune) de notes bibliques (notes non reprises dans ce document) présentait successivement les différents livres de la Bible. Selon les termes même du pasteur Bertrand, ces notes avaient « un caractère purement historique et instructif », en précisant que « Les questions relatives à l'autorité de la Bible, à sa valeur religieuse, à son rôle dans la piété seraient traitées dans la partie religieuse du cours ».

· La deuxième feuille* (blanche) contenait la leçon hebdomadaire d'instruction religieuse proprement-dite. Elle se terminait par une série de sept lectures bibliques accordées au sujet traité. Chaque catéchumène y trouvait ainsi une lecture journalière. Il devait choisir pour la semaine suivante l’une d’entre elles et l’apprendre par cœur.

En suivant le plan de la feuille blanche, le pasteur Bertrand présentait et expliquait la leçon du jour à ses « chers catéchumènes », à ses « chers enfants » comme il aimait à nous appeler paternellement et nous demandait pour la séance suivante de la développer nous-mêmes par écrit. Après avoir examiné attentivement et annoté les devoirs qui lui étaient remis, il les rendait individuellement la semaine suivante en les commentant rapidement..

* Ces feuilles blanches ont été réunies ici par un ancien catéchumène (année scolaire 1944-1945 & 1945-1946) : Michel Dumas, 25 rue du général Fabvier 54000 Nancy.


La Vie Divine - Introduction

  1. L'instruction religieuse
  2. Qu'est-ce qu'un homme religieux ?
  3. Qu'est-ce qu'un Chrétien ?

Première année - La vie divine dans le monde

Chapitre I - Préparation de la vie divine dans la conscience israélite

  1. Caractères généraux de la religion Israélite
  2. Abraham et l'Alliance
  3. Moïse et l'idée du Dieu Unique
  4. Les Prophètes - Du Dieu jaloux au Dieu saint
  5. La religion des Prophètes
  6. Le Messie et le Royaume de Dieu
  7. Décadence de la religion Israélite

Chapitre II - Réalisation de la vie divine dans la personne de Jésus

  1. L'originalité de Jésus
  2. Caractère pratique de la piété de Jésus
  3. Caractère largement humain de la piété de Jésus
  4. Caractère héroïque de la piété de Jésus
  5. Caractère confiant de la piété de Jésus
  6. L'esprit filial, point culminant de la piété de Jésus
  7. La sainteté de Jésus
  8. Jésus, propagateur de la Vie Divine

Chapitre III - Expansion de la vie divine

  1. L' Église Primitive
  2. Saint Paul
  3. L'Église des martyrs - L’évolution vers le Catholicisme
  4. Le Catholicisme
  5. La civilisation Catholique au Moyen Âge
  6. La Réforme - Les faits et les Hommes
  7. La Réforme - Les principes - La question d'autorité
  8. La Réforme - Les principes - Le Salut par la Foi
  9. Les ambitions du Protestantisme


Deuxième 2ème année - La vie divine dans les âmes

Chapitre I - Les sources de la vie divine

  1. Le besoin religieux
  2. Le Mystère du monde
  3. Le Mystère de l'Homme
  4. Le Mystère de Dieu (Le problème du Mal)
  5. Le Dieu de Jésus-Christ
  6. Le Mystère du Christ

Chapitre II - Les étapes de la vie divine

  1. La Repentance
  2. La Foi
  3. La Foi en Jésus-Christ
  4. La Discipline Morale
  5. L'Amour Chrétien
  6. La Conversion

Chapitre III - Les instruments de la vie divine

  1.   L’ Église
  2. Le Culte public
  3. La Bible
  4. La Prière (1)
  5. La Prière (2)
  6. L' Esprit de Dieu
  7. La Communion avec Jésus-Christ

Chapitre IV - Les privilèges de la vie divine

  1. Qu’est-ce que le Salut ?
  2. L'œuvre de notre Salut
  3. 3ésus, notre Sauveur
  4. L’espérance d'outre-tombe
  5. Christ, notre Espérance
  6. L'espérance du Royaume de Dieu

Conclusion

1- Pourquoi et comment nous sommes Religieux
2- Pourquoi et comment nous sommes Chrétiens
3- Pourquoi et comment nous sommes Protestants

Introduction

1- L'instruction religieuse

En commençant leur instruction religieuse, les Catéchumènes savent déjà que son terme n'est pas un examen à passer, mais une décision à prendre ; on leur demandera s'ils veulent entrer dans l'Église de Jésus-Christ et prendre l'engagement de vivre selon son Évangile. L'enseignement religieux ne ressemble donc à aucun autre ; il ne groupe pas des élèves, mais des catéchumènes ; il ne se contente pas seulement de leur proposer un certain nombre de connaissances, mais de leur faire aimer une certaine façon de vivre.

Il pourra donc y avoir différentes formes d'enseignement religieux, parce qu'il y a différentes façons de comprendre l'Évangile et la vie chrétienne, comme aussi il y a des personnes qui veulent rester étrangères au Christianisme. Chaque famille fera donc donner à ses enfants une instruction en rapport avec ses propres idées religieuses, ou ne leur en fera donner aucune. Tandis que la physique et la géométrie sont les mêmes pour tout le monde, des hommes d'une égale bonne foi peuvent donner des enseignements religieux différents, suivant qu'ils se rattachent par exemple au Christianisme par la tradition catholique ou par la tradition protestante.

De là deux parts dans notre enseignement :

1°) D'abord des choses qu'il faut apprendre ; de l'histoire par exemple ; car avant de décider si nous voulons accepter la discipline de la vie chrétienne, il faut savoir d'où elle vient, ce qu'elle demande de nous et de quelle autorité elle se réclame ; avant de décider si l'on entrera dans une Église, il faut savoir quel idéal elle veut défendre et quel Maître elle veut servir. Dans toute cette étude, on ne vous demandera qu'une confiance élémentaire dans la compétence et la bonne foi de ceux qui vous instruisent.

2°) Mais une fois ces choses apprises, l'essentiel reste à faire ; il faut décider si vous acceptez l'idéal de vie et de conduite que vous propose l'Évangile et si vous voulez suivre le Maître auquel l'Église vous conduit. Ici l'Église vous demande une confiance d'un autre genre et plus profonde ; il faut donc que la sincérité passe avant la déférence à vos parents ou à vos éducateurs religieux. Il est normal que vous entriez à l'instruction religieuse parce que vos parents le désirent ; mais vous ne devez dire oui en sortant que si telle est votre conviction personnelle. Vous accorderez joyeusement à l'Église la confiance qu'elle vous demande ; mais vous la lui accorderez les yeux ouverts en connaissance de cause. La parole que vous décidez de donner ou de refuser, au terme de votre instruction religieuse, sera votre parole.

Le but de l'Église est de faire naître les hommes à la vie religieuse et plus précisément à la vie chrétienne ; l'instruction qu'elle vous donne est la première étape décisive de cette œuvre. Notre premier soin sera donc de dire ce que c'est qu'un homme religieux et ce que c'est qu'un chrétien et de voir quel intérêt ces questions présentent pour les jeunes gens et les jeunes filles qui vont entrer dans la vie.

Marc 4, 1 - 9 Diversité des terrains
Marc 4, 13-20 Diversité des âmes
I Samuel 3, 1-14 Un enfant que Dieu appelle
Matthieu 4, 18-25 Des hommes que Jésus appelle
I Samuel 16, 4-13 Un enfant que Dieu choisit
Matthieu 7,21-27 Ceux qui répondent
I Rois 3, 4-14 L'ambition qu'il faut avoir.

2- Qu'est-ce qu'un homme religieux ?

a) Un homme religieux se distingue des autres par sa manière de vivre, ou plus exactement par sa manière de comprendre la vie, le monde et lui-même ; l'homme religieux est dominé par l'idée que le monde et lui-même appartiennent à un Dieu qui, en leur donnant l'existence, a décidé quel en serait le but et la loi.
L'homme irréligieux n'est donc pas celui qui ne va pas à l' Église ou dont on dit qu'il ne croît pas en Dieu, c'est l'homme qui vit comme si sa vie n'appartenait qu'à lui seul, comme s'il était sûr qu'il n'y a personne pour lui en demander compte, et qu'il peut en faire ce qu'il voudra.

L'homme religieux est celui qui sait que sa vie lui a été donnée par Dieu à qui il doit en rendre compte ; il reconnaît donc au dessus de lui une autorité ; il sait qu'il a une tâche à remplir et qu'il ne sera vraiment lui-même que s'il vit dans la confiance et l'obéissance envers Celui qui la lui a fixée.

La religion n'est donc pas une simple croyance en Dieu, mais une vie qui appartient à Dieu, qui trouve en Lui sa source et son but.

b) On voit que la question religieuse est la plus importante que l'homme puisse se poser, puisque c'est en réalité la question de savoir ce qu'il doit faire de sa vie. Avons-nous le droit de nous en aller au hasard parce que nous sommes nés du hasard, ou devons-nous vivre selon la volonté de Dieu parce que c’est Dieu qui nous a donné la vie ? Telle est au fond la vraie question religieuse.

On voit qu'un homme moral, qui sait que sa vie est soumise à une loi est déjà sur le chemin de la religion puisqu'il reconnaît au-dessus de lui une autorité. Cette sorte de « religion du devoir » a été celle de beaucoup de grands esprits dans l'antiquité païenne ; aujourd'hui encore malgré son insuffisance, elle crée des âmes profondément respectables.

On voit enfin, qu'il ne faut pas se presser de dire : celui-ci est religieux, celui-là ne l'est pas, avant d'avoir vu ce que chacun a fait de sa vie. Jésus est sévère pour les hommes d'Église qui ne vivent pas selon la volonté de Dieu ; Il accueille au contraire avec bonté ceux qui cherchent sincèrement ce qu'ils doivent faire de leur vie ; même s'ils n'appartiennent pas à un milieu religieux. Ainsi il nous invite toujours à chercher derrière ce que les hommes disent, ce qu'ils font et surtout ce qu'ils sont.

Car le but dernier de la religion est de faire de nous des hommes nouveaux, pour vivre une vie nouvelle.

Psaume 50, 7-15 La vraie piété
Psaume 50, 16-22 La fausse piété
Matthieu 21, 28-32 Le vrai serviteur
Matthieu 13, 24-30 Bonne et mauvaise semence
Matthieu 13, 36-43 Les jugements précipités
Ésaïe 29, 1- 16 La religion des lèvres
Psaume 24, 1- 8 Celui que Dieu accueille

3- Qu'est-ce qu'un Chrétien ?

Le Christianisme est une religion qui a pour centre Jésus-Christ. Il est professé sous diverses formes, catholique, protestante, etc... qui différent par leurs conceptions de la vie chrétienne ; mais toutes veulent se rattacher à la Personne de Jésus.

a) Un Chrétien est un homme qui croît que la vie telle que Jésus l'a vécue est la vraie vie humaine, la vie telle que Dieu la veut, et qui s'efforce par conséquent de porter en lui la vie qui animait Jésus-Christ.

Si vraiment Dieu a fixé le but de notre vie, comme le croient les hommes religieux, il doit y avoir une certaine forme de vie qui vaut mieux que toutes les autres, qui est vraiment la vie parfaite, la vie que Dieu veut ; les Chrétiens pensent que cette vie est précisément celle dont Jésus-Christ nous offre l'image.

b) Jésus lui-même a expliqué que son existence n'avait d'autre raison d'être que d'apporter dans un monde où les hommes vivent souvent de façon si étrangère à la volonté de Dieu, cette forme définitive, parfaite de la vie, qu'il appelait LA VIE ÉTERNELLE ou simplement LA VIE. Nous l'appellerons d'un mot plus clair : LA VIE DIVINE, c'est-à-dire la vie telle que Dieu la veut, et en même temps la vie qui vient de Dieu et qui conduit à Dieu. La source de cette vie est l'amour de Dieu pour nous ; son but c'est notre amour pour Dieu et pour nos frères.

En vivant de la vie divine, nous reproduisons donc en nous-mêmes et nous propageons dans le monde une façon de vivre et de comprendre la vie qui était celle de Jésus-Christ ; c'est pourquoi on peut l'appeler aussi la vie chrétienne.

3) Cette façon de vivre a son passé, son histoire qu'il faut connaître. Elle a sa préparation dans la conscience du peuple israélite, sa réalisation dans l'âme de Jésus, son expansion et sa transmission à travers les siècles qui nous séparent de Lui. Il y aura donc forcément dans notre cours une partie historique : LA VIE DIVINE DANS LE MONDE.

Mais surtout la vie divine a ses conditions, ses lois, son idéal, ses espérances. Notre cours trouvera donc son sujet le plus important dans la seconde partie : LA VIE DIVINE DANS LES ÂMES.

Notre but sera dans ces entretiens de faire connaître la vie divine afin de la faire aimer et de la faire naître dans les âmes, par le rayonnement bienfaisant de la personnalité spirituelle de Jésus.

Ésaïe 9, 1- 5 Le Christ annoncé
Matthieu 3, 3-17 Celui-ci est mon Fils
Matthieu 11, 2- 6 Celui qui devait venir
Marc 9, 30-41 La grandeur du Christ
Marc 11, 1-11 Les humbles autour de Jésus
Hébreux 1, 1- 6 Jésus, le plus grand
I Jean 4, 7-14 Dieu est amour


I - La vie divine dans le monde

 

Chapitre I - Préparation de la vie divine dans la conscience israélite

Le Nouveau Testament nous dit que Jésus parut « lorsque les temps furent accomplis », c'est-à-dire lorsque le monde fut préparé à recevoir et à comprendre cette vie divine dont Jésus était le porteur. Cette préparation s'est poursuivie dans l'humanité toute entière, et aucun peuple n'a été entièrement dépourvu des lumières de la vérité morale et religieuse ; mais elle s'est réalisée avec une richesse et une précision spéciales dans la conscience du peuple israélite, que l'on a souvent appelé à cause de cela le peuple élu (choisi) ou le peuple de Dieu.


1- Caractères généraux de la religion Israélite

Le peuple d'Israël en effet a possédé depuis ses origines une religion très différente de celle que pratiquaient les peuples voisins. Cette religion s'est développée, profondément modifiée pendant les vingt siècles de son histoire, jusqu'à l'époque de Jésus-Christ ; mais elle a toujours conservé trois caractères principaux, qui la distinguent de toutes les autres. _ La croyance en un Dieu unique. Tandis que les religions antiques reposaient sur l'idée que le monde est peuplé de dieux innombrables représentant les forces de la nature ou de l'esprit, les Israélites croyaient en un seul dieu qui domine la nature et a créé le monde visible et le monde de l'esprit. Seuls de tous les peuples de l'Antiquité, ils pensaient que Dieu ne doit pas être représenté par des idoles. C'est le caractère le plus frappant et le plus connu de la religion israélite. _ Le lien étroit entre la morale et la religion. Les premiers dans l'Antiquité, les Israélites ont affirmé que Dieu n'était pas seulement la puissance qui gouverne le monde et assure notre vie matérielle, mais le guide de l'humanité, qui veut faire régner parmi les hommes l'obéissance à sa loi. Aussi Dieu s'intéresse-t-il moins aux cérémonies et aux sacrifices qu'à la conduite de ses serviteurs ; le vrai moyen d'honorer Dieu c'est de vivre comme Il l'ordonne. C'est là l'originalité décisive qui a fait de la religion d'Israël la mère des deux grandes religions modernes : Christianisme et Islam. _ L'attente d'un avenir meilleur pour l'humanité. Au lieu de tourner les regards vers un «âge d'or» à jamais disparu, les Israélites attendaient le Royaume de Dieu. Tout appartient à Dieu, un jour viendra où sa volonté sera faite et où Il régnera. L'humanité sera introduite dans ce Royaume de Dieu par la connaissance de la religion définitive dont la religion israélite n'est que la préparation. C'est l'idée qui a le plus travaillé la conscience des Israélites et dont ils ont eu le plus de peine à fixer le sens exact.

Psaume 40, 1- 6 Confiance en Dieu seul
Psaume 115, 1- 8 Les dieux de néant
Ésaïe 44, 9-20 Absurdité de l'idolâtrie
Amos 5, 2-24 Le culte sans âme
Ésaïe 58, 1- 7 Contre la dévotion sans justice
Osée 6, 1- 6 L'amour vaut mieux que les sacrifices
Ésaïe 61, 1- 3 Le Royaume annoncé

2- Abraham et l'Alliance

Les Israélites rapportent l'origine de leur tradition religieuse à un patriarche nommé Abraham, qui vivait 2500 ans avant Jésus-Christ, et qui fut le véritable fondateur de la Tribu. C'est à lui que l'on rapporte en particulier l'idée du Dieu unique et l'idée du Dieu juste ; c'est-à-dire que ces deux idées ont été associées à la piété hébraïque, d'une façon encore vague et incertaine, dès le moment où elle prit conscience d'elle-même.

a) L'idée du Dieu unique ne se présentait pas à l'esprit d'Abraham comme à nos esprits modernes sous sa forme classique « il n'y a qu'un Dieu ». Il la comprenait sous la forme de l'Alliance, c'est-à-dire que parmi tous les dieux il en choisissait un auquel il restera fidèle ; ou plutôt, il se sentait appelé par un Dieu qui lui demandait de lui rester fidèle : « Tu seras mon peuple et je serai ton Dieu ». Si imparfaite que fût cette idée, elle avait au moins le mérite d'introduire l'idée de la fidélité religieuse.

b) Cette idée d'un choix à faire entre les dieux indique comment Abraham et les siens se sont élevés à l'idée d'un Dieu juste. Ce Dieu qui réclamait obéissance et fidélité, devait inspirer le respect à ses adorateurs. Pour qu'Abraham s'inclinât devant Lui, il ne suffisait pas qu'Il fut le plus fort, il fallait qu'Il fut juste envers les hommes dont il réclamait la justice (voir le récit de l'intervention d'Abraham en faveur de Sodome).

c) Mais que peut demander un Dieu juste, sinon que l'on soit juste ? Ainsi l'on arrivera à cette idée qui fait le fond de la piété israélite, que l'adoration de Dieu et la pratique de la justice sont une seule et même chose. Abraham ne dit pas cela aussi nettement ; mais il a conscience d'avoir posé le point de départ d'une religion plus pure. Lui-même recueille précieusement la promesse de son Dieu : « Toutes les nations de la terre seront bénies en Toi » ; et le peuple d'Israël a si bien compris que toutes les sources de sa foi étaient dans le cœur d'Abraham, que toute l'histoire de ses reculs et de ses progrès est apparue comme un abandon de l'Alliance ou un retour à l'Alliance.

Genèse 12, 1- 4 Abraham appelé
Genèse 15, 1-16 L'Alliance
Genèse 18, 16-33 Un Dieu juste
Genèse 22, 1- 8 Non le sacrifice, l'obéissance
Josué 24, 14-24 L'Alliance confirmée
Néhémie 10, 32-37 L'Alliance renouvelée
Hébreux 11, 8-19 La foi d'Abraham

3- Moïse et l'idée du Dieu Unique

Les idées qui avaient commencé de s'affirmer dans la conscience d'Abraham devaient se préciser au cours de réformes successives. La première en date fut celle de Moïse. Moïse fut un des plus grands conducteurs de peuples de l'histoire. C'est lui qui a formé définitivement le caractère israélite et lui a imprimé une empreinte que 36 siècles d'histoire et 19 siècles de dispersion n'ont pas effacée. De lui viennent les deux mots qui résument toute l'histoire israélite : Jéhovah et la Loi.

a) Sur la question du Dieu unique, Moïse dit : « Non seulement notre Dieu est le seul adorable, mais il est le seul qui existe ». Il l'appelle Jéhovah, c'est-à-dire Celui qui est, ce qui est une façon bien claire de dire que les autres n'existent pas (vision du Buisson Ardent. Exode 3, 1-15). Ce Dieu est le protecteur d'Israël seul, mais il dispose en sa faveur du gouvernement du monde entier.

b) Sur la question du culte à rendre à Dieu, Moïse a dit : « Non seulement Dieu veut qu'on lui obéisse, mais il nous a enseigné ce qu'il faut faire pour lui obéir. Il nous a donné la Loi ». Et Moïse donne en effet la Loi dont le caractère divin est facilement reconnaissable par le fait qu'elle s'impose à toute conscience humaine quelle qu'elle soit. Les Dix Commandements sont en quelque sorte la préface de cette Loi. Ainsi se trouvait fixé le caractère religieux du peuple juif, qui reste encore aujourd'hui le peuple de Jéhovah et le peuple de la Loi.

c) En agissant ainsi, Moïse n'avait pas l'idée de créer une religion nouvelle, mais de préciser, de continuer la religion d'Abraham. C'est toujours dans les cadres de cette même religion, dans l'adoration du même Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, que les prophètes présenteront les vérités nouvelles par lesquelles Dieu prépare l'aurore de la Vie Divine.

Exode 3, 1-15 Celui qui est
Exode 20, 1-17 La Loi
Exode 22, 21-31 Lois diverses
Deutéronome 10, 14-21 Obéissez à Dieu
Lévitique 19, 1-19 Lois diverses
Deutéronome 30,11-20 La Loi est à votre portée
Deutéronome 34, 1-12 La mort d'un grand croyant

4- Les Prophètes - Du Dieu jaloux au Dieu saint

a) L'œuvre religieuse de Moïse fut reprise et continuée par une série d' « hommes de Dieu » qui vécurent du 9ème au 5ème siècle avant Jésus-Christ et que l'on désigne sous le nom de Prophètes. Ils s'appelaient « hommes de Dieu » parce qu'ils avaient conscience d'avoir reçu de sa part une VOCATION, d'avoir été « saisis» et « vaincus » par Lui, chargés de rappeler la vérité éternelle que les prêtres bien souvent cachaient au peuple par égoïsme et par intérêt. Ils prenaient encore ce titre parce qu'ils puisaient dans cette vocation une AUTORITÉ qui leur donnait le droit de parler le langage sévère de la vérité à ceux qui auraient préféré l'ignorer. Ils étaient comme la conscience vivante du peuple, à qui ils parlaient un langage où se mêlent d'étrange façon une implacable sévérité et une tendresse débordante.

b) Ce Dieu qui les envoyait à son peuple, c'était d'abord pour eux le dieu jaloux, c'est-à-dire un Dieu qui veut pour Lui toutes les adorations. L'idée de l'Alliance se retrouve ici, et l'amour de Dieu et du peuple est souvent comparé à un mariage ; c'est un Dieu fidèle qui veut un peuple fidèle. Les premiers prophètes ont surtout insisté sur cette jalousie de Dieu, sur la nécessité de n'adorer que Lui. Ils se sont faits ainsi une conception étroite de l'histoire du peuple et de l'humanité ; quand le peuple est fidèle, Dieu lui reste fidèle et il est heureux ; quand le peuple est infidèle, Dieu l'abandonne et il est malheureux. Mais avec le temps, les événements vinrent démentir cette conception enfantine, et le peuple ayant renoncé aux idoles, continua d'être maltraité par ses puissants voisins.

c) Alors se posa pour les Israélites pieux un terrible problème. Si c'est notre Dieu qui règne, comment se fait-il que nous soyons si malheureux et que ses promesses ne se réalisent pas ? C'est répondent les grands prophètes que ce Dieu n'est pas seulement le Dieu d'Israël, c'est avant tout le Dieu saint. Non seulement il veut être adoré seul, mais il ne veut pas être adoré comme les autres. C'est un Dieu juste qui veut un peuple de justes. Il ne protège son peuple que dans la mesure où celui-ci le mérite. Israël est entre ses mains un instrument de choix ; mais en réalité Il n'est pas un Dieu pour Israël seulement mais pour tout le monde. Sa Loi n'est pas seulement dans Moïse, elle est dans tous les cœurs. Ce n'est plus le Dieu jaloux, mais le Dieu saint. La gloire incomparable des prophètes, c'est d'avoir ainsi révélé au monde le Dieu de la conscience humaine.

