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Veillez bien à faire provision d'huile
( Matthieu 25:1-13 ; Ecclésiaste 11:7-12:7
)
(écouter l'enregistrement) (voir la vidéo)
Prédication à l'Oratoire du Louvre le13 avril 2008
par le pasteur Marc Pernot
Les paroles de Jésus
sont vraiment faites pour exercer notre intelligence, en particulier
cette parabole très étrange et même choquante.
Comment comprendre cette histoire de 10 filles fiancées à
un seul et même homme, ce qui n'est pas un modèle de
fidélité ? Comment comprendre que Jésus appelle
sages ces personnes qui refusent de partager leur huile ? Comment
comprendre la terrible sévérité du Seigneur
qui ferme la porte et est ensuite sans pitié pour celles
qui demandent à entrer ? Comment concilier cela avec le cur
de l'Évangile du Christ qui est l'amour de Dieu même
pour ses ennemis, et la promesse qu'il ne rejette pas celui qui
vient à lui ?
Pourquoi est-ce que Jésus invente cette histoire de 10
fiancées pour un seul époux ? Ce n'est certainement
pas pour que nous changions notre conception du mariage, mais c'est
une façon pour Jésus d'annoncer d'une manière
particulièrement forte que ce n'est plus avec un peuple ou
l'humanité que Dieu fait alliance, mais individuellement
avec chaque personne, une alliance alliance basée sur l'amour
et la fidélité. Les dix fiancées représentent
donc des personnes qui ont déjà répondu à
cet appel de Dieu. Toutes se préparent, attendent, espèrent
sa présence. Et c'est bien. La preuve, c'est que Jésus
nous dit qu'elles font toutes les 10 partie du Royaume de Dieu par
leur foi (leur espérance de Dieu, leur attente de sa venue
dans leur existence). C'est déjà bien, et nous aurions tendance à
penser que ça suffit. Mais avec cette parabole, Jésus
nous montre qu'il existe dans notre vie une chose plus essentielle
encore que la foi, une chose dont il est urgent de faire provision
quand on le peut encore. Cette chose, nous dit Jésus, c'est
comme l'huile pour une lampe à huile.
Dans la Bible, le symbole de l'huile est bien connu. Elle évoque
les bénédictions de Dieu pour nous. Tant qu'il fait
jour, nous montre Jésus, il est facile de faire provision
de cette huile de la bénédiction de Dieu, c'est ce
que font les cinq sages. Les folles, elles, se contentent d'en avoir
juste un peu, elles pensent peut-être que si la nuit tombait,
il serait alors toujours temps d'aller chercher de l'huile quelque
part, ou que quelqu'un d'autre leur en donnerait.
Le problème c'est que ce n'est pas possible.
C'est comme si quelqu'un mangeait n'importe quoi pendant des années,
sans jamais prendre de poisson, de légume ou de fruit, sans
jamais faire le moindre sport... et que le jour où il tombe
malade, il espérait pouvoir en 2 minutes prendre un million
de vitamines, et se tourner vers ses amis en leur disant : prêtez-moi
maintenant un peu de votre santé. Malgré toute leur
bonne volonté, ce ne serait pas possible.
Cette bénédiction de Dieu qu'évoque ici l'huile,
c'est comme une bonne santé, c'est une bonne forme spirituelle
et ce que ça apporte. C'est une tête qui a l'habitude
d'observer et de réfléchir, c'est de l'espérance
dans le cur, c'est une capacité à aimer, à
pardonner, c'est une vraie bonne relation avec Dieu, construite
peu à peu à force de penser à lui, de lui ouvrir
notre cur, à force de l'aimer et de le remercier comme
celui qui nous donne la vie.
C'est facile de faire provision de tout cela tant qu'il fait jour,
nous dit Jésus dans sa parabole, c'est-à-dire tant
que la vie n'est pas trop dure, tant que l'on s'en sort assez facilement
et que l'on a alors l'esprit assez libre pour s'ouvrir à
Dieu et se laisser construire par lui jour après jour, et
faire provision ainsi de bénédictions.
