Question de visiteur & réponse proposée. Ces questions et réponses ont été rendues anonymes
en changeant quelques détails (prénoms, ville, âge exact, profession...).

question
précédente
triangle liste triangle suivante

 

Devenir protestant ? Devenir pasteur ?

Bonsoir,

Je me présente, j'ai 19 ans et je suis étudiant en Histoire. Si je vous écris ce mail, c'est pour vous interroger concernant ma foi et mon engagement auprès de Dieu, de l'Eglise et de mes frères et soeurs chrétiennes et l'être humain dans son ensemble je dirai même.

J'espère que mes questionnements ne vous paraîtront pas trop dénués de sens, ni trop étranges ni trop complexes.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, malgré mes études en Histoire, je suis un étudiant ayant la foi. Mon univers familial n'a pas été favorisant dans cela. En effet mes parents divorcés aujourd'hui, tous deux catholiques, m'ont fait baptisé par "tradition" plus que par foi réelle, me laissant ensuite faire ce que je voulais. J'ai ainsi, à ma demande, demander d'aller au catéchisme catholique, faire ma "petit" communion, puis ma profession de foi, mais je n'ai point terminé le cycle qui devait me mener à la Confirmation, les cours m'empêchant d'assister aux réunions préparatoires.

Les séances de catéchisme, comme beaucoup d'enfants je le pense, furent pour moi des moyens de retrouver des copains et copines qui y étaient aussi. Mais contrairement à la plupart d'entre eux qui voyaient dans la foi une partie de leur existence inculquée dans leurs familles, j'ai souhaité par moi même, en lisant comme je le pouvais à mon âge (et ma compréhension si je peux parler en ce terme là, devait être loin d'être juste, encore aujourd'hui d'ailleurs^^) la Bible et découvrant ainsi peu à peu le Seigneur Jésus et l'Amour infini qui était et est toujours pour moi le coeur du message chrétien. J'avais envie de découvrir Dieu plus en avant encore. Chaque étude des Evangiles me donnait envie d'aller encore plus loin, pour comprendre encore plus finement l'immensité de cette Bonne Parole qui devait être annoncée à la Terre entière.

Ainsi j'ai poursuivi le cycle me devant me mener devant le prêtre recevoir la profession de foi, me renforçant dans mon baptême catholique.

Néanmoins, plus je lisais et essayais de comprendre la foi catholique, plus certains passages me semblaient en contradiction avec le message de Jésus Christ. Ainsi le faste et la complexité de la liturgie catholique me semblait loin d'être dans la suite de la simplicité première du Christ. L’interdiction même du ministère sacerdotal aux femmes m'apparaissait comme être une opposition aux messages d'universalité de Jésus. Bref, plusieurs exemples commencèrent à me poser des questions sur l'Eglise Catholique Romaine, sa relation à Dieu qui me paraissait trop complexe, trop recherchée.

Dans cette période de questionnement, ma foi même vacilla: en effet me disais-je, si je me met à douter de l'Eglise dans laquelle je suis, ma foi n'est-elle pas en train de s'affaiblir et de disparaître ?

Ces questions je me les suis posé aux alentours de mes 15 ans. La réponse que j'essayais de trouver, je la trouvais dans la prière. Ma prière était simple: dans ta grâce seigneur affermit ma foi en ton Fils et en son Amour infini.

Arriva le grand tournant de ma vie jusqu'alors: mon grand père, avec qui j'avais une grande complicité, décéda en 2005. Je crois sincèrement que cette mort finit par anéantir une foi qui finalement était trop faible. Je suis resté ainsi plus de 2 ans sans prier Dieu, Jésus, ni même lire la Bible. Peut-être que cette période me fut nécessaire avec le recul, pour repartir sur de bonnes bases si j'ose dire ainsi. La Confirmation était engagé, et je suivais les réunions et les regroupements sans grand enthousiasme. Je n'y allais finalement que pour rejoindre des amis que je ne pouvais voir qu'à ces moments cela, et avec qui j'étais depuis plus de 5 ans. Mais comme je vous l'ai dit plus haut, les cours du lycée m'empêchèrent d'assister aux finalités de la Confirmation, dans l'année de mes 17 ans si je me souviens bien. D'une certaine manière ceci fut pour moi un soulagement, car je faisais semblant face aux autres et même face à Dieu finalement. Et malgré mon absence de foi, je respectais les croyants, quels qu'ils soient, et je n'étais pas honnête dans ma démarche.

Ma grand mère décéda trois ans après mon grand père. Protestante, elle désirais se faire enterrer protestante. Je pu donc assister pour la deuxième foi de ma vie à une cérémonie protestante, après le baptême de mon cousin. La cérémonie dans son ensemble ne reflétait pas les cérémonies catholiques que je connaissais.

Après cet évènement, j'ai commencé à de nouveau prier et demander le pardon de Dieu. La mort avait détruit ma foi qui était donc faible. Et la mort faisait de nouveau naître ma foi. Car je n'avais jamais abandonné quand j'y réfléchis la croyance en Dieu. Bien que je tentais de me voiler la face durant trois ans, je me rappelle désormais avoir par moment prier Dieu, malgré ce que je disais volontiers: que je n'avais plus la foi.

