Question de visiteur & réponse proposée. Ces questions et réponses ont été rendues anonymes
en changeant quelques détails (prénoms, ville, âge exact, profession...).

question
précédente
triangle liste triangle suivante

 

Où s'arrêter dans notre interprétation biblique? Où est le réel, le symbolique?

Bonjour!

Tout d'abord je tiens à vous dire que j'apprécie particulièrement votre site dont cette rubrique des lecteurs.

J'aime beaucoup le ton et le contenu des réponses que vous donnez aux gens qui vous questionnent mais cela me pose problème quant a l'acceptation (de certaines églises reformées) de certaines pratiques "moralement contraire a la bible" par exemple : l'acceptation de l'homosexualité, de l'avortement (comme éventuelle solution a un "accident"), aux relations sexuelles avant engagement, etc...

D'un coté je comprends ce point de vue mais d'un autre cote j'ai vraiment l'impression que c'est la porte ouverte a accepter tout ce qui est dans l'air du temps notamment pour ces 3 exemples que je viens de citer.

D'un coté, je suis conservateur (faire ce qui est bien aux yeux de Dieu et ne pas faire le contraire d'ou un certain attachement aux enseignements bibliques) et d'un autre plutôt libérale (car je pense que le plus important n'est pas de s'attacher a la "lettre")

Ma question est donc la suivante:

Où s'arrêter dans notre interprétation biblique? Où est le réel? Où est le symbolique? Et quels sont les critères pour le définir?

Souvent, j'ai vraiment l'impression que les évangéliques ont raison d'oser aller a l'encontre de la pensée séculière et de s'attacher a ces enseignements bibliques plutôt qu'aux raisonnements et pratiques humaines. Et a d'autres moments, je me dis que seul l'amour compte et que les règles ne servent à rien! Je me sens vraiment tiraille entre 2 courants totalement opposés, 2 visions du christianisme...

Merci d'avance pour vos pensées sur ce sujet. Bonne continuation!

o0o

Bonsoir, et merci pour vos encouragements.

Vous avez raison, vraiment raison de vous poser cette question. Elle est essentielle.

Il est certain qu'il faut interpréter symboliquement certains passages de la Bible. Tout le monde le fait. Par exemple quand Jésus dit "Je suis la lumière du monde", personne ne lit ce verset de la Bible littéralement, pourtant il ne s'agit pas d'un petit bout de verset tiré d'une épître, mais bien d'un passage des évangiles, et même d'une phrase de Jésus, parlant solennellement à ses disciples. A l'inverse, un chrétien pense en général que Jésus a existé physiquement, et qu'il n'est pas un symbole, ou plutôt qu'il n'est pas qu'un symbole, mais une personne ayant eu une existence historique. Votre question est donc importante : où s'arrêter dans l'interprétation symbolique ?

Tour le monde est obligé de se décider par soi-même. Même ceux qui prétendraient "prendre la Bible au pied de la lettre", littéralement. Ce n'est pas possible, pour personne. Ceux qui prétendent le contraire se trompent eux-mêmes, ou cherchent à tromper d'autres personnes, en général des personnes auxquelles on dit qu'il ne faut pas trop réfléchir, mais croire que l'interprétation qu'on leur donne est la Vérité, celle de Dieu !