Les folles de la parabole de Jésus se contentent de vivre
leur foi un peu au jour le jour, comme ça vient. La sagesse,
c'est de chercher à aller au-delà de ce qui est simplement
utile aujourd'hui.
La sagesse, nous dit Jésus, c'est de faire des réserves
de bénédiction de Dieu, même si, aujourd'hui
cela n'apparaît pas comme vital d'en prendre plus qu'il n'en
faut. On voit dans cette histoire que cette bonne huile est disponible
sans problèmes tant qu'il fait jour, en effet, Dieu donne
sans compter. Il n'y a qu'à se servir et en remplir non pas
seulement le réservoir de sa lampe, mais des jerrycans entiers.
C'est tout simple à faire, tant que l'on est en forme, mais
au plus profond de la nuit, c'est une autre chose pour en trouver...
le stock d'huile semble s'être éloigné, c'est
bien plus long, bien plus difficile. C'est un fait d'expérience.
Tant que la vie est relativement facile c'est le bon moment pour
se saisir des dons de Dieu et si l'on veut, on peut même en
faire comme des réserves. C'est alors le bon moment de chercher
Dieu et d'avoir une vraie relation avec lui, c'est le bon moment
d'apprendre, avec son aide, à entrer en relation avec les
autres humains et à les comprendre un peu, c'est le bon moment
d'apprendre à connaître la Bible et à réfléchir.
Le problème, c'est que dans ces périodes où
notre vie est assez facile, il nous semble qu'approfondir encore
notre foi ne serait pas tellement une priorité. Notre foi
est là, dans un coin de notre être, apportant sa part
de bonheur et de vie, et cela suffit. Cela semble suffire, et c'est
vrai à ce moment-là. Le problème, c'est que
si la nuit tombe et qu'elle dure un peu plus qu'une courte éclipse,
si nos réserves de foi, d'espérance et d'amour sont
un peu juste on se retrouve comme sans lampe en plein milieu des
ténèbres. C'est à ce moment-là que l'on
a besoin d'avoir une réserve de ces dons de Dieu pour nous
éclairer et nous réchauffer, c'est à ce moment-là
que l'on aimerait pouvoir accueillir la présence et le soutien
de Dieu. Le problème c'est que dans ces moments-là
nous avons du mal à développer notre foi au milieu
de révoltes, de souffrances, de préoccupations terribles...
C'est triste, ce n'est pas juste que de telles difficultés
se posent au pire moment, mais c'est naturel. C'est quand il fait
beau que l'on construit la toiture de sa maison, même si cela
semble alors être un luxe inutile, mais ce serait fou d'attendre
que vienne l'hiver et la tempête pour le faire. C'est la même
chose en famille ou avec ses amis, c'est quand ça va plutôt
bien qu'il est temps d'apprendre à discuter avec l'autre,
apprendre à l'aimer, à lui pardonner, savoir comment
l'aider, le comprendre. C'est essentiel de faire provision de cela
parce que c'est cette réserve qui nous permettra d'avancer
aujourd'hui et d'accueillir Dieu plus facilement en cas de coup
dur.
Ces moments favorables, ça peut être une période
de notre vie où matériellement tout va bien, mais
pas nécessairement. Ce que l'on peut dire c'est qu'il existe
des périodes où il serait facile de développer
sa foi et des périodes où elle est plutôt souffrante,
endormie, pleine de ténèbres.
La sagesse, c'est de profiter des moments favorables pour faire
réserve de cette chose essentielle qu'est l'huile de la bénédiction
de Dieu. Car effectivement, cela se stocke. On peut mettre en réserve
une ouverture à Dieu, une capacité à prier,
à l'attendre, à l'aimer. On peut faire provision d'espérance,
provision de bons souvenirs à condition que l'on ait pris
la peine, quand ça va assez bien, de voire les signes de
l'action de Dieu pour nous. On peut faire ainsi provision d'amour,
de l'amour dont nous avons été aimé. Nous pouvons
aussi faire provision de pardon, provision de louange.