Mon parcours est donc assez chaotique comme vous pouvez le voir. Malgré ce que je pouvais penser, ma foi en Dieu était faible et finit par presque disparaître avec la mort de mon grand père. Peut-être avez vous déjà rencontré des situations pareilles, mais je désirais me confier à vous pour vous posez mes questions:

Depuis la mort de ma grand mère en 2008, soit bientôt 2 ans, je connais une foi de plus en plus ferme il me semble, en tout cas plus solide que celle que je pouvais avoir avant mes 15 ans. J'essaye au mieux, en lisant la Bible, de suivre les enseignements du Christ.

Mais les questions qui étaient les miennes avant la perte de ma foi sont restées vivaces. Je me sens de plus en plus en décalage dans ma foi personnelle avec la foi catholique dans sa liturgie et même parfois au sein même du coeur du christianisme: l'Eucharistie (notamment au niveau de la transsubstantiation). Je ne vous cache pas que la moitié de ma famille est protestante.

De plus en plus je me sens poussé à suivre l'Eglise Réformé, et je réfléchis de plus en plus à me convertir.

De plus, la renaissance de ma foi fut pour moi un véritable appel de Dieu. En effet, jusqu'alors, je n'avais jamais réfléchi à ce que Dieu voulait pour moi, sur la question de la vocation.

Bien entendu chaque baptisé a une vocation au sacerdoce universel, an une vocation à évangéliser, servir et être des témoins vivants du Christ. Mais la question qui se pose se situe plus encore au niveau de ma vie entière: est ce que Dieu n'a pas pour moi une vie entièrement tournée vers la communauté des chrétiens ? Ne suis je pas finalement appelé à témoigner dans chaque instant de ma vie de l'Evangile en me mettant entièrement et pleinement au service de Dieu et de l'Eglise ? Comment puis je savoir cela ?

Et n'est-il pas encore trop tôt pour parler "vocation", même si le mot est mal choisi peut être, au ministère pastoral, alors que je ne suis même pas encore protestant et Réformé dans les faits ?

Une autre question se pose à moi. Ma famille, plus particulièrement ma mère, m'a toujours laissé faire ce que je souhaitais en matière de foi, bien qu'elle considère que les Eglises soient des sectes, bloquant la liberté et l'ouverture d'opinion de l'Homme. Malgré cela, elle ne s'oppose apparemment pas à une éventuelle conversion si je dois me convertir un jour au calvinisme. Comment puis je au mieux aborder ce sujet qui peut parfois être source de divisions et de débats sans fin ?

Voici quelles étaient mes questions. J'espère que celles ci ne vous paraîtront point trop complexes ou même inappropriés à ma situation.

En l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer mes plus respectueuses salutations.

 

o0o

Cher monsieur

Bravo pour votre beau cheminement sincère et vrai. Je suis persuadé qu’avec une telle façon d’être vous avancerez et vous vous élèverez beaucoup en qualité d’être.

Les croyants sincères, ceux qui attachent du prix à la foi plus qu’à l’institution, comprendront et respecteront votre choix de l’église qui correspond le mieux à votre sensibilité. Restez donc sincère et vrai, c’est très bien comme ça. De plus, à mon avis, on ne se “convertit” pas au protestantisme, c’est de toute façon vers Dieu que l’on se convertit, que l’on se tourne. Ensuite, on peut, oui, choisir une église, on peut en changer, on peut changer de paroisse tout en restant dans la même confession, on peut être à cheval sur deux paroisses, deux églises... Selon sa sensibilité, selon son mode de vie, selon les circonstances.

Pour ce qui est d’être pasteur ou non, vous avez le temps. De toute façon, c’est mieux de n’être pasteur qu’après avoir fait un autre travail, comme cela on connaît mieux la vie et les personnes. Et puis, l’église est une institution humaine, ce n’est pas le Royaume de Dieu sur terre. Comme dans toute association, il y a des questions de personnalités, chacun ayant ses forces et ses fragilités, sa générosité et son égoïsme... Bref, pour être pasteur il faut avoir mesuré si l’on aime pas seulement Dieu (ce qui est bien sûr essentiel), mais aussi les gens, et même l’église particulière où l’on s’engage. Sinon, c’est très très pénible. Surtout pour quelqu’un de sincère comme vous.

Comme vous le suggérez, commencez d’abord par vous intégrer dans une église, et dans le travail de l’église par du bénévolat. Je vous suggèrerais volontiers d’aller au culte plusieurs fois dans toutes les paroisses de l’Eglise Réformée qui ne sont pas trop trop loin de chez vous, comme ça vous verrez un peu le style des prédications, vous sentirez la personnalité de chaque paroisse. Choisissez alors celle qui vous correspond le plus, participez un peu régulièrement au culte, visitez les différentes activités proposées, voyez s’il y a de la place dans telle ou telle équipe de bénévoles. Une des fonctions les plus difficiles et les plus riches est d’être “catéchète”, c’est à dire moniteur d'éducation biblique.

Et puis, bien sûr, continuez à lire la Bible, à prier personnellement, c’est là l’essentiel. Travaillez également vos études, trouvez un bon boulot, ayez des amis, des loisirs... Pour trouver un certain équilibre personnel.

Bonne route,

& tous mes vœux de bénédiction

pasteur Marc Pernot

 

réagir sur ce sujet
question
précédente
triangle liste triangle suivante
poser une question

L'Oratoire du Louvre et Paris

L'Oratoire du Louvre et Paris