Ce n'est pas possible de lire littéralement des passages évidemment allégoriques, comme l'exemple que je vous citait ou Jésus se présente comme la lumière du monde. Il n'est pas une source de photons, et même les plus intégristes ont des lampes chez eux pour s'éclairer quand il fait sombre. Il y a aussi des passages que l'on ne peut pas lire au pied de la lettre, non pas pour une contradiction évidente avec la physique, comme précédemment, mais à cause d'une contradiction avec ce que l'on pense connaître de Dieu par ailleurs. Par exemple, pour ce passage de l'Ancien Testament où l'on dit aux parents de faire lapider leur fils quand il est révolté contre l'autorité de ses parents (Deutéronome 21:18-23) ! Je crois vraiment qu'il est préférable de lire ça au sens figuré qu'au sens littéral, je suis même persuadé que ce n'est absolument pas la volonté de Dieu que l'on tue un enfant, même rebelle. Et je peux le prouver, bien entendu, par mille autre versets que je choisirai, eux, de prendre comme faisant autorité, que je lirai, eux, au pied de la lettre et de façon absolue. Cela me conduira alors à lire ce passage de Deutéronome 21 symboliquement, ou bien à le relativiser comme un avertissement, ou même comme un passage à replacer dans le contexte culturel de l'époque...

Tout le monde fait cela, bien sûr. Même les hypocrites ou les manipulateurs qui prétendent respecter la Bible au pied de la lettre.

Il y a donc une pluralité d'interprétations de la Bible. Tout dépend du ou des passages que l'on choisit comme orientant notre lecture du reste. Cette pluralité de lectures possibles est une chance, car si ce n'était pas le cas nous risquerions de prendre notre propre conception de Dieu pour Dieu lui-même, ce qui serait manifestement un cas d'idolâtrie assez carabiné.

Heureusement, la Bible est un livre, ou plutôt une bibliothèque, que l'on est donc obligé d'interpréter. Ce ne serait pas le cas si la Bible était simpliste. On n'est pas obligé d'adapter, d'interpréter la recette du gâteau au yaourts pour l'utiliser. On a le droit, mais il est possible de l'appliquer littéralement si on choisit d'être fondamentaliste dans ce cas. Mais pour la Bible, ce n'est heureusement pas possible, et cela favorise bien moins les intégrismes divers que d'autres religions ou idéologies basées sur un texte ou une personne.

Mais rassurez-vous. Cela n'empêche pas de chercher la Vérité, et d'en vivre. Car pour la Bible, la notion même de vérité n'est pas une vérité de dogme ou de conduite, mais une vérité de relation, la fidélité. Pour nous la Vérité c'est le Christ et l'on ne peut pas le mettre en équation.

Que reste-t-il alors ? cela. Le Christ comme acte de Dieu venant sauver l'homme et le Christ comme acte de l'homme dans sa propre fidélité à Dieu. A partir de cela, reste à lire la Bible, prier, discuter, mais en ne confondant jamais sa propre interprétation avec la Vérité, qui, par définition, est une réalité vivante. Une interprétation, une lecture est faite dans le contexte de ce que nous sommes aujourd'hui, de ce que nous vivons aujourd'hui. C'est donc par l'Esprit seul que notre interprétation de tel passage de l'Ecriture puisse devenir à un moment donné Parole de Dieu pour nous, ou pour une personne à qui nous parlons. Cela demande de la foi, mais aussi de la réflexion, une certaine dose de culture mais aussi d'humilité. Cela demande de se sentir libéré par la grâce de Dieu.

Cette nécessité d'interpréter l'écriture concerne noter théologie, mais aussi notre comportement, ce que nous pesons être juste à un moment donné. Paul nous donne ce conseil = "tout est permis, mais tout n'est pas utile, tout est permis mais tout ne construit pas" (1Corinthiens 6:12, 10:23). Saint Augustin ajoute : "Aime et fait ce que tu veux" avant de mettre cet amour comme ayant son origine en Dieu, par le Christ. (Commentaire de la 1e lettre de Jean).

Ils ont mille fois raison. C'est dans la relation à Dieu personnelle que l'on pourra faire l'interprétation de la Bible qui fera vivre. Et en ce sens, c'est criminel de dire à des personnes qu'elles ne doivent pas réfléchir personnellement dans leur lecture de la Bible.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur Marc Pernot

 

réagir sur ce sujet
question
précédente
triangle liste triangle suivante
poser une question

L'Oratoire du Louvre et Paris

L'Oratoire du Louvre et Paris