Jésus nous appelle à veiller. Veiller, c'est se
laisser délibérément construire aujourd'hui
par les dons de Dieu. Pour le reste, cela arrive à tout le
monde de ne pas sentir la présence de Dieu à nos côtés
et de s'endormir dans notre attente de Dieu, comme cela arrive à
100% des filles de cette histoire. Veiller, nous dit ici Jésus,
c'est faire provision d'huile, provision de l'huile que Dieu sans
cesse nous offre, l'huile de ses bénédictions.
Les fiancées folles prennent leur lampe mais pas assez
d'huile. Cette lampe, c'est leur lampe à elle, précise
le texte. Cette lampe, c'est elle-même, c'est leurs qualités,
leur intelligence et leurs connaissances, c'est leur capacité
à espérer et à aimer, leur capacité
à faire des choix. Leur lampe, c'est aussi la connaissance
de la Bible, puisqu'elles sont dans une attente active de Dieu.
Et dans cette lampe, il y a un peu d'huile, de quoi tenir un moment.
Prendre sa lampe est donc bien. C'est vrai que nous sommes une
source de lumière pour le monde nous dit Jésus au
début de l'Évangile (Mat. 5:14), avec notre intelligence,
notre cur, notre personnalité. Et dans notre recherche
quotidienne de Dieu nous recevons un peu d'Esprit Saint à
mettre dans la lampe que nous sommes. Mais la nuit venue on se retrouve
dans le noir total si l'on n'a pas de réserve. C'est une
réalité très concrète. Par exemple,
il me semble indispensable de réfléchir soi-même
au sens de sa vie et à ce que l'on pense de Dieu, mais ce
ne sont que de belles idées qui n'aident pas tellement quand
on est vraiment souffrant. Ce qui compte, alors, c'est d'avoir une
bonne réserve de bénédictions de Dieu, comme
les fiancées sages de la parabole de Jésus, une bonne
réserve pour pouvoir attendre encore Dieu qui vient nous
sauver. Car il vient.
Dieu n'est pas indifférent à notre détresse
et il ne nous abandonne pas quand nous souffrons. Nous le voyons
ici se rendre présent, exactement dans le moment le plus
sombre, pour venir à la rencontre de ces filles plongées
dans les ténèbres. D'abord une voix se fait entendre,
l'annonçant, réveillant les fiancées, les ressuscitant
(nous dit le texte), les mettant sur pied. Puis sa présence
est là pour les soutenir de son amour.
Mais pour les folles qui n'ont pas fait réserve d'huile,
même cette résurrection n'arrive pas à les faire
accueillir l'époux. Connaissant Dieu tel que Jésus
nous l'a fait connaître, il leur aurait suffit de rester là,
dans la confiance et de dire à l'époux qui les aurait
trouvées, lui, malgré l'obscurité :
Seigneur, sauve-moi (Mt. 14:30) et il l'aurait fait. Mais
par manque de réserve de bénédictions, elles
perdent la foi et c'est loin de lui qu'elles cherchent de l'aide.
Elles demandent d'abord à leurs collègues, comptant
sur la solidarité humaine pour les sauver. Mais dans ce domaine,
ça ne peut pas marcher. Même ceux qui nous aiment ne
peuvent vivre vraiment à notre place ce que nous vivons,
ni avoir la foi à notre place, ou espérer à
notre place, ou aimer à notre place, ou pacifier notre cur
en pardonnant à notre place. Tout cela se travaille, cela
se muscle, se prépare en prenant et en assimilant les bénédictions
de Dieu. Finalement, ce sont vers les marchands de bénédictions
que les fiancées folles iront chercher un salut bien décevant
aussi.
Il y a de la vierge sage et de la vierge folle en chacun de nous,
évidemment, qui pourrait prétendre être à
100% sage ? Mettons, comme le propose cette parabole de Jésus
que nous sommes à 50% sage et à 50% dans une recherche
superficielle de Dieu.
