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Voici mon corps donné pour vous
;
faites ceci en mémoire de moi.
( Matthieu 26:26-28 ; Luc 22:14-20 ; Jean 15:8-17
)
(écouter l'enregistrement) (voir la vidéo)
Culte du Jeudi Saint 2008
à l'Oratoire du Louvre
pasteur Marc Pernot
Prenez et mangez,
ceci est mon corps donné pour vous... faites ceci en mémoire
de moi.
Nous avons tous cette phrase en tête, comme si elle était
un verset bien connu de la Bible. Et bien oui, et non. Telle quelle,
cette phrase est nulle part dans le Nouveau Testament, c'est un
patchwork de phrases des différents Évangiles composée
par des théologiens au cours des siècles, c'est comme
si l'on prenait dans un livre le sujet et le verbe d'une phrase
et qu'on le collait au complément tiré d'un autre
livre. Je ne sais pas si cette composition est simplement maladroite
ou s'il s'agit de manipulation, mais en rapprochant ainsi 2 demi-versets
de 2 évangiles différents, le sens n'est vraiment
plus le même que dans les Évangiles d'origine. Prenez et mangez, ceci est mon corps donné pour
vous... est dans l'Évangile selon Matthieu,
...faites ceci en mémoire de moi est dans
l'Évangile selon Luc et dans la 1e lettre de Paul aux Corinthiens.
En rapprochant ces demi-phrases on donne à penser que Jésus
nous dit qu'il serait vital de prendre et de manger régulièrement
le pain et le vin en mémoire de lui. En effet, ce
...faites ceci en mémoire de moi est la conclusion
d'une parole de Jésus très solennelle où il
donne en quelque sorte son testament spirituel, quelques heures
avant d'être arrêté et exécuté.
Reprenons donc, honnêtement, ces paroles du Christ qui nous
dit faites ceci en mémoire de moi pour essayer
de comprendre ce qu'il nous donne de faire :
Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu
grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant
:
Voici mon corps qui est donné pour vous ;
faites ceci en mémoire de moi.
Quel est le faire ceci que Jésus nous donne
ainsi comme testament spirituel ? Sa phrase est très claire,
le faire ceci renvoie au dernier verbe actif précédant.
Voici mon corps qui est donné pour vous ; faites ceci
en mémoire de moi veut dire que Jésus nous
invite à donner notre corps pour les autres, comme lui, le
Christ, donne son corps et sa vie pour nous.
Mais, bien entendu, ce dernier message donné par Jésus
est moins facile à entendre qu'un mangez ce pain, buvez
cette coupe, en mémoire de moi qui institue un geste
religieux comme sommet de ce que Jésus nous propose de vivre
dans son Évangile. Il est également bien plus facile
de dire Voici le corps du Christ en tendant un morceau
de pain que de dire aux autres Voici mon corps, voici mon
sang que je vous donne, par amour pour vous, en mémoire du
Christ qui a donné sa vie pour moi. Il est plus facile
de dire Jésus vous aime que de d'essayer, avec
nos forces limitées d'aimer notre prochain, et d'exposer
ainsi nos ressources limitées et nos curs déjà
fatigués...
Jésus était un juif pratiquant, mais apparemment
de façon assez libérale. Même ce geste essentiel
du Sabbat qui consiste à laisser la première place
à Dieu dans sa vie au moins une fois par semaine n'était
pas pour lui une chose absolue et s'il y avait quelqu'un à
aider ce jour là, ou seulement un épi de blé
à grignoter en passant, ce n'était pas pour lui un
problème. Le sabbat est fait pour l'homme, explique
t-il, et pas l'homme pour le Sabbat , on voit mal dans ce
contexte comment il aurait institué un geste religieux comme
celui de la Cène dans une autre optique. C'est, comme le
Sabbat, un simple moyen au service de notre cheminement.
Cette chose ultime, qui est centrale dans la vie du Christ, c'est
de donner sa vie pour les autres, de donner son temps, son énergie,
son amour pour donner la vie aux autres. C'est ce que l'on voit
dans bien des passages du Nouveau Testament.
Par exemple, l'apôtre Paul nous appelle à: offrir
notre corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à
Dieu, ce qui sera de notre part un culte raisonnable (Rom. 12:1).
Et dans les évangiles, le Christ nous dit Si quelqu'un
veut venir avec moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il
se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive. Car celui
qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à
cause de moi la sauvera. (Luc 9:22-24, Luc 17:33) Il s'agit
de la même chose que dans le commandement de la Cène.