Exode 4, 10-17 L'Inspiration
Jérémie 1, 2-10 La vocation
I Rois 18, 1-24 La lutte contre les Baals
I Rois 18, 23-40 Violence contre violence
II Samuel 12, 1-15 L'éveilleur de conscience
I Rois 21, 1- 24 Le courage prophétique
Esaïe 40, 18-31 Le protecteur tout-puissant

5- La religion des Prophètes

Ce que nous avons dit de l'idée de Dieu chez les Prophètes nous permet déjà de comprendre ce que sera leur religion.

a) Ce sera d'abord une religion de consécration. Le Dieu saint veut des adorateurs qui soient saints ; contrairement à ce que disent les prêtres ce n'est pas par des cérémonies, c'est par une consécration entière au service de Dieu que l'on peut satisfaire à ses exigences. A la sainteté de Dieu répond la consécration du fidèle ; car Dieu n'est pas à Israël comme on l'a cru, mais Israël est à Dieu.

b) La religion des Prophètes sera aussi une religion d'humilité et même d'humiliation. En reprochant leurs fautes aux peuples et aux individus comme en plaçant devant eux, un idéal très élevé, les Prophètes ont contribué à développer un sentiment très important et qui a imprimé un cachet particulier à la religion d'Israël et à celles qui en sont sorties, le sentiment du péché.

c) La religion des Prophètes sera aussi la religion intime. Les Israélites étaient habitués à voir en Jéhovah le Dieu du peuple, qui parle par la Loi. Les Prophètes les habituèrent à voir en Lui le Dieu personnel de chaque homme, qui parle à la conscience et au cœur de tous et qui est sans cesse près de nous. Ainsi ils développèrent un sentiment nouveau, le sentiment de l'intimité religieuse. Ces deux sentiments, sentiment du péché et sentiment de l'intimité religieuse, sont exprimés avec une force particulière dans les Psaumes, dont plusieurs ont été écrits sous l'influence de la piété prophétique.

d) Et cependant cette religion intime et personnelle sera aussi une religion sociale: c'est à dire qu'elle ne se désintéressera d'aucun des problèmes de la vie, d'aucune des souffrances du peuple, d'aucune des questions qui intéressent sa moralité, sa prospérité, son bonheur. Après avoir été terriblement étroite, la religion d'Israël s'épanouit dans l'âme des prophètes avec une merveilleuse largeur, et le terme qu'elle assigne à l'action de son Dieu, c'est l'établissement du Royaume de Dieu.

Amos 7, 10-15 Envoyé de Dieu
Malachie 1,6 à 2,9 Contre les Prêtres
Ésaïe 1, 2-13 Sévérité
Habakuk 1, 2-13 Le Dieu saint
Jérémie 31,27-34 Intimité de Dieu
Ézéchiel 34, 1-11 Veillez sur le troupeau de Dieu
Amos 8, 3-12 Justice d'abord

6- Le Messie et le Royaume de Dieu

Nous avons vu que la religion israélite avait toujours été orientée vers l'avenir ; cette tendance aboutit avec les Prophètes à une forme positive et précise dans l'attente du Royaume de Dieu et du Messie. Ces deux mots ne doivent pas être séparés l'un de l'autre, attendre le Royaume de Dieu ou attendre le Messie, c'est à dire le Roi Fondateur de ce Royaume, c'est une seule et même chose.

a) Mais que faut-il entendre par « Royaume de Dieu » ? Dans les époques de décadence et surtout sous l'influence des catastrophes politiques, les mots de « Royaume de Dieu » avaient pris pour les Israélites un sens exclusivement matériel et politique ; et le Messie était devenu pour eux le Roi destiné par Dieu à rendre au peuple son indépendance nationale. Mais chez les Prophètes, le Royaume de Dieu, tout en restant toujours une réalité terrestre, est quelque chose de spirituel ; c'est l'avènement d'une humanité sur laquelle Dieu régnera, et par conséquent d'une société conforme à sa volonté, dans laquelle chaque peuple pourra réaliser sa destinée véritable.

b) Si les Prophètes décrivent ainsi l'avenir de l'humanité et parlent avec assurance des intentions de Dieu à son égard, ce n'est pas qu'ils ressemblent aux devins et qu'ils aient reçus le don magique de lire dans l'avenir. Mais ils sont si entièrement dominés par la volonté de Dieu et possédés par son Esprit, qu'ils pénètrent jusque dans la pensée et les dessins de Dieu et reconnaissent ainsi les conditions en dehors desquelles il ne peut y avoir de salut. La Cité de Dieu sera une cité de paix, de justice et de foi, qui ne s'établira que par la repentance, l'amour et la fidélité. Ce qu'ils annoncent n'est pas le détail des événements, mais les grandes lois auxquelles obéit l'histoire d'une humanité en marche vers Dieu.

c) Cette société digne de Dieu ne peut être créé par les hommes ; le signal de sa fondation sera l'apparition de l'Envoyé de Dieu, le Messie. La promesse du Messie et la description de sa personne a été un des sujets essentiels de la prédication des Prophètes. Ils l'ont décrit comme un roi (plus grand que David) ou comme un prophète (un prophète plus grand que Moïse) mais surtout ils ont parlé de lui comme d’un homme tel que Dieu le veut pour fonder l'humanité telle que Dieu la veut. Chaque prophète a essayé, selon les exigences de sa conscience et les lumières de son cœur plein de Dieu, de tracer l'image de ce « serviteur de l'Éternel » et ils y ont réussi selon la mesure de leur inspiration. Le plus grand d'entre eux, le 2ème Ésaïe a tracé de cet avenir qu'il devine sans pouvoir le réaliser, un tableau où l'inspiration s'élève à son plus haut sommet. Pour lui, l'envoyé de Dieu ne se reconnaîtra ni à sa puissance, ni à sa sagesse, mais à la profondeur de son amour et à sa volonté de souffrir pour les autres ; en sorte qu'en décrivant le Messie il semble raconter d'avance la vie et les souffrances de Jésus-Christ (le mot Christ n'est que la traduction grecque du mot hébreu Messie). C'est en effet dans la personne de Jésus que les promesses et les prédictions des prophètes ont trouvé leur réalisation. Il a été celui que les prophètes avaient appelé d'avance le « Désiré des Nations ».

Jérémie 30, 4- 11 Je te sauverai, mon peuple
Joël 2, 28 à 3, 2 Dieu épargnera son peuple
Ésaïe 35, 1-10 Le désert refleurira
Ésaïe 49, 1- 5 Tu seras la lumière des nations
Ésaïe 11, 1- 9 Un rameau sur le vieux tronc
Ésaïe 42, 1- 7 Il ne brisera pas le rameau froissé
Ésaïe 52, 13-53 Le Serviteur de l’Éternel

7- Décadence de la religion Israélite

a) L'œuvre des Prophètes a été double ; d'une part ils ont essayé de soumettre à la volonté divine la vie collective du peuple, ce que nous appellerions aujourd'hui son orientation politique et sociale, et sur ce point ils ont échoué dans l'ensemble, la vie nationale du peuple ayant sombré elle_même sous les grandes invasions asiatiques. D'autre part, ils ont voulu donner à l'âme croyante un sentiment plus juste et plus vif de sa dépendance vis à vis de Dieu ; et sur ce point, leur œuvre a exercé, malgré des éclipses parfois très longues, une influence durable.
Dans la pensée et dans le cœur des Prophètes, ces deux formes de leur activité n'étaient pas séparées ; il s'agissait toujours d'assurer la souveraineté de Dieu, soit sur le peuple, soit sur l'âme individuelle, et ce lien établi entre la piété et la vie a été une de leurs conquêtes définitives. Aucune religion ne sera désormais considérée comme complète si elle laisse en dehors de ses prises la vie collective des peuples.

b) Cependant ces fruits de l'action prophétique ne devaient mûrir que beaucoup plus tard. À la captivité de Babylone, commence une longue période de stagnation et de médiocrité. Seuls quelques beaux Psaumes et quelques prophètes secondaires mettent dans cette époque une certaine note de beauté. Lorsque Jésus parut, il y avait près de cinq siècles que la voix des grands Prophètes s'était tue. Le peuple avait perdu tout contact avec le Dieu vivant et au lieu d'être le peuple de l'Esprit, il était devenu le peuple de la Loi et le peuple du Temple.

c) La Loi n'était plus une inspiration spirituelle, mais un Code dont tous les commandements avaient la même importance, quelle que fut leur nature ou leur valeur religieuse. Cette façon étroite de comprendre la Loi est ce qu'on appelle le légalisme ; il était surtout représenté à l'époque de Jésus par les Pharisiens.
La Bible israélite qu'on appelait «La Loi et les Prophètes » et que nous appelons Ancien Testament était considérée superstitieusement comme également infaillible dans toutes ses parties. L'usage qu'on en faisait ne pouvait aboutir qu'à un rétrécissement de la pensée et de la vie tel que nous le trouvons chez les Scribes.
Enfin le Culte n'était plus l'offrande d'un cœur au Dieu qui l’aime ; il était un ensemble de rites dont la répétition devait exercer sur Dieu et sur les Fidèles une action magique, c'est à dire indépendante des sentiments religieux du fidèle. Les Sadducéens veillaient avec un soin jaloux à la perpétuité du culte dans le temple de Jérusalem, tandis que les communautés juives dispersées dans le monde gardaient dans leurs synagogues une piété un peu plus large et plus vivante.
C'est contre cette religion morte, représentée par les Pharisiens, les Scribes et les Sadducéens, que Jésus adresse la libre et vivante piété de l'Évangile.

Matthieu 15, 1- 9 Des préceptes humains
Matthieu 23, 1-12 Ils disent et ne font pas
Matthieu 23, 23-25 Pharisiens hypocrites
Marc 2, 1-11 Il blasphème !
Matthieu 12, 9-14 Défense de faire le bien
Matthieu 21, 12-17 Une caverne de voleurs
Matthieu 7, 13-20 Les faux prophètes


Chapitre II - Réalisation de la vie divine dans la personne de Jésus

1- L'originalité de Jésus

a) Les Prophètes avaient porté si haut l'idéal de leur piété, qu'avec eux l'âme humaine avait vraiment donné à Dieu ce qu'elle pouvait lui offrir. La pensée monothéiste avait atteint sa plénitude avec ces trois affirmations essentielles : · Il existe un Dieu qui est Esprit, · Ce Dieu est saint et nous veut saints, · C'est dans l'adoration de ce Dieu que l'humanité trouvera un jour son unité. La piété prophétique avait créé des âmes ouvertes à Dieu, fidèles, vraiment consacrées à leur vocation, vivant avec Dieu dans l'humilité et pourtant dans l'intimité. Si l'Évangile veut ajouter quelque chose à ce programme, du moins n'aura-t'il qu'à suivre la même ligne. Et cependant, lorsque Jésus paraît, il semble que naisse un monde nouveau. Jésus profondément enraciné dans le passé de sa race, venu « pour accomplir et non pour abolir », apparaît comme la grande nouveauté. Sa parole est « une bonne nouvelle » et sa naissance marque une ère nouvelle.

b) Qu'est-ce donc qui est nouveau en lui, est-ce ce qu'il a dit ? est-ce ce qu'il exige ? Assurément, il ne parle pas tout à fait comme les Prophètes ; mais quand on veut établir la différence entre ses idées et celles de l'Ancien Testament, on ne trouve pas de quoi expliquer l'immense révolution chrétienne. Est-ce ce qu'il a fait ? Il vit, ainsi que ses contemporains, dans le cadre de la loi de Moïse, et jusqu'à la veille de sa mort, sa vie n'a rien qui s'impose à l'attention du monde. Aujourd'hui encore, elle ne prend sa valeur vraie que si on la considère du dedans, extérieurement elle n'a rien d'extraordinaire ou d'exceptionnel. Ce qui fait son originalité, c'est ce qu'il est. C'est son attitude devant la vie, devant les hommes et devant Dieu ; c'est sa piété, c'est son caractère, c'est sa PERSONNE. Et c'est pourquoi, nous allons essayer, non d'écrire sa biographie ou d'exposer sa théologie ; mais de reproduire l'image de sa piété, réalisation unique de la vie divine au sein de l'humanité.

c) Comment peut-on définir l'originalité de cette piété ? Il semble que les autres religions représentent la piété surtout comme un effort de l'homme vers Dieu, tandis que pour Jésus, c'est Dieu qui est à la recherche de l'homme. Jésus n'apprend pas à l'homme à donner à Dieu quelque chose de plus que dans la piété israélite ; il lui apprend à recevoir ce que Dieu lui offre et qu'il ne connaissait pas. Les autres religions sont comme des questions de l'homme à Dieu, des recherches, des angoisses; l'Évangile est une réponse de Dieu à l'homme, la Bonne Nouvelle que l'humanité n'est pas abandonnée à elle-même, mais que Dieu veut la sauver. C'est parce qu'il est un don de Dieu, que l'Évangile peut faire naître en nous une vie nouvelle, la VIE DIVINE.

I Rois 19, 9-14 Un premier souffle de l'Évangile
Psaume 62, 6-13 Une paix déjà chrétienne
Ésaïe 5, 1-17 Une parabole de l'Ancien Testament
Marc 12, 1-12 La parabole reprise par Jésus
Marc 12, 28-34 Jésus confirme la valeur de la Loi
Matthieu 16, 24-28 Le sommet de la vie chrétienne
I Corinthiens 11, 23-29 L'homme reçoit, Dieu donne

2 Caractère pratique de la piété de Jésus

Tout le monde sait que Jésus enseignait en paraboles, c'est à dire qu'il se servait d'images empruntées à la vie humaine pour expliquer les choses de la vie divine. Cette forme de langage ne lui était pas seulement suggérée par la facilité plus grande de l'enseignement, mais aussi par la nature même de sa piété ; elle exprime le fait que, pour Jésus, la vie religieuse est en contact avec les choses de la vie de chaque jour, elle est pratique.

a) d'une part, la vie divine est simple ; Jésus en parle avec des mots empruntés à la vie courante ; les hommes sont perdus, il est venu les chercher, les sauver ; ils sont malades, il est leur médecin, etc... D'autre part les choses de la vie quotidienne sont belles et grandes ; elles ont une signification religieuse. Le mot de Père, appliqué à Dieu, n’exprime pas seulement la simplicité de l’amour de Dieu mais aussi la grandeur de l'amour paternel, que Jésus trouve assez beau pour servir de symbole à l'amour de Dieu lui-même. La piété de Jésus donne ainsi à la vie toute entière un sens nouveau.

b) Cependant la piété n'est pas pour lui une affaire de contemplation mais d'action. Jésus ne nous enseigne pas à nous résigner à la vie telle qu'elle est aujourd'hui ; il ne dit pas « la vie est laide, mauvaise , cruelle, il faut s'y résigner et se réfugier dans l'espérance d'un monde meilleur. La terre est vouée à la haine, à la guerre, à la mort ; au ciel nous connaîtrons l'amour, la paix, la vie éternelle. Le monde est une vallée de larmes, il faut le mépriser ». Ces idées sont exactement l'opposé de celles de Jésus. Pour lui, la vie de l'enfant de Dieu est une lutte contre le péché, la haine, la souffrance et la mort. Il ne dit nulle part qu'il est venu pour enseigner la résignation à ceux qui sont perdus, mais il affirme qu'Il vient leur apporter la délivrance et le pardon. Sa piété est une piété virile, faite de lutte et d'affection.

c) Et cette lutte doit être poursuivie dans la confiance et dans la joie. La religion de Jésus nous appelle donc au dehors à la lutte contre le mal ; mais dans nos cœurs elle nous apporte la paix avec Dieu et avec nous-mêmes. Elle repose sur la conviction que Dieu est assez grand et assez bon pour sauver, et par conséquent pour transformer le monde et notre vie, et qu'il veut nous associer à son œuvre de salut. C'est donc une piété active ; comme la poésie, elle trouve aux réalités de la vie quotidienne un sens nouveau, une valeur supérieure ; mais cette valeur elle veut la mettre en œuvre pour transfigurer le monde et le sauver. C'est donc une piété active ; elle n'est faite ni de résignation ni de dédain à l'égard de la vie présente ; elle est une force active au service de Dieu.

Matthieu 13, 44-52 La simplicité des paraboles
Luc 56, 27-38 La piété simple
Luc 10, 1-13 L'œuvre des disciples
Luc 12, 32-40 Confiance et vigilance
Matthieu 25, 1-15 Sois prêt
Jean 2, 3-11 Ceux qui sont de Jésus
Luc 13, 5- 9 De quoi il faut avoir peur

3- Caractère largement humain de la piété de Jésus

Il est permis de se demander si dans l'âme du chrétien qui doit aimer Dieu de tout son cœur et de toute son âme, il pourra rester une place pour les sentiments humains. Nous voyons que dans le cœur de Jésus, la piété n'a rien mutilé ni appauvri, qu'elle a au contraire tout élargi et embelli.

a) On a souvent représenté les préoccupations relatives au travail et à l'activité sociale comme étrangères à l'Évangile et même contraires à son esprit ; et cela à cause de paroles mal comprises, comme « Vous aurez toujours des pauvres avec vous » , « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu », « Ne vous mettez pas en souci ». On conclut de ces paroles que le vrai chrétien se désintéresse des choses de ce monde, et juge inutile de faire effort pour le changer. Jésus estime au contraire que le but même de la piété personnelle, c'est de créer un monde meilleur ; et s'il insiste sur la piété personnelle, c'est parce qu'il sait qu'on ne changera pas le monde si l'on ne change pas les cœurs. Mais toutes les préoccupations humaines ont leur place dans sa pensée et dans son Évangile.

b) Les affections humaines ont été aussi condamnées au nom de l'Évangile. On a dit : « Jésus nous commande d'aimer Dieu de tout notre cœur », donc le vrai chrétien est celui qui n'aime que Dieu, qui ne laisse pas envahir son cœur par les affections humaines, car ce qu'on donne aux hommes, on le vole à Dieu. On raisonne ainsi comme si chacun de nous possédait une quantité limitée d'affection, qu'il ne peut donner aux uns sans faire tort aux autres. Nous voyons, au contraire que l'amour pour les hommes est l'école de l'amour divin ; c'est en apprenant à aimer nos frères que nous nous habituons au sacrifice, au désintéressement, et que nous nous préparons ainsi à aimer Dieu. L'amour humain est aussi la conséquence naturelle de l'amour divin ; si Dieu nous considère comme ses propres enfants, il doit avoir de la joie à voir que nous nous aimons les uns les autres.

c) Mais Jésus va plus loin ; pour Lui l'amour pour Dieu et l'amour pour les humains ne font qu'un. A ceux qui ont exercé la charité envers leurs frères, Dieu dit : « C'est à moi que vous l'avez fait ». Ainsi se révèle la plénitude admirable d'une pensée qui a saisi le caractère unique de l'amour vrai ; Dieu aime les hommes au point de prendre pour Lui l'amour que nous leur témoignons. Ce que Jésus nous demande, ce n'est pas de sacrifier à Dieu nos préoccupations ou nos affections légitimes, c'est d'abord de les mettre à leur place, de ne pas placer pêle-mêle sur le même plan les questions d'argent, les affaires familiales, les préoccupations religieuses. C'est ensuite de les purifier, de les dépouiller de leur égoïsme, de les rendre vraiment dignes de Dieu et de Lui.

Matthieu 6, 24-34 Comme les oiseaux du ciel
Matthieu 25, 14-30 Chacun travaille selon ses dons
I Jean 4, 6 à 5,30 Deux amours inséparables
Marc 10, 17-27 L'âme est plus que l'argent
Luc 12, 13-21 Ce qui n'est pas solide
Matthieu 25, 31-40 Ceux qui auront aimé Jésus
Matthieu 25, 41-45 Ceux qui n'auront pas aimé Jésus

4- Caractère héroïque de la piété de Jésus

Ce que nous avons dit du caractère pratique et humain de la piété de Jésus pourrait donner à croire que c'est une piété facile, accommodable et qui ne change rien à notre existence. Il n'en est rien, et la piété de Jésus prend au contraire un caractère nettement héroïque. L'issue tragique de son ministère ne tient pas aux circonstances, mais à la nature de sa mission. Seulement cet héroïsme s'exerce avec une telle simplicité que, le plus souvent, on ne la remarque pas. Jésus devant la mort la plus atroce disait simplement : « C'est pour cette heure que je suis venu » Ainsi le chrétien devant les devoirs les plus redoutables, doit obéir sans grands gestes et sans paroles théâtrales, se rappelant lui aussi que « nous sommes ici pour cela ».

a) Si le monde et la vie étaient ce qu'ils devraient être, il y aurait une harmonie naturelle entre la vie humaine et la vie divine ; mais nous vivons dans un monde qui ne s'offre pas à l'action de Dieu, qui lui résiste au contraire, en sorte qu'il y aura nécessairement opposition et choc entre la volonté de Dieu et la sienne et qu'il faudra choisir. Une fois entré au service de Dieu, Jésus veut qu'il soit « premier servi » comme disait Jeanne d'Arc. « Celui qui met la main à la charrue et qui regarde en arrière n'est pas propre au service de Dieu ». C'est le principe de l'héroïsme chrétien.

b) Ce choix implique naturellement des sacrifices. Si des sentiments parfaitement légitimes en eux-mêmes se sont pervertis au point d'entrer en conflit avec le souci de notre vie spirituelle, il faut y renoncer sans demi-mesures. C'est là le sens des paroles célèbres « Si ton œil est pour toi, une occasion de chute, arrache-le ». Ainsi la préoccupation du travail est légitime et même bienfaisante ; mais si elle devient le souci exclusif du profit, alors mieux vaudrait vivre comme « le lis des champs » ; périsse le travail plutôt que l'âme humaine. De même l'amour familial, s'il est une forme de l'égoïsme odieux ou à plusieurs.

c) Enfin une religion de l'amour comme est l'Évangile, ne peut se réaliser dans un monde comme le nôtre que par le sacrifice qui est la forme suprême de l'héroïsme. Dans un monde conforme à la volonté de Dieu, l'amour éveillerait l'amour ; mais dans un monde pécheur, c'est à dire égoïste, l'amour reste volontairement désarmé devant la haine et la violence, et succombe sous un égoïsme auquel il ne veut pas répondre. La mort de Jésus apparaît ainsi comme un acte héroïque dont saint Paul a bien fait ressortir le tragique en disant : « On consentirait peut-être à mourir pour un homme de bien ; mais l'amour de Dieu s'est manifesté en ceci alors que nous étions pécheurs, Christ est mort pour nous ». Ce que nous pourrions traduire ainsi : Nous consentirions peut-être à aimer dans un monde qui répondrait à notre amour, mais l'héroïsme chrétien consiste à aimer quand même on ne répondrait à notre amour que par la haine, la violence et la mort.