Quel est le jugement de Dieu sur nous ? Nous savons par Jésus-Christ
que, toujours, Dieu ouvre à celui qui frappe à
la porte (Mt 7:8), qu'il ne met pas dehors quiconque
vient à lui .(Jn 6:37) Ce n'est donc certainement
pas une personne humaine tout entière que Dieu met à
la porte, selon cette parabole. Ce que Dieu laisse à la porte,
c'est cette part de folie, de légèreté et d'orgueil
humain qui est en chacun de nous. Alors cet Amen, je ne vous
connais pas de Dieu résonne comme un pardon, un cri
d'amour qui ne garde pas contre nous notre mauvais côté,
mais qui garde et protège notre meilleure part.
En réalité, nous dit Jésus, Dieu nous connaît
et nous aime, Jésus nous le dit et il nous le montre à
chaque moment de sa vie. Nous pouvons donc entrer non pas dans la
salle de noce, comme le disent naïvement certaines traductions,
mais nous pouvons entrer dans l'alliance avec Dieu, dans cette relation
purifiée par l'amour de Dieu lui-même. Alliance plus
forte que la mort et féconde entre toutes. Mais nous-mêmes
veillerons nous assez pour l'accueillir ?
Amen.
Autre interprétation de ce passage de l'Évangile
Vous pouvez réagir sur le blog de l'Oratoire
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Pasteur dans la chaire de
l'Oratoire du Louvre
© France2
Lecture de la Bible
Matthieu 25:1-13
Le royaume des cieux sera
semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent
à la rencontre de lépoux. Cinq dentre
elles étaient folles, et cinq sages.
Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point dhuile
avec elles;
mais les sages prirent, avec leurs lampes, de lhuile dans
des vases.
Comme lépoux tardait, toutes sassoupirent
et sendormirent. Au milieu de la nuit, on cria: Voici lépoux,
allez à sa rencontre!
Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent
leurs lampes.
Les folles dirent aux sages: Donnez-nous de votre huile, car
nos lampes séteignent. Les sages répondirent:
Non; il ny en aurait pas assez pour nous et pour vous; allez
plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous.
Pendant quelles allaient en acheter, lépoux
arriva; celles qui étaient prêtes entrèrent
avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée.
Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent: Seigneur,
Seigneur, ouvre-nous. Mais il répondit: Je vous le dis
en vérité, je ne vous connais pas.
Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni lheure.
Ecclésiaste 11:7-12:7
La lumière est douce,
et il est agréable aux yeux de voir le soleil. Si donc
un homme vit beaucoup dannées, quil se réjouisse
pendant toutes ces années, et quil pense aux jours
de ténèbres qui seront nombreux; tout ce qui arrivera
est vanité.
Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse, livre ton
coeur à la joie pendant les jours de ta jeunesse, marche
dans les voies de ton coeur et selon les regards de tes yeux;
mais sache que pour tout cela Dieu tappellera en jugement.
Bannis de ton coeur le chagrin, et éloigne le mal de
ton corps; car la jeunesse et laurore sont vanité.
Mais souviens-toi de ton créateur pendant les jours de
ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent et que les années
sapprochent où tu diras: Je ny prends point
de plaisir; avant que sobscurcissent le soleil et la lumière,
la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent après
la pluie, temps où les gardiens de la maison tremblent,
où les hommes forts se courbent, où celles qui moulent
sarrêtent parce quelles sont diminuées,
où ceux qui regardent par les fenêtres sont obscurcis,
où les deux battants de la porte se ferment sur la rue
quand sabaisse le bruit de la meule, où lon
se lève au chant de loiseau, où saffaiblissent
toutes les filles du chant, où lon redoute ce qui
est élevé, où lon a des terreurs en
chemin, où lamandier fleurit, où la sauterelle
devient pesante, et où la câpre na plus deffet,
car lhomme sen va vers sa demeure éternelle,
et les pleureurs parcourent les rues; avant que le cordon dargent
se détache, que le vase dor se brise, que le seau
se rompe sur la source, et que la roue se casse sur la citerne;
avant que la poussière retourne à la terre, comme
elle y était, et que lesprit retourne à Dieu
qui la donné. |
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