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Les sacrements, de la magie ?

Qu'est-ce qu'un sacrement ? Dans l'Eglise catholique, il y en a sept; moins chez les protestants. Sacrement = faire du sacré avec, si je comprends le sens des mots. Or Jésus me semble avoir récusé le sacré. Par exemple sa position sur le sabbat.

Dans l'Eglise catholique, l'eucharistie se présente, à mes yeux, comme un rite magique (transformer le pain et le vin en corps et sang du Christ). Ne serait-ce pas une sorte de concession à la pensée magique qui habite plus ou moins tout homme ?

 

Cher Monsieur

C'est votre étymologie qui vous égare... en théologie, “sacrement”, ne veut pas dire simplement un acte “sacré”, mais autre chose.

Dans la Bible, “sacramentum” veut dire un “secret”, et traduit le mot grec “mysterion” qui signifie le secret intelligible du projet créateur de Dieu, c'est l'objet de la révélation.

Mais en suite dans l'histoire de l'eglise, celle ci a voulu choisir parmi les geste liturgiques ou ecclésiastiques certains en particulier dont elle pensait qu'ils signifiaient particulièrement le projet de salut de Dieu pour l'humanité.

Le nombre des sacrements a grandement varié dans l'Eglise chrétienne, entre deux et plusieurs dizaines à certaines époques, finalement, c'est le concile de Trente, qui je crois, a voulu en garder 7 parce que ce nombre est beau. Mais il y a toujours eu des discussions, par exemple comment expliquer que l'ordination d'un prêtre soit un sacrement, mais pas les voeux perpétuels d'un religieux...

Les protestants ont gardé, à la base, la même liste de sacrements, mais ont ajouté des conditions pour que l'acte en question puisse être considéré effectivement comme “sacrement”. Ces conditions étaient:

  • 1 Qu'il y ait une institution par le Christ dans l'Evangile
  • 2 que le geste ait effectivement une notion d'universalité (comme la grâce), et donc puisse concerner tout le monde
  • 3 qu'il y ait une matière visible et concrète

Si vous passez au crible les 7 sacrements, vous verrez que seuls deux passent les trois critères: la communion et le baptême.

Il ne s'agit donc pas de définir quels sont les actes considérés comme les plus “sacrés”, mais bien autre chose, une sorte de liste un peu conventionnelle des principaux gestes étant des “signes visibles de la grâce invisible de Dieu”, cette liste n'étant pas exaustive.

Ainsi en particulier, certains disent que si le mariage n'est pas un sacrement pour les protestants, c'est qu'il est moins sacré que chez les catholiques. C'est faux, si le mariage n'est pas un sacrement chez les protestants, ce n'est pas parce qu'ils le prendraient moins au sérieux, mais pour la seule raison que tout le monde n'est pas appelé à être marié et que donc ce signe n'est pas universel et donc ne peut adéquatement signifier la grâce de Dieu qui est offerte à tous, mariés comme non mariés.

Quant à la position du Christ sur la question, je pense effectivement qu'il était au delà de ces questions, son problème n'était pas de savoir s'il fallait qu'il y ait deux, sept, ou trente sacrements. La position protestante est de considérer les sacrements plus comme des actes pédagogiques qu'autre chose. Et donc en effet, il s'agit de ne pas leur donner plus d'importance qu'il ne le faut. Ils ne sont que des signes, et l'important n'est pas le signe, mais la réalité première qui y est signifiée. Quant le signe prend de l'importance pour lui même, et qu'on oublie qu'il n'est qu'au service d'une réalité autre, effectivement, on court le risque de le transformer en rite plus ou moins magique, et c'est un danger réel auquel il me semble qu'il faut prendre grande garde.

Avec mes très cordiales salutations.

Louis Pernot

 

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