Jean 14, 20-27 C'est pour cette heure...
Luc 6, 26-36 L'héroïque pardon
Matthieu 5, 29-30 Arrache !
Matthieu 17, 14-21 Le courage tranquille
Marc 15, 16-32 L'héroïsme en action
Marc 15, 33-41 L'héroïsme suprême
Romains 5, 1 – 8 Pour un juste, encore

5- Caractère confiant de la piété de Jésus

Nous avons jusqu'ici envisagé dans la piété de Jésus son attitude devant la vie et devant les problèmes qu'elle nous pose, et nous l'avons caractérisée comme PRATIQUE, HUMAINE et HÉROÏQUE. mais ce qui donne surtout son véritable caractère, c'est l'attitude confiante de Jésus devant Dieu.

a) Ce qui frappe le plus lorsqu'on entend Jésus prier ou parler de Dieu, c'est de voir combien sa relation avec Dieu est simple et naturelle. Les Prophètes les plus fidèles ne cessent de trembler devant Dieu : « Personne ne peut voir Dieu et vivre » , disent-ils. Jésus dirait plutôt « Personne ne peut vivre s'il ne voit Dieu ». Jésus aime Dieu et se sent aimé par Lui, c'est pourquoi la peur a disparu de son cœur pour faire place à la confiance. C'est ce que l'Apôtre Jean exprime en disant : « L'amour bannit la peur ; qui a peur n'aime pas encore complètement ».

b) Cette profonde différence entre la piété de Jésus et la piété des Prophètes peut étonner lorsqu'on sait que Jésus n'a jamais cherché à marquer une différence entre l'idée qu'il se faisait de Dieu et celle que s'en faisaient les Prophètes. Elle tient aux expériences dans lesquelles Jésus cherche et trouve la présence de son Dieu. Pour lui Dieu est partout dans la vie ; il l'admire dans le jeu harmonieux des forces naturelles, dans l'ordre qui préside à la fécondité des choses, plutôt que dans les catastrophes qui les anéantit. Dieu est pour lui le Dieu de l'ordre et non du désordre, de la vie et non de la mort. Une piété qui s'alimente à pareille source, ne peut être que paisible et confiante. Jésus refuse même expressément de voir la main de Dieu dans les catastrophes ; il s'attache à l'idée d'ordre qui engendre la paix, non à l'idée de destruction qui engendre le trouble.

c) Ici nous retrouvons sous une autre forme, et éclairée par une autre lumière tout ce que nous avons déjà dit de la piété de Jésus. Pour Celui qui trouve partout l'amour de Dieu, la vie humaine toute entière est une vie divine. Pour celui qui voit partout un Dieu aimant, le monde n'est plus le royaume du mal, il est la maison de son Père. Pour celui qui se confie à ce Père, l'héroïsme est une chose toute naturelle et qui prend un sens et une portée nouvelle ; il est tout pénétré de joie filiale. Ainsi se referme le cercle des sentiments chrétiens ; ainsi se complète l'image de la piété filiale, telle que nous la voyons marcher devant nous « pleine de grâce et de vérité » dans la personne de Jésus. Il nous reste maintenant à en chercher le ressort caché.

Ésaïe 6, 1-16 Malheur à moi ! J'ai vu Dieu
Hébreux 3, 7-13 L'alliance nouvelle
I Jean 4, 6 à 5, 4 L'amour bannit la peur
Matthieu 14, 24-33 Pierre eut peur
Luc 13, 1- 5 plus coupables ? Non !
Matthieu 7, 1- 11 Notre Père vous pardonnera
Marc 4, 35-41 Jésus dormait dans la tempête

6- L'esprit filial, point culminant de la piété de Jésus

Nous avons étudié l'attitude confiante de Jésus vis à vis de Dieu, mais ce mot de confiance paraît singulièrement faible pour désigner le rapport qui s'établit entre Jésus et Dieu. Pour en comprendre la nature, il faut faire un retour sur nous-mêmes et essayer de pénétrer jusqu'au fond du mystère de la vie intérieure. Lorsque nous nous trouvons en présence de la volonté de Dieu dans notre conscience, notre piété est dominée par deux impressions également étrangères à la piété de Jésus :

a) L'impression que nous éprouvons devant Dieu est celle-ci : Dieu veut une chose, et souvent j'en veux une autre. Il se peut que je finisse par obéir à Dieu, mais c'est au prix d'une lutte. Notre religion est toujours dans une certaine mesure, une religion de l'effort. Au contraire, la religion de Jésus est une religion de la spontanéité, de la joie, de l'amour, de la communion avec Dieu. Le mot d'obéissance rend très mal le rapport intime qui existe entre Dieu et Lui; sa volonté et celle de Dieu lui apparaissent comme une seule volonté. Il est obéissant envers Dieu dans le sentiment d'une indépendance fidèle et d'une liberté filiale qui n'a pas à être brisée et soumise à la volonté de Dieu. Une seule fois, nous trouvons la volonté de Dieu opposée à la sienne (au jardin de Géthsémané) et c'est dans une heure que Jésus semble avoir considéré comme une heure d'agonie, de solitude, d'abandon.

b) L'effort que nous avons à faire pour obéir est déjà une certaine contrainte entre Dieu et nous, mais ce qui cause surtout notre angoisse, notre inquiétude devant Dieu, c'est le sentiment d'avoir manqué souvent à sa volonté et d'être coupables, ou comme disent les théologiens « pécheurs ». Or ce sentiment est nettement inconnu à Jésus, et nous n'en trouvons aucune trace dans les récits de nos Évangiles ; et c'est là ce qui crée en lui cette attitude unique que l'on a désignée tout de suite par le terme « esprit filial » (Saint Paul). Il semble donc que nous arrivions ici au point culminant de la piété de Jésus, et que nous nous trouvions, avec un fait si profondément étranger à notre expérience, sur le bord même du mystère du Christ.

Psaume 39, 2-14 L'homme faible et pécheur
Michée 6, 2- 8 Un beau programme de travail
Matthieu 11, 25-30 Un appel à ceux qui sont fatigués
Matthieu 26, 47-56 Simple obéissance
Marc 14, 35-65 Ta volonté, non la mienne
Marc 14, 3- 9 Vous ne m'aurez pas toujours
Marc 14, 66-72 Jésus renia Pierre

7- La sainteté de Jésus

Nous nous sommes arrêtés devant ce fait que le besoin de repentance ou, si l'on préfère le besoin de revenir à Dieu, ne tient aucune place dans la piété de Jésus, ce qui ne peut s'expliquer que par une identité continuelle entre la volonté de Jésus et celle de Dieu. C'est ce qu'on appelle la sainteté de Jésus Cette sainteté est un mystère qu'il ne faut pas vouloir expliquer, il faut seulement en fixer le sens et en mesurer la portée.

a) Nous ne trouvons rien dans la vie de Jésus qui suppose la repentance, au contraire. Ce fait est d'autant plus remarquable que dans l'expérience habituelle de l'humanité, une âme est d'autant plus difficile avec elle-même qu'elle a une plus haute valeur. Jésus avec toute son humilité, toute la délicatesse de son sens spirituel, échappe à cette loi.

b) Cet abîme entre Lui et nous ne parvient pas à faire de lui un étranger pour nous ; il reste humain et familier et nous avons devant Lui l'impression d'être à la fois très semblables et très différents. La parenté de sa nature spirituelle et de la nôtre s'affirme en ceci que nous retrouvons en Lui, non tout ce que nous sommes, mais tout ce que nous voudrions être : en sorte que Jésus représente pour nous l'image de l'humanité non telle qu'elle est, mais telle qu'elle doit être. En Lui, la vie humaine est devenue la vie divine.

c) Ce mystère que nous ne voulons pas expliquer (surtout par des explications plus obscures que le mystère lui-même), nous pouvons cependant nous en faire une idée ; car nous aussi il nous arrive d'être élevés au-dessus de nous-mêmes par le secours que nous recevons de Dieu. En élevant ainsi Jésus au-dessus du niveau habituel de l'humanité, Dieu semble avoir voulu montrer ce qu'il voulait faire de l'homme, un apprenti de la vie divine. En sorte que sans sortir du cadre de l'humanité, nous avons là une nouvelle création de Dieu. C'est une vie nouvelle, dont Dieu a déposé le germe dans l'âme de Jésus, et qui va se répandre par une sorte de contagion spirituelle.

Matthieu 4, 1-11 Tentation de Jésus
Jean 13, 1-9 & 12-15 Humilité
Jean 17, 1- 8 Glorification
Éphésiens 1, 15-23 Le Chef Suprême
II Tim 1, 6-13 C'est Lui qui nous a sauvés
Hébreux 12, 1 - 7 Les yeux rivés sur Jésus
II Pierre 1, 12-19 Celui-ci est mon Fils

8- Jésus, propagateur de la Vie Divine

L'ambition de Jésus n'est pas de nous montrer simplement la vie divine et de la porter dans la laideur de notre monde comme une beauté lointaine et stérile ; son ambition est d'en être le propagateur. Il ne veut pas rester dans un isolement glorieux, mais élever tous ceux qui lui confient la direction de leur vie spirituelle sur les mêmes hauteurs de l'esprit filial. Ne craignons pas que cela diminue la gloire de Jésus ; sa gloire n'est pas dans la solitude, mais au contraire dans sa fécondité spirituelle.

a) Selon son habitude, Jésus n'exprime pas cette vérité sous la forme d'une pensée abstraite, mais sous la forme d'une sorte de parabole. « Je suis le cep et vous êtes les sarments », dit-il ; c'est dire que la vie qui nous est commune avec Lui nous vient de Lui et ne peut continuer que par Lui, c'est à dire en d'autres termes que notre vie s'alimente par son intermédiaire à la grande source de la vie divine. Ainsi la liberté spirituelle, la piété confiante, l'esprit filial sont des dons du Christ. Il semble que ces privilèges soient liés à la possession de la sainteté, et pourtant nous en jouissons nous aussi, sans participer à la sainteté de Jésus. Comment cela est-il possible? et comment la sainteté de Jésus ne met-elle pas un abîme entre Lui et nous ?

b) Cela tient d'abord à la nature même de la sainteté de Jésus et à la façon dont lui-même paraît avoir envisagé ses rapports avec Dieu. Si Jésus avait considéré que toute sa vie spirituelle se résume dans l'obéissance à une Loi, sa sainteté (c'est à dire son obéissance constante et absolue) donnerait forcément à sa personne quelque chose de rigide et il diviserait l'humanité en deux parties, d’un côté les coupables et de l'autre, Lui, le Saint ; il n'y a rien de pareil dans son attitude. Comment le fait même qu'il aime les hommes sans réserves pourrait-il mettre une barrière entre Lui et eux ?

c) D'autre part, l'Évangile est une merveilleuse puissance de rajeunissement, de renouvellement. Cela ne frappe pas des jeunes gens qui ont encore la vie intacte devant eux, mais les hommes qui ont derrière eux une vie dont le poids entrave leurs efforts, comprennent ce que vaut pareille puissance. Ainsi par exemple, l'intimité avec Dieu devrait être réservée aux cœurs purs ; mais le cœur qui s'est laissé entraîner loin de Dieu peut retrouver par l'Évangile sa pureté primitive ; les sarments desséchés peuvent reverdir sous l'action de l'esprit de Jésus-Christ, son cœur d'enfant retrouve en même temps dans la maison paternelle tous les droits qu'il avait perdus (parabole de l'enfant prodigue). L'Évangile est la Bonne Nouvelle du pardon toujours possible et du renouvellement sans cesse offert à celui qui revient vers Dieu. Que ce rayonnement de la vie divine soit une réalité, c'est ce qu'affirment toutes les Églises chrétiennes ; comment il s'accomplit, c'est ce que nous aurons à étudier maintenant.

Jean 15, 1- 8 Le cep et les sarments
Jean 5, 9-17 Comme je vous ai aimés
Jean 7, 37-46 Si quelqu'un a soif...
I Corinthiens 2, 1-10 La sagesse de Dieu
Romains 8, 9-17 Christ en nous
Ephésiens 4, 11-15 Celui qui est à la tête : Christ
Colossiens 3, 12-17 Tout faire en son nom

Chapitre III - Expansion de la vie divine

1- L' Église Primitive

Lors de la crucifixion de Jésus, il n'y avait pas d' Église Chrétienne. Jésus n'avait jamais cessé de fréquenter le temple juif et n'avait jamais poussé ses disciples à en négliger les cérémonies pour se grouper à part. Aussi lorsque les premiers chrétiens s'organisèrent au lendemain de la Pentecôte, ils ne se séparèrent pas des juifs. Ils étaient des juifs qui pensaient que le Messie était venu et qu'il s'appelait Jésus de Nazareth.

a) Lorsqu'on connaît les idées qu'on se faisait du Messie à cette époque et qu'on voit les Disciples attribuer ce titre à Jésus malgré sa pauvreté, son humilité, malgré la honte de sa crucifixion, on mesure la puissance de l'impression qu'il avait dû faire sur eux. Cette impression fut si forte que des hommes qui n'avaient jamais connu Jésus personnellement, en subissaient la contagion ; et non seulement des ouvriers (sic) sans instruction, comme les douze Disciples, mais de grands penseurs au courant de la philosophie de leur temps, comme saint Paul et saint Jean, si grand était le rayonnement spirituel de Jésus. Enfin lorsque les premiers essais théologiques qui assimilaient Jésus à Dieu parurent, cela ne parut pas choquant à des hommes qui avaient mangé à sa table, dormi près de Lui, et l'avaient connu dans toute l'humble faiblesse de son humanité ; tellement ils avaient eu l'impression devant Lui d'une personnalité unique, incomparable.

b) D'ailleurs les traits qui frappaient particulièrement les premiers disciples n'étaient pas ceux auxquels nous nous attachons aujourd'hui. Ce qu'ils mettaient en relief, c'était la puissance de Jésus ; ses miracles en étaient pour eux une preuve décisive ; ils comparaient volontiers Jésus à Élie ou à Jean Baptiste. Par contre la bonté de Jésus, sa bienveillance pour les petits, sa sévérité pour les orgueilleux, sa pénétration spirituelle les intéressaient à moindre degré ; ils les ont bien relevées, car sans cela nous ne les connaîtrions pas, mais ils ne s'y arrêtaient pas. De même la mort de Jésus ne prenait pas dans leur pensée la place qu'elle a prise plus tard dans la pensée chrétienne. C'est à saint Paul que remonte notre conception de la personnalité spirituelle de Jésus.

c) L'Église fut d'abord un petit cercle très ardent d'hommes et de femmes généralement pauvres et sans instruction ; fidèlement attachés à la loi de Moïse, ils étaient en même temps dressés contre le peuple juif, coupable d'avoir crucifié le Messie. Groupés autour des Apôtres, notamment de Pierre et de Jacques, « les frères du Seigneur », ils conservaient soigneusement le souvenir de Jésus, de son enseignement, de sa vie, de sa mort et de sa résurrection, et vivaient dans l'amour fraternel et la simplicité de cœur. Enfin ils prêchaient l'Évangile sans se préoccuper de créer aucune institution durable, persuadés que l'apparition du Messie et son supplice marquaient l'approche de la fin du monde et du jugement de Dieu.

Lectures - Actes des Apôtres :
2, 1-21 La Pentecôte
6, 8 à 7, 1 Etienne premier martyr
2, 36-47 Premières conquêtes
7, 44-60 « Hommes au col raide »
3, 1-11 « Je n'ai ni or ni argent »
11, 1- 8 Le premier païen converti
3, 21-26 Héritiers des Prophètes

2- Saint Paul

Toute l'histoire du I° Siècle est dominée par la puissante personnalité de saint Paul. Non seulement il a été le plus grand des Missionnaires et le premier des moralistes chrétiens, mais on peut dire qu'en définitive c'est lui qui a donné au christianisme le cadre dans lequel il s'est développé depuis lors.

a) D'abord saint Paul a brisé l'enveloppe juive dans laquelle les premiers disciples avaient laissé l'Évangile enfermé. Il a affirmé que les privilèges attachés à la qualité d'Israélite étaient abolis par la prédication, la vie et la mort de Jésus ; et il a posé le christianisme comme une religion universelle, à laquelle tous les hommes ont même accès, et où rien ne compte si ce n'est les dispositions d'un cœur qui s'abandonne à l'action de Jésus-Christ ; en d'autres termes, une religion où la foi suffit au salut.

) Non seulement il rompit avec le judaïsme, mais il sut lui faire une place dans sa conception générale de l'histoire du monde. Jésus est bien réellement le Messie ; mais par là même la loi est abolie ; il marque la fin d'une époque. Avec une intuition admirable du sens de l'histoire et de la vie spirituelle, l'apôtre affirme le caractère progressif de la révélation divine et en marque les deux étapes essentielles : religion de l'obéissance et religion de l'amour, ou comme il disait plutôt, « religion de la loi et religion de la grâce ».

c) Enfin, il trouve pour désigner cette ère nouvelle dans laquelle Dieu nous a introduits par Jésus-Christ, un mot à la fois simple et profond qui parle au cœur de tous les hommes et dont les plus grands penseurs n'épuiseront jamais le sens : l'amour. L'amour est la loi de ce que Dieu fait pour nous , de ce que nous devons faire pour Lui, de ce que nous nous devons les uns aux autres ; ainsi le christianisme n'est pas seulement une piété, il est une théologie, une morale, une philosophie ; il est une conception générale du monde et de la vie tant morale et sociale que religieuse. Le christianisme devient le germe de toute civilisation nouvelle.

Actes 9, 1- 9 Conversion de saint Paul
I Timothée 1, 12-17 Le persécuteur devenu apôtre
I Thessaloniciens 2, 3-12 Le fidèle ministère de saint Paul
Actes 13,13-33 Paul prêche Jésus, Messie crucifié
Galates 2, 1-10 Essai de concorde entre deux tendances
II Cor. 3, 7-18 Les deux ministères : mort et esprit
Galates 5, 1-10 L'Évangile de la liberté

3- L'Église des martyrs - L’évolution vers le Catholicisme

L'évolution vers le catholicisme Pendant deux siècles et demi, de l'an 62 à 313, le christianisme fut persécuté dans l'Empire Romain, c'est à dire dans tout le monde alors civilisé. Cette persécution n'arrêta pas ses progrès extrêmement rapides ; à certains égards elle fut même salutaire en purifiant l'Église de ses éléments douteux, mais elle obligea l'Église à se concentrer et par là elle lui imposa des caractères qui n'étaient pas ceux de sa première période. Les caractères généraux de l'Église aux 2° et 3° siècles sont les suivants :

a) Une grande diversité dans les idées et les conceptions religieuses. Cette variété ne pouvait être limitée ni par la tradition qui n'existait pas encore, ni par la Bible, les livres du Nouveau Testament n'étant pas encore rassemblés ou n'ayant pas l'autorité qu'ils devaient avoir plus tard. Il devint donc nécessaire d'établir dans l'Église une certaine unité afin de donner l'autorité aux idées que l'on jugeait vraiment conformes à la prédication de Jésus et des apôtres.

b) Cette autorité devenait d'autant plus nécessaire que les idées les plus extravagantes se faisaient jour, et que les mélanges les plus inattendus se produisaient entre les idées et les mœurs chrétiennes, et le paganisme au milieu duquel vivaient les croyants. On fut amené ainsi à établir une règle de foi et à considérer que l'essentiel était de croire exactement cet ensemble de doctrines que l'on appelait orthodoxe (c'est à dire croyance exacte) et d'échapper ainsi à l' hérésie (c'est à dire croyance séparée). Ces mots qui auraient été incompréhensibles aux premiers chrétiens, prirent bientôt la première place dans le langage ecclésiastique.

c) Enfin pendant les persécutions, le clergé s'était acquis par son courage et sa dignité un légitime prestige, et son influence ne fit que grandir pendant les invasions barbares, et dans la période de dépression et d'envahissement qui suivit la fin des persécutions. Les privilèges exclusifs que les chefs d'Églises s'étaient ainsi acquis, se fortifièrent de jour en jour par analogie avec les habitudes juives ou païennes. Ainsi se constitua à la faveur des circonstances historiques, ce qui devait être l'essentiel du catholicisme : · Une Église ou l'unité est assurée par l'autorité, · Un christianisme conçu comme une doctrine à croire, plutôt que comme une vie à propager, · Un clergé radicalement séparé du reste des fidèles.

Apocalypse 14, 17-24 Le jugement des persécuteurs
I Timothée 4, 8-16 La prédication évangélique
Ésaïe 41, 8-14 Dieu veille sur son Église
Galates 1, 6-12 N'abandonnez pas le pur Évangile
Actes 15, 3-21 Premières difficultés dans l' Église
Actes 15, 22-35 « Il a plu au St-Esprit et à nous »
Juges 9, 7-21 Le service est la véritable autorité

4- Le Catholicisme

Il est difficile de parler du catholicisme avec exactitude et par conséquent avec équité, parce qu'il y a sous ce mot une grand variété de conceptions et de sentiments. Nous essaierons donc de définir simplement ce qui fait le fond permanent de la pensée et de la vie catholique.

a) L'idée essentielle de catholicisme, c'est que l'Église n'est pas une institution fondée par les croyants pour mettre en commun leur activité spirituelle ; c'est une institution divine, fondée par Jésus lui-même et destinée à le remplacer sur terre. Il lui a transmis son autorité, ses droits et ses privilèges propres par l'intermédiaire de l'apôtre Pierre ; en sorte que Dieu s'incarne dans l'Église, comme il s'incarnait en la personne de Jésus. Remarquons qu'il y a là une déformation d'une idée très belle et très juste ; les chrétiens sont appelés en effet à continuer l'œuvre de leur Maître. D'autre part, continuer la tâche de Jésus, ce n'est pas hériter de son autorité. Cette conception de l'Église conduit logiquement à exclure de la vie chrétienne quiconque est en dehors de l'Église ; elle aboutit ainsi à l'intolérance.

b) L'Église Catholique, étant par Dieu destinée à remplacer la personne visible du Christ, aura naturellement le droit de parler comme Lui au nom de Dieu, de formuler des commandements nouveaux, et surtout d'accorder ou de refuser le pardon. Comme une pareille autorité ne peut appartenir qu'à l'Église dans son ensemble, elle sera exercée en fait par des hommes, les prêtres, auxquels aura été transmis par une cérémonie spéciale (l'ordination) le pouvoir délégué par Jésus à l'Église. Le prêtre deviendra ainsi l'intermédiaire nécessaire entre Dieu et l'homme, sans lequel le repentir le plus vrai ne saurait appeler le pardon de Dieu. En définitive le catholicisme nous apparaît comme une forme de christianisme pour laquelle la vie divine n'est accessible aux hommes que par l'intermédiaire d'une société historique déterminée, l'Église Romaine. Le protestantisme au contraire est le contact direct avec Dieu, personne n'ayant qualité pour se placer entre Lui et nous.