Il nous invite à donner notre vie, comme lui-même donne
sa vie pour nous.
Être chrétien, ce n'est pas seulement être
consommateur ou spectateur mais c'est être acteur. Ce n'est
pas seulement être aimé mais aussi aimer... Ce n'est
pas regarder le Christ porter sa croix, mais porter sa propre croix
et le suivre dans ce cheminement.
Le Christ est le chemin. Un chemin n'est pas fait pour être
adoré. Un chemin c'est fait pour permettre d'avancer. Quand
le Christ donne sa vie, il ne la donne pas pour que nous le regardions
faire avec admiration pour son courage, mais il nous donne sa vie
pour que nous la prenions, pour que nous vivions de cette qualité
d'être qui était la sienne et qu'il nous offre.
Dans le même sens, nous fêtons Noël pas seulement
pour célébrer la naissance du bébé Jésus
il y a 2000 ans mais pour naître à cette dimension
supérieure de l'existence qu'il incarne. Et si nous repensons
particulièrement aux dernières journées de
la vie de Jésus à Pâques c'est pour nous ouvrir
à chaque fois un peu plus à sa façon d'être,
pour faire un pas de plus dans le cheminement qu'il nous propose,
et pour que vraiment, concrètement, cela change quelque chose
à notre façon d'être.
En mangeant la Pâque le Jeudi Saint, nous voulons prendre
et assimiler cette façon d'être qui consiste à
donner sa vie par amour pour les autres, à donner au moins
un peu de notre vie dans l'espérance qu'une personne que
nous pensons devoir aimer puisse être un peu plus vivante
ainsi.
En nous lamentant sur la mort de Jésus le Vendredi Saint
et en nous réjouissant de sa résurrection le Dimanche
de Pâques, nous voulons nous ouvrir à ce miracle qu'est
l'extraordinaire dynamique de vie qu'il y a dans le moindre geste
d'amour vrai. Objectivement, la mort de Jésus de Nazareth
est un incroyable gâchis, celui d'une vie extraordinaire sacrifiée
par la folie ordinaire des humains. Pourtant, même ce gâchis
stupide, grâce à l'amour que le Christ a mis à
le supporter, a été paradoxalement une incroyable
source de vie pour le monde entier.
Bien souvent, nous hésitons à faire un geste pour
telle personne, parce que peut-être ça ne servira à
rien, peut-être qu'elle se moquera de notre élan, ou
pire... mais ne craignons rien, tout geste d'amour a sa propre fécondité.
Noël, Pâques, Pentecôte, et nos Saintes Cènes
ne font pas de nous des spectateurs de la vie du Christ mais ils
nous donnent l'occasion de devenir un peu plus enfant de Dieu, un
peu plus christiques.
Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu
grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant : Voici
mon corps qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire
de moi. En disant ces paroles, Jésus ne crée
pas un rite religieux, il nous propose un style de vie, il nous
propose de vivre en donnant sa vie pour nos frères et surs,
comme le dit Jean (1 Jean 3:16).
Facile à dire, un peu moins à faire ? C'est pour
cela que nous avons besoin du Christ. Lui-même nous dit dans
le passage de l'Évangile de Jean que nous avons entendu que
ce n'est pas spontanément qu'il peut aimer à ce point,
mais que cela lui vient de son Père, de Dieu, et que cette
façon d'être il nous la donne, il nous la transmet
parce qu'en elle est la vie, et même la joie parfaite.
Nous retrouvons cette transmission de la vie divine dans les gestes
de Jésus à la Cène :
- D'abord, Jésus prend le pain. Il le prend comme on prend
sa vie en main, comme on se saisit consciemment de l'amour dont
nous avons été aimé par Dieu, particulièrement
en Christ.
- Ensuite, Jésus rend grâces, il remercie Dieu publiquement
de tout ce qu'il lui a donné : il le remercie pour cette
vie qu'il a, pour l'amour dont Dieu l'aime, puisque c'est cet
amour qui lui donne d'aimer lui-même, et de connaître
la joie qu'il y a à vivre ainsi.
- Après seulement, il rompt le pain comme il donne sa
vie pour nous. Cela ne doit venir que comme un fruit de l'amour
divin, nous dit Paul, il ne sert à rien de donner son corps,
de donner sa vie si on le fait sans amour. C'est ce que dit également
le Psaume 127, c'est en vain que nous essayons de construire si
nous construisons sans l'Éternel.