Genèse 3, 1-13 Le premier péché
Genèse 6, 5 à 7,10 Le déluge
Genèse 8, 6-22 « Je ne frapperai plus la terre »
Genèse 9, 8-15 L'alliance première
Matthieu 20, 1-16 Les ouvriers de la 11° heure
Jean 16,15-32 La séparation et le revoir
Jacques 3, 1-12 La langue

5- La civilisation Catholique au Moyen Âge

Si l'on veut être équitable avec le catholicisme, il ne faut pas le juger dans le cadre de la pensée et de la vie moderne, mais dans la suite de son histoire et notamment au Moyen-Âge où l'Église, après avoir sauvé la civilisation occidentale, a essayé de réaliser son idéal social, moral et religieux.

a) « Le monde doit être gouverné par Dieu », tel est le principe que l'Église a essayé de mettre en œuvre. Il est évident pour tout homme religieux que rien ne doit échapper au commandement de Dieu ; et le chrétien considère aussi comme évident que l'Évangile nous fournit le principe non seulement de la vie personnelle, mais aussi de la vie sociale. Malheureusement l'Église a matérialisé cela comme elle a fait pour tous les principes chrétiens. Elle a confondu le gouvernement de Dieu avec le gouvernement de l'Église, et sous prétexte de soumettre le monde à Jésus-Christ, elle a essayé de soumettre les rois aux papes. Par là, elle a déchaîné des luttes et des oppositions irréductibles contre sa tentative de théocratie (gouvernement de Dieu).

b) Poussés par un besoin très noble de vie parfaite, de sainteté chrétienne et de consécration, un grand nombre d'hommes et de femmes se sont engagés dans les Grands Ordres Religieux. Ces ordres ont rendu des services inappréciables à la civilisation dans l'ordre social, moral, intellectuel, et il n'est pas exagéré de dire qu'ils ont sauvé le christianisme. Mais en se retirant de la vie courante, ils ont jeté sur elle, une sorte de discrédit et introduit dans la pensée chrétienne, une conception inexacte de la perfection chrétienne qui a fini par fausser le sens moral de la chrétienté catholique, et a soulevé l'âpre opposition de la Réforme.

c) Enfin, l'Église a constitué sous le nom de scolastique, une philosophie et une théologie, c'est à dire une conception générale du monde, de l'homme, de Dieu et de leurs rapports mutuels qui constituait à l'époque la somme de toutes les connaissances acquises. L'Église était le grand foyer de pensée et de vie intellectuelle. Cette philosophie avait la valeur que pouvait lui donner l'état des connaissances à cette époque, et tout aurait été normal si l'Église n'avait prétendu en faire la philosophie définitive et absolue. Par là, elle se mettait au travers du progrès, et très vite elle se heurta à un grand mouvement de pensée : la Renaissance qui porta les premiers coups à son autorité intellectuelle. Cette époque est une de celles ou l'Église a été le mieux en état de donner sa mesure. Elle n'a malheureusement pas su distinguer l'Évangile des formes passagères dans lesquelles il s'exprimait, et par là elle a gravement compromis le développement religieux de l'Europe occidentale et particulièrement des pays latins. Mais elle a droit à la reconnaissance de toute l'humanité chrétienne pour l'œuvre immense qu'elle a malgré tout accompli à une époque particulièrement agitée et difficile.

Genèse 11, 1- 9 La Tour de Babel
I Samuel 12, 1-15 De nobles adieux
Job 31, 3-35 Job plaide son innocence
Psaume 8, 1-10 Qu'est-ce que l'homme ?
Psaume 16, 1-11 Le bonheur est en Dieu
I Thés. 3, 6-16 Pas de désordre !
I Pierre 5, 1- 7 Anciens et Jeunes

6- La Réforme - Les faits et les Hommes

La Réforme est un mouvement religieux qui éclaté à la fin du 15° siècle et eut pour résultat de détacher de l'Église catholique une grande partie de l'Europe. La Réforme eut pour occasion la corruption de l'Église catholique qui était alors effroyable et ses abus qui trouvèrent leur expression la plus choquante dans la vente des indulgences. Elle eut pour cause profonde le mouvement général des esprits connu sous le nom de Renaissance qui ramena l'attention sur les textes de l'Antiquité et notamment sur le Nouveau Testament. La comparaison entre l'enseignement de Jésus et celui de l'Église permit de constater combien celle-ci s'était écartée de son point de départ.

a) La Réforme n'avait pas pour but de créer une Église nouvelle à côté de l'Église catholique, mais comme son nom l'indique, de réformer celle-ci et de la ramener à ses origines. Malheureusement il était trop tard pour entreprendre une œuvre de cette ampleur ; on pouvait bien améliorer et purifier la vie de l'Église, mais on ne pouvait plus modifier son enseignement pour le rendre conforme à celui de Jésus. L'Église se considérant comme infaillible, n'avait pas le droit de dire : «Je me suis trompée», et ne pouvait donc plus se réformer sans se renier elle-même. La Réforme eut donc pour résultat de créer des Églises nouvelles à côté de l'Église catholique

b) Comment naquirent ces Églises ? En fait, il y eut deux Réformes : 1- La Réforme allemande, qui eut surtout pour cause les abus du clergé. Elle prit d'emblée le caractère d'une revendication morale. Il semble qu'elle aurait pu avoir satisfaction assez facilement si l'Église catholique avait consenti à réformer sérieusement ses mœurs et ses pratiques. 2- La Réforme française, qui est beaucoup plus visiblement fille de la Renaissance. Elle commença dans les milieux intellectuels où on était frappé de la différence entre ce qu'on enseignait dans l'Église et ce qu'enseigne le Nouveau Testament. Elle fut surtout au début une revendication d'ordre intellectuel et l'Église n'aurait pu lui donner satisfaction qu'en modifiant totalement son enseignement, et en renonçant à ses prétentions.

c) Les hommes qui ont dominé les deux branches de la Réforme ont imprimé à chacune d'elles son caractère définitif. · LUTHER en Allemagne était surtout une belle âme religieuse, il a développé le mouvement de la Réforme dans le sens de la piété et de l'art. C'était une nature très sympathique mais parfois d'une rigidité morale insuffisante. · CALVIN en France était moins sympathique ; c'était une nature rude et absolue qui conserve souvent des restes d'intolérance catholique ; mais c'était une conscience intraitable qui a imprimé à la Réforme française une rigidité morale dont on trouverait difficilement ailleurs l'équivalent. La Réforme luthérienne s'est surtout répandue en Allemagne et dans les pays scandinaves. La Réforme calviniste a conquis l'Écosse, les États-Unis d'Amérique, la Hongrie, une importante minorité en France et en Suisse. L'Angleterre a adopté une forme spéciale du protestantisme dit « anglicane.»

Apocalypse 3, 1- 9 Les morts que l'on croît vivants
Apocalypse 2, 1- 7 Tu as abandonné ton premier amour
Joël 2, 12-17 Déchirez vos cœurs et non vos vêtements
Apocalypse 3, 14-22 Contre les tièdes
Apocalypse 2, 8-11 N'aie pas peur des souffrances
Daniel 3, 14-25 Dieu avec nous dans la fournaise
II Timothée 2, 1-13 Sois fidèle au Dieu fidèle

7- La Réforme - Les principes - La question d'autorité

a) La première question qui s'est posée pour la Réforme, c'est la question d'autorité. L'Église catholique disait : « repousser l'autorité de l'Église, c'est repousser l'autorité de Jésus. » Seule l'Église a le droit de décréter et de fixer les commandements de Dieu». A l'autorité de l'Église, les Réformateurs ont substitué l'autorité de la Bible. Ils ont d'abord revendiqué pour la Bible une autorité historique ; pour savoir ce qu'a dit ou fait Jésus, je m'en rapporterai aux documents primitifs plutôt qu'à une tradition vieille de I5 siècles qui a pu se fausser. Mais surtout ils ont revendiqué pour elle une autorité religieuse, parce que la Bible contient le reflet de la piété de Jésus et de la piété des disciples qui l'ont connu directement. C'est la Bible et non l'Église, qui décide de ce qui est bien et de ce qui est vrai ; elle est, selon un mot célèbre « la conscience de notre conscience ».

b) Les catholiques n'ont pas nié que la Bible fut en définitive l'autorité véritable ; mais ont-ils dit, la Bible est un livre obscur, qu'il est difficile de comprendre. L'Église a seule qualité pour dire aux fidèles ce qu'il y a vraiment dans la Bible et ce qu'elle attend de nous. Ainsi en pratique la seule autorité sera l'Église. Que faut-il penser de cette prétention de l'Église, que la Bible est un livre obscur que seule elle peut interpréter ? Cela dépend ce que l'on cherche dans la Bible. Si on y cherche un système de théologie, il est certain qu'elle est obscure, et qu'on y trouvera du reste plusieurs systèmes contradictoires. Jésus lui-même y parle de choses anciennes et de choses nouvelles, de vérités éternelles et de pensées abolies. Mais si on cherche dans la Bible l'aliment nécessaire à notre vie religieuse, les gages de l'amour de Dieu, la règle de notre attitude devant Lui, et les raisons de notre confiance en Jésus-Christ, elle est assez claire pour que tout le monde la comprenne. Au fond, la question de savoir si la Bible est un livre simple ou un livre compliqué, revient à savoir si la vérité qu'on y cherche est compliquée ou si elle est assez simple pour se faire connaître de nous par ce que Calvin appelait « le témoignage intérieur du Saint-Esprit ».

c) Le catholicisme a toujours représenté la Réforme comme vouée à un échec parce qu'elle voulait maintenir parallèlement l'autorité de la Bible et le libre examen. Pour lui, il faut choisir liberté ou autorité. L'Église aurait raison s'il fallait entendre par autorité de la Bible une autorité tyrannique et matérielle, telle que la lettre de chaque mot ferait loi pour nous. Mais quand nous parlons de l'autorité de la Bible, nous entendons l'autorité de la conscience de Jésus, connue par la Bible. Il faut donc penser que celui qui a voulu nous affranchir de toutes nos servitudes, n'a pas maintenant pour but de nous asservir. Il faut nous placer avec des esprits libres en face de la personne de Jésus ; l'idéal qui brille en elle est assez beau pour nous entraîner par le seul attrait de la vérité. Dans l'éducation religieuse de nous-mêmes, comme en toute éducation, il faut savoir garder leur place à la fois à l'autorité et à la liberté.

Osée 14, 1- 8 Retour au culte en esprit
Psaume 68, 2-21 Psaume des batailles
Jérémie. 20, 7-11 L'indiscutable autorité
Luc 7,24-35 Ceux qui reconnaissent l'autorité spirituelle
Matthieu 7, 1- 6 Ne jugez pas I I Cor. 4. 9-15 L'injuste opprobre
Ézéchiel 18, 1-13 Les responsabilités individuelles

8- La Réforme - Les principes - Le Salut par la Foi

La Réforme n'a pas renouvelé seulement la méthode religieuse en revendiquant pour Jésus-Christ toute l'autorité ; elle a modifié dans son fond l'attitude religieuse du chrétien, en posant la question du salut qui paraissait nouvelle, mais qui se rattachait en réalité à la pensée de saint Paul.

a) « J'ai commis des fautes (des péchés), comment échapperai-je au châtiment que j'ai mérité? ». Voilà comment se posait pour l'Église la question du salut. Avant même d'examiner la réponse à faire, la Réforme protestait contre la façon dont elle était posée. Le péché, disait-elle n'est pas un acte contraire au commandement, c'est la disposition d'un cœur qui n'est plus en contact avec Dieu ; ce qui est grave, ce n'est pas telle ou telle désobéissance particulière, c'est que la source même de la vie morale est atteinte, c'est que ma volonté n'est pas bonne, c'est que mon cœur n'est pas pur. Compter les péchés pour les effacer un à un est chose puérile ; ce qu'il faut, c'est détruire la source du mal en moi. Un homme qui aurait toujours réussi à maîtriser ses mauvais instincts, mais qui les porterait en lui, ne serait-il pas moins un pécheur ? Il aurait ce que Jésus appelait « une justice de scribe ou de pharisien ». D'autre part, il ne s'agit pas tant d'échapper au châtiment que d'échapper au péché lui-même. « Qui me délivrera de la puissance du mal? » Voilà la vraie question religieuse ; et non : « Qui me dispensera de subir le châtiment que j'ai mérité? »

b) A des questions si différentes, les réponses doivent être différentes aussi. Un acte coupable peut être racheté par une bonne œuvre, et on peut essayer d'établir une sorte de compensation entre les bonnes et les mauvaises actions. L'Église catholique enseignera donc le salut par les œuvres avec des aumônes, des jeûnes, des prières. On pourra compenser, racheter les fautes commises, faire pénitence et par cette sorte de châtiment volontaire que l'on s'impose « acquérir des mérites » et éviter ainsi le châtiment de Dieu. Ces conceptions sont évidemment inacceptables pour les Réformateurs. Si mon cœur est mauvais, ce n'est pas avec des œuvres que je le changerai, mais seulement par un acte de sincérité et de décision qui s'appelle le repentir ; si je suis loin de Dieu, ce n'est pas par la pénitence que je reviendrai à Lui mais seulement par cet acte d'abandon qui s'appelle la foi ; et si mes fautes passées pèsent sur moi, Dieu me les pardonnera à cause de son amour tel qu'il me l'a fait connaître en Jésus-Christ, et non à cause de mes mérites et de ceux d'autrui, car l'idée d'un mérite, c'est à dire d'une dette de Dieu envers un homme est incompréhensible. Ainsi au salut par les œuvres, la Réforme opposait le salut par la foi. Cela ne signifie pas que nous mettons la croyance au dessus de la conduite, mais que derrière les actes nous cherchons le sentiment qui les inspire. Qu'est-ce qui fait notre valeur devant Dieu ? Est-ce le fait d'accomplir un certain nombre d'actes, d'appartenir à une certaine Église et de lui obéir ou est-ce l'orientation générale de notre vie ? Cette question sera éternellement posée devant les hommes sous des formes diverses, et la réponse des Réformateurs nous paraît la plus évangélique, la plus libérale, la plus humaine qu'un chrétien puisse lui donner.

Luc 7, 2-10 Une belle foi
I Cor. 9, 8-15 La foi en celui qui donne la semence
II Pierre 1, 3-11 Les œuvres de la foi
II Cor. 3, 1-6 Une lettre du Christ
Colossiens 2, 6-23 Contre les enseignements « humains »
I Thessaloniciens 1, 2-10 Nous pensons à votre foi
Galates 3, 1-9 Les hommes de foi

9- Les ambitions du Protestantisme

Nous avons essayé de montrer comment les Réformateurs s'étaient efforcés de rejoindre l'Évangile authentique de Jésus-Christ par dessus les erreurs et les déformations d'une tradition souvent infidèle à l'esprit même de ses origines. Par une réaction quelquefois excessive, bien qu'évidemment nécessaire, le protestantisme a paru n'avoir d'autre raison d'être que de s'opposer aux conceptions catholiques. Cependant, il était en réalité une œuvre constructive et non une simple négation ; il voulait rendre à l'Église la sève évangélique, le sens de la liberté spirituelle et la valeur universelle de la foi. Ces trois expressions représentent les ambitions permanentes, toujours poursuivies, jamais pleinement réalisées, des Églises protestantes.

1) La Réforme a voulu mériter le titre d’Évangélique, en revenant à l’Évangile original et plus généralement aux conceptions religieuses exprimées dans les Livres du Nouveau Testament. Mais les Églises qui en sont issues ne peuvent mériter pleinement ce beau titre que si elles sont fidèles à l’esprit et à l’exemple du Christ autant qu’à sa doctrine, si elles savent conformer leur vie à la sienne et renouveler son sacrifice.

2) La Réforme a voulu sauvegarder ou restaurer la liberté chrétienne, mais la liberté vis à vis des autorités humaines n’est légitime et sacrée que dans la mesure où elle laisse le champ libre à l’autorité de Dieu, et elle nous invite à chercher le fondement de notre salut dans une réalité plus profonde que la soumission aux doctrines et aux cadres de l’Église. Un chrétien protestant qui revendique sa liberté spirituelle doit reconnaître et respecter celle de ses frères, admettre que l’on puisse participer à la vie divine avec des idées autres que les siennes.

3) Par là, il donnera à sa foi une valeur vraiment humaine et universelle. La piété protestante se caractérise par son effort pour éliminer tout ce qui est artificiel, tout ce que Dieu ne confirme pas par son Esprit, dans le cœur du croyant? C’est ainsi qu’elle s’efforce de faire entrer dans sa vie tout ce qui mérite d’être aimé, d’être recherché, d’être servi. Par là, elle mériterait plus que toute autre le titre d’universelle. Ainsi le protestantisme reste fidèle à l’esprit même de Jésus-Christ, qui ne voulait pas créer des barrières nouvelles entre les hommes, mais renverser au contraire celles qui existaient avant Lui.

Ézéchiel 37, 1-14 Les morts revivent
Jérémie 18, 1-10 Responsabilités des Nations et Églises
I Jean 1, 1-17 Dieu est Lumière
Philippiens 2, 12-18 Irréprochables et purs
Galates 5, 13-25 La vraie liberté
II Corinthiens 6, 3-10 Comment faire respecter sa foi
Philippiens 4 , 8-13 Tout pour Christ, tout par Christ

La vie divine dans les âmes

Chapitre I - Les sources de la vie divine

Pourquoi l'homme est-il religieux ? Pourquoi ne s'enferme-t-il pas dans les préoccupations purement matérielles ou intellectuelles, mais cherche-t-il au-dessus de lui la raison d'être de son existence et de celle du monde ? Pourquoi croit-il en Dieu ?

Cette question, que nous allons étudier dans ce chapitre, ne doit pas être posée ainsi : Peut-on démontrer l'existence de Dieu ?. La religion a été une rencontre avec Dieu avant d'être une réflexion sur Dieu ; celui-ci a été cherché, trouvé et adoré, avant que son existence ait été démontrée. Nous cherchons ici ce qui a fait de l'homme un être religieux.

1- Le besoin religieux

La place que la préoccupation religieuse occupe dans l'histoire humaine prouve que ce besoin est profondément ancré dans le cœur de l'homme. « Mon âme a soif de Dieu » chantait le Psalmiste. Cette soif est très vivante en certaines âmes ; dans d'autres elle se réduit à un désir assez vague, dans d'autres enfin elle semble éteinte. Il faut donc voir si le besoin qu'elle révèle n'est qu'une illusion ou s'il est vraiment essentiel à l'homme.

a) Le besoin religieux naît d'abord d'une impression de faiblesse et de solitude qui nous saisit devant le monde. Sommes-nous seuls dans un univers aveugle et sourd ? ou le monde est-il gouverné par une pensée, une volonté que nous pouvons rejoindre ?
Nous avons le sentiment qu'un monde gouverné par Dieu serait plus compréhensible à notre esprit et plus rassurant pour notre cœur qu'un monde purement mécanique. La forme la plus simple du besoin religieux, c'est le désir de trouver derrière le monde une Pensée à laquelle il obéit.

b) D'autre part, l'homme se trouve dépaysé dans un monde qui ne lui donne pas ce qu'il ne peut s'empêcher de chercher : le bonheur, le bien, l'idéal. A certains égards, il se sent supérieur à ce monde dans lequel il se voit si faible ; il le juge et le condamne, il cherche au dessus de lui, en Dieu, le but véritable de sa vie, de son action.
Le vrai besoin religieux est le besoin de donner à notre vie et à nous-mêmes une loi en un Maître plus puissant que le monde et surtout plus juste.

c) Mais la forme la plus haute du besoin religieux, c'est le besoin du salut. Dès le moment où nous savons qu'il y a une loi de notre vie, nous constatons que nous ne pouvons pas la réaliser. Elle exige que nous soyons ce que nous ne sommes pas. Une vie nouvelle doit naître en nous, et nous ne pouvons pas créer une vie autre que celle que nous avons reçue ; créer est l'acte d'un Dieu. Y a-t-il donc un Dieu qui puisse nous sauver de nous-mêmes et de notre misère ?

Telle est la vraie question religieuse. J'ai besoin de quelqu'un qui m'apporte une vie plus haute ; Dieu peut-Il et veut-Il être celui-là ?
C'est à cette question que nous allons chercher une réponse, en étudiant ce que le monde, ce que notre cœur, ce que Jésus-Christ ont à nous dire au sujet de Dieu.

Psaume 42, 2-12 Mon âme soupire après Toi
Psaume 63, 2- 9 Mon âme a soif de Toi
Genèse 28, 10-22 Dieu était là...
Psaume 25, -14 Mon âme Te cherche
Psaume 14, 1- 7 Un monde sans Dieu
Psaume 27, 1- 5 Dieu est ma lumière
Psaume 23 Dieu, mon berger

2- Le Mystère du monde

On entend souvent dire « L'origine du monde est un mystère qui ne s'explique que par l'existence d'un Dieu qui a tout créé ; il est clair que Dieu existe, car le monde doit avoir un auteur ».
Ce raisonnement n'est pas faux, mais il est un peu sommaire et ne donne à l'idée de Dieu un sens religieux que si on ajoute :
a) quelques remarques sur le mystère,
b) quelques considérations sur le monde que l'on prétend expliquer.

a) Les adversaires de l'idée de Dieu disent en effet que celle-ci est peu à peu rendue inutile par les progrès de la connaissance. Tant qu'on ne connaît pas la cause réelle d'un fait, on le trouve mystérieux et on l'attribue à l'action de Dieu ; puis une fois que la science l'a expliqué, il n'y a plus de mystère et on ne parle plus de Dieu. Ainsi chaque jour la science fait reculer le mystère, et Dieu par la même occasion.
Cette vue est radicalement fausse. Plus nous connaissons le monde, plus nous découvrons en lui de mystères ; la science ne nous place pas devant un univers simple où tout est compréhensible ; chaque problème qu'elle résout soulève d'autres questions plus complexes ; la découverte de l'électricité, par exemple, a expliqué un certain nombre de phénomènes, mais elle a ouvert devant nous un monde nouveau, plein de mystère et d'inconnu. L'idée que nous nous faisons du monde est beaucoup moins simple que celle que s'en faisaient les anciens, et l'appel à une pensée directrice y est plus nécessaire encore.

b) Nous trouvons en effet dans le monde de l'ordre, et un ordre que nous pouvons comprendre et deviner. Nous sommes donc autorisés à penser qu'il y a à l'origine du monde une pensée, et une pensée à laquelle la nôtre est apparentée, puisque nous pouvons la comprendre.
Nous trouvons en outre dans le monde la vie, mystère bien plus merveilleux encore que l'ordre, et d'autant plus troublant que chacun de nous la porte en lui-même. Le monde de la vie nous apparaît comme une seconde création superposée à la première, et nous sommes autorisés à penser que la réalité qui est à l'origine du monde porte en elle le secret de la vie comme celui de l'ordre.

Enfin nous trouvons dans le monde l'esprit. C'est là le suprême mystère : Que l'homme ait la faculté de penser, de raisonner, et aussi d'aimer, d'espérer, de craindre, de croire, voilà qui nous donne une idée incomparable de la réalité dont il est issu.
Le spectacle du monde est donc, pour qui sait le comprendre, la révélation d'une réalité mystérieuse, raison d'être des choses et de nous-mêmes, qui ne peut avoir introduit dans le monde l'ordre, la vie et l'esprit, que si elle est elle-même Ordre, Vie et Esprit.

Genèse, 1, 1-25 Dieu créateur du monde
Genèse 1,26 à 2,3 Dieu créateur de l'homme
Job 38, 1-25 Dieu ordonnateur du monde
Psaume 96, 1-8 & 11-15 Dieu maître du monde
Actes 17, 22-31 La vie est en Lui
Psaume 139, 1-12 Dieu connaît nos cœurs
Jean 4, 19-26 Dieu est Esprit

3- Le Mystère de l'Homme

Nous avons trouvé dans le monde l'ordre, la vie et la pensée ; mais il suffit de regarder en nous-même pour y trouver la vie de l'esprit sous des formes bien plus caractéristiques que la pensée elle-même.

a) Il y a d'abord en nous le mystère du Devoir, plus profond que celui de la raison. L'homme sent en lui une force qui le domine et qui n'est pas lui, puisqu'il cherche à lui échapper. Cette forme lui impose une volonté à laquelle il lui est toujours possible de désobéir, mais qu'il est contraint de respecter, d'honorer et d'approuver même alors qu'il n'y souscrit pas. C'est la force du devoir.
Nous appelons Dieu cette volonté qui nous commande.

b) Plus haut que le devoir, il y a l'Idéal. Le devoir est une consigne et nous ne pouvons pas enfermer toute notre vie intérieure dans un certain nombre de défenses. Il y a des beautés morales qu'aucune règle n'impose, qui sont comme la poésie de la vie spirituelle, et que nous ne pouvons pas ne pas rechercher : l'amour, le sacrifice, et d'un mot l'Idéal.
On s'est souvent étonné de voir l'homme poursuivre un idéal qui, par sa nature, échappe à ses atteintes. Pourquoi ne se contente-t-il pas du devoir qui est une chose nette et précise ? On s'est moqué du caractère insatiable de l'âme humaine. mais précisément l'homme est fait pour l'infini et rien de ce qui est fini ou imparfait ne peut le contenir. Il a soif de perfection.
Ici Dieu nous apparaît comme une beauté qui nous attire.

c) Enfin nous trouvons en nous le sens de l'adoration ou tout simplement le sentiment religieux. L'homme n'est satisfait ni par la sécheresse du devoir, ni par le vague d'un idéal qui recule à mesure qu'on s'en approche ; il lui faut une perfection réalisée, vivante, et trouvant sa puissance dans sa perfection même. L'homme cherche au-dessus de lui une Personne, un Dieu qui explique la voix intérieure du devoir et l'attrait souverain de l'idéal, qui explique surtout le sens de l'adoration que nous portons en nous-mêmes.
Tout le monde ne connaît pas l'adoration ; mais tout le monde connaît un sentiment qui en est très voisin et qui peut nous aider à comprendre sa nature ; c'est l'admiration, c'est-à-dire la joie désintéressée de se sentir dominé et dépassé, de trouver devant nous quelque chose et quelqu'un qui nous fasse sentir, en même temps que notre infériorité, la possibilité d'y échapper.
Dieu nous apparaît, de ce point de vue, comme la sainteté qui nous humilie et en même temps nous relève.

d) Ainsi l'homme porte en lui-même un triple mystère ; mais c'est un mystère lumineux ; et l'on comprend que l'homme trouve son repos et sa paix dans la connaissance d'un Dieu qui commande, qui inspire, et qui, malgré sa sainteté, n'est pas loin de notre misère.

Psaume 119, 1-34 Dieu, auteur de la Loi
Romains 1, 18-25 Quand on abandonne Dieu
Proverbes 1, 7-35 Détournez-vous des niaiseries
Proverbes 3, 1-19 La sagesse est précieuse
Job 28, 1-16 La sagesse est en Dieu
Psaume 119, 97-176 Dieu, but de la vie
Jean 4, 5-15 Dieu seul désaltère l'âme

4- Le Mystère de Dieu (Le problème du Mal)

Nous avons vu que la vision autour de nous de ce qui est, et plus encore la vision en nous de ce qui doit être, nous conduisent l'une et l'autre, vers l'idée d'une Pensée et d'une Volonté qui porte en soi la raison d'être du monde et le but de notre vie. C'est cette personne que nous appelons DIEU.

a) Cela aussi est un mystère, qui résume tous les autres, et devant lequel notre pensée s'arrête, impuissante. Nous comprenons que cette affirmation de Dieu est nécessaire, mais en même temps nous éprouvons que cette idée nous dépasse infiniment et déborde les capacités de notre esprit.
Cependant ce Dieu mystérieux nous apporte un apaisement ; nous ne sommes pas livrés au hasard ; le monde a un sens, notre vie a un but ; nous trouvons une certaine sécurité à penser que nous ne vivons pas dans le royaume du hasard, mais dans la maison de l'Esprit.

b) Seulement, aussitôt que nous voulons aller plus loin, nous sommes arrêtés par une difficulté redoutable : l'idée de Dieu nous vient à la fois de la nature (ce qui est) et de la conscience (ce qui doit être) ; mais la nature et la conscience ne parlent pas le même langage.
Dans la nature nous voyons que Dieu a institué des lois impitoyables, qui n'ont aucun égard à la valeur morale des êtres et des choses ; notre conscience réclame au contraire, un Dieu qui donne à chacun ce qui lui est dû. Le monde nous donne le spectacle d'un ordre admirable du point de vue matériel, mais d'un désordre effroyable au point de vue moral. L'idée que nous pouvons nous faire de Dieu d'après ce qui arrive ne satisfait pas notre conscience, et le Dieu que réclame notre conscience paraît sans pouvoir sur le monde.
Voilà le plus troublant de tous les mystères ; c'est ce qu'on appelle le problème du mal ; si Dieu règne, pourquoi y a-t-il tant de mal dans le monde ? .

c) Ce problème est le plus grave que puisse se poser un chrétien. Beaucoup d'esprits sincères s'écartent du christianisme parce qu'ils ne parviennent pas à comprendre comment un monde comme le nôtre peut être l'œuvre de Dieu, que les Psaumes - et Jésus lui-même - nous présentent comme veillant sur nous avec bonté.
« Si Dieu est bon, Il n'est pas tout puissant ; s'Il est tout-puissant, Il n'est pas bon. ». Cette formule, qu'on lance volontiers contre une certaine piété, ne va pas au fond des choses ; mais tous les raisonnements qu'on pourra lui opposer n'effaceront jamais le scandale de la souffrance imméritée.
Ce qu'il faut chercher, ce n'est pas une réponse à une attaque habile, c'est une forme de piété qui domine d'assez haut ce terrible problème.

Les lectures de cette semaine expriment les idées imparfaites des croyants de l'Ancien Testament et leur trouble devant les problèmes du mal, avant que Jésus nous eût révélé la signification véritable de la souffrance :
Psaume 1, 1 –6 Le juste est toujours heureux
Psaume 73, 2-22 Le méchant est toujours puni
Job 5, 6-27 La souffrance voulue de Dieu
Job 9, 2-24 Dieu est-il indifférent ?
Ézéchiel 18, 22-32 L'homme qui ne comprend pas
Psaume 34, 12-19 Dieu protège les justes
Psaume 22, 1-12 La plainte du malheureux

5- Le Dieu de Jésus-Christ

Essayons de voir si la conception de Dieu sur laquelle est fondée la piété de Jésus-Christ ne nous permettrait pas d'échapper aux difficultés soulevées par le problème du mal.

a) Jésus constate comme nous l'indifférence des lois de la nature ; il sait bien que Dieu fait lever son soleil pour les méchants comme pour les bons ; mais au lieu d'y voir un scandale, il y voit une marque de la bonté de Dieu qui traite tous ses enfants de la même manière. Il ne veut pas d'un Dieu partial qui ne ferait pleuvoir que sur les champs du juste.
Il repousse résolument la vieille idée israélite que les malheurs sont toujours des châtiments. Par là, il libère l'âme devant la souffrance d'autrui et donne libre cours à la pitié (voir page19).

b) La volonté de Dieu à l'égard des hommes est toujours bonne, mais elle n'est pas seule à s'exercer dans le monde ; parce qu'une chose arrive, cela ne prouve pas qu'elle est voulue de Dieu ; bien des malheurs au contraire arrivent parce que le hommes ne respectent pas la volonté de Dieu.
Jésus ne dit pas comme le Psalmiste « Dieu règne » ; il nous apprend à prier : « Que ton règne arrive », car il sait qu'actuellement la volonté de Dieu ne se fait pas sur la terre comme au ciel. Les hommes ont introduit dans le monde des germes de désordre, en sorte que le spectacle du monde ne nous donne pas, par lui-même, une idée exacte de Dieu.

c) La religion de Jésus ne sera donc pas une adoration de la nature, mais un appel de la conscience en Dieu qui aura le dernier mot. Elle nous invite à rétablir dans le monde la volonté de Dieu, c'est-à-dire l'ordre, l'harmonie et l'amour ; et elle nous promet que le Maître du monde travaillera avec nous si nous savons travailler avec lui.
Le Chrétien est le disciple du Juste crucifié ; il ne s'étonne donc pas qu'il y ait de l'injustice dans le monde ; mais il se dresse contre cette injustice au nom de Dieu par qui seul, elle pourra être vaincue.

d) La piété n'est pas pour Jésus un moyen d'expliquer la douleur, de savoir d'où elle vient ; elle est plutôt un moyen de savoir où elle nous conduit et ce que Dieu attend de nous dans notre souffrance.
Le christianisme n'est pas une religion de résignation à tout ce qui arrive, comme si tout événement nous révélait forcément la volonté de Dieu ; c'est une religion de foi, de travail de conquête spirituelle, tournée vers l'avenir. Elle ne dissipe pas tous les mystères et ne nous donne pas une formule pour reconnaître si un événement de notre vie exprime ou non la volonté de Dieu ; mais elle nous aide à comprendre et à situer un monde où nous avons pour mission d'établir le règne de notre Père.

Job 39, 36 à 42, 6 Le mystère qui nous dépasse
Matthieu 5, 33-48 Sur les bons comme sur les méchants
Jean 9, 1- 7 « Pourquoi est-il aveugle ? » Jean 9, 24-39 « Maintenant, je vois »
Luc 3, 33-49 La suprême injustice
Jean 14, 1-11 Ayez confiance
Jean 3, 6-21 L'amour, secret du monde

6- Le Mystère du Christ

La vie intérieure de Jésus nous a mis en présence d'une piété pour laquelle le problème du mal ne se pose pas et qui domine les contradictions que notre pensée ne peut résoudre. Mais nous jugerions bien superficiellement les choses si nous pensions que par là tout est éclairci.
La Personne du Christ nous place au contraire en présence d'une série de problèmes qui, par leur profondeur même, ont exercé sur les âmes un attrait incomparable et les ont courbées devant ce que l'apôtre Paul appelle « le Mystère du Christ ».

a) La vie et la mort de Jésus ont définitivement ruiné dans les esprits l'idée que tout ce qui arrive est juste, parce que tout est conforme à la volonté du Dieu saint. Le problème posé par le gouvernement du monde est moins simple que cela. Et cependant, jamais la foi en la justice de Dieu ne s'est aussi puissamment imposée à nous que depuis la crucifixion du Juste ; jamais la foi en la présence de Dieu à nos côtés n'a été affirmée avec autant de force que par la victime du Calvaire.

b) Ce qu'il y a de paradoxal et de mystérieux dans ce fait s'accentue encore lorsqu'on voit ce que Jésus a promis à ses disciples et quels résultats il a obtenus. Le but de la vie, pour l'homme que guide son instinct, c'est le bonheur ; pour Jésus, le but de la vie c'est le service de Dieu. Donner sa vie est peu de choses, si par là on s'assure qu'elle ne sera pas une vie perdue, mais une vie sauvée. L'homme n'est pas sur la terre pour chercher le bonheur, mais pour donner à sa personne la plus haute valeur possible en servant Dieu et les hommes. Les « heureux » c'est-à-dire ceux qui réalisent leur véritable destinée, ce sont les pauvres, les purs, les pacifiques, les persécutés, etc...

c) Il serait incompréhensible que cette prédication ait conquis le monde, si ceux qui ont suivi Jésus n'avaient vu en lui qu'un prédicateur admirable, assez convaincu pour rester fidèle à ses idées jusqu'à la mort. Mais malgré le désordre du monde, ils ont vu en Jésus la preuve que la création de Dieu avait un but ; que le monde n'était pas un monde manqué, puisqu'on pouvait y trouver une âme capable de porter en soi une pareille grandeur et de la faire naître chez les autres.
Ils ont vu dans la personne, la vie, la mort, le triomphe du Christ, la preuve que Dieu Lui-même s'était engagé dans cette aventure tragique qui s'appelle l'histoire, et qu'Il voulait la conduire à son terme.

d) Ceux qui ont vu en Jésus-Christ « un Dieu qui souffre et qui meurt » ont employé une expression qui peut paraître étrange et incompréhensible ; mais la vérité qu'ils ont voulu exprimer demeure éternelle : que dans la souffrance et la mort du Juste, il y a une puissance de Dieu pour le salut du monde.
La justice de Dieu n'est pas une chose toute faite qu'il établit par sa propre volonté, à la manière des lois naturelles ; c'est le but sublime qu'Il a assigné à sa création et vers lequel Il la conduit Lui-même à travers la douleur et le mystère, par le chemin que trace sur notre terre la souffrance de ceux qui savent « donner leur vie pour la sauver ».

Matthieu 5, 3-10 Le vrai bonheur
Luc 1, 68-79 Le premier cantique à sa gloire
Marc 11, 7-33 L'autorité mystérieuse de Jésus
Marc 10, 35-45 La « gloire » offerte par Jésus
II Corinthiens 11, 23-32 La « richesse » offerte par Jésus
Jean 1, 1-18 Le Christ, principe de vie
Colossiens 1, 15-23 La divinité du Christ

Chapitre II - Les étapes de la vie divine

Au point de départ de la vie divine, il y a l'appel de Dieu que tout homme trouve dans son cœur comme une aspiration souvent confuse et indistincte, mais qui a pris une forme précise dans la conscience des grands croyants et qui a trouvé dans la personne de Jésus son incarnation définitive.
Par quelles étapes l'homme qui veut répondre à cet appel va-t-il s'acheminer vers la vie divine ? C'est ce que nous allons examiner maintenant.

1- La Repentance

Le premier pas de l'homme dans la vie spirituelle, c'est la repentance, c'est-à-dire le jugement de ses torts envers Dieu et la résolution de revenir à Lui.

a) Pour un homme qui vit sans respect pour les lois de Dieu et sans souci de le servir, la repentance est une condamnation radicale de toute sa vie qui est une vie perdue, un amer regret de son passé sans valeur, une décision de s'adonner désormais à une vie meilleure.
Beaucoup de grands croyants (saint Augustin, Pascal, etc...) sont ainsi entrés dans la vie chrétienne par une repentance qui a été une véritable métamorphose.

b) L'homme qui a toujours essayé de répondre à l'appel de son Dieu, connaît aussi la repentance, car il lui arrive de se laisser entraîner par ses mauvais penchants. Se repentir d'une faute, c'est d'abord reconnaître sincèrement sa faute, ne rien faire pour tromper les autres ni pour nous tromper nous-mêmes sur notre valeur morale ; c'est ensuite la regretter, en éprouver une honte véritable ; c'est enfin prendre la décision de ne pas laisser se renouveler pareille défaillance.

c) Mais le chrétien qui compare sa vie quotidienne à celle que Dieu attend de lui, ne condamne pas seulement certaines fautes particulières ; il sait que son existence toute entière et sa personne même ne sont pas ce qu'elles devraient être. Il se sent pécheur, c'est-à-dire infidèle à l'appel qu'il a reçu et indigne d'être aimé de Dieu tant qu'il n'aura pas ouvert son cœur et reconnu sa misère.
La repentance est alors un retour à une attitude plus filiale envers Dieu, à une vie mieux consacrée à son service.
C'est ainsi que Jésus a compris le péché et la repentance ; il nous les a représentés dans la Parabole de l'Enfant Prodigue, non comme une désobéissance et un regret, mais comme un éloignement et un retour.

d) Ce qui fait la valeur unique de la repentance, c'est qu'elle est un acte de sincérité, un effort pour nous voir tels que Dieu nous voit. Par là elle est le premier acte de la vie religieuse, la condition même de la prière, de l'appel à Dieu et à son pardon.
Ainsi à la base de tout, il y a la repentance, et quand on va au fond de la repentance, on trouve la sincérité, en dehors de laquelle l'homme ne peut avoir de contact avec Dieu.

Psaume 51, 3-14 « Aie pitié de moi »
Psaume 32, 1- 7 L'aveu donne la paix
Matth. 3, 1-11 Repentez-vous
Jérém. 13,15-25 Ceux qui ne veulent pas se repentir
Sophonie 1, 6-18 Le tremblement des pécheurs devant Dieu
Rom. 9, 14-24 Qui me délivrera de moi-même?
Luc 16, 11-24 Mon Père, je ne suis pas digne

2- La Foi

La repentance ne peut être pour nous le point de départ d'une vie nouvelle que si cet accent de sincérité est le témoignage de la confiance avec laquelle nous acceptons le jugement de Dieu sur notre vie et sur notre personne. C'est pourquoi Jésus a toujours lié le salut (l'entrée dans la vie divine) à deux conditions inséparables, la repentance et la foi.

a) La foi est l'acte de confiance par lequel l'homme ouvre son cœur à Dieu et s'en remet à Lui de prononcer sur son passé et sur son avenir ; elle n'est complète que lorsque l'homme s'abandonne tout entier et livre le fond même de sa personne.
« Ta foi t'a sauvé » dit Jésus aux malades et aux pécheurs ; car l'homme ne peut être sauvé (renouvelé et introduit dans la vie divine) que par un mouvement de son cœur.

b) On voit que la foi n'est pas seulement l'affirmation de certaines idées ou doctrines ; l'homme qui se confie en Dieu accepte les décisions qui sont conformes à sa volonté, aussi bien que les affirmations conformes à sa vérité ; affirmer que Dieu existe, ce n'est pas encore avoir foi en Dieu.
Certaines idées sont indispensables à la naissance de la foi ; elles ne sont pas l'objet de la foi. L'objet de la foi est toujours une Personne en qui on se confie.

c) Les Églises ont souvent abusé de cette idée que la foi est un abandon de soi-même consenti dans une confiance absolue, pour demander à leurs fidèles d'abdiquer entre leurs mains et de leur remettre aveuglément le soin de leur pensée et de leur vie religieuse.

Mais la foi n'est pas la crédulité, la facilité à croire ce qu'enseigne votre Église ; il n'y a rien de plus réfléchi et de moins crédule que la foi. S'abandonner entre les mains de Dieu, c'est descendre en soi-même assez profondément pour y rencontrer le mystère qui domine et protège notre vie intérieure ; se remettre entre les mains des hommes, c'est sortir de soi-même, appauvrir sa vie spirituelle et renoncer à en assurer la direction. C'est s'éloigner de Dieu en s'éloignant de soi-même. Il n'y a donc aucune analogie entre l'acte de foi et l'abdication de sa liberté spirituelle. d) Ainsi la foi est simple dans son principe ; mais elle fait naître en nous toute une floraison de forces spirituelles ; la joie, la paix, la reconnaissance, l'amour, etc... Elle est la forme la plus riche de la vie chrétienne, l'attitude inspirée à l'âme par une confiance absolue en son Dieu.

I Rois 2, 1-10 Une mort dans la foi
I Rois 19, 1- 8 Une foi qui défaille et qui se relève
Marc 7, 24-30 Une foi obstinée
Philip. 1, 12-20 Une foi qui accepte tout
Philip. 3, 12 à 4,1 Une foi qui va de l'avant
Hébreux 11, 1-3 & 32-40 Les victoires de la foi
Romains 8, 31-39 Plus que vainqueurs !

3- La Foi en Jésus-Christ

La piété chrétienne a ceci de particulier qu'elle associe indissolublement dans sa foi, Dieu à Jésus-Christ, et les questions posées par le rapport qui existe entre l'un et l'autre ont toujours occupé une large place dans la pensée chrétienne.

a) Notons simplement ici que ce mot de « foi » peut être légitimement employé pour désigner notre attitude envers Jésus-Christ. Elle exprime la plénitude et l'intégrité de la confiance que nous avons en Lui. Avoir foi en Jésus-Christ, c'est croire à la vérité de sa parole, à l'excellence de ses directions spirituelles, à la réalité des espérances qu'il nous offre, à la fécondité de l'idéal qu'il nous propose.
La véritable preuve de cette confiance, c'est l'obéissance à ses commandements « Vous êtes mes disciples, si vous faites ce que je vous commande ».

b) Les sentiments du chrétien envers son Maître pourraient s'exprimer dans les termes les plus divers ; nous pourrions parler de notre admiration, de notre reconnaissance, de notre amour, etc... Si nous préférons parler de notre foi, c'est pour marquer le caractère religieux du lien qui nous unit à Jésus-Christ. Tous les termes dont nous pourrions user pour d'autres que Lui, nous paraissent insuffisants, si beaux et si vrais qu'ils soient.
Les chrétiens ont donc employé des termes tels que Maître, Seigneur, Sauveur, qui expriment leur attitude devant Jésus, la place qu'Il a prise dans leurs cœurs et le rôle qu'Il joue dans leur vie. Il est essentiel de savoir quelles expériences les grands chrétiens et particulièrement les Apôtres ont mises sous ces mots, et de leur donner nous-mêmes dans notre vie tout le sens qu'ils comportent.

c) En dehors de ces titres, il y en a d'autres, comme ceux de Fils de l'Homme ou de Fils de Dieu par lesquels nous essayons de dire non seulement ce que Jésus est pour nous, mais ce qu'Il est aux yeux de Dieu. Il est évident que dans ce domaine, nous ne pouvons jamais exprimer qu'une part de la réalité et dire comment Jésus nous apparaît dans ses rapports avec Dieu.
La personne de Jésus est trop haute, trop belle et trop grande, pour que nous puissions la comprendre tout entière ; il y a en Lui quelque chose qui dépasse l'humanité et nous met en contact avec Dieu ; c'est ce qu'on a exprimé en l'appelant Fils de Dieu ; et en même temps il y a en Lui quelque chose de si profondément humain que nous le sentons très près de nous, c'est pourquoi on l'a appelé Fils de l'Homme.

d) Nous pouvons dire en conclusion qu'en Jésus nous trouvons la véritable nature de l'homme, non tel qu'il est mais tel qu'il devrait être selon la volonté de Dieu. En même temps nous trouvons en Lui tout ce que notre esprit peut connaître de Dieu, sa sainteté, son amour. Nous ne parlerions pas de notre foi en Lui, si nous n'avions été dominés par sa Personne et éveillés par Lui à une vie nouvelle, si nous n'avions pas éprouvé ainsi qu'Il participe à l'action créatrice de Dieu. Chaque chrétien doit exprimer cette foi par les mots qui lui paraissent les plus conformes à l'expérience des croyants à travers les siècles et ses propres expériences.