- Jésus donne enfin ce pain rompu aux disciples en expliquant
ce geste qui est la mémoire de son amour qui va jusqu'à
donner sa vie pour nous. Et il nous conseille ainsi, fraternellement,
de prendre et d'assimiler cette façon d'être, car
en elle est la vie.
Comme le Christ ne pouvait vivre comme il a vécu par de
simples forces humaines mais seulement avec l'amour de Dieu créant
une surnaturelle capacité à aimer, nous aussi, nous
avons besoin de Dieu pour vivre en nous aimant un peu les
uns les autres. Et c'est pour cela qu'il est intéressant de lire aussi
ce que nous dit Jésus dans un autre Évangile pour
la Cène: Jésus prit du pain; et, après
avoir rendu grâces, il le rompit et le donna aux disciples
en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. (Matthieu
26:26) Le Christ nous tend sa vie, il nous offre ses paroles, il
nous offre la connaissance de l'amour de Dieu, et il nous conseille
de prendre cela, et de l'assimiler en nous-mêmes:
- Prenez: prendre, cest dire oui au
Christ, c'est dire oui à ce Dieu qu'il nous révèle,
à cette façon d'être que Jésus incarne,
c'est prendre du temps pour le chercher, c'est vouloir recevoir
ce qu'il donne.
- Prenez et mangez Manger le Christ : c'est
se nourrir de sa personne et de son enseignement, comme la nourriture
d'un repas délicieux nous réjouit, nous fortifie
et nous rassemble autour de la table.
On peut certes prendre et manger le Christ par la simple méditation
des évangiles et la prière chez soi, dans l'intimité
de sa chambre. Nous pouvons aussi le prendre en le manger le dimanche
matin au cours du culte, même si la Cène n'est pas
célébrée, et cela nous rappelle que nous ne
sommes pas seuls dans cette démarche mais tout une famille
qui se rassemble. La Cène ajoute encore quelque chose, une
émotion, une façon de vivre cette recherche et cette
joie de façon plus physique, par un geste de la main, par
un regard qui s'échange, par une coupe et un plat qui passent
de l'un à l'autre. Ce n'est pas obligatoire, mais beaucoup
d'entre nous sont sensibles alors, tout particulièrement,
à cette réalité que c'est ensemble que nous
constiturons le corps du Christ, avec humilité mais aussi
en assumant la responsabilité qui est la nôtre, cette
belle vocation d'être disciple du Christ. Bénis sois-tu, Seigneur notre Dieu, pour tout ce que tu
nous a donné en Christ.
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Pasteur dans la chaire de
l'Oratoire du Louvre
© France2
Lecture de la Bible
Matthieu 26:26-28
Pendant quils mangeaient,
Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces,
il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez,
mangez, ceci est mon corps.
Il prit ensuite une coupe; et, après avoir rendu grâces,
il la leur donna, en disant: Buvez-en tous; car ceci est mon
sang, le sang de lalliance, qui est répandu pour
beaucoup, pour le pardon des péchés.
Luc 22:14-20
Lheure étant
venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui.
Il leur dit: Jai désiré vivement manger
cette Pâque avec vous, avant de souffrir; car, je vous
le dis, je ne la mangerai plus, jusquà ce quelle
soit accomplie dans le royaume de Dieu.
Et, ayant pris une coupe et rendu grâces, il dit: Prenez
cette coupe, et distribuez-la entre vous; car, je vous le dis,
je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusquà
ce que le royaume de Dieu soit venu.
Ensuite il prit du pain; et, après avoir rendu grâces,
il le rompit, et le leur donna, en disant: Ceci est mon corps,
qui est donné pour vous; faites ceci en mémoire
de moi.
Il prit de même la coupe, après le souper, et
la leur donna, en disant: Cette coupe est la nouvelle alliance
en mon sang, qui est répandu pour vous.
Jean 15:8-17
Si vous portez beaucoup
de fruit, cest ainsi que mon Père sera glorifié,
et que vous serez mes disciples.
Comme le Père ma aimé, je vous ai aussi
aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon
amour, de même que jai gardé les commandements
de mon Père, et que je demeure dans son amour.
Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous,
et que votre joie soit parfaite.
Cest ici mon commandement: Aimez-vous les uns les autres,
comme je vous ai aimés.
Il ny a pas de plus grand amour que de donner sa vie
pour ses amis.
Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur
ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous ai appelés
amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que
jai appris de mon Père.
Ce nest pas vous qui mavez choisi; mais moi, je
vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous
alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure,
afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il
vous le donne.
Ce que je vous commande, cest de vous aimer les uns
les autres. |
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