Marc 5, 21-34 « Ta foi t'a sauvée »
Marc 5, 35-43 « Ne crains point, crois seulement »
Jean 5, 1-11 Un croyant
Marc 8, 27-33 « Tu es le Christ »
Jean 10,1-6 & 11 « Je suis le bon berger »
Jean 4, 31-42 Pourquoi on croit en Lui
Éphésiens 3, 13-20 « Je fléchis les genoux »

4- La Discipline Morale

La foi du chrétien crée spontanément en lui le désir d'une vie supérieure ; elle lui donne le goût du contact avec Dieu, en sorte que le fruit naturel de la foi est une vie conforme à la volonté de Dieu, à ce que le Nouveau Testament appelle « la justice » et nos contemporains « la vie morale ».
L'opinion courante est sévère pour les hommes qui se disent chrétiens et ne savent pas imposer à leur vie de chaque jour la simple discipline de la vie morale ; on pense généralement qu'une foi sans fruits n'est pas une foi sincère. Cela ne mérite pas d'être appelé une foi ; ce n'est rien du tout.

a) Le chrétien n'a pas besoin qu'on lui demande d'observer la discipline morale ; il l'accepte joyeusement, parce que c'est la volonté d'un Dieu qu'il aime. La loi de Dieu n'est pas pour lui une servitude, elle est ce que l'épître de Jacques appelait « la loi de la liberté », c'est-à-dire la conséquence naturelle et joyeuse de notre consécration à Dieu et de notre amour pour Lui. L'Évangile rejoint ainsi la morale ; il obtient de nous les mêmes actes ; mais ceux-ci sont inspirés par d'autres sentiments ; le chrétien n'est pas un homme qui obéit, c'est un homme qui aime ; il n'exécute pas une consigne, il suit un idéal dont la beauté l'a séduit.

b) Alors, comment se fait-il que Jésus se déclare plus exigeant en fait de justice (de moralité). que les scribes et les pharisiens ? Ce n'est pas qu'il nous impose une loi plus compliquée ; c'est qu'il veut pénétrer au-delà des actes jusqu'aux sentiments. Il ne veut pas que nous dominions seulement nos mauvais penchants, mais que nous les supprimions. Il ne condamne pas seulement la violence, mais la haine et la colère. Une morale qui réglerait nos actes sans changer nos cœurs ne saurait le satisfaire.
Cette distinction entre la moralité des actes et la pureté du cœur nous permet de fixer les limites d'une morale sans religion. La loi peut me demander de contenir mon impatience ; Dieu seul peut changer mon cœur, si je l'ouvre à son action par la foi. Un homme trouvera toujours raisonnable que vous lui demandiez de bien régler sa conduite ; il trouvera absurde et impossible que vous lui demandiez de changer son cœur, si Dieu n'est pas là pour l'aider. Une morale profonde est nécessairement une morale religieuse.

c) Ce caractère intime et profond de la morale de Jésus ne doit pas nous faire croire qu'elle ne dépasse pas la discipline de la vie personnelle et qu'elle ignore les problèmes de la vie sociale. La préoccupation de Jésus est au contraire de créer entre les hommes des rapports normaux, elle est donc essentiellement sociale.
Seulement Jésus sait que la source de la vie est dans le cœur de l'homme ; il sait qu'on a rien fait aussi longtemps qu'on n'a pas changé les cœurs ; il sait aussi que le chrétien doit combattre tout ce qui empêche le développement de la vie intérieure. Non seulement il tirera les conséquences pratiques de sa foi, dans tous les domaines, mais il combattra tout ce qui fait peser sur l'homme la domination brutale des choses : paupérisme, alcoolisme, etc...

Ainsi la discipline morale n'apparaît plus comme une contrainte, mais comme l'effort par lequel l'homme s'efforce de se mettre lui-même et de mettre le monde au service du Dieu auquel il a voué sa foi.

Matthieu 5, 17-24 Mieux que les scribes
Jacques 2, 14-24 Les œuvres de la foi
Jacques 1, 19-27 La piété pratique
Éphésiens 4, 25 à 5, 2 Imitateurs de Dieu
Romains 12, 9-21 Un programme
Philip. 1, 27 à 2, 4 Digne de l' Évangile
I Pier. 3, 8-17 Ayez une bonne conscience

5- L'Amour Chrétien

a) L'idéal chrétien est celui d'un monde fondé sur l'amour ; et la forme la plus haute de la discipline morale qu'un chrétien puisse poursuivre est celle qui consiste à vaincre son égoïsme et à aimer ses frères.
Ce qui montre que cet idéal est bien celui qu'il faut opposer à notre misère, c'est qu'en remontant à la racine de nos vices, nous y trouvons toujours l'égoïsme. Vaincre cet égoïsme, aimer les hommes, renoncer à soi-même, s'oublier soi-même, autant d'expressions qui désignent, avec des nuances diverses, l'œuvre que le chrétien est appelé à poursuivre.

b) L'idée chrétienne d'un monde fondé sur l'amour se heurte à l'objection de ceux qui pensent que le monde ne peut et ne doit être fondé que sur la justice, car la justice est, dit-on, une chose fixe, toujours égale, tandis que l'amour est variable et capricieux. Les relations entre les hommes ne peuvent être réglées que par la justice.
Il y a là une double confusion : d'abord il ne s'agit pas de supprimer la justice au nom de l'amour ; il s'agit de l'éclairer, de la vivifier par la générosité du cœur. L'amour suppose la justice ; avant de donner aux hommes quelque chose de ce qui est à nous, il faut naturellement commencer par leur donner ou leur laisser ce qui est à eux. Mais précisément une société où chacun serait âprement occupé à poursuivre ses droits propres ne pourrait pas subsister. Ensuite il n'est pas vrai que la justice soit plus fixe que l'amour ; les hommes ont des idées différentes sur la justice ; ils savent tous ce que c'est que l'amour. Il ne s'agit pas de substituer le caprice à la règle ; il s'agit de bâtir sa vie sur cette force à la fois souple et une qu'est l'amour.

c) Ici nous trouvons pour notre propre compte ce principe d'héroïsme que nous avons rencontré dans la piété de Jésus.
L'Évangile est merveilleusement simple, c'est-à-dire facile à comprendre ; cela ne signifie pas que la vie chrétienne soit facile à réaliser. C'est précisément parce qu'elle offre un idéal difficile qu'elle est capable d'enthousiasmer les cœurs.
On dit parfois que l'idée du renoncement est contraire à la nature de l'homme. Le renoncement à notre égoïsme (qui n'est pas le renoncement à la vie, qui en est même le contraire) est en réalité la réalisation de notre vraie nature. Mais il est contraire à la nature égoïste et artificielle que nous nous sommes faits. En ce sens, il y a quelque chose d'héroïque qui est fait pour attirer les âmes nobles, bien plus qu'une morale facile.
Et d'ailleurs un joug que l'on porte avec amour est toujours léger, et le chrétien a toujours devant lui, lorsqu'il s'agit de renoncer à quelques-uns de ses droits ou de ses biens, l'exemple de Celui qui a renoncé au plus élémentaire de tous les droits, le droit de vivre, et qui en donnant sa vie par amour pour les hommes, a créé le plus grand courant d'héroïsme que l'humanité ait connu.

I Corinthiens 13, 1-13 L'amour ne passera jamais
I Jean 3, 1-11 Aimons-nous les uns les autres
I Jean 3, 13-24 Que notre amour soit pratique
Luc 10, 30-37 L'amour en action
Philémon 1, 4-20 L'amour engendre la bonté
Rom. 14, 1-13 L'amour engendre la largeur d'esprit
Marc 12, 41-44 L'amour engendre le sacrifice

6- La Conversion

On désigne souvent par le mot de conversion l'entrée dans une Église ou le passage d'une Église dans une autre ; c'est là sa signification la plus superficielle. En réalité, la conversion véritable est l'ensemble des changements par lesquels nous nous tournons vers Dieu.
a) La question fondamentale de la vie est en effet de savoir vers qui on est orienté, où l'on va, quel but on a donné à sa vie. Est-ce que je vis pour moi ou pour les autres ? Voilà la question qui me juge et qui fixe ma véritable valeur. Un homme doit avoir un but dans la vie, et la valeur de sa vie dépend de la valeur de ce but et de la fidélité avec laquelle il est poursuivi.
Et qu'on ne dise pas ; c'est une question sans importance, que bien des hommes ne pensent pas à se poser. Il est certain que le plus grand nombre de nos contemporains ne se pose pas clairement la question ; mais dans la pratique, tout le monde est bien obligé de lui donner une réponse par sa conduite. Un égoïste ne dit peut-être pas : « je ne vis que pour moi seul » ; mais il le fait ; et c'est là sa réponse à la question concernant l'orientation de sa vie.

b) La conversion n'est pas nécessairement un changement brusque ; c'est souvent un lent développement régulier, et il ne faut pas appliquer sans réflexion à des hommes qui ont été élevés dans un milieu chrétien ce que saint Paul, par exemple, écrivait à des païens qui avaient tout à changer dans leur vie. Mais il vient toujours une heure où l'homme se rend compte des changements que l'Évangile a produits dans sa vie et de ceux qu'il doit y apporter encore ; c'est l'heure de sa « seconde naissance », non pas celle du corps mais celle de l'esprit.

c) La conversion crée en effet dans la vie de l'homme un changement si profond que Jésus l'appelle « une nouvelle naissance », c'est-à-dire la naissance en nous d'un homme nouveau, d'une personnalité nouvelle.
Y a-t-il donc tant de différences entre les chrétiens et ceux qui ne le sont pas ? entre ceux qui sont passés par la conversion et ceux qui l'ignorent ? Le plus souvent, on dit que les chrétiens sont « des hommes comme les autres ». Assurément, le fait d'entrer dans une Église chrétienne ne nous change pas automatiquement ; mais celui qui a décidé de marcher sous la direction de Jésus donne par là une valeur à sa vie bien plus haute. En même temps qu'il prend conscience de sa faiblesse personnelle, ce qui le garde de l'orgueil, il prend aussi conscience de la beauté du but qui est offert à sa vie et il se garde ainsi de la médiocrité.

d) L'éducation religieuse a précisément pour but d'attirer l'attention des jeunes gens sur cette orientation nouvelle à donner à leur vie, et sur l'importance qu'elle présente pour ceux qui ne veulent pas se résigner d'avance à la médiocrité spirituelle.

Genèse 32, 22-30 Conversion de Jacob
Luc 19, 1-10 Conversion de Zachée
Actes 29, 9-20 Conversion de saint Paul
Actes 16, 25-34 Conversion du geôlier de Philippe
Jean 3, 1-10 Naître de nouveau
II Cor. 5, 14-19 Devenir un homme nouveau
Éphésiens 4, 17-24 Revêtir l'homme nouveau

Chapitre III - Les instruments de la vie divine

Pour assurer dans son cœur le développement de la vie divine, le chrétien dispose de ressources diverses ; tantôt il s'appuie sur les institutions et les traditions que l'Évangile a engendrées, tantôt il met en œuvre ses propres forces intérieures, tantôt il accueille une initiative de Dieu à son égard.

1- L’ Église

La réalisation de notre idéal religieux étant liée à la prédication de Jésus-Christ, il faut d'abord que nous soyons mis en rapport avec lui. Ce rôle appartient à l'Église.

a) L'Église est la suite des générations chrétiennes qui nous rattachent à Jésus-Christ. Si l'Évangile n'était qu'un enseignement, il suffirait d'un livre pour le transmettre et nous n'aurions pas besoin de l'Église. Mais l'Évangile est une puissance de vie, le christianisme est une forme de vie, et il faut que cette vie soit transmise par des âmes vivantes.
L'Église est la série ininterrompue des âmes chrétiennes qui ont transmis la vie divine de Jésus à nous.

b) L'Église constitue, pour chaque génération, le milieu dans lequel la vie chrétienne se développe et se reproduit.
Ce résultat ne s'obtient pas seulement par la prédication et l'enseignement mais aussi par l'organisation du ministère, de la vie religieuse, et de l'effort social.
L'Église reçoit l'homme dès sa naissance par le baptême ; elle collabore à son éducation, elle consacre sa maturité spirituelle en l'unissant à Jésus-Christ par la communion, elle bénit son foyer, elle sanctifie ses deuils. Ainsi elle s'efforce de faire des membres de l'Église un seul corps, et de les unir entre eux en les unissant à Jésus-Christ.
Mais elle doit aussi s'efforcer de créer autour d'elle le milieu social le mieux fait pour aider au développement de la vie spirituelle, et enlever du chemin où marchent les hommes tout ce qui peut les éloigner de Dieu : la corruption, la misère, la guerre, l'isolement, etc...

c) Que devons-nous penser des Églises particulières entre lesquelles se partagent la chrétienté ? Il faut éviter de croire, soit qu'elles sont radicalement mauvaises sauf la nôtre, soit qu'elles se valent toutes. En toutes, il y a quelque chose de l'Évangile, mais toutes ne sont pas également fidèles. Il faut être ni sectaire, ni indifférent.
Nos Églises protestantes ne sont pas parfaites ; mais telles qu'elles sont elles constituent d'admirables champs de travail. Aucun autre milieu n'offre autant de possibilités pour le développement de la vie spirituelle.
La qualité essentielle de l'Église protestante est de ne vouloir d'autre Maître que Jésus-Christ, d'autre enseignement que l'Évangile, d'autre autorité que Dieu et sa parole. Les Églises perdraient toute leur valeur si elles oubliaient que Dieu est plus grand qu'elles, et qu'il y a partout des cœurs croyants, sauvés par son amour.

Actes 20, 17-35 Le ministère dans l'Église
I Corinthiens 12, 4-21 L'unité organique dans l'Église
Romains 12, 1-8 Diversité des dons dans l'Église
I Corinthiens 1, 10-17 Nécessité de l'union dans l'Église
Éphésiens 4, 1-7 &11-15 Unité du corps du Christ
I Corinthiens 8, 5-13 Dieu seul compte
Luc 14, .5-21 Tous invités

2- Le Culte public

Toutes les Églises ont institué des cultes publics, c'est-à-dire qu'elles ont fixé des moments où elles invitent leurs fidèles à se réunir pour chercher dans l'expression commune de leurs sentiments religieux, un moyen de les fortifier et de les approfondir.

a) N'y a-t-il donc pas entre les sentiments des nombreuses personnes qui se réunissent dans un même temple, une telle diversité qu'il est impossible de les réunir toutes dans un même culte, et de les associer aux mêmes pensées ?
Assurément le culte public ne peut à lui seul répondre à tous les besoins de tous les fidèles ; mais il y a cependant à toute piété chrétienne un fond commun, sans lequel la propagation du christianisme serait incompréhensible. La soif de Dieu, la repentance, la foi sont des sentiments qui se retrouvent à la base de toute piété chrétienne.

b) Le culte public a d'abord pour but de donner plus de force à nos sentiments par le fait qu'ils sont éprouvés en commun et exprimés, par exemple dans les chants, d'une manière collective.
Il a pour but aussi de rapprocher les membres de l'Église et de développer entre eux la fraternité et la communion d'esprit, par l'expression de leurs sentiments chrétiens.
Enfin il doit être l'école du culte privé. Pour cela il faut que nous prenions l'habitude d'aller au culte, non seulement pour écouter ce qu'on voudra bien nous dire, mais avec le désir d'y apporter nous-mêmes notre collaboration active. Il ne faut pas seulement apporter au culte une âme ouverte à ce que dit le pasteur, mais surtout une âme ouverte à ce que Dieu veut nous dire, et capable d'entendre les voies intérieures.

c) A côté de cet élément d'adoration, qui est le plus important, le culte protestant contient, dans la prédication, les directions essentielles nécessaires à l'approfondissement de notre piété personnelle.
Notre culte a l'avantage d'être clair, accessible à tous, et surtout d'être biblique. On lui a souvent reproché, peut-être sans assez de réflexion, d'être froid, trop austère. Comme dans tous les cultes possibles, ce qu'on y trouve dépend surtout des dispositions qu'on y apporte. On reproche avec plus de raison au culte protestant d'être trop intellectuel. Il risque par là de donner une importance exagérée au prédicateur.
Du reste, les impressions varient d'un fidèle à l'autre, et chacun doit s'efforcer de se faire une idée du culte qu'il désire d'après ses propres besoins spirituels et non d'après les préjugés souvent sans fondement.

Luc 4, 16-30 Le culte à Nazareth
Ésaïe 1, 10-17 Le culte que Dieu aime
Psaume 84, 1-15 L'amour du sanctuaire
Ésaïe 53, 7-16 Beauté de la prédication
Jérémie 5, 16-21 La prédication, avertissement de Dieu
Jacques 2, 1- 9 La fraternité dans le culte
Psaume 150 Chantez !
Ézéchiel 3, 6-21 Avertis-les !

3- La Bible

Le rôle de la Bible dans l'histoire du monde chrétien et particulièrement dans les Églises de la Réforme, est absolument unique ; aucun livre religieux ne saurait le remplacer non seulement parce qu'elle est le seul document que nous ayons sur la personne de Jésus, mais parce qu'elle exprime les expériences religieuses les plus profondes du Sauveur, de ses précurseurs et de ses disciples. Elle est à la fois le témoin et l'organe de son influence sur les âmes.

a) Nous avons vu que l'Église était l'organe de transmission de la vie chrétienne ; la Bible est l'organe de contrôle de cette vie. Parmi les formes multiples que revêt à travers les siècles et dans les peuples divers, la vie issue de Jésus-Christ, la Bible permet de reconnaître quelles sont celles qui sont conformes à l'esprit des origines, et d'assurer ainsi la permanence du type primitif de la vie spirituelle, telle que Jésus l'a voulue. C'est ce qu'on appelle son autorité. Cette autorité n'appartient pas à la lettre de la Bible, mais à l'Esprit de Jésus-Christ, qui s'exprime par elle. La seule autorité pour nous, c'est Jésus-Christ ; et si nous parlons de l'autorité de la Bible, c'est parce qu'elle nous met en contact avec le Sauveur. L'autorité n'appartient jamais à un texte, mais toujours à une personne.

b) L'idée que la Bible fait autorité amène beaucoup de chrétiens à la considérer comme un recueil de paroles destinées à mettre fin aux discussions entre chrétiens, en leur imposant les solutions révélées par Dieu lui-même. L'autorité de la Bible s'exerce dans un domaine plus profond, et se manifeste par sa fécondité. Nous ne pensons pas qu'il suffise qu'une phrase soit tirée de la Bible pour que la pensée qu'elle exprime s'impose à notre esprit. Mais lorsque nous nous plaçons loyalement en face de la Bible et de l'idéal religieux qui s'y trouve exprimé, nous devons reconnaître la supériorité de cet idéal et par conséquent accepter que son influence s'exerce sur nous. Nous ne lisons pas la Bible pour y chercher des vérités abstraites, mais pour nous rapprocher de Dieu et de Jésus-Christ et apprendre à leur rester fidèles. La Bible nous révèle son autorité par l'influence qu'elle exerce sur notre vie.

c) Cette autorité de la Bible vient de ce qu'on appelle son inspiration. Nous sentons dans ses pages quelque chose de plus qu'humain ; elle ne nous apparaît pas comme le livre d'une race ou d'une époque, mais comme le livre de l'humanité. C'est qu'elle est le Livre de Dieu, car les hommes qui l'ont écrites étaient remplis de son Esprit, fidèles à sa Parole, et tout entiers orientés vers Lui. Tandis que chez les meilleurs d'entre nous, les préoccupations personnelles ou égoïstes se font jour sans cesse, ils ont apporté dans leur vie entière une telle soumission à l'Esprit qui les inspirait, que l'on trouve sans peine à travers les inexpériences de la parole humaine, la Parole de Dieu qui retentissait dans leur cœur.
Cette inspiration n'est pas toujours égale à elle-même ; mais elle se révèle aux cœurs droits par une évidence joyeuse et convaincante que Calvin appelait « le Témoignage intérieur du Saint-Esprit ».

La Bible ne contient que fort peu de paroles relatives à sa propre autorité ou à sa propre valeur. Nous donnons ici l'indication de quelques lectures montrant la diversité des récits qu'elle renferme :

Genèse 4, 2-16 Le premier crime
Genèse 24,34-54 Une idylle près des sources
I Samuel 7, 31-37 & 42-51 L'héroïsme juvénile
Job 13, 3-12 Le poème du désespoir
Marc 4, 21-34 Les paraboles du Seigneur
Marc 10, 46-52 Une guérison
Apocalypse 5, 1-14 Une vision grandiose

.

4- La Prière (1)

La prière est une des grandes forces spirituelles de l'humanité ; la plus grande parce qu'elle est à la fois la plus haute et la plus simple. Elle exprime ce qu'il y a de plus instinctif dans l'âme des tout-petits, comme ce qu'il y a de plus sublime dans l'âme de Jésus.
Quelle que soit la forme dans laquelle elle s'exprime, elle est toujours l'attente d'une âme qui cherche son Dieu et veut rejoindre sa volonté.

a) La forme la plus naturelle de la prière, c'est la demande. A l'éveil de la vie religieuse, elle fut d'abord le cri instinctif de la peur ou de l'intérêt, et il ne faut pas avoir honte de ce caractère intéressé de la prière à son origine ; il faut seulement la purifier et l'embellir dans l'esprit où l'a fait Jésus lui-même.
Pour le chrétien aussi, la prière est un refuge ; mais à l'angoisse devant les forces matérielles du monde, se substitue l'angoisse devant les grands problèmes et devant les périls de la vie religieuse. La peur peut être noble si c'est la peur de manquer à son devoir.
Enfin le chrétien peut purifier sa prière de tout égoïsme en l'élargissant, en priant pour dissiper non son angoisse propre, mais l'angoisse du monde, comme Jésus le fait dans les trois premières demandes du Notre Père.

b) La demande prend le nom d'intercession lorsqu'elle s'adresse à Dieu en faveur de personnes autres que celle qui prie. Intercéder auprès de Dieu pour ceux que nous aimons est chose naturelle ; même si nous ne demandons pas pour eux une chose précise, nous parlons d'eux à Dieu, nous les plaçons sous sa garde et nous les lui confions.
Tandis que l'âme qui prie semble souvent trouver en elle-même la paix qu'elle reçoit, l'exaucement de la prière d'intercession apparaît nécessairement comme un don de Dieu, dont la fidélité répond à notre appel ; et c'est un magnifique privilège de pouvoir tout demander pour ceux à qui nous ne pouvons peut-être rien donner.

c) On se demande souvent quels sont les biens pour lesquels un chrétien a le droit de prier, et c'est en effet une question qu'on ne peut éviter de se poser. On a dit parfois : il faut prier seulement pour les biens spirituels car les biens matériels ne sont pas dignes d'être demandés à Dieu. C'est là une conception très noble, mais un peu étroite.
Si la prière est l'état d'une âme qui s'ouvre à Dieu, il n'est pas permis de lui interdire ainsi certains domaines ; le croyant doit prier pour ce qu'il a dans le cœur, et montrer à Dieu son âme telle qu'elle est, ou bien il finira par tomber dans l'hypocrisie. Le chrétien doit seulement veiller à ne rien garder dans le cœur qu'il ne puisse faire passer dans sa prière.

C'est notre prière qui doit purifier notre cœur, et non pas notre réflexion qui doit purifier artificiellement notre prière.

Il n'est pas possible de dresser une liste des prières permises et des prières interdites au chrétien, sans aboutir à des choses inhumaines. La même prière qui est choquante pour un homme peut être légitime et même nécessaire sur les lèvres d'un autre. La seule règle que l'on puisse donner est celle-ci : « Dis à ton Dieu tout ce que tu as dans le cœur ; mais prends garde de ne conserver dans ton cœur que des pensées dignes d'être portées devant Dieu ».

Luc 1, 45-55 Un cantique qui est une prière
Matthieu 6, 5-10 Vous donc, priez ainsi
Psaume 31, 10-19 En toi je me confie
I Rois 8, 23-40 Que tes yeux soient sur nous
I Rois 8, 41-51 Exauce et pardonne
Lament. 3, 19-58 Attendre en silence
Psaume 124, 1-5 Notre aide est au nom de Dieu

5- La Prière (2)

Nous avons envisagé jusqu'à présent la prière comme une demande ; essayons maintenant de voir ses autres formes et d'en dire les caractères généraux. On peut ainsi préciser divers aspects de la prière ; la prière n'exprime pas toujours devant Dieu nos besoins, mais parfois simplement nos pensées.

a) La prière d'adoration, dans laquelle le croyant se borne à exprimer le sentiment que lui inspire la puissance, la sagesse ou la bonté de Dieu. Certains psaumes sont d'admirables exemples de cette forme de la prière, qui n'est souvent qu'une méditation trop ardente pour rester silencieuse. La prière n'a pas pour but d'imposer à Dieu notre volonté, mais de nous mettre en état d'accepter et de réaliser la sienne ; il est donc naturel qu'elle se repose dans la contemplation des perfections adorables de Dieu. Plus que tout autre, cette prière doit être d'une sincérité absolue et ne rien contenir qui dépasse l'expression spontanée de nos sentiments, et ressemble à un artifice littéraire.

b) La prière d'humiliation, qui est la contrepartie de la prière d'adoration. Au lieu d'exalter Dieu, l'homme s'abaisse lui-même ; ainsi dans les deux cas, il marque la distance infinie entre Dieu et lui. Jésus en fait le type de la prière qui justifie (le Pharisien et le Péager). Ici encore, il faut prendre garde que ce que nous disons de notre misère corresponde bien à un sentiment réel et sincère de nos fautes, de nos torts envers Dieu.

c) La prière d'action de grâces ou de remerciements, par laquelle le croyant exprime à Dieu sa reconnaissance pour les bienfaits qu'il a reçu de Lui. Cette prière correspond à un sentiment trop naturel pour qu'il soit nécessaire de l'expliquer. On peut se demander quels sont les biens pour lesquels on doit remercier Dieu ; ce sont tous ceux dont nous avons le droit de penser en toute conscience qu'ils viennent de Lui. Cependant, il ne faut pas oublier que nos bonheurs sont souvent des privilèges et il faut en remercier Dieu de telle sorte que ceux qui en sont privés puissent entendre notre prière sans en être froissés. Il y a des remerciements qu'on pourrait traduire ainsi : « Mon Dieu, je te remercie de ce que ce sont les autres qui souffrent et pas moi ». Une telle prière n'a pas de sens dans le cœur d'un chrétien.

d) Enfin il est permis de se demander si la prière est, comme on l'a dit souvent, un devoir. Ce mot ne paraît pas heureusement choisi. Un devoir est une chose qu'il faut faire, même si elle vous ennuie ; la prière n'existe vraiment que dans la joie, la spontanéité, la liberté. C'est plutôt un privilège, et le plus glorieux de tous. Ce qui est un devoir, ce n'est pas de prier à tel moment de la journée si notre cœur ne nous y porte pas ; c'est de cultiver en soi l'esprit de prière, de prendre l'habitude de chercher Dieu, de considérer comme le signe d'une vie religieuse insuffisante et d'une âme sans élan les heures de sécheresse où notre cœur ne ressent pas le besoin de trouver Dieu et de lui parler. D'ailleurs la prière ne prend pas toujours la forme d'une parole précise et articulée ; elle n'est parfois qu'un soupir, une larme ; tout effort de l'âme pour rencontrer Dieu est une prière et mérite d'être recherché.

Psaume 104, 1-10 Adoration
Psaume 145, 5-15 Louange
Néhémie 9,32-37 Humiliation
Luc 18, 8-14 La prière qui justifie
Psaume 103, 1-14 Mon âme, bénis l’Éternel
I Timothée 2, 1- 8 Invitation à la prière
Psaume 116, 1-15 Action de grâces

6- L' Esprit de Dieu

Si la prière est un entretien de l'âme avec Dieu, il est naturel qu'après la demande de l'homme, nous envisagions la réponse de Dieu. Pour le chrétien qui a fait de la prière «la respiration de son âme», la réalité de cette réponse ne fait aucun doute ; l'exaucement de la prière est une expérience triomphale qui domine sa vie intérieure, et il lui paraîtrait ridicule d'avoir à démontrer ou même à légitimer sa foi. Elle est liée à tout ce qu'il sait de l'amour de Dieu pour lui. Le Père ne laisse pas tomber dans le silence l'appel de son enfant.

a) A ceux qui n'ont pas cette certitude intérieure, n'avons-nous rien à dire pour éviter qu'ils nous croient victimes d'une illusion, comme si ceux qui écoutent Dieu n'entendaient en réalité que l'écho de leur propre voix ?
Remarquons d'abord que si la réponse que nous croyons recevoir à nos prières est une simple illusion, tout homme qui prie est dans l'erreur et ce sont les hommes qui ne prient pas qui sont dans la vérité. Il est donc à prévoir que ceux qui vivent dans l'erreur auront moins de force, de paix et de joie que les autres, puisque leur vie est fondée sur une illusion. Or c'est le contraire qui se produit.
Il est d'ailleurs absurde de penser que c'est nous-mêmes qui nous donnons ce que nous demandons, dans nos prières, alors que nous prions précisément parce que nous n'avons pu le trouver en nous-mêmes.

b) Cependant lorsque nous demandons à Dieu une chose précise, devons-nous croire qu'il nous la donnera certainement ?
Dieu sait mieux que nous ce qui est bon, et lorsque nous prions il faut toujours le faire comme Jésus, en ajoutant : « Que ta volonté soit faite et non la mienne ». Notre rôle n'est pas de commander mais d'obéir. Il faut donc nous attendre à ce que Dieu réponde souvent à nos prières en nous donnant autre chose que ce que nous lui demandons ; et il faut laisser notre âme ouverte à d'autres réponses que celle que nous désirons et demandons.

c) Mais comment se fait-il que l'abîme qui nous sépare de Dieu n'empêche pas notre prière d'avoir un écho dans son cœur ?
C'est que la prière n'est pas une initiative de l'homme. ce n'est pas nous qui avons eu l'idée de nous tourner vers Lui, c'est Dieu qui a mis dans nos cœurs l'instinct de la prière et nous invite ainsi à nous tourner vers Lui. Ce que nous appelons notre demande est déjà une réponse à l'appel de notre Dieu.

Dieu n'est pas seulement dans la réponse ; il est déjà dans la prière ; c'est son Esprit qui nous pousse vers Lui. Il n'est pas étonnant que la prière aille jusqu'à Dieu, puisqu'elle vient de Lui.
Nous retrouvons la grande pensée qui est au fond de l'Évangile, que ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est Lui qui nous a aimé le premier.

Psaume 107, 1- 9 Délivrés de la faim
Psaume 107, 10-22 Délivrés des ténèbres
Psaume 107, 32-42 Délivrés de la tempête
Marc 14, 32-43 Ta volonté, non la mienne
II Corinthiens 12, 1-10 Ma grâce te suffit
Ésaïe 55, 6-11 Dieu n'exauce pas en vain
Romains 8, 26-30 L'Esprit soupire en nous

7- La Communion avec Jésus-Christ

Le mot de communion que nous employons pour désigner le lien qui nous unit à Jésus, indique d'emblée qu'il ne s'agit pas pour nous de copier ses actes, mais de nous approprier le principe même de sa vie. « Porter en nous la vie divine qui s'est manifestée dans la personne de Jésus », nous avons toujours dit que c'était là ce qui faisait de nous des chrétiens. Il est donc inutile de souligner davantage que nous sommes ici au centre même de la vie chrétienne, et que nous devons retrouver dans la communion avec Jésus-Christ ses éléments fondamentaux, l'amour, la foi et l'espérance.

a) La première chose qui frappe dans la personne de Jésus, c'est la puissance d'amour que révèlent sa vie et sa mort ; et il est impossible que cet amour n'éveille pas chez le chrétien un amour semblable.
Cet amour qui s'éveille en présence de la vie et surtout du sacrifice de Jésus est ce qui peut nous incliner le plus fortement à faire effort pour lui ressembler. Aucun commandement, aucune exhortation, ne pénétrerait à la même profondeur dans nos âmes.

b) Dans cet amour, il y a déjà de la foi, c'est-à-dire une confiance absolue dans l'excellence et la fécondité des directions spirituelles de Jésus. Chercher à faire de la vie de Jésus notre vie, c'est s'abandonner entièrement à son influence, c'est reconnaître que rien ne peut venir de son cœur qui ne soit excellent pour le nôtre.
Une telle attitude n'est possible que si derrière l'influence de Jésus, nous reconnaissons l'influence de Dieu lui-même. Cette identité de la volonté de Jésus et de la volonté de Dieu, que nous avons trouvée à la base de la piété de Jésus, a été exprimée de bien des manières par les penseurs chrétiens. Le fond de toutes ces formules, c'est qu'en faisant de la vie de Jésus, le principe de notre vie nouvelle, nous ne recevons pas seulement en nous la plus belle des forces humaines, mais la force même de Dieu.

c) Nous comprenons maintenant ce que saint Paul voulait dire lorsqu'il appelait Jésus « Christ notre espérance ».
Lorsqu'on réfléchit, on se rend compte en effet que la communion entre Jésus et nous, n'est possible que si nous considérons Jésus comme une personnalité encore capable d'agir, s'il est pour nous non un mort mais un vivant. La communion est le signe à la fois de la mort et de la résurrection du Sauveur. C'est au nom de son corps rompu et de son sang répandu qu'il nous invite à le suivre ; cela signifie que son sacrifice a été un des moyens les plus efficaces de créer entre Lui et nous une communion intime de nos âmes, en sorte que sa mort même est le moyen décisif dont il se sert pour faire naître en nous une vie semblable à la sienne. Comme les premiers disciples, c'est en rompant le pain avec Lui que nous reconnaîtrons que le Seigneur est vivant.

Ces hautes vérités sont représentées dans l'Église chrétienne dans la cérémonie de la Sainte-Cène (le Saint Repas), dans laquelle nous retrouvons avec l'émotion des souvenirs chrétiens les plus précieux, trois sentiments fondamentaux de la vie chrétienne : l'amour, la foi et l'espérance.

Luc 22, 7-20 Faîtes ceci en mémoire de Moi
Jean 5, 16-21 Il donne la vie
Luc 10, 38-42 Aux pieds de Jésus
Marc 10, 13-16 Ceux dont le cœur Lui est ouvert
Romains 6, 1-14 Mourir et vivre avec Lui
Marc 6, 30-44 Donnez-leur vous-même à manger
Jean 6, 25-35 Donne-nous de ce pain là

Chapitre IV - Les privilèges de la vie divine

Jésus apportait aux hommes « la Bonne Nouvelle » : Dieu les aime et veut les ramener à Lui ; même s'ils se sont égarés loin de la maison paternelle, ils peuvent, comme l'Enfant Prodigue, y revenir et retrouver leurs privilèges d'enfants de Dieu ; ils peuvent être sauvés.
Tout l'ensemble de la pensée chrétienne est dominée par la question du salut. Qu'est-il ? Comment nous est-il assuré ? Dans quel rapport est-il avec la vie, la mort, la résurrection de Celui que nous appelons « Notre Sauveur » ? Telles sont les pensées qui se posent de siècle en siècle devant l'Église.

1- Qu’est-ce que le Salut ?

La plupart des chrétiens se représentent le salut comme la conséquence d'un jugement favorable porté sur nous par Dieu au terme de notre vie. Tout homme doit comparaître devant Dieu pour être justifié ou condamné, à l'entrée de la vie mystérieuse qui sera pour lui une vie de salut ou de perdition.

Cette idée n'est pas entièrement fausse, mais elle est très incomplète. Le salut n'est pas une chose que nous devrions recevoir seulement dans un autre monde ; c'est à la fois une réalité de la vie présente et une promesse pour la vie éternelle. Être sauvé, ce n'est pas être « acquitté » à la fin de sa vie (ce qui nous laisserait dans le doute jusqu'à ce jour) ; c'est être changé aujourd'hui et pour toujours, d'une façon dont on ne peut douter ; c'est être arraché à notre vie de pécheur pour être introduit dans la vie d'enfant de Dieu en vue de laquelle nous avons été créés.

Aux coupables qu'il ramène à Dieu, Jésus dit : « Ta foi t'a sauvé, tes péchés te sont pardonnés » : il ne dit jamais : Ta foi te sauvera, tes péchés te seront pardonnés ; et cependant les paraboles parlent de la croissance, semblable à celle des plantes, par laquelle on arrive au salut.

C'est que le salut est à la fois une chose d'aujourd'hui et une chose de demain ; l'enfant qui vient de naître le porte en lui, mais il n'en possède pas toute la richesse ; bien des fonctions de cette vie, et des plus hautes, lui sont d'abord refusées ; aimer, vouloir, penser ne viendront que plus tard.

L'homme qui a senti s'éveiller en lui la vie que Jésus donne, possède déjà le salut ; il est né à une vie nouvelle ; ni la repentance ou la foi, ni le culte ou la prière, ne sont pour lui ce qu'ils étaient autrefois ; Dieu, le monde et la vie ont pour lui un sens nouveau. Seulement ce changement a des prolongements infinis ; le pécheur entré dans le salut ne le possède pas encore dans sa plénitude ; il l'aura seulement lorsqu'il sera parvenu « à la stature du Christ », ambition qui dépasse nos possibilités pour la vie présente. L'idée du salut ouvre donc des perspectives sur la vie éternelle ; il n'est pas limité aux horizons terrestres, il est nécessairement éternel comme le jugement de Dieu. Seulement ce n'est pas à notre mort ou au jugement dernier, que Dieu le prononcera sur nous, c'est à chaque heure de notre vie, et le salut n'est pas autre chose que la vie avec Dieu, pour le temps et pour l'éternité.

Ésaïe 40,1 8 Promesse de salut
Éphésiens 2, 1-10 La Miséricorde de Dieu
Luc 7, 36-50 Va en paix
Luc 15, 1-10 A la recherche des perdus
Luc 19, 1-10 Le salut, aujourd'hui
Luc 13,23-30 Le jugement
Luc 9, 23-27 Sauver sa vie

2- L'œuvre de notre Salut

L'Évangile n'est pas seulement une promesse, il est aussi une invitation : « Venez à Moi ! » Dieu offre aux hommes le salut ; les uns l'acceptent, les autres non. Il y a donc deux volontés en face l'une de l'autre, celle de Dieu et celle de l'homme, soit qu'elles s'accordent, soit qu'elles s'opposent. Quelle est la part de chacune dans l'œuvre de notre salut ?
Peu de questions ont divisé les Églises autant que celle-là ; et cela se comprend car l'attitude du chrétien devant Dieu dépend forcément de la façon dont il croit pouvoir accéder au salut.

a) Le catholique considère le salut comme la récompense accordée à ceux qui ont obéi aux commandements de Dieu et de l'Église. C'est donc l'homme qui est l'auteur de son salut ; « il fait son salut » à force de bonnes œuvres propres à lui valoir des « mérites » qui compensent et rachètent ses péchés. C'est la doctrine du salut par les œuvres (voir page 30).
Cette conception a le tort de considérer le péché d'une façon assez artificielle, comme « un acte qui mérite un châtiment » ; elle considère moins la vie profonde du chrétien que ses actes, et envisage la justice de Dieu d'une façon toute humaine, comme une balance entre les bonnes et les mauvaises actions. La bonté de Dieu et la foi n'y paraissent qu'au second plan, par le fait que Dieu veut bien attribuer les mérites du Christ à ceux qui ont foi en Lui.

b) Pour combattre cette doctrine et pour écarter toute idée de mérite, les Réformateurs et surtout Calvin ont professé la doctrine de la « prédestination », qui répond à certains aspects de la pensée de saint Paul : Dieu a décidé de toute éternité qui serait sauvé et qui serait réprouvé ; et comme tous sont pécheurs et méritent la condamnation, nous n'avons qu'à admirer sa bonté dans ceux qu'Il sauve et sa justice dans ceux qu'Il condamne. Dans l'œuvre du salut Dieu est tout et l'homme rien.
Cette conception est de nature à donner à la vie chrétienne un parfait désintéressement ; puisque ses œuvres bonnes sont inutiles à son salut qui est déjà acquis, le chrétien ne s'attend pas à être payé ; elles sont le fruit de sa reconnaissance et de son amour. C'est ce qui fait la grandeur de cette idée.

c) Cependant la plupart des protestants considèrent l'idée de prédestination comme l'exagération d'une idée juste. Ce qui est essentiel, c'est bien de sauvegarder le désintéressement du chrétien ; mais il n'est pas nécessaire pour cela de réduire à zéro son travail et sa personnalité elle-même.

L'Évangile est une invitation ; ce n'est pas moi qui m'invite, c'est Dieu et s'Il ne m'invitait pas, je resterais dans ma misère ; le salut est la vie du Christ en nous et cette vie ne peut venir que de Lui ; nul ne s'engendre soi-même à la vie. Si Dieu m'offre le salut, c'est parce qu'il m'aime et que je suis fait pour être son enfant. C'est ce qu'on appelle la doctrine du salut par la grâce : le salut est un don gratuit de Dieu. Mais ce don, l'homme doit se l'approprier et en cultiver les fruits, et d'abord l'accepter, croire au pardon qui lui est offert ; c'est pourquoi la formule évangélique complète, c'est le salut par grâce par le moyen de la foi. Une vieille femme convertie par la Mission disait : la foi c'est la main du cœur, c'est-à-dire l'organe par lequel il saisit le salut.

Il ne s'agit plus ici d'un châtiment ou d'une récompense que l'on aurait mérité, mais d'un don reçu par la foi, d'une vie nouvelle qui commence ; le péché est l'éloignement de Dieu, l'état d'une âme qui est déchue de sa dignité d'enfant de Dieu ; le salut est le retour à cette filialité divine, par la grâce de l'amour divin.

Romains 6, 12-23 Les fruits de la vie nouvelle
Romains 9, 14-24 La prédestination
Éphésiens 4, 17-24 L'homme nouveau
Luc 17, 7-10 Sans mérites
Luc 15, 20-24 ll était perdu et il est retrouvé
Éphésiens 3, 1-12 Fils adoptifs par Jésus-Christ
Colossiens 1, 3-14 Fortifiés par la puissance de Dieu

3- Jésus, notre Sauveur

Tous les chrétiens, à quelque Église qu'ils appartiennent, s'accordent pour appeler Jésus « notre Sauveur » ; il importe cependant qu'ils mettent sous ce titre des idées aussi précises que possibles, tout en respectant le mystère qui recouvre à nos yeux l'action de Dieu et ses desseins miséricordieux à l'égard de l'humanité.

a) Il ne suffit pas de dire que, historiquement, c'est Jésus qui est au point de départ de ce grand mouvement de foi en l'amour sauveur que représente le christianisme, qu'il en est le héraut et le messager. Certainement Jésus est l'annonciateur de l'amour divin, mais il est plus que cela, il en est le porteur ou comme dit la Bible, l'incarnation. « Dieu était en Christ, amenant le monde à la réconciliation avec Lui » dit saint Paul. Il faut laisser à l'amour que Jésus a témoigné aux hommes son caractère magnifiquement humain, humain par la faiblesse, la souffrance et la mort qu'il a fait peser sur le Crucifié ; mais il faut aussi savoir qu'il n'est pas seulement l'amour humain le plus beau que l'on puisse concevoir, qu'il est l'amour même de Dieu venant à la rencontre d'une humanité pécheresse.

b) Lorsque l'Église affirme que nous sommes sauvés par les souffrances et par la mort du Christ, lorsque Jésus dit lui-même qu'il est venu pour servir et donner sa vie en rançon, que faut-il entendre par là ?
Il est certain que la vie d'abaissement volontaire, de service et de sacrifice qui fut celle de Jésus trouve son couronnement sur la Croix. La mort de Jésus n'est pas un événement fort, une sorte d'accident de l'histoire ; elle est impliquée dans sa vocation, comme lui-même l'indique dans la parabole des vignerons. L'amour descendant dans le royaume du péché, sait qu'il y trouvera la souffrance et la mort ; et il l'accepte parce que les hommes ne peuvent connaître autrement la profondeur de leur péché et la générosité de l'amour de Dieu.

c) Toutefois ce n'est pas la souffrance elle-même qui nous sauve, mais l'amour dont elle est le gage et le témoin. Quand on dit que la mort de Jésus paie le rachat de nos fautes, il ne faut pas raisonner comme s'il nous sauvait du châtiment, de la souffrance que nous avons méritée et qu'il paierait Dieu pour que celui-ci ne nous le réclame pas ; il nous sauve du péché lui-même, prend sur lui cette souffrance qui est nécessairement au point de départ de tout relèvement et que, depuis la Crucifixion, l'Église a toujours appelée « la mort à nous-mêmes ».

d) Ainsi la mort de Jésus ne serait rien pour nous si elle n'entraînait pas en nous la mort du vieil homme, comme sa résurrection n'aurait pas de sens si elle n'éveillait pas en nous une vie nouvelle ; comme dit saint Paul, « le chrétien doit mourir avec Jésus-Christ et ressusciter avec Lui » Tous les mots que l'on emploie pour exprimer la signification de la mort du Christ : rançon, rachat, rédemption resteront de pâles images, incapables d'exprimer toute la richesse du sacrifice de Jésus, tant que nous n'aurons pas éprouvé la réalité du lien qui unit à la mort du Crucifié, notre mort à la vie intérieure, comme à sa résurrection la naissance en nous de la vie divine.

Ésaïe 52,13 à 53, 3 L'homme de douleur
Ésaïe 53, 4-10 Il a porté nos douleurs
Matt. 20,17-28 En rançon
Marc 12, 1-12 C'est le Fils, tuons-le
Jean 1, 24-34 L'agneau de Dieu
Éphésiens 2, 11-22 Il est notre paix
Colossiens 3, 1-11 Ressuscitons avec le Christ

4- L’espérance d'outre-tombe

La vie nouvelle à laquelle le chrétien a été éveillé par Jésus-Christ ne saurait être considérée par celui qui la porte en lui comme limitée aux quelques années que nous avons à vivre sur la terre ; elle porte en elle une espérance d'éternité.

a) Mais cette espérance d'une vie après la mort n'est-elle pas inadmissible du fait que tout exercice de la pensée est lié au fonctionnement du cerveau ?
On entend dire : « La science démontre que la pensée ne saurait exister sans le cerveau ». Une pareille façon de parler n'est pas exacte. Tout ce qu'on peut dire scientifiquement, c'est que pour des êtres organisés comme nous sommes, il n'y a pas de manifestations de la pensée sans l'intermédiaire du cerveau. Supprimez le cerveau, vous supprimez la manifestation de la pensée, mais supprimez-vous son existence ? La science n'en sait rien. Encore cela n'est-il vrai que pour des êtres organisés comme nous le sommes et l'existence d'une vie se déroulant dans une autre organisation n'est pas un problème d'ordre scientifique.

b) Si la vie à venir apparaît comme possible, avons-nous le droit de dire qu'elle est réelle ?
Il faut d'abord renoncer à certains arguments insuffisants et même fâcheux.. Par exemple, il ne faut pas dire que s'il n'y a pas une vie future, le devoir est une duperie ; quand même nous mourrions tout entiers, la vérité vaudrait toujours mieux que le mensonge.
Il faut aussi prendre garde que la plupart des arguments que nous invoquons ne prouvent pas la réalité de la vie future ; ils montrent seulement que cette foi particulière est impliquée dans notre foi de chrétien. Par exemple lorsqu'on dit qu'il doit exister ailleurs un monde juste, parce que celui-ci est trop injuste, cela signifie seulement que si le monde est l'œuvre d'un Dieu juste, il doit comporter plus de justice que nous n'en pouvons trouver dans le monde actuel. De même l'idée que nos affections ne peuvent être brisées pour jamais, n'est juste que si l'amour vient de Dieu parce que Dieu est amour. En réalité, la foi que nous avons en la vie future dépend de celle que nous avons en la valeur et la dignité de la vie humaine. On voit combien il est faux de dire que l'espérance d'une autre vie nous détourne de celle-ci, puisque c'est dans la mesure où nous comprenons la grandeur de la vie humaine que nous croyons à sa prolongation après la mort. On comprend aussi que l'espérance éternelle s'épanouisse surtout dans les milieux chrétiens, où la valeur de l'âme n'est pas jugée d'après nos « vies perdues », mais d'après la victoire à laquelle Jésus nous appelle.

c) Quelle idée peut-on se faire d'une vie au delà de la mort ?
Il y a dans l'amour une protestation instinctive contre la mort ; l'espérance d'outre-tombe portera donc le plus souvent sur le revoir de ceux qui se sont vraiment aimés dans la vie présente. Pour le chrétien, l'espérance éternelle est étroitement liée à l'idée du salut. Les images du ciel et de l'enfer dans lesquelles se résument souvent la pensée biblique relativement à l'avenir ne doivent pas être prises au sens matériel. Le ciel est l'état d'une âme à qui la vie avec Dieu est accordée ; l'enfer est l'état d'une âme à qui la vie avec Dieu est refusée. Encore parait-il difficile de penser que cette séparation puisse se prolonger éternellement et que Dieu, par les moyens innombrables dont dispose sa puissance et son amour, ne ramène pas à Lui les enfants prodigues dont il attend le retour.

Job 14, 1-16 Là où l'on meurt sans espérance
Job 19, 15-27 Malgré tout, j'espère
Psaume 30, 1-12 Enseigne-nous à compter nos jours
Psaume 130 (De profundis) Mon âme espère
Jean 11, 17-31 Je suis la résurrection et la vie
Jean 11, 32-44 Jésus pleure
II Corinthiens 4, 13-18 Regarder aux choses invisibles

5- Christ, notre Espérance

a) S'il est vrai que l'idée de la vie future s'impose à nous par le contraste entre l'étroitesse de la vie présente et l'ampleur de nos ambitions spirituelles, il paraîtra naturel que la personne de Jésus et la valeur unique de son âme devienne pour nous la grande preuve de la destinée éternelle de l'âme humaine. En fait, la résurrection de Jésus a été le vrai point de départ de la foi en une vie que la mort ne saurait détruire ; les récits qui la concernent sont la plus haute expression de l'impossibilité pour l'âme chrétienne de se résigner à la mort, c'est-à-dire à la séparation de ceux qui s'aiment et à la destruction des valeurs humaines.
Il faut donc analyser ce récit avec le plus grand soin, en se rappelant que la distinction entre l'âme et le corps, qui nous est si familière, était étrangère aux disciples, et qu'ils ne parlaient pas comme nous d'une mort apparente et partielle, mais d'une mort provisoire.

b) Nous possédons quatre récits de la Résurrection, un dans chaque Évangile. Deux autres documents essentiels éclairent, sinon les faits eux-mêmes, du moins leur signification religieuse ; le premier se trouve à la fin de l'Évangile selon saint Luc, l'autre dans la première Épître aux Corinthiens (1 Cor. 15). Ce sont d'ailleurs les plus anciens.

c) Le fond des quatre récits évangéliques reste le même ; mais les détails diffèrent suivant la distance où les écrivains se trouvent des événements ; et l'on peut dire au sujet du tombeau vide : autant il est certain qu'il s'est passé quelque chose de décisif au matin de Pâques, autant il est impossible de reconstruire ce qui s'est passé.

d) Le récit des disciples à Emmaüs, qui se trouve à la fin de l'Évangile selon saint Luc (Ch. 34) constitue un des rares témoins de l'époque où l'Église doutait encore de la réalité de la résurrection et en cherchait la signification religieuse. Dans une forme admirable de poésie et d'émotion, ce récit affirme que tous les témoignages relatifs au tombeau vide ne peuvent pas fonder la foi, aussi longtemps qu'on demande simplement si on l'a vu ou si on ne l'a pas vu. La foi s'affirme lorsqu'on renonce à voir Jésus par les yeux du corps, mais qu'on le cherche par la communion du cœur avec Lui.

e) Saint Paul enfin nous a laissé un chapitre plein d'une haute et pénétrante pensée, où :

1°- Il ne dit rien du tombeau vide ni des visions des femmes ; par contre il parle de la vision dont il eut lui-même le privilège sur le chemin de Damas, dans les mêmes termes que celles qui éclairèrent les apôtres au matin de Pâques.

2°- L'apôtre présente des remarques profondes sur le caractère spirituel de la résurrection, tant en ce qui concerne Jésus qu'en ce qui nous concerne nous-mêmes.

3°- Il lie étroitement la résurrection du Christ et celle du croyant : le sort du Christ, c'est ce que nous espérons pour nous-mêmes ; ce que nous attendons pour nous-mêmes, c'est ce que nous affirmons pour le Christ. Pour lui, il est essentiel de savoir ce qui s'est passé le jour de Pâques, puisque Christ est notre espérance ; mais il est plus essentiel encore de réaliser cette espérance et de savoir que Christ est ressuscité dans nos cœurs.

Marc 15, 42 à 16,7 Le tombeau vide
Jean 20, 11-18 On a enlevé mon Seigneur
Jean 20, 19-29 Heureux ceux qui n'ont pas vu
Jean 21, 15-19 Pais mes agneaux
Luc 24, 13-35 Emmaüs
I Cor. 15, 3-13 La résurrection du Christ
I Cor. 15, 35-57 Notre résurrection (sauter 39-41 & 51-52)

6- L'espérance du Royaume de Dieu

L'espérance personnelle du chrétien pour la vie à venir n'est pas toute l'espérance chrétienne. Comme l'individu, le monde doit être sauvé, et un christianisme qui ne serait qu'un christianisme d'outre-tombe serait un christianisme incomplet.

a) Ce que nous espérons pour notre terre, c'est le royaume de Dieu, c'est-à-dire une terre où Dieu règne, où sa volonté se fasse comme au Ciel. Cette espérance est si essentielle pour le chrétien qu'elle est répétée par deux fois au centre de l'Oraison dominicale. Elle date des Prophètes. Ce sont eux qui l'ont formulée en termes magnifiques et nous ont proposé comme but de notre travail sur la terre, une société dans laquelle ce ne sont pas seulement les individus qui obéissent à la loi de Dieu, mais aussi les collectivités : Églises, États, classes sociales.
La question du Royaume de Dieu se pose dans la pensée chrétienne sous la forme suivante : l'Évangile est-il seulement le principe de la vie individuelle, ou est-il aussi celui de la vie sociale ? Elle trouve son équivalent approximatif dans la pensée laïque sous cette forme : la morale ne s'impose-t-elle qu'aux individus, ou les collectivités (États, Églises) ont-elles les mêmes devoirs ?
Nous croyons que l'Évangile a le secret, non seulement du salut personnel, mais aussi du salut social. Nous croyons donc au Royaume de Dieu, car si nous ne pouvons pas croire que les individus soient voués éternellement au mal, pourquoi le croirions-nous de l'humanité dans son ensemble ?

b) Le Royaume de Dieu étant pour l'histoire humaine un but final, dont la réalité est subordonnée aux desseins mystérieux de Dieu, quel doit être actuellement le programme chrétien ?
D'abord, l'application des principes de l'Évangile à toute la vie, tant sociale qu'individuelle. Il n'y pas pour la vie chrétienne de terrain réservé où elle ne doive pénétrer. Le chrétien n'a pas deux consciences, une pour la vie individuelle, une pour la vie sociale. Il va sans dire qu'il ne doit jamais se servir de puissances contre lesquelles il lutte ; la fin ne justifie pas les moyens. Nous voulons une humanité dans laquelle il n'y a plus de haine, plus de violence, plus de mensonges ; nous ne devons donc recourir ni au mensonge, ni à la violence, ni à la haine.
Ensuite la réalisation d'une société où la vie chrétienne soit possible. Il y a des milieux où l'épanouissement d'un cœur pur, l'affirmation d'une conscience droite, sont impossibles. Le chrétien doit être l'adversaire de tout ce qui rend impossible ou seulement plus difficile l'éclosion de la vie chrétienne dans les âmes.

c) La grande arme du chrétien, c'est l'amour. Jésus n'a voulu combattre que par lui, et pour vaincre le débordement de la haine il s'est cantonné sur le terrain du renoncement et du sacrifice. Le chrétien doit s'inspirer du même esprit. Cela ne veut pas dire qu'il renonce à se dresser contre le mal, et qu'il accepte tout en courbant la tête ; cela veut dire qu'en luttant contre les ennemis de Dieu il aura soin de ne pas se laisser envahir par la haine et perpétuer ainsi en lui ou autour de lui les sentiments mêmes qu'il voulait détruire. Ceux qui ont voulu prendre à la lettre les paroles de Jésus sur le devoir de ne pas résister au méchant se sont trompés ; l'Évangile n'est pas un code mais un esprit, et l'amour doit être viril ; ce n'est pas lorsqu'il refuse de les punir qu'un père aime le mieux ses enfants. Le chrétien travaille à l'établissement du Royaume de Dieu sur la terre en donnant dans sa vie la première place à l'effort désintéressé et en préparant par l'amour la création de personnalités chrétiennes capables de travailler elles-mêmes à l'avènement d'une société fondée sur la justice et sur l'amour chrétien.

Deutéronome 6, 4-25 Une terre où Dieu régnerait
Ésaïe 5, 18-24 Ce que Dieu a en horreur
Jérémie 7, 21-28 Le royaume du mal
Jérémie 9, 23-24 Fondement du Royaume de Dieu
Ésaïe 62, 1- 9 Paix et sécurité
I Pier. 1, 10-16 La sainteté, fondement du Royaume
Apocalypse 21, 22 à 22, 5 La Jérusalem céleste

Conclusion


1- Pourquoi et comment nous sommes Religieux

Lorsque nous nous interrogeons nous-mêmes sur les raisons que nous avons d'être religieux, nous voyons que les raisons qui nous poussent vers la piété ne sont pas empruntées au raisonnement, mais à notre vie morale. On peut dire d'un mot, que c'est l'impossibilité de nous enfermer dans une vie sans idéal.

a) L'homme ne peut pas vivre avec l'idée que sa vie n'a pas de sens, qu'elle s'en va au hasard et que le soin de son existence matérielle ou de ses occupations professionnelles est toute sa vie. Nous sentons bien que notre vie est quelque chose de plus que cela. Aussi l'homme a-t-il toujours cherché à donner un sens à sa vie.

Mais est-il libre de lui donner le sens qui lui plaît ? L'idéal, la destinée à laquelle nous sommes appelés, ne sont-ils que le reflet de nos fantaisies personnelles ? N'y a-t-il pas une loi de la vie, qui est en nous mais vient de plus haut que nous ? Toute la question religieuse est là. Un homme est religieux quand il sait que sa vie ne lui appartient pas, et quand il vit en conséquence. L'idée du devoir nous conduit aux portes de la vie religieuse ; l'idée de l'idéal, de la destinée, nous y introduit pleinement, car un idéal c'est une pensée ou une volonté qui domine notre vie.

C'est donc à vrai dire la manifestation d'un Dieu. Dieu pour nous n'est pas un étranger qui est à l'origine lointaine du monde ; c'est une force qui est en nous, c'est comme dit l'Écriture, un Esprit, une Lumière, un Amour. C'est sous cette forme là que nous saisissons Dieu d'une façon vivante et pratique ; nous sentons que toute notre vie est liée à Lui, et que s'il fallait renoncer à ce Dieu de nos âmes, il faudrait renoncer en même temps à l'idéal, à l'idée que la vie a un sens et à tout ce qui ouvre à notre vie des perspectives sur l'au-delà.

b) La piété à laquelle nous aboutissons ainsi, que sera-t-elle ?

D'abord elle sera pratique et active. Notre religion ne consiste pas en théories sur Dieu, et encore moins en cérémonies ou en pratiques. Elle sera une orientation de la vie, une forme qui nous aidera à mieux vivre, à vivre comme un homme qui sait qu'il a une destinée à remplir et qui s'y applique. Nous ne connaissons Dieu que par le fait qu'il nous change. Un Dieu qui nous laisserait dans notre misère morale, nous n'aurions pas le droit de dire que nous le connaissons. La vraie religion c'est celle qui change le cœur et élève le croyant.

Notre piété sera large, car rien de ce qui élève l'homme ne peut le séparer de ses frères. Si la religion est en nous quelque chose de vivant, la façon dont nous la comprenons dépend évidemment de notre vie et de nos expériences. Il est donc naturel que chacun ait sa foi. Si nous ne savons pas comprendre et respecter une religion autre que la nôtre, c'est que notre cœur est plein de nous-même et non pas de Dieu. Il n'y a rien de plus large que l'idée de Dieu, en qui doivent se rejoindre tous les croyants, même ceux dont la foi s'ignore ou se cherche encore. « Dieu, dit l'Écriture, est plus grand que notre cœur ».

Enfin notre piété sera joyeuse et libre. Il n'y a pas de religions qui écrasent l'homme devant Dieu. Elles répondent à un certain côté de la réalité religieuse ; mais elles en négligent l'essentiel. L'idée de Dieu pour nous ne doit pas opprimer et rétrécir notre vie, car Il nous appelle à collaborer avec Lui. Mais ceci nous introduit déjà sur le terrain de l'Évangile et du christianisme.

2- Pourquoi et comment nous sommes Chrétiens

Ce qui a entraîné le cœur des hommes, ce qui les a détachés des traditions religieuses d'ordre inférieur dans lesquelles ils étaient enracinés, ce qui les a éveillés à la vie de l'esprit, c'est la personne de Jésus.

a) Si l'on étudie la prédication de Jésus par fragments, on s'aperçoit que tout ce qu'il a dit d'essentiel se retrouve ici ou là dans les écrits de l'Ancien Testament ; ce qui est original, c'est la personnalité qui s'exprime dans cette prédication et en fait l'unité profonde.

Historiquement, le christianisme ne s'est pas constitué autour de la parole de Jésus, mais autour de sa vie, ou plutôt de sa personne ; il s'est présenté tout de suite comme la religion de ceux qui prêchent Jésus, et non de ceux qui prêchent comme Jésus.

Il est encore pour nous la piété de eux qui vivent de Jésus et par conséquent veulent le suivre et lui ressembler. La vie que nous portons en nous vient de Lui et par conséquent doit être de même nature que la sienne et nous conduire au même but.

S'il est vrai que la religion est née en nous du sentiment qu'il existe pour l'homme une destinée morale, et qu'il y a par conséquent un type normal de l'humanité, on peut dire que nous sommes chrétiens parce que nous avons reconnu dans la personne de Jésus l'image de l'humanité fille de Dieu.

b) Quelles sont les caractéristiques de cette humanité ? ou si l'on préfère comment comprenons-nous notre qualité de chrétien ?

· Ce qui caractérise l'humanité chrétienne, c'est d'abord la prédominance accordée sur toutes les autres à l'idée de sainteté ou de perfection. Nous avons dans la vie des intérêts multiples ; le christianisme affirme que l'intérêt spirituel, c'est-à-dire moral ou religieux, doit primer tous les autres. Il ne faut pas dire qu'il supprime ou condamne tous les autres, car Dieu ne veut pas régner sur un désert, mais sur une âme aussi riche que possible ; il faut dire qu'il les domine et même qu'il les inspire. Il est légitime que nous fassions une place à l'intérêt familial, national, intellectuel, artistique, etc..., mais notre Sire Dieu premier servi.

· Le christianisme a d'ailleurs une notion particulière de la sainteté ou de la perfection ; pour lui elle ne consiste pas en l'obéissance, mais dans l'amour. Dieu est conçu comme Père ou comme Sauveur, non comme législateur seulement. Mais ces deux idées ne s'excluent pas. L'amour domine et inspire l'obéissance, il ne la supprime pas. Le chrétien n'est pas sous la loi mais il n'est pas non plus « sans loi », comme dit saint Paul.

C'est sur la puissance de l'amour que compte le christianisme pour éliminer du monde ce qui est contraire à la sainteté ; pour lui le mal n'est pas vaincu tant que le coupable est simplement châtié, mais seulement lorsqu'il est relevé et sauvé.

· L'originalité du christianisme est donc de s'emparer de toute la vie sans en rien sacrifier, mais en dominant, en inspirant tout par la puissance pacificatrice de l'amour. Il n'est donc pas essentiellement une Église, ni un rite, ni une croyance ; il est une conception de la vie et de la valeur relative des choses.

Et c'est parce qu'il trouve et parce qu'il place au centre de la vie une réalité qui a une valeur éternelle, qu'il permet à l'humanité d'envisager une destinée par-delà les limites de la vie terrestre.

3- Pourquoi et comment nous sommes Protestants

Être protestant ce n'est pas professer une religion particulière, c'est être chrétien d'une certaine façon. Nous décrirons seulement ici les principaux traits du christianisme que nous avons trouvés dans les Églises de la Réforme française et qui sont nos raisons de les aimer.
Nous ne prétendons pas que ces traits ne puissent se trouver ailleurs, ni qu'ils se trouvent nécessairement dans toutes les Églises protestantes ; nous disons seulement qu'en fait, nous les avons trouvés dans notre Église et que notre devoir est de travailler à les y maintenir.

a) Ce qui nous plaît d'abord dans le protestantisme, c'est qu'il laisse la première place et même toute la place à Jésus-Christ. Pas d'autre autorité que la sienne, pas d'intermédiaire.

On peut dire que c'est la forme la plus chrétienne du christianisme, ou comme on dit souvent, la plus évangélique, la plus fidèle à l'Évangile. Cette fidélité est le principe du protestantisme, et c'est ce qui explique la place qu'occupe la Bible dans la pensée et la piété protestante. La Bible est le lien permanent entre Jésus et nous, et l'instrument d'un contrôle toujours possible pour chaque fidèle, sur la conformité des enseignements de l'Église et de la prédication de Jésus-Christ.

b) Le protestantisme serait donc infidèle à lui-même et infidèle à Jésus-Christ s'il se laissait détourner de l'esprit largement humain qui se manifeste dans l'Évangile et dans la vie de Celui qui l'a prêché.

Ce que nous aimons dans le protestantisme authentique, c'est qu'il est et veut être une religion qui ne nous sépare de personne. S'il veut fonder une Église qui constitue un milieu favorable à la vie chrétienne et un instrument pour la prédication de l'Évangile, il ne prétend pas enfermer le christianisme et l'Évangile dans cette Église, et déclarer qu'en dehors d'elle il n'y a point de salut.

Un catholique qui garde l'esprit libéral et considère les chrétiens non-catholiques comme des égaux ne peut le faire qu'en abandonnant les principes les plus fermes de son Église. Un protestant manquerait au contraire à son premier devoir, s'il ne gardait un respect fraternel pour toutes les formes de la piété chrétienne. Le principe libéral est aussi essentiel au protestantisme que le principe évangélique.

c) Par une application naturelle, le protestant est conduit à porter son attention sur des réalités plus profondes que l'appartenance à une Église déterminée ou l'adhésion de l'esprit à une croyance. Le protestantisme est la religion de la vie intérieure et de l'action pratique par laquelle celle-ci se manifeste ? « Ce qui sert en Jésus-Christ, c'est d'être une nouvelle créature ». Tout le reste n'a de valeur que comme moyen de stimuler ou la vie intérieure, ou l'action pratique.

Les actes du culte, l'adhésion à l'Église, ne sont rien s'ils ne servent pas à développer en nous l'adoration ou la consécration. Cela seul a une valeur devant Dieu, qui atteint à notre cœur ou qui en jaillit.

Ainsi malgré tous les déficits actuels d'un protestantisme que nous devons sans cesse travailler à améliorer, nous sommes protestants parce que nous trouvons dans cette forme de christianisme une religion qui nous unit à Jésus-Christ, qui ne nous sépare de personne, et qui assigne pour but à notre effort l'épanouissement de notre vie intérieure et de l'action chrétienne qui en manifeste la réalité.